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Étiquette : Grands espaces

  • Incontournable : les plus beaux lacs de Bavière

    Châteaux de conte de fée, forêts brumeuses, villages ravissants, sommets enneigés, art de vivre exquis, ambiance hors du temps, sens de la fête et de la convivialité, la Bavière a tout, tout, tout pour plaire. Et surtout, elle se pare de dizaines de lacs qui reflètent l’immensité du ciel et décuplent la beauté de la terre, qui colorent les plaines et s’ouvrent sur les flancs des Alpes, que l’été couvre de fleurs et de cygnes, et l’hiver de magie blanche. Les lacs de Bavière comptent parmi les plus beaux d’Europe, et aucun itinéraire bavarois ne saurait être complet sans découvrir quelques joyaux du diadème. Voici les plus beaux lacs de Bavière à mes yeux.

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    Le Königsee, un des plus beaux lacs de Bavière

    Les lacs de Bavière, ou la dolce vita

    Vous le savez, je suis folle de la Bavière. Mon cher et tendre y est né, j’y ai vécu et étudié plusieurs années, et j’ai développé des liens très forts avec cette région qui, d’une certaine manière, ressemble étrangement à ma Provence : ce sont les régions les plus méridionales du pays, les plus riantes, celles où règne la dolce vita, et ce sont des terres fières de leur histoire, de leur identité et de leurs traditions, où on célèbre sans cesse la joie d’être né dans un pareil endroit. Un voyageur qui rêve de découvrir l’Allemagne passera par la Bavière ; un voyageur ne saurait quitter la France sans voir la Provence. Dans mon cœur, ces contrées sont devenues sœurs. Et je m’auto-considère très sérieusement comme experte intergalactique de cette partie du monde. Quand on me demande quels sont les plus beaux sites de Bavière, ou les incontournables d’un voyage bavarois, je n’hésite pas une seconde : calquez votre itinéraire sur celui de l’eau qui coule et qui s’assemble, découvrez les merveilleux lacs de Bavière.

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    Epinglez moi !

    Vous serez surpris par l’intensité vibrante de leurs couleurs, par les verts émeraude et les bleus profonds, du glacier au lagon tropical en passant par le ciel ébloui, vous serez touché par la douceur idyllique qui s’en dégage. L’été, vous y nagerez, louerez des barques, des kayaks, des paddles, pour vous aventurer sur l’eau claire et parfaitement propre. Les gens viennent bronzer, pique-niquer, boire des bières et se reposer au bord des lacs, l’ambiance est toujours festive et chaleureuse. A l’automne, vous serez enchanté par l’embrasement roux, car la Bavière n’a rien à envier au Canada en termes de forêts enflammées par octobre. L’hiver, la neige scintillante les transporte hors du monde, et les pare d’un éclat plus troublant encore.
    Il est difficile de décrire l’ambiance qui règne au bord de ces lacs à qui ne les connaît pas. Dès qu’un rayon de soleil pointe, tout le monde s’y précipite, et s’installe dans un des nombreux bars et restaurants qui bordent les berges. Il y a des fleurs, des nappes à carreaux, des poissons pêchés dans le lac, de grandes salades fraîches. C’est la convivialité à l’allemande par excellence – ce que les Allemands nomment Gemütlichkeit. Ici, la vie est plus facile, plus douce.
    Les lacs de Bavière sont innombrables, et il en manque encore quelques-uns à ma collection. Mais voici ceux que je pense être les plus beaux, les plus renversants.

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    Le Watzmann surplombant le Königsee

    Sa majesté le Königsee : le plus beau lac d’Allemagne ?

    Demandez à n’importe quel Bavarois quel lac est le plus beau de Bavière, d’Allemagne, du monde, et il vous répondra sans hésiter : le Königsee. Situé au cœur du parc national de Berchtesgaden, un parc alpin totalement protégé où la nature s’épanouit, le lac possède une majesté rare. A l’image des fjords norvégiens, auxquels il ressemble, il a été taillé par les glaciers, d’où ses pentes escarpées où ricochent les cascades, d’où ses arrêtes tranchantes, ses sommets étincelants. Ce sont des paysages nordiques, percutants. Le Königsee fascine. Un des plus célèbres sommets d’Allemagne, le Watzmann, surplombe le lac. La légende raconte qu’il s’agit d’une famille de géants changée en pierre, et qu’ils se vengent de ceux qui troublent leur sommeil : l’ascension du Watzmann est une des plus dangereuses et meurtrières qui soient.

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    L’église de St Bartholomä et le Watzmann

    La tradition, quand on visite le Königsee, est de prendre le bateau qui conduit jusqu’à l’île de Sankt Bartholomä. Le trajet est un des plus beaux que je connaisse : cascades dévalant les pentes, rideaux d’Alpes élancées, forêts de sapins, lumière piégée par les montagnes. Traditionnellement, le bateau s’arrête pour faire écouter le célèbre « écho du Königsee » : le pilote sort une trompette, joue quelques notes, et la montagne lui répond comme une amie fidèle. La Bavière est un pays où la nature est complice. Puis on vous conduit à l’église de Sankt Bartholomä, toute en bulbes baroques si typiques de la Bavière – en allemand, on appelle cette forme « Zwiebeltürme », littéralement « tour oignon ». Vous pouvez manger une truite au soleil, au pied du Watzmann, et savourer toute la beauté du monde.

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    Le Königsee, fjord qui s’ignore

    Bon à savoir : en été seulement (du 1er mai au 31 octobre), le bateau pourra ensuite vous conduire à un second lac qui se trouve au fond du Königsee, l’Obersee, qui est paraît-il sublime, et où une promenade vous mène jusqu’à une cascade. J’ai par deux fois visité le Königsee un premier novembre, soit le lendemain de l’arrêt de la circulation du bateau jusqu’à l’Obersee… Même les blogueuses voyage sont parfois complètement à la ramasse. Mais un jour, j’y remédierai !

    Un point de vue fabuleux sur le Königsee : le Jenner 

    C’est un des plus beaux points de vue que je connaisse en Allemagne : la cabine du Jennerbahn vous conduira au milieu des sommets enneigés, au-dessus du Königsee. Désordre de cimes blanches, lac qui se déploie et se replie comme un reptile immense lové au creux des vallées, et le Watzmann étincelant qui vous fait face : je vous recommande mille fois de monter au sommet du Jenner, vous ne le regretterez pas.

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    Vue sur le Königsee depuis le Jenner

    Bon à savoir : la télécabine vous conduit presque au sommet du Jenner, à un restaurant avec terrasse panoramique qui propose une vue fabuleuse sur les Alpes. Mais le vrai sommet ne s’atteint qu’à pied. Comptez environ 15/20 minutes de marche. Ce n’est pas excessivement difficile, mais ça grimpe un peu quand même, et il faut que vous ayez des baskets ou des chaussures de randonnée – n’essayez pas d’y aller en tongs. En hiver, c’est un domaine skiable.

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    Soleil couchant sur le Jenner

    Un joyau vert au cœur du parc national de Berchtesgaden :
    le Ramsauer Hintersee

    A quelques encablures du Königsee, le parc national de Berchtesgaden réserve un autre trésor aux amoureux des beautés lacustres : l’Hintersee à Ramsau. Sa couleur est d’un vert profond, mystérieux, qui rendait fou les peintres.

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    Ramsauer Hintersee

    C’est un lac infiniment romantique, sur lesquels les montagnes viennent se pencher et se refléter, et que l’été couvre de barques gracieuses. Les grands peintres romantiques, tels que Caspar David Friedrich, se sont plu à l’immortaliser – la marche autour du lac vous présente leurs œuvres. Ce lac est moins connu que d’autres – et j’ai eu un vrai coup de foudre pour lui en le découvrant. Le village montagnard de Ramsau mérite aussi qu’on s’y attarde.

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    Automne sur l’Hintersee

     

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    Ambiance romantique en Bavière

    Au pied de la Zugspitze : l’Eibsee

    A Garmisch-Partenkirchen se dresse le plus haut sommet d’Allemagne : la Zugspitze, qui culmine à 2962m. Le sommet est à la frontière entre Allemagne et Autriche, et le restaurant d’altitude permet de passer d’un pays à l’autre entre l’entrée et le dessert. Mais ce qui se cache au pied de la montagne est au moins aussi beau : le merveilleux lac Eibsee. Au cœur du lac, l’eau est d’un bleu étincelant, et de petites îles couvertes d’arbre complètent le tableau – à l’automne, tout est bleu et or, et la marche autour du lac, un véritable enchantement.

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    Eibsee.

    Les lacs préférés des Munichois : idées d’excursions depuis Munich

    Au sud de Munich, à deux pas de la ville, c’est déjà l’évasion en pleine nature. La région regorge de lacs somptueux où les Munichois adorent venir passer le dimanche. C’est une des choses qui font que Munich est si agréable : la qualité de vie est exceptionnelle. Le S-Bahn (l’équivalent du RER) va même jusqu’au lac de Starnberg, facilitant les excursions !

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    Idyllique Schliersee

    Starnberg et le pays des cinq lacs

    Starnberger See, Ammersee, Pilsensee, Wörthsee, Wesslinger See : ils forment le “pays des cinq lacs” (Fünfseenland), le seuil entre les Alpes et la ville. Le plus célèbre est le lac de Starnberg, où l’impératrice Sissi a passé son enfance. Le château de Possenhofen, qui abritait ses jeux, ne se visite pas, mais on peut longer ses tourelles blanches jusqu’au lac, et songer à la princesse incomprise, mariée contre son gré à un homme qu’elle n’aimait pas, et qui étouffait à la cour viennoise. Ses lettres en parlent souvent : Sissi rêvait de revoir la Bavière de son enfance, où elle vivait libre et un peu sauvage. Petite, elle nageait dans le lac de Starnberg – et qu’importe si cela ne se faisait pas pour une dame de son rang. Marcher sur ces rives, c’est entrer un peu dans son imaginaire… Le musée Sissi de Starnberg retrace cette enfance de petite sirène.
    Au bord du lac se trouvent de nombreux restaurants à l’ambiance chaleureuse. J’ai eu un gros coup de cœur pour le Buchsscharner Seewirt à Sankt Heinrich, qui a son propre ponton sur le lac, et où la nourriture est authentique et soignée.

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    Starnberger See et le château de Sissi, Possenhofen

    Une autre bonne adresse au pays des cinq lacs est le monastère Andechs (Kloster Andechs), qui surplombe l’Ammersee. J’ai malheureusement perdu les photos que j’avais faites de cette randonnée estivale, il y a quelques années, quand j’étais étudiante à Munich. Le monastère est un lieu de pèlerinage célèbre, et aussi une brasserie réputée : les moines continuent d’y fabriquer la bière. Un ami munichois m’avait dit qu’on y mange « le meilleur Obatzda de Bavière » (spécialité fromagère bavaroise délicieuse), et j’ai effectivement été très convaincue. L’été, on grille des poissons en plein air, avec vue sur les eaux bleues du lac.

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    Lac de Starnberg, tout en douceur

    Le Schliersee et le Tegernsee

    A peine plus au sud, deux autres lacs attendent les voyageurs en quête d’air et d’eau purs.

    Le Schliersee est un peu le secret des Munichois : moins connu du reste du monde que le lac de Starnberg, mais peut-être plus beau encore. Comme dans tous les lacs bavarois, on y trouve des cygnes gracieux, des canards et des foulques joyeuses, et des Biergarten avec vue sur le lac. J’ai adoré manger sur la magnifique terrasse du Seehotel Schlierseer Hof. De manière générale en Bavière, les restaurants typiques sont de grande qualité : nourriture fraîche et typique, quantités généreuses, atmosphère bucolique, et celui-là ne fait pas exception. C’est aussi une bonne adresse pour qui cherche à dormir près de l’eau !

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    Schliersee, un vrai coup de coeur

    Le Tegernsee est un paradis de la voile : ce grand lac situé à 50km au sud de Munich offre des conditions idéales aux amoureux du vent. Je n’ai encore jamais essayé d’y mettre les voiles, mais j’ai adoré faire la randonnée qui mène au sommet de la montagne qui le surplombe, le Riederstein. On accède à ce lieu de pèlerinage par un chemin (bien raide, il faut souffrir pour trouver Dieu, paraît-il !) bordé de calvaires peints, et la vue au sommet est superbe.

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    Ascension du Riederstein, vue sur le Tegernsee

    Les joyaux jumeaux : le Walchensee et le Kochelsee

    Ces deux lacs jumeaux comptent à mes yeux parmi les plus beaux de la région du sud de Munich. Le Walchensee est le plus grand lac de montagne de Bavière, son étendue et les vents qui y soufflent réjouissent surfeurs et véliplanchistes. Le Kochelsee, plus petit et abrité, est souvent plat comme un miroir, et les reflets sur l’eau tranquille sont éblouissants.

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    Le Kochelsee et le Walchensee, les lacs jumeaux

    A deux pas des lacs se trouve le ravissant village de Murnau, repère des artistes depuis des décennies, à l’ambiance résolument italienne. On le dit toujours : Munich est la ville la plus au nord d’Italie… et nombre de villages alentours cultivent la dolce vita.

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    Murnau, l’Italie en Bavière

    Pour goûter la vue sur les deux lacs, je vous conseille de prendre la télécabine menant au sommet du Herzogstand. Louis II de Bavière, le roi esthète, le bâtisseur des châteaux, avait bon goût : il adorait ces deux lacs, et ce point de vue exceptionnel. Au sommet, une chapelle et un monument rendent hommage « au roi éternel et inoubliable des Bavarois ». Les photos que je vous présente ont été prises en hiver – mais je vous conseille mille fois de faire cette ascension l’été, comme je l’avais fait il y a quelques années (vous savez, à l’époque où j’étais infoutue de sauvegarder correctement mes photos). Les montagnes sont couvertes de fleurs roses, les lacs sont d’un bleu qui évoque plus les Tropiques que l’Allemagne, l’herbe est épaisse comme un lit… c’est l’idylle à l’état pur.

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    Au sommet du Herzogstand, sommet préféré de Louis II

    Puisqu’on parle de Louis II… vous n’allez pas quitter la Bavière sans voir ses châteaux, j’imagine ?

    Les lacs des châteaux de Louis II

    Vous le savez sans doute : les châteaux de Bavière figurent parmi les attractions touristiques les plus appréciées d’Europe. On les doit à un roi fantasque, fasciné par le Moyen-Âge, les chevaliers, le Grand siècle de Louis XIV, et les légendes des mille et une nuits, un roi que les Allemands surnomment « Märchenkönig », roi de conte de fées, qui a voulu donner corps à son imagination débridée. Les châteaux sont au nombre de quatre en tout : celui de son enfance, et les trois qu’il a fait construire.

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    Traîneau devant Neuschwanstein. Photo issue de mon article « La Bavière en hiver« 

    Louis II a grandi au château d’Hohenschwangau, petit château jaune, décoré de fresques illustrant les légendes de la table ronde. Les histoires de chevaliers ne l’ont plus quitté : par la suite, il a fait construire sur la colline d’en face Neuschwanstein, probablement le plus célèbre des châteaux du monde (c’est celui qui a inspiré le château de Disneyland). Le plus secret, le plus ravissant des trois est Linderhof, avec sa grotte souterraine, son palais mauresque et ses cabanes mythologiques. Le dernier, le plus mégalomane, est Herrenchiemsee, l’imitation de Versailles. Trois châteaux sur quatre jouxtent un lac – c’est l’occasion de vous en parler.

    Neuschwanstein et Hohenschwangau, au pays des chevaliers

    Ce qui contribue au charme des deux premiers châteaux, c’est leur localisation idéale : au cœur des montagnes, sur des éperons rocheux surplombant deux lacs, l’Alpsee et le Schwansee – le lac du cygne, qui a donné son nom à la région, et initié la passion de Louis II pour les cygnes, ces animaux symbole de noblesse, de pureté et de fidélité. Aujourd’hui encore, les familles de cygnes introduites par Louis II dans les lacs de Bavière continuent de prospérer, comme un héritage romantique du souverain unique entre tous… et les balades au bord de ces deux lacs sont un bonheur.
    Depuis Neuschwanstein, la vue sur l’autre château et les lacs est magnifique. Pour un point de vue plus spectaculaire encore, prenez la télécabine du Tegelbergbahn, et vous découvrirez à l’horizon deux autres lacs, le Bannwaldsee et le Forggensee. Et à votre tour, vous vous croirez roi du monde, et rêverez de construire en pierre de songe…

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    Neuschwanstein, Hohenschwangau et les panoramas alentours

    Suggestion d’itinéraire : je vous conseille vraiment de ne pas filer directement à Neuschwanstein, et de visiter d’abord Linderhof, qui a à mes yeux encore plus de charme, et vous permettra de mieux comprendre qui était le souverain. Voici pour moi l’itinéraire parfait (faisable en un jour, mais je vous conseille vraiment de prendre le temps pour deux) : depuis Munich, prenez la route pour Linderhof, et commencez par visiter ce château-là, dont le parc immense réserve mille surprises. Continuez jusqu’à Oberammergau, le plus typique des villages de Bavière, un ravissement tout de bois sculpté. Puis ne suivez pas le GPS, et passez par l’Autriche pour rejoindre Neuschwanstein : empruntez la route 2060, qui passe par la sublime forêt d’Ettal. C’est une des plus belles routes que je connaisse. Elle longe un lac autrichien prodigieusement beau, le Plansee. Rejoignez ensuite la jolie ville de Füssen, puis Schwangau, où se trouvent Neuschwanstein et Hohenschwangau.

    Herrenchiemsee, ou Versailles au milieu du lac

    Depuis Munich, si vous partez vers l’Est pour rejoindre le parc national de Berchtesgaden, vous trouverez sur votre route le lac Chiemsee. Faites halte ici, et découvrez ce grand lac aimé des mouettes et des autres oiseaux, où des bateaux vous conduiront vers le dernier château de Louis II, une reproduction de Versailles – dans sa mégalomanie, il aura voulu une galerie des glaces plus longue de quelques mètres que l’originale ! La mort suspecte (meurtre ? suicide ? accident ?) du roi que ses ministres avaient fait interner interrompra les travaux. Herrenchiemsee est inachevé, suspendu dans le temps. Le parc du château, une île couverte de fontaines et de fleurs, est de toute beauté en été.

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    Herrenchiemsee, Versailles bavarois

    N’oubliez pas de visiter une autre île sur le lac, la Fraueninsel – l’île des femmes –, où on peut visiter un ravissant couvent.

    La Bavière : un voyage parfait

    Par la diversité et la splendeur des paysages, la richesse authentique des traditions, et la qualité de l’accueil, la Bavière est une destination de rêve. C’est aussi un des meilleurs rapports qualité-prix dans l’hôtellerie et la restauration que je connaisse en Europe : pour cinquante euros, vous pouvez dormir dans une chambre avec lit à baldaquin garnie comme un 4 étoiles, et avoir un petit déjeuner buffet de folie.
    Voir une sélection d’hôtels en Bavière
    Les plats sont larges, souvent accompagnés d’une salade variée et vraiment bonne, remplis de produits frais et de spécialités délicieuses, comme les Käsespätzle ou la truite grillée. N’hésitez vraiment pas à l’ajouter à votre liste : je vous promets que vous ne serez pas déçu.

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    Magnifique Bavière

    Il manque deux lacs à ma liste parfaite : l’Obersee, donc, et le Seealpsee, petit lac de montagne qu’on aperçoit au sommet du pittoresque Nebelhorn. A suivre !

    Cet article était consacré au sud de la Bavière, la région dite Oberbayern (de Munich à la frontière autrichienne). Bientôt sur Itinera Magica, je vous parlerai du nord de la Bavière, la Franconie, que j’aime tout autant. N’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter pour suivre l’aventure allemande !

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    Automne sur le Königsee

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  • Les lieux de tournage de Game of Thrones en Islande

    Islande, pays de la glace et du feu : le slogan peut paraître éculé, mais il est rigoureusement exact. Encerclé par les eaux glacées de l’Atlantique nord, le cœur brûlant de l’Islande bat la chamade, et les deux éléments se livrent un perpétuel combat de titans. Les glaciers découpent des fjords noirs dans les coulées de lave, des cratères se remplissent de neige, et des geysers jaillissent au cœur des immensités gelées. L’Islande est épique, apocalyptique, superlative à tous les degrés – et quel décor pourrait être plus approprié au tournage de Game of Thrones, série tirée d’une série de romans intitulée « A song of ice and fire » ?

    lieux de tournage Game of Thrones Islande
    Plage de sable noir de Vik i Myrdal

     

    Découvrez les lieux de tournage de Game of Thrones : glaciers, lave et magie !
    Glaces, brouillards et montagnes…

    Ice and fire, le feu et la glace : l’Islande a su épouser à merveille l’imagination débridée de George R.R. Martin, le créateur de la saga qui tient le monde entier en haleine. Il y a mille ans, l’Islande a été la source d’inspiration de la mythologie nordique : c’est à elle qu’on doit les histoires de Thor, Freya, Odin et des walkyries, et les aventures des vikings. Face à l’inouï, le fantastique est la seule réponse possible. Et une des grandes sagas d’aujourd’hui, c’est Game of Thrones. Les gens de cinéma ont bon goût : les lieux de tournage de Game of Thrones comptent parmi les plus beaux endroits d’Islande. Voyage à la conquête du trône de fer – prenez garde aux marcheurs blancs.

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    La Grotadja, ou grotte de Jon Snow et Ygritte

    Avertissement : cet article contient des spoilers concernant les saisons 2 et 3 de Game of Thrones. Mais nous en sommes à la sixième, j’ose donc espérer que cela n’est pas trop grave.

    Le sud de l’Islande : la région de Vik

    Tout au sud de l’île, la petite ville de Vik i Myrdal est entourée d’immenses plages de sable noir, dont les plus célèbres sont Reynisfjara et Dyrholaey. Leurs orgues de basalte et leurs monstrueux rochers coiffés, pélerins solitaires dans les flots, évoquent les vestiges de grands cataclysmes passés. Toute la rage volcanique est venue se déverser ici, créer ces langues d’ébène sur lesquelles l’écume vient se fracasser, dessiner ces paysages de fin du monde qui m’ont plongée dans un vertige délicieux. Je crois que c’est un des plus beaux endroits d’Islande, ces landes à perte de vue, surplombées par des montagnes abruptes et biscornues, ces reliefs torturés sur lesquels roulent les nuages.

