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  • Pourquoi vous devez voir Sedona, Arizona

    Que faire à Sedona ? Que voir à Sedona ?
    Sedona : l’étape incontournable d’un road trip en Arizona

    Peut-être n’avez vous jamais vu entendu parler de Sedona. Mais la ville rouge, capitale du yoga, des ovnis et des vortex cosmiques, est légendaire pour les américains. Et c’est une étape fabuleuse dans tout road trip en Arizona. Laissez-moi vous convaincre de l’ajouter à votre itinéraire…

    Surplombée par d’immenses monolithes aux allures de cathédrale, bâtie sur la pierre rouge et envahie de cactus, Sedona frappe aussitôt l’imaginaire du visiteur. Plus de soixante westerns hollywoodiens ont été tournés dans ces paysages en Technicolor, et nombre de stars ont jeté leur ombre sur les mesas. Mais l’attraction exercée par Sedona ne se limite pas à sa géologie et à la beauté des panoramas. Les hippies du monde entier accourent ici, car des vortex d’énergie cosmique métamorphosent les hommes, et des ovnis signalent la présence toute proche des extraterrestres… Venez découvrir la capitale américaine du « new age ».

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Sedona rugueuse, sauvage.

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    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Ambiance de Sedona : new age, hippies, cristaux et ovnis.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Vision de Cathedral Rock à Crescent Moon Ranch. Sedona fascine par sa géologie cinégénique.

    Sedona : cinéma et ovnis

    Connaissez-vous Sedona ? De notre côté de l’Atlantique, peu de voyageurs ont déjà entendu parler de la petite ville qui colore le cœur dru de l’Arizona, si ce n’est peut-être les cinéphiles, qui viennent ici rejouer les scènes cultes de Johnny Guitar, Midnight run ou, plus récemment, 3h 10 pour Yuma, tourné en 2007 dans ce décor de western parfait. Mais aux Etats-Unis, Sedona est aussi et surtout devenue une destination incontournable pour des touristes d’un genre bien particulier : hippies et mystiques en quête de révélation, chasseurs d’extraterrestres, Californiennes adeptes de yoga et de cristaux, de médecines alternatives et holistiques, rêveurs aspirant à la communion avec l’énergie de la Mère Nature.

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Un bon résumé de Sedona : rochers rouges, smoothies bio, eau alcaline et cristaux.

     

    Cet article fait partie d’une série consacrée à l’Arizona, qui va durer tout le mois d’avril sur Itinera Magica, et qui est associée à un jeu concours, « Avril en Arizona ». Pour lire l’introduction générale et participer au concours, c’est par ici.
    Bell Rock, un des monolithes les plus célèbres.

    Si les premiers habitants de ces contrées ont laissé des traces de leur passage il y a presque douze mille ans, la Sedona moderne est une ville neuve, fondée en 1902, et dont l’essor véritable ne commence que dans les années 70. Plusieurs dizaines de films seront tournés ici, car Hollywood raffole des énormes rochers au pied desquels s’arriment les maisons, et dont les formes découpées évoquent des navires géants, des monstres assoupis et des nuages capricieux.

    Les vortex cosmiques de Sedona, capitale du New age

    De telles visions sont dignes d’inspirer les fantasmagories les plus échevelées. C’est ainsi qu’en 1978, la vague new age déferle sur Sedona avec la parution du livre Vies antérieures, futures amours. Dick Sutphen y raconte une expérience ésotérique extraordinaire vécue près de l’aéroport de Sedona, où un vortex d’énergie pure s’est emparé de lui et l’a transfiguré. A partir de ce moment-là, ses lecteurs commencent à entendre l’appel. Des anges, des extraterrestres, des créatures de lumière leur apparaissent en rêve, et leur soufflent une injonction prophétique : abandonne tout ce que tu as et rends-toi à Sedona. Par dizaines, par centaines, ils accourent à Sedona, des filles et des garçons dans des minivans, le rétroviseur accablé par le poids des colifichets, des artistes, des voyants, des chiromanciens, de doux illuminés qui parlent la langue des cristaux et du marc de café.

    Ils appellent à leur rescousse la science et des légendes rescapées de la nuit des temps. Un biologiste fasciné par le surnaturel affirme que le champ magnétique terrestre connaît des perturbations significatives à trois endroits sur Terre, le triangle des Bermudes, une obscure localité campagnarde dans le Sussex, en Angleterre, et Sedona. Des anthropologues du dimanche viennent à Sedona après s’être enivrés de Mai-Tai sur la plage d’Honolulu, Hawaii. Soucieux de combiner leurs deux grandes passions dans une même « convergence harmonique », ils affirment que les Indiens reconnaissent deux puits d’énergie fondamentale dans l’univers : Kauai (Hawaii) et Sedona. (Note : les Amérindiens de Sedona et les Polynésiens d’Hawaii n’appartiennent absolument pas au même groupe culturel et linguistique et n’ont jamais été en contact avant l’ère des avions. Il est totalement invraisemblable qu’un Hawaïen soit venu sur sa pirogue à balancier au coeur des Etats-Unis, dans le désert rouge, et se soit dit « oh tiens alors, il y a les mêmes vortex que chez ma mamie à Kauai, je vais l’écrire dans mon livre de légendes, pardi ».) D’autres affirment qu’aux premiers temps du monde, Sedona était une île de cristal lumineux.

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    Magnifique Sedona.

     

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    Boutique new age à Sedona, représentant un vortex d’énergie.

     

     https://www.facebook.com/itineramagica/posts/1589765021314248
    Boutique d’art.

    Pour en savoir plus sur les croyances new age à Sedona et l’histoire du mouvement, suivez ce lien et recevez la lumière.

    Yoga, kombucha et caniches

    Les ésotéristes continuent de prospérer à Sedona, qui est devenue une petite ville huppée, pleine de galeries d’art et de Californiens en quête d’air pur et de révélation. La carte des restaurants reflète leurs obsessions : ici on ne jure que par le kale, un chou paré de mille vertus, et par le thé au kombucha, un champignon blanc qu’on fait macérer dans l’eau afin qu’il libère ses propriétés miraculeuses. (Et qu’on sucre très fort, de préférence avec de la stevia ou un autre ersatz naturel, parce que c’est tout bonnement infect).
    Tôt le matin, on voit des femmes sportives et joviales se lancer à l’assaut des rochers, tapis de yoga sous le bras, et dérouler leurs asanas acrobatiques au sommet des montagnes.

