L’Ardenne, la connaissez-vous ? Cette région montagneuse et boisée se tient à cheval sur quatre pays – France, Belgique, Luxembourg et Allemagne – et s’explore volontiers par son versant secret et moussu, en s’enfonçant dans ses immenses forêts. Au printemps dernier, j’ai eu le bonheur de me plonger dans la grande forêt de Saint-Hubert, en Ardenne belge, pour quatre jours de galops et de rencontres sauvages au cœur des bois touffus. La région s’est en effet lancée dans une initiative originale et rare : un réseau de sentiers équestres long de 120 kilomètres, pour chevaucher dans le calme sylvestre sans jamais croiser ni route, ni voiture, ni béton. Laissez-moi vous entraîner dans cette forêt de légende, au rythme des sabots de mon cheval… Voici une randonnée équestre dans la grande forêt de Saint Hubert, en Ardenne belge.



Au cœur de la grande forêt de Saint-Hubert, en Ardenne belge
randonnée équestre dans la grande forêt de Saint Hubert, en Ardenne belge.
Ardenne, qui es-tu ? Je pourrais me contenter d’une définition purement géographique : l’Ardenne est un grand massif que quatre pays se partagent, une région transfrontalière qui commence au nord-est de notre pays. Mais les légendes me parlent souvent davantage. Avant de découvrir la région, je savais trois choses. Trois choses qui, dans mon imaginaire, liaient profondément l’Ardenne à la forêt.
Au-delà de toute mémoire, aux premiers siècles de notre ère, l’Ardenne c’était « Arduina », une déesse celte à la peau noire comme l’écorce, une sorte de Diane chasseresse habitant les feuillages et ne sortant qu’à la lumière pâle de la lune. Les Romains racontaient que les habitants de ces régions reculées et obscures vénéraient cette étrange déesse des bois.

J’avais lu Un balcon en forêt de Julien Gracq, un des auteurs de langue française que j’aime le plus, où il racontait l’histoire d’un soldat retranché dans la grande forêt d’Ardenne devenue monde fantastique envahi de brouillards et de puissances obscures, de lisières magiques et de clairières envoûtées, où « toute l’immensité de l’Ardenne respirait dans cette clairière de fantômes, comme le cœur d’une forêt magique palpite autour de sa fontaine ».

Et enfin, je me souvenais de la légende de Saint-Hubert, ce saint chrétien du VIIIe siècle de notre ère. Hubert de Liège était un seigneur belge passionné de chasse, qui passait sa vie à arpenter les grands bois à la poursuite du gibier. Mais un jour, par un vendredi saint où Hubert était encore en chasse dans la forêt et non à l’église en prière, il vit un immense cerf blanc surgir dans la forêt noire. Il le poursuivit sans relâche jusqu’au plus profond des bois, et là, le cerf étincelant, un crucifix luisant entre ses cornes, lui demanda : « Hubert ! Hubert ! Jusqu’à quand poursuivras-tu les bêtes dans les forêts ? Jusqu’à quand cette vaine passion te fera-t-elle oublier le salut de ton âme ? » Aussitôt pris de repentir, Hubert partit en pénitence et devint évêque.

Quand on m’a proposé de partir quatre jours à cheval dans la grande forêt de Saint-Hubert, j’ai su aussitôt que les légendes n’avaient pas tort, et que c’était bien un pays de feuillages, de fougères, d’animaux sauvages et de cheminement dans les bois feutrés. Imaginez : cette immense forêt est réputée pour l’ampleur de son réseau de sentiers (1500 kilomètres de chemins pédestres, équestres et cyclistes) et pour la qualité d’observation de la faune sauvage. Les cerfs notamment, mais aussi les sangliers, les renards, les écureuils, les chevreuils, les couleuvres et tous les autres animaux des bois, abondent dans cette région secrète et préservée.