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    Les plages de sable noir de Vik, Reynisfjara et Dyrholaey

     

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    Contrairement aux apparences, cette photo n’est pas en noir et blanc, et n’a pas été désaturée…

    Lorsque Jon Snow s’aventure au-delà du mur, il traverse des étendues glacées et inhospitalières – la région de Vik au cœur de l’hiver – et arrive enfin dans les montagnes Frostfangs (Crocgivre en VF), où même les sauvageons n’osent s’aventurer au cœur de la saison froide, des montagnes « cruelles », peuplées de choses dont on ose à peine prononcer le nom effroyable…

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    There’s giants in the Frostfangs, and wargs, and worse things.

    Au cœur des Frostfangs se trouve le « Poing des premiers hommes » (Fist of the first men), lieu légendaire dans la série. A mon grand regret, je n’ai pas réussi à trouver l’ Höfðabrekkuheiði, qui a servi de poing des premiers hommes (l’Islande n’a pas encore installé de système GPS conduisant aux lieux de tournage de Game of Thrones, mais peut-être y viendra-t-elle…). Vous le trouverez ici .

    Les glaciers gigantesques du Myrdalsjökull et Vatnajökull

    Imaginez un pays envahi par des glaciers immenses, qui rôdent le long des routes, qu’on voit affleurer entre les crêtes quand on longe les montagnes, qui rampent au cœur des territoires des hommes quand l’hiver se fait rude, des glaciers qui craquent et gémissent comme des géants courbant sous quelque tâche dantesque, qui rompent et ouvrent des crevasses profondes comme la plus froide des nuits, la glace qui envahit tout, qui piège les hommes et change l’eau en lame.

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    Derrière les montagnes nébuleuses, les premiers glaciers surgissent… entre les crêtes, la glace.

     

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    Première rencontre avec les glaces, dans le parc de Skaftafell

    Vous aussi, vous vous mettriez à croire que des créatures surnaturelles peuplent ces contrées où l’humain n’a plus de place, vous songeriez aux titans, aux dieux maudits et aux Marcheurs blancs. Est-il pire punition qu’une éternité de glace ? Que la solitude de ces infinis éblouissants où rien ne survit ? Les étendues glacées ont toujours été l’empire de l’horreur et du fantastique. Edgar Allan Poe, Lovecraft, Mary Shelley ont placé leurs héros dans ces territoires cruels où l’homme n’a pas sa place. La glace marque la fin du monde des hommes, et le début du mythe.

    Découvrez les lieux les plus mystérieux d'Islande, sur les traces de Frankenstein
    « Follow me; I seek the everlasting ices of the north, where you will feel the misery of cold and frost…  » Mary Shelly, Frankenstein

    Sur Terre, la glace séquestre les pôles, l’Arctique et l’Antarctique, les étendues sibériennes, le Svalbard et le Groenland, l’Alaska et la Terre Adélie, mais il est un endroit en deçà du cercle polaire où l’ennemie blanche fait une incursion dans le monde des hommes : l’Islande. Les paysages glaciaires d’Islande sont le seul endroit, sous des latitudes « humaines », bien loin des grandes banquises polaires, où la glace nous laisse glisser l’œil dans le trou de la serrure, et deviner l’horreur de son règne sans partage. C’est ce qui rend l’Islande irrésistible : ce que vous verrez à Skatftafell, où les langues de glace viennent lécher les routes, à Jökulsarlon, lagune sidérante où un glacier vient se jeter dans l’océan, vous ne le verrez nulle part ailleurs… ou seulement bien, bien plus près des pôles, lors d’expéditions autrement compliquées. L’Islande, c’est l’infini à portée de main, l’avant-goût des aventures les plus extrêmes.

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    All in the immediate vicinity of the ship, is the blackness of eternal night, and a chaos of foamless water; but, about a league on either side of us, may be seen, indistinctly and at intervals, stupendous ramparts of ice, towering away into the desolate sky, and looking like the walls of the universe.
    Edgar Allan Poe

    Je rêve de retourner en Islande en hiver pour marcher sur le glacier et descendre dans les grottes de glace (avec un guide, bien sûr – n’essayez jamais ça tout seul).

    Découvrez les lieux de tournage de Game of Thrones : glaciers, lave et magie !
    Mur de glace… et corneille à trois yeux ?

    Dans Game of Thrones, les glaciers d’Islande sont les « contrées de l’éternel hiver », en VO Lands of Always Winter. C’est ici que naquirent les premiers Marcheurs blancs, les horribles cadavres gelés qui dévorent les hommes et dont le regard est d’un bleu perçant. Dans sa quête de vérité et de sagesse, Bran s’y aventure à la recherche de la corneille à trois yeux, et comprend le secret qui entoure leur abominable naissance…

    Les lieux de tournage de Game of Thrones en Islande : les plus beaux endroits d'Islande !
    « And he looked past the Wall, past endless forests cloaked in snow, past the frozen shore and the great blue-white rivers of ice and the dead plains where nothing grew or lived, to the curtain of light at the end of the world, and then beyond that curtain. He looked deep into the heart of winter, and then he cried out, afraid, and the heat of his tears burned on his cheeks. » Rêve prophétique de Bran dans A song of ice and fire.

    En pratique :

    A Skaftafell, vous trouverez des guides, par exemple Glacier Guides  qui vous emmèneront marcher sur le glacier. En fonction de la durée et du degré de difficulté, les prix vont de 78 à 300 euros. En hiver (et en hiver seulement), ils peuvent aussi vous faire descendre dans des grottes de glace, pour 150 euros.

    A Jökulsarlon, probablement l’endroit le plus dingue que j’ai vu de ma vie, lieu de tournage de Die another day et de Batman Begins, vous pouvez prendre un bateau qui vous emmènera sur la lagune. Vous avez le choix entre un bateau-camion amphibie (très drôle : imaginez un gros véhicule qui cesse de rouler en entrant dans le lac et se met à flotter), qui vous coûtera 38 euros pour trente/quarante minutes dans la lagune, ou un zodiak, qui coûte lui 65 euros, mais vous propose une sortie d’une heure jusqu’au fond de la lagune, là où se trouve le mur de glace qui me fait tellement penser au mythique mur de Game of Thrones. C’est le choix que j’ai fait, et je ne regrette rien. Réservez ici.

    Autour du lac Myvatn, où Jon Snow a rompu ses vœux

    Le lac du Myvatn est un lieu presque mythologique. Ici, une coulée de lave s’est arrêtée par la force du Saint Esprit : au mur de l’église. Ici, des trolls et des elfes vivent dans les monticules de lave, et on les aperçoit aux petites heures du jour, quand l’obscurité est duplice. D’immenses champs de lave nappent le sol de feu et de mousse, parfois des failles profondes donnent le sentiment de pouvoir tomber jusqu’au centre de la terre.

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    Les champs de lave de Myvatn au coucher du soleil

    Un des sites les plus célèbres est Dimmuborgir, littéralement « les châteaux noirs », un océan de lave séchée qui évoque une tempête colossale ou une forêt de flammes, percée d’arches, de tunnels, et d’élévations solennelles. Le lieu a donné son nom à un groupe de metal célèbre – je comprends l’inspiration ! Dans Game of Thrones, Dimmuborgir est le lieu où Mance Rayder établit le camp des sauvageons – lors du tournage, la température était de -11 degrés, ce qui fait que l’équipe de tournage en Islande était surnommée « the freeze your ass off team », littéralement « l’équipe qui se pèle le cul ». Clairement, il valait mieux être avec les Lanister en Croatie, ou avec les Dothrakis au Maroc. J’ai vu Dimmuborgir en plein été, ce qui rend le lieu plus bucolique, moins monstrueux… mais plus hospitalier.

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    « Au-delà du Mur, nous ne nous agenouillons devant personne ». Les Sauvageons ou Hommes libres (Free folk) ont établi leur campement parmi les châteaux de lave de Dimmuborgir

    A quelques centaines de mètres de Dimmuborgir, dans une faille plus importante que les autres, se trouve la Grotagja, la célèbre grotte où Jon Snow a rompu son vœu d’abstinence et succombé aux charmes de la sauvageonne rousse, Ygritte.

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    Ygritte.

    L’histoire de cette grotte est digne de faire frémir : source d’eau tiède où les Islandais adoraient se baigner, l’eau de la Grotagja est soudainement montée à 65 degrés du jour au lendemain, menaçant de cuire les infortunés baigneurs. (Comme dans Le pic de Dante, avec Pierce Brosnan.) Vous comprendrez ma méfiance envers toutes les sources d’origine volcanique susceptibles de se changer en bouillon de cuisson en cas de gargouillement volcanique. Aujourd’hui, la température est redescendue à 45-50 degrés, bien trop chaud pour se baigner (et donc pour reproduire les aventures de Jon et Ygritte, au cas où l’idée vous aurait effleuré). Mais la grotte est d’une beauté féerique, avec ses eaux brûlantes au-dessus des roches noires, et le soleil qui perce à travers la voûte morcelée…

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    Soleil bienvenu…

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    Autres articles d’Itinera Magica sur l’Islande :
    Les plus belles cascades d’Islande
    Sur les traces des vikings
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  • Roadtrip aux USA : la fin de la route

    La route, toujours. Se mettre au volant et poursuivre le soleil qui se couche sur le Pacifique, dérouler l’asphalte rectiligne à travers les immensités poussiéreuses, voir étincelles et fantômes dans le rétro quand le crépuscule électrique descend sur les villes traversées. Le roadtrip aux USA, c’est le fantasme ultime, un rêve sculpté par mille bobines, mille fondus au noir dont nous voudrions être l’acteur.

    De l'Arizona à la Californie, sur la route 66, retrouvez les étapes d'un roadtrip aux USA sur Itinera Magica. La route, toujours !
    A Death Valley, Californie, la route… promesse américaine éternelle

     

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    Sur la route 66 !

    Certains fuient un chagrin d’amour ou une blessure trop profonde pour être dévisagée plus longtemps. D’autres croient en un nouveau départ, à la promesse de l’errance.
    Changer de vie. Suivre la route et devenir quelqu’un d’autre, ailleurs. Sur cette terre gigantesque et superlative, où les orages et les tornades les plus violents du monde déchirent la nuit, où la terre est plus rouge, plus grande que le ciel, où la nature semble avoir joué à l’apprenti sorcier, la vie prend d’autres dimensions.

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    Près de Page, Arizona, au coeur des Vermilion Cliffs.

     

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    Route 66, the mother road

    Tout est extrême, tout est cinématographique. Les paysages reflètent les profondeurs et les vertiges du cœur. Nous sommes libres, livrés à nous-mêmes, ivres de solitude heureuse. Le Sud-Ouest des Etats-Unis est une drogue dure.

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    Le désert d’Arizona mis en valeur par l’exposition Sonoran Light, jardin botanique du désert de Phoenix

    Arizona et Californie, mes deux amours

    Plusieurs fois, je me suis laissée tenter par un roadtrip aux USA, et j’en suis toujours revenue extatique et transformée, comme une succession de mues dont on reviendrait chaque fois plus forte.

    A dix ans, cela a été la découverte de la Californie. Je n’ai cessé d’y retourner depuis. Los Angeles me met en transe.

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    Los Angeles, mon amour.

    Il y a cinq ans, cela a été l’Utah.

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    Chemins de Bryce Canyon dans la lumière du matin

    L’été dernier, le Nevada et la Californie, encore.

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    Près de Twenty Mule Canyon, Death Valley, Californie

    Et en avril dernier, l’Arizona – voir ci-dessous !

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    De l’Arizona à la Californie, sur la route 66, retrouvez les étapes d’un roadtrip aux USA sur Itinera Magica. La route, toujours !

    En septembre prochain, ce sera la Californie, à nouveau – encore et toujours !

    Voici la série d’articles associées à ce voyage en Arizona, qui regorgent de photos, d’informations et d’itinéraires, si vous souhaitez à votre tour goûter aux grands espaces et préparer un roadtrip aux USA… ou juste partager ce rêve américain.

    • Arizona, la vie sans limites : présentation générale de cet Etat fabuleux, la quintessence de l’Ouest, aux paysages extraordinaires et à l’âme sauvage
    • Sedona la rouge, rochers, yogas et ovnis : vous ne connaissez pas Sedona ? Vous devriez ! Surtout si vous rêvez de rencontrer les extraterrestres, ou de révéler votre aura lumineuse avec des cristaux magiques. Ou plus simplement, si vous adorez les randonnées hors du commun dans des paysages de western.
    • L’énigme du Grand Canyon : oui, vous avez vu des milliers de photos du Grand Canyon. Ici la Terre se met à nu, se dévoile jusqu’à la moelle. Mais savez-vous que les scientifiques ignorent toujours comment il a été formé ? Que le Grand Canyon reste un mystère ? J’essaie de lever le voile.
    • Horseshoe Bend et le lac Powell : au pays des canyons, le fleuve Colorado ronge les grands plateaux de grès rouge et dessine un paysage fabuleux. Méandres spectaculaires, vagues minérales, mesas érodées, créatures aux airs fantasmagoriques, venez découvrir le peuple de pierre…
    • Antelope Canyon, l’or des Navajos : le canyon le plus photogénique du monde, Antelope Canyon, avec ses jeux de lumière au zénith, ses parois rouges, or et pourpre, ses fantômes de poussière, révèle aussi l’histoire d’un peuple
    • L’Arizona, terre des amérindiens : l’Arizona est l’Etat américain qui compte le plus grand nombre de réserves amérindiennes, et c’est l’endroit idéal pour découvrir la culture millénaire de ces peuples. Je vous emmène de Montezuma Castle à la sublime mission San Xavier, à Tucson, en passant par le musée Heard
    • L’Apache Trail, la légende de l’Ouest : roadtrip sur la piste la plus mythique de l’Ouest, l’Apache Trail, pleine de superstitions, d’histoires sanguinolentes, de trésors cachés, de pendus, de serpents, de cactus et de paysages à se damner ! Rock’n’roll !
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    Fabuleuse Arizona

    Williams, sur la route 66

    Ce roadtrip de rêve s’achève sur la route 66, « the mother road », LA route légendaire du nouveau monde, qui courait de Chicago à Los Angeles, traversait tout le pays-continent pour déboucher sur les plages dorées du Pacifique.

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    La route 66 passe par Williams, Arizona

    J’ai vu tellement de films sur la route 66. Easy rider, les motards rebelles. Thelma et Louise, deux femmes assoiffées de liberté et d’absolu. Little Miss Sunshine, d’Albuquerque à Los Angeles, la route 66 déglinguée, poignante. Si vous aussi, vous adorez les films de roadtrip aux USA, ce site pourrait vous donner des idées.

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    A Santa Monica, où la route 66 s’achève sur les vagues blanches de l’océan

    Les photos de la route 66 que vous voyez dans cet article ont été prises à Santa Monica et à Williams, au nord de l’Arizona, sur le chemin du Grand Canyon. Williams ressemble à toutes les autres villes touristiques de la route mythique : c’est une machine à remonter le temps, un retour à l’âge d’or des Etats-Unis, les années 50. L’époque où les USA étaient les héros qui avaient mis fin à la guerre, où Hollywood donnait corps au paradis, où s’acheter un réfrigérateur et une moto était la plus haute félicité qu’on puisse espérer sur cette Terre. Où les pubs disaient que la cigarette et les insecticides sont bonnes pour vous, où personne ne mettait sa ceinture de sécurité, où on croyait que l’Américain était immortel, insubmersible, que son sourire dentifrice était une armure contre tous les dangers et les déceptions de la vie. L’essence ne coûtait rien, il était facile d’être un rebelle poète qui s’égare sur la route, et de rentrer ensuite tranquillement dans le rang pour faire des fortunes et s’acheter une villa à Malibu. La belle époque, dont les Américains seront toujours nostalgiques.

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    Williams.

    C’est pour ça qu’on prend la route 66 : pour se souvenir du temps où le monde était facile. A Williams, il y a des diners carrelés avec des jukeboxs rouges et de vieilles pompes à essence, des statues d’Elvis Presley et de James Dean, on mange des burgers et on boit du Coca. Les serveuses ont des robes de pin-up et les serveurs des bananes gominées. Il y a de vieilles voitures bleues turquoise et des néons kitsch. Les boutiques de souvenirs sont fabuleuses, et il est impossible de résister.

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    Diner sur la route 66

     

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    Boutique de souvenirs à Williams

     

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    Ambiance 50’s

     

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    Crépuscule à WIlliams

    Les résultats du concours Avril en Arizona, sur Itinera Magica

    C’est d’ailleurs à Williams que j’ai acheté une partie des cadeaux que j’enverrai aux gagnants du concours Avril en Arizona.

    Vous vous souvenez du principe : j’envoie à 5 personnes tirées au sort une enveloppe de cadeaux d’Arizona.

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    Ceci est un indice.

    Je voudrais remercier très chaleureusement toutes les personnes qui ont participé. Je voudrais remercier très, très chaleureusement toutes les personnes qui viennent sur le blog, sur la page Facebook, qui commentent, qui partagent, qui m’encouragent à continuer. Un blog comme Itinera Magica, avec de longs articles et des tonnes de photos, c’est beaucoup de travail et d’énergie, et de longues soirées devant mon écran !

    Le blog n’est pas monétisé : ma récompense, c’est l’interaction. Chaque fois que vous venez sur le blog, que vous partagez un article, que vous me laissez un gentil commentaire, cela me va droit au cœur, et je vous remercie infiniment pour votre soutien et votre gentillesse.

    Continuez !
    Revenez sur le blog, explorez les articles que vous n’avez pas lus !
    Laissez-moi des commentaires, donnez-moi votre avis, dites-moi ce que vous aimez, ce que vous aimez moins, ce que vous avez envie de lire !
    Parlez-moi de vous, faisons connaissance ! Parlez-moi de vos voyages, de ceux que vous avez faits, de ceux dont vous rêvez…

    Et j’ai une demande à vous faire : inscrivez-vous à la newsletter ! Vous serez prévenus par mail de la parution d’un nouvel article. Je vous promets de ne vous écrire QUE dans ce cas, et de ne jamais céder votre adresse mail à quiconque, même sous la torture, même contre la fortune de Donald Trump.

    Mais venons-en aux résultats. J’ai suivi la méthode artisanale : j’ai écrit vos noms sur de petits bouts de papier, mélangé comme un cocktail dans un shaker, et tiré au sort en fermant les yeux. Je jure solennellement, sur la tête du Grand Canyon et sur la mienne, que le hasard seul a décidé. Les cinq gagnants de l’enveloppe cadeau sont…

    • Benoît Cabano
    • La Faute au Graph
    • Claude Maréchal
    • Maman Furets
    • Marie-Pierre François

    Et parce que j’aurais voulu tous vous faire gagner, j’ai choisi de tirer cinq personnes de plus, qui n’auront pas de cadeau (pardon !) mais une jolie carte postale d’Arizona :

    • Cassandra Vindiolet
    • Emilie Bapst
    • Heidi Henc
    • Laura De Martino
    • Dii’neva Aué

    Envoyez-moi un petit message (par mail ou sur Facebook ou Instagram !) avec votre adresse postale ! Je présenterai les cadeaux sur Facebook bientôt. Et un nouveau jeu concours suivra lors de mon prochain grand voyage… histoire à suivre !

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    Santa Monica, la fin de la route… ou le début.

    La route 66 s’achève à Santa Monica, au nord de Los Angeles. C’est pour moi là que tout commence – nous retournerons aux US ensemble bientôt !

    Comme le disait John Muir : « Le monde est vaste, et je veux le regarder de plus près avant que la nuit tombe… » Venez avec moi, il y a encore tant de beauté autour de nous.

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    A la poursuite du soleil, jusqu’à la nuit.

     

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    Keep on driving…

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  • Histoires extraordinaires du désert d’Arizona

    Road trip dans le désert d’Arizona. Que voir à Phoenix et Tucson : Saguaro National Park, Organ Pipe National Monument, Arizona Sonora Desert Museum, Desert Botanical Gardens
    Que dit un homme mordu par un serpent à sonnette avant de mourir ? Pourquoi certains cactus ont-ils des cornes ou une coupe afro ? Qu’est-ce qu’un monstre de Gila ? Les oiseaux d’Arizona sont-ils masochistes ? Mais bon Dieu, pourquoi aller vivre dans un endroit où il fait 50 degrés le jour, 0 la nuit, et où il ne pleut que deux fois par an ? Monde rugueux et ébouriffé, le désert d’Arizona fascine par son côté brut de décoffrage. Les plantes, les animaux, tout le monde ici semble se préparer au tournage du prochain Star Wars : les cactus, les oiseaux, les reptiles sont des guerriers prêts à tout pour survivre à l’aridité. Le désert d’Arizona regorge d’histoires extraordinaires et de personnages hauts en couleur – ils méritent bien une présentation.

    Cactus, crotales et coyotes : le désert d'Arizona regorge de créatures extraordinaires. Rencontrez les Saguaro, les serpents à sonnette et les colibris sur Itinera Magica !
    Cactus, crotales et coyotes : le désert d’Arizona regorge de créatures extraordinaires. Rencontrez les Saguaro, les serpents à sonnette et les colibris sur Itinera Magica !

    Road trip dans le désert d’Arizona : c’est parti

    Dans le précédent épisode du road trip, je vous avais parlé de l’Apache Trail, la piste la plus mythique de l’Ouest (vous n’avez pas vu cet article ? allez le voir, c’est aussi l’article le plus cool de l’Ouest), et d’un coucher de soleil merveilleux dans les Montagnes de la Superstition, où j’avais vu serpents, biches et pécaris… Mon exploration des déserts de l’Arizona s’est poursuivie au Saguaro National Park, dans les montagnes de Tucson, au fabuleux jardin botanique du désert de Phoenix (Desert Botanical Garden), et à l’Arizona-Sonora Desert Museum de Tucson.

    Cactus, crotales et coyotes : le désert d'Arizona regorge de créatures extraordinaires. Rencontrez les Saguaro, les serpents à sonnette et les colibris sur Itinera Magica !
    Le désert d’Arizona, paysage de film

    Que voir dans le désert d’Arizona ? Des CACTUS ! 