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    Yoga haut perché.

    Je prends au vol la photo d’une décapotable immatriculée en Californie, d’où dépassent la chevelure blonde d’une quinquagénaire et la fourrure duveteuse de deux gros golden retrievers. Quelques heures plus tard, je la retrouve dans un très bon snack bio et sans gluten, et j’admire ses deux nounours. « Ils sont fidèles, eux ! » Je sens qu’elle meurt d’envie de rajouter « plus fidèles que mon connard d’ex-mari », mais qu’elle a peur de se boucher les chakras avec tant de négativité.

    Cet article fait partie d’une série consacrée à l’Arizona, qui va durer tout le mois d’avril sur Itinera Magica, et qui est associée à un jeu concours, « Avril en Arizona ». Pour lire l’introduction générale et participer au concours, c’est par ici.
    Golden coupé.

     

    http://www.lovesedona.com/history1.htm
    Commerce typique à Sedona. Artisanat local : le vortex.

    Si payer (très cher) un massage qui libère les énergies psychiques ou une séance de cartomancie ne comble pas votre soif d’absolu, rendez-vous donc au Centre New Age, tout de violet revêtu et orné de statues d’aliens aux yeux hypertrophiés. Ici, on vous proposera des tours d’observation nocturne des ovnis, « avec un taux de réussite de 100% », sans doute guidés par des mediums, que leur prescience ultra-lucide conduit naturellement vers nos amis d’ailleurs. Si vous vous rendez en Finlande pour voir les aurores boréales, ou au Canada pour approcher les baleines, on ne vous promettra jamais un taux de 100% d’observation – misez sur les ovnis, c’est une valeur sûre.

     https://www.facebook.com/itineramagica/posts/1589765021314248
    Ovnis et cristaux au centre du New Age.

    Le restaurant le plus romantique d’Arizona : Cucina Rustica

    J’aurais aimé voir le miracle, mais malheureusement, recevoir les clins d’œil de l’univers et passer à une sphère de connaissance supérieure avait son prix. La mécréante que je suis a fermé son troisième œil et préféré investir dans de délicieuses lasagnes végétaliennes à Cucina Rustica, le restaurant le plus romantique et charmant de Sedona. Ca restera le souvenir le plus romantique de ce voyage.

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Cucina Rustica, le restaurant qui m’a coûté l’initiation sidérale. Désolée de vous avoir posé un lapin, citoyens des autres galaxies, mais la voix du chanteur et la sauce aux noix valaient toutes les constellations.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Serait-ce un ovni ? Ou juste un oiseau ? Le mystère s’épaissit.

    Chapel of the Holy Cross, le Dieu des rochers

    Les religions établies ne sont pas en reste : flâner dans Sedona, c’est traverser un supermarché des croyances. Nombre de groupes confessionnels – catholiques, Juifs, protestants de diverses obédiences – ont établi ici des communautés, dont la succession le long des routes remplace les drive-in des fast-foods dans d’autres villes américaines, que l’amour de la vie saine bannit ici. Seuls les Amérindiens manquent à l’appel. (Ils ont dû aller se réfugier sur Kauai.) Le lieu de culte le plus célèbre de Sedona, c’est la majestueuse Chapelle de la Sainte Croix (Chapel of the Holy Cross), dont la pyramide blanche se glisse entre deux blocs rocheux, comme une icône que surélèverait un autel de pierre rousse. A défaut de croire aux vortex, tous les religieux semblent avoir pourtant ressenti eux aussi l’attrait presque magnétique du lieu. Inutile d’imaginer d’autres dimensions pour être happé par le caractère inouï de Sedona.

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    Chapel of the Holy Cross de Sedona.

    Malgré l’afflux touristique, et la richesse des visiteurs, la petite ville a gardé une forme d’authenticité rugueuse qui sied à la majesté du cadre naturel. Ce n’est pas une ville au sens conventionnel du terme, c’est un chapelet de hameaux disséminés au milieu des monolithes, entrecoupés d’espace de nature sauvage et préservée. La géographie déconcerte, et il faut escalader l’une des buttes rouges pour s’offrir un panorama et mieux comprendre la nature pointilliste de l’organisation urbaine. Au sud, le village d’Oak Creek est la porte d’entrée pour les voyageurs arrivant par l’autoroute depuis Phoenix, et que saisissent aussitôt la splendeur des rochers Bell Rock et Cathedral Rock. Puis c’est le désert, plusieurs miles de solitude géologique et épineuse, avant d’arriver au cœur de Sedona. Qui continue vers le nord, vers le Grand canyon, traverse à nouveau des étendues inhabitées et a la surprise de quitter les paysages arides pour tomber sur des forêts de pin dans la gorge d’Oak Creek Canyon, au nord de Sedona.

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    Sedona, la ville au milieu des roches et brouissailles

     

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    Panorama de Sedona.

    Sedona, aux marges de la wilderness

    Dans cet aménagement approximatif et décousu, les maisons des hommes semblent être venues s’installer sur la pointe des pieds, par crainte de déranger la vie sauvage. Toute une partie de Sedona est consacrée zone de wilderness, ce mot américain par excellence qui dit la fascination des grands espaces intacts. Tel est le paradoxe des Etats-Unis : certaines zones sont sacrifiées à la laideur fonctionnelle, immenses enfilades de parkings et de pavillons sans âmes, et d’autres sont sanctifiées, soustraites à toute construction humaine. L’écologie américaine est ségrégative. Contrairement à la Scandinavie, où on considère que les hommes doivent vivre au cœur de la nature, les Américains pratiquent une forme d’apartheid entre le territoire des hommes, où il est permis de tout saccager, et celui de la wilderness, où il est interdit de déplacer le moindre caillou. Etrange dualisme qui a le mérite d’offrir, en marge des tentacules des mégalopoles, des espaces de beauté drue. « Tout le monde a autant besoin de beauté que de pain. Il nous faut des endroits où nous pouvons jouer et prier, où la nature peut guérir et conférer sa force au corps et à l’âme », théorisait John Muir.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Paysages sauvages de Sedona.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Egarée sur un mauvais sentier, je me retrouve dans un océan de cactus, au bord du vide… Surprises de Sedona. Mais la vue vaut tous les périls.

