Comment j’ai convaincu dix blogueurs de se mettre tout nus dans la Méditerranée, bravé une tempête et fait découvrir les beautés de Port-Cros et de l’île du Levant à une équipe d’aventuriers du paréo : voici le récit épique de cette semaine. J’espère vous donner envie, à votre tour, de découvrir les splendeurs du Parc National de Port-Cros et l’ambiance unique du Levant, la seule île naturiste de Méditerranée.
Toute la diversité de Hyères et de ses îles, et quelques surprises… épicées, dont un hôtel sulfureux au Levant, ça vous tente ? Partons pour un voyage un peu à part.

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Les Îles d’Or, un trésor français à Hyères
Choisir Porquerolles ou Port-Cros ? Quelle île des îles d’or choisir ?
Si je vous parle des trois îles d’Hyères, saurez-vous me les citer ?
Porquerolles est la plus vaste et la plus célèbre des trois sœurs dorées. On se promène en vélo sous ses pins parasols, on sirote un pastis sur la place du village tellement typique, on flâne sur ses plages plusieurs fois élues plus belles d’Europe : la plage du Sud et la plage Notre-Dame. Porquerolles est la star de l’archipel, et je l’adore. Mais connaissez-vous les charmes des deux autres ?


Port-Cros est un joyau sauvage. Moins fréquentée, plus secrète que Porquerolles, elle est aussi la plus préservée. Des puffins nichent sur les falaises abruptes de la Route des crêtes, des poissons curieux environnent le baigneur à la plage du Sud, et le dédale de ses chemins épineux est un puits de biodiversité. Les forts ont conservé l’âme des écrivains qui sont venus ici chanter l’âme de « l’île fée ». Une réglementation sévère (pas de vélos, de feu, de voitures, de pêche, de chiens…) a su conserver un fragment de Méditerranée éternelle, semblable à ce qu’elle fut il y a cent ou mille ans.


Le Levant est unique : c’est la seule île naturiste de Méditerranée, et l’ambiance qui y règne est inimitable. Le Levant, c’est une île colorée, bigarrée, où on croise des gens heureux et libres qui dansent la Macarena à oil-pé et regardent tous les soirs le soleil se coucher sur la mer en se disant qu’ils sont au paradis. Une vraie vie de village, une ambiance ultra conviviale et un grand vent de liberté, c’est la plus originale et la plus animée des trois îles de l’archipel.

Comment mettre des blogueurs à nu : un blog trip naturiste à Hyères
Vous connaissez mon attachement à Hyères et ses îles, et vous savez peut-être que je travaille parfois à leur promotion auprès de Hyères Tourisme. Vous imaginez donc ma joie quand on m’a chargée d’organiser un blog trip (=voyage pour blogueurs) dans les Îles d’Or, pour faire découvrir à des camarades blogueurs la beauté de l’archipel.
L’office du tourisme de Hyères avait été représentée par sa directrice Christine De la Forest au salon des blogueurs de voyage WAT17 à Saint Malo en avril dernier, et elle y avait rencontré une jolie équipe d’influenceurs voyage prête à s’embarquer pour une aventure varoise. Nous avions envie de leur proposer un week-end d’évasion insulaire au soleil.
Mais ils ne savaient pas ce qu’on leur réservait.
Hyères, Porquerolles, Giens ? C’est absolument merveilleux, mais c’est ce que les journalistes et les blogueurs voient le plus souvent.
Nous voulions quelque chose d’original, d’inattendu. Nous voulions les envoyer au Levant, sur l’île naturiste.