Cette année, l’office du tourisme de la grande forêt de Saint-Hubert a choisi de se tourner spécifiquement vers les cavaliers avec une proposition unique : 120 km de sentier équestre, à explorer en itinérance ou en étoile, pour se plonger au plus profond des bois avec son cheval. Je sais que ce voyage ne ressemblera à aucun autre. C’est une immersion au cœur d’une autre dimension.
Nous sommes quatre blogueurs : Julien, de Sentiers du phoenix, l’homme de l’Ardenne qui connaît cette forêt par cœur, Laurène de Carnet d’escapades, passionnée de chevaux et de sa belle Alsace, et Mirre de MirreOpReis, néerlandaise ultra sportive. Ensemble, nous partons pour cette exploration sur les sentes obscures.

La forêt comme une planète à part
J’ai grandi dans un pays de soleil et de garrigue. La forêt, la vraie, la forêt des contes, profonde et traversée de lumières ambigües, odorante et enivrante, la forêt labyrinthe, la forêt onirique, je ne la connaissais pas. Mais ce printemps 2018, deux des plus belles forêts d’Europe se sont chargées de mon initiation. J’ai sauté d’un bois à l’autre, comme dans une marelle magique, des bois du Forez à la grande forêt de Saint Hubert en Ardenne, et j’ai compris qu’un autre monde existait là, au-delà de la lisière.

La forêt, la vraie, la grande, c’est une planète à part. Les bruits du dehors sont étouffés, assourdis ; un silence intranquille semble couler des cimes ou monter du sol noir. A la solennité verticale des grands mélèzes et épicéas, plantés au XIXe siècle, vient s’opposer le fouillis des hêtraies, vestige de cette forêt antique qu’ont connue les Celtes et les Gaulois. J’aime l’armée noire des conifères, mais j’aime plus encore les clairières aux feuillus, la forêt plus douce et emmêlée des ancêtres, où les chênes, les noisetiers, les tilleuls et les hêtres se disputent le jour. Partout où la lumière se fraie un chemin, le sol se couvre de jeunes pousses, et des légions ébouriffées de fougères déploient leurs hampes bourgeonnantes comme pour nous rappeler qu’à l’échelle géologique, la préhistoire, c’était hier, et que nous ne sommes au fond pas grand-chose.




La forêt n’est jamais monotone, c’est une immense variété de plantes et d’arbres qui rivalise d’enchevêtrement, et quand je relève la tête, la rosace des cimes n’est jamais identique. Je pense à une cathédrale sylvestre, à des nefs dont les ogives seraient autant d’écorces et d’épines, je pense aux cultes à mystères que les anciens rendaient à Arduina, et au mysticisme inhérent à ces sentes où la lumière aime jouer en clair-obscur. J’ai aussi des métaphores capillaires qui me viennent : le printemps fait éclore des jeunes pousses, et tous les sapins semblent s’être fait un balayage vert tendre aux pointes.
Tous les sens sont en éveil. Ivresse des galops au cœur des bois, silence curieux du cheminement lent où on observe chaque chose. Odeurs de crins, d’herbe foulée, de rosée matinale, de résine et de tourbe, caresse de mes doigts sur la robe chaude du cheval, sur la tendresse froide des jeunes pousses. La forêt est vivante, sensuelle, une déesse endormie qui respire.




Pardonnez mon parti-pris de cavalière : être à cheval en forêt, c’est mieux que tout, mieux qu’en voiture évidemment, mais mieux qu’à pied, mieux qu’en vélo, c’est devenir centaure, entrer soi-même dans cette nature. A ne faire plus qu’un avec l’animal, mélanger son odeur à la nôtre, on approche au plus près de la faune sauvage : soudain une biche surgit entre les oreilles de ma jument, soudain une famille de marcassins traverse le sentier, soudain un cerf bondit dans les fougères.