    Le désert d’Arizona est une partie du désert de Sonora, la plus grande zone désertique d’Amérique du nord, et aussi la plus chaude – les températures approchant 50 degrés Celsius ne sont pas rares. Pourtant, la végétation y est étonnamment abondante : l’Arizona est le paradis des superhéros végétaux de la sécheresse, les cactus. Près d’une soixantaine d’espèces de cactus ont fait de la fournaise leur maison, et y survivent grâce à leur pouvoir spécial, la succulence. (Rien à voir avec leur qualité gustative, même si les fruits de nombre de cactus sont délicieux, et que j’ai mangé des sorbets de cactus à mourir.) La succulence, c’est la faculté de retenir l’eau dans leurs feuilles charnues, de créer un véritable système de stockage interne, et de pouvoir survivre durant des mois sans pluie. Mais cela ne va pas sans un inconvénient majeur : tous les animaux du désert, assoiffés eux aussi, cherchent à dévorer les cactus pour trouver de l’eau. Voilà pourquoi ils se bardent d’épines, ont plus de pics et de pointes sur le corps qu’un ado gothico-punk de quinze ans, et transpercent férocement tout ce qui s’approche : il en va de leur survie.

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    Cactus « prickly pear » (ceux en forme d’oreille de Mickey) et, au sol, « diable rampant » (celui qui ressemble à un boudin épineux), le cactus le plus dangereux du désert de Sonora.

    La popstar du désert sonoran, c’est le Saguaro (prononcez sawaro s’il vous plaît, sinon les locaux se paieront votre tronche #vécu), un cactus monumental de plusieurs mètres de haut qui semble né pour décorer les bouteilles de bière, et dont les bras ouverts lui donnent une dégaine de hippie cool qui fait un shaka ou un signe V. Yeah man.

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    Saguaros et ocotillo (avec les fleurs rouges, au premier plan).
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    Parfois, il a même des cornes, ce qui le rend encore plus cool.

    Le Saguaro survit dans le désert d’Arizona grâce à un système de côtes, qui se contractent ou s’étendent en fonction de la quantité d’eau disponible (regardez le dessin ci-dessous, ça sera plus clair je crois).

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    Jusqu’à six tonnes d’eau stockées dans le tronc du Saguaro.

    Parce qu’il stocke d’énormes réserves d’eau (jusqu’à six tonnes !), le Saguaro est attaqué de tous les côtés. Rongeurs, oiseaux, reptiles, tous rêvent de lui prendre son butin, et ils n’hésitent pas à affronter son épiderme tranchant.

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    « Hotel Saguaro », ou tous les hôtes indésirables

    Mais le Saguaro est résilient. Quand un rongeur dévore son tronc, il produit une véritable armure, une résine noire et dure impossible à traverser. Quand un oiseau vient creuser son nid au cœur de ses branches, il développe une coque dure qui l’isole des germes transmis par les volatiles.

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    A gauche : la coque formée par le Saguaro pour isoler les nids d’oiseau

    Quand un épisode de gel rompt une partie des tuyaux qui l’irriguent, la branche ne meurt pas, mais continue à pousser tordue, biscornue – c’est pour ça que certains Saguaro ont des cornes ou des coupes afro.

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    Autre dégât causé par le gel : les branches tordues. (Pour la coupe afro, voir la première image de l’article !)

    Et si une sécheresse extrême ou un incendie le tue, il essaiera de fleurir une dernière fois avant de rendre l’âme, afin de perpétuer l’espèce. Le Saguaro, c’est mon héros. Et c’est aussi l’emblème de l’Etat d’Arizona. Au Saguaro National Park, une véritable forêt de Saguaros recouvre les montagnes de Tucson, et dessine un fabuleux paysage hollywoodien.

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    Coucher de soleil cinématographique au Saguaro National Park, au coeur du désert d’Arizona

    Voici les autres sujets qui vivent à la cour du prince :

    (Note : j’ai fait deux musées des cactus et lu un bouquin sur le sujet, The Cacti of Arizona, pour préparer cet article, donc je me sens vachement calée, mais tout de même, je ne suis pas botaniste. Lecteur de ce blog, si tu es présentement en train de préparer un exposé, un TPE ou autre devoir sur les cactus et que Google a eu la gentillesse de t’emmener ici, ça me fait très plaisir, mais ne m’utilise pas comme source. Ou ne viens pas te plaindre si on t’accuse de confondre le cactus « queue de castor » et le cactus « poire piquante ». Merci.)

    Cactus, crotales et coyotes : le désert d'Arizona regorge de créatures extraordinaires. Rencontrez les Saguaro, les serpents à sonnette et les colibris sur Itinera Magica !
    Sur cette photo : cactus tonneau, organ pipe, saguaro, cholla

    Il existe plus de trente espèces de Cholla, mais les plus connues sont celles qui ont un air tendre et duveteux (ne vous y fiez surtout pas), et portent le nom adorable de « teddy bear cholla », ou « cholla nounours » (je vous répète, n’y touchez pas). Elles ressemblent beaucoup aux « cholla sauteuses » (jumping cholla), qui s’accrochent à tout ce qui passe pour être transportées sur des kilomètres, et conquérir de nouveaux territoires.

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    Chollas sauteuses et fleurs de printemps.

    L’Organ pipe cactus (cactus tuyau d’orgue), nommé ainsi en raison de son allure très ecclésiastique, façon orgue de cathédrale, ne vit à l’état sauvage que dans une zone, tout au sud de l’Arizona, à la frontière mexicaine : Organ Pipe National Monument. L’endroit est loin de tout et strictement contrôlé en raison du passage de clandestins – les cactus que vous voyez ci-dessous sont ceux du jardin botanique de Phoenix (j’avoue #tricheuse).

    Cactus, crotales et coyotes : le désert d'Arizona regorge de créatures extraordinaires. Rencontrez les Saguaro, les serpents à sonnette et les colibris sur Itinera Magica !
    Organ pipe cactus

    La famille des « poires piquantes » (prickly pear) est très étendue aussi : ce sont tous les cactus à larges feuilles en forme d’oreille de Mickey, qui ont des noms tous aussi suggestifs les uns que les autres : queue de castor (beavertail), poêle à crêpes (pancake), oreilles de lapin (bunny ears)… Mes préférées sont les violettes (violet prickly pear), car elles revêtent, tu l’auras deviné, une couleur irrésistible, tout particulièrement quand elles sont en période de floraison.
    Et début avril est la période idéale pour voir les cactus du désert d’Arizona, car ils sont tous en fleurs.

    Cactus, crotales et coyotes : le désert d'Arizona regorge de créatures extraordinaires. Rencontrez les Saguaro, les serpents à sonnette et les colibris sur Itinera Magica !
    Violet prickly pear.
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    Pancake prickly pear

    C’est aussi le cas de l’ocotillo, qu’on pourrait appeler le cactus zombie. Durant 90% du temps, l’ocotillo ressemble à un tas de branches mortes, qu’on aurait presque envie de ramasser pour faire du feu et griller des chamallows, s’il n’était pas bardé d’épines extrêmement épaisses et dangereuses. Mais quand la pluie vient, l’ocotillo reprend vie. Les branches toutes sèches se font verdoyantes et se couvrent de fleurs rouges.

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    Ocotillo et chollas

     

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    Ocotillo, saguaro et barrel cactus

    J’aime aussi beaucoup toute la famille des petits tonneaux (non, je n’en fais pas partie), ou barrel cactus, dont les formes ventripotentes se couronnent de fleurs roses ou jaunes au printemps – comme un bouquet de cerises sur une grosse pièce montée. Les « hérissons » (hedgehog) sont aussi très sympathiques.

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    Hedgehog cactus en fleurs

    Je finis avec l’ennemi public numéro un, le salopard du désert de Sonora : le « diable rampant », en VO « creeping devil », dont le nom scientifique est Stenocereus eruca. Eruca signifie chenille : aussi dangereux qu’un troupeau de chenilles processionnaires, le diable rampant forme une colonie de longs boudins qui poussent à l’horizontale sur le sol, et peuvent couvrir de très larges étendues, formant un véritable tapis d’épines. Et ces épines sont les pires de toutes. Elles transpercent sans aucun mal une semelle de chaussure (je ne vous parle pas de tongs de piscine, je vous parle de grosses semelles de cuir épais), et résistent à nombre d’outils de jardinage. Un terrain envahi par les diables rampants est une zone minée, inaccessible.

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    Diables rampants

    Son caractère peu sympathique a sauvé Stenocereus eruca de l’extinction : comme son inoffensif cousin le peyotl, le diable rampant contient de la mescaline, substance hallucinogène que tout le monde adorait prendre dans les années 70. Le pauvre peyotl n’avait rien pour se défendre, il avait une tête de gros cerveau sans épines, c’est pourquoi il a presque disparu à l’état sauvage, et ne survit plus que dans les jardins botaniques. Derrière des vitres, pour le protéger de tous les apprentis chamans et autres candidats à la rencontre cosmique avec des entités de lumière fluorescente. Comme dirait le gardien du jardin botanique de Tucson : Fucking hippies !

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    Barrel cactus et saguaro

     

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    Je ne parviens pas à identifier celui-ci – help ?

    Les animaux du désert d’Arizona au Desert  Museum de Tucson

    Il existe aux Etats-Unis quarante-et-une espèces de crotales, ou serpents à sonnettes. La fameuse sonnette, une série d’anneaux qui rentrent en vibration quand on les secoue, s’appelle en français « cascabelle », ce que je trouve ravissant (je n’irais pas leur faire un câlin pour autant). Commençons par démonter quelques mythes au sujet de ce serpent : non, il ne prévient pas toujours en faisant tintinbuler son cascabelle avant d’attaquer. Ce n’est pas comme le cycliste berlinois, qui met un coup de sonnette impérieux avant de te foncer dessus sans ménagement (ne croyez jamais que le cycliste berlinois va freiner : c’est un hipster, il a un vélo sans freins). Le crotale n’a pas signé de convention de guerre qui l’oblige légalement à faire un petit ding ding avant de planter ses crocs.

    Il n’est pas vrai non plus que les plus jeunes sont plus dangereux, parce qu’ils « contrôlent moins leur venin ». Le jeune crotale n’est pas un ado éjaculateur précoce, il contrôle très bien son engin, merci pour lui. La dose de venin administrée dépendra de la situation et d’à quel point vous l’avez énervé. Le crotale n’attaque pas – j’en ai vu un traverser le chemin tout à fait pacifiquement devant moi quand je randonnais dans les montagnes de la Superstition  –, mais il sait se défendre.

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    Crotale, en VO rattlesnake

    Certaines sont plus venimeuses que d’autres, et ceux qui concentrent le plus de venin appartiennent aux familles dites « diamondback » (dos de diamant) et « tiger » (tigre). Leur venin cause de terribles nécroses et hémorragies, et peut conduire à un arrêt cardiaque. Mais qui sont les plus dangereux ? La réponse est très simple : ceux qu’on va emmerder. Le gardien du jardin botanique de Tucson (vous savez, monsieur Fucking Hippies) m’a sorti la statistique suivante, et juré qu’elle est vraie : « en moyenne, la personne mordue par un serpent à sonnette aux Etats-Unis est de sexe masculin, a entre 20 et 30 ans, des tatouages, et un taux d’alcoolémie de 0,8 grammes. » La partie suivante n’entre pas dans la statistique officielle, mais « sa dernière phrase avant la morsure est : Tiens moi ma bière, je vais faire un selfie avec le serpent. » (Cette supposition est apparemment basée sur une histoire vraie). Dix-huit personnes ont succombé à une morsure de serpent depuis 2010 aux Etats-Unis.

    Le désert d’Arizona compte également parmi ses rangs le seul lézard venimeux au monde : le monstre de Gila. La morsure n’est pas mortelle, mais très douloureuse, et très angoissante, car la bestiole ne lâche pas prise, et s’enfonce très profondément dans la chair avec ses dents recourbées. On a beau secouer dans tous les sens, il ne lâche pas prise – vous imaginez la scène.

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    Monstre de Gila

    Un autre animal typique du désert d’Arizona est le pécari, en anglais « javelina ». Bien qu’ils nous évoquent la famille des cochons et des sangliers, ils n’ont en réalité rien de commun avec eux. Ces animaux sont extrêmement grégaires, présentent une structure sociale complexe, et adorent s’empiler en tas pour faire la sieste ensemble.

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    Les javelinas n’ont jamais daigné se réveiller pour que je fasse une photo correcte.

    Un de mes animaux coups de cœur a été « l’écureuil antilope », ou Ammospermophilus leucurus, qu’on voit gambader au milieu des cactus.

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    Ecureuil antilope

    De façon générale, les animaux du désert d’Arizona sont des masochistes. Les oiseaux et les rongeurs se posent au milieu des cactus, entre les épines. Leur faible poids empêche la pointe de rentrer trop profondément (façon de dire que si vous vous asseyez sur un cactus avec vos grosses fesses humaines, ce sera une autre histoire). Les oiseaux tissent des nids en toiles d’araignée entre les branches des Saguaro. Phoenix, ton univers impitoyable.

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    Oiseau fakir.
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    Oiseau sur un saguaro

    Parmi les oiseaux, deux mentions honorables. Au printemps, le désert d’Arizona se remplit de colibris qui viennent butiner les cactus en fleurs. Le record du jour : un colibri peut battre des ailes jusqu’à 200 fois par SECONDE.

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    Colibri d’Arizona

    Le colin de Gambel (« Gambel’s quail ») ne pourrait certainement pas en faire autant. Ce gros oiseau joufflu vit principalement au sol, et vole très mal. Mais je trouve qu’il ressemble à un Pokémon, ce qui lui vaut mes suffrages. Petit dodu, je te veux dans mon équipe.

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    Colin de Gambel

    Dans les régions montagneuses du désert d’Arizona vit aussi le mouflon du désert (« desert bighorn sheep »), dont l’agilité est légendaire.

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    Mouflon du désert d’Arizona

    Enfin, à tout seigneur tout honneur , et je me dois de terminer cet article par l’animal le plus iconique du Sud-Ouest des Etats-Unis, celui que les Amérindiens nomment « le chien de Dieu » : le coyote. Intelligent, peu farouche, intrépide, on le croise sur les routes à la tombée de la nuit, ou fouillant dans les poubelles. J’en ai vu plusieurs entre chien et loup dans le Saguaro National Park, et c’est toujours une vision jubilatoire, qui nous rappelle pourquoi nous aimons tant les Etats-Unis.

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    Coyote.

    Terre sauvage, terre immense. J’y reviens encore et toujours.

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    Soir au Saguaro National Park

     

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    La nuit tombe et les animaux surgissent, une vie fantastique sort de l’ombre…

    Prochain article sur Itinera Magica, blog amoureux du Sud-Ouest des Etats-Unis : la fin du roadtrip en Arizona.

    Vous verrez les dernières photos : une installation artistique fabuleuse dans le désert, la route 66 et son allure rétro, la ville fantôme de Jerome, devenue repaire des artistes, l’influence mexicaine à Tucson

    Où voir le désert d’Arizona ?

    Deux camps de base parfaits : Phoenix ou Tucson. Tucson est sans doute mon coup de coeur, pour l’ambiance extraordinairement vibrante et colorée de cette ville, et la proximité immédiate du Saguaro National Park.

     

    Les parcs naturels d’Arizona

    Vous pouvez admirer le désert d’Arizona en différents endroits à l’état naturel :

    – à l’Est de Phoenix, sur l’Apache Trail, qui passe par le Superstition Mountains State Park

    – à Tucson, au Saguaro National Park

    – tout au sud de l’Arizona, à l’Organ Pipe National Monument. Que vous soyez à Tucson ou à Phoenix, vous aurez environ 3h de route pour l’atteindre, car ce parc est vraiment au milieu de nulle part, à la frontière mexicaine. Il est déconseillé d’y rester la nuit, en raison de la lutte entre passeurs et garde nationale américaine…

    Les jardins botaniques d’Arizona, pour un nectar de désert

    Il existe également deux jardins botaniques merveilleux :

    – Le Desert Botanical Garden de Phoenix est la plus grande collection de plantes du désert d’Amérique. L’entrée coûte 22 dollars.

    – L’Arizona-Sonora Desert Museum se trouve dans la partie ouest du Saguaro National Park, et n’est pas seulement un musée, mais aussi un zoo et un jardin botanique. L’entrée coûte 20,50 dollars.

    Organiser votre voyage en Arizona : Saguaro National Park ou Organ Pipe National Monument ?

    Le Saguaro National Park est divisé en deux parties : une à l’Ouest de Tucson, dont l’entrée est gratuite, et l’une plus étendue à l’Est de Tucson, qui est payante.

    Il est facile de combiner Phoenix et Tucson : les deux villes sont à 1h45 de route l’une de l’autre, et le trajet s’inscrit naturellement dans l’itinéraire de tout road trip en Arizona, d’autant qu’il y a énormément de choses à voir et à faire à Tucson.

    En revanche, Organ Pipe National Monument est excentré : depuis Tucson, il vous faudra 2h15 (bien que la distance à vol d’oiseau soit faible), idem depuis Phoenix. Il est plutôt difficile de combiner ce parc avec d’autres points d’intérêt, il faut choisir d’y aller spécialement. En raison du passage de clandestins par le désert, il est déconseillé de s’y rendre entre le coucher et le lever du soleil.

    Désert d'Arizona : carte des points d'intérêt majeurs
    Désert d’Arizona : points d’intérêt majeurs

    Bonnes vacances en Arizona…

     

     

  • L’Apache Trail, la légende de l’Ouest

    Connaissez-vous l’ Apache Trail ? Pour les Américains, cette piste qui serpente à travers les montagnes et les cactus de l’Arizona est aussi mythique que la route 66. Un road trip dans l’Ouest se doit d’inclure cette boucle sablonneuse et défoncée, qui nous ramène au temps des diligences, des bandits et des chercheurs d’or. Voyage jubilatoire entre légendes et superstitions, au pays des cow-boys. Accrochez-vous à vos santiags.

    L'Apache Trail ? Une piste aussi mythique que la route 66, qui serpente dans le désert d'Arizona, et charrie toute la légende de l'Ouest ! Partez pour un road trip au pays des cactus, avec Itinera Magica.
    Paysages grandioses de l’Apache Trail, une des plus belles routes de l’Ouest

    Si vous évoquez l’Apache Trail en compagnie d’un Américain, vous l’entendrez devenir lyrique. L’Apache Trail ? La plus belle route de l’Ouest ! Peut-être citera-t-il Roosevelt, qui était très enthousiaste : « l’Apache Trail combine la grandeur des Alpes, l’éclat glorieux des Rockies, et la magnificence du Grand Canyon ». Mais de ce côté-ci de l’Atlantique, nous sommes peu nombreux à la connaître. A vrai dire, je n’en avais jamais entendu parler avant de planifier ce road trip en Arizona, et j’ai hésité à l’emprunter.  120 km de piste non bitumée au milieu de nulle part, des heures et des heures de cahots ? Celui qui m’a convaincue, c’est un vieux cow-boy de Scottsdale.

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    Goldfield Ghosttown, sur l’Apache Trail

    Scottsdale, « la ville la plus western de l’Ouest »

    Scottsdale est un faubourg de Phoenix où l’on cire ses santiags, ajuste son Stetson et défend farouchement l’identité cow-boy de la ville. « The most western town in the West », tel est le slogan de Scottsdale, et elle s’ingénie à en être digne. Calèches, saloons, magasins d’articles western, clubs de country et looks à la Chevauchée fantastique cultivent l’esprit pionnier, tandis que d’innombrables galeries d’art font de la ville le repère des artistes huppés et des collectionneurs. C’est le genre d’endroit où des millionnaires enfilent un jean, ouvrent une Budweiser et jouent au fermier qui cultive les plaisirs simples. Où les touristes en chapeau de cow-boy bon marché côtoient les Californiennes méchées venues dénicher le dernier sculpteur à la mode. Et pourtant, une curieuse authenticité naît de ce mélange des genres – une espèce de liberté tellement américaine. Ici tout est possible.

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    Scottsdale, Arizona

    Je prends en photo une Harley Davidson bleu turquoise, richement décorée. Aussitôt, une bikeuse surgit, toute de cuir vêtue, avec bracelets de force, dents de loups et bottes épaisses. Bien que je n’aie pas effleuré la moto, je crains instinctivement de me faire casser la gueule, mais la dame est chaleureuse. Elle me dit s’appeler Hippie, et me raconte spontanément son histoire. Elle appartient au gang Bikers Against Child Abuse. Leur mission ? En résumé : défoncer et terroriser les pédophiles, harceleurs et autres bourreaux d’enfants, et former une armée privée de protection des mineurs en danger. « Nous faisons ce que la justice ne peut pas faire. Les procédures judiciaires sont trop lentes. Tu te fais taper ou tripoter par ton beau-père ? Il te faut contacter un avocat, rassembler des preuves, attendre le procès. Comment tu peux faire tout ça, quand tu es un gosse de treize ans ? Si personne ne te protège, tu risques juste de finir enterré dans un chantier. Nous, on protège le gamin. On intimide l’agresseur. On monte la garde la nuit devant la maison du gamin. On l’accompagne au tribunal, on fait une muraille humaine qui l’entoure et le protège du regard de son agresseur. On l’accueille dans le gang. Et à dix-huit ans, s’il le veut, il devient un biker à son tour. » Elle me raconte des histoires de pédophiles tabassés, de voitures brûlées, d’héroïques combats de rue. Je suis à la fois fascinée et horrifiée. C’est le Far Ouest. Tu n’attends rien de l’Etat, tu te fais justice toi-même, avec tes guns et ta grosse moto. Tu deviens une femme tellement musclée et forte en gueule que même le dernier des caïds réfléchirait à deux fois avant d’égratigner ta carrosserie. Tu deviens une espèce de justicier hors-la-loi, un ange à munitions et grosse cylindrée. Scottsdale, pour moi, c’est Hippie. Les USA pur jus, pour le meilleur et pour le pire.

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    La moto de Hippie

    Je m’assois sur un banc à côté d’une statue de cow-boy et me mets à étudier le plan de la ville. Soudain, la statue me tape sur l’épaule. Je fais un bond digne du mustang non débourré à l’ouverture du rodéo. Je me suis fait avoir comme une débutante. Mr Statue est un homme d’un certain âge, entièrement barbouillé de noir. « Tu visites l’Arizona ? Tu ne peux pas partir d’ici sans avoir fait l’Apache Trail. Ce serait un crime. » Il a un flingue, je décide donc d’obtempérer.