    Randonner à Sedona

    Sedona propose des dizaines de chemins de randonnée dans l’Ouest, mal balisés, où on se perd aisément et se retrouve malgré soi sur le parapet d’une falaise inattendue, et où on croise des serpents à sonnette sous les rochers. A tous les marcheurs, on remet un livret d’information sur la wilderness, qui enjoint au respect, met en garde contre les dangers de la déshydratation, et demande de « ne pas former des groupes de plus de douze cœurs qui battent ». Que signifie l’étrange formule ? Pas plus de douze créatures ensemble, humains, chevaux, bétail et chiens confondus. Le funeste chiffre 13 porte atteinte au fragile équilibre de la wilderness. Si la ville a un charme fou, avec ses cabinets de voyance, ses ateliers d’artistes, ses façades acidulées qui contrastent avec les couleurs rugueuses du désert, je lui préfère les ocres des rochers, le ciel aveuglant, les sentiers broussailleux.

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Sedona m’enthousiasme.

     

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    Même les cactus sont dans le thème new age : les opuntias sont d’un violet surréaliste.

    Toutes les décoctions de kombucha du monde n’ont pas su émousser un certain caractère brut de décoffrage. Hollywood ne s’y est pas trompé, Sedona reste aussi une ville de cow-boys. Et parfois, le télescopage entre les yogis de la côte Ouest en pantalon Lululemon et les nostalgiques du bon vieux temps est surprenant. Un dimanche matin à Crescent Moon Ranch. Sous les bouleaux qui bordent la rivière Oak Creek, où se reflètent les flèches rouges de Cathedral Rock, je vois une famille chrétienne traditionnaliste. Sont-ils des mormons, des baptistes littéralistes, ou des fidèles d’un autre mouvement ultraconservateur ? Le jour et l’heure me font décider qu’il s’agit d’adventistes du septième jour : ce sont les seuls à célébrer la messe le samedi, selon la prescription biblique, et non le dimanche – voilà pourquoi ils sont au bord de l’eau, et non à l’église. On jurerait une scène tirée d’un film des années 50. Les femmes soucieuses de « modesty » portent des petits fichus et de grandes robes en popeline. Un groupe de jeunes garçons jouent dans la rivière, vêtus de leur jean, car il serait indécent de s’exposer en maillot de bain. Je sais pour y avoir héroïquement perdu deux orteils transis, le temps d’une photo, que l’eau est absolument glacée. Jamais des enfants normaux d’aujourd’hui n’iraient s’aventurer là-dedans, jamais les parents ne leur permettraient. Eux jouent dans cette source qui descend des montagnes gelées comme si c’était le plein d’été. Comme des enfants de l’après-guerre, échappés d’un vieux film. Et j’ai soudain l’impression que Sedona, avec toutes ses contradictions, est un fidèle condensé d’Amérique.

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Enfants qui sautent dans la rivière.

     

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    Pierres à Crescent Moon Ranch

     

    Pourquoi vous devez découvrir Sedona, Arizona. Que faire à Sedona ?
    Une des visions les plus célèbres de Sedona : Cathedral Rock se reflétant dans Oak Creek

    Découvrir Sedona : carnet pratique

    Comment aller à Sedona ?

    Le plus simple est d’atterrir à Phoenix et de rejoindre Sedona en voiture. La ville est à deux-cent kilomètres au nord de Phoenix (un peu moins de deux heures d’autoroute). Elle est une étape pratique pour les voyageurs en route vers le Grand Canyon, à peu près à équidistance entre Phoenix et Grand Canyon Village.

    Que faire à Sedona ? Randonnées et points de vue

    En arrivant depuis Phoenix, passez au centre d’information Red Rock Country Visitor Center, où les rangers vous remettront la carte des belles routes (« scenic roads »), des randonnées à faire, et vous indiqueront comment accéder aux points de vue les plus célèbres. (Carte générale en ligne ici.) Vous pourrez également y acheter le macaron obligatoire pour accéder à un certain nombre de parkings et de points d’accès.

    Pour de superbes points de vues sur Sedona et ses rochers, vous pouvez :

    – Prendre la route de l’aéroport (Airport Road), d’où vous aurez un panorama surplombant sur la ville
    – Faire une des boucles de randonnées les plus célèbres, par exemple Airport Loop ou Bell Rock Trail
    – Aller au bord de la rivière à Crescent Moon Ranch, pour voir Cathedral Rock se refléter dans l’eau
    – Vous rendre à la chapelle (Chapel of the Holy Cross), d’où la vue est imprenable
    – Depuis la terrasse d’observation du Red Rock Country Visitor Center, voir le soleil se coucher sur Bell Rock
    Si vous rêvez de rencontrer les extraterrestres ou d’obtenir la carte des vortex d’énergie, allez plutôt au Center for the New Age. Des excursions centrées sur les vortex (ou les ovnis) sont organisées.

    • Un souvenir de Sedona

    Un bijou plein d’énergies. Un cristal ou une pierre fine. Une oeuvre d’art d’inspiration indienne et hippie. Un panneau de signalisation à Guillermo Gardens. Du thé au kombucha.

    • Un restaurant romantique à Sedona

    Une famille italienne possède deux restaurants qui sont souvent décrits comme étant les plus romantiques de Sedona. Je dirais : les plus romantiques d’Arizona. Ils m’ont complètement fascinée. Dahl DeLuca est la version la plus huppée, trop chère pour mon budget de road trip, mais essayez d’y jeter un coup d’oeil (c’est beau !), Cucina Rustica est plus abordable, mais pas moins magique : j’y ai adoré les treilles couvertes de glycine, les braseros, l’ambiance rouge et or, le jardin enchanteur, la musique…

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    La route continue…
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    Sedona, jardin de bric à brac façon road trip
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    Chevaux de fer et couleurs.
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    Dans la rivière Oak Creek.

    A suivre sur Itinera Magica : le Grand Canyon, Antelope Canyon, Horseshoe Bend, les déserts d’Arizona, le lac Powell, Tucson, Phoenix…

    Que faire à Sedona ? Road trip en Arizona
    Pourquoi vous devez découvrir Sedona. Epinglez moi !

