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Étiquette : Réflexions voyage

  • Les blogueurs voyage font-ils tous les mêmes voyages ?

    Les blogueurs voyage font-ils tous les mêmes voyages ? Dans leur quête d’histoires fortes et d’images de rêve, les blogueurs disent aimer marcher « hors des sentiers battus ». Pourtant, ils ont tendance à revenir encore et toujours vers les mêmes destinations et à en négliger d’autres. Le blogueur voyage est-il un défricheur de terres nouvelles, ou un routier des deux fois quatre voies du tourisme mondial ? Le prétexte de cette discussion est l’Islande, autrefois destination difficile pour aventuriers, aujourd’hui prise d’assaut par les voyageurs émerveillés et toujours plus nombreux. A l’heure où les blogs de voyage ont toujours plus de succès, comment être original ? Et surtout, faut-il l’être ? Petit billet d’humeur, et débat ouvert.

    Rêver d’Islande en hiver, du désir au vertige

    J’ai reçu une alerte en me réveillant ce matin. On vendait des vols à prix cassés pour l’Islande en janvier, des allers-retours à moins de 200 euros par personne pour retourner frôler le cercle polaire et tutoyer les glaces éternelles.
    Je suis allée deux fois en Islande, en été, et ces deux voyages comptent parmi mes plus beaux, mes plus inoubliables. Quand le fluide magique qui crée la beauté du monde s’est renversé sur notre planète, il s’est concentré sur l’Islande : aucun autre endroit n’offre un tel catalogue de merveilles en un si petit espace. Volcans, geysers, fjords, plages, glaciers, montagnes, landes lunaires, faites trois pas, vous êtes dans un autre monde.

    L'Islande est le pays des cascades. Découvrez les plus belles cascades d'Islande sur le blog de voyage Itinera Magica.
    Canyon de Fjaðrárgljúfur

    Chez un drogué du voyage, l’envie d’ailleurs est aussi fulgurante et irrépressible que le désir amoureux. Ça m’a pris comme un coup de foudre, je me suis dit que cet hiver, je retournerais en Islande. Je m’imaginais déjà entrer au cœur des grottes glaciaires, dans ce miroitement de transparence mortelle. J’imaginais le froid qui suspend la fureur des cascades, et les geysers qui fendent les épaisseurs neigeuses. La machine à rêves était enclenchée.
    Et puis, pour me donner des idées, pour chercher mon itinéraire, j’ai tapé « Islande en hiver ». J’ai vu que beaucoup de blogueuses talentueuses et que j’adore y étaient allées avant moi, j’ai trouvé une profusion d’articles merveilleux. L’Islande en hiver, je l’ai trouvée chez Carnets de Traverse, chez Lovetrotters, chez Vie Nomade, chez Hellolaroux, chez d’autres encore. De fabuleuses variations de la beauté glacée des pôles, et des soleils roux qui frôlent l’horizon, des photos sublimes et des histoires exaltées comme je les aime – l’Islande, pays du cœur qui bat la chamade.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Imaginez entrer au coeur de la glace…

    Au premier article, mon désir était décuplé. Au cinquième, au sixième, il avait laissé place au vertige. L’Islande en hiver ? Mais tout a été dit, photographié par des virtuoses, cartographié au centimètre près, raconté à merveille par d’autres que moi. Que me reste-t-il à découvrir ? Je ne ferais que marcher dans les pas des autres. Je me suis dit que mes envies de grand nord, de longue nuit, de glace monumentale, n’avaient vraiment rien de spécial, et que d’autres m’avaient précédée depuis longtemps. C’est idiot, mais à cet instant, j’ai réalisé que j’étais très formatée dans mes désirs et mes envies d’ailleurs, et j’ai eu un peu honte de mes rêves.
    La première fois que je suis allée en Islande, quand j’avais onze ans, nous avions dormi dans des lycées car il n’y avait pas d’hôtels, et eu la sensation de découvrir un eldorado inexploré. Aujourd’hui, la moitié des logements islandais abritent un Air BnB. Mes fantasmes sont devenus mainstream.

    Glacier des Pélerins, Chamonix
    Chamonix.

    J’en ai parlé sur Twitter avec les copines blogueuses. Elles me disaient des choses très justes. « Tout voyage est unique, tu ne retrouveras jamais le même moment, la même lumière, la même atmosphère. Ce voyage t’appartiendra. » Elles me disaient « tu voyages pour toi, pas pour les autres. Pourquoi t’intéresser autant à ce que font les autres blogueurs ? ». Mais j’avais du mal à expliquer ce que je ressentais. Ce n’était pas juste un calcul de blogueuse, un besoin maladif de se démarquer.
    C’est que si j’allais en Islande cet hiver, j’allais forcément refaire plus ou moins ce que les autres avaient fait, car c’était le plus beau : marcher sur le glacier, entrer dans les grottes, voir Jökulsarlon, etc. J’allais marcher dans les pas des autres. Or on va en Islande en hiver pour la sensation d’être hors du monde, plongé dans les glaces, seul sur Terre, et que si je refaisais plus ou moins l’itinéraire des autres, cette sensation d’exceptionnel et d’unique allait s’amenuiser. Aller en Islande, ce n’est pas comme aller à Palavas les Flots ou à Paris : tu t’en fiches que tout le monde ait vu la Méditerranée et la Tour Eiffel avant toi, ce sont de toute façon des destinations de masse et c’est très bien comme ça. Mais l’Islande, tu as froid, tu paies cher, tu te sens partie pour une aventure – est-ce vraiment la même chose quand l’aventure est devenue une destination de masse et que tout le monde a vécu pareil ? J’aime raconter des histoires, et que je ne sais plus quoi dire de neuf, de différent, d’autre, après tant de magnifiques récits. Et ces derniers temps, j’ai l’impression que nous sommes nombreux, nous blogueurs voyage, à faire les mêmes voyages, dans les mêmes hôtels, avec les mêmes itinéraires et les mêmes expériences.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Le Vestrahorn, un lieu d’Islande (légèrement) moins connu, et où j’ai eu le plaisir d’une découverte : je n’avais jamais vu aucune photo de cette montagne avant de la voir de mes propres yeux.

    Sur Twitter, mes copines blogueuses me répondaient : « Tu raconteras d’autres histoires, tu feras d’autres photos, nous allons toutes aux mêmes endroits et nous ne vivons jamais la même chose. » Elles ont raison. Au fond, c’est le principe de la vie : racontées en une phrase, toutes les existences se ressemblent. Elle est née, elle a grandi, elle est tombée amoureuse, elle a connu des abysses et des cimes, elle a vieilli, elle est morte. Et pourtant, personne n’accepterait d’échanger son amoureux, sa maison ou son travail avec celui ou celle de la voisine. Le sel de la vie, ce sont les détails, les secrets, les moments dont on a cassé le moule.
    Toutes les vies sont pareilles et pourtant aucune ne ressemble à une autre.
    Et pourtant. Si on vous disait que vous alliez partir sur la Lune, puis qu’on précisait que vous seriez la toute dernière de votre village à y aller, comment réagiriez-vous ?

    Le fantasme de la carte vierge

    N’avez-vous jamais rêvé de raconter une histoire que personne n’a encore entendue ? De prendre une photo que personne n’a jamais vue ? De fouler de la neige vierge ?

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Lors de son deuxième voyage, Christophe Colomb arriva en Guadeloupe, à La Désirade.

    J’ai toujours été fascinée par les navigateurs et les grandes découvertes. Non pas pour l’établissement colonial, que j’abhorre – la destruction des cultures, l’exploitation des populations, la ruine des mondes –, mais pour l’acte inouï de celui qui plonge dans le blanc de la carte. Ado, je harcelais mon prof d’histoire-géo avec la Sibérie. L’étendue de vide dans la carte me hantait. « Mais là où il n’y a pas de routes ? Il y a des gens ? Le sol ne dégèle jamais ? On peut y vivre ? Il y a des villages ? » Je regardais ces vidéos où, par des températures de moins 50 degrés, l’eau bouillante se métamorphose en tempête glacée au contact de l’air.

    Puis mon obsession s’est tournée vers le Pacifique, cet océan gigantesque où affleurent des confettis de terres où personne ne va jamais. J’adorais lire les histoires des îles coupées du monde, comme celle de Palmerston, au large des îles Cook : pour y accéder, comptez 9 jours de navigation solitaire depuis Tahiti, et il n’y a pas d’autre moyen. Le Pacifique sud reste un mystère. Mon arrière-grand-mère, qui a grandi aux Marquises (Polynésie française), racontait avoir connu le dernier cannibale. En vérité, il n’était sans doute pas le dernier de son espèce : en 2011, un navigateur allemand qui entreprenait un grand tour du Pacifique a été dévoré par un cannibale sur l’île de Nuku Hiva (si vous lisez l’allemand, l’histoire est ici , et elle est vraie).

     

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    La côte de Na’Pali à Kauai, Hawaï.

    Je prétends rêver d’aller me geler en Sibérie ou de me faire dévorer par les cannibales aux Marquises, mais en vérité, je ne suis pas une grande aventurière. J’aime les douches, les matelas, le wifi, ces petites choses qui rendent la vie meilleure. Pourquoi cette attraction (fantasmée) pour le froid, le loin, l’inconfortable ? Par goût de l’inouï.

    La recherche de l’inouï

    Entendons-nous bien. Je ne suis pas de ceux qui font la course au toujours plus spectaculaire, qui escaladent le Kilimandjaro à cloche-pied, traversent l’Irak en trottinette ou dorment suspendus à des sangles au-dessus des chutes de Salto Angel. Je souris gentiment face au snobisme du voyageur qui se croit plus pur et plus malin que tout le monde parce qu’il a parcouru en trois semaines à dos de coléoptère volant ce que tout le monde fait en voiture en deux heures. J’estime que les merveilles touristiques du monde sont connues pour de bonnes raisons, et qu’on serait bête de s’en priver juste pour le plaisir de marquer sa différence. Comme tout le monde ou presque, je rêvais de voir le Grand Canyon, les rochers mythiques de Capri ou les tortues et les plages des Seychelles.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Antelope Canyon, ou aller dans un lieu censé être magique et mystique, mais surexploité par le tourisme de masse. Expérience mitigée.

    Je suis une blogueuse de voyage « bourgeoise », comme la plupart d’entre nous : je cherche des soleils d’hiver proches, des liaisons aériennes faciles, un bon rapport qualité/prix. Je vais en Guadeloupe en décembre et dans le Verdon en juin, mes vacances sont souvent celles de Mr et Madame Tout le Monde. C’est aussi pour ça que nos lecteurs nous lisent : parce que comme nous, ils n’ont pas forcément beaucoup de temps et beaucoup d’argent, et ils cherchent des voyages faciles à reproduire, de l’inspiration accessible.
    Mes articles de blog sur la France ont souvent plus de succès que ceux sur le bout du monde, et je le comprends tout à fait. Notre pays regorge de merveilles et j’ai vécu des moments de surprise extrême sans quitter nos frontières. J’ai eu de véritables éblouissements esthétiques à deux pas de chez moi, et je suis heureuse de montrer qu’on peut vivre une intense évasion à coups de TGV ou d’autoroute A7.

    La France, c’est pas mal non plus.

    Mais parfois, nous sommes saisis par le frisson de l’inouï quand nous rencontrons ceux qui osent l’incongru. Mon amie Amandine alias La lykorne illettrée est allée au Groënland il y a deux ans, sur le lac Baïkal gelé l’hiver dernier, et ses voyages m’éblouissent. Un des blogs de voyage les plus puissamment originaux qui existent, c’est probablement celui de Laurent One Chaï, le mec qui prend un cargo pour Cotonou, traverse le Pakistan et le Tadjikistan en moto ou en bus défoncé, apprend l’arabe au Caire et m’a donné follement envie de découvrir l’Ouzbékistan. Je suis devenue allergique à l’expression « hors des sentiers battus », mais j’estime que s’il y a bien quelqu’un qui a le droit de l’utiliser, c’est lui.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Mon expérience « hors des sentiers battus » (pour le coup, c’est vrai) : camp dans le désert à Tan-Tan, Maroc, pour une conférence hautement surveillée aux portes du Sahara.

    A ma modeste échelle (je ne suis pas Laurent, moi, je n’ai pas fait 90h de train entre Moscou et Ürümqi), mon hiver 2016/2017 a été pour moi l’hiver de l’inouï. Déjà, je vivais à Munich, et c’était extrêmement dépaysant : j’ai pu descendre dans des canyons de glace, nager à poil au milieu de la neige, devenir pote avec des chèvres humanoïdes et réaliser toutes sortes d’expériences insolites en Bavière en hiver. Mais surtout, j’ai réalisé deux rêves de gamine, deux projets un peu fous qui me tenaient vraiment à cœur. En janvier, mon voyage aux îles Shetland m’a permis d’assister au festival viking Up Helly Aa, la fête du feu dans le grand Nord. Fin février, j’ai vu se lever la plus grosse vague du monde à Nazaré, Portugal : 30 mètres de furie écumante qui déferle sur la falaise brune.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Expérience puissante à Shetland, tout au nord de l’Ecosse, entre la Norvège et les Féroé

     

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    L’hiver à Munich, on s’amuse beaucoup.

    J’ai ressenti une immense exaltation, une joie extrême. Je n’avais pas fait grand-chose, mais j’avais l’impression d’être une aventurière, une pionnière des temps anciens, celle qui va là où personne ne va. Ça n’était pas une question d’égo, de guéguerre ridicule à « qui c’est qui a le voyage le plus ouf ». C’était cette ivresse de l’inconnu qu’on éprouve à vivre des choses que peu de gens de votre entourage ont vécues, à être sans repères, sans jalons, sans guide (il n’y avait même pas de guide touristique digne de ce nom pour Shetland ! à peine trois pages dans le Michelin), de tout découvrir par soi-même. Je n’étais pas influencée par les histoires et les images des autres, mon inspiration était première, spontanée, et je me sentais libre. Aucun risque de vouloir reproduire les voyages des autres, aucun dilemme « j’ai vu ça comme super photo sur Instagram et j’ai envie de le faire moi aussi, je copie ou pas ? ». En repensant à mes voyages de l’hiver dernier, et en constatant avec surprise mon hésitation face à l’Islande à l’hiver, dont j’avais pourtant rêvé, j’ai ressenti pour la première fois le poids des voyages des autres, et la façon dont ils transformaient les miens, que ce soit parce que je les copiais inconsciemment ou, au contraire, parce que je cherchais à m’en démarquer, que je me disais « pas cet hôtel, pas cette photo, pas cet itinéraire, parce que Machin a fait ça et je ne veux pas qu’on me prenne pour une copieuse ».

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Bien le bonjour des monstres de Nazaré. (Les fourmis dans la photo ? Des scooters des mers. Pour vous donner l’échelle.)

    On est d’accord, ce sont des problèmes de riches. Voyager est un privilège, un luxe, et mes états d’âme quant au fait de copier ou non les voyages des copains sont dérisoires au regard de l’état du monde. Ca fait caprice de petite fille gâtée de dire « je ne veux pas aller en Islande parce que tout le monde l’a fait avant moi », j’en suis consciente. Mais ceci est un blog de voyage, et ceci est ma rubrique Réflexions voyage, et j’avais envie d’engager le dialogue avec vous sur l’originalité en matière de blog voyage. 

    Les comparateurs de vols, ou la restriction du champ des possibles ?

    Tous les blogueurs de voyage sont drogués aux comparateurs de vols, moi la première. Skyscanner, Easyvoyage, Expédia, Liligo… ils sont nombreux à faciliter notre addiction aux ailleurs en offrant en quelques secondes des tableaux de comparaisons des vols pour la Terre entière. Sur Skyscanner, je suis fascinée par la fonction « partout ». Vous rentrez un mois de l’année, par exemple janvier 2018, un aéroport de départ, et la liste de toutes les destinations possibles se déroule sous vos yeux émerveillés, par ordre de prix croissants. Je pense que je ne suis pas la seule blogueuse voyage à avoir un rapport un peu compulsif aux comparateurs de vol : presque tous les jours, je fais des tests. « Et février depuis Marseille, et mars depuis Lyon, et avril depuis Nice ?… » Je regarde. Je fantasme. Je rêve. J’imagine. Au début, j’ai eu l’impression que le monde était à mes pieds. Aujourd’hui, je me demande si ce n’est pas en train de restreindre notre imagination. Trépignant sur les starting blocks, nous attendons la bonne offre, le tarif intéressant, pour foncer. Mais est-ce que nos envies du monde ne sont pas en train de rapetisser à la mesure des hubs bien desservis par les compagnies aériennes ? Les comparateurs de vol et les compagnies low cost ont domestiqué nos désirs : des city trips proches, des connexions directes, pourquoi chercher autre chose ? Ce n’est absolument pas un reproche, car je suis la première à plaider coupable (la preuve), mais je ne compte plus le nombre d’articles de blog sur un citytrip à Prague, un week-end à Lisbonne, à Edimbourg (très envie d’y retourner, d’ailleurs, j’attends un vol pas cher ;-)), à Rome, à Budapest, à Porto, etc. Je continue moi-même à en écrire, je ne compte pas m’arrêter, et je lis ceux des autres avec toujours le même plaisir. Car oui, ces villes sont belles, et on aurait bien tort de s’en priver. Mais je l’avoue, je rigole doucement (avec bienveillance, amis blogueurs, ne m’en voulez pas) de nos prétentions à l’originalité dans des circuits ultra balisés. Quand je vois passer un énième post ayant pour titre « Reykjavik / Barcelone / Londres hors des sentiers battus », je me dis que nous sommes d’infatigables jardiniers, ratissant jusqu’à la racine les bas-côtés des autoroutes touristiques mondiales.

    Blog voyage et originalité : comment se démarquer ?
    Prague.

     

    Blog voyage et originalité : comment se démarquer ?
    Florence.


    Je pense à mes vieux amis allemands qui, comme les pantins du running gag, me demandent « et pourquoi tu ne vas pas à Majorque ? » chaque fois que je mentionne la recherche d’une destination nouvelle, parce que tous les vieux Allemands d’Allemagne vont à Majorque deux fois par an, et je me demande à quel moment nous allons finir par nous lasser. Nous exploitons une destination jusqu’à la lie, puis nous nous lassons et passons à la suivante. Ce qui était nouveau l’an dernier ne l’est plus cette année : en 2016, j’étais allée aux Açores et aux Seychelles, et naïvement, je me sentais un peu pionnière. Cette année, plusieurs amis blogueurs y sont allés à leur tour, et je suis ravie pour eux. Mais je me demande où je pourrais tenter ma chance, cette fois – acheter l’illusion de la découverte.  Je ne sais pas si nos vies nous permettent d’oser si souvent l’inouï.

     

    Vous ne connaissez pas les Açores? Une grande histoire d'amour vous attend. Découvrez le diamant de l'Atlantique, entre volcans, vagues et jardins. Que faire aux Açores, que voir ? Tout sur Itinera Magica, blog de voyage amoureux des lointains.
    Magiques Açores. Le plaisir d’aller dans un endroit dont on ne sait pas encore grand chose.

    Souvent, l’inouï est cher, pas pratique, se paie par douze escales et des nuits dans des salles d’attente d’aéroport, demande trois semaines de vacances successives, beaucoup de débrouillardise ou beaucoup d’argent. Je rêve de Samoa et de Tonga, de Groenland, de Belize, d’Iles Vierges britanniques, de Russie, d’Ouzbékistan, d’Iles turques et caïques, de Vanuatu, de Zanzibar, de Tasmanie. Et puis je cherche les vols, et je renonce. Trop cher, trop loin, trop compliqué. En revanche, cette super offre pour la République Dominicaine… Difficile de résister à la tentation du pas cher et du pratique, et il n’y a aucune honte à sauter sur une bonne affaire. Au coeur de l’hiver, je crois que je n’en aurai plus rien à faire de l’originalité, et que j’irai n’importe où, pourvu que je trouve du soleil. La vie est courte, et Punta Cana et la Martinique sont superbes. Mais je me demande si nous ne nous illusionnons pas quant à notre statut de « voyageurs », nous qui piétinons souvent sur les mêmes chemins, croyant découvrir le monde alors que nous ne faisons que le traverser sur des rails.
    Je me dis parfois que je vais essayer de me désintoxiquer des comparateurs de vol, pour voyager par rêve et non par aubaine. Pour tenter de me demander où je veux vraiment aller, indépendamment des occasions qui s’offrent à moi. J’hésite sur le type de voyage que je veux, le genre d’histoires que je voudrais raconter – faire rêver en allant très loin ou aider à explorer autour de soi en restant tout près. Mais plus profondément, je me demande où j’irais si je n’avais pas de blog, s’il n’y avait aucune mode, aucun phénomène d’influence et a contrario, aucune pression de l’originalité à tout pris? Irais-je chercher l’inouï ou le facile ? Sincèrement, je ne sais pas. Je crois que les blogs ont profondément modifié notre comportement de voyage, et que nous avons parfois du mal à nous reconnecter avec nos vrais désirs.

    Pourquoi et comment aller aux Bahamas ? Quelle île choisir ? Guide du pays de Pirate des Caraïbes
    Partir, où ?

    Alors, l’Islande l’hiver prochain ? Je n’ai pas décidé.

    Les blogs de voyage et l’originalité

    Et vous ? Après avoir commencé à discuter sur Twitter, je serais curieuse d’avoir votre avis sans la limite des 140 caractères. Pensez-vous que l’originalité est un critère important ? Est-ce que les voyages des autres blogueurs vous influencent dans un sens ou dans l’autre – pour s’inspirer ou se démarquer ? Si un blogueur voyage vous parlait d’un coin ultra secret et difficile d’accès, iriez-vous, ou bien vous diriez-vous que ce lieu lui appartient ? Etes-vous drogué des comparateurs de vol ? Choisissez-vous par opportunité ? Pensez-vous que les blogs de voyage doivent se démarquer à tout prix ? Diriez-vous que nos blogs se ressemblent trop ?

    Les blogueurs voyage font-ils tous les mêmes voyages ? Blog et voyage et originalité
    Epinglez moi !
  • Ma vie semi-nomade : stop ou encore ?

    Blogueuse de voyage et freelanceuse, pour toujours ? Dans mon dernier article, Peut-on vivre de son blog de voyage ?, j’évoquais le succès actuel des blogs de voyage, les limites du modèle, et les défis que peut représenter la vie nomade. Contre les discours un peu simplistes du type « quitte ton job, lâche tout, vis tes rêves et sois payé pour ça », j’essayais d’engager la discussion sur les limites du rêve. Le débat qui a suivi est passionnant. Vos commentaires sont très nombreux, et vous êtes nombreux à avoir parlé de vous, ce dont je vous remercie : j’ai lu vos témoignages avec énormément d’intérêt. Après vous avoir fait parler de vous – merci d’avoir répondu présents ! -, j’ai envie de vous parler de moi, de mon parcours, et d’où j’en suis aujourd’hui.

    Je crois qu’un blog est intrinsèquement personnel et subjectif, et que c’est bien pour ça qu’on le lit. Je ne lis pas ou peu de blogs qui essaient de se dissimuler derrière un format « magazine », où on ignore qui écrit, où la personnalité de l’auteur, son originalité et son authenticité ne transparaissent pas. Je défends l’idée du blog associé à une voix, un visage, une histoire. Et c’est pour ça que je vais maintenant vous parler de moi. Vivre de son blog ? Etre free-lanceuse ? Voilà où j’en suis.