Un après-midi, nous quittons nos chevaux pour gagner des cimes plus élevées : des cabanes d’observation au cœur de la grande forêt de Saint-Hubert. Au cœur du silence végétal, la vie animale se déploie sous nos yeux émerveillés. C’est un moment suspendu, hors du temps.






Choses vues en rando équestre au pays de la forêt ardennaise
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Notre voyage était centré sur l’expérience équestre et l’immersion dans la forêt, mais voici quelques lieux vus au cours de notre périple et dont je voulais vous parler. Ces lieux sont situés sur le tracé équestre de 120 km en forêt, il est donc tout à fait possible d’intégrer leur visite à votre rando équestre si vous le souhaitez.
Redu, le village du livre : Arriver à la nuit m’a empêché de photographier ce lieu exceptionnel, mais je compte sur vous pour vous en charger à ma place : Redu est un village du livre, comptant des dizaines de librairies, de restaurants et d’hôtels envahis de reliures et de pages jaunies. L’ambiance est incroyable – c’est le paradis de Belle, la lectrice infatigable. A Redu, nous avons mangé dans un resto-librairie végétarien délicieux que je vous recommande sans hésiter, La Reduiste.
Le Domaine du Fourneau Saint Michel : Pour qui s’intéresse au patrimoine architectural ardennais, ce grand parc idyllique où on se promène librement est un incontournable. C’est un fabuleux musée de plein air, où des maisons, des granges, des églises, des forges du XIXe siècle authentiques ont été soigneusement rassemblées et remontées à l’identique. Vous avez l’impression de vous promener dans une petite Wallonie en miniature, avec différents styles architecturaux, différentes identités culturelles, le tout au cœur d’une nature bucolique préservée. J’ai adoré cette visite.



Le beau village de Mirwart Mirwart (prononcez Miroir) est un des plus jolis villages de la grande forêt de Saint Hubert. J’ai aimé son château de conte de fées et son domaine provincial, un parc de pisciculture où on élève des truites et se promène au bord des étangs sur des sentiers de randonnée en forêt.

Organiser votre randonnée équestre dans la grande forêt de St Hubert :
tracé, hébergements et écuries
Le grand tracé équestre de 120km est une nouveauté de l’été 2018, soigneusement mis en place par l’office de tourisme de la grande forêt de Saint Hubert. J’ai eu le plaisir de discuter avec la personne qui a géré ce projet avec beaucoup de passion, Pauline, et qui connaît par cœur les différentes boucles possibles, les lieux d’étape, et je ne peux que vous conseiller de contacter l’office pour planifier votre itinéraire sur plusieurs jours et obtenir les cartes. Si vous voulez suivre le trajet précis de chacune de nos étapes, je vous renvoie au blog de Julien, qui a intégré à son article des tracés exacts. Moi qui ai grandi bien loin de l’Ardenne, je leur laisse le soin de vous guider mieux que je ne pourrais le faire !
Les écuries en Grande forêt de Saint Hubert
Plusieurs écuries vous proposent de louer des chevaux et/ou d’y laisser les vôtres en pension lors de votre randonnée équestre dans la forêt.
Les Ecuries des Îles à Hatrival : Vrai coup de cœur pour ce manège magnifique. Les installations sont superbes, la cavalerie est de grande qualité, avec notamment beaucoup de franche-montagnes et de paint horses gentils et bien dressés. J’ai adoré le cheval que j’ai eu le bonheur de monter pendant trois jours, un superbe et adorable paint nommé Obsession, à qui je repense avec beaucoup de tendresse !

L’écurie des Longs Près à Transinne : Une petite écurie sympathique, tenue par des passionnées, où j’ai eu le plaisir de monter une très bonne jument espagnole.

Le Relais de la Lesse à Chanly : Nous n’avons pas eu l’occasion de tester cette écurie, mais je sais qu’elle peut être une étape pour les cavaliers en randonnée dans la grande forêt.
La Crémaillère à Bras : Vous pourrez non seulement laisser votre cheval en pension pour une nuit ou plus dans cette jolie petite écurie, mais aussi y dormir.