Nous bénéficions pour cela de la complicité de Gilles Goiset, le président de l’union des commerçants de l’île, qui était d’accord pour nous aider : il a convaincu six hôteliers du Levant d’offrir une chambre à un blogueur, afin que nous puissions les accueillir sur l’île.
Nos généreux sponsors étaient les hôtels le Youkali, Absolument Levant, les Iles d’Or, Cabo Verde, la Brise Marine et les Arbousiers.
Le programme a pris forme.
D’abord découvrir Port-Cros, à travers une randonnée sur sa sublime route des crêtes, et une plongée palme masques et tubas dans les fonds marins du merveilleux Parc national de Port-Cros, le premier parc marin de France, créé en 1963. Puis dormir le samedi soir au Levant, et passer la journée de dimanche à l’explorer à son rythme, pour apprivoiser le mode de vie original de l’île naturiste.
Quand j’ai envoyé à mes collègues blogueurs le mail d’invitation « coucou, ça vous dirait de tous vous foutre à poil à Hyères ? », les réactions ont été mitigées.
Une île naturiste ?
Mais il y aura des gens tout nus partout ?
Mais on devra être tout nus nous-mêmes ?
Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

J’ai donc donné le mode d’emploi du naturisme au Levant. Dans le village, la nudité est optionnelle. Sur le sentier du littoral qui longe les plages et criques de l’île, la nudité est demandée, mais vous avez une astuce pour y échapper : le paréo, accessoire acceptable en milieu naturiste. Pour se baigner, on y coupera pas : bikini interdit, il faudra se mettre vraiment tout nu.
Certains blogueurs ont refusé.
D’autres ont hésité.
Et finalement, un groupe de courageux m’a dit oui : La fille de l’encre, Carnets de Ti’Piment, A day in the world, Seniors en Vadrouille, Je Suis Partie Voyager – sans compter bien sûr mon viking de mari, embarqué de force dans cette aventure pour défendre l’honneur d’Itinera Magica.
Tout le monde est allé dévaliser les boutiques de paréos et s’est armé de ses plus beaux textiles à fleurs et perroquets pour draper sa nudité frémissante de couleurs rigolotes.
Et le grand jour est arrivé.
Et la météo annonçait qu’il pleuvrait des cordes.

Randonnée à Port-Cros avant la pluie
Port-Cros est une île merveilleuse, façonnée par les écrivains qui l’ont aimée, refuge d’une variété exceptionnelle de plantes et d’animaux terrestres, marins et aériens. Ses pentes de schiste et de grès s’effeuillent dans des criques d’un bleu incroyable, et des oiseaux rares nichent au creux des falaises.


J’embarque au port de Hyères avec le joyeux groupe de blogueurs sur un bateau de la compagnie TLV-TVM. Ce sont eux qui assurent les navettes entre Hyères et ses îles. Si tout le monde sait que les bateaux pour Porquerolles partent de la Tour fondue, peu de monde sait que du port de Hyères, on prend celles pour Port-Cros et Le Levant. C’est sans doute pour ça que ces îles là sont moins courues, moins touristiques : la plupart des vacanciers ne pensent pas à changer d’embarcadère. Nous avons le bateau presque pour nous tous seuls.
Minute budget : Un aller retour pour Porquerolles coûte 19 euros, 28 pour Port-Cros et Le Levant.
Aujourd’hui l’orage menace, mais avant que les nuages crèvent, j’aurai le temps de leur montrer la fabuleuse Plage du Sud, où les poissons viennent frôler les baigneurs.

Puis la pluie s’abat et Port-Cros sous l’averse, ça devient un peu « bienvenue à Quimper » (total respect pour les Bretons). Les turquoises se sont noyés dans le gris, la brume et le vent éteignent la lumière des points de vue renversants.

Malgré tout, on chemine courageusement dans la tempête, et mange un pique-nique préparé par le Sun Plongée sous un grand pin. C’est un service très pratique proposé par ce restaurant et club de plongée : d’excellents pique-niques à emporter avec soi dans sa découverte de l’île. Qu’on mange sur la plage, normalement, pas les fesses dans les épines de pin.

Puis l’averse se fait torrentielle. Des rivières de boue cascadent des collines. Il n’a pas plu depuis mars sur les îles d’Or, et il faut que ça tombe aujourd’hui. La pluie vient transpercer nos K-way d’endives sous cellophane, et notre blog trip ressemble à un bac à légumes en phase de dégel. Trempés et boueux, nous allons demander l’asile au merveilleux Manoir de Port-Cros, superbe hôtel fidèle à l’esprit de l’île-fée. Ils nous acceptent gentiment malgré notre dégaine piteuse de chien mouillé, et nous servent un thé dans leur très beau bar de style colonial. Ça fait un peu « les manants squattent le quatre étoiles », j’ai un peu honte de l’eau qui ruisselle de nos K-Way dégoulinants, mais l’équipe du Manoir est adorable, noblesse oblige. Et tout le monde admire la beauté des lieux.
Notre hashtag est #aventurhyeres, et ça n’a jamais été aussi mérité.