    L’écriture pour premier moteur

    Tenir un blog, c’est répondre à une passion, un besoin. J’aime par-dessus tout écrire, sur tous les supports et dans des genres différents. Trois exercices font mon bonheur : le carnet de voyage, la chronique humoristique, et la nouvelle gothique.
    J’ai commencé à tenir des carnets de voyage quand j’avais sept ans, en Guadeloupe. J’ai publié mon premier recueil de chroniques, Dieu est une femme, à l’âge de quatorze ans. J’ai aussi commencé à cette époque à contribuer de façon irrégulière à différents médias (presse et télévision), et à tenir des blogs consacrés aux livres et à la musique. J’ai eu plusieurs blogs, j’ai publié d’autres livres. Le voyage a toujours été le fil rouge, le lien constant entre tous mes projets épars. Mais à vrai dire, quand je réfléchissais à ma trajectoire, je n’envisageais pas une vie de free-lanceuse. Je me voyais prof et écrivain, comme ma mère.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    En train d’écrire mon premier carnet de voyage, en Guadeloupe.

    Le grand saut par accident : la bonne élève devenue nomade

    Par ma famille, j’ai hérité de l’obsession du voyage : mes parents étaient acharnés à parcourir le globe en long en large et en travers, et ils nous emmenaient partout avec eux.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    J’ai eu l’immense chance d’avoir des parents fous de voyage. En Australie, à 15 ans, lors de notre tour du monde en famille – une expérience fondatrice pour moi.

    Mais j’avais autant de plaisir à partir qu’à revenir chez nous, en Provence. L’évasion se conjugait à toutes les distances. A une époque de ma vie, ado, j’ai rêvé d’être cinéaste et de partir en école de cinéma en Californie. Mais je n’ai pas eu le cran de quitter ma vie française, à laquelle j’étais (et je reste) très attachée. Après le bac, j’ai renoncé à traverser l’océan à la recherche de l’or hollywoodien, et j’ai pris une décision beaucoup plus conventionnelle : une prépa littéraire dans un grand lycée parisien.

    J’ai toujours été une bonne élève, et une angoissée en quête de structure. J’ai naïvement cru que l’excellence me protègerait de l’incertitude, et je me suis acharnée à devenir une bête à concours : je me disais que si j’étais la meilleure, rien ne pourrait m’arriver. J’ai eu 19,65 au bac, j’ai réussi le concours de l’ENS Ulm du premier coup à la 9e place, j’ai été reçue première à l’agrégation d’allemand, ma thèse en littérature allemande a reçu un prix prestigieux. Sur le papier, un parcours parfait. Bête à concours, machine, tout ça. En réalité, j’étais juste morte de peur.

    Ma génération sait aujourd’hui que même les meilleurs élèves ne sont pas à l’abri, et qu’un diplôme ne garantit aucune sécurité. C’est peut-être pour cela que nous sommes si nombreux à rêver de nous barrer très loin, de faire le tour du monde et de ne jamais revenir : parce qu’aujourd’hui, on est plus récompensé à être bien sage.  Ce n’est plus l’époque des bons élèves.

    Au bout de neuf ans d’études, je me suis retrouvée face au vide. L’allemand s’était effondré dans l’enseignement supérieur (les mauvais jours, je dis que je suis Docteur ès Titanic), et il n’y avait plus aucun poste. Ma thèse ne servait, de facto, à rien. Côté enseignement en collège/lycée, l’Education Nationale voulait m’envoyer à l’autre bout de la France, loin de mon compagnon, de ma famille et de mes amis, en remplaçante sur trois lycées dans un endroit où je n’avais jamais mis les pieds et n’avais aucune attache. Je trouvais ça injuste d’être punie ainsi après tant d’efforts. Alors j’ai pris le large.

    Pour être tout à fait sincère, je n’avais pas décidé de sauter dans le vide, disons que le destin m’a poussée du haut du grand plongeoir. Le voyage était ma passion, mon bonheur, mon trésor, mais je n’avais pas imaginé qu’il serait mon métier.
    Beaucoup de gens de ma génération sont comme moi. Les situations sont diverses – burn out au bureau, chômage, diplôme inutile, etc. Mais ce sont toutes des personnes qui étaient prêtes à rester dans le rang, et qu’on a poussées à bout ou mises au pied du mur. Alors elles se sont barrées.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Quand on m’énerve trop.

    Blogueuse voyage, par passion 

    Parce que j’ai deux grandes passions depuis toujours, l’écriture et les voyages, j’ai ouvert Itinera Magica en 2015. Ce n’était pas par effet de mode : Itinera Magica s’inscrivait dans la continuité de mes blogs précédents, et des cahiers de voyage que j’accumulais depuis toute petite.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Un de mes carnets préférés : en Islande, à l’âge de 10 ans

    Je suis une semi-nomade : je suis free-lanceuse (journalisme et traduction) et blogueuse, volatile et toujours par monts et par vaux, mais toujours ancrée en Provence. Je ne fais pas le tour du monde en sac à dos, je ne vis pas en caravane, j’ai une adresse postale. Je suis une demi nomade qui a choisi de garder une ancre.

    C’est toujours en voyage que je me sens la plus inspirée, la plus libre, que je me renouvelle et me régénère. C’est aussi pour cela que je n’ai jamais envisagé d’être une « vraie » nomade, une déracinée à long terme. J’ai besoin de préserver le caractère unique du voyage, le choc de la nouveauté et du lointain. Je suis beaucoup en déplacement, mais je repasse toujours par la case maison (ma Provence). Les éblouissements du midi me sont aussi chers que les sirènes des lointains, et je ne veux pas que le voyage devienne une contrainte ou une cage.

    A Salvation Mountain, sur les traces de mon vieux rêve californien.

    Je réserve toujours un billet aller-retour

    Beaucoup de voyageurs ont le fantasme de l’aller-simple, je ne l’ai plus.

    Mais j’ai beaucoup de  rêves de voyages encore inassouvis, et rien ne me fait autant frisonner que l’appel du large.

    Je rêve de deux ou trois mois à travers le Pacifique. Le plus grand océan du globe, l’éternité capturée sur Terre, m’a toujours hypnotisée. Je rêve de retourner à Hawaï, le lieu qui m’a le plus marquée à ce jour. De découvrir les Samoa, les Iles Cook, le Vanuatu. De partir aux Marquises et aux Gambiers sur les traces de mon arrière grand-mère, qui y a grandi et m’a transmis la fascination polynésienne.

    J’aime les océans et les peuples navigateurs – les Polynésiens, donc, et les Vikings. Après être partie sur leurs traces à Shetland et en Islande, je rêve du Groenland. Les fjords démesurés, envahis par des icebergs plus grands que tous mes rêves, me donnent le vertige. Quand on me parle du Groenland, je ressens des frissons d’exaltation dans tout le corps, et je sais que j’irai.

    Je rêve de continuer ma quête des plus belles cascades. Je rêve d’îles perdues, dans l’océan Indien ou aux Caraïbes. Je rêve des lumières des villes, des rivières au fond des gorges, des azurs éblouissants. J’ai des milliers d’envies et une vie pour les assouvir. Mais j’assume désormais la profondeur de mon amour pour ma Provence, et mon impossibilité à rester trop longtemps loin d’elle.

    Ariane Fornia, blogueuse de voyage
    A Giens, avec L’Ile au trésor de Stevenson, un de mes livres culte. Stevenson a écrit n’avoir été heureux qu’une fois, à Hyères. Mon palmarès du bonheur est heureusement plus étoffé, mais je partage son amour pour Hyères, la ville la plus au sud de la côte d’Azur.

    Blogueuse de voyage, mon modèle hybride

    Mes proches disent toujours de moi que je suis « intense« . (Cela peut vouloir dire que je les fatigue, je sais. J’ai été livrée sans bouton pause. Je suis le genre de fille qu’on envoie courir ou lancer des poids quand elle devient trop insupportable.) Je suis obsessionnelle dans mes engouements, follement enthousiaste. Je renoncerais au blog de voyage si je ressentais de la froideur, du cynisme ou de l’ennui. Et c’est pour ça que je reste suspendue sur le fil – pro ou amatrice passionnée ?

    Itinera Magica me rend heureuse et répond à un besoin fondamental d’expression et de partage. Je suis une extravertie, une passionnée à l’enthousiasme presque obsessionnel, qui étouffe quand elle ne s’exprime pas. Et je suis follement curieuse des autres, de toutes les vies que je ne vivrai pas. Grâce à Itinera Magica et aux réseaux associés, j’ai pu tisser des relations que je sais aussi vraies, profondes et enrichissantes que celles qu’on rencontre dans la vie réelle. Des milliers de coeurs et d’intelligences à portée de clic, une myriade de gens fascinants et divers, c’est le miracle d’internet et je ne m’en lasserai jamais.

    Itinera Magica a de plus en plus de succès, grâce à vous, ce dont je vous suis infiniment reconnaissante. Est-ce que je gagne de l’argent avec mon blog ? C’est une de mes sources de revenus, mais ce n’est pas la principale. Mon blog est une belle vitrine et un tremplin pour les autres projets que je porte, mais sur ma fiche d’impôts, je suis plus journaliste et traductrice que blogueuse.
    Parce qu’Itinera Magica est en train de prendre de l’importance, je suis de plus en plus obligée de me mettre dans la « catégorie 1 » que j’évoquais dans mon dernier article. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas de salaire fixe, et que quand je voyage, je ne peux pas me consacrer à mes travaux en freelance. Et quand on revient d’un merveilleux voyage, il y a toujours les impératifs de la vraie vie qui se manifestent, les factures, les assurances et les courses. Je n’envisage pas de vivre de mon blog – comme je le disais dans l’article précédent, je doute de la viabilité du modèle économique. Mais je suis obligée de veiller à ce qu’il m’apporte aussi des revenus si je veux garder la tête hors de l’eau.
    Comme je le disais dans l’article précédent, les voyages évoqués sur mon blog appartiennent tantôt aux trois catégories : opérations de promotion (payées), invitations et blog trips, voyages personnels. Je les vis toujours avec le même enthousiasme, car je ne vais que dans les lieux qui font battre mon cœur plus fort.  Je cherche à cultiver des relations de confiance avec les destinations qui choisissent de travailler avec moi, et j’ai pu vivre des choses merveilleuses grâce à ceux qui m’ont fait l’honneur de me choisir. Ce sont des moments très précieux, non formatés, que je choisis par instinct et par amour. Si je n’étais plus à même de réunir ces conditions, je renoncerais. Je me méfie de la boulimie du « toujours plus », ou du voyage à tout prix. Et c’est pour ça que j’oscille toujours entre les trois catégories, que je zigzague entre les différentes options.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Et je suis profondément attachée à ma Provence natale. Ici, le pont d’Arc, au sud de l’Ardèche

    La fatigue du funambule et l’amour du monde

    Je me sens funambule. Devenir une vraie pro ou revenir à une vie plus normale ? Je suis à la croisée des chemins. J’espère être encore là dans vingt ans, et inscrire ce blog dans une très longue durée. Et à ce stade, je ne sais pas quelle est la meilleure option pour me permettre de le faire.

    Depuis deux ans, je suis devenue traductrice et journaliste free-lance à plein temps – ce qui n’avait été qu’un à côté durant les dix années précédentes. Ma vie est belle, riche et passionnante. J’ai beaucoup de chance. Mais je ne montre que le côté solaire sur le blog et les réseaux sociaux, pas les déceptions, les contrats loupés, les factures en retard et les moments d’épuisement. Je ne suis pas sûre d’être faite à long terme pour cette vie très précaire. Je sens bien que je me fatigue d’être suspendue dans le vide, et je regrette de ne pas pouvoir mettre en valeur mes longues années d’études. Revenir à un métier plus stable ? J’y pense souvent. J’ai parfois envie d’avoir des collègues, un salaire qui tombe à date fixe, une distinction claire entre mon temps de travail et mon temps de loisir. J’ai parfois la nostalgie de ma vie d’avant, plus simple. Mais je rêve de garder le temps et l’énergie nécessaires pour pouvoir écrire et voyager. Allier sa passion et son métier : la chance d’une vie, ou le meilleur moyen de se gâcher les deux ? Beaucoup d’entre vous êtes ambivalents sur le sujet dans vos réponses, et je le comprends tout à fait.

    Un voeu au génie de la lampe

    Si vous êtes le génie d’Aladdin, ou que votre carnet d’adresses est la caverne d’Ali Baba, laissez-moi faire un vœu : mon rêve absolu, ce serait d’écrire un jour pour le magazine d’Air France. Il est pour moi le Graal du magazine de voyage, follement littéraire et inspirant. Qui sait. Les rêves sont notre combustible à tous.

    Et quoi qu’il en soit, je vais continuer à tracer mon chemin, et à laisser des petits morceaux de mon cœur aux quatre coins du globe, pétale après pétale, jusqu’à ce que la nuit vienne.
    La Terre est si vaste, et la vie est si courte. Les blogs de voyage ne seront peut-être qu’une mode, qui sait ? Mais l’acharnement à parcourir la Terre avant de la quitter nous restera toujours.

     

    Peut-on rester blogueuse de voyage toute sa vie ? Mon parcours et mes réflexions aujourd'hui.
    Epinglez moi !

     

    Ariane Fornia blogueuse de voyage – Ariane Fornia écrivain – Ariane Fornia journaliste free lance – Peut on vivre de son blog de voyage ? Peut on rester blogueur de voyage pour toujours ?

  • Peut-on vivre de son blog de voyage ?

    Peut-on vivre de son blog de voyage ?
    Etre payé pour voyager, vivre de son blog et de ses vidéos… voilà un rêve qui gagne du terrain. Le blog de voyage est à la mode. De plus en plus nombreux, les blogueurs de voyage se sont imposés comme des acteurs essentiels de la promotion touristique. Et le succès de certains, qui ont « tout plaqué pour vivre leur rêve », en incite d’autres à tenter le grand saut. Blogueur de voyage, un métier bientôt proposé par les conseillers d’orientation ? Deviendrons-nous tous nomades ? Une petite réflexion, et un débat ouvert.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    « Je suis partie vivre mes rêves, vous m’embarquez ? »

    Le blog : nouvel acteur incontournable de la promotion touristique

    A l’heure où les réseaux sociaux ont pris une place énorme dans nos vies, nous avons plus tendance à consulter Google et Instagram qu’un guide papier pour prévoir nos vacances. 87% des voyageurs consultent principalement internet pour planifier un voyage, selon une étude récemment citée par le collectif We are travel. Et les blogs de voyage ont le don de faire rêver, inspirer, guider, de donner des conseils fouillés et précis à leur public cible. Que vous soyez à la recherche du plus beau 5 étoiles de Saint Barth, d’un hébergement le moins cher possible à Chiang Mai, ou des plus belles randonnées dans le Périgord, il y aura forcément un blogueur pour répondre à votre demande.

    Les offices de tourisme et les marques l’ont bien compris. Plus vivant, plus personnel, plus précis qu’une simple campagne de pub, le recours au blogueur permet une véritable identification : « cela pourrait être mon voyage ». Le blogueur incarne le rêve, le rend tangible. Les offices du tourisme sont donc toujours plus nombreuses à organiser blogtrips, instameets, ou partenariats individuels avec des blogueurs pour mettre en valeur leur destination. Face à tous ces blogueurs qui deviennent les ambassadeurs du rêve d’ailleurs, et qui semblent s’amuser comme des fous, difficile de ne pas être tenté d’en être.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Pose de blogueuse aux Açores

    De plus en plus de blogueurs de voyage

    Combien de blogs de voyage francophones y-a-t-il aujourd’hui ? Impossible d’apporter une réponse précise, mais c’est un nombre à quatre chiffres au moins. Les 250 blogueurs de voyage présents au WAT 2017, le Salon des blogueurs de voyage, ne sont qu’une petite partie de l’iceberg. Cherchez le hashtag #blogvoyage sur Instagram, vous trouverez des milliers de publications.

    Telle la boule de neige qui roule sur une pente alpine, la mode des blogs s’auto-alimente. Nous sommes nombreux à encourager le mouvement avec des articles du type : « Comment j’ai tout quitté pour faire le tour du monde », « Vivez vos rêves, lâchez votre job », « N’attendez pas la retraite : partez maintenant ». Ces articles expriment un enthousiasme authentique, mais ils sont aussi une bonne stratégie pour augmenter son trafic : ils font cliquer les gens. Nous sommes nombreux à nous sentir enfermés dans le quotidien, coincés dans un open space à faire rentrer nos rêves de gamin dans les cases d’un tableau Excel, à rêver de liberté, d’autonomie et de plages lointaines. Tracer son propre chemin, cap sur l’aventure, gagner sa vie en voyageant : le rêve ultime ? Alors beaucoup se jettent à l’eau, lancent leur blog de voyage, et espèrent bâtir leur succès sur les ailes d’un avion.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    On met les voiles (ou le kayak) ?

    Avoir un blog à succès : pas si facile

    Beaucoup de jeunes blogueurs déchantent vite. Construire un blog de voyage et animer les réseaux sociaux qui l’accompagnent, c’est effroyablement chronophage. Ceux qui persévèrent sont les vrais passionnés. Mais les obstacles sont nombreux.

    •  L’épreuve des réseaux sociaux : Facebook et Instagram, les réseaux sociaux phares, ont souvent changé leur algorithme au cours des dernières années, et l’ont rendu chaque fois moins bénéficiaire aux blogueurs. Il était bien plus facile d’obtenir très vite des milliers d’abonnés il y a trois ou quatre ans qu’aujourd’hui : afin de maximiser leurs profits, Instagram et Facebook limitent volontairement l’audience des publications, pour forcer les usagers à payer des publicités. Avoir un compte viral, qui explose du jour au lendemain, est devenu très rare. Les impatients tentent de compenser en achetant des milliers de faux followers, rendant la tâche plus difficile encore aux jeunes blogueurs honnêtes. Heureusement, les OT sont aussi devenues plus promptes à démasquer les tricheurs, et préfèrent de plus en plus un engagement réel à de gros chiffres gonflés. (Au cas où vous me lisez, chers offices du tourisme, chères marques : vérifiez toujours que les followers sont authentiques, particulièrement sur Instagram, et qu’il y a une adéquation entre le nombre de followers et l’engagement. Mieux vaut 1000 followers de chair et de sang, intéressés par les publis, que 10 000 ou 100 000 robots !)
    • L’exigence technique toujours plus élevée : Les premiers blogs, il y a dix ans, étaient souvent très artisanaux. Il n’était pas rare de tomber sur des sites en hébergement gratuit, bricolés à la va-vite, avec des typographies moches, des photos floues et des textes bâclés. Avant, le blog ressemblait à une lettre à ta grand-mère. Aujourd’hui, il ressemble à un magazine de mode. Pour être blogueur aujourd’hui, il faut être web designer, graphiste, journaliste, photographe, vidéaste et community manager à soi tout seul. Les sites sont de plus en plus beaux et léchés, les photos moches n’ont plus droit de cité, et la montée en puissance de la vidéo oblige à acquérir une débauche de matériel sophistiqué. Un site professionnel, un appareil photo reflex, des tas d’objectifs, une caméra, des logiciels de retouche et de montage, un drone, des tonnes d’accessoires photo et vidéo…  Le blogueur à succès d’aujourd’hui, c’est une petite entreprise audiovisuelle, avec du matos qui vaut vingt mille euros. L’investissement de base est toujours plus élevé.
    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Après avoir hésité pendant un an, j’ai acheté un drone.
    • La concurrence : Le nombre grandissant des blogs impose à chacun de faire toujours mieux, toujours plus original. Difficile de se démarquer et de construire sa propre « niche » dans un paysage toujours plus concurrentiel.

    Mais le problème majeur est plus fondamental encore : celui du modèle sur lequel se base le blog de voyage.

    Tensions entre les blogueurs de voyage : pourquoi le modèle s’essouffle

    On voit maintenant affleurer dans la blogosphère de petites tensions entre trois grands groupes de blogueurs, qui ont des approches divergentes … et surtout, des attentes différentes quant à la rémunération de leur travail.

    Je tiens à préciser que ma distinction des trois groupes ne se fait pas sur la qualité de leur travail, ni sur l’ampleur de leur audience, mais uniquement sur le modèle économique selon lequel ils fonctionnent.

    • Le groupe des blogueurs professionnels: Pour eux, le blog est un job à plein temps. Ils sont autoentrepreneurs et vivent de la production de contenus textuels et audiovisuels. Lorsqu’ils montent une opération de promotion d’une destination, avec articles, photos, vidéos, publications sur les réseaux sociaux, etc, ils ne sont pas seulement invités, mais aussi payés pour le faire. Car il ne suffit pas de se faire offrir des voyages : il faut aussi pouvoir vivre. Et payer le matériel sophistiqué mis à la disposition des destinations bénéficiaires. C’est comme quand on embauche un vidéaste / photographe / chargé de comm’ / publicitaire : on ne se contente pas de lui rembourser ses frais de transport et d’hébergement, on le paie.
    • Le groupe des blogueurs invités, mais pas payés: Ces blogueurs ont peut-être quelques petites rentrées d’argent par leur blog, mais celui-ci ne constitue pas leur revenu principal. Le blog leur permet de dépenser moins pour voyager plus : ils acceptent de rédiger des articles et de produire des contenus en échange d’une invitation, sans paiement supplémentaire. Par exemple, deux nuits d’hôtel contre un article sur l’établissement en question, un tour en traîneau contre deux photos sur Instagram, etc. C’est un échange de bons procédés.
    • Le groupe des blogueurs qui paient eux-mêmes: Ces blogueurs ont un travail « normal », et ne dépendent pas du blog pour vivre. Ils rédigent des articles sur leurs voyages personnels, qu’ils ont payé de leur poche. Ils ne font pas partie des carnets d’adresses des offices du tourisme, ne participent pas à des blog trips, ne demandent pas de contrepartie. Mais ils produisent tout de même du contenu, pour le plaisir et par passion. Et s’ils sont enthousiastes, ils œuvrent eux aussi à la promotion d’une destination… sans avoir rien reçu en échange.

    Je ne critique, ni ne préfère aucun de ces trois groupes. J’ai du respect pour les trois, et à vrai dire, j’ai un pied dans les trois. (Oui, j’ai trois pieds, ça rend les métaphores moins bancales, non ?) Il m’arrive, au cours d’un même itinéraire, d’être successivement dans le groupe 1), 2) et 3). Je comprends les points de vue de tout le monde.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Et la passion est la même pour tous : partir !

    Mais vous voyez tout de suite le problème que cela représente pour la pérennité du métier de blogueur de voyage sur le long terme. Comment un blogueur professionnel peut-il convaincre une destination de le payer, quand d’autres sont prêts à faire un travail similaire sans aucune contrepartie ? D’autant que la concurrence globale entre blogueurs et la multiplication des blogs pousse à l’élévation du niveau général, et qu’il arrive de plus en plus souvent que les blogueurs du groupe 3) soient aussi bien équipés et aussi doués que ceux du groupe 1), ou presque.