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    Le coupable.

     

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    Moi à Scottsdale.

    Apache Junction & Superstition Mountains, le début de la piste

    Tôt le lendemain matin, je quitte Phoenix et roule une heure vers l’Est, jusqu’à Apache Junction, petite ville de motels et stations essences où la fresque d’un cow boy sur son cheval fougueux signifie le début de l’Apache Trail.

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    Début de l’Apache Trail

     

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    On est tout de suite dans l’ambiance.

    Les panneaux m’orientent vers l’Est, au milieu de plaines désertiques envahies de Saguaro, ce cactus géant dont l’Arizona a fait sa mascotte. Ça et là se détachent des massifs montagneux aux crêtes abruptes et à la couleur étrangement sombre – un brun presque noir qui leur confère une menaçante majesté. Ce sont les Superstition Mountains, nommées ainsi en raison de la crainte que les Amérindiens en concevaient. Fantômes et monstres auraient peuplé les cavernes obscures, et quand le couchant allongeait son ombre, la montagne ouvrait ses crocs.

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    Superstition Mountains !

    La première étape sur la route est le Superstition Mountain Museum, où une ville pionnière a été reconstituée autour de la chapelle de bois blanc, et où des chollas – petits cactus buissonnants – sournois transpercent les chaussures des voyageurs imprudents. Leurs fruits rouges voguent sur une mer d’épines tranchantes. Le musée retrace l’histoire épique de l’Apache Trail, autrefois empruntée par les Amérindiens lors des grandes migrations, et devenue un itinéraire incontournable pour les diligences postales, puisqu’elle était la seule piste permettant de couper à travers les montagnes. On changeait de chevaux à Tortilla Flat, et s’accrochait à son revolver et son crucifix dans la terreur des attaques des Indiens postés sur les hauteurs, parmi les cactus et les rochers fantastiques. Puis on décida qu’il fallait mieux maîtriser le flux de la Salt River, la rivière capricieuse qui coule au fond de la vallée, et qui hésitait sans cesse entre inondations destructrices et sécheresses calamiteuses. La maîtrise de l’eau dans le désert, voilà toute l’histoire de l’Arizona, depuis les Hohokam jusqu’à Roosevelt. Le président fit construire le barrage qui porte aujourd’hui son nom, et agrandir la route afin de permettre le passage des véhicules du chantier. C’est ainsi que l’Apache Trail devint un itinéraire touristique plébiscité par tous, sans pourtant être jamais goudronnée dans son intégralité. C’est un snobisme de cow boy : l’Ouest authentique, ça se mérite…

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    Musée de l’Apache Trail

    Goldfield Ghosttown

    Goldfield appartient à la longue lignée américaine des villes fantômes. Ce sont des villes qui jaillissent tout à coup au milieu de nulle part, comme le désert qui fleurit soudain après l’averse, parce qu’un aventurier a trouvé un filon d’or, de cuivre ou de borax. Tous les ambitieux et les optimistes accourent soudain, creusent des mines, bâtissent des maisons, des marchés, des salles de bal et des lampadaires, fondent une ville, qu’ils déserteront tout aussi vite une fois le minerai épuisé. La ville est alors laissée en plan, comme une épave échouée. De Goldfield, il ne restait pas grand-chose. Mais elle était le rêve d’un petit garçon devenu grand, qui avait passé sa vie à jouer aux cow-boys, et a ressuscité la ville oubliée. Goldfield est un Disneyland de l’Ouest. Les tunnels miniers ont été rouverts, bars, saloons, boutiques et maisons du sherif, reconstitués. Une ligne de chemin de fer entoure même le village 1900. Un attrape-touriste, Goldfield ? Ou plutôt un rêve qui a repris vie ? L’entrée est libre et gratuite, à chacun le loisir de se faire une idée. J’ai été conquise.

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    Welcome to the Wild West

    Tout comme Jeff, dont le caniche vient me lécher les chevilles, me poussant à engager la conversation avec son propriétaire. Jeff a une quarantaine d’années – il en fait plus, entre soleil et cigarettes – et vient de New York. Un jour, il a quitté son job, acheté un camping-car et s’est mis à arpenter le pays. Après plusieurs années d’errance et de petits boulots, il s’est posé ici à Goldfield, où il s’occupe d’entretenir le village. On lui a aménagé un emplacement pour sa caravane, et on ne l’empêche même pas de boire une bière pendant le boulot. Jeff se sent libre ici. « C’est un des endroits les plus américains que je connaisse. Tu vas aimer. »

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    Saguaro à Goldfield.

    Lost Dutchman State Park : sur la piste de l’or perdu

    Au cœur des montagnes de la Superstition, certains chemins de randonnée sont plus populaires que d’autres : ceux du « parc du Hollandais perdu ». Le Hollandais était en vérité un Allemand, Jakob Waltz, né en 1810 dans un petit village du Baden-Würtenberg. Il appartient à cette génération d’Européens qui n’ont rien à perdre, traversent l’Atlantique en haillons, et deviennent chercheurs d’or, pionniers, bandits, aventuriers rafistolés dans tous les sens, avec une affinité prononcée pour le goulot et la gâchette. Après des années de combines et de crimes divers, Jakob devient soudain une célébrité locale. Plusieurs fois par an, il s’enfonce dans les montagnes de la Superstition, et revient chargé d’or brut. La rumeur se répand à toute vitesse : le vieux scélérat a trouvé une mine dans les montagnes. Mais tous ceux qui tentent de le suivre lors de ses excursions rocailleuses se font descendre vite fait. Jakob est riche, et personne n’a pu percer son secret. Mais même les bêtes les plus féroces de l’Ouest finissent par passer l’arme à gauche. Sur son lit de mort, l’Allemand confie l’emplacement de sa mine à la jeune femme qui le soigne, et celle-ci griffonne une carte d’après ses indications. Accompagnée d’un ami, elle part à la recherche du trésor… en vain.

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    Lost Dutchman State Park

     

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    Hello, montagne iconique !

    Le mystère dure depuis plus d’un siècle. Des centaines, des milliers d’aventuriers, de géologues amateurs et de fous de codes secrets ont échafaudé des théories les plus folles les unes que les autres. Les scientifiques disent qu’il n’y a pas d’or dans les montagnes de la Superstition, et qu’il n’y en a jamais eu. Pourtant Jakob revenait toujours à Tortilla Flat chargé d’or brut, qu’il s’empresser de dépenser de toutes les façons les plus dispendieuses et immorales possibles – d’où venait alors cet or ? Aujourd’hui encore, on croise des chercheurs d’or armés d’un détecteur de métaux et de documents ésotériques dans les montagnes. A la boutique du parc, on peut acheter la carte au trésor établie selon les indications de Jakob à l’agonie, et toutes sortes de babioles commémorant une des énigmes les plus célèbres de l’Ouest.

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    Du haut de la montagne

    Bien qu’elles n’enrichissent pas le voyageur, les Montagnes de la Superstition ne le décevront pas. Le sommet le plus célèbre, le mont dans lequel disparaissait Jakob, se nomme « l’aiguille du tisserand » – Weaver’s Needle. Ce groupe de pitons brun doré a des airs d’île au mort, avec ses arrêtes tranchantes et ses pentes recouvertes de cactus – les grands saguaros majestueux, les chollas au traître duvet, les « cactus tonneaux » qu’avril couvre de fleurs. Une petite boucle de randonnée propose de partir à l’ascension du plateau, et la vue sur les étendues d’Arizona récompense de la côte gravie en plein soleil.

    L'Apache Trail ? Une piste aussi mythique que la route 66, qui serpente dans le désert d'Arizona, et charrie toute la légende de l'Ouest ! Partez pour un road trip au pays des cactus, avec Itinera Magica.
    Panorama de la superstition…

     

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    Jolie collection de cactus : saguaro, cholla, barrel cactus.

    Tortilla Flat

    Tortilla Flat : j’ai entendu les explications les plus incongrues au sujet de ce nom loufoque. Le paysage serait « plat comme une omelette ». Il n’y aurait ici que des tortillas à manger. Un cow boy aurait mis des œufs dans sa sacoche et, les trouvant écrasés (quelle surprise, ce cow boy me semble bien peu au fait des lois de la physique en vigueur sur la planète Terre), se serait exclamé « it’s a flat tortilla ». Bref. Le Plat de l’Omelette était une halte sur la route des coursiers de poste, où on changeait de chevaux avant de poursuivre son chemin poussiéreux.

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    Ambiance accueillante à Tortilla Flat.

    Tortilla Flat est un minuscule village western très orienté sur l’absorption d’alcool. On y trouve toutes les curiosités habituelles des attractions touristiques western : un pendu, un bar couvert de billets d’un dollar, et un groupe de country, Tortilla Flat Band, qui joue là depuis vingt ans en enfilant des blagues d’ivrogne (ils m’ont bien plu). Je mange des tacos au fromage fondu en écoutant du Johnny Cash à côté d’une famille mormone très sympa. Tout ceci est outrageusement cool.

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    The Tortilla Flat Band !

     

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    Tortilla Flat était le repère de Jakob, l’Allemand perdu.

    Quand je reprends la route, le bitume cède la place à la piste sablonneuse. La véritable aventure commence.

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    La route !

    Fish Creek et la route jusqu’au Roosevelt Dam

    Voici donc les paysages sauvages qu’on m’avait promis – les routes coupe-gorge qui serpentent au milieu des canyons, les forêts de cactus ondulant jusqu’à l’horizon, les falaises abruptes, les points de vue vertigineux. Seule sur l’Apache Trail, cahotant dans des nuages de poussière au milieu de paysages en Technicolor, hurlant à tue-tête les standards country repris par le Tortilla Flat Band dont j’ai acheté le CD, j’ai complété ma check list de l’Ouest. J’envisage de faire comme Jeff, d’acheter un camping-car et un caniche, et de ne jamais repartir. Je me dis le vrai road trip qui tâche, c’est l’Apache Trail, et je bénis Mr Statue qui m’a fait renverser mon smoothie sur mon sac.

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    Grandiose Apache Trail

     

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    Sur la route

    Fish Creek Canyon fut la portion de route la plus ardue : il fallut créer une route à flanc de falaise, en creusant la roche – des mois d’effort et des tonnes de dynamite. Cela reste la partie la plus dangereuse de la piste : extrêmement étroite, serpentant au-dessus du vide.

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    Portion de route ardue

    Petite pause à Fish Creek, le camping le plus paumé de l’Ouest. Au fond de la gorge, au bord du lac, des gens pêchent et somnolent dans des chaises pliables. Tout est un peu déglingué et antique.

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    La Salt river

    La route est interminable, mais de plus en plus belle. Peu avant l’arrivée au barrage, c’est un canyon rouge vif, aux parois couvertes de cactus géant, entourant la Salt River. Je voudrais m’arrêter tous les mètres.

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    Vue sur la vallée

     

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    Cactus en fleur, joies du mois d’avril en Arizona

     

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    Floraison de l’Ouest

    L’Apache Trail s’achève au barrage. Il est possible de continuer en direction de Globe, ou de revenir sur ses pas – ce qui est mon choix. Je suis prête à affronter à nouveau la piste pour la joie de voir les montagnes de la Superstition au soleil couchant.

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    Juste avant le barrage

     

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    Roosevelt Dam

    Coucher de soleil sur l’ Apache Trail

    Je reprends donc ma route poussiéreuse.

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    Saguaro étrangement cornu

    Retour au Lost Dutchman State Park, en compagnie du fantôme de Jakob. Couverte de poussière, la voix rauque d’avoir trop chanté, je me retrouve toute seule parmi les ombres. Le parc est déserté et j’ai la certitude de vivre un des plus beaux moments de solitude sauvage de ce voyage. Je m’assois sur un banc au pied d’un saguaro immense, et j’attends en silence. Je sais que quand le soleil descend, le désert prend vie, et j’espère en être témoin.

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    De retour au coeur des Superstition Mountains

    Au bout de deux minutes, je suis exaucée au-delà de mes espérances. Un serpent à sonnette jaillit des buissons et traverse le chemin, dessinant une série de S appuyés dans le sable. Je ne bouge pas. Je ne prends pas de photo. J’attends la suite du spectacle.

    Au loin, un troupeau de biches fourrage parmi les buissons épineux, à la recherche de quelques pousses comestibles. Leurs postérieurs sont blancs et dessinent des petits points lumineux dans le couchant.

    Soudain, à quelques mètres de moi, la plus jolie surprise. Je n’espérais pas en voir :  des javelinas, ou pécaris, petits pachydermes du Nouveau Monde, qui ressemblent vaguement à des sangliers, mais n’en sont pas. C’est toute une petite famille qui sort de sa cachette et s’active tout près, tandis que je cherche à me statufier.

    Je resterai longtemps ainsi, sans bouger, jusqu’à ce que l’obscurité monte et que je sente venu le moment de continuer ma route. Un mouvement, et la faune s’égaille.

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    Esprits des Superstition.

    Ce coucher du soleil vivant sur les montagnes noires restera mon plus beau souvenir de l’Apache Trail – peut-être même du voyage tout entier.

    Vous voulez voir les serpents, les javelinas, les coyotes et toute la foule du désert ? Prochain article sur Itinera Magica : la faune et la flore du désert d’Arizona !

    L'Apache Trail, la plus belle piste de l'Ouest ! Incontournable de tout roadtrip en Arizona, USA
    Epinglez moi !

    En pratique : road trip sur l’Apache Trail, les détails

    L’Apache Trail est une piste dans le désert, à environ une heure de route à l’Est de Phoenix. L’Apache Trail, la vraie, l’historique, va d’Apache Junction à Roosevelt Dam. Une fois arrivé au barrage, vous avez deux possibilités :  finir la boucle en direction de Globe, ou revenir sur vos pas. La portion qui part vers Globe est beaucoup plus banale, mais a l’avantage de vous éviter de reprendre la piste.

    Carte de l'Apache Trail
    Carte globale
    Apache Trail
    Carte détaillée. La partie historique est en haut (Apache Junction jusqu’au barrage), le reste de la boucle en bas. Source de l’image

    Quel que soit votre choix, il vous faudra la journée pour parcourir l’Apache Trail, surtout si vous voulez prendre le temps de visiter Goldfield Ghosttown, faire une petite randonnée à Lost Dutchman State Park, manger des tacos à Tortilla Flat…

    Faut-il un 4 x 4 pour prendre l’Apache Trail ?

    Non. De Tortilla Flat au barrage, il s’agit de piste non bitumée, mais de bonne qualité : relativement lisse et stable. Je l’ai empruntée avec la plus petite voiture de l’agence de location sans souci. En revanche, soyez extrêmement vigilant sur la météo : comme toutes les routes dans le désert, mais de façon plus aigüe et dramatique encore, l’Apache Trail est sujette à ce qu’on appelle les « flash floods » (inondations éclair). Ces torrents soudains de boue tuent des automobilistes imprudents chaque année en Arizona. N’empruntez jamais ce type de route s’il existe un risque de pluie. De plus, j’imagine que la piste doit être beaucoup plus difficile par temps humide : choisissez un jour ensoleillé où elle sera sèche et bien dure.

    Peut-on manger sur l’ Apache Trail ?

    Oui, au tout début à Goldfield Ghosttown, et au milieu, à Tortilla Flat. Au camping de Fish Creek, on peut également acheter quelques boissons, biscuits, etc.

    Combien de temps pour faire l’Apache Trail ?

    Il faut compter une journée entière, ne prenez pas moins, vous n’en profiteriez pas.

    Combien ça coûte ?

    L’Apache Trail est une route publique et gratuite. L’entrée au Lost Dutchman State Park coûte 7 dollars par personne. Il existe également un site de camping dans le parc : 15 dollars sans électricité, 25 avec.

    L’Apache Trail, est-ce que ça vaut le coup ?

    Absolument ! Cela restera un de mes plus beaux souvenirs d’Arizona.

    Apache Trail – roadtrip Arizona – voyage en Arizona – USA – découvrir l’Apache Trail – Arizona – Etats-Unis

  • Horseshoe Bend et le lac Powell

     Comment aller à Horseshoe Bend ? Que faire sur le lac Po
    well ? Road trip en Arizona, blog Arizona
    A Page, en Arizona, le fleuve Colorado se retourne à 180 degrés dans une gorge rouge et ocre, avant de s’engouffrer dans le Grand Canyon. On appelle cette fabuleuse curiosité minérale Horseshoe Bend (le méandre en forme de sabot de cheval), et c’est une expérience magique que d’y voir le soleil se lever. Quelques kilomètres plus loin, le gigantesque barrage de Glen Dam noie rochers et canyons sous les eaux d’un lac artificel, le Lac Powell. Voyage en Arizona au fil de l’eau, à la découverte des merveilles géologiques qu’elle a sculptées.
    Comment aller à Horseshoe Bend ? Que faire sur le lac Powell ? A la découverte d’un des plus beaux secrets d’Arizona.

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Ondoyances rouges et ocres au coeur du désert, sur les rives du lac Powell.

    Cet article fait partie d’une série consacrée à un road trip en Arizona, qui va durer tout le mois d’avril sur Itinera Magica, et qui est associée à un jeu concours, « Avril en Arizona ». Pour lire l’introduction générale et participer au concours, c’est par ici.

    Horseshoe Bend, le plus célèbre méandre du fleuve Colorado, je l’avais vu pour la première fois derrière le hublot d’un avion, l’été dernier. Engourdie par des heures et des heures de vol, je somnolais sans regarder le paysage quand je me suis soudain réveillée d’un seul coup, et ai regardé le sol, comme si quelque chose m’y appelait. Et c’est là que j’ai vu la boucle émeraude au milieu des étendues sanguines, le petit miracle géologique (pourquoi un fleuve choisit-il un cours aussi étrange et incongru ?) révélé un instant par la trajectoire aérienne. J’ai sorti mon portable et pris cette photo. Et je me suis promis de revenir.

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Horseshoe Bend, vu d’avion.

    Un an plus tard, je quitte le parc du Grand Canyon vers le Nord-Est, par la Desert View Road, et remonte le cours du fleuve Colorado en direction de Page. Je suis engagée dans une course contre le soleil qui descend, car je veux le voir se coucher à Horseshoe Bend.

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Ma dernière vision du Grand Canyon avant de quitter le parc. Pour en savoir plus, lisez l’article ici.

    La route au milieu de nulle part : cap sur Page

     Il est difficile de raconter la surprise perpétuelle de ces paysages du Nord de l’Arizona. Dans le parc du Grand Canyon, le sublime est un dû : dans un des lieux les plus touristiques et célébrés des Etats-Unis, on sait qu’on va avoir le souffle coupé, qu’on se tient au cœur du mythe, et notre cœur se prépare déjà à battre la chamade avant même d’avoir entraperçu le canyon. Le vertige est balisé. Mais ce que personne ne vous dit, c’est que le sublime ne respecte pas les barrières, qu’il n’est pas un petit troupeau bien docile de merveilles géologiques qui  s’arrêtent sagement aux limites du parc naturel. On quitte le parc, et on s’attend à reposer son œil et son cœur, et on découvre la beauté sauvage et abandonnée. Au milieu de nulle part, négligemment posés au bord de la route sans un panneau qui les mette en valeur, sans le moindre aménagement touristique, c’est une succession de gorges aux parois abruptes, de points de vue époustouflants, de badlands ocres, de montagnes à qui leur taille, leur forme et leur couleur vaudraient des milliers de visites, si elles avaient eu seulement la chance de s’élever en Europe. J’en parlerai plus tard avec des amis d’Aix-en-Provence : « Est-ce que tu as vu que sur la route du Grand Canyon à Page, il y a une Sainte-Victoire ? Même silhouette, même allure générale. Sauf qu’elle est quatre fois plus grande. Et rouge sang. Et que personne ne s’y intéresse. » C’est la banalité du sublime en vrac, négligé par l’œil gavé à satiété. Sur cette route qui serpente au milieu des solitudes à perte de vue, je sais pourquoi j’aime tant les Etats-Unis : pour le privilège ordinaire du vertige.

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    Sur la route, des badlands violines, saisis au vol.

     

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Les stations essence de l’Ouest américain donnent toujours envie de tourner des films.

    Ce n’est plus le parc national du Grand Canyon, mais c’est toujours le Grand Canyon : son tracé couvre une distance de quatre cent cinquante kilomètres. Si vous avez lu mon article à son sujet, vous savez qu’il s’étend du Lake Powell, à l’Est, au Lake Mead, à l’Ouest, là où le fleuve Colorado a traversé des montagnes.  Vous savez que l’Arizona est un fabuleux millefeuille géologique. Que le Colorado et ses mille affluents sont partis à l’abordage des hauts plateaux nus, et qu’ils ont cisaillé inlassablement la roche, mis à nu les strates de la Terre, et dessiné cette région à nulle autre pareille, ce labyrinthe de canyons comme les veines d’un géant assoupi. Il est difficile d’imaginer l’échelle. Ce sont des centaines, des milliers de kilomètres carrés de Terre ravinée et à vif. Tout itinéraire devient une épopée. Il vous faut parfois quatre heures pour couvrir des distances qui, à vol d’oiseau, ne représenteraient qu’une vingtaine de kilomètres – car le sol torturé sème partout des embûches et des gorges infranchissables. C’est une des plus belles routes de ma vie, et je voudrais m’arrêter tous les cent mètres, mais je résiste. Le soleil descend et Horseshoe Bend est encore loin. Les ombres font grandir les montagnes et creusent les ravins. Je suis en train de remonter le cours du fleuve. D’aller à la source de l’émerveillement.

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    Gorges du Colorado, quelque part à la sortie du parc du Grand Canyon

     

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    Quelque part sur la route.

    Soudain, du haut d’une colline rousse, je commence la descente vers Page. A ma droite, une gigantesque centrale à charbon, qui crache du noir au milieu du désert. A ma gauche, le barrage de Glen Dam, qui a donné naissance au Lake Powell. De monstrueuses lignes à haute tension filent vers tous les points cardinaux. Par-delà les immensités, l’électricité qui jaillit ici alimente Arizona, Nevada, Nouveau Mexique et Californie. Page est le genre d’endroit où on teste les bombes atomiques et élève des monstres. Page est un dragon qu’on a enchaîné loin des hommes, caché au cœur du désert, mais dont les flammes nourricières portent jusqu’aux confins.