Je fais ici une petite parenthèse pour vous raconter Le Manoir.
Le Manoir de Port-Cros, un mythe littéraire
J’aimerais vous parler du Manoir, un lieu enchanteur et une légende poétique. Aucune île n’est plus follement littéraire que Port-Cros, et le Manoir est son cœur palpitant.

Dès la fin du XIXe siècle, Port-Cros fascine les écrivains. Eugène Melchior de Voguë y situe l’action de Jean d’Agrève, une histoire de passion tumultueuse et de solitude romantique (spoiler : il y a une très belle femme qui meurt, et un homme qui pleure sur une île). Dans les années 20, Jean Paulhan installe la Nouvelle Revue Française au Fort de la Vigie, et y invite Gaston Gallimard, Jules Supervielle, Henri Michaux, André Gide ou St John Perse. Vivienne de Watteville, l’aventurière qui a vu son père dévoré par un lion sous ses yeux, loue la maison de la baie de Port-Man et y vit à la mode exploratrice, dans un dénuement savamment calculé (mais sans gros félins anthropophages).

Mais l’histoire que je préfère, c’est celle de la violoniste Marceline Henry. Epouse de Marcel Henry (ça ne s’invente pas), elle tombe amoureuse du poète Claude Balyne, qui souffre de tuberculose. Lorsque Claude Balyne croit ses derniers jours arrivés, Marceline écrit à Marcel en 1918 : « Claude va mourir, je pars ! » et embarque avec son amant pour Port-Cros, histoire de l’aider à mourir au soleil et en bonne compagnie. Mais au bon air de l’île, Claude Balyne décide d’ajourner son décès, et vivra dix ans heureux à Port-Cros, où il écrira L’île-fée. Constatant que l’amant est coriace et que cette histoire de trépas romantique va durer, Marceline convainc Marcel de les rejoindre à Port-Cros. Arrangeant, le mari accepte, tombe amoureux de l’île à son tour, et achète Le Manoir, qui devient l’épicentre de la vie littéraire et artistique. Femme libre, passionnée et amoureuse de la nature exceptionnelle de l’île, Marceline Henry fera tout pour la préserver. On lui doit la création du Parc National de Port-Cros : elle saura convaincre la riche héritière Paule Desmarais d’employer son argent à une bonne cause et de sauver l’île de la promotion immobilière en la rachetant. En 1963, le premier parc national marin français est créé, et la charte promet que Port-Cros restera toujours en l’état, sans nouvelles constructions, sans déboisage ni destruction.

Il n’y a plus que trente habitants à Port-Cros aujourd’hui. Les seules maisons sont celles du port, la maison de la baie de Port-Man, et le Manoir, dans son jardin serti d’eucalyptus à la chair rouge. Le propriétaire du Manoir, Pierre Buffet, est le petit-neveu de Marceline Henry, et le gardien de la mémoire des lieux. Ici l’idylle éternelle se prolonge, ici la sérénité sourd des jardins ourlés de rosée marine. C’est un hôtel élégant et luxueux, où on sert à heure fixe un menu absolument délicieux, où on goûte le privilège de la solitude et de l’exclusif. C’est un endroit que j’aime tellement que j’ai hésité à venir m’y marier, avant de rester fidèle à ma Drôme provençale natale.
Si vous êtes à la recherche d’un hôtel infiniment romantique sur la Côte d’Azur, sans ostentation et loin des foules, mais animé par l’esprit d’un vrai luxe tranquille, allez au Manoir.