     

  • Hintertux, son glacier et son lac souterrain

     

    Perchée sur l’un des plus hauts sommets des Alpes tyroliennes, en Autriche, la ville d’ Hintertux cache une merveille unique en son genre. Une immense crevasse permet aux visiteurs de descendre à l’intérieur du glacier, à trente mètres sous la surface… à condition de ne pas craindre le froid ou l’enfermement. Au cœur de cette cathédrale souterraine, ornée de concrétions translucides, on découvre alors un lac d’eau liquide serti dans un lit de glace, mais qui lui ne gèle jamais… Voyage à la découverte d’un phénomène naturel extraordinaire.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    La fabuleuse grotte au coeur du glacier d’Hintertux, dans les Alpes du Tyrol.

     

    Au sommet du glacier d'Hintertux, le plus haut domaine skiable autrichien.
    Au sommet du glacier d’Hintertux, le plus haut domaine skiable autrichien.

    Début mars, à la fin d’un hiver particulièrement doux et tiède, la neige a déjà déserté la plupart des stations de ski célèbres du Tyrol. La vallée de la Ziller (Zillertal), il y a quelques semaines encore un paradis des sports d’hiver, a revêtu les teintes boueuses de la fonte des glaces. Pour se réfugier encore dans la blancheur et le froid, il faut prendre de l’altitude, et remonter à la source des rivières grossies par le dégel : vers le glacier d’Hintertux, à 3250m. La plus haute station de ski autrichienne est aussi la seule à proposer du ski toute l’année, même en plein cœur de l’été, grâce à cette réserve de glace prodigieuse qui façonne ses cimes.

    Découvrez les Alpes du Tyrol sur Itinera Magica.
    Rivières suspendues entre hiver et printemps, dans la vallée de la Ziller.

     

    Rivière de montagne, sur la route menant à Hintertux.
    Rivière de montagne, sur la route menant à Hintertux.

    La route vers Hintertux m’enchante, car de lacet en lacet, je crois remonter les saisons. Les branches et les berges des ruisseaux se mettent à scintiller, et les croix couvertes typiques du Tyrol protègent bien mal des Jésus de bois, grelottant de froid sous l’épaisse couche de neige.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Jésus frigorifié sous sa croix couverte, dans les Alpes autrichiennes.

    Une fois arrivée à Hintertux, trois télécabines successives m’emmèneront au sommet du glacier, vers ma destination du jour : la grotte sous la glace, surnommée Natureispalast – le palais de glace naturel.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Hintertux, et ses chalets tyroliens traditionnels, surmontés d’une tourelle de bois sculpté.

     

    Altitude 3250.
    Altitude 3250.

    En effet, contrairement à la plupart des féeries hivernales qui surgissent sur les plus hauts sommets des stations (comme la belle grotte de glace de l’Alpe d’Huez, ou celle du Zugspitze), la grotte d’Hintertux n’a pas été sculptée par l’homme, et ne capitule pas à la chaleur de l’été. C’est un skieur et alpiniste originaire de la région, Roman Erler, qui la découvre par hasard en 2007, lorsqu’une faille béante dans la muraille de glace attire son regard. Lorsqu’il glisse la tête à l’intérieur, il ne voit rien : l’immense cavité, qu’il pressent à l’écho de sa voix tombant dans le noir, se cache dans une obscurité épaisse. Mais la curiosité l’emporte, et Roman agrandit l’ouverture avec son pic à glace… Aujourd’hui, c’est lui qui conduit la visite : depuis la découverte de ce lieu magique, il lui a voué sa vie.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Au coeur de la grotte de glace d’Hintertux.

    Depuis, des scientifiques sont venus du monde entier explorer cette grotte, qui semble collectionner les phénomènes naturels rares et remarquables. Malgré les variations de température et les précipitations, l’endroit semble invulnérable aux caprices climatiques : la glace ne s’enfonce pas, ne disparaît pas, et préserve été comme hiver sa beauté angoissante. Seules les déformations des colonnes transparentes révèlent la pression croissante du glacier : au lieu de rompre, la glace se tord, ondule, indulgente face aux caprices d’en haut. Un puits de 52 mètres de profondeur, creusé dans le glacier, a permis de révéler des molécules prisonnières de l’hiver depuis des centaines d’années, comme une capsule temporelle livrée à la curiosité scientifique.

     

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Au coeur de la crevasse.

     

    Chapelle ardente sous la terre, en mémoire des alpinistes fauchés en haute montagne. La semaine dernière encore, une avalanche a fait huit morts dans la vallée de la Ziller.
    Chapelle ardente sous la terre, en mémoire des alpinistes fauchés en haute montagne. La semaine dernière encore, une avalanche a fait huit morts dans la vallée de la Ziller.
    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Le puits vers les profondeurs.

    Des spots de lumière colorée révèlent la splendeur fantasmagorique de cette grotte hors du temps ; la statue d’un géant pris dans les glaces rend hommage à l’une des plus célèbres légendes tyroliennes, celle d’un ogre vorace et terrifiant vaincu par la bonne fée protectrice des montagnes, la Salige Fräulein, qui l’emprisonne sous la neige.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Humains au coeur de la glace.

     

    Le géant puni par la Salige Fräulein.
    Le géant puni par la Salige Fräulein.

    Roman raconte que Bollywood s’est pris de passion pour la grotte et que des équipes de tournage ne cessent d’affluer à Hintertux. J’ai pourtant du mal à imaginer stars et techniciens de plateau dans ces boyaux gelés. La visite est éprouvante : c’est un parcours d’échelle en échelle, dans ces cavités froides et étroites qui ruissellent sur nous quand notre souffle dérange la glace, et qui feraient blêmir un claustrophobe. Mais le caractère inouï du lieu et sa beauté de livre de contes y attire même les familles.

    Glaces merveilleuses.
    Glaces merveilleuses.