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    Page entre chien et loup : la station.

     

    C’est une ville née d’un campement, en 1957, lorsque les hommes ont décidé qu’il fallait dompter le cours impétueux du fleuve Colorado, et qu’ils ont commencé à construire le barrage de Glen Dam. Les Navajo, à qui appartient le nord de l’Arizona, ont concédé un terrain à l’Etat en échange d’autres terres. Page est la fille de la précipitation et du provisoire, un camp d’ouvriers improvisé sur une grande mesa au-dessus du fleuve – car il fallait anticiper la montée des eaux, une fois l’ouvrage achevé, et fuir ses rives – et qui s’est pétrifié en ville. Il y a des stations essence, des motels, des restaurants mexicains et des églises, rangées en file indienne dans une seule rue sacrifiée à cet usage. J’imagine bien la construction de la ville ouvrière, le vacarme des grues et les tempêtes de poussière. « Et là, vous me mettez toutes les églises, comme ça c’est réglé ».

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    « Le club de sport du Seigneur », à Page.

    Comment aller à Horseshoe Bend ? Le méandre magique

    Je m’arrête à la première station : « Horseshoe Bend, s’il vous plaît ? » « Vous suivez la 89 sur quatre miles. Quand vous verrez des tas de voitures garées au bord de la route et des gens qui courent avec des appareils photos, vous saurez que vous y êtes. »

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    La station où on m’a gentiment renseignée, tenue par des Navajo. Voyez vous les ombres qui s’allongent ? L’imminence du coucher de soleil ?

    Je me rue sur la 89 et le soleil flirte dangereusement avec l’horizon. Je repense à la fin du Dracula de Coppola – à la course contre le crépuscule. Le pompiste ne m’avait pas menti : l’attroupement automobile trahit la présence de LA curiosité qu’on veut tous mettre sur Instagram. Un coucher de soleil à Horseshoe Bend, c’est sur la check list du road trip en Arizona. Moi aussi, je me mets à courir. Il faut franchir une colline ensablée pour rejoindre le bord de la gorge, il devrait y en avoir pour vingt-cinq ou trente minutes en temps normal, mais je suis déterminée à diviser ce temps par dix. J’imagine qu’un observateur extérieur nous trouverait éminemment grotesques, titubant dans le sable, échevelés, le sac à dos qui rebondit sur les reins et l’appareil à la main, suppliant le soleil de ralentir sa course.
    Enfin, me voilà trempée et à bout de souffle au bord du méandre.

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    Coucher de soleil sur Horseshoe Bend

    Ici, le Colorado fait une boucle à 180 degrés, et continue sa course vers l’Ouest, vers le plateau de Kaibab. Le lieu fascine car il raconte l’audace de cette rivière, ses revirements impromptus, ses caprices. Ces eaux ont le culte de l’inattendu. C’est ici que tout commence, au milieu de nulle part, que le fleuve entêté se renverse et tranche la pierre, dessine ces paysages hors normes qui aimantent les voyageurs du monde entier. Le coucher de soleil à Horseshoe Bend, c’est un rituel d’inspiration – pour apprendre à nager à rebours et gravir les montagnes.

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    Après le coucher de soleil.

    J’ai du mal à prendre des photos. Nous sommes nombreux, j’ai toujours un selfie stick dans le champ, et le soleil au-dessus de la gorge assure le contrejour. Au bout de quelques minutes, j’arrête de mitrailler, et je m’assois pour regarder le coucher. Tout se passe en un éclair. Les montagnes ouvrent grand leurs mâchoires, et aussitôt le soleil dévoré, l’ombre s’abat sur les plaines – les rouges se changent en gris, l’obscurité descend à une vitesse effrayante. Au loin Page s’allume et les motels ouvrent leurs bras. Epuisée, je m’endors sans mettre de réveil.

    A six heures du matin, j’ouvre les yeux dans la pénombre. Le jour n’est pas levé, des draperies mauves enveloppent l’horizon. Est-ce que… est-ce que je retourne à Horseshoe Bend pour le lever du soleil ? Deux secondes plus tard, je commence à empiler pulls et blousons, et me jette dans l’air froid du matin.

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    Premières lueurs.

    Page est fantomatique. Un halo bleuté nimbe les stations essence et les dos monolithiques des roches lovées dans l’ombre comme autant de dinosaures assoupis. Je roule dans le secret de l’aube sur les routes désertes.

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    Station spectrale.

    Il n’y a cette fois presque personne sur le parking en bord de route. Je commence l’ascension de la dune rouge qui cache Horseshoe Bend, et le soleil surgit.

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    Un homme marche devant moi sur le sentier menant au méandre.

     

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    Surgissement du soleil.
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    Horseshoe Bend.

    La lumière d’or éclabousse le sommet des montagnes et le bord de la gorge – c’est une lumière de film, rayonnante et douce, qui caresse les paysages comme un innamoramento. Nous sommes une poignée à nous tenir sur les roches froissées, quelques photographes et un couple de français en voyage de noces, ébouriffés et amoureux. Nous nous baignons en silence dans une marée d’or.

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    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado.

    Découvrir le fabuleux lac Powell

    Quelques heures et un passage par la machine à gaufre du motel plus tard, je me dirige vers le lac Powell.

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    Au dessus du fleuve Colorado.

     

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    Au dessus du barrage.

    Le plus grand lac artificiel des Etats-Unis porte le nom de l’aventurier qui a descendu le premier le cours du Colorado et découvert le Grand Canyon, dans une expédition dont tous ne sont pas revenus vivants – je raconte son histoire ici. La haute paroi du Glen Canyon Dam module les colères du fleuve et crée des tâches de bleu dans un monde de rouge.

     

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    Glen Canyon Dam
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    La retenue.

     

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    Vue sur la gorge depuis Glen Canyon Dam.

    Je monte jusqu’au Wahweap Overlook, qui surplombe le lac. Le lac Powell a noyé mesas, roches et flèches minérales, qui émergent hagardes des eaux à perte de vue, comme les mâts de bateaux naufragés. La baisse du niveau du lac a laissé une marque blanche sur la roche, une étrange bande claire qui leur donne un air presque animal, comme une horde de fouines ou de marcassins qui s’égaillent. C’est un paysage fantasmagorique, que je voudrais prendre le temps de découvrir en bateau, au fil des arches de pierre et des canyons engloutis. Un monde perdu dort sous la surface. Je me demande combien de pétroglyphes, gravés dans la roche par les peuples d’autrefois, de villages indiens et de tombes ont été submergées par les eaux, quels secrets s’abîment dans les fonds limoneux.

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    Point de vue sur le Lake Powell

     

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Marina de Wahweap

    Les falaises qui surgissent ici à perte de vue, ces formations abruptes au milieu des plaines, se nomment les Vermilion Cliffs – les falaises vermillon. Ce que j’ai vu sur la route du Grand Canyon à Page, ces « Sainte-Victoire » couleur hémoglobine, appartiennent à la chaîne des falaises vermillon. Sur ce qu’on appelle le grand escalier du Colorado, les cinq « étages » dont on voit les strates au Grand Canyon et à Grand Staircase National Monument, les Vermilion Cliffs sont la deuxième marche – les vestiges d’immenses continents de pierre érodée. Je lis qu’il s’agit de dunes de sable et de limon, fossilisées et pétrifiées au fil des millénaires.

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Lac Powell et marches du Grand Staircase

     

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Panoramas du nord de l’Arizona : Vermilion Cliffs

    Voici la clef des fabuleux trésors géologiques du nord de l’Arizona. Ce furent des paysages mouvants, ondulant au gré des vents sur la terre sans limites, et que le temps est venu figer en plein vol. Imaginez des dunes qui auraient joué à 1,2,3 Soleil, suspendues au creux d’une vague, arrêtées en pleine danse, et dont les ondulations fantastiques auraient été coulées dans la pierre multicolore. Au nord de Page s’étend le parc de Vermilion Cliffs National Monument, qui recèle un des endroits qui me font le plus rêver au monde : The Wave. Une vague de pierre, striée de marbrures déclinant tout le camaïeu des rouges, à des centaines de kilomètres de la mer. Seules vingt personnes obtiennent la permission de la découvrir chaque jour, afin de préserver ce site exceptionnel. Et je n’ai pas été tirée au sort. Je me console en rêvant au jour où je reviendrai, en admirant les fabuleuses photos de Betty et Guillaume qui ont eu cette chance. Et sur les bords du Lac Powell, j’ai découvert le même type de formations – moins spectaculaires, évidemment, que celles de The Wave, mais taillées dans le même tissu géologique, révélant la même propension à la volute, à la couleur, à la courbure polie par le vent et l’eau qui brûle. Cet endroit ravissant se nomme Desert Gardens, en VF les jardins du désert, sur la rive opposée au Glen Canyon Dam. C’était ma petite vague à moi – assez pour alimenter le désir, et me faire jurer de revenir en Arizona.

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Paysage de dunes pétrifiées au bord du lac Powell

     

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Une petite vague…

     

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Jardins du désert.

     

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Dunes de sable pétrifiées.

    Et il me reste encore une merveille à explorer à Page…

    A suivre sur Itinera Magica : Antelope Canyon, le « slot canyon » le plus photogénique du monde. Je vous parlerai aussi des Navajo, à qui il appartient.

    Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica, Ariane Fornia
    Heureuse dans l’Ouest

    Visiter Horseshoe Bend et le lac Powell : en pratique

    Comment aller à Page ?

    Page est située tout au nord de l’Arizona, à 4h de route au nord de Phoenix, ou 4h à l’est de Las Vegas. La plupart des gens suivent l’itinéraire qui a été le mien : ils vont d’abord à Grand Canyon Village, puis poursuivent vers Page (2h30 de route).

    Page itinéraire

    Où dormir à Page ?

    Dormir à Page est facile – c’est une ville touristique –, mais méfiez-vous : dès le printemps, tout se remplit très vite ! Les rives du lac Powell comptent plusieurs campings très bien aménagés, et la ville regorge de motels. J’ai dormi au Rodway Inn qui a été mon meilleur rapport qualité/prix durant ce road trip en Arizona : 60 dollars pour une chambre propre et spacieuse avec baignoire, parking, wifi et petit-déjeuner étonnamment correct (c’est très rare dans ce type de motels, j’étais très surprise d’y trouver des choses comestibles !). Si vous cherchez un hôtel romantique et de charme… préparez-vous à être déçu, ce n’est pas le genre de Page !

    Comment trouver Horseshoe Bend ? Horseshoe Bend : comment y aller ?

    Horseshoe Bend est à 4 miles au sud de Page, sur la route US Highway 89. Ouvrez bien les yeux, un petit panneau brun (sur la droite en venant de Page) vous indiquera « Horseshoe Bend Parking ». Il vous faudra ensuite marcher environ vingt-cinq minutes pour franchir la colline et accéder au canyon. La marche n’est pas difficile, mais attention avec des enfants, l’endroit n’est pas sécurisé, aucune barrière ne protège de l’à pic.

    Horseshoe Bend au lever ou au coucher du soleil ?

    Le truc le plus populaire, c’est le coucher du soleil. C’est considéré comme un must du road trip dans l’Arizona. Mais vous aurez un monde fou, et un gros contrejour sur le Bend… J’ai préféré le lever du soleil, très tôt le matin, où j’étais presque seule et où la lumière était beaucoup plus belle et photogénique.

    Photographier Horseshoe Bend : conseils photo

    Une seule règle : le GRAND ANGLE ! Sinon, vous ne pourrez pas tout faire rentrer dans l’image, et ça serait dommage de couper le Bend ! J’ai utilisé mon objectif Canon 10-22.

    Que faire sur le lac Powell ?

    – Marcher sur le Glen Canyon Dam, grand barrage sur le Colorado, et aller au Visitor Center du Glen Canyon Dam pour obtenir la carte des randonnées

    – Aller au Wahweap Overlook pour une belle vue sur une partie du lac (pourquoi une partie ? parce qu’il s’étend sur 300 kilomètres !)

    – Marcher sur les rives du lac pour voir les formations géologiques qui rappellent The Wave

    – Si vous avez le temps : depuis Wahweap Marina ou Antelope Point Marina, vous pouvez prendre un bateau qui vous permettra de découvrir le lac lac et ses nombreuses curiosités géologiques. Pour voir le célèbre Rainbow Bridge, le plus grand pont naturel du monde, il vous faudra prendre une journée entière : 6h de bateau, un arrêt à Rainbow Bridge Point, 3km de marche, retour au bateau. J’y ai renoncé et j’ai regretté : il est difficile d’imaginer à quel point le lac Powell est beau et hypnotique avant de l’avoir vu de ses yeux. Si c’était à refaire, je le ferais, d’autant que Rainbow Bridge n’est accessible que par bateau. C’est un lieu qui n’est pas assez valorisé par nous autres blogueurs, je trouve, qui reste trop souvent en dehors de nos itinéraires – ne faites pas la même bêtise que moi, prenez une journée et découvrez le Lac Powell en bateau ! (C’est sur ma « bucket list » pour mon prochain voyage dans le Sud-Ouest des USA ;-))

    – En été : le lac Powell et le fleuve Colorado sont un paradis des activités nautiques.

    Plus d’infos ici sur le site du parc.

    Comment aller à Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado, et sur les rives du Lac Powell regorgent de merveilles géologiques. Le road trip continue à Page, Arizona. Itinera Magica
    Carte de Page via Google Earth, avec les différentes attractions.

    Que faire d’autre à Page ?

    Découvrir Antelope Canyon !

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  • L’énigme du Grand Canyon

    Savez-vous que le Grand Canyon demeure une énigme ? Il a beau être universellement considéré comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde, et attirer des millions de voyageurs fascinés par sa beauté qui se décline en superlatifs, le Grand Canyon n’a pas révélé tous ses secrets. Aujourd’hui encore, les scientifiques continuent d’échafauder des théories pour comprendre comment la rivière Colorado a pu creuser un tel monstre. Quelques chiffres qui donnent le vertige : 450 kilomètres de longueur, une profondeur moyenne d’un kilomètre, avec un maximum de deux kilomètres, et une largeur incroyable d’entre cinq et trente kilomètres séparant les deux lèvres du gouffre. Le Grand Canyon est un incontournable, un des lieux qu’il faut avoir vu une fois dans sa vie. Mais c’est aussi un lieu mystérieux qu’on ne comprend pas, qui semble perpétuellement défier le regard et l’entendement. Voyage à la poursuite des mystères du Grand Canyon.

    Saviez-vous que le Grand Canyon reste une énigme ? Que les scientifiques se demandent toujours comment est née cette gorge de tous les superlatifs ? Voyage à la découverte des secrets du Grand Canyon, histoires folles, photos à donner le vertige, astuces et itinéraires.
    Vertige du grand canyon.

     

    Saviez-vous que le Grand Canyon reste une énigme ? Que les scientifiques se demandent toujours comment est née cette gorge de tous les superlatifs ? Voyage à la découverte des secrets du Grand Canyon, histoires folles, photos à donner le vertige, astuces et itinéraires.
    Arrivée sur le Grand Canyon en hélicoptère

    Cet article fait partie d’une série consacrée à un road trip en Arizona, qui va durer tout le mois d’avril sur Itinera Magica, et qui est associée à un jeu concours, « Avril en Arizona ». Pour lire l’introduction générale et participer au concours, c’est par ici.

    Les ténèbres vivantes

    J’arrive au Grand Canyon à la nuit tombée, après avoir roulé sur une portion de route 66. En quittant Sedona et en poursuivant vers le nord, j’ai bien senti peu à peu que je quittais les plaines, et que je prenais graduellement de l’altitude. L’air se rafraîchit, les cactus disparaissent et laissent place aux pins. Mais cette élévation est insidieuse, et je n’ai pas senti que j’étais si haut. Que tout à coup la surface, qui semblait plane, aller s’ouvrir en deux comme un tronc sur lequel s’abat une hache, et qu’un trou de mille ou deux mille mètres allait béer sous mes pieds. On peut s’approcher du Grand Canyon et ne rien voir, ne rien deviner. Cette faille immense, qui a la forme d’un éclair couché sur le sol, surgit aussi avec la soudaineté de la foudre. Tout est vide et plat, tout semble inoffensif, et soudain, soudain – il n’y a plus de mots.

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    Point de vue sur la merveille

    Je ne peux pas attendre le matin. A trois heures du matin, dans un froid épouvantable, je me réveille saisie de l’impérieuse nécessité de voir le canyon, maintenant, je marche trente minutes dans le noir et le vent, et je vais à la faille.

    C’est comme se tenir au bord du ciel. Les ténèbres sont trop épaisses pour que je puisse détailler le visage de l’immensité, mais je la perçois confusément. Je devine tout ce vide qui trémule dans la nuit, comme un animal dont les pulsations sourdes se logeraient sous ma peau. Je suis transie. Les rafales vont vaciller le trépied de mon appareil photo, les images sont floues, imprécises. Il me faudra attendre le matin.

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    Le grand canyon au coeur de la nuit, dans le vent glacial.

    Le pays de Dieu

    Je retourne me mettre à l’abri, mais je ne peux pas dormir. Je guette les premières lueurs de l’aube pendant deux heures, puis je recommence mon pèlerinage dans la bourrasque. Cette fois, je ne suis plus seule. Des dizaines de personnes emmitouflées attendent le lever du jour.

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    La lumière surgit peu à peu.

    Peu à peu, la lumière dorée vient toucher les crêtes, comme le doigt de Dieu au plafond de la chapelle Sixtine, et délaie l’ombre qui dissimule les mille accidents et anfractuosités de la roche.

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    Lever du jour sur le Grand Canyon.

    A vrai dire, le Grand Canyon n’est même pas le canyon le plus profond qu’on trouve sur Terre. Le canyon de Yarlung Tsangpo, au Tibet, et le canyon de Colca, au Pérou, se disputent ce titre. Ce n’est pas non plus le plus large. Cet honneur revient au canyon de la Fish River, en Namibie, suivi de la vallée de Capertee, en Australie. Mais la conjonction des facteurs – longueur, profondeur, largeur – fait de lui le plus spectaculaire, le plus saisissant. C’est aussi celui où les différentes strates du manteau terrestre, mises à nues par l’eau qui taillade la pierre, sont les plus visibles et explicites. Un profane voit à l’œil nu les différentes couches : le calcaire, le grès, l’argile, le granite, le schiste, recelant toutes le secret d’une époque du monde. Plonger le regard dans la gorge, c’est remonter le temps. Plus grande est la profondeur, plus la roche est ancienne. Au fond du canyon, où coule le fleuve, on foule un sol vieux de six cent millions d’années. C’est le fondement géologique du continent américain, « rock bottom », disent les Américains. Le fond du fond, le bas du bas. Le secret à découvert. C’est comme si la Terre avait choisi cet endroit précis pour se mettre à nu, abrasant couche par couche tous les revêtements qui la soustrayaient à notre curiosité.  Ce geste de dévoilement est si extrême qu’il en deviendrait presque obscène, psychanalytique : je suis votre mère la Terre, et vous me voyez nue jusqu’à la moelle.

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    La terre à nu.

    Je vois des gens en prière. Toujours aux Etats-Unis, je suis marquée par cette communion transconfessionnelle face aux splendeurs de la nature. Certains y voient l’œuvre d’Allah ou Yahvé, d’autres le giron de Mère Nature, d’autres encore la clef du destin. Car d’une certaine façon, le Grand Canyon est le signe d’une élection divine. C’est peut-être la clef d’un certain tempérament américain – le messianisme et la mégalomanie.

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    Tous unis pour voir le jour se lever à Mather Point.

    Imaginez. Imaginez l’exilé qui a fui l’Europe, les persécutions religieuses et la misère, qui a traversé l’océan sur une coquille de noix, et continué son avancée vers l’Ouest, Bible en main, mu par la certitude d’une révélation imminente. Et il découvre ce pays que la démesure cheville au corps. Il découvre les plaines plus grandes que tout ce que l’Europe a jamais pu contenir, balayées par des tornades infernales, il découvre les geysers qui jaillissent du sol, les orages plus dantesques que dans ses pires cauchemars, les déserts vertigineux. Car les Etats-Unis sont le pays des records monstrueux. Les plus violentes tornades, la plus haute température jamais enregistrée sur Terre, les orages les plus apocalyptiques, et ça. Le Grand Canyon. Comment ne pas penser avoir trouvé le pays de Dieu ? C’est une terre biblique, sublime et violente, une terre qui semble avoir été façonnée par Dieu pour donner aux hommes des raisons de croire en Lui. J’ai lu et entendu mille fois l’argument dans la bouche des tenants du design intelligent. « Vous croyez que la nature explique tout ? Mais vous êtes fous. Regardez le Grand Canyon. Si vous pensez vraiment que c’est le fleuve Colorado qui a creusé ça, vous êtes un idiot. Un minuscule cours d’eau qui ouvre une faille de deux kilomètres de profondeur et trente de largeur ? » Si les sites web des créationnistes mettent le Grand Canyon en première ligne dans leur guerre contre la rationalité scientifique, c’est parce qu’un certain nombre d’énigmes n’ont pas été élucidées.

    Le Grand Canyon : un mystère géologique

    Car le strip-tease de la nature n’a pourtant pas permis de percer tous les secrets du monstre géologique. Il y a des incohérences dans le Grand Canyon : des roches très anciennes qui côtoient d’autres beaucoup plus récentes, une rivière qui part à l’assaut d’une montagne, des sédiments qui ne collent pas avec les grandes thèses sur la formation du canyon, et beaucoup d’autres bizarreries qui donnent aux créationnistes mille prétextes pour faire entrer Dieu dans l’équation. Le livre du brillant géologue Wayne Ranney, Carving Grand Canyon: Evidence, Theories and Mystery propose un fabuleux tour d’horizon des différentes théories en présence, et des énigmes qui n’ont toujours pas été résolues.

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    Le fleuve Colorado et son canyon vus d’avion.