Les hébergements pour les cavaliers
Voici plusieurs gîtes et hôtels orientés vers le tourisme équestre, où les cavaliers sont les bienvenus. Ils sont situés non loin des écuries citées ci-dessus. Afin de vous faire une idée du standing des différents hébergements, sachez que je les cite en allant du plus confortable au plus rustique.
La chambre d’hôte Gaussignac à Hatrival : Un énorme coup de cœur pour cet hébergement magnifique et confortable. La maison est superbe, avec sa vue imprenable sur les près et les bois, meublée avec goût et accueillante. La table d’hôtes est absolument succulente : le chef cuisine avec passion, son plus grand plaisir est de faire goûter sa cuisine originale et soignée à ses hôtes ! Les chambres sont confortables et bien équipées, l’idéal pour bien se reposer après une longue journée équestre. Les écuries des Îles sont à deux pas, et les hôtes sont tout à fait disposés à aider les cavaliers à faire le trajet allant de l’un à l’autre. Une belle adresse raffinée.

Le Moulin de Resteigne à Resteigne : c’est un lieu poétique, hors du temps, où la rivière fait tourner un moulin à aube et où on dort dans le bruissement de l’eau qui bondit. Une grande beauté se dégage du jardin entre ruisseau et forêt. Les chambres sont simples, à la mode de l’ancien temps, mais la cuisine est excellente, dans une très belle salle à manger où la décoration évoque l’Ardenne d’autrefois. J’ai beaucoup apprécié les nombreuses curiosités qui peuplent cette belle maison ancienne. Bien que je ne sois pas personnellement adepte de la chasse, j’ai admiré la salle des trophées, où les bois immenses de nombreux cerfs évoquent la tradition chasseresse de la grande forêt de St Hubert. Un beau voyage dans le temps.

L’Auberge gourmande à Redu : Au coeur du village du livre de Redu, l’Auberge gourmande est un lieu qui ravira les lecteurs et les cavaliers : les chambres comportent toutes un rayonnage de livres où vous pourrez piocher avant de dormir, et au pied de l’auberge, une prairie réservée aux chevaux permet aux cavaliers de laisser leur monture pour la nuit. Si nous avions déjà eu nos chevaux le premier soir, nous aurions dormi avec vue sur eux ! Je suis arrivée à la nuit et n’ai pas fait de photos, mais je garde un bon souvenir de cette nuit à Redu. L’Auberge est à deux pas de la Reduiste, le resto-librairie végétarien que j’ai adoré.
La Crémaillère à Bras : voici un relais équestre, où vous pouvez laisser votre cheval, dormir ET manger des spécialités ardennaises typiques. Un gîte très simple et rustique où la nourriture est typique et l’ambiance authentique, tenu par de vrais amoureux des chevaux.

Le camping Europacamp à Saint Hubert : cet immense camping situé en pleine forêt propose de nombreux emplacements au vert aux caravanes, tentes, mobil homes, etc. Je ne suis pas très camping, mais j’ai adoré le fait que les emplacements soient vraiment au coeur de la forêt – beaucoup de mes photos de fougère ont été prises à l’Europacamp. Le propriétaire nous a dit vouloir créer des emplacements spécifiquement réservés aux chevaux – n’hésitez pas à le contacter pour savoir si ce projet a été mis en œuvre. Par ailleurs, le camping comporte un restaurant, Le Chalet, à l’ambiance à la fois forestière et rock’n’roll très sympathique.

Un grand merci à Visit Ardenne et La Grande forêt de Saint Hubert, et tout particulièrement à Pauline et Julien, pour l’organisation de ce blog trip original et novateur. Et merci à mes camarades blogueurs pour la bonne ambiance et la convivialité ! randonnée équestre ardenne grande forêt de saint hubert

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