     

    Découvrez la fabuleuse grotte souterraine d'Hintertux sur Itinera Magica : plongée au coeur du glacier !
    Dans les profondeurs…

    Sa particularité la plus exceptionnelle, celle qui m’aura réellement fascinée, c’est le lac d’eau liquide enchâssé dans son lit de glace. Pourquoi cette eau ne gèle-t-elle pas ? Les mécanismes thermodynamiques qui œuvrent à ce petit miracle souterrain dépassent mes facultés de compréhension. Roman nous invite à prendre place un bord d’un petit bateau de rafting, et ses coups de pagaie nous transportent le long d’un couloir de glace, tandis que l’eau obscure des profondeurs envahit notre embarcation et nous transit. Je suis hypnotisée par cette eau immémoriale et immobile, que seule la lampe du bateau de Roman éclaire – la scène a des airs de traversée vers le pays des morts.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Traversée du fabuleux lac souterrain, au coeur du glacier d’Hintertux.

    A la fin de la visite, je retrouve avec joie le soleil des cimes. Au plus haut point du glacier d’Hintertux, la vue est vertigineuse : un océan de brumes roule sous mes pieds, au milieu des crêtes innombrables.

    Au sommet du glacier.
    Au sommet du glacier.

     

    Océan de nuages.
    Océan de nuages.

     

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Vertige alpin.

     

    J’ai toujours adoré la Bavière toute proche, et les paysages fabuleux de ses Alpes – je retrouve avec bonheur les mêmes beautés dans le Tirol. Si vous cherchez une destination proche et infiniment exotique, n’hésitez pas à aller découvrir cette région féerique, dont le charme semble venu d’un autre temps… comme ces créatures figées dans les glaces d’Hintertux.

    N’hésitez pas à aller voir mes articles sur la Bavière, qui sauront vous convaincre : la Bavière en automne, et la Bavière en hiver.

    Merveilles des Alpes bavaroises et tyroliennes, à découvrir sur Itinera Magica.
    Photo tirée de mon article sur la Bavière en hiver : calèche au pied de Neuschwanstein.

    A suivre : d’autres impressions tyroliennes, Kirchberg, Kitzbühel, Innsbruck et Salzburg !

  • Féeries de Durance, la Provence secrète

    Entre le Lubéron et la Durance, parmi les premiers contreforts des Alpes, se nichent des villages reculés qui regorgent de roches magiques et de féeries naturelles. Loin des grands axes, voici la Provence secrète, dont je ne me lasse pas d’explorer le silence et le mystère. Visite aux pénitents des Mées et aux formes étranges du plateau des Mourres, près de Forcalquier. Visitez les coins secrets de Provence.

    Crépuscule sur le plateau des Mourres. Coins secrets de Provence. Durance, Lubéron, Haute Provence sur Itinera Magica
    Crépuscule sur le plateau des Mourres.

     

    Au bord de la Durance, les silhouettes colossales des Pénitents des Mées. Coins secrets de Provence. Durance, Lubéron, Haute Provence sur Itinera Magica
    Au bord de la Durance, les silhouettes colossales des Pénitents des Mées.

    Du Verdon au Lubéron, les coins secrets de Provence

    Si vous êtes déjà venu sur Itinera Magica, peut-être savez-vous déjà l’amour que je porte à ma région natale, la Provence, et à tous les recoins de sa géographie accidentée. J’aime les formes que dessine l’eau coulant lentement à travers les massifs de calcaire et d’argile, l’empreinte des millénaires au creux des anfractuosités, et les légendes dont la mémoire populaire revêt ces paysages solitaires. Si j’aime infiniment la Méditerranée et ses rives lumineuses, j’aime aussi l’autre Provence, la Provence secrète, plus âpre et accidentée, la Provence des pentes, des combes et pierriers.  Et la région la plus mystérieuse à mes yeux, c’est ce labyrinthe d’arrêtes froissées et de vallées profondes qui s’étend au nord d’Aix-en-Provence, à l’est d’Avignon et au sud de Digne et Sisteron, ce triangle magique qui comprend le Lubéron, la Durance et le Verdon. Celle-là n’est plus la Provence amène des cigales et du tropisme maritime. C’est une région où l’ombre descend vite sur les vallées encaissées, où les soirées sont froides et les hivers rudes, et où se perpétue le rythme plus lent d’une vie pastorale, paysanne et montagnarde, dans de petits villages qui protègent jalousement le secret de leurs panoramas à couper le souffle. Jean Giono a vécu au cœur de la Provence intérieure, à Manosque, ville cernée par le cercle lointain des Alpes enneigées, et son œuvre a su capturer la rudesse majestueuse de ces contrées.

    Orage d'automne dans le Verdon.
    Orage d’automne dans le Verdon.

    Si vous connaissez la version anglaise de ce blog, peut-être avez-vous lu cet article consacré aux montagnes de Provence et de la Côte d’Azur, à l’Estérel, à la Sainte-Victoire, au Ventoux, et au massif du Verdon, mon paradis montagnard au cœur de la Provence intérieure. Le bleu laiteux, presque extraterrestre, des eaux du lac Sainte-Croix me fait rêver à des mondes inconnus ; les sept-cent mètres de profondeur du grand canyon du Verdon, la verticalité terrifiante de ses parois abruptes, surplombées par des colonies de vautours, m’inspirent un vertige incomparable.

    Lac de Sainte Croix. Coins secrets de Provence. Durance, Lubéron, Haute Provence sur Itinera Magica
    Lac de Sainte Croix.

     

    Grand canyon du Verdon.
    Grand canyon du Verdon.

     

    Lac de Sainte Croix, vu depuis Aiguines.
    Lac de Sainte Croix, vu depuis Aiguines.

     

    Une cascade dans la gorge du lac de Sainte Croix.
    Une cascade dans la gorge du lac de Sainte Croix.

    Si vous connaissez la version allemande de ce blog, peut-être avez-vous lu cet article qui propose d’explorer les petits villages perchés du Lubéron. Dans un paysage profondément médiéval, qui évoque les heures les plus tumultueuses de la féodalité, les villages agrippés aux sommets des collines ressemblent à des rochers émergeant d’une mer agitée ; leurs murailles, leurs châteaux forts, leurs pierres jointes disent les terreurs et les tempêtes d’autrefois. Puis au sud de Lubéron, près d’Aix-en-Provence, c’est la Renaissance qui fait irruption le long des canaux et des allées jardinières, et le paysage adouci me rappelle la Toscane.

    Merveilleux Lourmarin, mon coup de coeur au sud du Lubéron.
    Merveilleux Lourmarin, mon coup de coeur au sud du Lubéron.