    Jamais le fleuve Colorado n’aurait pu creuser le Grand Canyon dans les grands espaces de l’Ouest si cette région n’était constituée d’immenses plateaux. Il a fallu que la Terre se soulève toute entière, que le continent américain se hisse sur la pointe des pieds pour former ces blocs vertigineux de pierre compacte, dans laquelle l’eau est venue se frayer un chemin. Sans plateau, pas de canyon. Pourquoi le Mississipi, qui est un fleuve colossal, infiniment plus large, puissant et profond que le Colorado, n’a jamais dessiné le moindre canyon ? Parce qu’il n’a pas eu d’élévation à se mettre sous la dent, pas de muraille à franchir. A une autre échelle, nous en avons un exemple chez nous, dans les gorges de l’Ardèche, du Tarn et du Verdon : pour que naissent ces merveilles géologiques, il faut des roches tendres à sacrifier. La clef, ce n’est pas la rivière, ce sont les plateaux, la nature de ces roches qui demandaient à être brisées, tranchées, ouvertes. La fascination qu’exerce le Sud-Ouest des Etats-Unis sur tant de voyageurs réside peut-être dans cette audace : c’est là que la Terre réclame qu’on la dénude.

    Il ne faut pas non plus imaginer que le Colorado seul, ce fleuve fourbe et dangereux, mais dont le débit est finalement est assez maigre, ait pu creuser une telle étendue – jamais le Colorado, qui prend sa source au cœur des Rocheuses et n’est finalement qu’une grande rivière de montagne, n’a fait trente kilomètres de large. Mais un phénomène de grande dénudation a eu lieu : la brèche ouverte par la rivière a été peu à peu agrandie par l’érosion. Au fil des ères climatiques, des glaciers se sont formés, et ont rompu la roche, provoquant l’écroulement des sédiments, jusqu’à atteindre la base solide du continent. Le Colorado ne semble pas pouvoir creuser plus bas. Jusqu’ici, les scientifiques sont à peu près d’accord.

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    L’Arizona exposée jusqu’à l’os à Desert View.

    Mais voici le premier grand mystère. Le fleuve Colorado coule d’Est en Ouest : des Rocheuses au Golfe de Californie, où il va se jeter dans l’océan. Si le Grand Canyon est aussi spectaculaire, c’est qu’à une cinquantaine de miles à l’Est du Lake Powell, le Colorado prend soudain un virage à quatre-vingt-dix-degrés, et s’engouffre dans le plateau de Kaibab. Aucune faille géologique ne semble pouvoir expliquer ce changement soudain de cours : le Colorado va à rebours de la faille. En temps normal, l’eau choisit toujours le chemin le plus aisé. Elle suit les failles, et surtout, elle ne grimpe pas à l’assaut des montagnes, elle les contourne. Or le cours audacieux du Colorado évoque la folie d’Hannibal, qui décide de traverser les Alpes à dos d’éléphant : voici un fleuve qui va se jeter droit contre l’élévation, qui grimpe au plateau, qui vient l’attaquer, le ronger avec opiniâtreté, comme si un obscur désir de vengeance le poussait à faire fi des bonnes manières géologiques. Tout à coup, le Colorado met le cap à l’Ouest toute, et part à l’abordage de Kaibab. Mille théories ont tenté d’expliquer cette étrangeté. Beaucoup pensent même que le Colorado coulait autrefois dans l’autre sens, et qu’un soudain changement de direction a eu lieu. Mais comment ? Pourquoi ? L’analyse des roches et des sédiments ne peut confirmer cette hypothèse. D’autres encore que le fleuve était là avant, et que le plateau de Kaibab est monté après. Que la montagne est venue s’enchâsser autour de la rivière. Une telle hypothèse donne le vertige, et soulève la question irrésolue de la vitesse de création du Grand Canyon. Combien de temps a-t-il fallu à l’érosion et aux forces titanesques de la nature pour creuser le Grand Canyon ? Certains évoquent une naissance rapide, soudaine, en un battement de cils géologique.

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    Carte du Grand Canyon, tirée du livre de Wayne Ranney. On voit le fleuve Colorado faire un soudain virage à 90 degrés vers l’Ouest, et s’enfoncer dans le plateau de Kaibab.

    Rivières pirates et aventuriers kamikazes

     

    Une autre théorie encore est celle de la conjonction de plusieurs fleuves. Les hauts plateaux d’Arizona invitent à cette hypothèse. Le mot « Grand Canyon » est trompeur : il ne s’agit pas que d’une faille, d’un fleuve. L’Ouest des Etats-Unis, et tout particulièrement le pays des canyons, Arizona et Utah, c’est un réseau inouï de plateaux ravinés par mille rivières sournoises et entêtées, qui s’immiscent dans la pierre rouge et dessinent un lacis inextricable de boyaux abrupts et de gorges dédaléennes. Voilà pourquoi les trajets en voiture sont si longs, voilà pourquoi il faut des heures pour aller de Grand Canyon Village à Page (à l’Est) ou à Supai (à l’Ouest), alors que les distances à vol d’oiseau ne sont pas si spectaculaires : nous roulons au milieu d’un gruyère de roches vaincues par l’eau.

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    Vue aérienne des canyons.

    Dans ce champ de bataille géologique, les rivières pratiquent un comportement que les géologues qualifient de pirate : la captation et le détournement d’un cours d’eau par un autre, comme une bande de flibustiers qui se jetteraient sur le pont d’un autre navire pour s’emparer de son commandement. Une rivière cisaille une barrière rocheuse pour rejoindre le cours d’une autre. Quand elle la rejoint enfin, elle la détourne complètement : toute l’eau se jette dans le canyon creusé par la rivière audacieuse, et le lit piraté se retrouve vide et déserté. Ainsi se métamorphose le labyrinthe de pierre. L’explication du virage vers l’Ouest du Colorado réside sans doute dans un tel acte de piraterie. Mais jamais personne n’a encore trouvé la preuve du forfait, et résolu l’énigme de la rivière audacieuse qui se lance à l’assaut de la montagne.

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    Au bord du Colorado.

    Lui-même fleuve pirate, le Colorado est aussi un cours d’eau dangereux. Si le barrage sur le Lac Powell a régulé ses explosions de fureur, les rapides continuent de tuer régulièrement les imprudents. On meurt souvent au Grand Canyon, et le livre Over the Edge: Death in Grand Canyon répertorie les accidents. Les chutes sont les plus meurtrières. La starlette hollywoodienne des années 40 qui s’approche trop du bord pour faire plaisir aux photographes, la jeune mariée qui avait décidé de parcourir le Grand Canyon d’un bout à l’autre pour son voyage de noce, le père de famille qui veut effrayer sa fille en faisant croire qu’il trébuche, et trébuche vraiment, tous sont avalés par la gorge infernale. Mais la rivière continue de réclamer son tribut. Les expéditions en rafting durent une dizaine de jours, et sont unanimement décrites comme une expérience hors du commun, bouleversante. J’avoue en rêver. Mais lorsque j’arrive au point de vue de Desert View, tout à l’Est du parc national du Grand Canyon, et aperçois le rapide de Hance, mon cœur se serre. Je suis à des kilomètres du rapide, le Colorado est réduite à la taille du filet qui coule d’un robinet, et pourtant je le vois – l’eau blanche, blanche, blanche, agitée par des remous que je n’ose imaginer. Un ranger me dit que prendre Hance Rapid en rafting au début du printemps, quand la fonte des glaciers gonfle le fleuve, c’est comme tomber d’un immeuble de trois étages.

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    On aperçoit les eaux blanches du Rapide de Hance au fond de la photo.

    Une histoire fascine tous les voyageurs amoureux du Grand Canyon : celle de la première expédition d’exploration, entreprise en 1869 par John Wesley Powell. Le récit qu’il en a tiré, The Exploration of the Colorado River and Its Canyons est un immense classique de la littérature de voyage, et je l’ai lu la nuit durant mon insomnie exaltée, après ma première balade nocturne au bord de la faille, attendant l’aube en compagnie de ces aventuriers fous qui se lancent au péril de leur vie dans la dernière grande exploration américaine. A cette époque, la région du Grand Canyon est un repoussoir. C’est un paysage aride, raviné, plein de failles gigantesques, de grands plateaux rongés par les vents et où rien ne pousse. Inutile à la culture, effrayant, le pays des canyons ne deviendra attractif qu’à l’heure où le tourisme en soulignera la beauté, et changera le regard porté sur ces terres stériles. Mais à l’époque de Powell, les pionniers contournent cette gueule d’enfer pour rejoindre la belle Californie, où vient de s’achever la ruée vers l’or.

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    Grands plateaux sauvages.

    Powell est fasciné par cette terra incognita ardente et profonde. Il monte une équipe d’aventuriers et de scientifiques qui naviguera sur tout le cours du fleuve Colorado, de sa source dans les Rocheuses à son embouchure. Ce n’est pas une expédition autorisée : Powell n’a sollicité aucune permission officielle. Ce n’est pas une mission de colonisation : aucune instance n’a chargé Powell de défricher de nouvelles terres, ou de conquérir des territoires. C’est la poursuite d’un rêve fou, dévaler le Colorado en bateau, et noter et dessiner frénétiquement tout ce qu’ils croisent. Powell est fasciné par cet espace vide sur la carte, ce pays des canyons désolé, grand comme le Texas, traversé par une rivière infestée de rapides mortels et de cascades rugissantes. Le danger est inouï. Dix hommes se lancent à l’aventure. Très vite, les provisions d’eau et de nourriture et les instruments scientifiques sont arrachés par la furie des rapides. Le voyage devient une traversée en enfer. La faim les taraude, la mutinerie gronde, les Indiens les attaquent. Six hommes seulement, émaciés et hagards, arriveront à l’embouchure. L’un des déserteurs rejoindra un village Amérindien et finira sa vie parmi les Paiute. Trois autres disparaîtront sans laisser de trace après avoir choisi d’abandonner l’aventure, engloutis par le pays des canyons.

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    Seul au bord du canyon… en 1869, un cauchemar sans retour.

    Les peuples du Grand Canyon

    Les six survivants ramèneront des témoignages inestimables sur la vie des Amérindiens et leurs villages nichés dans la pierre rouge. Plusieurs peuples vivent encore sur les rives du Colorado, au fond du canyon : les Hualapai, les Havasupai, les Hopi, les Paiute et les Navajo. Ils sont les descendants d’une occupation infiniment ancienne, et dont on lit les traces à l’Est du Grand Canyon National Park, près de Desert View, où on peut déambuler parmi les ruines des « pueblos », ces villages établis il y a plus de mille ans dans ce qui était une immense zone de civilisation pré-colombienne, qui avait gagné ces terres arides depuis l’Amérique centrale. Ce sont des cercles de pierres blanches et les fantômes des murs de maisons et de greniers, les traces de cultes et d’artisanats immémoriaux, tandis qu’à l’horizon, les plus hautes montagnes d’Arizona, les San Francisco Peaks, culminent à plus de trois mille mètres et se détachent des grandes plaines. Pour les Amérindiens, le canyon et ces montagnes étaient les demeures des esprits, le pays des morts et des Dieux.

    Saviez-vous que le Grand Canyon reste une énigme ? Que les scientifiques se demandent toujours comment est née cette gorge de tous les superlatifs ? Voyage à la découverte des secrets du Grand Canyon, histoires folles, photos à donner le vertige, astuces et itinéraires.
    Ruine d’un pueblo Amérindien, de la culture dite Sinagua. On devine les San Francisco Peaks à l’horizon, tout à droite de l’image. Promis, vous les verrez de plus près par la suite !

    J’évoquerai la culture et l’art des Natives dans un prochain article à venir sur Itinera Magica, pour continuer ce road trip en Arizona ; vous pouvez déjà découvrir les peuples du Grand Canyon ici.

    Saviez-vous que le Grand Canyon reste une énigme ? Que les scientifiques se demandent toujours comment est née cette gorge de tous les superlatifs ? Voyage à la découverte des secrets du Grand Canyon, histoires folles, photos à donner le vertige, astuces et itinéraires.
    Les peuples des rives.

    Ma visite au Grand Canyon s’achève sur une tour édifiée en leur hommage. Chacun sait le mal que la colonisation européenne a fait à ces peuples millénaires, la brutalité génocidaire de l’expansion forcenée, et la destruction d’un monde. Mais parmi les envahisseurs, certains ont pris conscience de la valeur de cette culture martyrisée, et voulu célébrer sa beauté. C’est le cas de Mary Colter, l’architecte de la Desert Tower, tout à l’Est du parc. Surplombant l’un des plus beaux points de vue sur le Grand Canyon, la rivière et ses rapides, la tour solitaire s’élève au-dessus du vide, sentinelle du rêve.

    Saviez-vous que le Grand Canyon reste une énigme ? Que les scientifiques se demandent toujours comment est née cette gorge de tous les superlatifs ? Voyage à la découverte des secrets du Grand Canyon, histoires folles, photos à donner le vertige, astuces et itinéraires.
    La tour au dessus du canyon.

    Mary Colter s’est plongée cœur et âme dans l’art des Amérindiens, a visité leurs villages et admiré leur art. Sur les murs de la tour, elle a voulu leur rendre hommage. Une femme architecte, dans le monde encore misogyne et fermé des années 1930, une femme passionnée par la culture de ces peuples que tout le monde méprise alors – comme elle me plaît ! On monte dans la Desert Tower par une spirale d’escaliers étroits, comme dans une grotte qui reviendrait aux origines du monde, et on y lit, fidèlement reproduits sur les murs sombres, les pétroglyphes gravés dans la roche il y a plusieurs milliers d’années par les premiers peuples, les fresques et les couleurs des cultures éternelles du pays des canyons. Ce n’est pas seulement la plus belle façon de dire au revoir au Grand Canyon que de le voir sous le soleil descendant, par les fenêtres de la tour aux âmes. C’est la porte d’entrée vers la suite du voyage, la note qui va donner le ton des prochains jours : en quittant le Grand Canyon dans le soir, et en continuant vers Page, j’entre sur le territoire de la nation Navajo.

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    A l’intérieur de la Desert Tower.

    La suite du road trip : Antelope Canyon, Lake Powell, les cultures amérindiennes… Bientôt sur Itinera Magica ! N’hésitez pas à laisser un commentaire, j’en serais ravie, et à vous inscrire à la newsletter.

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    Au fond de la gorge. (Note : cette photo a été prise la fois où j’étais venue en hélicoptère. Pas au bout d’une journée de rando.)

    Découvrir le Grand Canyon en pratique : itinéraires et astuces

    Comment se rendre au Grand Canyon ? Où dormir ? Les différents « Rims »

    Le Grand Canyon s’étend sur 450 km, bordé par le Lake Powell à l’Est, et le Lake Mead à l’Ouest. Il existe trois zones touristiques principales, qui concentrent l’afflux de visiteurs.

    – Le bord sud de la faille, dit South Rim. On y accède par Grand Canyon Village, à quatre heures de route au nord de Phoenix, ou deux heures au nord de Sedona. C’est la zone touristique la plus célèbre, qui concentre une fabuleuse succession de points de vue sur le Grand Canyon. Les visiteurs dorment soit à Grand Canyon Village, soit un peu plus au sud, à Tusayan. J’ai dormi à Grand Canyon Village, dans le parc naturel, et j’ai regretté ce choix : les hébergements et restaurants y sont très coûteux. Je recommande de dormir à Tusayan, à quinze-vingt minutes du canyon, où tout est plus abordable… et où les restaurants restent ouverts après vingt heures ! J’avais déjà fait cette expérience à Yosemite l’an dernier : au sein des parcs naturels, les infrastructures sont rares et chères.

    – Le bord nord de la faille, dit North Rim. La plupart des visiteurs y accèdent par l’Utah, et dorment à Kanab ou Fredonia. C’est ici que le canyon est le plus profond, et les afficionados du Grand Canyon disent préférer ce point d’accès. Néanmoins, les points de vue sont moins facilement accessibles que sur le South Rim – c’est un lieu idéal pour la randonnée.

    Grand Canyon West est le point d’accès privilégié des voyageurs qui arrivent de Las Vegas, d’où il n’est qu’à deux heures de route. C’est là qu’on trouve la célèbre Skywalk, plateforme de verre qui permet de marcher au-dessus du vide.

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    Carte globale du Grand Canyon.

     

    Mon itinéraire : Phoenix, Sedona, Grand Canyon Village, Page.
    Mon itinéraire : Phoenix, Sedona, Grand Canyon Village, Page.

    Découvrir le Grand Canyon ? Quelle partie visiter ? Quels points de vue ?

    Pour s’offrir un maximum de points de vue sublimes sur le Grand Canyon, le South Rim est idéal. Grand Canyon Village a été mon camp de base lors de ce voyage en Arizona. De nombreux chemins de randonnée en partent, courant le long de la gorge.

    Le plus accessible (et néanmoins grandiose) des points de vue est Mather Point, d’où j’ai vu le soleil se lever.

    J’ai ensuite commencé par marcher vers l’Ouest : du village à Hermits Rest, la piste Hermits Trail propose onze kilomètres de beauté étourdissante. Maricopa Point, Hopi Point, Mojave Point, The Abyss… sont autant de points de vue spectaculaires. Pour éviter de devoir refaire les onze kilomètres dans l’autre sens, des navettes gratuites circulent toute la journée et vous ramènent au village.

    Puis j’ai pris la Desert View Road vers l’Est. La route serpente au milieu de la forêt et offre à son tour quelques occasions de photo fabuleuses. Elle s’achève à la fabuleuse Desert View Tower.

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    La carte qui m’a été remise au South Rim du Grand Canyon, figurant les itinéraires. A gauche, Hermits Trail. A droite, Desert View.

    Il est possible de se lancer dans une excursion de découverte du Colorado. Le point de départ est souvent près de Page, à l’Est du Canyon, et le point d’arrivée, le Lake Mead, à l’Ouest, en suivant le cours de la rivière. Mais pour qui rêve de voir le fleuve, mais craint les rapides, il est aussi possible d’accéder au Colorado depuis le sommet de la faille, et de descendre jusqu’au fond de la gorge. Un des chemins de randonnée les plus populaires est le Bright Angel Trail, qui permet de rejoindre le fleuve et le « jardin indien » (Indian Garden), où vit l’une des nations amérindiennes natives du Grand Canyon. Il faudra ensuite se préparer à une dizaine d’heures de remontée harassante….

    L’accès aux réserves indiennes est jalousement gardé. Depuis longtemps, je rêvais de voir les chutes d’Havasu, des cascades d’eau turquoise au milieu des gorges rouges, en marge du Grand Canyon, près de Supai. Mais les permis de camping sont délivrés au compte-gouttes, afin de préserver le mode de vie des Havasupai, et je n’ai pas pu obtenir le précieux sésame. J’ai ravalé ma déception et décidé d’y voir un clin d’œil du destin : il me faudra donc revenir en Arizona pour réaliser ce fantasme inassouvi… En attendant, je me console en admirant les photos des autres, comme celles d’Anthony et Adeline. Si vous aussi, vous rêvez de voir les chutes, sachez qu’il vous faudra obligatoirement camper sur place, qu’il est interdit de s’engager sur les chemins de randonnée sans permis de camping, et qu’il faut s’y prendre plusieurs mois, voire un an à l’avance selon la période désirée ! La seule façon d’obtenir un permis est de contacter par téléphone l’office du tourisme d’Havasupai…  préparez vous à entendre sonner le téléphone dans le vide pendant des heures et des heures !

    Le grand canyon en hélicoptère

    Plusieurs compagnies proposent des survols du Grand Canyon en hélicoptère, notamment à partir de Las Vegas. C’est ce que j’ai fait l’été dernier, et même si la gorge est moins profonde à cet endroit (Grand Canyon Ouest), c’est un souvenir extraordinaire, et une expérience visuelle hors-norme que je recommande vivement.

     

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    Arrivée spectaculaire.

     

    Saviez-vous que le Grand Canyon reste une énigme ? Que les scientifiques se demandent toujours comment est née cette gorge de tous les superlatifs ? Voyage à la découverte des secrets du Grand Canyon, histoires folles, photos à donner le vertige, astuces et itinéraires.
    Au bord de l’eau.

     

     

  • Itinéraire d’un roadtrip en Arizona : la vie sans limites

    Blog Arizona
    Que voir en Arizona ? Itinéraire du road trip parfait 

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’ Arizona est un rêve éveillé. Vertige et immensité des grands espaces rouge crépuscule, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes sans fin, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona, c’est traverser l’écran, entrer dans ce décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites.

    Blog Arizona : itinéraire d'un road trip en Arizona
    Vertige de l’immensité au Grand Canyon.

    Je rentre de ce road trip comme on sort d’un songe, éblouie et hébétée. Tout au long du mois d’avril, je vais revivre ce voyage sur Itinera Magica, et vous y emmener avec moi si le cœur vous en dit. Je rapporte dans ma valise trop lourde la poussière des plaines ocres et des dizaines d’images et de souvenirs, et je veux les partager.

    C’est pourquoi je lance un jeu concours Avril en ArizonaJ’enverrai à cinq personnes des morceaux du pays des rêves, cinq enveloppes pleines de jolies choses qui célèbrent la magie de l’Ouest. Pour en savoir plus et participer, suivez le lien.

    Blog Arizona : itinéraire d'un road trip en Arizona. Que voir en Arizona ? Les incontournables du road trip parfait
    Fantômes et mirages d’Antelope Canyon

    Un voyage en Arizona : remonter le temps 

    Arizona. Personne ne sait vraiment d’où vient le beau nom qui sonne comme une formule magique. Certains évoquent un toponyme emprunté aux Indiens Pima, signifiant « lieu où jaillit la source », et d’autres, plus prosaïques, disent que le mot désigne tout simplement la « zone aride » où le soleil et le vent mettent le sol à vif. Les deux sens siéent à l’Arizona, terre cousue de déserts aux couleurs hallucinées, et creusée pourtant par de profondes rivières que les hommes ont appris à maîtriser depuis la nuit des temps, permettant la vie au cœur de la fournaise. Il y a treize mille ans déjà, les Amérindiens peuplaient cette contrée âpre et sublime, où la terre semble plus vaste encore que le ciel.

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Lever du jour sur le grand canyon.