Je reprends mon récit : nous y avons passé une heure de pluie cataclysmique, bénissant l’abri qui nous était offert, et puis nous sommes partis nous baigner (si, si).
Snorkeling dans le Parc National de Port-Cros avec les 3 îles
Les 3 îles, c’est une compagnie hyéroise que j’adore et que je vous recommande sans hésitation : je leur dois ma plus belle sortie en mer de l’été, et la découverte d’endroits inaccessibles et préservés. Ils sont passionnés, sympas, et réceptifs aux demandes farfelues, du genre, emmener des blogueurs faire du snorkeling au large alors que l’averse coule à flots. Alors que des flots de boue descendaient de l’île et troublaient la mer, ils sont parvenus à nous trouver une côte minérale épargnée par le phénomène, et protégée du vent. Ils nous ont fourni tout le matériel, combinaisons qui flottent (« pour qu’on retrouve facilement vos corps en cas de noyade »), palmes et masques (normaux ou Décathlon easy breathe pour les empotés qui ne savent pas gérer un tuba classique sans boire la tasse, genre moi), et nous ont guidés à la découverte des fonds marins. Herbiers de Posidonie, poissons tropicaux colorés remontés en Méditerranée à la faveur du réchauffement climatique, étoiles de mer, mérous, rien n’avait de secret pour eux. La tempête nous a empêchés d’accéder au plus beau spot de snorkeling de tous, mais leur lot de consolation était super aussi – ce sont de vrais pros et passionnés.



Arrivée à l’île du Levant
Mais il était temps de poursuivre notre exploration en terre dénudée… JC et JP des 3 îles nous laissent sur le ponton du Levant, et au bout de trente secondes, une dame se dénude et fait tournoyer son paréo au-dessus de sa tête pour dire au revoir à la navette qui s’éloigne. Nous sommes au Levant, pas de doute.

Gilles, le boss des nudistes, aurait dû venir nous chercher en voiture. Mais une mini tornade vient de frapper Le Levant : hôtels inondés, arbres arrachés, coulées de boue, tout le monde est occupé à nettoyer frénétiquement le village avant l’arrivée des blogueurs. Nous gravissons donc péniblement la longue côte qui mène au village d’Heliopolis, et je commence à me demander si j’en demande trop à mes blogueurs qui sont frigorifiés, trempés et crevés. Je vous avais un jour raconté que j’avais suprêmement la poisse niveau météo à Chamonix. J’ai réussi à amener mes blogueurs au Levant le jour d’une tornade, alors qu’il n’avait pas plu depuis mars – je me surpasse.
Mais dès que nous arrivons sur la place centrale du village, le charme opère. Le Levant, c’est bien plus qu’un lieu où on se met à poil. C’est un vrai petit village coloré et animé, avec restaurants, bars, boutiques et supermarché, où la mer vous guette à toutes les corniches. C’est le premier village naturiste d’Europe, fondé par les années 30 par deux médecins, les frères Durville, persuadés qu’on guérissait le corps et l’esprit en se mettant nu au soleil et à l’eau. On sent tout de suite qu’on se trouve dans un lieu à part, mythique.

Les hôtels du Levant : une offre variée et des vues superbes
Plusieurs des hôteliers nous attendent et conduisent chaque blogueur dans son « chez lui » pour la nuit. Il faut savoir que l’offre d’hébergement est beaucoup plus importante et variée au Levant qu’à Porquerolles, et a fortiori qu’à Port-Cros. Hôtels, chambres d’hôtes, locations saisonnières, le catalogue est riche et les tarifs raisonnables : cela commence à 45 euros la nuit. Le luxe des palaces n’est pas de mise au Levant, mais tous les hôtels ou presque sont à la fois simples et beaux, et disposent de vues extraordinaires. C’est le grand atout du Levant, sa situation surplombante avec des vues panoramiques sur la Méditerranée étincelante.