     

    Gordes, le village le plus célèbre du Lubéron, au répuscule.
    Gordes, le village le plus célèbre du Lubéron, au crépuscule.

     

    Bonnieux.
    Village perché de Bonnieux.

     

    Rues désertes de Lacoste.
    Rues désertes de Lacoste.

    Les Mées, un village provençal plein de mystère

    C’est une région que je ne me lasse pas d’arpenter, et par un beau dimanche de janvier, j’ai mis le cap sur Les Mées, en quête de deux féeries géologiques que je voulais voir de mes propres yeux. Au-dessus du lit caillouteux de la Durance, et adossé aux contreforts du plateau de Valensole, le village des Mées est réputé pour les formations rocheuses étranges qui le surplombent, et qu’on appelle les « pénitents des Mées ». Des monolithes de près d’une centaine de mètres de hauteur semblent veiller sur le village, et leurs formes émoussées par l’érosion évoquent une procession de moines repentants.

    Le village des Mées, surplombé par les Pénitents.
    Le village des Mées, surplombé par les Pénitents.

     

    La silhouette monumentale des Pénitents se glisse derrière la place du village.
    La silhouette monumentale des Pénitents se glisse derrière la place du village.

     

    Les Mées, nectar de Haute Provence : derrière moi, la Durance, devant moi, le plateau de Valensole, au loin, les Alpes.
    Les Mées, nectar de Haute Provence : derrière moi, la Durance, devant moi, le plateau de Valensole, au loin, les Alpes.

    La vision est saisissante, presque menaçante quand le soleil descend et que l’ombre coiffe de noir ces silhouettes gigantesques. J’ai lu qu’il s’agissait de « poudingue érodé » ; à cette caractérisation prosaïque, je préfère la légende des pénitents, que vous pouvez lire en entier sur ce site merveilleusement poétique.

    Jeux d'ombres sur les Pénitents.
    Jeux d’ombres sur les Pénitents.

    La légende remonterait au temps des croisades, et raconte l’histoire d’un Seigneur en guerre contre les Sarrasins, qui découvre un groupe de jeunes femmes maures dont la beauté et la détresse l’émeuvent. Il leur offre refuge dans son château, où des moines tombent à leur tour sous le charme de leurs beaux yeux… Saint-Donat, l’ermite de Lure, choisit alors de les pétrifier afin de les préserver de la tentation, et c’est ce défilé de moines amoureux, figés à tout jamais dans leur bure, qui jette son ombre sur les Mées.

    Fin d'après midi.
    Fin d’après midi.

    Le sentier des Pénitents permet de les surplomber et offre quelques jolis panoramas, mais c’est vus du sol que je les trouve plus impressionnants. L’impression est écrasante, surtout quand s’avance la nuit. Grand maître du fantastique, expert de la mémoire des ruines, Marcel Brion rapporte une tradition orale qui se perpétue, la peur de rester à proximité des Pénitents quand le soir tombe, par peur d’être à son tour changé en pierre…

    Les Mées vus d'en haut, depuis le sentier des Pénitents.
    Les Mées vus d’en haut, depuis le sentier des Pénitents.

    Le soleil descend, et ma route se poursuit à une vingtaine de kilomètres des Mées, à Forcalquier, village perché, comme nombre de ses jumeaux dans le Lubéron, qui se targue d’avoir « le ciel et l’air le plus pur de France ». La place du village est délicieusement surannée, avec ses airs de livre d’images de la Belle Epoque. On y trouve l’ancien couvent des Visitandines, édifié en 1630 suite à une promesse faite par les habitants accablés par la peste noire, soudain soucieux d’expiation et de grâce. Je trouve l’ancien couvent et l’église qui lui fait face envahis par des nuées d’oiseaux noirs qui dessinent des tornades dans le ciel, et m’évoquent quelque chasse infernale – fantômes ailés, souvenir des âmes qui hantent les lieux ?

    Place du village de Forcalquier, avec l'ancien couvent des Visitandines sur la gauche.
    Place du village de Forcalquier, avec l’ancien couvent des Visitandines sur la gauche.

     

    Nuées d'oiseaux sur les façades rétro.
    Nuées d’oiseaux sur les façades rétro.

     

    Eglise de Forcalquier dans une tempête d'ailes.
    Eglise de Forcalquier dans une tempête d’ailes.

    Le plateau des Mourres

    C’est sur le plateau des Mourres que je veux voir le coucher du soleil. Les Mourres, « museau » en provençal, ce sont ces cheminées de fées aux formes baroques, sculptées par les caprices de l’érosion mordant le calcaire. La vue sur la vallée de la Durance, les Alpes et les hauts contreforts du Verdon, par-delà une immensité de collines rongées par l’hiver, est éblouissante.

    Beautés à perte de vue.
    Beautés à perte de vue.

     

    Arches énigmatiques.
    Arches énigmatiques.

     

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    Au loin, le Verdon et les Alpes.

     

    Formes fantastiques.
    Formes fantastiques.

    Les silhouettes fantasmagoriques des Mourres, les têtes et les cous de bête sous-marine, les arches de pierre, les fleurs de roche, les dentelles de pierre, se détachent sur ce panorama inouï dans la lumière rasante. coins secrets de Provence

    Dernières lueurs.
    Dernières lueurs.

     

    Curiosités géologiques, féeries de pierre.
    Curiosités géologiques, féeries de pierre.

    Assis en cercle, un groupe de musiciens est venu profiter des derniers rayons pour jouer en pleine nature. Ils ont des instruments dont je ne connais pas le nom et répètent une mélopée entêtante et un peu triste, dans une langue qui m’est inconnue, et dont la mélodie m’évoque une atmosphère de foire médiévale, avec les gitans et les fous. C’est étrange, n’est-ce pas, comme la musique peut nous faire nous souvenir de ce que nous n’avons jamais connu ? Je reste longtemps à les écouter, saisie par la beauté de ce moment, par cette musique de bal d’antan, tandis que les ombres grandissantes animent et métamorphosent les Mourres. Leurs instruments sont comme les oiseaux, ils se taisent une fois le soleil couché. Et je cherche déjà à fixer dans ma mémoire cet instant magique, la beauté infinie du monde et la mélancolie du temps qui passe.

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    Joueur de trompette au crépuscule.

     

    Le jour s'achève.
    Le jour s’achève.