    Qu’est-ce qui aimante ici les hommes dans le désert ? J’ignore pourquoi les peuples d’autrefois ont choisi de faire de leur vie un défi de tous les jours, mais je sais ce qui fait aujourd’hui venir les touristes par milliers. Comme moi, vous avez tous été bercés par des visions d’Arizona, et par les films, les cartes postales, les fonds d’écran Windows et les magazines d’aventure, ses merveilles vous sont devenues familières. C’est ici le pays du Grand Canyon : l’Arizona est traversée de part en part par ce délire géologique, cette faille profonde de deux kilomètres et large de quinze qui écartèle le manteau de la Terre. Les mesas érodées de Monument Valley  au cœur de la plaine nue, les méandres orange et pourpre d’Antelope Canyon, où semblent s’élever des fantômes de poussière, Horseshoe Bend, où le fleuve Colorado fait une boucle à 180 degrés au milieu des falaises ocre, les paysages de cactus à l’infini, les villes hantées du Far West à l’abandon, tout ça, c’est l’Arizona.

    Blog Arizona : itinéraire d'un road trip en Arizona. Que voir en Arizona ? Les incontournables du road trip parfait
    Le Far Ouest à Goldfield Ghosttown.

    Road trip en Arizona : l’itinéraire

    Ce sera un roadtrip entre déserts et montagnes, canyons et méandres. Voici ce qui vous attend si vous voulez bien me suivre, tout au long du mois d’avril :

    Sedona, la ville bâtie entre d’immenses monolithes rouges aux airs de cathédrale du désert, et où convergent les illuminés et hippies du monde entier, car ils y ressentent des vortex d’énergie cosmique qui les bouleversent. Au programme, rochers spectaculaires, ovnis, yoga et ondes magiques.

    – Le Grand Canyon, sans doute la plus saisissante, la plus démentielle des merveilles du monde, la gorge de tous les superlatifs.

    – Le méandre d’Horseshoe Bend sur la rivière Colorado, curiosité émeraude et or.

    – L’héritage amérindien qui vit en Arizona, à Tuzigoot, Montezuma Castle, au musée Heard et au cœur des Nations indiennes

    – Le lac Powell, où les mesas jaillissent des eaux, et les fabuleuses concrétions rocheuses sur ses bords

    Antelope Canyon, le canyon le plus photogénique du monde, comme le jupon entortillé d’une danseuse de pierre chatoyante

    – L’héritage hispanique en Arizona, avec Tucson et Mission San Xavier

    – L’histoire de l’Ouest, des cowboys et de la frontière, avec Scottsdale, Tortilla Flat et Goldfield Ghosttown

    – Les fabuleux déserts d’Arizona, avec leur incroyable richesse botanique et animale, à Saguaro National Park, Organ Pipe National Monument, et dans les jardins du désert de Tucson et Phoenix

    – La route, la route, la route ! L’espace infini et le vertige de l’horizon ouverte, les routes mythiques d’Arizona, telle que la route 66, mais aussi …

    – L’Apache Trail, l’autre route de légende, une piste sublime au cœur du désert, et où les montagnes de la Superstition sont hantées par la légende d’un trésor enfoui.

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Cactus dits prickle pear et rochers à Sedona la mystique

     

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Déserts d’Arizona : sur cette photo, quatre sortes de cactus différents. Organ pipe, cholla, Saguaro, barrel cactus.

     

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Sur la route 66 à Williams, AZ…

    L’histoire de l’Arizona

    Au-delà de la beauté renversante des paysages, j’ignorais la fabuleuse diversité culturelle de cet état, et c’est ce qui a achevé de me conquérir. Je suis entrée dans une carte postale, et j’ai trouvé une âme.
    Il y a bien sûr l’héritage des cow-boys, le culte de la piste poussiéreuse à travers la plaine, du saloon, du cheval et des bottes, défendu ici avec fierté – l’Arizona se targue d’être « l’Etat le plus western de l’Ouest ». Mais d’autres influences enrichissent considérablement la vie culturelle de ce territoire profondément attachant.
    Avant qu’elle ne devienne un Etat américain en 1912, l’Arizona a été espagnole, puis mexicaine. Au Sud, la continuité du désert de Sonora efface la frontière : ce sont les mêmes montagnes couvertes de cactus, et ce sont les mêmes gens, perpétuant la vie de communautés hispanophones établies bien avant que la bannière étoilée ne flotte sur ces terres. A Tucson, on vous parle espagnol avant de vous parler anglais, et tous les panneaux sont bilingues. Partout en Arizona, la culture et l’art mexicains sont florissants. Les couleurs des maisons, les Santa Muerte et autres squelettes joviaux qui fêtent le Jour des Morts, les portraits de Frida Kahlo, tout converge vers le Sud. En Arizona, tortillas, guacamole, tacos et fajitas semblent être le plat national.
    Il y a des siècles déjà, les premiers habitants d’Arizona étaient venus d’Amérique centrale, poussés par l’immense rayonnement des cultures précolombiennes. Leurs lointains descendants portent aujourd’hui encore la culture amérindienne en étendard. Dans aucun autre Etat des Etats-Unis, la présence des Natives – les habitants originels des Amériques – n’est aussi forte et vivace qu’en Arizona. Il y a plus d’Amérindiens ici que partout ailleurs aux USA. Un quart du territoire de l’Etat est occupé par des réserves indiennes, et il compte cinq des dix plus grandes réserves du pays, dont la plus étendue de toutes, celle du peuple Navajo, dont je raconte l’histoire ici. Ce sont des Nations indépendantes, régies par leurs propres lois, qui ont survécu au génocide et à l’oppression, et qui se battent aujourd’hui pour que vive leur culture millénaire. Nombre des merveilles géologiques qui rendent l’Arizona célèbre dans le monde entier font partie d’une réserve ; l’afflux de touristes amoureux de ces territoires mythiques assure aux Nations une source de revenus bienvenue. Mais ici, les Amérindiens ne sont pas cantonnés aux réserves, ils sont intégrés à la société américaine, d’une façon que je n’ai vue nulle part ailleurs. Dans les grandes villes, à Phoenix, à Tucson, à Falstaff, ils font pleinement partie du tissu économique et social. Ils sont là, et leur seule présence est un acte de résistance. Phoenix accueille le plus beau musée de la culture amérindienne au monde, le musée Heard. Cette renaissance m’a incroyablement émue.
    Nombre de lieux en Arizona sont un témoignage vivant du mariage des cultures, et d’une histoire partagée. Je vous raconterai l’histoire étonnante de la mission San Xavier del Bac à Tucson, et celle de la ville de Phoenix, peut-être plus incroyable encore. J’ai des centaines d’histoires, des milliers de photos, et des ampoules à tous les orteils. Au-delà de l’Atlantique, à des milliers de kilomètres de l’Arizona, elle continue à m’envoûter. La magie d’une rencontre longtemps attendue continue d’opérer.

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    Montezuma Castle, ou les traces d’une fabuleuse civilisation disparue.

     

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    Syncrétisme entre Amérindiens et jésuites à la Mission San Xavier del Bac, la « colombe du désert ».

    J’avais déjà plusieurs fois frôlé l’Arizona, sans jamais l’explorer vraiment. Cela a toujours été une histoire de famille. Il y a quelques années, ma mère, ma sœur, ma cousine et moi avons traversé l’Utah en compagnie d’une famille mormone, pour une chevauchée fantastique. Nous avions campé à Monument Valley, au cœur d’une tempête de sable qui jetait une aube furieuse sur les grands rochers solitaires. L’air abrasif, le soleil levant, la majesté éblouissante du lieu – tout conspirait à mouiller nos yeux. Ma mère, Sylvie Brunel, a tiré de ce voyage un beau roman américain, Un escalier vers le paradis

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    Ombre et lumière à Monument Valley.

    Retour dans le rêve

    L’été dernier, je suis venue assister au mariage de mon père à Las Vegas, et la cérémonie a eu lieu au fond de la gorge du Grand Canyon, au bord du fleuve brun. Quand notre hélicoptère a survolé au coucher du soleil la faille gigantesque, j’ai compris « qu’avoir le souffle coupé » n’était pas qu’une expression : ce paysage défiait tout ce que j’avais connu jusqu’alors. Tandis que les pétales de rose tombaient sur la pierre nue et dans les eaux du Colorado, moi je tombais amoureuse de ce lieu, et je me jurais de revenir. L’étoile rouge et or qui illumine le drapeau de l’Arizona avait rejoint mon zodiaque ; dans le ciel de mes voyages rêvés, je lisais le présage du retour. Au printemps 2016, la promesse s’est accomplie.

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    L’arrivée sur le Grand Canyon.

    Première nuit à Phoenix. Je suis arrivée à minuit, usée par plusieurs vols successifs et de longues escales, et pourtant je ne peux pas fermer l’œil. Mon cœur se jette sur les freeways, j’ai l’impression d’être un saumon dans l’asphalte, mu par un appel invisible. La nuit vibrionne, dense et électrique, et je sens dans tout mon corps son emprise qui croît, la lumière et le poison. Chaque fois que je reviens dans le Sud-Ouest des USA, c’est une intoxication. Toute lumière est hallucination dans les villes frémissantes, et plus encore à leurs franges, là où s’éteignent les constellations de néons, et s’esquisse un ciel infini. Tout est redevenu possible. L’ardoise magique a été secouée sur mon cœur à vif, tout est vierge et tout est immense. C’est comme si un courant puissant parcourait tous mes membres, que mes rêves se décuplaient. Il suffit de prendre une route à travers la plaine, n’importe quelle direction, et je peux tout réinventer. La vie en XXL. La vie sans limites.

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    Même les stations service me mettent en transe, dans l’aube toxique.

    Je dors dans un motel tiré tout droit du catalogue des icônes, un vrai motel défraîchi en bordure d’autoroute, où on gare la voiture devant sa chambre et dort dans le bruit mat des climatiseurs et des distributeurs de Coca. Dans mon mauvais sommeil, le klaxon assourdissant des camions qui passent sur le freeway m’évoque une corne de brume déchirant une mer déchaînée. Au petit-déjeuner, il y aura des donuts décongelés recouverts d’un rose gluant, et des céréales aux couleurs d’essai nucléaire. Personne ne risque un orteil dans la minuscule piscine bleu dentifrice, au bord de la station essence, mais un homme aux airs de crapaud buriné a conquis l’unique chaise longue, et se cache les yeux avec deux gobelets en polystyrène. J’ai l’impression d’être revenue dans les années 90. C’est le pays des clips que me vendait MTV l’été de mes neuf ans, quand j’étais une future superstar en Cadillac et cheveux de Barbie. Je connais toutes les enseignes et toutes les images – c’est la terre promise des fantasmes. Les villes américaines me rendent ivre, et pourtant cette fois, je n’aspire qu’à les quitter. Je rêve de voir les étoiles s’allumer dans le grand ciel vide et froid, entre les branches des cactus. La terre à vif et les âmes à nu.

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    Here I go again on my own… Le coucher de soleil sur les routes ouvertes d’Arizona.

    La route commence ici, mon blog Arizona se lance sur la route poussiéreuse. Venez avec moi ?

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    Horseshoe Bend au lever du jour.

     

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    Cactus et illumination nocturne dans les jardins botaniques du désert, à Phoenix

     

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Montagnes de la Superstition au Lost Dutchman State Park. La légende du « hollandais perdu » mérite qu’on la raconte…

     

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Majestueux Antelope Canyon…
  • L’oasis d’Al Ain, jardin dans le désert

    Au cœur du désert d’Arabie, une ville de fontaines et de jardins émerge des dunes de sable brûlant. Depuis des siècles, Al Ain est un havre de vie au cœur de la fournaise, où un système d’irrigation ancestral exploite les précieuses sources du sol et fait pousser les dattiers. La ville se lit comme une histoire des peuples du désert, portant la mémoire des Emirats Arabes Unis avant la richesse du pétrole.

    Cet article s’inscrit dans une série consacrée aux Emirats Arabes Unis. Vous pouvez voir ici l’article sur Abu Dhabi – le prochain explorera Dubaï. N’hésitez pas à aimer la page Facebook  ou à vous inscrire à la newsletter pour suivre les prochains articles !

    Fontaine dans le jardin du palais royal d'Al Ain.
    Fontaine dans le jardin du palais royal d’Al Ain.

    Au bout de quelques jours à l’ombre des gratte-ciels d’Abu Dhabi, où se dessine la métropole du futur, le voyageur est saisi d’une envie irrépressible : explorer les immensités qu’il devine au-delà des limites de la ville, voilées par la brume de chaleur qui flotte à l’horizon, aller là où les constructions s’enlisent dans les sables, et où le vide brûle les pieds. Aux Emirats Arabes Unis, s’éloigner des côtes, c’est remonter dans le temps. Al Ain est située à l’intérieur des terres, à cent cinquante kilomètres de la mer environ, à équidistance entre Dubaï et Abu Dhabi. Tout autour d’Al Ain, des dunes de sable profond perdent les hommes assoiffés, et durant des siècles, les squelettes des voyageurs imprudents ont jonché les pentes brûlantes, mais l’oasis a toujours été le refuge providentiel, le jardin d’Eden au cœur du brasier.

    Palmeraie d'Al Ain.
    Palmeraie d’Al Ain.

     

    Al Ain, vue depuis la montagne Jebel Hafneet. A droite, la ville, à gauche, les sables impitoyables, l'immensité du désert.
    Al Ain, vue depuis la montagne Jebel Hafneet. A droite, la ville, à gauche, les sables impitoyables, l’immensité du désert.

    D’ordinaire, je n’aime pas les excursions organisées. J’ai une vision cinématographique du voyage de découverte, car j’aime m’imaginer que ma vie ressemble à un road movie américain : une voiture, la liberté totale de la route qu’on choisit soi-même, et le soleil qui se couche sur les méandres de l’asphalte dévoré à pleins poumons. Sans doute ai-je eu tort (le pays est très sûr), mais je n’ai pas osé louer une voiture aux Emirats, en tant que femme seule, et dont les cheveux blonds et l’appareil photo hurlent à dix mille kilomètres à la ronde « touriste » ! Je suis partie en excursion avec Emirates Tour, et malgré la gentillesse du guide, la beauté des sites et le confort de se laisser trimballer, j’ai passé la journée à me dire que seule, j’aurais organisé les choses autrement. Si c’était à refaire, j’aurais loué une voiture, et j’aurais passé plus de temps à me perdre dans l’ombre fraîche des jardins, je n’aurais pas mangé dans un palace sans âme et climatisé, j’aurais attendu le coucher du soleil au milieu des dunes. Vous qui voyagez aux Emirats, sachez-le : Al Ain mérite qu’on lui accorde son temps et qu’on laisse la place au rêve.

    La palmeraie.
    La palmeraie.

    La rencontre de la journée, ce fut le dromadaire. C’est la première fois que je côtoie d’aussi près cet herbivore immense, dont l’allure dégingandée et les pieds immenses, dépourvus de sabots, m’évoquent autant la girafe que l’éléphant. Ses lèvres dolentes révèlent une denture immense et désordonnée, ses yeux sont doux et curieux, et ses mimiques permanentes lui donnent un air facétieux qui le rend terriblement attachant. Je savais son endurance incroyable, la réserve d’eau et de gras contenue dans sa bosse lui permettant de survivre à l’âpreté du désert, mais je ne savais pas son caractère joueur et familier, sa proximité avec les hommes. Je pense aux chevaux que j’aime tant. Le dromadaire a des airs de poulain.

    Dromadaires au marché d'Al Ain.
    Dromadaires au marché d’Al Ain.

    Je vois mes premiers dromadaires quelque part entre Abu Dhabi et Al Ain, sur la piste d’Al Wathba, où des hommes les entraînent à la grande course qui tient tout le pays en haleine. Ceux-là sont des bêtes de course, dont les prix atteignent des dizaines de milliers de dirhams, sélectionnés et soignés avec un soin à la hauteur des passions qu’ils inspirent. Autrefois, on juchait des jeunes garçons légers et agiles sur le dos des grands camélidés pour la grande course, mais ceux qui tombaient étaient piétinés par la mêlée furieuse, et la liste des morts effroyables ne cessait de s’allonger. Alors aujourd’hui, ce sont de petits robots lestés qu’on place sur les selles, à la place des enfants. Etrange fusion de la tradition et de l’hyper-modernité : des courses de dromadaire dans le désert, guidées par des robots.

    Entraînement des dromadaires.
    Entraînement des dromadaires.

     

    La vitesse de pointe du camélidé peut atteindre 65km/h.
    La vitesse de pointe du camélidé peut atteindre 65km/h.

    L’arrivée à Al Ain est saisissante : soudain le sable cède, et les ronds-points se couvrent de fleurs, l’eau jaillit du sol, et les fontaines célèbrent le miracle des trésors souterrains. Au cœur de la vieille ville se dresse le fort d’Al Jahili, qui ressemble aux illustrations des vieux livres d’aventure, à des visions de Milles et une nuits dans un Orient fabuleux et ourlé d’étoiles. A l’époque où les guerres tribales faisaient rage, le grand père du fondateur des Emirats Arabes Unis, Sheikh Zayed Ier, a fait ériger ses murs épais et sa haute tour de défense.

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    Entrée d’Al Jahili

     

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    La tour de défense

    Le fort abrite aujourd’hui les photographies de l’explorateur Wilfred Thesiger, celui qui disait de lui-même « être un des derniers aventuriers de l’ancien temps ». Dans les années 50, Thesiger a voyagé à travers l’Arabie à une époque où presque aucun occidental n’en connaissait les contours, a entrepris au péril de sa vie des traversées odysséennes d’un bout à l’autre du désert ardent, en craignant que son dromadaire s’effondre sous lui et signe son arrêt de mort.

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    Le fort Al Jahili

    « Vingt jours sans eau, c’était l’extrême limite de ce que les chameaux pouvaient supporter, eux qui marchent de longues heures dans des sables profonds, et ils ne pourraient tenir que si nous trouvions de quoi les nourrir. Trouverons-nous quelques herbes ? C’était le problème auquel les Bédouins étaient chaque jour confrontés. Si nous ne trouvions rien, les chameaux s’écrouleraient et ce serait notre fin à tous. Ce n’est pas la fin ou la soif qui effraie les Bédouins, ils affirment pouvoir survivre à sept jours de chevauchée sans eau ni nourriture. Ce qui les hante, c’est la peur de voir leur chameau s’effondrer sous eux. Si cela se produit, la mort est certaine. » (Wilfred Thesiger, Le désert des déserts)

    Il faut imaginer ce jeune Anglais maigre et pâle rêvant de tracer des routes imaginaires au cœur des sables, cherchant les protections successives de tribus ennemies qui lui offraient pourtant toutes une hospitalité inespérée. C’est ainsi qu’il a rencontré le jeune Sheikh Zayed, cavalier et fauconnier hors pair, et s’est noué avec lui d’une amitié qui durera jusqu’à la fin de leur vie. Thesiger sait qu’il « découvre l’Arabie juste à temps », avant que les traditions anciennes ne disparaissent à jamais. « Je voulais la couleur et la sauvagerie, les épreuves et l’aventure ». Thesiger est le dernier héraut d’un exotisme à l’ancienne, et il conçoit une nostalgie inépuisable de ces paysages redoutables.

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    Sheikh Zayed et son faucon. Photo Wilfred Thesiger

     « Un nuage se forme, la pluie tombe, les hommes vivent ; le nuage se dissipe sans averse, les hommes et les animaux meurent. Dans les déserts de l’Arabie du sud, il n’y a pas de rythme des saisons, pas de montée de sève, juste des étendues vides où seules les températures changeantes marquent le passage des années. C’est une terre amère, desséchée, qui ne connaît ni douceur ni facilité… Les hommes y vivent car c’est le monde dans lequel ils sont nés ; ils mènent la vie que menaient leurs ancêtres avant eux, ils acceptent les épreuves et les privations ; ils ne connaissent pas d’autre vie. Lawrence a écrit : « Les mœurs des Bédouins étaient rudes, même pour ceux qui les connaissaient depuis l’enfance, et terribles pour les étrangers : une mort dans la vie. » Aucun homme ne peut vivre cette vie et en ressortir inchangé. Il portera avec lui l’empreinte du désert, la brûlure qui marque le nomade, et il sera possédé par le besoin de revenir, plus ou moins ardent selon sa nature. Car ce pays cruel jette un sort auquel aucun climat tempéré ne peut se mesurer. » (Wilhelm Thesiger, Le désert des déserts)

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    Al Ain dans les années 50. Photo de Wilfred Thesiger

    Je comprends la fascination du désert depuis que je suis allée dans la Vallée de la Mort, en Californie – une expérience bouleversante, que je raconte ici. Mais à Al Ain, ce qui m’a séduite, c’est la luxuriance et la douceur, le contraste des immensités et de la vie qui fleurit, dans les jardins du palais royal d’Al Ain, une des résidences de Sheikh Zayed, et surtout, au cœur de la palmeraie, où le système d’irrigation ancestral noue un réseau de falaj (canaux) dans lesquels on place des tissus et des sacs de sable pour réguler et orienter le flux, et permettre la culture des fruits. Des hommes montent pieds nus en haut des palmiers pour cueillir les dattes, aidés par une corde qu’ils font glisser sur le tronc. La lumière est verte et fraîche.

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    Dans la palmeraie.

     

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    Homme qui monte au tronc d’un palmier pour cueillir les dattes.

     

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    Palais royal d’Al Ain.

    Au musée national d’Al Ain, une exposition retrace les temps reculés de l’histoire de nos mondes. Nous parlons de l’âge de bronze et de fer, des hommes et des femmes qui peuplaient l’Asie mineure il y a plus de cinq ou six mille ans. La culture moderne a germé quelque part en Mésopotamie, entre les rives du Tigre et de l’Euphrate ; à Sumer, on trace dans la glaise les caractères cunéiformes qui constituent la première écriture ; en Egypte s’élèvent les pyramides. De l’Indus au Nil, le berceau de notre civilisation se trouve ici, dans ce croissant fertile que l’Arabie borde de déserts. Déjà il y a cinq mille ans, des hommes et des femmes bravaient la rudesse du climat et avaient trouvé refuge dans l’oasis d’Al Ain. A Hili, on a retrouvé des tombes gigantesques, véritables cathédrales mortuaires dans lesquelles des dizaines d’hommes étaient ensevelis, génération après génération, au côté d’urnes et de poteries fabriquées en Mésopotamie. Le secret des mondes dort sous les sables.