    Les dilemmes insolubles du blogueur voyage

    Un autre problème fragilise les blogueurs de voyage : le fait que, par passion et goût de la découverte, nous voyageons même quand on nous refuse les partenariats, ce qui, dans toute autre profession, reviendrait à se suicider commercialement.
    Imaginons un vendeur ambulant de glaces. Il propose à un passant un cornet chocolat pour 2 euros, le passant refuse. Dans le monde normal, le vendeur continue son chemin. Mais si le vendeur est blogueur de voyage… il va dire « ok, je te le donne quand même, et je vais même te payer pour que tu le prennes, et te faire une publi Instagram en bonus ». C’est ce que beaucoup d’entre nous font en permanence. Nous rêvons de visiter telle destination, nous ne parvenons pas à obtenir un partenariat, nous nous disons « tant pis, j’ai trop envie d’y aller, je le fais quand même en payant de ma poche. » C’est ce que j’ai fait en Islande, qui a été officiellement mon plus gros échec de blogueuse à ce jour : TOUTES mes demandes de partenariat ont été rejetées, pourquoi ? Parce que l’Islande est littéralement débordée de touristes en juillet, date de mon voyage, et qu’ils n’avaient pas besoin d’une blogueuse venant faire de la promotion à ces dates où tout est blindé. Nous n’avons pas renoncé, car nous rêvions de ce voyage, et il a été merveilleux. Mais économiquement et logiquement parlant, c’est une très mauvaise décision.
    Et comme nous sommes blogueurs de voyage, nous n’allons pas nous priver de mettre ça en ligne sur notre blog, car nous avons envie de partager ces images, ces expériences, ces secrets. Et nous avons besoin d’alimenter notre blog avec du contenu sexy susceptible de parler à nos lecteurs, et l’Islande fait rêver (presque) tout le monde. J’ai écrit toute une série d’articles de blog sur l’Islande. Totalement compréhensible mais… sur le plan de la stratégie business, c’est un peu comme se faire hara kiri avec un pic rouillé.
    Du coup, certains blogueurs professionnels ne font plus que des voyages sponsorisés, et se privent de destinations dont ils rêveraient car ils n’ont pas le bon contact, la bonne opération. Sur le plan du business, je comprends totalement : quand le voyage devient un métier et qu’on travaille dur pour vivre de son blog, on a plus envie de faire ça sur ses propres deniers. Mais sur le plan de l’épanouissement personnel… je trouve ça triste à pleurer. Doit-on vraiment faire du voyage son métier si on veut garder intacte la flamme ?

    La menace fantôme : les faux blogs commerciaux

    Enfin, un dernier phénomène vient mettre en danger les blogueurs : la création de simili-blogs par les marques elles-mêmes. Soucieuses de surfer sur le phénomène, elles peuvent ainsi rester maîtresses de leur communication, sans dépendre d’un blogueur qui voudra garder son indépendance éditoriale et risque de ne pas se plier exactement à leurs souhaits promotionnels. On voit de plus en plus de marques et destinations (compagnies aériennes, comparateurs, hôtels, etc) créer des blogs « corporate » qui imitent le style et le ton des blogueurs… sans les avis plus négatifs, bien sûr. Sous l’apparence d’un blog, ce sont bien des publicités, rédigées par un salarié de l’entreprise. Celui-ci reçoit un salaire fixe pour ce travail, et dispose des moyens et du budget de l’entreprise, contrairement à l’électron libre qu’est le blogueur. Comment lutter ? A mon sens, en soulignant la dimension personnelle et subjective des blogs. Si je lis un blog, et non un guide classique, ou le site web d’un office de tourisme, c’est que je veux lire l’histoire de quelqu’un, l’histoire d’un voyage, d’une expérience, d’un regard. On se lasse vite des « 10 trucs à voir » et autres « Top machins » : ce qui fait qu’on revient sur un blog, c’est qu’on s’attache à une voix, à une personnalité.

    Le risque d’une saturation de blogs de voyage

    Les avis sont très partagés quant à l’avenir des blogs. Actuellement, le succès des blogs est indéniable, et tous les indicateurs montrent leur succès et leur efficacité en matière de promotion touristique. Certains blogueurs, notamment anglo-saxons, construisent de véritables empires, et parviennent non seulement à vivre de leurs blogs, mais à devenir riches. J’ai lu récemment l’article d’un blogueur de voyage américain qui se vantait de dégager, sur l’année, un salaire net à six chiffres. A ma connaissance, les blogueurs francophones sont loin de ces chiffres mirobolants, mais certains ont réussi à construire de belles choses.

    Mais d’autres craignent qu’il s’agisse d’une bulle qui finira par exploser, que le public saturé de blog trips remette en question l’honnêteté des blogueurs et se détourne d’eux, et que l’attrait de la vie nomade s’estompe avec la concurrence croissante.  D’autres encore critiquent notre tendance à l’escapisme, et demandent « qui construira les maisons et soignera les malades quand on sera tous partis backpacker en Thaïlande ? » Ils pensent qu’il s’agit d’une phase, sans pérennité.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Vivre comme ça, éternellement ?

    Peut-on vivre de son blog ?

    Aujourd’hui, certains blogueurs ont su conjuguer un grand talent, beaucoup de persévérance et un peu de chance, et sont parvenus à « percer ». Ils vivent de leur blog et des campagnes de promotion touristique associées.

     Je n’en cite ici que quelques uns que je suis avec plaisir et que j’apprécie, mais la liste est bien entendu plus longue : Carnets de Traverse, World Else, Taxi-Brousse, Madame Oreille, Vie Nomade, ou encore le blogueur/youtubeur Votre tour du monde.

    Ils collaborent avec des destinations prestigieuses, font des voyages de rêve, et sont payés pour ça – le rêve absolu ? Oui, mais… Outre le fait que leur parcours reste rare et exceptionnel, beaucoup ne font pas mystère des difficultés qu’ils rencontrent, et de la dose de travail impressionnante que cela représente. Tout n’est pas toujours rose : Corinne, de Vie Nomade, a raconté sur son blog avec beaucoup de courage et de sincérité les terribles difficultés financières qu’elle a traversées. Cela reste un métier de funambule, où on ne cesse de jongler avec les courants contraires. Le blog seul permet rarement de vivre : beaucoup complètent avec nombre de travaux en free-lance, qui sont rarement bien payés, et par définition précaires.

    La vie nomade, accessible à tous ?

    Les « gros blogueurs » qui ont des dizaines de milliers de followers sur Instagram ne sont pas les seuls à mener une vie de globe-trotter. Si votre rêve est de vivre sans attaches, il vous faut un métier qui puisse s’exercer à distance, partout où vous trouverez une bonne connexion Internet : graphiste, web designer, traducteur, rédacteur web, et bien d’autres choses encore. Le blog est bien loin d’être la seule option. C’est possible, et si tel est votre souhait, je vous conseille vivement le blog de Corinne, Vie nomade, qui est plein de ressources précieuses pour ceux qui veulent conjuguer travail et mobilité. J’ai parmi mes amies blogueuses plusieurs jeunes nomades qui ont choisi cette voie, et qui le font avec beaucoup de talent et d’audace. Je pense par exemple à Stéphanie du blog Voyage road trip.

    Mais la vie nomade ne convient pas forcément à tout le monde : accepterez-vous de ne pas savoir au début du mois comment vous allez le finir ? De ne pas avoir de contrat fixe, et de fonctionner au coup par coup, toujours à la recherche d’opportunités, et dépendant du bon vouloir de vos interlocuteurs ? De subir parfois des retards de paiement de plusieurs semaines, et vous demander comment vous allez payer les factures qui continuent de tomber ? De déménager loin de France pour bénéficier d’une vie moins chère ? De travailler toujours seul, de ne dépendre que de vous-même ? De ne pas avoir de séparation claire entre le travail et le loisir ?
    Aujourd’hui, le grand saut est à la mode. Mais ne vous laissez pas culpabiliser par les injonctions faciles, les jolies citations sur Instagram qui sous-entendent que si vous avez un job de bureau au lieu de dormir dans des bus au Rajasthan, vous êtes un gros loser qui rate sa vie. L’épanouissement ne vient pas en taille unique. Il n’y a pas de honte à se dire qu’on est pas fait pour ce mode de vie, et on peut aussi mener des vies heureuses et épanouissantes sans tout plaquer.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    En voyage de presse au Maroc, me demandant 1) quel est le sens de la vie 2) si c’est possible de mener une vie nomade sur le long terme 3) s’il y aura du couscous au dîner.

    Si vous rêvez d’être blogueur…

    … faites-le avec passion, et sans attendre que cela change votre vie. Devenez blogueur parce que vous adorez ça, que vous aimez voyager, écrire, photographier et partager. Que vous partiez deux fois par an ou deux fois par mois, faites-le parce que le blog vous rend heureux. Ne vous dites pas que ça va vous permettre de lâcher votre job. N’espérez pas devenir riche. Soyez patient.
    Ne commencez pas à solliciter des offices de tourisme au bout de deux semaines pour avoir des trucs gratos, vous allez juste les exaspérer et dégrader la réputation des blogueurs. Une des grandes menaces pour l’avenir des blogs de voyage, ce sont les blogueurs profiteurs qui se font payer des trucs et ne livrent jamais l’article promis : j’entends de plus en plus d’OT et d’hôtels échaudés par de mauvaises expériences avec des gens sans éthique, qui se sont comportés de façon scandaleuse. Si vous obtenez une nuit d’hébergement contre un article (par exemple), vous publiez l’article dans les 10 jours qui suivent, pas trois mois après. Et vous faites ça bien.
    Sachez qu’il vous faudra du temps et du travail pour construire une communauté. Ne lâchez pas l’affaire si personne ne vous lit au début. Comme dirait Florent Pagny, « aimer sans attendre, ne rien faire qu’apprendre, rien que pour le geste, sans vouloir le reste ». (Je cite qui je veux, c’est mon blog. C’est ça, l’avantage numéro un du blog, pas le fric ou les freebies : c’est VOTRE espace à vous, et vous pouvez exercer « votre liberté de penser ». Ok, j’arrête avec Florent.)

    Sachez que vous n’avez pas besoin d’être blogueur à plein temps pour avoir du succès. Je suis beaucoup de blogs fabuleux, de très grande qualité et qui ont su trouver leur public, dont les auteurs ne sont pas uniquement blogueurs. Avoir gardé un job plus conventionnel à côté leur permet de s’affranchir des angoisses du free-lanceur, et cela ne les empêche pas d’avoir des blogs magnifiques, et de décrocher eux aussi des collaborations prestigieuses. Revers de la médaille : ils ont deux journées de boulot en une, et sont souvent des bourreaux de travail. Construire un blog à succès, c’est toujours être prêt à beaucoup de sacrifices, quel que soit votre modèle économique.

    J’en suis convaincue : l’avenir des blogs de voyage réside dans la sincérité et l’individualité. Nous ne résisterions pas à l’uniformisation, au formatage et à la course aux chiffres. A trop vouloir transformer une passion en métier lucratif, nous risquons de dénaturer et d’abîmer ce qui nous a rendu uniques. N’oublions pas de voyager par amour.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Et de laisser le vent nous ébouriffer.

    Et vous ?

    Amis blogueurs et voyageurs, où en êtes-vous ? Vivez-vous de votre blog ? Rêvez vous d’ouvrir un blog de voyage ? Quels sont vos projets ? Parlez moi de vous, continuons la discussion.

    Et moi ? Je vous raconte ma vie de semi-nomade dans le prochain article. Abonnez-vous à la newsletter si vous voulez suivre mes histoires !

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Road trip solo en Californie.

     

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  • Comment foirer son voyage de Saint Valentin

    Des idées pour rater complètement votre Saint Valentin…
    … et quelques idées et destinations pour (peut-être) la réussir.

    Le 14 février est là, et vous êtes inondé « d’idées pour réussir sa Saint Valentin », de « destinations romantiques pour une Saint Valentin de rêve », et autres « escapades amoureuses inattendues » (de l’inattendu, de l’exclusif, du jamais vu, du genre… Venise !). Vous en êtes au stade où vous vomissez des pétales de roses par les trous de nez.

    Saint Valentin Sofitel Marrakech
    Et ça ressemble à ça, c’est joli.

    Je vais vous décevoir : je vais vous servir exactement la même soupe. Je vais même vous parler de Venise (non, lâchez cette gondole, ne tapez pas). C’est notre fonds de commerce, nous les blogueurs, on a nos rituels, on vous sort « les meilleurs marchés de Noël » début décembre, « les plus belles plages » début juin, et « les plus belles destinations romantiques » à la Saint Valentin. (Et en ce qui me concerne, « les soleils d’hiver pour éviter de se suicider » tous les solstices de décembre.) Un blogueur, c’est comme le coq du poulailler, ça fait cocorico tous les matins à 5h30.

    Les plus belles destinations de Saint Valentin : Seychelles
    Le rêve pour la Saint Valentin : les Seychelles. Mais personne ne fait ça. La Saint Valentin, c’est toujours un week-end à l’arrache, quelque part où il fait moche. C’est comme ça.

    Mais histoire de me faire pardonner, je vais commencer par lister quelques manières de foirer complètement votre Saint Valentin, avec quelques histoires qui, hmm, n’ont absolument rien à voir avec des situations authentiquement vécues dans ma vie à moi. (Je ne vois pas de quoi vous parlez).
    Et après, je vais vous suggérer des destinations de Saint Valentin en Allemagne, car comme dit le proverbe célèbre, « si tu veux contenter Cupidon, va donc chez les Teutons ». Ensuite, il y aura des idées de Saint Valentin en Provence, car selon l’adage, « si tu veux choper, va voir la Méditerranée ». Et enfin, y aura des voyages de Saint Valentin ailleurs en Europe, car la maxime est formelle : « deux nuits en Slovénie, quelqu’un dans ton lit ». C’est parti.

    5 raisons de rater votre Saint Valentin en voyage :

    1) Votre mec un con.

    Désolée, je ne peux rien pour vous, on est pas à Psychologies Magazine ici.

    2) Vous êtes célibataire, ou vous venez de vous faire larguer.

    Et je suis présentement en train de vous saouler avec mon article 100% couples (et hétérocentré, en plus). Que voulez-vous, je me marie en juin, mon cerveau est officiellement atteint de niaiserie pralinée. Vous vous vengerez à mon divorce.

    3) Vous avez choisi une super destination, mais la météo ne joue pas le jeu.

    Cela fait longtemps que vous rêvez de découvrir le lac de Côme, et ses sommets enneigés qui se reflètent dans les eaux cristallines. Super idée, sauf qu’il pleut comme lama qui crache, que tout est fermé et que la visibilité moyenne est réduite au bout de votre spaghetti.
    Si vous vouliez être paré côté météo, vous auriez dû savoir que le lac de Côme, ce sont les Alpes en version plate : pas la neige, mais la pluie, pas le soleil des cimes dégagées, mais le brouillard des vallées gluantes, pas le blanc, mais la boue. Beaucoup de boue. Dans laquelle vous vous étalerez en descendant du carrosse censé vous conduire au paradis dolce vita des amoureux. (Je vous ai dit que ça n’avait rien à voir avec ma vie, ok ?).
    Si vous aviez su, vous seriez allé sous les Tropiques. Mais…

    Seychelles plage de la côte d'Or
    Les Seychelles : ça aurait été vachement mieux.

    4) Vous êtes pauvre et votre plafond de carte bancaire le sait.

    Vous avez prévu votre Saint Valentin à Europa Park, le plus grand et le meilleur parc d’attractions d’Europe. Là-bas, il y a toute l’Europe, des grands-huit vikings qui vous emmènent direct au Walhalla, un village norvégien avec une église en bois debout, Paris en mieux, des pirates néerlandais et des russes cosmonautes, c’est génial. Et pour le côté « romantique », vous dormirez dans leur hôtel de luxe, façon palais de César et Colisée et banquet pharaonique.
    Sauf qu’au moment de faire le check in, la carte bancaire ne passe pas. Mais alors pas du tout. Et vous vous retrouvez à dormir dans un « appartement pour famille » à 12 bornes du parc, dans des lits superposés sous le regard sadique d’un clown géant peint en format XXL sur le mur. Torride nuit de Saint Valentin.

    5) Vous n’êtes pas pauvre, mais votre hôtel est pourri quand même.

    Les années ont passé. Cette fois, vous avez prévu votre coup, et réservé un 4 étoiles. Je vais même le nommer, tiens : l’Hôtel Leonardo à Munich. Normalement, je suis une gentille blogueuse (mais pas une hypocrite): je parle uniquement de ce que j’aime, et si je n’aime pas, je garde pudiquement la bouche cousue sans mentionner le lieu qui m’a déplu. Mais aujourd’hui, chers lecteurs, je brise ma règle du silence pour vous hacher en charpie l’hôtel Leonardo à Munich. Attention, à ce stade là ça mérite carrément la tronçonneuse et la broyeuse, pour envoyer du parmentier. Tiens, Google, c’est pour toi : hôtel Leonardo arnaque hôtel Leonardo n’y allez pas. L’honnêteté m’oblige juste à admettre que le petit-déjeuner est très bon.
    On vous vend un grand tralala romantique au prix fort, vous parle de « boutique hôtel » et de luxe raffiné. Vous découvrez un couloir moite et puant qui ressemble au boyau d’un rongeur crevé, plein d’infiltrations d’eau sur lesquelles on a cloué des… serviettes de bain afin de résoudre le problème. J’imagine bien le plombier qui arrive et dit « désolé, j’ai pas d’outils pour refaire les joints, mais je viens de dévaliser la piscine municipale, on est parés ». Sur vingt mètres, vous avez donc une collection de serviettes crucifiées comme les suppliciés sur le Golgotha. Au sol, y avait pénurie de serviettes, donc une mousse verdâtre vient faire coucou entre les fissures. Dans la chambre, la salle de bain fait la taille d’une cabine téléphonique, et les serviettes ont été visiblement toutes détournées pour la tuyauterie. C’est pas 4 étoiles, c’est 4 mètres carrés. Et avez-vous jeté un coup d’œil à l’arrière-cour ? On dirait un campement d’extraterrestres dans Men In Black, où des créatures humanoïdes font mijoter des substances louches dans un fatras indescriptible. Toute la nuit, ça sera fanfare de casseroles et décollage de fusées. Saint Valentin en serviette sur Jupiter, c’est parti.

    Munich, panorama Peterskirche
    A part ça, Munich c’est magnifique en hiver sous la neige.

    6) Vous avez un problème de spécialités locales.

    Cette fois, cette fois, vous êtes paré. Vous avez décidé de planifier vos Saint-Valentin au dernier moment en fonction de la météo, et le soleil est au rendez-vous. Même en dernière minute, vous trouvez un super hôtel à Annecy. Ca s’appelle Le Clos des Sens, c’est dire si ça va être chaud bouillant. Dans votre chambre, une baignoire à remous, des bougies, des roses, la totale du tralala kitsch. Les cygnes voguent sur l’eau translucide, la vieille ville se pare de lumières chatoyantes, tout est d’équerre. Petit resto typique au bord des canaux, regards amoureux, et … fondue savoyarde, of course, c’est Annecy. Vous vous régalez. Vous retournez dans votre hôtel bien chéros avec l’idée de faire des acrobaties dans le bain à remous. Mais soudain votre estomac lesté au fromage pèse 5 tonnes. Prendre un bain ? Pas possible, on risque l’hydrocution. Faire du trapèze aux rideaux ? Plutôt vous endormir tout habillés comme deux grosses masses de ciment, au milieu des pétales de rose et des bougies (éteintes). Chaud bouillant, on disait. Comment foirer votre St Valentin ? La fondue.

    Annecy la nuit : destination romantique de Saint Valentin
    Annecy, c’est magnifique et très romantique, cela dit – faites juste ramadan, ok ?

    Si malgré tout, vous voulez continuer à tenter le coup, voici quelques idées quand même.

    Alors, en stock, j’ai la Guadeloupe, les Seychelles (officiellement les plus belles îles de ma vie à ce jour), l’Atlantis à Dubaï, ou la Gold Coast australienne. Mais a priori, la Saint Valentin, c’est plutôt un week-end rapide, casé entre deux semaines de boulot. On est donc restés sur des destinations européennes où vous risquez de vous prendre la flotte, et tout foirer comme moi. Mais vous allez voir, j’ai essayé de minimiser les risques.

    Et au passage, je vous conseille de beaux hôtels de conte de fées. Ne radinez pas sur l’hôtel le soir de la St Valentin, ne vous dites pas que le Formule 1 sur le périph’ ça va le faire. Conseil gratuit de conseillère conjugale autodidacte.

    Destinations romantiques de Saint Valentin : Abu Dhabi
    Saint Valentin à Abu Dhabi : Love Actually sur un écran géant et seaux à champagne

    Saint Valentin en Allemagne : destinations romantiques en Bavière (et en Autriche)

    Peut-être imaginez-vous que les pays germaniques, c’est salade de patates et sorbet de chou, pas glamour du tout ? Détrompez-vous. La région frontalière Bavière/Tyrol est une idylle permanente. Surtout qu’en général, vous avez la neige – et selon moi, c’est le bon plan ça, les destinations d’hiver où le risque de pluie se transforme en espoir de blanc étincelant. Je crois qu’il faut miser sur l’altitude dans les destinations hivernales : la neige magnifie tout.
    Sortez vos petites ailes et votre poussière d’étoiles, voici le conte de fées. Pour ne pas foirer votre Saint Valentin, faites-moi confiance, allez en Allemagne ou en Autriche. Vous ne regretterez pas.

    • Les châteaux de Bavière. Surtout, allez voir mon article la Bavière en hiver, je vais vous en convaincre : la Bavière en hiver, c’est follement romantique. Quatre infos pour achever de vous convaincre de passer la Saint Valentin à Schwangau:- c’est le village du château de Neuschwanstein (vous savez, celui qui ressemble au château de Disney)
      – l’hiver, les cerfs sauvages sont nourris tous les jours à 15h au niveau du lieu-dit Brunnen, vous verrez donc des cerfs et des biches sortir de la forêt enneigée pour venir vous voir. C’est le moment de mettre un genou dans la neige mouillée et de faire votre demande en mariage.
      – s’il y a assez de neige, vous pouvez faire des balades en traineau tiré par un cheval au clair de lune, illuminées aux flambeaux. Plus romantique, tu meurs
      – vous pouvez la soirée aux « thermes du roi » : à poil dans l’eau tiède avec vue sur les deux châteaux. Délicieusement décadent.
      Deux hôtels hyper romantiques : version grand luxe, l’hôtel König Ludwig, version plus abordable, mais ravissant, le Landgasthof zur Post, avec vue sur Neuschwanstein.
    • Saint Valentin en Allemagne. Destination romantique en Allemagne
      Neuschwanstein en calèche, ça vaut un mariage
    • Les Alpes autrichiennes : Salzburg, Innsbruck, le château d’Hohenwerfen, un fabuleux hôtel avec piscine en verre au milieu des montagnes. Je vous en parle dans mon article itinéraire romantique dans les Alpes autrichiennes. Un de mes voyages les plus romantiques à ce jour, avec du ski en bonus si vous le souhaitez. Je vous y conseille aussi un hôtel à Kaprun.
    Destination romantique en Autriche. Saint Valentin en Allemagne et Autriche
    Je vous fais du clickbait : allez voir mon article Autriche pour connaître le nom de ce château fabuleux ! (Désolée.)
    • Les fabuleux lacs de Bavière, à mes yeux les plus beaux d’Europe.
      Saint Valentin en Allemagne destination romantique en Bavière
      Le cygne, symbole de fidélité éternelle. Je vais vous décevoir : c’est un mythe. Lui aussi, il se tape sa collègue, cet hypocrite.