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  • Le MUCEM: la Méditerranée souriante

    Nous sommes au lendemain du premier tour des élections régionales, et le FN a encore une fois été « premier parti de France », et risque bien de s’emparer de la région que je chéris le plus, Provence-Alpes-Côte d’Azur. Quand j’entends discourir celle qui risque d’être notre présidente de région, je secoue la tête, et je me demande quel degré de désespoir et d’impuissance il nous a fallu atteindre pour que les gens en viennent à considérer que c’est elle, l’alternative. Que c’est elle, avec son programme décousu et incohérent, ses références moyenâgeuses, son mépris du droit des femmes, sa stigmatisation de l’autre, son inexpérience, son équipe de bras cassés, qui sera à même de nous sauver. Il nous a fallu tomber bien bas. J’ai le sentiment d’une faillite de la politique, d’une impasse. Et au final, je suis moins en colère contre les électeurs du FN que contre tout ce qui les a poussés à mettre ce bulletin dans l’urne – des années de marasme, de chômage et de précarité, de sentiment d’impuissance. Mais ma Provence en bleu marine, oui, cela fait mal. J’entends déjà ceux qui disent que sur l’hexagone, il faudrait couper les deux pointes, raboter le nord et le sud pour se débarrasser des crétins arriérés, comme sur un fruit pourri. Entendre cela me désole. Parce qu’on perd notre temps à mépriser les électeurs du FN au lieu de résoudre les causes de leur mal-être et de leur colère. Mais aussi parce qu’ils ne voient pas, les électeurs FN, à quel point leur vote leur fera du mal, nous fera du mal, en chassant les entreprises, les investisseurs, les touristes effarés. En faisant de nous l’étendard de la peur et du rejet. Je n’ai pas envie que ma Provence prenne le visage de Marion Maréchal-Le Pen. Et aujourd’hui, j’ai envie de parler de ma Provence à moi. Je veux me souvenir d’une balade à Marseille, en août dernier, pour explorer un lieu qui symbolise tout ce que le FN déteste, la curiosité de l’autre, la culture, et une histoire de France qui se souvient que notre pays n’a pas grandi refermé sur lui-même, mais dans l’échange perpétuel : le MUCEM, le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Le MUCEM, ou la Méditerranée souriante.

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    Depuis le pont qui relie le MUCEM au Fort Saint Jean, vue sur le musée et sur la cathédrale

    Le MUCEM est né quand Marseille a fait peau neuve. D’immenses travaux ont eu lieu sur la place qui jouxte le vieux port, et ont changé le visage de la ville. J’ai le souvenir de Marseille avant le chantier, de la cathédrale de la Major sale et noircie, enchâssée entre des autoroutes vrombissantes, et du vieux port qui croupissait. Aujourd’hui, cet espace est transfiguré. L’autoroute est engloutie sous des tunnels, la cathédrale nettoyée trône autour d’une esplanade resplendissante, immensité de blanc qui sous le zénith ferait presque contracter la cécité des neiges. Face à elle s’est ouvert le musée Regards de Provence, et à l’autre bout de la place étincelante, comme une extension en gravier blanc du parvis de marbre, s’élève le Mucem avec son architecture aussi étrange que belle, comme une tresse d’algues échouée sur la grève, ou une tonnelle nouée de varech. Cette architecture est un hommage vivant à la mer.

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    Depuis le parvis de la cathédrale, vue sur le MUCEM.

     

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    « Lumières du Sud » – pourvu qu’elles brillent dimanche prochain !

    Dans le hall d’accueil, des malles sont empilées, comme les caisses au fond de la cale d’un navire, et chacune d’elles abrite un écran sur lequel palpitent des images de vagues, d’écume, d’eau vivante, avec des citations en latin, en hébreu, en arabe, en grec, et d’autres langues encore.

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    Dans le hall du MUCEM.

    Il faut monter sur les toits du musée pour apprécier la beauté de cette construction parfaitement en harmonie avec la ville, cette poésie urbaine en bord de mer. Au sommet du Mucem, les vagues de béton gris projettent une ombre ondulante sur une belle terrasse où les gens boivent un verre, et une passerelle jetée au-dessus du port mène au fort Saint-Jean. La couleur de l’eau en contrebas est étonnamment claire et vive, un bleu vert vibrionnant de nuances. Deux gardes sur la passerelle sont postés là en permanence pour dissuader les gamins de répondre à l’injonction « eh Kevin, vas-y saute ! » hurlée vingt mètres plus bas. Il n’y a que deux ou mètres de profondeur – l’an dernier, plusieurs kamikazes se sont gravement blessés.

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    Baignade sous le pont.

     

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    La terrasse.

    Les remparts du fort Saint-Jean ont été recouverts d’un jardin des senteurs, les toits moutonnent comme un champ écrasé de soleil ; toutes les plantes du bassin méditerranéen que je connais sont là, et tant d’autres que je découvre, comme ces « plantes de la Saint-Jean », cueillies au matin du solstice, encore couvertes de rosée, et à qui on attribue un puissant pouvoir de guérison.

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    Jardin des senteurs.

    La vue sur le vieux port, sur la colline de Notre Dame de la Garde et sur les îles du Frioul est étourdissante. Tout près se dresse le château d’If, au nom si célèbre et si mythique que même les étrangers l’évoquent avec enthousiasme – pouvoir de la littérature, d’Alexandre Dumas et de Victor Hugo.

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    Au fond sur la colline, Notre Dame de la Garde.

    En visitant le Mucem, je suis envahie d’un sentiment presque religieux, et je comprends à quel point ce musée était indispensable et salutaire. Il se tient à la proue de la grande capitale du sud, qui redevient ainsi son phare culturel, inspirateur d’un profond sentiment de communion avec tous les peuples de la mare nostrum. Pas une seule fois les migrants ne seront évoqués, et pourtant on ne pense qu’à eux, tout le temps, avec un sentiment de fraternité meurtrie, à ceux qui meurent dans l’eau où nous prenons des vacances, et changent le berceau de nos mondes en cimetière honteux. Nos mondes sont à jamais liés, ils ont grandi ensemble, notre civilisation a éclos sur les rives de la « mer du milieu », dans les cales des bateaux qui vont d’un port à l’autre, et tissent ce réseau vivant entre l’Orient et l’Occident, l’Europe et l’Afrique. La galerie de la Méditerranée, l’exposition permanente, retrace ce maillage étroitement noué par les siècles et les siècles.