Tous les blogueurs sont dans de jolis établissements colorés à l’ambiance chaleureuse. Moi qui suis folle des cactus, je me régale dans le merveilleux jardin de l’hôtel Cabo Verde, rempli de beautés épineuses qui se penchent au-dessus de la piscine. C’est un vrai jardin exotique, qui rappelle qu’il ne gèle jamais sur les îles d’Or. Nous sommes à l’extrême sud de la Côte d’Azur, à son point le plus méridional, à la même latitude que Florence. La mer enlève des degrés à la fournaise estivale et en rajoute à la fraîcheur hivernale. Ici, les cactus survivent à l’hiver…

Mais il est temps de retrouver mon hôtel à moi. Et j’ai une petite appréhension.
Comment je me suis retrouvée dans un hôtel libertin au Levant : la Brise Marine
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Revenons à l’organisation du blog trip.
Quand j’ai reçu de Gilles la liste des hôtels partenaires, et que j’ai lu « la Brise Marine » au milieu, j’ai failli recracher mon smoothie par les trous de nez. Petite explication : le Levant est clairement une île naturiste, et non libertine. La nudité ici est naturelle et spontanée, et non sexuelle. Rien à voir avec le Cap d’Agde, où c’est chaud bouillant toute la journée – vous ne verrez jamais ici de spectacle classé X sur la plage.

Mais il y a toutefois deux établissements libertins et évidemment réservés aux adultes au Levant, où l’échangisme se pratique entre portes closes et entre personnes consentantes. Ces deux établissements, ce sont le Rocher du Secret et la Brise Marine.
La réception de la liste a causé un petit débat. Que faisons-nous ? Nous avions déjà eu du mal à convaincre les blogueurs de tenter le naturisme, j’imaginais bien la réaction de celui ou celle à qui j’annoncerais « au fait, tu vas dans un hôtel libertin, ça va tranquille ? » Mais nous sommes toujours sensibles aux gestes des hôteliers prêts à coopérer avec l’office du tourisme à la promotion de la destination en offrant gracieusement une chambre aux journalistes et blogueurs, et je ne voulais pas dire « nous ne voulons pas de vous » à la Brise Marine. Surtout qu’on m’avait dit que c’était, acrobaties mises à part, un très bel hôtel. Finalement, il a été décidé que j’irais moi-même à la Brise Marine. Avec Mr Viking en renfort.
La Brise Marine annonce d’entrée la couleur : « Ici, c’est le plus bel endroit pour s’aimer à plusieurs », « Hôtel réservé aux adultes, pour libertins et sympathisants ». En clair, personne ne vous forcera à fricoter avec votre voisin de transat, mais il faut accepter de les voir gigoter sans s’offusquer.

Le lieu est magnifique : une cour intérieure type riad, avec des arcades couvertes de glycine et de vigne vierge, au cœur duquel se dresse une fontaine. L’ensemble a un charme mauresque certain. Au-dessus, sur une grande terrasse avec une vue magnifique sur trois points cardinaux et la mer de toute part, s’étale une grande piscine. La partie inférieure de la piscine est un aquarium à travers lequel on peut voir se dérouler l’action érotique. Enfin, j’imagine. Car aujourd’hui, la tempête a réfrigéré les passions des libertins, d’autant qu’un grand arbousier s’est écrasé sur la machine à crêpes, et que Cédric, le gérant, déblaie avec ardeur (non, ceci n’est pas un jeu de mots douteux).

Mais Cédric fait une pause pour nous présenter l’établissement, d’abord sa magnifique salle de petit déjeuner avec vue sur la Méditerranée, la cuisine et les frigos à la disposition des clients, pour qu’ils se sentent vraiment chez eux dans ce lieu accueillant… puis la « salle de jeu » remplie de canapés rouges et de statues évocatrices, ainsi que, plus perturbant pour moi, le donjon SM, qui est sacrément pimenté et que je ne décrirai pas plus avant par respect pour les chastes lecteurs d’Itinera Magica.