      Plusieurs options romantisme maximum :

    – dormir dans le ravissant village de Berchtesgaden et admirer le Königsee, le plus majestueux des lacs bavarois, qui ressemble à un fjord norvégien
    – dormir dans le super typique village de Garmisch-Partenkirchen et admirer l’Eibsee, au pied de la plus haute montagne d’Allemagne
    – tout au sud de la Bavière, aller à Lindau, sur le lac de Constance (Bodensee en VO). La partie de la ville qui se situe au milieu du lac, qu’on appelle « l’île de Lindau » (Lindauer Insel) semble absolument superbe. C’est notre choix pour cette Saint Valentin 2017. (Vous saurez à quel point on a foiré ou pas notre destination de Saint Valentin 2017 très prochainement.)
    Idée bonus : si l’hiver est froid, vous pouvez patiner sur les lacs de Bavière. Cette photo a été prise sur le lac de Starnberg fin janvier 2017. Le must ? Patiner sur l’Alpsee, le lac de Neuschwanstein.

    Saint Valentin en Allemagne. Destination romantique en Bavière
    Patineurs sur le lac de Starnberg

    Destinations de Saint Valentin en Provence et sur la Côte d’Azur

    Ma région natale est merveilleuse, et peut être délicieuse en hiver (quand elle est de bonne humeur : pour être tout à fait honnête, je vous conseille de réserver en dernière minute, afin de vérifier la météo). Je vous recommande de vous rapprocher le plus possible de la Méditerranée, afin d’optimiser les chances de douceur. J’ai sélectionné des options en bord de mer uniquement, afin de vous concilier les bonnes grâces de notre astre capricieux.

    – La Camargue en hiver peut être absolument merveilleuse. Les marais sont rouges, les flamants roses, extra roses (parce qu’ils viennent de faire leur mue), et la pluie épargne souvent la Camargue, même quand le reste de la France et sous les eaux (je vous jure que c’est vrai, je l’ai éprouvé à maintes reprises. Ça doit être à cause de tous ces tridents de gardian, ça fait peur aux nuages). Mon hôtel fétiche en Camargue, vous le savez, c’est le beau Mas Cacharel.

    Destination romantique de Saint Valentin en Provence
    La Camargue : rouge amour fou

    Porquerolles en hiver : une merveilleuse façon de la découvrir loin des foules. J’y suis allée fin février 2016 et j’ai eu une météo grandiose, j’étais à deux doigts de me la jouer bikini et crème solaire. TGV jusqu’à Hyères, puis bateau pour Porquerolles, c’est emballé. L’option grand luxe, pour une Saint Valentin princière : le Mas du Langoustier, un des hôtels que j’ai le plus aimés sur la Côte d’Azur.

    Destination romantique de Saint Valentin en Provence
    Oui, c’est Porquerolles en février

    Saint Raphaël, l’Estérel et ses roches rouges. Le massif de l’Estérel est d’une beauté rare, avec ses pitons rouges sur la mer azur. Un hôtel follement romantique me fait rêver depuis longtemps, perché sur un éperon rocheux au-dessus de la mer : La Villa Mauresque. Je le découvre en avril, je vous en reparlerai sans doute.

    Destination romantique de Saint Valentin en Provence
    L’Estérel.

    Cassis. Pour moi un lieu mythique, d’une beauté rare. Je garde un souvenir ébloui d’une nuit à l’Hôtel des Roches blanches, avec vue sur ces calanques majestueuses. La calanque d’En-Vau, c’est dans le top 10 des plus beaux trucs du monde, sans exagération marseillaise.

    Destination romantique de St Valentin en Provence
    Calanques.

    – Le village d’Eze, entre Nice et Monaco. Imaginez un village fortifié au milieu des eaux bleues, relié par une fine bande de terre à une côte sublime et découpée. Eze, c’est un décor de Disney, juste somptueux. J’ai un fantasme : l’hôtel Château de la Chèvre d’or, sur les hauteurs du village. Mais une nuit vaut à peu près le prix d’un billet d’avion pour les Seychelles, ce qui fait réfléchir, vous en conviendrez.

    Destination romantique de St Valentin en Provence
    Eze, depuis la route de la grande corniche

    Idées de Saint Valentin en Italie

    Bon, désolée, mais c’est inévitable. Vous n’y couperez pas. Sortez vos violons, je vous la joue la Belle et le Clochard.

    Florence, à mon avis un super plan en hiver, loin du tourisme estival étouffant. N’hésitez pas à louer une voiture et poursuivre dans la vallée du Chianti, aller à San Gimignano et pousser jusqu’à Sienne. Le road trip toscan pour la Saint Valentin, j’y crois. Mon plus beau souvenir d’hôtel ? La Pensione Bencista à Fiesole, avec jaccuzzi, jardin délicieux et une vue impériale sur Florence.

    Destination romantique en Italie
    Florence vue depuis la Pensione Bencista, à Fiesole

    Palerme, un soleil d’hiver proche et superbe. J’y suis allée en janvier 2016 et je vous recommande vivement cette ville foisonnante, à la végétation presque africaine. Mention spéciale pour la magnifique plage de Mondello. Deux hôtels : dans le coeur de Palerme, le merveilleux Grand Hôtel Des Palmes, à Mondello, le Mondello Palace Hotel (ci-dessous).

    Destination romantique St Valentin en Italie : Palerme
    Plage de Mondello à Palerme.

    Capri ou Positano. Incontournables. Prenez l’avion pour Naples, puis le ferry pour Capri ou la voiture pour Positano. Mes deux énormes coups de cœur de l’été 2016, que je rêve de revoir hors saison, pour les avoir à moi toute seule. La météo au sud de l’Italie est clémente, et le romantisme assuré.

    Saint Valentin romantique à Positano
    Ok, en février, vous n’aurez pas les bougainvilliers. (Positano)

     

    Saint Valentn à Capri
    Capri.

    Venise. Lâchez cette gondole, j’ai dit. Je ne pouvais décemment pas omettre Venise.

    Venise à la saint valentin
    Je sais que vous l’attendiez avec impatience.

    Idées de city trips de Saint Valentin, en Europe

    Lisbonne : Un vrai coup de cœur pour moi. Le soleil, une ville de toute beauté avec une ambiance marine entêtante, et si vous louez une voiture, des excursions fabuleuses à deux pas : Sintra et son envoûtant château aux mille secrets, et les plages de Cascais. Je vous recommande très chaleureusement l’hôtel Fortaleza do Guincho à Cascais : forteresse sur l’Atlantique, lits à baldaquin, ambiance de roman d’aventure.

    Destination romantique de St Valentin en Europe
    Allez écouter du fado à l’Alfama. Sauf si vous êtes seul le soir de la St Valentin, auquel cas vous vous jetteriez dans le Tage avec un tramway au cou

    Palma de Mallorca. (Techniquement, c’est en face du Maroc, mais c’est l’Europe quand même.) Une cathédrale toute droit sortie de Game of Thrones, la mer, les palmiers.

    – Trois villes belles comme des cartes postales, des ambiances de rue fabuleuses, le romantisme à l’état pur : Brême, en Allemagne, une des plus jolies villes du pays, Bruges, en Belgique, Prague, en République Tchèque. Il faut juste compter sur le bon vouloir du Dieu météo dans ces trois régions… Déplacez la Saint Valentin en mai, c’est plus sûr.

    Destination romantique de Saint Valentin en Europe
    Prague.

    – J’ai envie de vous recommander Edimbourg, parce que j’ADORE cette ville. J’espère juste que vous aimez les robes parapluies. Et le brouillard. Et la grêle. Et la fin du monde sous les eaux.

    Destination romantique de Saint Valentin en Europe
    Edimbourg l’été

    Ljubljana, en Slovénie, avec crochet par le lac de Bled (vous savez, le lac avec l’église au milieu). Là aussi, le danger brouillard est élevé, attention.
    Mon frère y est allé l’hiver dernier, a beaucoup aimé, et je l’ai forcé à prendre des photos avec MON appareil photo. Donc techniquement, ses jolies photos de Slovénie sont à moi. Ahahaha.

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    Sympa ce bled, non ? Ok, elle était nulle.

    – La Corse ou la Sardaigne. Y a du soleil et des villages, darladirladada.
    Chéri, tu lis mon blog ? On a une Saint Valentin 2018 à programmer.

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    Sinon, on retourne aux Seychelles, je tolèrerais la répétition

    Vous me racontez vos meilleures et vos pires Saint Valentin en voyage ?

    Je ferai peut-être un article avec vos histoires, je vous préviens.  

    Si vous voulez savoir si je me suis à nouveau étalée dans la boue pour la Saint Valentin 2017 à Lindau, inscrivez-vous à la newsletter, je vous dirai tout. Bonne Saint Valentin à tous !

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  • Blog et morale : pourquoi je n’irai pas aux Maldives

    Blogging et éthique : Corée du Nord, Maldives, Iran, et autres cas de conscience. Peut-on voyager en dictature ? Boycotter les Maldives.

     Un blogueur a-t-il une responsabilité morale ?

    A l’été 2016, un blogueur voyage a causé le scandale en faisant la promotion de la Corée du Nord, un des derniers totalitarismes de la planète. On le voit s’éclater dans des parcs aquatiques, poser auprès des statues monumentales de Pyongyang, comme si la Corée du Nord, c’était vraiment l’éclate totale. Bien entendu, nous n’avons pas entendu un mot sur les famines organisées, la terreur politique, la surveillance constante, les assassinats sommaires, le fait que la population vit enfermée à l’écart du reste de la planète, sans aucun contact avec l’extérieur.
    Nous, blogueurs de voyage, nous ne sommes pas des politiques. Nous inspirons à l’évasion : nous parlons de beaux paysages, de rencontres, d’expériences uniques à vivre, selon le credo « la vie est courte, la Terre est vaste, croquons-la à pleines dents ». Mais quelle est la limite à ne pas franchir ? A quel moment notre conscience politique doit-elle prendre le dessus ?
    Samuel, l’auteur du blog Les vents nous portent, a lancé le débat, et nous sommes plusieurs à y avoir participé (retrouvez toutes les contributions en fin d’article).

    Femmes dans la sublime mosquée Sheikh Zayed d'Abu Dhabi. Aurais-je dû être plus critique quant à cette destination ?
    Femmes dans la sublime mosquée Sheikh Zayed d’Abu Dhabi. Un voyage que j’ai adoré, mais où mon coeur féministe a été parfois critique.

    L’accoutumance à l’immoralité : blogging et éthique

    Avez-vous déjà entendu parler de l’accoutumance ? On en parle pour l’alcool, les drogues, les médicaments. Je prends un produit, j’y réagis de moins en moins, et j’augmente peu à peu les doses, jusqu’à ce que le produit ne me fasse plus aucun effet. L’accoutumance existe aussi en matière d’immoralité. Quelqu’un fait une chose que je sais répréhensible. Puis une autre, puis une autre, et une autre encore. A chaque fois, ma réprobation s’émousse. Je m’habitue à ce comportement. Je commence à le trouver acceptable. C’est ce qui se passe en ce moment avec les capuches en fourrure : derrière chaque capuche en fourrure, ce sont des conditions d’élevage et d’abattage abominables, des animaux tués par électrocution anale ou dépecés vivants, tout ça pour des raisons esthétiques. Mais à force de voir des capuches en fourrure partout, on finit par oublier qu’elles signifient une extrême cruauté.

    Avez-vous déjà entendu parler des images subliminales ? Vous les voyez en un dixième de seconde, une pub entraperçue dans le bus qui roule, une photo qui flashe un instant sur votre smartphone avant que vous continuiez à faire défiler le fil Instagram. Peut-être n’êtes-vous-même pas conscient de l’avoir vue. Mais quelque part, elle s’est fichée au creux de votre cortex. Elle est imprimée en vous.

    Voilà pourquoi je crois qu’en tant que blogueurs, notre responsabilité morale est grande. Ceux qui voyagent et partagent créent le matériau de nos désirs et de nos fantasmes. Nous publions textes et photos sur les réseaux sociaux, nous mettons en valeur de belles images colorées sur Instagram, nous vantons avec force superlatifs des lieux et des activités sur Facebook. Nous ouvrons un espace fantasmatique, un rêve en pixels et mots qui accrochent. Et que nous le voulions ou nous, notre influence est réelle : nous construisons des rêves, même fugaces.

    Blogging et responsabilité morale. Boycotter les Maldives
    Les photos d’un blog de voyage sont faites pour susciter le désir. Pour vous dire : viens, c’est plus beau par ici. Et malgré tout, malgré vous peut-être, cela vous marque.

    Les inquiétudes morales du blogueur voyage

    Je ne mets jamais en valeur sur mon blog des choses que je crois dangereuses ou dommageables à autrui. Pas de balade à dos d’éléphant ou de câlin à un bébé tigre en Thaïlande (c’est dramatique pour les animaux qui le subissent), pas de pose de yoga au bord d’un précipice (une photo ne mérite pas le plongeon), pas d’escalade de l’Uluru (c’est irrespectueux envers les Aborigènes), etc. La course à la photo virale à n’importe quel prix, très peu pour moi.

    Mais qu’en est-il des destinations que nous mettons en valeur ? Avons-nous le droit de faire la promotion de lieux qui foulent les droits de l’homme aux pieds, qui méprisent une minorité ou mènent des guerres injustes ? La question est périlleuse : peu de destinations peuvent revendiquer le brevet de la pureté morale, si ce n’est peut-être un eldorado scandinave féministe, écolo et égalitariste – Suède, Finlande. Et pourtant nous voulons découvrir et comprendre le monde.

    Où placer le curseur de l’acceptable ? Les Etats-Unis pratiquent la peine de mort et viennent d’élire Trump, les Danois et les Norvégiens tuent des baleines dans des conditions atroces, les Marocains et les Emiriens répriment les homosexuels, et ainsi de suite. Pourtant, je viens de passer dix jours merveilleux au Maroc, je suis allée aux Emirats l’an dernier, je rêve de découvrir les îles Lofoten, etc. Je fluctue sans cesse entre intransigeance et curiosité.

    Les USA après Trump

     Je suis dans un vrai dilemme moral vis-à-vis des Etats-Unis, dont j’adore les paysages grandioses : devrais-je renoncer à m’y rendre tant que Trump est président, afin de marquer ma désapprobation ? J’étais en Californie en septembre 2016, avant l’élection de Trump. Devrais-je désormais m’abstenir pour les quatre prochaines années, afin de signifier symboliquement aux Etats-Unis que l’élection d’un président raciste, misogyne, accusé d’abus sexuels, abîme gravement leur image et leur attractivité aux yeux du monde ?

    Petite anecdote : en novembre 2014, j’ai demandé un ESTA pour me rendre en Floride. Un mélange de raisons personnelles et professionnelles m’a conduite à multiplier les voyages aux USA entre 2014 et 2016 : six voyages, Floride, Los Angeles – Hawaï, San Francisco, Nevada, Arizona, Californie du sud. J’y ai vécu des expériences fabuleuses, mais assez « égoïstes » : je faisais mon road trip solo, je savourais les paysages, je me laissais enivrer par le pays sans beaucoup me préoccuper de la situation politique, si ce n’est peut-être du sort des Amérindiens, dont la cause m’a toujours touchée. La victoire de Trump m’a traumatisée : comment le pays de l’innovation, des prix Nobels, de la liberté, pouvait-il élire un type qui nie tout ce que nous aimons aux US ? Le lendemain de l’élection de Trump, j’ai reçu un mail me signifiant que mon ESTA était arrivé à expiration. Coïncidence extraordinaire, signe du destin ? Je me suis demandée si je devais retourner aux USA ces quatre prochaines années. La question est légitime, et même si mon rôle en tant qu’individu isolé est négligeable, c’est la somme des individus qui détermine l’attractivité touristique d’une destination. Je ne suis pas sûre d’avoir envie de planifier un voyage aux USA prochainement, et je crois que je vais me concentrer sur d’autres destinations que je rêve de découvrir. Mais très sincèrement – si demain on m’offrait un billet d’avion pour Santa Fe, La Nouvelle-Orléans, Honolulu ou Nashville, je ne dirais pas non… Ma morale se révèlerait plus flexible.

    Faut-il boycotter les USA depuis l'élection de Trump ?
    Antelope Canyon : une des raisons pour lesquelles j’ai aimé les US…

     

    Boycotter les USA tant que Trump est président ?
    Retournerez vous aux USA sous Trump ?

    Et la France alors ? Accepter la complexité du monde

    Et nous les Français, qui sommes-nous pour distribuer des brevets de perfection idéologique ? Nous autres, nous avons fait la une des journaux du monde entier cet été avec l’image violente d’un policier qui force une femme voilée à se déshabiller sur une plage. Nous risquons d’avoir Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Faut-il que les touristes boycottent notre pays afin de signifier leur désapprobation ? La quête de la perfection idéologique peut virer au ridicule, voire à la xénophobie, et j’en suis bien consciente. Je suis exaspérée par tous ceux qui affirment ne jamais vouloir mettre les pieds dans un pays musulman, par exemple.

    En règle générale, je préfère ne pas me fermer au monde. Je préfère me rendre sur place et lire, observer, discuter, tenter de comprendre ; je préfère accepter la complexité du monde, les nuances et les paradoxes, plutôt que de me terrer dans un bunker moral qui me préserverait de toute contradiction.

    Cassis
    Certaines villes de Provence et de Côte d’Azur sont désormais gérées par des mairies FN. Je ne mets pas en valeur précisément ces villes-là – mais parfois, celle juste à côté, ce qui est assez hypocrite… Même si la Provence passait entièrement à l’extrême droite, je ne pourrais me résoudre à la quitter, car mon coeur est ici. Morale à géométrie variable ? (Illustration : Cassis. Cassis n’est pas FN, mais certains arrondissements de Marseille le sont.)

    Pourquoi je n’irai pas aux Maldives : le choix du boycott
    Boycotter les Maldives

    Et pourtant. Pourtant, je crois que certaines limites doivent ne pas être franchies. Un exemple : j’ai un énorme problème avec les Maldives. Je suis gênée de voir tant de blogueurs poster des photos de plongée sous-marine, d’orteils en éventail sur la plage d’une île-hôtel, d’étoiles de mer et de cocktails, dans un pays engagé dans une spirale de violence et de régression effroyable. Peine de mort tous azimuts, même pour les enfants, totalitarisme religieux, dictature brutale, coup d’état, manifestations de soutien à l’Etat Islamique – on ne peut pas fermer les yeux là-dessus, et surtout pas pour aller buller dans une île-hôtel coupée du monde extérieur, sans se préoccuper un seul instant de ce qui se passe dans le pays. Je serais sans doute moins choquée si les blogueurs évoquaient ces troubles, cherchaient à raconter, à faire parler les populations, nous permettre de comprendre et de ressentir ce qui se passe là-bas. Je considérerais que c’est faire œuvre de journalisme. Mais l’immense majorité des articles consacrés aux Maldives n’en touchent pas un mot, comme si ce pays n’était qu’un immense aquarium et bar de plage. C’est cela qui me dérange : l’indifférence et l’obstination à fermer les yeux, et c’est pour ça que j’ai décidé de boycotter les Maldives tant que les choses ne changeront pas.

    Je n’irai pas aux Maldives, même invitée, car je sais que la structure du tourisme là-bas, et le danger représenté par la capitale, empêche toute confrontation avec la réalité de la vie des populations locales. Aux Maldives, on envoie les avions directement vers les îles-hôtels, des enclaves de perfection ensoleillée, et on rend impossible tout contact entre les touristes et les vraies gens. Je sais que je ne pourrais pas faire un voyage intelligent et conscient, pour des raisons à la fois de sécurité et d’infrastructure, et j’aurais l’impression d’une compromission trop grande.

    A tous ceux qui rêvent des Maldives, je dis : allez aux Seychelles ! C’est au moins aussi beau, et c’est un pays démocratique, tolérant, multiculturel, sûr, qui mérite qu’on le soutienne. Son IDH est le plus élevé de tout le continent africain, ses systèmes de santé et d’éducation sont excellents, et le pays travaille énormément à assurer un développement pérenne, respectueux de l’environnement et inclusif. En allant aux Seychelles plutôt qu’aux Maldives, vous montrez que cela compte pour vous, vous votez avec votre carte bleue. Car oui, qu’on le veuille ou non : aller quelque part, c’est soutenir un pays, par notre argent et pour les blogueurs, par notre image, notre plume et nos photos.

    Boycotter les Maldives et préférer les Seychelles
    Boycottez les Maldives et allez aux Seychelles. Vraiment, vous ne le regretterez pas

     

    Boycotter les Maldives, préférer les Seychelles
    Vous reprendrez bien une petite dose de Seychelles ?

    Blogueuse engagée ?

    Le paragraphe qui précède pourrait laisser croire que je suis une blogueuse engagée, militante. En réalité, je l’avoue : cela ne m’arrive que par intermittence. Mes articles engagés sont perdus dans la masse des jolies photos de plage. (Il y en a quand même quelques uns : regardez par exemple mon article sur le sort des derniers Hawaïens, sur l’envers de la médaille en Guadeloupe, ou ma réflexion sur Abu Dhabi, un article où je mêle tourisme et analyse plus critique). Puisque je suis aussi journaliste, j’ai parfois eu tendance à dissocier les articles de blog, plus légers, de mon travail de presse plus fouillé : lorsque je suis allée à Tan-Tan pour constater les ambitions marocaines pour le Sahara, un sujet éminemment polémique au Maghreb, j’ai réservé la réflexion géopolitique au magazine qui m’envoyait (La Revue), et mon article de blog était plus axé sur l’expérience du désert et la beauté des lieux. Je sais que les lecteurs de blog ne viennent pas ici pour se prendre un polycopié sur la géopolitique, et j’ai d’ailleurs dû constater que mes articles plus engagés avaient moins de succès que les textes légers et remplis de belles photos. Je ne jette la pierre à personne : c’est normal. La vie est éprouvante et nous recherchons la détente et l’évasion.

    Moussem de Tan Tan, Maroc
    Au moussem de Tan-Tan, grande démonstration des ambitions marocaines pour le Sahara. Bien qu’une partie de la communauté internationale (et notamment l’Algérie) continue de contester la légitimité de la souveraineté marocaine sur le Sahara dit occidental, le Maroc a signifié clairement ses intentions : ces territoires sont désormais de facto marocains, administrés et développés par le royaume chérifien.