    Les tombes néolithiques du site d'Hili.
    Les tombes néolithiques du site d’Hili.

     

    L'Arabie d'autrefois.
    L’Arabie d’autrefois.

    Au marché aux chameaux d’Al Ain, les bêtes sont traitées avec bien moins d’égards que ceux qui se livrent aux courses. Des dizaines de chameaux, élevés principalement pour le lait, le cuir et la viande, attendent leur acquéreur. Les stabulations permettent de les toucher ; ils sont joueurs, tendres et curieux, et j’ai le cœur serré quand les acheteurs viennent embarquer un grand chameau noir d’Arabie Saoudite avec qui notre groupe venait de jouer, direction l’abattoir. Incapable de manger un cheval, un cochon, une vache ou un agneau, j’ai toujours de la peine quand on emmène au couteau des créatures aux yeux tendres. Vous avez sans doute vu les terribles reportages de L214, ces derniers jours – ici ou ailleurs, la mort des animaux d’élevage soulève le cœur…

    Marché aux chameaux d'Al Ain.
    Marché aux chameaux d’Al Ain.
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    Choix du chameau.

    La journée s’achève au sommet de la montagne Jebel Hafeet, au pied de laquelle jaillissent à l’air libre ces sources sans lesquelles Al Ain ne pourrait vivre. Le paysage est extraterrestre, des crêtes de roches agglomérées qui semblent avoir fondu au soleil, jetées au-dessus des nombreux lacets de la route qui mène en haut.

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    Sources au pied de Jebel Hafeet.

     

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    Fleurs éclatantes au coeur du désert.

     

    Roches de Jebel Hafeet.
    Roches de Jebel Hafeet.

    Au sommet, la vue fascine, et permet de prendre conscience du caractère exceptionnel d’Al Ain : à perte de vue, le désert, brouillé par la chaleur qui monte des sables, raviné comme un front qui se plisse, et soudain Al Ain, comme une île au milieu de la tempête.

    Vue surplombante sur les sables du désert.
    Vue surplombante sur les sables du désert.

     

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    Les dunes vues au zoom…

     

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    Résidence princière au sommet de la montagne, avec de faux airs de Star Wars.

    Il est déjà temps de retourner vers Abu Dhabi. Les dunes sont partout autour de nous, à portée de main ; je rêve de m’arrêter juste un instant, de voir le soleil descendre sur le désert, mais le programme l’interdit, probablement parce que le privilège de fouler les sables est soumis à l’achat d’une autre excursion, à laquelle je n’ai pas participé. Mais un ami l’a faite pour moi, Florian Colomb de Daunant, propriétaire du merveilleux Mas Cacharel, auquel j’ai consacré cet article, et il a eu la gentillesse de me permettre d’utiliser ses photos. Je l’en remercie très chaleureusement : les images qui suivent sont de lui, et me font regretter de ne pas avoir, moi aussi, vécu un crépuscule désertique. Là où mes photos sont écrasées par la lumière de la pleine journée, lui a su capturer la lumière dont je rêvais, enfermée dans la voiture nous ramenant à Abu Dhabi, celle de la dernière heure du soir… Il me faudra revenir à Al Ain, vivre la fin du jour au milieu d’une telle splendeur.

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    Vertige du désert.
    Chameaux accomplissant leur fonction ancestrale, portant des voyageurs parmi les dunes.
    Chameaux accomplissant leur fonction ancestrale, portant des voyageurs parmi les dunes.

     

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    Au sommet d’une dune.

     

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    Beauté fulgurante du désert.

     

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    Coucher de soleil sur les dunes…

     

  • La porte des mondes : retour en Islande

    A l’âge de dix ans, j’ai découvert l’Islande avec un émerveillement qui ne s’est jamais démenti. Difficile de trouver un autre territoire qui concentre, sur une aussi petite surface, autant de curiosités spectaculaires et de paysages divers : volcans en éruption, lacs de souffre, glaciers immenses, geysers crachant dans le ciel, plages de sable noir, cascades rugissantes, fjords profonds, canyons, landes désertes, cathédrales de basalte ou de lave. L’Islande rassemble toutes les curiosités géologiques du monde dans une succession de paysages sublimes, dont la démesure et l’étrangeté donne du crédit aux légendes et aux sagas scandinaves. Ici s’ouvre la porte qui mène aux neuf mondes magiques, aux sphères de brume, de neige et de lave. L’été prochain, j’y retourne enfin. Voyage au pays du feu et de la glace, entre les souvenirs d’enfance et l’excitation du retour proche.

    Le lagon glaciaire de Jökulsarlon sous le soleil d'hiver, vu par ma tante Florence.
    Le lagon glaciaire de Jökulsarlon sous le soleil d’hiver, vu par ma tante Florence.

    Une fois n’est pas coutume, cet article n’est pas illustré par mes propres photos, car je n’avais alors pas d’appareil. Comme je le raconte ici, je tiens des carnets de voyage depuis l’âge de neuf ans, que j’utilise pour me souvenir du périple entrepris en famille. Cet article est illustré par des scans de ce journal d’enfance, par des photos tirées de l’album constitué après le voyage par ma mère, Sylvie Brunel, à qui je dois le goût de l’exploration et des carnets de bord, et enfin, par des photos prises par ma tante, Florence Brunel, qui a fait un fabuleux voyage d’hiver islandais en janvier 2016, et a eu la gentillesse de me permettre d’utiliser ses images. Un grand merci à elles – voici donc un article estampillé « exploitation familiale » !

    Ma mère, devant Skogafoss.
    Ma mère, devant Skogafoss.

     

    Seize ans plus tard, ma cousine Ambre devant Skogafoss.
    Seize ans plus tard, ma cousine Ambre devant Skogafoss.

     

    Début de mon carnet d'Islande, avec un herbier.
    Début de mon carnet d’Islande, avec un herbier.

    J’ai toujours pensé que pour l’homme soudain mis face à la démesure et à l’incroyable, le surnaturel était la dernière clef qui permette d’apprivoiser le monde. Imaginez un pays où, six mois par an, le soleil ne se lève que quelques heures par jour, rôdant tout près de l’horizon comme un œil pâle épiant les hommes frigorifiés, et ne se couche presque jamais durant l’été, baignant sans cesse les paysages de cette lumière extraterrestre qu’on nomme soleil de minuit. Imaginez un pays dont le cœur est constitué d’un gigantesque glacier, transpercé de grottes translucides et de moraines profondes, et dont la bouche froide s’ouvre sur une lagune où des blocs de glace dérivent le long des eaux bleutées. Imaginez un pays où le sol s’ouvre soudain béant et crache un geyser de près de quatre-vingt mètres de haut, où de l’eau brûlante bouillonne au fond des cratères rouges, où les sources sentent le souffre, où la fumée sort du sol, et où les éruptions volcaniques sont si titanesques qu’elles peuvent paralyser le ciel européen pendant des semaines. Imaginez des canyons creusés par des millénaires de glaces, des landes de lave noire, des étendues qui semblent refléter la surface de la Lune ou de la planète Mars, le ciel d’hiver embrasé par les miroitements des aurores boréales, comme les voiles d’un vaisseau fantôme glissant parmi la solitude infinie de ces paysages déserts, où on peut rouler des heures à travers l’incroyable sans jamais rencontrer âme qui vive. Ne seriez-vous pas enclin, vous aussi, à peupler un tel pays de créatures fantasmagoriques, de le croire au cœur d’une lutte acharnée entre les forces du bien et du mal, d’y voir la clef des mondes, la porte magique à travers laquelle on passe d’une sphère à l’autre, et touche aux royaumes des elfes, des fées, des nains, des morts et des Dieux ?

    Ambre dansant sur la glace, à Reykjavik.
    Ambre dansant sur la glace, à Reykjavik.
    Cratère de Viti, photographié par ma mère.
    Cratère de Viti, photographié par ma mère.

    Nous devons à l’Islande les fabuleux récits de l’Edda, la bible de la mythologie germanique, rédigée au XIIe siècle par le moine Snorri Sturluson. L’Edda est la source de toutes les légendes scandinaves qui ont nourri notre imaginaire, le marteau de Thor embrasant le ciel, Odin retranché dans son palais de brumes, le Walhalla, les valkyries qui vont chercher les morts sur le champ de bataille, l’arbre des mondes, Yggdrasil, sur qui toute repose, le brasier terrible du Ragnarök, crépuscule des dieux. On doit aussi à l’Islande les fabuleuses épopées reprises dans la Chanson des Niebelungen et les opéras de Wagner, la walkyrie Brünhild déposée dans un cercle de feu, Siegfried baigné du sang du dragon qui l’embrasse et lui vole sa toute-puissance divine, la trahison de Siegfried à qui un filtre d’amour fait oublier Brünhild, et l’éclat sournois de l’or des nains, caché dans les profondeurs du fleuve. Bien avant de découvrir Wagner, je baignais déjà dans cet imaginaire apocalyptique, tout de flamboiements, de nuits sans fond et de sortilèges : petite, j’étais une inconditionnelle de la BD Thorgal, et je me régalais d’histoires de glaces éternelles, de géants vengeurs et de vikings courageux. L’Islande est la terre promise vers qui tous les êtres de légende convergent, leur berceau et leur refuge. Le fantastique ici ne se tient pas sagement enfermé dans les livres et les écrans de télé, il affleure partout, il imprègne ce sol gorgé de fumerolles, ces cratères bouillonnants, ces nuits de lumière ambiguë où les hommes deviennent fous et les dieux s’échappent de la prison des siècles. Le peuple magique qui continue de peupler la terre islandaise, gnomes, elfes, fées, nains, mignons, esprits de la montagne, anges et peuple caché sont là, tout près, dans une anfractuosité de la roche malmenée par les tempêtes géologiques, sous une vieille maison aux toits couverts de mousse, ou au creux d’une roche en forme de dragon. Partout en Islande, on croise des tumulus, tas de pierres solitaires au milieu de la lande : on dit que ce sont des créatures enchantées pétrifiées par le premier rayon de l’aurore. Fermez les yeux un instant, la magie vous guette ; ouvrez-les, c’est plus incroyable encore.

    Cascades, geysers, féeries d'Islande.
    Cascades, geysers, féeries d’Islande. (Et la description d’un pantalon que je trouvais super cool. J’avais dix ans, je rappelle.)

     

    Curiosités volcaniques.
    Curiosités volcaniques.

    Déjà à l’âge de dix ans, j’avais été fascinée. Mais je dois bien l’avouer, la lecture de mon cahier me renseigne sur d’autres obsessions plus prosaïques qui taraudaient mon âme d’enfant. Dans mon cahier d’Islande, il est beaucoup question des choses suivantes :

    • La nourriture. A l’époque de ce premier voyage, à l’été 2000, l’Islande commençait à peine à s’ouvrir au tourisme, et les infrastructures manquaient. Au fil de notre séjour, nous dormions souvent non pas dans des hôtels ou des auberges, mais dans des internats de lycée, transformés en gîte durant la saison estivale. Il n’y avait évidemment pas de restaurant. Il était possible de parcourir cinquante, cent kilomètres, sans tomber sur un seul lieu proposant de la nourriture. Et quand enfin on trouvait le Graal, il n’était pas rare d’attendre plus d’une heure le plat que nous avions commandé. A dix ans, je n’étais pas contente. Au milieu de mes exclamations d’émerveillement face à la splendeur de l’Islande, je dois bien confesser qu’on trouve dans le cahier plusieurs annotations du type « J’ai attendu ma pizza tellement longtemps que j’ai eu le temps de battre trois fois la ligue Pokémon, et en plus elle était un peu dégueulasse. » « On a pas eu le choix, donc on a de nouveau mangé au resto de la pomme pourrie, et j’ai de nouveau détesté. » En revanche, nous nous régalions des myrtilles, énormes, juteuses, délicieuses, qu’on pouvait acheter dans les supermarchés – nous en dévorions des barquettes à la chaîne. Elles poussaient partout, au pied des cascades, au bord des routes. Elles permettaient aux touristes affamés de survivre.

     

    Mais aujourd'hui, l'Islande a pitié des touristes égarés dans les mois d'hiver, comme en témoigne cette collection de gants dépareillés qui attendent de retrouver l'âme soeur, à Reykjavik.
    Mais aujourd’hui, l’Islande a pitié des touristes égarés dans les mois d’hiver, comme en témoigne cette collection de gants dépareillés qui attendent de retrouver l’âme soeur, à Reykjavik.

    Pour avoir planifié le voyage à venir, l’été prochain, je sais que l’Islande n’est toujours pas une destination « facile » sur le plan des infrastructures. Rien à voir avec les Etats-Unis, par exemple, où vous trouvez où dormir et quoi manger même au milieu de nulle part. Les hébergements sont rares, pris d’assaut durant la saison estivale, et très chers – il n’est pas rare qu’un hôtel demande 160 euros pour une chambre minuscule sans salle de bain ni WC. J’ai songé à me rabattre sur les campings, mais les récits d’horreur glanés sur différents blogs m’ont terrifiée : pas de douches, champ de boue sans équipement aucun en guise de camping, pluies diluviennes, ouragans qui arrachent les tentes, torrents de boue, averses de grêle qui déchirent les toiles, j’ai lu mille histoires qui ont définitivement dissuadé l’aventurière de proximité que je suis. A force d’écumer les différents sites de réservation, Air BnB, les guides de voyage et les blogs, je crois avoir déniché des hébergements corrects – je vous raconterai après y être allée. Mais une chose est sûre : le budget d’un voyage d’une dizaine de jours en Islande excède ce que j’avais prévu initialement, et se révèle bien supérieur à ce que j’aurais dépensé dans n’importe quel autre pays, ou presque, pour la même durée. Songez-y, amis voyageurs : l’Islande est peut-être le plus beau pays de la Terre, mais c’est aussi un des plus onéreux.

    Quand tu trouves un resto ouvert en Islande, tu te sens tellement VIP.
    Quand tu trouves un resto ouvert en Islande, tu te sens tellement VIP.
    • Faire pipi. A force de traverser des paysages sublimes, mais vides de toute présence humaine et donc de toute commodité, cette question devient cruciale. Il y a dans ce cahier un certain nombre d’histoires de pipi sauvage au bord de la route, dans des champs de terre brûlée sans aucun arbre ou rocher pour se cacher, en espérant que personne ne passe (mais personne ne passait). Le gros hit de la catégorie « pipi », c’est l’histoire suivante : « Guillaume [mon frère] va faire pipi contre un rocher qui se met à fumer, faire des bruits bizarres et sentir le souffre. Les parents sont un peu inquiets. » Voilà pourquoi il faut aller en Islande : c’est le seul endroit au monde où vous pouvez réveiller le diable et déclencher la fin du monde juste en faisant pipi.
    Cascades d'Islande, illustration appropriée de ce qui précède.
    Cascades d’Islande, illustration appropriée de ce qui précède.

     

    islande paysage
    Paysages d’Islande.
    • Les vêtements. Même en plein été, le temps est froid, humide, changeant. J’ai dix ans, je suis cavalière, amoureuse des équidés et passionnée par les petits chevaux islandais aux robes multicolores et aux allures rares (le tölt, ou amble en VF, cadence incroyablement confortable que les chevaux islandais possèdent de façon innée) que nous croisons partout. Je tanne les parents pour obtenir un pull islandais en laine de mouton, un pull énorme à l’effigie d’un cheval et couvert de traces de sabot, et une fois mon vœu exaucé, je ne le quitterai plus de la semaine, comme le prouve l’album photo : je l’arbore fièrement sur TOUTES les images à partir du jour de son achat. Une fois revenue en France, je refuserai obstinément de le porter en collège, parce ce que « c’est la honte ». Saleté d’ado. (Mais j’ai toujours le pull, et je compte bien le rapporter en Islande cet été, histoire de prouver à mes parents, seize ans après, que le caprice n’en était finalement pas un.)
    Le pull, le cheval et moi.
    Le pull, le cheval et moi.

     

    Robes infiniment variées des petits chevaux d'Islande.
    Robes infiniment variées des petits chevaux d’Islande.

     

    Typologie des chevaux islandais.
    Typologie des chevaux islandais.

    Mais j’ai aussi développé une obsession plus poétique, les cascades. C’est du voyage en Islande que date ma passion pour elles, confortée ensuite par d’autres pèlerinages vers les plus hautes et les plus belles chutes du monde : Niagara, à la frontière américano-canadienne, Iguaçu, entre l’Argentine et le Brésil, et Victoria, entre Zambie et Zimbabwe. Depuis l’Islande, je suis une véritable junkie, je collectionne les chutes d’eaux comme Casanova les femmes, et où que j’aille, je ne peux résister à une rando qui me promet une cascade comme récompense. A l’idée de retourner en Islande cet été, et de pouvoir non seulement revoir celles de mon enfance, mais aussi en découvrir de nouvelles, dûment repérées sur Instagram depuis des mois, mon cœur frétille. A l’époque, nous avions commencé par Godafoss, la chute des Dieux : en l’an 1000, lorsque l’Islande a choisi d’accepter le christianisme, le roi d’alors est venu précipiter dans les eaux grondantes toutes les statues à l’effigie des Dieux anciens, prouvant que la géographie islandaise est décidément chargée d’inspirations eschatologiques, et donnant son nom au lieu. A ce que je lis dans le cahier, mon père était très inquiet de la gestion islandaise de la sécurité, où l’on considère que chaque homme est responsable de son destin face aux pierres glissantes et à l’abîme rugissant. « Papa nous inonde de conseils : Ne courez pas ! Faites attention ! MARCHEZ ! Nous avons sauté un petit ruisseau large d’un mètre, à la réception glissante, pour nous approcher de la rive. Guillaume a failli tomber dans l’eau et Papa faire une crise cardiaque, mais Godafoss est encore plus belle de face. On y voit des dizaines de cascades, de nuages d’embruns et de grottes sous les chutes. » Ma cascade préférée, c’est Detifoss, au nord de l’île, sur le cercle de diamant. « Colossale ! Entre les gratte-ciels de basalte tombe un rideau d’écume de quarante-quatre mètres, le plus puissant d’Europe. Etre si petit à côté d’une lame blanche de remous est terrifiant. En remontant la rivière, nous arrivons à Selfoss. Dans un triangle inachevé d’orgues de basalte se rejoignent deux cascades, dans un nuage de brume élégante dont on imagine voir sortir une ondine… Godafoss est située sur la même rivière. »

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    Godafoss. J’ai toujours le pull.

    Je retrouverai les orgues de basalte qui me fascinent tant sur la plage de Vik, au sud-est de l’île, tout près du fabuleux lagon glaciaire de Jökulsarlon. Près de Vik toujours, une autre cascade me ravit, Skogafoss, dont le nom signifie la hauteur. « Entre les berges verdoyantes s’enfonce la lame étincelante de la cascade en une myriade d’arcs-en-ciel auréolés de brume ». Les cascades me rendent manifestement lyrique. Mais malgré sa splendeur, je boude un peu Gulfoss, la chute d’or, car « je me casse la figure sur les pierres » et me fais mal. Je consentirai tout de même à admettre que c’était « la plus belle de toutes ».

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    La sublime plage de Vik, vue par Florence.

    Le voyage s’est achevé sur le cercle d’or, là où explosent les deux geysers d’Islande, Geysir, celui qui a donné son nom à tous les phénomènes géologiques de ce type dans le monde, et son petit frère Strokkur, moins puissant, mais plus fréquent. Geysir ne crache que toutes les six heures, et nous n’espérions pas le voir, quand soudain… « Au moment de partir, Papa se met devant Geysir et nous demande : Vous voulez le voir exploser, les enfants ? Nous crions tous : Oui ! Et dans la seconde, Papa sursaute, à cause de la soudaine colonne d’eau qui se dresse derrière lui… » L’Islande, atelier de développement des pouvoirs magiques.

    geyser geysir islande strokkur
    Strokkur, capturé par ma mère.

     

    geyser islande
    Strokkur, capturé au bon moment par ma tante Florence, au coeur de l’hiver islandais.

    Il me tarde de retourner en Islande, de revoir Vik, le cratère de Viti, les champs de fumerolles du Mytvatn, Jökulsarlon, Detifoss, Gulfoss, Skogafoss, Selfoss et Godafoss, et de découvrir les lieux où le premier voyage ne nous avaient pas conduits : les deux cascades célèbres pour leurs orgues de basalte, Aldeyjarfoss et Svartifoss, la péninsule de Snaefells, avec le cône parfait du volcan Kirkjufell au pied duquel jaillit une autre cascade, le canyon de Fjardrargljufur, dont les images me transportent – c’est le paysage que je vois dans mes rêves quand je ferme les yeux –, la route sinueuse qui mène au fjord de Siglufjorðür, les trolls d’Anarstapi. Et de remanger des myrtilles… Thorgal, mon amour, je reviens.

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    Préparation de l’itinéraire, avec mon conseiller voyage, Jettatura.

     

    Cascades d'Islande.
    Cascades d’Islande.

    Pour préparer mon retour en Islande, j’ai consulté des dizaines de sites et de blogs, et quatre d’entre eux m’ont émerveillée. Sur les blogs de voyage, l’Islande offre souvent aux auteurs leur plus bel article et leurs photos les plus réussies, car tout est cinématographique, la lumière, les paysages inouïs, l’inventivité de la nature. Je voudrais en citer quatre, notamment pour la qualité des photos qui m’ont fascinée :

    • Le plus touchant : les magnifiques photos de Marion et Vincent sur La Faute au Graph, qui ont même su saisir, au milieu des lumières d’orage et des landes féeriques, une portée de jeunes renards arctiques qui jouent.
    • Le plus spectaculaire : les images extraordinaires du photographe islandais Gardar Olaf, qui s’est notamment spécialisé dans les aurores boréales. Vous pouvez le suivre sur Instagram
    • Le plus original : le parcours de la Californienne Kristin, sur Be my travel muse, dont les photos automnales, qui l’entraînent parfois hors des sentiers battus, m’ont ravie.
    • Le plus complet : pour un road trip de quinze jours en Islande, jour par jour, avec une mine d’infos pratiques utiles, j’ai consulté Au bout de la route 

     

    islande voyage travel iceland
    Jökulsarlon, le lagon glaciaire.

     

     

    islande
    Reykjavik en hiver

     

    glacier islande hiver jökulsarlon
    Soleil éphémère sur Jökulsarlon.