L’idée est qu’à la Brise marine, tout est permis… dans le respect de l’autre, avec un état d’esprit chaleureux et convivial. Que votre intérêt porte sur les crêpes au nutella ou l’amour à douze, c’est OK. Je trouverai au petit-déjeuner le lendemain une joyeuse bande de libertins qui ne se connaissait pas la veille, mais qui a passé une nuit à se connaître en mode accéléré. Tous adorent la Brise Marine, dont ils vantent la beauté, l’esprit unique, et l’investissement des propriétaires, Cédric et Valérie. Un couple de fringants quinquagénaires me confie : « Pour nous, c’est le meilleur hôtel libertin de France. Le cadre est sublime, les gérants sont adorables, il y a toujours de l’ambiance, et les tarifs sont très abordables. Pourquoi aller ailleurs ? »
Les chambres sont simples mais belles, propres, avec une vue superbe. Le seul point noir, ce sont les salles de bain/WC, des cabines de bateau spartiates. Cédric m’explique qu’il a racheté l’hôtel il y a dix-huit mois, et qu’il travaille dur à sa rénovation. C’est un ancien Parisien venu trouver la vraie vie, le soleil et la liberté au Levant, et dès qu’il aura vendu sa dernière possession parisienne, les rénovations prendront un coup d’accélérateur, avec une deuxième piscine et la réfection de toutes les salles de bain. On sent immédiatement sa passion pour les lieux, et l’énergie qu’il met à rendre la Brise marine plus belle encore.

En bas : la salle de jeux « soft ». La porte du donjon SM est ouverte au fond, mais je n’ai pas pris de photos là-bas 😉
Je découvrirai plus tard que de nombreux autres Levantins sont dans son cas : d’ex citadins qui ont tout vendu et tout lâché pour acheter leur rêve varois, reprendre ici un restaurant ou un hôtel, et ne plus avoir l’impression de passer à côté de leur vie.
Le naturisme, bien plus que la nudité : changer d’état d’esprit
Je retrouve les autres blogueurs presque déçus : il fait vraiment froid, et personne n’est à poil dans le village. Les naturistes ont beau avoir des principes, ils ne sont pas idiots et ne restent pas les bouboules à l’air quand le mistral et la pluie font rage. Nous croisons juste un Monsieur en pull de laine et nu sous la ceinture, ce qui nous renseigne sur les possibilités combinatoires. Puis nous avons une réflexion sur le K-way transparent, qui permettrait de concilier idéal de transparence et désir de rester au sec, et nous promettons d’investir. Vous le comprenez, nous sommes un peu frustrés de notre découverte naturiste, comme des gamins à qui on a promis qu’ils allaient voir plein de trucs. Il y a un vent polisson qui s’immisce dans le groupe des blogueurs, comme une colonie de vacances qui s’encanaille.
Mais Gilles vient discuter avec nous et rectifier un peu nos idées reçues. Le naturisme, ce n’est pas juste se promener à poil, ce n’est pas tenir à tout prix à ne pas enfiler un caleçon. Ce n’est pas juste la nudité. On reste naturiste même quand on enfile un chandail parce que le mercure s’effondre. Le naturisme, c’est un état d’esprit hérité des frères Durville : rechercher la communion entre l’homme et la nature, la sensation de liberté qu’on éprouve à être nu dans la mer, la liberté de l’homme qui se défie des conventions et vit dans un esprit de solidarité et d’harmonie sous le soleil.
Au Levant, tout le monde se connaît et s’entraide. Quand la tornade a inondé certaines maisons, tout le monde est venu filer un coup de main pour serpiller et déblayer. Quand quelqu’un part pour le continent, tout le monde lui transmet sa liste de commissions. Le Levant a une vie culturelle et festive riche, et organise sans cesse des occasions de se retrouver et de fêter le plaisir d’être ensemble dans ce lieu hors du monde, entre mer et ciel. Bref, on ne vient pas ici pour voir des gens tout nus – on vient ici pour savourer une atmosphère unique.