    Comme tout le monde, j’aime les coquillages et les beaux paysages, la douceur et l’évasion. Je ne suis pas une guerrière, et je ne suis pas mieux que les autres. Mais je répugne à transformer en terrain de jeu les pays en proie à la souffrance et au chaos, comme si de rien n’était. Voici ce que je crois : les blogueurs peuvent aller aux Maldives, en Iran, au Corée du Nord. Mais pas pour faire la roue sous les statues des dictateurs, prendre des selfies et siffler des cocktails, et prétendre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Si on y va, on ouvre grand les yeux, et on raconte, on témoigne, on explique.
    Bien sûr, être un témoin lucide n’est pas donné à tout le monde, et je ne suis pas sûre d’avoir le courage et le cran de visiter la Corée du Nord, et de raconter sans fard. Peut-être suis-je faite pour prendre de belles photos du Grand Canyon et des plages des Seychelles, pas pour être une héroïne. Mes derniers articles sont sur la Provence, l’Autriche, la Bavière, la Californie, le Maroc, etc – on ne peut pas dire que j’aie pris beaucoup de risques. Mais à mes yeux, ceux qui font le choix des destinations polémiques prennent la responsabilité de proposer quelque chose en plus. Un regard, une analyse.

    Voyager les yeux grands ouverts 

    Oui, il y a certaines destinations « troublées » que je rêve de visiter. Mais pas seulement pour vous montrer la beauté des lieux. Pour devenir quelqu’un de plus intelligent, pour mieux comprendre le monde, et partager cette expérience intellectuelle avec mes lecteurs. Je sais combien les voyages dans des pays difficiles ou controversés peuvent enrichir votre compréhension du monde. J’ai eu la chance d’avoir une mère géographe, spécialiste de géopolitique et des questions de développement – Sylvie Brunel, pour ceux que ça intéresse -, qui m’a emmenée avec elle en Chine, en Russie, à Haïti, et dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. A chaque fois, il s’agissait pour elle de voyages d’étude, visant à une meilleure compréhension des destinations étudiées, et durant lesquels elle se documentait comme une folle, rencontrait des spécialistes, etc. Je voudrais être toujours capable de suivre son exemple et de voyager les yeux grands ouverts.

    Pour moi, le modèle en la matière, ce sont les Instagrameurs de Lostwithpurpose (en anglais) qui ont visité l’Iran et même l’Afghanistan, malgré les risques, et reviennent avec des histoires pleines d’intelligence et de nuances, montrant la vie quotidienne, la beauté mais aussi l’angoisse et la souffrance, avec beaucoup de culture et de sensibilité. Je suis sûre que ces deux-là pourraient visiter la Corée du Nord sans que je sois choquée : ils en parleraient avec justesse et lucidité.

    Grande muraille de Chine
    En Chine avec ma mère, à l’âge de douze ans.

    Blogueurs en Corée du Nord, aux Maldives, en Iran, partez, mais soyez des témoins alertes et objectifs. Si vous ne voulez pas vous mouiller, restez dans des eaux moins dangereuses. Ce n’est pas une honte de faire des voyages plus calmes, de se cantonner à des destinations faciles. Mais si vous vous frottez aux zones rouges, ne banalisez pas l’inacceptable. Qui ne dit mot consent, et qui prend des selfies en Corée du Nord cautionne. Ne soyez pas de ceux qui jouent à la toupie au bord des charniers…

    Deux autres témoignages et prises de position

    Deux points de vue passionnants sur d’autres blogs que j’aime beaucoup. Je ne suis pas forcément d’accord, mais j’apprécie la qualité du débat !

    • L’article de Samuel, Les vents nous portent : un témoignage intéressant et engagé sur une collaboration avec TF1 refusée pour des raisons morales, et la défense d’une certaine éthique.
    • L’article de Laurent, One chai : une réflexion stimulante, mais digne de susciter la polémique, venant d’un voyageur qui est allé en Iran, au Soudan, et autres pays pointés du doigt par la communauté internationale.

     Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Je serais très heureuse d’avoir votre avis.

    Iriez-vous en Corée du Nord ? En Iran ? Aux Maldives ? Est-ce que l’élection de Trump change quelque chose pour vous ? Avez-vous déjà boycotté un pays pour des raisons politiques ?

    boycotter les Maldives – Maldives ou Seychelles – voyage Maldives ou Seychelles – pourquoi je n’irai pas aux maldives – éthique du blogueur – responsabilité morale du blogueur – faut-il aller aux Maldives ? peut-on aller aux Maldives ?

  • Voyage et spiritualité : témoignages de foi et de doute

    Pèlerins à genoux à la poursuite d’une étoile, enfants qu’on vient plonger dans des fleuves sacrés, processions marchant vers des temples baignés de lumière : depuis la nuit des temps, la foi a toujours été associée au voyage. Dans presque toutes les religions, arpenter le globe pour rejoindre un sanctuaire fait partie du parcours initiatique du croyant, et le transforme. Le pèlerinage est un voyage vers Dieu et vers soi-même : parcourir le monde pour changer son cœur. Et même dans nos sociétés où les religions institutionnelles reculent, l’idée du voyage initiatique reste très puissante dans notre imaginaire. Nombreux sont ceux qui voyagent en quête d’une révélation, divine ou profane, cachée dans les cieux ou nichée au plus profond de l’âme.

    Voyage et spiritualité – j’ai demandé à des blogueurs, à des amis, ce que le sujet leur inspirait. Et j’ai adoré leurs témoignages. Voici des histoires de foi, de doutes, d’illuminations, de conversions ou de rejet brutal, égrenées au rythme des pas qui foulent les sentiers.

    Voyage et spiritualité. Californie
    Crépuscule à Joshua Tree. Le parc porte ce nom car les arbres qui le peuplent ressemblent à des pèlerins implorant le ciel.

    Marcher vers Dieu ou vers soi-même : le pèlerinage

    Rome pour les chrétiens, La Mecque pour les musulmans, Jérusalem pour les juifs, le Gange pour les hindous, le Gandhara pour les bouddhistes… toutes les religions ou presque ont sacralisé des lieux, comme s’il existait sur Terre des points de passage entre l’ici et l’au-delà, des creusets dans lesquels se révèle l’éternité. Certains lieux sont associés à des apparitions, d’autres, à la naissance de figures vénérables, mais ils ont tous en commun leur perméabilité au surnaturel. Ce sont des lieux où quelque chose se produit. Une vibration, une énergie. Et le cœur du croyant se sent aimanté vers cet endroit, comme le roi mage marchant vers la crèche de Jésus, à la poursuite d’une étoile plus brillante.
    Il y a dans l’idée du pèlerinage quelque chose de très beau et très profond, qui a inconsciemment marqué tous les voyageurs : certains lieux sur Terre sont sacrés, et nous grandissons en nous acheminant vers eux.

    Cathédrale de Sienne. Voyage et spiritualité
    Cathédrale de Sienne

    En Europe, l’une des routes de pèlerinage les plus célèbres et les plus empruntées est le « camino », le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Mon ami Florent l’a parcouru, traversant toute l’Espagne à pied, et garde le souvenir d’une expérience spirituelle puissante :

    Voyage et spiritualité
    Sur les chemins de St Jacques. (Photo de banque d’images.)

    « On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. » (Bouvier, Le poisson-scorpion)
    « Parfois on fait un voyage sans trop savoir pourquoi, en se mentant à soi-même et aux autres par honte de dire le réel but ou disons, le premier but, de notre entreprise. Dans une société bipolaire où le renouveau spirituel côtoie la critique et les railleries envers les « croyants », il est mieux de partir se chercher spirituellement sans vraiment le dire, pour ne pas passer pour un gentil illuminé.
    Voilà que mon expérience du chemin de St Jacques de Compostelle a été officiellement pour « découvrir à pied l’Espagne », alors que si évidemment c’était un des objectifs, le premier était de faire le point sur ma vie et sur ma spiritualité. Partir seul, sous un soleil de plomb qui recharge les batteries, son sac à dos sur les épaules, ses jambes endolories par 30km de marche quotidienne rencontrer des inconnus qui apportent un nouvel éclairage à nos questions et puis, enfin, avoir la révélation. Celle d’un monsieur qui me dit, de manière anodine, alors qu’il vient de changer ma vie, une simple phrase qui m’a fait comprendre pourquoi je faisais le chemin et autour de quoi ma spiritualité tournait. En une simple phrase, l’équivalent de jours entiers de réflexion m’était livré. Pour ma part, l’arrivée à St Jacques comptait peu, c’est surtout l’expérience dans son ensemble qui compte : les réflexions, les beaux paysages, les moments de solidarité avec les compagnons marcheurs, et le simple fait de prendre du temps pour soi, pour apprécier d’être en vie, seul avec soi-même, et d’en oublier le temps. Je ne me suis même pas arrêté à St Jacques, j’ai préféré continuer vers la mer, face à laquelle on ne peut plus avancer : là où le chemin vraiment s’arrête. 600 km à ne pas voir l’océan ni même le deviner quand on est en Castille, ou dans les montagnes de Galice, puis le découvrir là, et se dire que c’est une récompense et une si belle fin après tout ce temps à marcher, penser aux choses qui comptent dans la vie ou encore aux problèmes qu’on avait besoin de régler. Finir là dans l’eau de l’Atlantique, et remercier la Vie pour cette expérience unique, à laquelle on repense bien après notre retour lorsque l’occasion s’y présente ou dès qu’on voit une flèche inscrite sur un mur, telles celles qu’on a suivies pendant des semaines comme repère précieux vers notre destination. Je conseille à tous, croyant ou non, de faire une fois dans sa vie une expérience de pèlerinage car au final, peu importe, on a tous quelque chose à apprendre, à régler ou à demander à la Vie : peut-être que vous n’aurez pas les réponses aux questions posées, mais ce voyage apportera d’autres bienfaits et bien plus que ce à quoi vous vous attendiez. On a le temps, pendant des journées entières de marche, d’oublier nos problèmes, d’en régler certains, de découvrir beaucoup sur soi-même et d’oublier le temps.  Tous à vos sacs et bon voyage avec vous-mêmes ! »

    Voyage et spiritualité
    Statue du marcheur. Photo de banque d’images

    La révélation survient parfois en voyage sans même qu’on l’ait cherchée. Certains lieux semblent dotés d’une profondeur mystique qui nous place en état de suggestion, nous touche et nous bouleverse. Dans les années 1800, nombre de poètes et de peintres romantiques allemands, élevés dans le protestantisme, ont vécu des expériences mystiques en visitant Rome, en assistant à une messe au Vatican, et se sont convertis au catholicisme, vaincus par la puissance qui émanait des lieux. Certaines personnes ressentent quelque chose de si fort dans les lieux saints que leur vie est bouleversée et qu’une nouvelle foi s’impose à eux. Et même sans conversion, certaines expériences sont si puissantes qu’elles marquent profondément la vie du voyageur.

    Alexis, l’auteur du magnifique blog Le petit explorateur, raconte ainsi :

    « J’ai eu la chance de me trouver à Varsovie un dimanche. Poussé par un je ne sais quoi, je me suis laissé entraîner à l’église et j’ai assisté à la messe en polonais. Ma faible connaissance de cette langue ne me permettait pas de comprendre le prêche, mais les chants étaient magnifiques et chaque note d’orgue me traversait littéralement le corps et me donnait des frissons. Soudain, assis tout au fond de l’église, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps sans plus pouvoir m’arrêter. J’étais ému et apaisé. J’ai fondu en larmes et ça m’a fait un bien fou.
    Il ne s’agit pas d’une révélation, j’ai reçu de mes parents une éducation catholique et, enfant, j’allais à la messe le dimanche et au catéchisme après l’école plusieurs fois par semaine. J’ai même failli être enfant de chœur… Les années ont passé, j’ai changé, j’ai grandi mais j’ai toujours gardé un lien fort avec la Foi. Quand je voyage, j’aime fréquenter des églises. J’y vais pour prier ou tout simplement pour y trouver calme et sérénité. C’est comme un besoin. J’aime la sensation de sécurité qui s’en dégage. De même qu’au cours de mes voyages au Moyen-Orient, j’aime visiter les mosquées.  Là aussi, il se dégage de ces lieux une force, une énergie. Ces lieux, ces murs ne sont pas quelconques. Je sens une présence, une plénitude toute particulière.
    Voyager en Israël a été un périple particulier. Jérusalem, Nazareth, Bethléem sont autant de destinations qui ont une portée symbolique. Je n’ai même pas pu résister à l’envie de m’immerger dans le Jourdain, à l’endroit supposé du baptême du Christ, malgré l’eau d’apparence boueuse. »

    Varsovie
    Varsovie par Alexis. Retrouvez le sur Instagram

    Alexis n’a pas été foudroyé par son expérience mystique, et a continué à tenir la plume et prendre des photos, pour notre plus grand bonheur. Mais parfois, une véritable crise mystique submerge les voyageurs : on parle ainsi de « syndrome de Jérusalem » pour évoquer la transe qui s’empare de certains visiteurs dans la ville sainte. Mon amie Marie-Ange (prénom modifié à sa demande) raconte :

    « Je ne parle jamais de ce qui m’est arrivé à Jérusalem, car tout le monde me prend pour une folle. Dès que je suis entrée dans la ville sainte, j’ai senti quelque chose de grand et de beau s’emparer de moi. Il y avait comme un bourdonnement dans mes oreilles, le sang me battait aux tempes, j’étais fébrile. J’ai visité l’église du Saint Sépulcre avec une présence très douce qui m’accompagnait. Et sur le mont Sion, où Marie a rejoint les cieux, elle s’est révélée à moi et j’ai su qu’elle était là. J’entendais sa voix et je sentais une chaleur qui me baignait. La mère de miséricorde, qui me protégeait, veillait sur moi, et me serrait contre son cœur. Je pleurais toutes les larmes de mon corps, mais je n’avais jamais été aussi heureuse. Ma sœur m’a prise pour une folle. Pourtant, elle est catholique elle aussi, et je me demande à quoi cela sert de lire la Bible et de célébrer les miracles si on refuse d’admettre que Dieu et les saints sont toujours là, parmi nous, et qu’ils peuvent parler à chacun d’entre nous, à condition de bien vouloir les entendre. Depuis ce jour, je sais que Marie m’aime et veille sur moi, et cela m’aide à tenir debout. »

    Jérusalem
    Jérusalem, la ville sainte, par Alexis Le petit explorateur

    Les lieux de pèlerinage peuvent aussi toucher profondément des gens qui ne partagent pas cette foi, mais qui sont marqués par la ferveur et l’émotion qui émane de ces lieux.

    Samantha, la voyageuse infatigable du blog There she goes again, raconte :

    « J’ai été élevée dans le catholicisme, mais on m’a toujours appris à respecter toutes les religions. Avec une mère catholique modérée et un père juif, notre foyer gardait toujours un certain équilibre. Je ne réfléchissais pas vraiment au fait d’être catholique, et d’avoir une religion en général – cela faisait partie de ma vie.  La religion était une des choses qui composaient mon monde, mais je n’y prêtais pas vraiment attention.
    C’est en commençant à voyager que je me suis mise non seulement à respecter la religion, mais à comprendre son pouvoir et son influence dans le monde. En regardant les croyants en prière dans une église européenne magnifiquement décorée, ou les offrandes déposées chaque matin au pied des temples par les Balinais, j’ai compris que la religion touchait le cœur des gens de façon très particulière. Ma propre spiritualité grandit avec chaque nouveau pays que je découvre. Quand on assiste à des manifestations de dévotion si puissantes, si authentiques, qu’on voit quelqu’un se consacrer pleinement à son dieu, cela vous fait réfléchir, et vous rapproche sans doute du vôtre. »

    Chiang Mai by There she goes again
    Samantha à Chiang Mai, Thaïlande. Retrouvez la sur Instagram
    Bali.
    Temple à Bali, photo de banque de données.

    Comme Samantha, j’ai été très marquée par l’empreinte laissée par la spiritualité sur le monde, et notamment par les témoignages des civilisations anciennes, et de leurs dieux oubliés. Les temples à l’abandon en Grèce et en Italie, les pyramides mayas en ruine au cœur de la jungle mexicaine m’ont plongée dans une sorte de vertige, me faisant mesurer mon insignifiance à l’aune de l’éternité, puisque même les dieux peuvent mourir.

    Ville maya en ruines dans le Yucatan.
    Ville maya en ruines dans le Yucatan.

    Voyage vers des lieux puissants et perturbants

    Le contact avec les autres spiritualités peut aussi profondément vous bouleverser. Le voyage peut être l’occasion de découvrir des lieux qui vous mettent face à face avec la condition humaine dans ce qu’elle a de plus nu et de plus brutal. Notre culture occidentale a oublié la mort, l’a mise sous clef et dérobée aux regards – d’autres traditions la conçoivent autrement.
    Ma mère m’avait raconté la cérémonie du retournement des morts à Madagascar : les morts sont exhumés, lavés, changés, et recouchés sous terre. L’idée de la confrontation avec la putréfaction et l’atroce déformation de ceux qu’on a aimés me terrifie, et je vous fais grâce d’une photo. Je sais que je ne voudrais pas y assister, pour rien au monde, et que je n’irai jamais à Varanasi. Mais Pierre-Luc, l’auteur talentueux du blog Explorer la planète, y est allé pour nous, et nous raconte ce lieu unique et dérangeant

    « Varanasi est l’une des villes qui m’a émotionnellement le plus touché. Ici, la vie et le trépas ne font qu’un. Pendant que les vivants prient et méditent sur les rives du Gange, les défunts y sont brûlés tout juste à côté. Une fois la crémation complétée, les cendres sont jetées dans le même fleuve où les pèlerins se lavent, nagent et se brossent les dents. Chaque jour, et ce depuis des millénaires, les corps bien en vie et les cendres des morts se mêlent. Ajoutez à cela l’odeur prenante des brasiers et vous obtenez une scène riche en émotion qui ne peut laisser personne indifférent. Varanasi est une ville qui vient chercher le voyageur occidental par les tripes. La spiritualité et les rites funéraires des lieux peuvent définitivement dérouter les cœurs sensibles. Cependant, lorsqu’on regarde toute l’action qui se déroule autour des ghats de crémation, on est forcé de se rendre à l’évidence que les Indiens de Varanasi sont bien en vie. Les jeunes y jouent au cricket, certains y font leur lavage alors que les vieux sages discutent tranquillement. En marchant sur les ghats le long du fleuve sacré, on croise beaucoup de sourires. Le quotidien hindou suit son cours normal. À Varanasi, la vie et la mort sont en symbiose. C’est ça le paradoxe de Varanasi qui la rend si prenante. »

    Varanasi.
    Varanasi par Pierre-Luc – retrouvez le sur la page Facebook Explorer la planète

    A Palerme, j’avais été très perturbée par le couvent des capucins, où depuis des siècles, on fait sécher les morts et les expose, habillés, endimanchés, dans de grandes galeries souterraines, comme s’ils continuaient à s’inscrire dans la comédie humaine. L’effarante vision de cette normalité de la mort m’avait bouleversée, et je l’avoue : j’avais presque regretté de m’y être rendue.

    Au couvent des Capucins, à Palerme
    Au couvent des Capucins, à Palerme

    D’autres regrettent leurs voyages pour des raisons toutes autres. Car parfois, au lieu d’insuffler la foi, le pèlerinage sème le doute.

    Crises de foi sur la route : le pèlerinage qui déçoit

    Pour certains, le pèlerinage est comme une rencontre amoureuse, depuis longtemps préparée et attendue… et l’aboutissement n’est pas toujours à la hauteur des espoirs placés sur ce moment. Claudia, la pétillante blogueuse de Zeeba Life, raconte le choc de sa découverte de Rome :

    Voyage et spiritualité
    Claudia face au paysage. Retrouvez la sur Instagram

    « J’ai grandi en Amérique du Sud dans une famille catholique. Nous allions à la messe, nous priions ensemble et participions à presque toutes les fêtes religieuses. Un été, lors d’un voyage en Europe, j’ai eu l’opportunité de visiter le Vatican, LE lieu dont tous les Catholiques rêvent de faire l’expérience. J’étais très enthousiaste à l’idée d’apprendre à mieux connaître ma religion, mes racines et notre héritage. Mais dès l’instant où je suis entrée au Vatican, un sentiment d’incrédulité m’a envahie, et plus j’en voyais, plus il grandissait. C’était sidérant pour moi de voir à quel point cet endroit était riche et luxueux. De voir quels trésors avaient été accumulés et dissimulés au sein de ces murs. De voir que le Vatican était barricadé, fermé aux gens dans le besoin. A chaque pas, je sentais la foi que j’avais en ma religion se dissiper. A la fin de ma visite, j’étais si surprise et intriguée par tout ce que j’avais vu que j’ai commencé à faire des recherches quant aux pièces exposées au Vatican, et j’étais choquée de découvrir combien parmi eux avaient été volés, utilisés pour intimider des peuples, ou comme symbole de pouvoir. Cette expérience qui aurait dû approfondir mon sentiment religieux a eu l’effet inverse sur moi. Mais je suis heureuse de ce que j’ai appris. Cela m’a aidée à comprendre ce en quoi je crois vraiment : il est possible de croire en Dieu sans s’attacher émotionnellement à une religion que beaucoup ne connaissent pas vraiment. »

    Vatican
    Vatican, image de banque de données

    Mon amie Drissia, qui est franco-algérienne et musulmane, a fait la même expérience décevante lors de son pèlerinage à La Mecque :

    « Quand tu es musulman, aller à La Mecque, c’est quelque chose que tu dois faire une fois dans ta vie. C’est très important pour tout croyant et d’une certaine façon, tu as l’impression que tu n’iras pas au paradis tant que tu ne l’auras pas fait. Mes parents voulaient faire le pèlerinage depuis des années, et je les ai accompagnés. Franchement ? La Mecque, c’était pas pour moi. Je n’ai pas aimé du tout l’Arabie Saoudite, les rues complètement vides, les femmes entièrement voilées, la sévérité de la police. Je me sentais totalement étrangère. La Mecque ne m’a rien fait, je n’étais pas touchée, émue, je voulais juste rentrer chez moi. Je me suis demandée si ça faisait de moi une mauvaise musulmane, mais en fait, non. Pour moi l’islam, c’est le rapport que j’entretiens moi avec Dieu, c’est très personnel. Et c’est aussi et surtout le ramadan avec ma famille et la rupture du jeûne tous ensemble, l’Aïd, des moments de fête et de partage. »

    Abu Dhabi
    Sublime mosquée Sheikh Zayed à Abu Dhabi. Rien à voir avec La Mecque, nous sommes d’accord, mais j’avais envie de repartager avec vous cette photo que j’adore. Plus de photos d’Abu Dhabi ici

    Le pèlerinage peut vous donner le sentiment de ne pas être à la hauteur. Je me souviens d’une amie catholique très croyante, qui m’avait avoué avec un sentiment de honte qu’elle n’avait rien ressenti à Lourdes, alors qu’elle en avait tant attendu, mais qu’elle avait été déçue par le côté industriel du lieu, les chapelets et les Vierges Maries baromètres qui brillent dans le noir à vendre partout, la grotte entourée de béton, les files d’attente organisées comme un concert de Johnny Halliday… La religion n’échappe pas à la disneylandisation du monde. J’en ai souri à Sedona.