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    Des gens qui se croisent sur les pontons du MUCEM, par un jour d’automne – photo prise par ma tante, Florence Brunel, et que j’ai tout de suite adorée, car elle dit le mouvement et le mélange.

    En ce mois de juillet 2015, date de ma visite, le musée abrite plusieurs expositions temporaires, une sur la Tunisie contemporaine, une sur les lieux saints partagés, et une qui me fascine, Migrations divines. Le panorama de l’Antiquité vivante se déploie sous mes yeux, Grecs, Perses, Latins, Etrusques, Egyptiens, dont les Dieux voyagent, se partagent et se transforment. Tout commence avec ces dieux innommés d’il y a quatre mille ans, exhumés des sables de la Syrie et d’ailleurs, dont nous ne savons rien, mais dont les figures solennelles et étranges me frappent, comme ce Dieu à la face de hibou qui porte une ribambelle d’agneaux sur ses épaules. Un berger, deux mille ans avant le Christ.

    Un dieu chargé d'agneaux, vieux de quatre mille ans.
    Un dieu chargé d’agneaux, vieux de quatre mille ans.

    Puis viennent les dieux de l’Egypte ancienne, et leurs fabuleuses silhouettes hybrides. Les déesses lionnes deviennent chattes quand on les amadoue, il y a des dieux cobras, chiens, ibis, et tant de créatures mélangées, chimères et sphinx au regard insondable. Longtemps avant Jésus, déjà Osiris démembré, recousu par Isis qui le ramène à la vie, dit la victoire sur la mort et l’éternité des formes.
    Puis ce sont les dieux des Grecs et Romains, dont les mythologies sont familières à tous les écoliers, tant nous avons baigné là-dedans – nous les reconnaissons tous, Athéna casquée, Zeus et son éclair, Poséidon et son trident, les Vénus anadyomènes, les Héraclès au regard martial, et Déméter pleurant sa fille enlevée dans le monde souterrain. Enfin arrivent les cultes à mystères et le syncrétisme de l’antiquité tardive – Isis, Mithra, Cybèle, ces « cultes du salut » qui sont le terreau du christianisme, en promettant pour la première fois la résurrection, la vie après la vie, par des rites voilés d’un nébuleux secret.
    Les cartes replacent cela en contexte. 1500 avant JC : Mycéniens en Grèce, Mitanni, Assyrie et Babylone aux rives de l’Asie mineure, l’Egypte impériale le long du Nil. 500 avant Jésus Christ : l’immense empire perse va jusqu’à Louxor, la Grèce entre Athènes, Sparte et Syracuse, et l’Italie étrusque. 323 avant Jésus Christ : seule l’Italie romaine résiste à l’empire d’Alexandre qui englobe Byzance, Ephèse, Louxor, Jérusalem, Babylone, Uruk, Persépolis, et va jusqu’à Gandhara – ramenant à nous les Dieux de l’Inde. Début de notre ère, carte des cultes à mystères sous l’empire romain : Isis et Mithra sont partout, de la Galice espagnole à l’Ecosse, du Pakistan à la Pologne. C’est le syncrétisme merveilleux de l’Antiquité tardive. Je retrouve Mithra, le Dieu au sang du taureau sacrifié qui promet la renaissance ; Isis, celle qui ressoude les corps et rend la vie ; Cybèle, la mater magna, mère de la nature, des dieux et des mondes, tous promettent la délivrance. Ces dieux ressemblent à des hommes – à des voyageurs. Je les imagine tous, emballant leurs attributs et leurs totems, prenant leur passeport sous le bras et mettant les voiles, allant de port en port, de ville en ville, changeant de forme et de nom au fil des rencontres, tous à la recherche du même secret. Ces dieux disent l’immortalité de l’espoir. Ils sont tous en quête de l’horizon lointain, de la vie meilleure. Ces dieux qui ont autant de visages qu’il y a de peuples et de langues sont des dieux migrants, qui attendent la terre promise et le ciel sans limites. Cette exposition s’arrête avec le Christ, mais je le sais déjà : les saints chrétiens et les sages musulmans sont eux aussi des voyageurs. Mages en fuite sur la route de l’exil, femmes jetées sur des barques sans rames qui arrivent miraculeusement à bon port, sanctuaires reculés en terre étrangère : nos « religions du livre » sont aussi nées de pérégrinations et de vents favorables. Je voudrais que Marion Maréchal-Le Pen, qui brandit son catholicisme comme un bouclier contre l’Autre, aille voir le MUCEM.

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    Vue sur les îles du Frioul, depuis Notre Dame de la Garde.

    Après une marche dans le vieux port, je gravis la colline de Notre Dame de la Garde, dite aussi la « Bonne Mère », la dame blanche qui règne sur Marseille. Les vues sur la ville sont étourdissantes, tout s’offre à mes yeux, le port, l’archipel du Frioul, les montagnes et la mer, l’immensité galopante de la deuxième métropole française. On y célèbre une messe devant une assemblée essentiellement africaine. Ceux qui chantent Jésus et le prient avec ferveur dans l’église la plus célèbre de Marseille, symbole de la ville, ce sont des hommes et des femmes à la peau noire, manifestement transportés par la piété qui les anime. L’atmosphère de cette messe très africaine me touche, cette joie qui rappelle les cérémonies évangéliques et remodèle le catholicisme assoupi. C’est aussi ça, la Provence d’aujourd’hui : une église noire  et joyeuse sur la plus haute colline.

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    Notre Dame de la Garde.

    La nef est pleine de bateaux, ex-voto montés en guirlande, le symbole de cette église de marins. Ces bateaux jetés dans le vide portent l’espérance, disent « garde moi des tempêtes et mène moi à bon port » ; nous aussi, nous sommes embarqués, en partance pour un horizon incertain. Je ne sais pas bien si je suis chrétienne, moi qui aime la beauté des églises sans être baptisée, mais ce soir, je retournerais bien à la Bonne Mère, poser un petit bateau au milieu des cierges, et espérer que de bons vents porteront le navire France.

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    La nef de la « Bonne Mère » et ses ribambelles de bateaux.