Toutes les premières photos ont été prises dans le ravissant magasin d’antiquités érotiques sur la place du village.
Délicieux repas à La Bohème
Nous mangeons à La Bohème, un merveilleux bar et resto sur la place du village, où tout le repas est absolument succulent et où les patrons et serveuses sont adorables. Alexandra, la chef, a elle aussi tout vendu pour vivre son rêve au Levant. C’est une femme belle et joyeuse qui raconte combien le Levant est unique, combien elle aime son île d’adoption, et le bonheur inouï qu’elle éprouve chaque matin à voir le soleil sortir des eaux. « Les plus beaux levers de soleil du monde sont au Levant », où il jaillit de chaque terrasse et chaque fenêtre. Après un délicieux dîner, nous retrouvons tout le village ou presque au bar de La Bohème, où tout le monde danse et fait la fête. Les commerçants du Levant nous offrent à boire et viennent spontanément discuter avec nous. Tous n’ont que des mots d’amour pour leur île à la bouche, racontent les longs étés indiens et les hivers ensoleillés, le côté sauvage de cette île qui n’a eu l’électricité qu’en 1989, qui n’a pas d’éclairage public, où la nuit est noire pour admirer les constellations, où on recueille l’eau de pluie dans de grandes citernes souterraines. Ils racontent les cactus et les arbousiers, les figues de Barbarie et les fleurs à profusion, les oiseaux dans les jardins et le souvenir des fêtes mythiques de l’après-guerre. Dans les années 50, ce fut le lieu de rencontre de toutes les stars venues chercher l’esprit hippie avant l’heure, et une source intarissable de fantasmes pour le cinéma français, qui y tourne des dizaines de films du genre « Au pays des mille et une nues » ou encore « L’île des femmes nues ». Nous rencontrons un couple de galeristes adorables qui tiennent un magasin d’antiquités érotiques sur la place du village, où on célèbre toute la mémoire du Levant des années 30 aux rugissantes seventies. Les époques se confondent, le temps est suspendu. Ici, les sixties ne meurent jamais.

Un dimanche au Levant
Le Levant est belle, des hauteurs boisées aux plages rocheuses. Pour le tour du Point du Jour, de la forêt d’arbousiers, des calanques et des criques, je vous renvoie à mon précédent article sur l’île du Levant, où la lumière était bien plus belle. Je vous raconterai juste qu’après une matinée maussade, le soleil est revenu dans l’après-midi et que les blogueurs ont enfin tombé le paréo pour une trempette dans les eaux bleues de la Méditerranée. C’était une joyeuse bande de gamins en vadrouille. Les vues marines, les odeurs de fleurs et d’épineux, les cactus sur les chemins, tout conspire à se sentir transporté très loin.




Et moi, il faut que je vous raconte le moment le plus humiliant du week-end. Trois quarts d’heure avant de reprendre le bateau, je m’allonge épuisée sur un transat de la piscine à la Brise Marine, pour dormir un peu avant d’enchaîner sur un nouveau blog trip dans le Golfe de St Tropez. J’ai attrapé froid sous la pluie, et je suis KO après ce week-end intense. Quinze minutes après, Mr Viking me réveille en me secouant vigoureusement. Tout autour de moi, les couples se sont mis en branle, l’action libertine démarre sur les chapeaux de roues et … mes ronflements d’enrhumée les dérangent.
Récapitulons : je suis dans un hôtel échangiste et je dérange les gens qui baisent en ronflant très fort dans mon sommeil de plomb. Je suis définitivement la nana la plus glamour du monde.
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Ce n’est qu’un au revoir
Personne ne fera tourner son paréo pour nous dire au revoir, à notre grande déception, mais nous sommes partis en nous promettant de revenir au Levant.


Ici, aucun hiver ne vient tuer les beautés exotiques, ici, le soleil se lève inlassablement sur la mer, ici, on peut oublier le monde. Un grand vent de liberté et de bonheur souffle sur cette île unique en son genre, et je comprends comment on peut tout laisser derrière soi pour s’installer au Levant, à l’extrême sud de la côte d’Azur, sous le soleil exactement.


Merci à celles et ceux qui ont rendu cette expérience possible : l’office du tourisme de Hyères et notamment sa directrice Christine De la Forest, l’union des commerçants du Levant, représentée par Gilles Goiset, les six hôteliers partenaires de l’opération au Levant (Absolument Levant, les Iles d’or, les Arbousiers, la Brise Marine, le Youkali, Cabo Verde), tous les prestataires qui y ont participé, et bien sûr les courageux blogueurs qui n’ont pas eu peur de se jeter à l’eau !

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