    Le voyage vers soi-même

    Même les religions « new age » ont conservé une forme de pèlerinage. Pour le courant new age, la Terre est parcourue par des énergies puissantes, qui émanent des pierres, du sol, des montagnes et de la nature, et certains endroits sont des « vortex » particulièrement puissants, où l’énergie est si forte qu’elle en devient tangible. La ville de Sedona, en Arizona, est considérée comme l’un des trois lieux au monde où les vortex sont les plus puissants. Les gens accourent du monde entier pour entre dans l’énergie, ressentir la métamorphose, se disent transformés. Des « vortex tours » en 4×4 sont organisés pour les voyageurs pressés. Sedona est devenue la capitale du yoga, des cristaux, du kombucha et de la recherche de soi-même. Cette dernière peut sans doute se vivre de façon moins mercantile, et plus profonde.

    Sedona
    Sedona. Plus de photos et d’histoires sur cet endroit hors du commun : par ici

    Sedona incarne une tendance lourde des spiritualités modernes : placer la révélation non pas dans une divinité extérieure, ou dans une religion institutionnelle, mais en soi-même. L’idée n’est pas nouvelle. En 1799, le poète romantique allemand Novalis racontait dans Les disciples à Saïs l’histoire d’un jeune homme qui rêve de découvrir le secret du monde, la plus haute vérité, et qui brave l’interdit suprême : il soulève le voile qui dissimule la figure cachée de la déesse du temple de Saïs. « Et alors il vit – miracle des miracles ! – son propre visage. » Novalis faisait le lien avec des spiritualités très anciennes. Nombre de cultures millénaires ont développé l’idée selon laquelle la guérison et la révélation étaient en nous.

    Mike, l’un des deux auteurs du magnifique tandem Lovetrotters, nous raconte son initiation aux techniques de guérison énergétiques en voyage.

    « Dans nos sociétés modernes, nous avons pris l’habitude de gober un comprimé pour se débarrasser, ou du moins masquer, chacun de nos maux. En voyageant et en me frottant à d’autres croyances millénaires, j’ai petit à petit adopté une vision plus holistique sur le pouvoir de guérison du corps humain, qui prend en considération autant son bien-être physique, mais aussi son équilibre mental, émotionnel, social, culturel et spirituel. De passage en Amérique du sud, je me suis intéressé aux rituels de chamanisme à l’Ayahuasca sans toutefois avoir eu la chance de m’y adonner, ensuite j’ai appris plusieurs techniques de méditation en Indonésie, puis j’ai reçu des traitement ayurveda en Inde, avant d’être initié au Reiki. Le Reiki est une technique de thérapie énergétique ancestrale originaire du Japon, qui intervient sur le champ vibratoire de la personne pour libérer des énergies bloquées afin de rétablir un équilibre et un bien-être naturel.
    J’étais dorénavant convaincu qu’il existe une force vitale universelle en nous et autour de nous. On parle de cette énergie dans toutes les cultures et pratiques spirituelles ancestrales, mais sous des termes différents: Les Hindous l’appelle « prâna », les Quichuas la « Pachamama », les chinois le « Chi », les Grecs le « pneuma », et les chrétiens la « lumière » ou « l’Esprit-Saint », et plus récemment dans « Star Wars », on l’appelle « La Force ». Dans une séance de Reiki, le praticien est un medium de cette énergie universelle et, à l’aide de symboles ésotériques et de sons sacrés, la transmet en imposant ses mains sur différentes parties du corps du patient. Tandis que la médecine moderne considère le corps malade comme une machine brisée qu’il faut réparer par une intervention extérieure à travers des traitement chirurgicaux ou médicamenteux sans aucune participation active du « patient », la médecine énergétique cherche à stimuler les capacités naturelles de guérison, en rééquilibrant les énergies du corps pour atteindre un état d’harmonie global. Nous sommes tous capable de canaliser l’énergie, le réflexe d’apposer notre main sur un maux que nous avons provient peut-être de là.
    Après avoir reçu quelques traitements de Reiki qui m’ont miraculeusement guéri d’une douleur chronique aux genoux (entre autres), j’ai décidé de devenir praticien en suivant une série d’initiations ritualisées ou l’énergie se transmet de maître à disciple. J’ai passé mon premier stage en Inde, et mon 2ème niveau de Reiki au Maroc. Finalement, mon voyage autour du monde était, plus que tout, un voyage intérieur qui m’en a beaucoup appris sur moi-même et qui m’a ouvert l’esprit sur d’autres croyances et écoles de pensées diamétralement opposées à mon éducation, et le voyage se poursuit tous les jours. »

    Bagan, Birmanie
    Montgolfières au lever du jour en Birmanie, au milieu des temples de Bagan. Photo de banque de données

    Par le voyage et en s’éloignant de sa culture d’origine, Mike s’est tourné vers des formes de spiritualité plus anciennes, plus holistiques, qui recréent l’harmonie avec le monde. Pour d’autres, la notion de spiritualité se fait plus diffuse encore, sans lien avec une tradition précise, mais animée d’une foi en une sorte de magie du quotidien – correspondances, coïncidences, appels, la sensation que « cela devait se passer ainsi ». C’est ce que décrit Lucie, qui raconte ses jolis voyages sur le blog Worldtravelheart 

    « J’ai l’impression que tous mes voyages ont été des voyages spirituels.
    Pourtant, je ne suis jamais partie réellement pour cela, mais à chaque fois, j’en suis revenue changée.
    Je ne sais pas réellement si c’est les voyages qui m’ont fait développer ma spiritualité ou si c’est à cause de ce besoin de sens que j’ai pris le départ. En 2015, infirmière en soins palliatifs, mon cœur me murmurait chaque jour de remettre de l’ordre dans mes priorités. Un désir que j’ai fait taire, jusqu’au jour où je n’en pouvais plus. J’ai acheté mon premier guide de développement personnel, j’ai écris mes objectifs pour l’année à venir et noir sur blanc j’ai inscrit sur mon carnet : Partir vivre en Angleterre. Sur ma route, à cet instant, j’ai fait la rencontre de mon compagnon. Il revenait d’Australie et avait déjà vu plus de pays que je ne pouvais en compter… C’est le coup de pouce qu’il me fallait, la plus belle synchronicité que j’ai pu vivre. Avec lui, la décision s’est concrétisée avec une facilité déconcertante: j’ai rompu tous mes contrats, mon bail et on est partis. C’était loin d’être raisonnable, pas dans la norme mais tellement positif.  A ce moment, pour la première fois, je me suis donné le droit de vivre mes rêves, j’ai laissé de la place à mes aspirations profondes, un engrenage s’est enclenché.
    On a continué à voyager car c’est ce qui nous faisait vibrer. Au-delà des frontières, on s’est réellement ouvert l’un à l’autre, étape après étape, entre nos joies, nos larmes, nos déceptions. Je suis certaine qu’un quotidien plus tranquille ne nous aurait jamais permis une telle cohésion tous les deux. 
    Et puis il y a eu la Réunion, on voulait un endroit pour se poser un moment. Ça aurait pu être un échec car mes projets de recherche de travail n’ont jamais abouti, mais l’Univers en a décidé autrement. J’avais du temps, un temps fou que j’aurai pu laisser filer dans un autre contexte, mais à 10 000 km de mes habitudes, ça a été une occasion magique de renouer avec moi-même. Un voyage pour se découvrir. J’ai réfléchis énormément et j’ai fait avancer d’autres projets plus personnels, ceux qu’on garde dans un coin de notre tête quand on est trop pris par le train-train. J’ai avancé d’un bond en quelques mois, ce que ma vie en France ne m’a jamais permis. Je me suis reconnectée avec moi-même, comme si j’avais fait la paix avec une partie de moi que je voulais renfermer à tout prix. Aujourd’hui, je continue à développer cette part de spiritualité car le voyage m’a permis de renouer pleinement avec elle et je ressens que c’est vers là que je dois aller.  Il m’a permis de donner plus de sens à mon passage sur Terre. Désormais, j’ai l’intention de faire de mon mieux pour aider d’autres personnes à cette prise de conscience, maintenant que ça me semble tellement important dans ma vie. Je me suis éveillée et j’aimerai aider notamment mes lecteurs à en faire autant.  « 

    Retrouvez Lucie sur Instagram
    Retrouvez Lucie sur Instagram

    Déchristianisée, moins religieuse, mais toujours en quête de sens, notre génération a de plus en plus tendance à se bricoler sa propre spiritualité personnelle, un cocktail syncrétique qui mêle différentes influences et une bonne dose de création originale. Certains critiquent vertement cette tendance. Le pasteur Lilian Daniel adore se moquer des gens de notre époque, dénonçant le culte du Moi, le narcissisme de ceux qui « pensent que les religions conventionnelles sont ennuyeuses mais se trouvent eux-mêmes parfaitement fascinants ». L’oubli de soi, l’abnégation professée par les religions anciennes a été remplacée par une floraison d’egos en quête d’autorévélation. Mais les religions établies ont-elles vraiment rendu le monde meilleur ? Le repli sur soi, son propre destin, ses buts et ses rêves est compréhensible à l’heure où nous vivons de nouvelles guerres de religion. Et dans notre quête de nouveaux dieux profanes, une tendance lourde se dessine.

    Le voyage comme religion

    « Voir Naples et mourir ». L’expression consacrée, désignant le summum de l’extase esthétique, après quoi la mort devient plus acceptable, peut se décliner de mille manières. « Voir le Grand canyon et mourir », « voir Bora-Bora et mourir », « voir Angkor-Wat et mourir », et ainsi de suite. Nous sommes nombreux à avoir réinventé le pèlerinage et transformé la Terre en réseau de sanctuaires qui doivent être vus impérativement avant la fin de nos jours, sous peine de ne pas mourir en paix, et d’emporter d’amers regrets dans sa tombe. La beauté du monde s’est changée en urgence – nous sommes comme le musulman très croyant qui craint de mourir sans être allé à La Mecque. Etre Terrien et ne pas avoir vu le Machu Picchu, la grande barrière de corail, les montgolfières au-dessus de Bagan au lever du jour, ou les collines de Toscane, devient sacrilège. Nous rêvons de mille lieux que nous changeons en mythes, qui prennent à nos yeux les contours de la terre promise.

    grand canyon
    Moi face au grand canyon.

    Nous inventons des rituels. Nous nous levons avant le jour et escaladons des montagnes pour voir le soleil levant au sommet, car « il faut avoir vu ça », et nous sommes alors envahis d’un sentiment de plénitude et de vertige inexplicable – nous pensons ne croire en rien, mais c’est bien de la dévotion que nous ressentons alors. La Terre est devenue notre déesse. Comme les pèlerins qui marquent leur passage dans les temples en allumant des cierges, en déposant une offrande aux pieds du dieu ou en clouant un ex-voto sur le mur, les amoureux attachent des cadenas dans les lieux qui les ont marqués, pour laisser un morceau d’eux-mêmes et sanctifier leur amour, et d’autres emportent une photo, une poignée de sable, un caillou, comme autant de reliques. Le voyage n’est plus un hobby, c’est un état d’esprit, une philosophie, une religion.

    Voyage et spiritualité
    Coucher de soleil à Key West

    Nous parlons de nous perdre pour mieux nous retrouver, de donner un sens à notre vie, de nous sentir plus vivants, de rentrer en communion avec le monde. Nous ne sommes jamais à court de lyrisme pour évoquer la passion que nous inspire les paysages, et les révélations de la route. Nous imaginons que chaque voyage sera un « nouveau départ », une page blanche, comme Clovis qui reviendrait cent fois se plonger dans l’eau baptismale. Certains partent en voyage comme on entre dans les ordres : sans argent, sans date de retour, sans attaches. D’autres avouent pleurer la veille du départ, ressentir violemment l’arrachement, la perte de soi, mais persévérer malgré tout, avec une résolution presque masochiste, parce qu’il faut le faire, que la vraie vie est là. D’autres encore recherchent toujours plus loin le dépassement de soi – traverser l’Antarctique en kayak ou l’Asie centrale à pied –, et ceux qui réduisent cette pulsion de l’extrême à du m’as-tu-vu ne mesurent pas la soif de sens qui anime ces nouveaux ascètes, semblables au moine du Moyen-Âge qui jeûnait toujours plus longtemps, parcourait les chemins à genoux et dormait sur des chardons pour être plus proche de Dieu. Nos blogs et nos Instagrams seront peut-être un jour témoins de cette époque où nous vénérions les levers et les couchers de soleil, comme les païens d’autrefois.

    voyage, spiritualité, pélerinage
    Pompéi.

    Et nous en sommes certains : le voyage est une sorte de mission sacrée, où l’univers va nous envoyer des messages. Astrid, l’auteur du joli blog Histoire de tongs, nous parle du karma du voyageur :

    « Je n’ai jamais été une grande adepte des religions, je ne m’attendais donc pas à développer une quelconque forme de spiritualité durant mes trois années de voyage. Pourtant, au fur et à mesure que se déroulait mon aventure, j’ai découvert que je croyais en quelque chose de supérieur. J’ai mis du temps à identifier ce en quoi j’avais foi, d’ailleurs, cela ne m’intéressait pas tant que ça. Après avoir pris le temps d’y réfléchir, il m’a semblé qu’il existait un certain karma du voyageur.
    Plus le temps passait, et plus je m’apercevais que l’Autre était bon envers moi, bien que je ne méritais pas plus qu’autrui ces différents traitements de faveur. J’ai alors décidé de m’améliorer, et d’essayer de rendre au monde ce qu’il m’avait apporté. Mois après mois, j’ai eu la confirmation qu’en faisant de mon mieux, c’est toute une chaîne positive qui s’activait autour de moi. Pas une mauvaise rencontre n’a terni mon tour du monde : j’ai eu l’impression de recevoir le meilleur de chaque personne que je rencontrais.
    S’il est une activité qui m’a particulièrement transformée, c’est bien l’auto-stop. Chaque jour, je réalisais que c’était comme si la totalité de mon trajet était planifiée par ce fameux karma. Je crapahutais d’une voiture à l’autre comme si je jouais à saute-moutons, les conducteurs semblant arriver comme par magie au bon endroit, et au bon moment.
    J’ai également été très marquée par mes différentes expériences de voyage sans argent. Bien que j’en dépense parfois un peu, le glanage et la récupération ont été mes principales sources d’approvisionnement. Combien de fois ai-je été surprise de voir ce que je pouvais trouver sur ma route ! Nourriture, vêtements, pièces de monnaie, j’en venais presque à me demander qui avait déposé tous ces trésors sur mon chemin. Pour toutes ces raisons, je me suis donc mise à croire à ce prodigieux karma du voyageur. C’est en entretenant ce dernier du mieux possible que mon aventure autour du monde m’a rendue sereine, heureuse, et enrichie de toutes ces magnifiques rencontres. »

    Astrid, inépuisable baroudeuse. Retrouvez la sur Facebook
    Astrid, inépuisable baroudeuse. Retrouvez la sur Facebook

    Nous avons tous, en voyage, ressenti ces coïncidences magiques, ces rayons de soleil qui trouent les nuages au moment précis où nous étions lassés, ces rencontres fortuites qui nous révèlent un lieu secret, ces petits clins d’œil de la bonne étoile. Mais notre zèle de convertis peut parfois agacer notre entourage. Je retranscris librement le coup de gueule d’une amie proche (qui ignore que son agacement va se retrouver sur mon blog ;)) :

    « Vous nous faites chier avec vos voyages, avec vos petites phrases inspirées sur Facebook, il faut se perdre pour trouver son chemin ; si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine, elle est mortelle, et tous ces trucs dans le genre. Vous faites comme si on ne pouvait pas comprendre le sens de la vie sans être parti pieds nus en stop à Pétaouchnock et s’être fait bouffer par des punaises de lit, comme si vous étiez les seuls à avoir capté les SMS de l’univers, et que nous on était des nazes qui ont rien compris à la vie. Vous n’arrivez pas à concevoir qu’on puisse très bien vivre sans avoir grimpé des tas de cailloux ou nagé avec des crocodiles ou je ne sais quoi, qu’on puisse se passionner pour son job, son couple, ses enfants, ses bouquins, ou autre chose. Mais vous nous saoulez ! Vous êtes des espèces de talibans du voyage ! »

    Voyage et spiritualité
    Illumination mystique en maillot de bain aux Seychelles. La photo qui énerve tout le monde sur Facebook

    J’ai ri et je me suis un peu reconnue. Je l’avoue : les voyages sont devenus ma religion. J’ai rarement vécu le monde qui m’entoure avec une telle acuité, avec une telle prégnance que sur la route, comme si chaque sensation était décuplée, que le monde s’abattait sur moi comme une pluie de braises sur une peau nue, et que je me tenais face au grand miroir de l’éternité, mesurant la place qui échoit à chaque chose et louant chaque seconde qu’il m’est donné de passer sur Terre. En septembre dernier, je suis partie seule pour un road trip californien, et en voyant les vagues rouler sur le Pacifique, le soleil se coucher sur les yuccas décharnés de Joshua Tree, je me sentais follement vivante, submergée d’une indicible émotion. Je me suis dit que je ne voulais pas mourir sans avoir tout vu, le feu dans les cratères du Vanuatu et l’atoll de Kure, les îles blanches de Whitsundays et les glaciers de Patagonie, les immensités de Sibérie et le saut de l’ange au Venezuela. Je sais que voir la Terre tout entière est un fantasme de Sisyphe. Mais je ne peux pas renoncer.
    Sans devenir trop prosélyte. Sans devenir une talibane du voyage.

    Et vous ? Le voyage est-il votre religion ?

    Salvation Mountain
    Salvation Mountain

    Photo ci-dessus : Salvation Mountain, dans le désert de Californie. Un des endroits les plus mystiques et dérangeants que je connaisse. Je vous en parle très bientôt, dans ma série d’articles sur la Californie qui commencera la semaine prochaine.

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    Voyage et spiritualité. Epinglez moi !
    Voyage et spiritualité. Epinglez moi !

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  • Photographier avec un drone : le lac de Sylans

    Le lac de Sylans et ses glacières en ruines dessinent un décor follement pittoresque au cœur des montagnes de l’Ain. J’en ai profité pour me livrer à ma nouvelle passion : photographier avec un drone, mon DJI Phantom 3 Standard. Grâce au drone, j’ai pu gagner de la hauteur et capturer ces panoramas alpins sublimés par les couleurs de l’automne.

    Attention : cet article est paru en novembre 2016. Depuis, la législation sur les drones a changé en France, et s’est beaucoup durcie. Les informations quant à la réglementation présentées dans cet article ne sont plus d’actualité. 

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Photo de drone Phantom 3 Standard du lac de Sylans et de l’autoroute menant vers la Suisse

    Un des plus beaux sites de l’Ain : le lac de Sylans

    En route vers la Bavière, je suis passée par l’une des plus belles autoroutes que je connaisse. Dans la région de Nantua (Ain), un réseau de viaducs se faufile entre les montagnes, suspendu au-dessus de lacs dans lesquels l’automne jetait mille reflets flamboyants. Du brouillard montait des sapins, les feuillus étaient embrasés par la lumière matinale, et un lac vert de gris décuplait la profondeur du ciel. Il fallait que je sorte de l’autoroute et que j’aille voir cela de plus près.

    Le lac de Sylans, près de Nantua
    Les glacières du lac de Sylans, près de Nantua. Photo prise non pas avec le drone, mais avec mon Canon t6i.

    Une fois en bas, j’ai découvert que le lieu qui m’avait aimantée était le lac de Sylans, sur la commune des Neyrolles, et que les bâtiments en ruine, à l’allure de château hanté, n’étaient pas la résidence secondaire de Dracula, mais les anciennes glacières de Sylans. Essayez d’imaginer : en 1864, Joachim Moinat, « limonadier à Nantua », découvre que ses clients adorent qu’on ajoute de la glace à leur boisson. Il décide donc d’exploiter le lac de Sylans, que les hivers rudes du 19e siècle couvrent d’une épaisse couche de glace. De décembre à mars, quand quinze centimètres de glace se forment sur le lac, les travailleurs viennent de toute la région, et attaquent la glace à la charrue, à la hache, à la scie. Ils la stockent ensuite à l’intérieur des glacières, construites à l’ombre, dotées d’épais murs de pierre et isolées des chaleurs de l’été par du béton, de la paille, de la sciure… la glace pouvait ainsi survivre à la saison estivale. Cette histoire m’a fascinée. Avant les frigidaires, avant le confort moderne, imaginez ces hommes qui envoient leurs bœufs et leurs charrues sur le lac de glace, creusent des sillons, débitent la glace à la scie, et la stockent dans ces glacières au look transylvanien… La première guerre mondiale a hélas eu raison de l’exploitation fantasmagorique, mais la brume et l’automne rendaient au lieu tout son nimbe de mystère et de magie.

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Brouillard au dessus du lac de Sylans. Exposition longue prise avec mon Canon t6i, un trépied Manfrotto et un filtre ND (je vous détaille le matériel photo utilisé plus bas !)
    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Une autre exposition longue du Lac de Sylans.

    J’ai pris quelques photos avec mon fidèle Canon EOS 750D / Rebel T6I , mais je rêvais de retrouver la vision surplombante que j’avais depuis l’autoroute. Etant donné que l’arrêt sur la bande d’arrêt d’urgence pour faire des photos n’était pas une option compatible avec mon projet de survie à moyen terme, j’ai sorti mon nouveau jouet. Après des mois d’hésitation et de tentation, j’ai craqué : je suis désormais l’heureuse propriétaire d’un DJI Phantom 3 Standard Drone Professionnel.

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Le lac de Sylans, vue aérienne grâce au drone.

    Un drone, est ce que ça vaut le coup ? Mon budget drone

    J’ai longuement hésité : j’avais peur de ne pas m’en sortir, de crasher le drone contre une falaise ou de l’envoyer dans un lac à la première utilisation, et de voir plusieurs centaines d’euros partir en fumée illico. Mais la tentation était trop forte. Vous connaissez forcément ça : vous savez qu’une vue sublime se déploie au-dessus de vous, mais vous n’avez aucun point de vue surplombant, des arbres au milieu, des maisons qui gênent, etc, et vous êtes frustré. J’avais envie de plus de liberté, de plus de créativité en matière de photo de paysage.

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Une image du lac de Sylans que je n’aurais jamais pu réaliser sans le drone.

    Après avoir longuement farfouillé sur le net, lu des tests, des comparateurs, les avis de différents blogueurs, je me suis décidée pour le drone qui me paraissait proposer le meilleur rapport qualité/prix et qui n’explosait pas (trop) mon budget : le DJI Phantom 3 Standard.

    Voici les produits que j’ai achetés et le budget correspondant :

    Drone DJI Phantom 3 Standard Drone Professionnel : 529 euros. Bien sûr, vous trouverez des drones plus performants, avec une meilleure qualité d’image, plus d’autonomie de batterie, etc… mais pour des prix beaucoup plus élevés, et c’était totalement hors budget pour moi. Le DJI Phantom 3 Standard a reçu d’excellents avis partout, est considéré comme fiable, facile d’utilisation, pratique – au bout d’un mois avec mon nouveau compagnon photo, je ne peux qu’ajouter ma voix au concert des utilisateurs conquis. Mais si vous avez plus de budget, n’hésitez pas à monter en gamme, et à prendre un Phantom 4, par excellence.

    Batterie de rechange : le drone a théoriquement une autonomie de 25 minutes, mais en réalité, il commence à vous dire que la batterie est faible au bout de 15/20 minutes, et comme vous ne voulez surtout pas prendre le risque de le voir tomber de toute sa hauteur n’importe où, vous obéissez sagement et vous le ramenez à la maison. Du coup, une batterie de rechange me paraît indispensable, pour pouvoir s’amuser plus longtemps et opérer plusieurs vols au cours d’une même journée. DJI DJIP3BAT Batterie rechargeable  : 105,9 euros

    Encombrement : quelle place prend un drone ? Peut-on randonner avec un drone ?

    J’avais du mal à me représenter la place que prend un drone avant d’en avoir un, du coup, je vous ai fait une photo avec différents objets usuels du quotidien, afin de vous aider à visualiser : voici donc un drone Phantom 3 en compagnie d’une peluche lynx offerte par ma maman (trop mignon, non ?), d’un ananas, d’un régime de bananes, une pièce d’un euro et un passeport de notre bien aimée République Française (le mien).

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Drone DJI Phantom 3 Standard, avec échelle.

    Les hélices se démontent après chaque utilisation et doivent être rangées séparément. Des hélices de rechange sont fournies (au cas où vous les abîmeriez lors d’un atterrissage mal maîtrisé). Vous voyez sur la photo le drone, ses hélices, sa télécommande, sa batterie de rechange.

    Au début, je le déplaçais dans son carton d’achat et ne l’utilisais qu’à proximité de la voiture. Mais très vite, j’ai eu envie de partir en randonnée avec le drone. Je viens donc d’acheter le sac à dos pour drone suivant, pour 47,99 euros : Sac à dos Sacoche Housse drone imperméable à l’eau pour DJI Phantom

    Il existe des sacs beaucoup plus chers, produits par des marques prestigieuses comme Manfrotto. J’imagine qu’ils sont encore mieux, mais ce sac à dos bon marché me convient très bien : le drone rentre dedans, et y est bien protégé.

    Le seul souci que j’ai, c’est que je commence à avoir trop de matériel photo : je randonne toujours avec

    – mon chéri, Canon EOS 750D / Rebel T6I
    – deux objectifs au moins, notamment mon merveilleux grand angle adoré Canon – EF-S 10-22 mm f/3,5-4,5 USM
    – mon trépied Manfrotto Compact Action Kit de Trépied
    – mes filtres, notamment le filtre avec lequel je fais les expositions longues comme celles-ci-dessus, Filtre à densité neutre MC Pro II ND1000 (3,0) de 77mm
    – si je prévois de faire des photos sous-marines ou dans un environnement trempé (cascade), mon appareil étanche Olympus Tough TG-4. Pourquoi lui et pas un autre ? Deux raisons qui me font l’adorer : 1) il est super résistant 2) il permet de shooter en RAW.

    Bref, je ne peux pas emporter tout ça + le drone. Ce barda ne rentrera pas en entier dans le sac à dos cité ci-dessus, et je ne peux pas porter trop de poids pour une longue randonnée éprouvante. Il me faudra faire des choix, ou esclavagiser mon cher et tendre – ce qui est l’option retenue actuellement, mais me posera problème bientôt, car je pars seule, sans lui, pour la plupart de mes voyages lointains. Je pense réfléchir avant chaque randonnée au type d’images que je veux privilégier, et sélectionner mon matériel en fonction.

    Utiliser un drone : comment ça marche et réglementation

    Vous êtes limités par deux choses dans l’utilisation du drone : la loi et la météo.

    La loi française interdit de voler plus haut que 120m (120m à partir de votre point de départ, pas du niveau de la mer – vous avez le droit d’utiliser votre drone en montagne), d’utiliser le drone en ville ou au-dessus de propriétés privées sans autorisation, et bien sûr, de s’approcher de sites sensibles du type lignes à haute tension, aéroport, installation militaire, etc. Sachez par ailleurs que le drone n’est pas discret du tout : il fait du bruit, il clignote, etc. Ne pensez pas pouvoir l’utiliser en douce sans que personne ne s’en rende compte ! Du coup, je vous conseille de respecter scrupuleusement la législation, et de l’utiliser dans des zones de nature, loin des habitations et de tout site dangereux.

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Photo aérienne du lac de Schliersee, en Bavière. J’étais en dehors de la ville quand j’ai pris cette photo – mais on voit des habitations privées… Cette photo est-elle illégale ? Je pense qu’elle est à la limite. Je préfère ne pas avoir d’habitations dans le champ.

    Météo : votre drone est très sensible à l’humidité et à la corrosion, car son moteur est en partie exposé. Petite pluie, brouillard, forte humidité ? Ne sortez pas votre drone. Cela ne vaut pas la peine de l’abîmer. Récemment, j’ai participé à un super Instameet dans le golfe de Saint Tropez (photos sur Instagram), et j’ai dû renoncer à m’en servir : la pluie et les nuages étaient trop présents. Ne le faites pas voler non plus au ras de la mer, où il risquerait d’être éclaboussé par l’écume. Prenez-en soin, c’est un jouet fabuleux, mais cher et délicat…

    Cavalaire, Domaine du Rayol.
    Domaine du Rayol (Cavalaire) sous la pluie. Pour cette exposition longue, j’ai abrité l’appareil sous un parapluie. Mais il était impossible de sortir le drone.

    Le Phantom 3 résiste bien au vent, paraît-il : j’ai lu plusieurs tests faisant état de drone très stable face à des rafales à 50 km/h. Je suis une poule mouillée et je n’ai pas testé : je ne sors mon drone que dans des conditions optimales, avec un vent faible.

    Avant chaque utilisation, je recharge les deux batteries (la principale + la batterie de rechange), plus la batterie de la télécommande (dont l’autonomie est beaucoup plus longue). Pour gérer votre drone, il vous faut la télécommande + un smartphone, sur lequel vous installerez gratuitement le logiciel DJI GO.

    Comment ça marche ? Le Phantom 3 crée son propre réseau WIFI, sur lequel vous connectez votre smartphone pour diriger le drone. J’ai pu connecter sans souci mon Iphone 6 et le Samsung Galaxy de mon cher et tendre. Avec la télécommande, vous commanderez les mouvements du drone : sa hauteur, ses déplacements latéraux, l’orientation de la caméra, etc. Avec le smartphone, vous donnerez l’ordre de décoller, puis vous commanderez la photo et la vidéo. Tout est relativement simple : le drone est maniable, et les fonctions faciles à comprendre. Je ne suis pas du tout une pro des jeux vidéo, et pourtant je n’ai pas eu de mal à le prendre en main et à comprendre comment le piloter.

    Procédure de décollage et d’atterrissage

    Pour décoller, je choisis un endroit dégagé, plat, sans arbre à proximité. Je connecte mon portable au drone. Le logiciel me demande alors de procéder à l’étalonnage du drone, afin d’enregistrer les coordonnées GPS de la position de départ. En suivant les instructions qui s’affichent sur mon écran, je tourne mon drone plusieurs fois à l’horizontale, puis à la verticale. Le logiciel enregistre le point « Home », qui lui permettra de revenir au point de départ en cas de souci.

    Je décolle grâce à une commande située sur mon portable. Puis je dirige le drone avec les deux manettes de la télécommande.

    Il n’y a normalement pas de risque de perdre le drone, si vous ne faites pas n’importe quoi. Si vous envoyez le drone trop loin et qu’il perd le signal du smartphone, il reviendra automatiquement vers vous. Si la batterie faiblit, le drone vous avertit, et engage de lui-même la procédure de retour en cas de charge critique.

    La procédure « Return to home » est très bien faite. Il vous suffit d’appuyer sur ce bouton pour faire revenir le drone à son point de décollage. Néanmoins, j’ai toujours peur des obstacles qui se trouveraient entre sa localisation actuelle et le point de départ, surtout à des altitudes basses : du coup, je préfère le ramener près de moi, et enclencher la procédure « Return to home » seulement à ce moment-là, quand le drone est au-dessus de moi. Le drone est très précis et retourne presque exactement à son point de décollage, mais ne tentez pas le diable, ne le faites pas décoller juste à côté d’un lac ou d’un fossé, prévoyez une marge de sécurité…

    Photographier avec un drone 

    La plupart des blogueurs qui ont un drone l’utilisent principalement pour la vidéo. Les résultats sont spectaculaires. Anne-Lise, une blogueuse que j’aime beaucoup, a fait une vidéo époustouflante d’Islande avec son drone (le même que le mien : Phantom 3 Standard), jetez-y un coup d’œil si vous voulez voir ce que ce drone est capable de faire.
    Mais la vidéo n’est pas mon mode d’expression privilégié : ce sont les carnets de voyage qui m’ont conduite à créer ce blog, car j’aime l’association du texte et de l’image.  J’ai peut-être tort : je pense que le Phantom 3 est de meilleure qualité en vidéo qu’en photo.

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Une qualité d’image qui me rappelle celle de mon Iphone 6 : tout à fait correcte, mais… nettement en dessous de mon Canon.

    Le drone Phantom 3 est équipé d’une caméra embarquée à 12 millions de pixels. Il peut photographier en JPEG et/ou RAW. Dans le menu Photo, situé dans le logiciel DJI GO, je peux choisir le format, la vitesse d’obturation, et la sensibilité ISO. La qualité d’image est tout à fait correcte, mais pour quelqu’un qui s’est habitué à un appareil reflex comme mon Canon, il y a une petite déception. La qualité est celle d’un appareil photo compact ou d’un bon smartphone, pas celle d’un reflex. Dans les photos de cet article, je pense que vous voyez nettement la différence entre les photos prises avec mon Canon, et celles du DJI, notamment en matière de piqué et de gestion de la lumière.

    Voici les deux reproches que j’ai à lui faire :

    – L’ouverture est bloquée à 2,8 et je ne peux pas la modifier. Cela rend l’appareil très rapide et évite les flous (à condition d’avoir correctement fait ses réglages, bien sûr), mais cela manque de profondeur de champ. Je pense que c’est ce qui lui empêche d’avoir le piqué dont je rêve, et rapproche la qualité de ses photos de celle d’un bon smartphone – qui manquera, lui aussi, de profondeur de champ.
    – La qualité décroît très vite en basse luminosité, et si vous montez trop les ISO. Il est presque impossible de l’utiliser avant le lever du soleil ou après son coucher (et interdit la nuit, bien sûr !). Le drone exige une bonne luminosité.

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Une gestion parfois difficile de la lumière et des contrastes.

    Une astuce pour améliorer la qualité des photos de drone : Photomerge, sur Photoshop

    Pour avoir plus de pixels, j’ai pris l’habitude de fusionner plusieurs photos successives, afin de créer de vastes panoramas. Je trouve que le rendu visuel est meilleur et que le manque de profondeur de champ est moins flagrant.
    Pour cela, je fais un panorama : je prends deux, trois ou quatre photos de drone à la suite, au même endroit, en tournant la caméra de gauche à droite (comme pour faire un panorama avec un smartphone). Je fais attention à toujours laisser environ 30% de zones communes entre deux photos, afin que le logiciel puisse avoir des repères visuels et comprendre qu’il s’agit de la même zone.
    J’ouvre Photoshop, je prends le menu Fichier => Automatisation => Photomerge, et je sélectionne les photos que je veux fusionner. Je choisis le mode de fusion automatique et je coche toutes les cases : correction du vignettage, de la déformation, zones transparentes avec fond basé sur le contenu. Bien évidemment, cela fonctionne sur toutes les photos, pas seulement les photos de drone !

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Création d’une image composite avec Photomerge (Photoshop).

    Voici un exemple de Photomerge avec 3 photos de la Sainte-Victoire, la célèbre montagne d’Aix-en-Provence :

    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Panorama de la Sainte Victoire avec trois photos de drone.
    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Sainte Victoire : photo simple
    Photographier avec un drone, est-ce que cela vaut le coup ? Conseils, tests, budget, astuces.
    Un photomerge un peu exagéré (déformations) : 3 photos du lac de Sylans

    Verdict : un drone pour la photo, investir ou pas ?

    Je pense que pour être vraiment satisfaite, j’aurais dû mettre beaucoup, beaucoup plus d’argent. Je suis habituée à la qualité d’image du reflex et j’ai du mal à y renoncer. Les caméras embarquées des drones – même de gamme supérieure au Phantom 3, d’après les tests que j’ai vus – me paraissent meilleures pour la vidéo que pour la photo. Je souffre du manque de piqué, du grain, de la mauvaise gestion des basses lumières. Mes photos Canon me paraissent toujours bien plus propres et belles. Mais…. ce sont des points de vue que je n’aurais jamais pu atteindre sans drone. Cela permet une liberté, une créativité nouvelle. Et le point de vue surplombant sur les paysages crée des images exceptionnelles, bien que leur qualité laisse à désirer. Si c’était à refaire… je pense malgré tout que je l’aurais fait. Et vous ? Vous allez investir ?

    Des questions ? N’hésitez pas à me les poser en commentaire ! Et pour de nouvelles aventures et photos, avec ou sans drone, n’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter !

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    Photographier avec un drone : épinglez moi sur Pinterest !

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    Brouillard sur les sommets de l’Ain

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  • Voyager pour guérir

    Voyager pour guérir ? Nous sommes nombreux à en rêver.

    Face à un chagrin d’amour, un deuil, un traumatisme, changer de décor nous semble souvent salutaire. En quête de sens ou malmenés par le quotidien, nous espérons que les lointains nous offriront une seconde chance. Le voyage est comme une épreuve initiatique – la mue nécessaire afin de gommer les cicatrices du passé. La chrysalide qui révèlera, enfin, le papillon tant attendu.

    Avec plus d’un milliard de touristes dans le monde chaque année, le voyage a le vent en poupe : jamais encore nous n’avons été aussi nombreux à mettre les voiles. Mais le voyage a aussi changé de visage. Parmi les nouveaux globe-trotteurs, nombreux sont ceux qui aspirent à plus qu’une semaine en transat sous les cocotiers, qui refusent les voyages organisés, qui partent seuls, longtemps, loin, à la recherche de quelque chose d’autre. Une mystique du voyage est née. Voyager, ce n’est plus seulement voir le monde, c’est se trouver soi-même. Changer, ou renaître.
    En 2010, le film Eat Pray Love a rencontré un succès immense : Julia Roberts y joue une femme divorcée, malheureuse, en situation d’échec, qui a la sensation que sa vie a volé en éclats. Pour échapper au marasme, elle part pour un tour du monde.  Loin de son quotidien, elle trouve Dieu, l’amour, et elle-même. Sommes-nous la génération Eat Pray Love ? Voyager peut-il nous guérir ?

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Voyager pour guérir ? Quand la route qui mène à soi passe par le bout du monde…

    J’ai recueilli les témoignages d’amis et d’autres blogueurs voyage. Des histoires de souffrance, d’amour déçu ou d’échec à surmonter, des témoignages d’espoir – mais aussi, parfois de déception. Le voyage guérit-il de tous les maux ?

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Mettre les voiles…

    Voyager pour se remettre d’un chagrin d’amour

    Se voir soudain rejeté ou trahi par la personne qu’on aimait et en qui on avait confiance est toujours un traumatisme. Parfois, les conséquences directes sont lourdes : quand on est forcé de déménager, qu’on perd les amis communs, comment retrouver pied ? Se faire larguer, c’est une blessure d’orgueil profonde, qui signifie souvent perdre l’estime de soi, et sa capacité à naviguer dans la vie avec sérénité.

    Pour certains, le voyage peut être l’occasion d’inventer un nouveau moi, plus fort et plus libre. Flo, du blog Make my trip, raconte :

    « C’était en 2013, j’avais alors 22 ans. Cela faisait six ans que j’étais avec ma copine avant qu’elle me quitte. J’étais totalement désemparé, je ne mangeais plus, ne dormais plus et me couchais avec le mal de ventre le plus terrible de ma vie. A côte de ça, mes trois meilleurs amis me tournaient le dos sans raisons. Je me retrouvais triste et seul. Mes parents voyant que je me « laissais mourir » au fond de ma chambre, ont eu la très bonne idée de m’envoyer un mois en Floride en école de langue. M’évader loin de la « scène du crime » m’a relevé. Ce voyage m’a changé, me débrouiller seul pendant un mois m’a redonné confiance en moi et le sourire. Comme quoi, le voyage est le remède aux peines de cœur. Je n’étais plus le même en rentrant et j’ai recommencé à vivre. L’année d’après, je partais vivre 7 mois en Australie. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    La plage de Fort Lauderdale, Floride, par Flo du blog Make My Trip . Retrouvez l’y pour plus de photos et d’astuces !

    Mais pour d’autres, l’expérience se révèle plus douloureuse que prévu.

    Rose-Anna raconte : « Je suis partie à l’île Maurice après mon premier vrai chagrin d’amour. J’avais l’impression qu’on m’avait arraché le cœur, et j’avais besoin de mettre le plus de distance possible entre mon bourreau et moi. 9500 kilomètres, ça me paraissait être une marge de sécurité suffisante, pas de risque que j’essaie de rentrer à la nage au milieu de la nuit. L’île était de toute beauté, je trouvais des étoiles de mer grandes comme ma main, et j’étais environnée de poissons multicolores. Mais rien ne pouvait me distraire de ma peine. Je passais des heures à fixer l’horizon, mélancolique, à pleurer ce qui ne serait plus, et à l’imaginer avec moi dans ce décor de rêve, à nouveau amoureux. C’était comme si j’étais partie seule en lune de miel. Mon cœur était au paradis, et mon cœur coincé dans les glaces. J’ai la sensation d’avoir gâché un voyage de rêve (et toutes mes économies) à me morfondre. J’aurais préféré partir plus tard, une fois remise du choc, et capable de savourer. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Nénuphars du jardin de Pamplemousses (photo Pixabay), Ile Maurice. Pour éclore, les nénuphars doivent s’ancrer profond dans la vase, et traverser plusieurs mètres d’eau noire avant de fleurir à la surface – ne sont-ils pas un beau symbole de résilience ?

    La solution idéale est peut-être celle trouvée par Amandine : un voyage proche, et à plusieurs, afin de combattre ensemble les idées noires.

    « Après deux ans d’amour que je croyais sans nuages, celle que j’aimais m’a quittée du jour au lendemain. J’habitais chez elle. En deux jours, j’ai dû rassembler toutes mes affaires, trouver un studio qui présentait une densité de cafards au mètre carré acceptable, déménager, repartir à zéro. Je rêvais de vacances, mais étant donné l’état spéléologique de mes finances, ça n’était pas raisonnable. Un de mes meilleurs potes m’a alors invitée à passer quelques jours chez lui sur la côte d’Azur. Le soleil et le vin blanc ont pansé mes plaies. J’ai fait la connaissance de sa bande d’amis, adorables, ma peau couleur lavabo a découvert les UV et l’eau de mer. J’ai beaucoup ri, relativisé, et je suis revenue apaisée, plus prête à affronter la suite. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Cassis, ou comment la côte d’azur chasse la déprime…

    Voyager pour guérir d’une blessure ou d’un traumatisme : le voyage thérapeutique

    Le voyage thérapeutique a une longue histoire. Depuis l’Antiquité, nombre de médecins croient en ses vertus, mais c’est le XIXe siècle qui consacre son succès. La littérature du XIXe siècle est remplie d’histoires de riches aristocrates maladifs qui partent pour la mer ou la montagne en convalescence, et qui espèrent recouvrer la santé au grand air.
    Languissantes et dépressives, les femmes de la haute société, qui vivaient comme des oiseaux en cage, étaient envoyées aux bains de mer pour guérir de leur mélancolie. Vêtues de longues tuniques, amenées en chaise à porteurs jusqu’à l’eau, et trempées dans les vagues. Hors de question de nager, de jouer dans l’eau : la mer était un traitement qu’elles subissaient immobiles, une mer médicament. C’est l’heure où on invente la thalassothérapie.

    Voyager pour guérir.
    « The cure for anything is salt water — sweat, tears, or the sea. »

    Jusqu’au début du XXe siècle, il n’existait pas de traitement pour la tuberculose. La seule thérapie possible était le voyage, les séjours prolongés des phtisiques dans des sanatoriums de haute montagne. Nombre de poètes romantiques souffreteux subirent ces longues vacances entre mourants, où on rendait l’âme au pied des cimes enneigées. La montagne magique, de Thomas Mann, en est sans doute le récit le plus célèbre.
    La médecine a progressé, trouvé des traitements aux afflictions autrefois incurables, mais elle reste parfois impuissante. Comment gérer des douleurs chroniques et installées, qui se sont mises à faire corps avec le malade ? Comment surmonter des traumatismes émotionnels, des blocages qui rendent le quotidien impossible ? Le voyage est parfois le remède miracle – comme si le mal restait assigné à résidence, et que l’esprit et le corps s’évadaient sans lui.

    Voyager pour se remettre d’une blessure

    Seb, l’un des deux auteurs du blog Les globe blogueurs, raconte comment l’Amérique latine a enfin su le guérir d’une blessure à la hanche qui lui empoisonnait la vie :

    « Certains pépins de santé aux débuts anodins peuvent petit à petit envahir tout votre esprit, jusqu’à  ébranler vos certitudes, vous plongeant dans une spirale négative.
    Pour moi, tout a commencé par une banale douleur dans la hanche. Présente uniquement lorsque je faisait des efforts, puis bientôt à chaque fois que je marchais, pour finir par être présente en permanence. Coïncidant avec un changement de travail, de ville, j’ai progressivement dû travailler à domicile, dans l’impossibilité de me déplacer, ou presque.
    Le plus douloureux, c’était sans doute de ne pas connaître l’origine de cette putain de douleur, malgré une myriade de tests et de blouses blanches m’ayant examiné dans tous les recoins. Ne pas savoir si vous irez mieux un jour, s’il faut continuer à vous battre pour garder un semblant de vie sociale, ou tout chambouler pour accepter ce nouveau statut pour du long terme, c’est terrible.
    Du coup s’est enclenchée une spirale négative : je ne peux plus rien faire, donc je suis un fardeau pour les autres, donc, donc, donc…
    Avec cette mentalité avariée, je me suis retrouvé non seulement handicapé physiquement, mais aussi emprisonné mentalement. Et le pire, c’est que je sentais bien que j’allais dans le mur.

    Heureusement, j’avais une passion à laquelle m’accrocher et sur laquelle je ne pouvais pas faire un trait. Ne plus voyager m’était inconcevable. Alors grâce à cela et surtout à Laura, toujours présente pour me pousser et m’empêcher de me laisser aller, nous avons entrepris de voyager. Voyager différemment au début, en me déplaçant très peu, avec des journées courtes. Puis la confiance revenant un tout petit peu, la santé s’est améliorée, j’ai entrepris de continuer à chercher des thérapies pour me soulager, faisant fi des multiples échecs. Après trois années dans ce schéma, j’ai très progressivement retrouvé de la mobilité, me permettant de reprendre un peu de marche, tranquillement, de tenir une demi-journée de visite, puis une journée… Mais les séquelles psychologiques restaient présentes, mon esprit ayant intégré ce que mon corps avait subi ces dernières années. Au point de me rendre malade dès que je m’éloignais un peu trop de ma zone de « confort ». C’est à dire un point de repli pour me reposer tranquille, à l’abri des regards et éventuels jugements.
    Alors avec Laura nous avons pris une résolution radicale pour sortir par le haut de cette galère. Nous avons mis en branle un projet dont nous rêvions depuis que nous nous sommes rencontrés : explorer l’Amérique latine pendant une année. 
    Quelques mois plus tard, nous étions dans l’avion. C’était la naissance des globe blogueurs, et ma renaissance… »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Seb lors du grand voyage par lequel tout a commencé. Retrouvez Seb & Laura sur leur blog pour plus d’images et de récits d’Amérique du Sud (et d’ailleurs) !

     

    Combattre l’agoraphobie par le voyage

    Le voyage est parfois la clef qui lève les inhibitions et rend le quotidien plus amène. Annie, l’auteur du blog Annie Anywhere, a longtemps souffert d’une agoraphobie qui lui pourrissait l’existence. Elle raconte sa libération :

    « L’agoraphobie, ce n’est pas uniquement la peur des foules, c’est aussi celle qui vous rend incapable de sortir de chez vous. Vous vous sentez comme si quelque chose de terrible allait vous arriver. En résumé, c’est la peur d’avoir peur. Les symptômes peuvent varier, mais les crises de panique sont celui le plus courant. 
    Objectivement, une attaque de panique n’est pas dangereuse du tout. C’est une réaction de protection de la part de notre corps. Facile à dire, mais difficile à croire quand ça vous arrive.  Après quelques épisodes, je me suis mise à avoir peur des récidives, et lentement, j’ai évité de plus en plus de lieux.
    Suivre une thérapie m’a donné des outils et des connaissances sur la situation, mais rien ne combat cette peur comme faire un premier pas vers l’extérieur. A 27 ans, j’ai donc décidé de rassembler tout le courage que j’avais et de partir en voyage sac à dos au Honduras, puisque si je devais mourir en sortant de chez moi, plutôt mourir dans un endroit plus chaud que le Canada.
    J’étais persuadée que je devais me débarrasser de ma part en premier, et ensuite apprivoiser tous les lieux qui m’effrayaient. La vérité, c’est qu’il n’y a pas meilleur endroit pour vaincre une peur que l’endroit même où elle se trouve. Sans aucun repère, impossible pour moi de faire des liens avec d’anciennes crises de panique. C’est certain qu’il m’a fallu un grand courage, mais voyager a été étonnamment bien plus facile que je l’avais imaginé.
    Ça ne me dérangeait pas d’avoir l’air folle, puisque je ne connaissais personne. Ça ne me dérangeait pas non plus d’être en retard à cause d’une crise, puisque je n’étais attendue nulle part. Je n’avais pas non plus peur d’être trop loin de la maison, puisque n’importe quel hôtel pouvait devenir ma maison, et que ma maison était donc partout.
    Au Honduras, j’ai appris que je n’étais pas physiquement malade.
    De retour à Montréal, j’ai pu apprivoiser ma peur et, lentement, j’ai guéri. Depuis, j’ai voyagé dans environ une quinzaine de pays. C’est peu en comparaison avec d’autres blogueurs, mais c’est certainement plus loin que le coin de ma rue. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Photos du Honduras par Annie Anywhere – retrouvez la sur son blog pour en voir et apprendre davantage !

    Voyager pour surmonter le deuil

    C’est la plus grande des douleurs morales : perdre à jamais quelqu’un qui nous était cher. Après le cataclysme, le vertige. Lisa raconte :

    « Après la mort de ma mère, c’était comme si on m’avait attachée au fond de l’océan. J’avais l’impression que je ne regagnerais jamais la surface. Tout m’était intolérable. Je ne pouvais plus rester dans la ville où elle avait vécu, chaque coin de rue était comme un coup de poing dans la gueule. J’avais l’impression que si je restais, je ne surmonterais jamais ma douleur. Je suis partie et je ne suis pas revenue. Je suis allée faire mes études à New York, et je me suis installée aux Etats-Unis. Il fallait mettre un océan entre moi et ma vie d’avant. Encore aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à revenir en France. Je reviens pour des périodes très brèves, de plus en plus rares. C’est triste, et mes amis ont du mal à le comprendre, mais ma ville natale, c’est le lieu où j’étais heureuse autrefois et où je ne pourrai plus jamais l’être. C’est une plaie à vif. J’ai brûlé les ponts derrière moi. J’ai inventé une nouvelle vie, et je ne regarde pas en arrière. Si je n’avais pas continué d’avancer, je me serais effondrée. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Brooklyn bridge, New York. Quand voyager est un pont à sens unique…

    Mais contrairement à Lisa, d’autres ont besoin d’expériences plus douces, moins radicales. Nombreux sont ceux qui partent se ressourcer au bord de l’océan, se réconcilier avec l’idée d’éternité face à l’infini des flots. Qui partent en randonnée dans les montagnes, ou marcher dans les forêts. Le mouvement apaise le corps, et peu à peu, le cœur s’habitue…

    Voyager pour guérir.
    Prendre la route et guérir…

    Voyager peut se révéler salutaire, mais il est essentiel de se ménager, car le deuil peut aussi accentuer l’angoisse de l’éloignement, de la solitude, de la perte de repères. Comme on ne conseillerait pas à une personne en convalescence de grimper l’Everest, peut-être faut-il éviter les voyages trop radicaux, trop extrêmes quand on est en deuil, au risque de se sentir submergé. Une blogueuse qui a souhaité rester anonyme raconte :

    « Ma meilleure amie est morte d’un accident de scooter quand j’avais vingt-et-un ans. J’étais dans un état de colère et d’accablement que j’ai du mal à décrire. Ça faisait longtemps que je rêvais d’Inde. On s’était dit qu’on irait ensemble, elle et moi, on refaisait les chorégraphies de Bollywood en mangeant du poulet tandoori, on s’imaginait faire des selfies devant le Taj Mahal. Sur un coup de tête, quelques semaines après sa mort, je trouve un billet last minute à prix cassé, et je débarque à New Delhi. Je n’ai pas un centime, donc je tombe sur une auberge miteuse, où l’odeur de pisse est insupportable, et où un rat vient voler le Mars qui traînait dans mon sac. Je sors dans la rue, et je tombe sur un vieil homme décharné, un squelette vivant, en train de déféquer devant moi. Partout, des gens malades, couverts de plaques rouges et de boutons, des bouches noires sans dents, des moignons sanglants, des gamins couchés par terre, affamés. Quelques centaines de mètres plus loin, le cadavre d’une vieille femme, morte en pleine rue, autour de qui les gens s’affairent avec indifférence. J’ai cru que je devenais folle. J’ai eu une crise de panique monstrueuse, l’impression que mon cœur allait bondir hors de ma cage thoracique, le monde qui tournait autour de moi. J’étais à deux doigts de m’évanouir en pleine rue. J’ai pris mes affaires, et je suis retournée à l’aéroport. J’étais en mode survie, je ne voulais plus qu’une chose, me barrer.
    Il m’a fallu des années pour me remettre à voyager. Je n’évoque jamais l’Inde, et je ne veux plus en entendre parler. Je ne voyage que dans des pays sûrs et propres, où personne ne meurt en pleine rue. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté » : si le pays ne correspond pas à ces critères, je n’y mets pas les pieds. Voyager pour se torturer, non merci. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    La ville de Jaipur, au Rajasthan – une des merveilles de l’Inde, pays de contrastes, qui remue souvent les voyageurs. Ce que ma narratrice anonyme a vécu se nomme le syndrome de l’Inde, plus d’infos ici. En situation de détresse émotionnelle, sans doute faut-il se préserver. Photo Pixabay

    Face à l’irrémédiable, peut-être sont-ce les petits voyages qui guérissent.
    Il y a plusieurs années, j’ai perdu une amie très chère, et sa mort m’a bouleversée. Je me souviens avoir marché dans les champs de Franconie, où elle vivait, en silence et recueillie. D’avoir pleuré en regardant le jour se coucher sur les vignes, et embrassé toute cette beauté du monde, qu’elle ne verrait plus. D’avoir fait des choses sans bien savoir pourquoi, caressé les arbres, parlé à des oiseaux, ramassé une poignée cailloux dont l’éclat me semblait mystérieux, comme s’ils avaient quelque secret à me chuchoter à l’oreille. Je me souviens d’avoir voulu célébrer la Terre et la vie, et la beauté poignante des bonheurs fugaces.

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Automne en Franconie.

    Peut-être est-ce en cela que le voyage guérit. Corps fragiles, esprits ardents, nous sommes si vulnérables, des grains de chair dans le sablier éternel. La vie abîme, mais la soif de beauté et de joie donne des ailes. Voyager fait de nous un phœnix.

    Peut-être est-ce en cela que le voyage guérit. Corps fragiles, esprits ardents, nous sommes si vulnérables, des grains de chair dans le sablier éternel. La vie abîme, mais la soif de beauté et de joie donne des ailes. Voyager fait de nous un phœnix.
    La route qui libère…

    Et vous ? De quoi voyager vous guérit-il ?

    Merci à toutes celles et tous ceux qui m’ont honorée de leur confiance en témoignant dans cet article. Prochain article de la série « Réflexions sur le voyage » : Voyage et spiritualité. Avez-vous entrepris un pélerinage ? Vous êtes-vous mis à croire (ou à ne plus croire) en voyage ? Avez-vous été touché par des spiritualités étrangères à celle de votre enfance ? Vous êtes-vous converti(e) ? Avez-vous développé une spiritualité personnelle en voyage ? Racontez moi à itineramagica[a]gmail.com ! Et n’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter pour suivre la série.

  • Le voyage dont j’ai failli ne jamais revenir

    Il se passait quelque chose d’étrange à Oester Urup.

     

    Depuis que nous étions arrivées dans cette station balnéaire danoise en morte saison, j’avais le sentiment d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Qui s’aventure fin octobre sur la péninsule d’Himmerland, tout au nord du Danemark ? Les habitants nous regardaient avec une certaine méfiance, nous les trois touristes françaises égarées au cœur de l’automne déserté. J’avais lu qu’Oester Hurup grouillait de vie en été. Les campings cars arrivaient de toute la Scandinavie et les enfants jouaient par milliers sur ces plages infiniment planes, où un peuple de crustacés taciturnes dessinait des signes cabalistiques dans le sable gris perle. Mais la dernière semaine d’octobre ? Ce n’était plus le temps où on tolère les visiteurs. Les bateaux étaient bâchés, les volets cloués.  Le village semblait être rentré au plus profond de sa coquille, et mal supporter les intrusions.

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark... avec mes chats.
    Oester Hurup, tout au nord du Danemark, sur la péninsule du Jutland

     

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark... avec mes chats.
    Plage abandonnée d’octobre

    Le premier soir, nous avions repéré un joli restaurant sur le port, où les tables étaient dressées et la salle éclairée. Mais à notre approche, la propriétaire s’était mise en colère, nous avait interdit d’entrer, et avait fermé le restaurant sans que nous comprenions pourquoi. Il était dix-neuf heures seulement. Nous avions mangé des frites dans une station-service, sous le regard lubrique des magazines de la rangée du haut. Les commerçants étaient glaciaux, distants. J’avais l’impression que nous interrompions quelque secret, et qu’on nous en voulait.

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark... avec mes chats.
    Bateau sans capitaine

    Le paysage, lui, était plus amène. Nous nous sommes longuement promenées sur la plage, dans une lumière très douce qui semblait monter du fond de l’océan, couler du ciel opale, fondre les deux en un même miroir nacré. Des herbes dorées et des églantines rouges couvraient les dunes de l’Himmerland, « le pays du ciel », et nous trouvions des coquillages au pied des petites maisons de bois. Par endroits, la mer si plate refluait sur un banc de sable au milieu de l’eau, et l’océan s’y soulevait comme un tapis. Un monde secret semblait affleurer sous la surface.

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark... avec mes chats.
    Oiseaux sur Oester Hurup

     

    J’étais heureuse de découvrir ce pays où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.
    Le monde secret

     

    J’étais heureuse de découvrir ce pays où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.
    Fruits d’automne

     

    J’étais heureuse de découvrir ce pays où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.
    Plage à l’infini

     

    J’étais heureuse de découvrir ce pays où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.
    En attendant Christian

     

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark... avec mes chats.
    Paysages si typiques de la mer du nord – les Allemands nomment cela « Wattenmeer », la mer où on patauge. Le sable et l’eau tracent des cercles fugaces

     

    J’étais heureuse de découvrir ce pays où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.
    Plages de la mer du nord.

    J’étais heureuse de découvrir cette contrée où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.

    Comment j’ai traversé l’Europe avec mes chats norvégiens

    Vous avez bien lu : la mondiale du chat de race. Voici quelque chose que vous ne saviez peut-être pas à mon sujet : pendant plusieurs années, j’ai élevé avec passion des chats des forêts norvégiennes, à mes yeux les plus beaux félins domestiques du monde. Ce sont de gros chats qui ressemblent à des lynx, avec de petits plumets au sommet de leurs oreilles pointues, une collerette de fourrure pour les protéger des rigueurs hivernales, et un regard unique entre tous, vert, perçant, où je voyais miroiter toutes les légendes nordiques. Dans la mythologie scandinave, le chat des forêts, « norsk skogkatt », est si fort que même Thor ne peut le soulever, et c’est à lui qu’échoit l’honneur de tirer le char de la déesse Freya. Vivre avec de tels animaux, c’est caresser le mythe sur ses genoux, c’est attirer des morceaux d’aurore boréale sur son canapé. Par amour de la race, j’ai fait naître plusieurs portées, engloutissant beaucoup de temps, d’argent et d’énergie dans cette passion compliquée. Aujourd’hui, mes chats (stérilisés) font toujours partie de ma vie, et il me serait inimaginable de m’en séparer, mais je n’ai plus de chatons.

    A ce stade, j’imagine que vous vous demandez à quoi ressemble un chat norvégien.

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark. Avec mes chats.
    Contrairement à ce que suggère son allure sauvage, le chat norvégien est extrêmement affectueux et démonstratif. Un viking de légende qui rapporte la balle comme un petit chien : peut-on rêver mieux ? (Oui, ce sont mes chats à moi !)

    A l’époque où se déroule cette histoire, j’étais encore éleveuse, et j’emmenais régulièrement mes chats en exposition féline, où on juge de la conformité des chats et chatons au standard de la race. J’avais donc l’habitude de traverser la France avec une voiture remplie à ras bord de tous les ustensiles nécessaires à ce type d’évènement, pour assurer le confort de mes chats pendant le trajet, à l’exposition, à l’hôtel. Je pense que les mères de famille nombreuse peuvent imaginer la logistique que cela représente. Il fallait qu’un sac poubelle, une pelle et une balayette, un bol d’eau, des croquettes, un tapis, une litière, soient présents dans tous les lieux susmentionnés – et facilement accessibles. Il fallait équiper la cage et toiletter les chats avec douze peignes différents, talc, anti-statique, gloss à pelage, etc. Il fallait aussi songer à ses propres affaires (je crois que tous les éleveurs ont un jour préparé avec tant d’attention les valises des chats qu’ils ont oublié la leur), et choisir des vêtements aptes à résister à un déluge de poil félin pendant trois jours. C’était l’aventure, la vraie. Personne ne peut imaginer l’héroïsme quotidien des mémères à chat, prêtes à traverser l’Europe sous la neige et le verglas avec assez de matos pour équiper une animalerie. J’ai voyagé depuis toute petite, mais ce qui m’a appris à avaler mille kilomètres dans une journée, à parer à toute éventualité, à toujours avoir tout sous la main dans toute circonstance, à gérer l’imprévu avec l’ingéniosité d’Indiana Jones, c’est l’élevage de chats. Quand on a été bloqué dans un tunnel sous la neige quelque part dans les Balkans avec cinq félidés qui braillent sur la banquette, dont l’un qui a fait la centrifugeuse à vomi sur tous ses petits camarades, on ne craint plus rien. Je n’aurais pas pu l’imaginer au départ, mais j’ai gagné mes galons de colonel de la vadrouille en faisant naître des peluches nordiques. Mieux que le trek, l’élevage de chats !

    J’étais heureuse de découvrir ce pays où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.
    Voiture d’éleveuse chargée à bloc (le coffre est immense, et les sièges sont rabattus…)

    Tous les ans, fin octobre, c’est la grande épopée, l’évènement incontournable pour les félinomaniaques : la mondiale, où les champions récompensés sur les podiums locaux peuvent se mesurer à une concurrence venue de toute la planète. Imaginez un gigantesque hall, type salon de l’agriculture, rempli de plusieurs milliers de chats de toutes les races et de toutes les pays, avec leurs propriétaires maquillés aux couleurs de leur pays, arborant des drapeaux et hurlant de joie quand le chat d’un de leurs concitoyens remportait la coupe suprême. Il y a les festivals de heavy metal, et il y a les mondiales félines : adrénaline pure.

    J’étais heureuse de découvrir ce pays où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.
    Ambiance d’une mondiale féline.

     J’allais toujours aux mondiales avec des amies très proches, elles aussi mordues de chats norvégiens, et ces voyages nous inspiraient le genre de récits de guerre qu’on se remémorait pendant des années, un chat sur les genoux. « Tu te rappelles la fois où on a été bloquées par une vache sur un passage à niveau en Pologne ? Tu te rappelles la fois à Zagreb où un mec a défoncé notre voiture et menacé de nous tuer si on ne payait pas ? Tu te rappelles la fois en Suisse où on a dégagé la voiture des congères à mains nues ? » Les éleveuses de chat sont une espèce guerrière opiniâtre, ordinairement très sous-estimée.

    La menace violette

    Mais à Oester Hurup, rien ne devait nous arriver. Le Danemark, quoi de plus sûr, quoi de plus tranquille ? On se voyait déjà manger des harengs séchés et boire de la bière dans des cabanes en bois. Nous étions parties toutes les trois de Lorraine, avions traversé toute l’Allemagne, puis tout le Danemark sans encombre, avant d’arriver ici. Nous avions choisi cette station balnéaire pour nous remettre des mille deux cent kilomètres de route, et profiter des paysages du Jutland. Balades sur la plage, pains traditionnels – s’il n’y avait pas eu cette atmosphère étrangement pesante dans le village déserté, tout aurait été idyllique.
    Le dimanche soir, en rentrant de la mondiale, nous fûmes accueillies par une lumière presque surnaturelle. Il n’y avait pas un souffle de vent, et un halo de feu embrasait les maisons. On aurait cru qu’une porte s’était ouverte dans le ciel. L’air était électrique. Des créatures fugaces, presque subliminales, s’allumaient au rebord des gouttières et des lampadaires – on clignait des yeux et on pensait avoir rêvé. Tout était si calme, étonnamment immobile, comme si la nature tapie à l’affut guettait l’imminence d’un désastre. Je me disais que j’avais lu ça dans les livres. Qu’il y avait toujours ce type de lumière, d’atmosphère sourde et fauve, avant.
    Avant quoi ?

    J’étais heureuse de découvrir ce pays où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.
    Avant…

     

    J’étais heureuse de découvrir ce pays où je n’aurais jamais mis les pieds, si la mondiale du chat de race n’y avait pas été organisée.
    Ciel en feu

     

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark... avec mes chats.
    Maisons qui attendent…

     

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark... avec mes chats.
    Etrangeté…

    Je revenais de la plage quand mon portable vibra. Un SMS de Marcel, mon fiancé. « Regarde les prévisions météo. Important. » J’ouvre mon appli météo, et je crois mon écran cassé. Je connais les couleurs usuelles des alertes : vert, jaune, orange, rouge. Sur toute la zone qui couvre le Danemark et le nord de l’Allemagne s’étale une couleur violette. Un coup d’œil à la légende : « Violet = Ouragan ».

    Echapper à l’ouragan Christian avant qu’il soit trop tard

    Je me mets à lire frénétiquement. La tempête Christian, au départ une simple dépression née dans les eaux froides de l’Atlantique, est en train de se changer en monstre. Un cyclone extratropical, nourri par des vents glacés : c’est ce que les météorologistes appellent une « bombe ». Et c’est ce qui s’apprête à déferler sur le Danemark. Les vents atteindront deux-cent kilomètres/heure. L’apocalypse est annoncée.
    Mes amies et moi étudions la trajectoire annoncée de la bête. Il doit frapper Flensburg, une ville au nord de l’Allemagne par laquelle il nous faudra passer pour revenir en France, aux environs de midi. Dès dix heures, le vent s’intensifiera avec une telle violence que des arbres et des toitures seront arrachés, que les routes deviendront mortellement dangereuses – si elles ne sont pas barrées. Puis il remontera vers le nord et frappera le Danemark.
    Nous mettons le réveil à cinq heures du matin. La course contre la montre est lancée : il faut atteindre Flensburg avant Christian. Au fil de notre descente vers le sud, la nature se met en branle. Toute la forêt est secouée de tremblements maladifs. Des tornades de feuilles déferlent sur notre route. Le vent hurle le long des portières. L’ouragan arrive.

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark... avec mes chats.
    Cyclone Christian vu du ciel (Wikipedia).

    Au sud de Flensburg, nous nous arrêtons une vingtaine de minutes pour prendre un café et nous reposer. Mal nous en prend. L’ouragan est derrière nous, il nous rattrape. Lorsque nous sortons de la station, le vent est tellement violent que nous avons du mal à tenir debout, et que les portières menacent d’être arrachées. Les chats, d’ordinaire si calmes en voiture, sont inquiets. Nous fonçons sur l’autoroute allemande presque vide, l’ouragan dans le dos. Tout est si réel. Nous le sentons comme un monstre lancé à nos trousses, sa présence est physique, manifeste. Quelque chose d’horrible nous poursuit. Foncer, ne plus s’arrêter. Regagner le sud. Mes bras sur le volant sont si tendus que j’en aurais des crampes pendant plusieurs jours. Chaque coup de vent est une charge contre la carrosserie. Les tunnels sont de rares oasis de calme – dès la sortie, l’attaque hurlante reprend.
    Derrière nous, c’est le chaos. Au Danemark, un échafaudage s’écroule, et tue plusieurs personnes – Christian fera quinze victimes au total. A Hambourg, l’électricité est coupée, les routes bloquées. Plusieurs éleveurs rentrant de la mondiale passeront une nuit terrifiante sur l’autoroute avec leurs chats, coincés dans la gueule du cyclone, plongés dans le noir et la tempête. Des vagues monstrueuses noient les côtes. De nombreuses photos et vidéos attestent l’ampleur de la dévastation causée par l’ouragan Christian – un phénomène météorologique d’une ampleur rare.

    Le voyage dont j'ai failli ne jamais revenir : voici comment j'ai échappé à l'ouragan Christian alors que j'étais à Oester Hurup, Danemark... avec mes chats.
    Source de l’image (beaucoup plus de photos et vidéos en suivant ce lien)

     

    Nous reviendrons en France saines et sauves, et nos chats aussi. Avoir échappé à un ouragan avec cinq félins fait partie de mes plus grands actes héroïques de mémère à chats. Et Oester Hurup ? Je ne suis pas sûre d’y revenir un jour.

    Certaines de ces photos – notamment celles où je figure – ont été prises par mon amie Marie-Pierre François, amoureuse des chats, vétérinaire au cabinet félin de Nancy, et une des meilleures éleveuses de chats norvégiens qui soient ! Si je vous ai fait rêver avec cette race merveilleuse, et que vous aussi, vous voulez une boule de fourrure pleine de blizzard et de magie, jetez un coup d’œil à son élevage.

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