L’Islande de l’Ouest en hiver, de Borgarnes à Snaefellsnes
Découvrir l’Islande de l’Ouest en hiver, ce fut pour moi comme retomber amoureuse de ce pays. On parle souvent de l’Islande touristique, mais lors de ce petit road trip dans l’ouest de l’île, j’ai pu retrouver une Islande sauvage, secrète, presque déserte, avec l’illusion de l’avoir à moi toute seule. Au milieu des dernières neiges et des aurores boréales, j’ai pu explorer Borgarnes, capitale des sagas vikings, la sublime péninsule de Snaefellsnes avec ses champs de lave et ses orgues de basalte, et la région de Reykholt, avec ses cascades et le glacier Langjökull. On dit souvent de Snaefellsnes qu’elle est « la petite Islande », et concentre tous les attraits de l’île dans un périmètre restreint – c’est exactement ce que j’ai ressenti.
Si vous aussi, vous rêvez d’explorer l’Islande hors saison et de vous éloigner un peu du cercle d’or, mettez cap vers Snaefellsnes, vous ne le regretterez pas… Voici quelques coups de cœur dans l’Ouest de l’Islande, où j’ai eu le bonheur d’être accueillie pour quatre jours avec ma mère, au gré de la route entre volcans et poneys échevelés.
Mes premières aurores boréales à Borgarnes.
Entrer au coeur du glacier
Des visions dont je suis folle : le pays des chevaux.
Au pays des chevaux islandais
Dès qu’on s’éloigne de Reykjavik et monte vers l’ouest de l’île, ils apparaissent. Les chevaux islandais. Ce sont des troupeaux multicolores dans les étendues immenses, des océans de crinières blondes, noires et rousses, des robes infiniment variées dans le blanc de la neige. J’ai l’impression qu’ils sont encore plus colorés qu’il y a quinze ans, lors de mon premier voyage en Islande. Je vois de plus en plus de chevaux pie, avec leurs grandes tâches blanches assorties à la saison. Et toujours ces alezans crins lavés, ces souris, ces isabelles, ces noirs… Je ne me lasse pas de les photographier. Le Nord et l’Ouest de l’Islande sont les deux régions qui comptent le plus grand nombre de chevaux, et c’est un tel bonheur de les voir surgir partout, comme les cactus en Arizona ou les kangourous en Australie, un élément essentiel au charme de l’Islande.
Que j’aime ces chevaux !
Cavalier sur le dos d’un jeune cheval en plein travail.
.Reykjavik au loin, à l’horizon
.Ma mère avec un étalon gris.
Chevaux de Snaefellsnes
Au cœur du glacier Langjökull
C’est le deuxième plus grand glacier islandais : le Langjökull, près de Reykholt, dans l’ouest de l’Islande. Pour partir explorer le cœur bleu du monstre, j’ai rendez-vous avec Into the Glacier à Husafell. On m’explique que le véhicule qui m’emmènera sur le glacier est un ancien camion lance-missiles de l’OTAN, transformé en bus tout-terrain pour transporter les touristes au cœur des hautes terres islandaises. Très vite, on quitte l’asphalte et s’engage sur une route de terre, une longue route qui traverse tout le cœur de l’Islande, et que les Vikings du Nord empruntaient autrefois pour descendre à la session parlementaire de l’Althing. Si on continuait plusieurs heures sur cette route, on arriverait au cratère d’Askja, au milieu de nulle part, et cette idée me fait rêver. La route est normalement inaccessible en hiver, mais rien n’est impossible à notre véhicule de guerre. C’est un paysage de volcans et de glaces, complètement solitaire. J’ai l’impression d’entrer dans un pays secret.
Alors qu’il faisait beau en bas, le temps se dégrade très vite, et la neige et le brouillard nous enveloppent. Le mauvais temps est complice des glaciers : ces monstres ne sauraient survivre sans leur chaudron de tempête… Nous arrivons au sommet dans une tornade blanche, où la visibilité est devenue nulle, et entrons au cœur d’un immense tunnel de glace, creusé dans le cœur du géant. Pendant une heure, nous arpenterons un labyrinthe bleuté, découvrirons d’immenses crevasses, entendrons le bruit du glacier qui se déplace, vit et respire. Chaque jour, il faut déblayer l’entrée du tunnel, bloquée par des mètres de neige. Si Into the Glacier cessait de venir pendant deux semaines, ils perdraient le tunnel à tout jamais, ravalé par la gueule du glacier énorme. La guide nous raconte l’histoire des glaciers islandais, leur apparition lors de l’âge glaciaire médiéval, leur évolution, leur mouvement, leur recul aujourd’hui, et les défis auxquels l’Islande sera confrontée en cas de disparition totale. La visite est belle et passionnante. J’ai adoré ce moment au cœur du froid.
Arrivée dans la tempête de neige à la base de Klaki.
Au coeur du glacier.
Une rivière non gelée en plein milieu du glacier.
Cette crevasse est profonde de plus de quarante mètres.
Equipement : il ne fait pas très froid (autour de -3 degrés), mais très humide. Pensez bien à vous munir d’un blouson et d’un pantalon imperméables, et bien sûr, pensez aux gants et aux grosses chaussettes. Prix : 19500 ISK par personne (environ 150 euros) pour le tour classique de 3/4h. Comptez 29 000 pour y aller en motoneige.
Autour de Reykholt : cascades et sources d’eau chaude
Reykholt a toujours été célèbre pour ses sources chaudes. Déjà à l’époque médiévale, le grand auteur de sagas Snorri Sturlusson aimait se prélasser dans un bain naturel au pied de sa maison. Tout autour de Reykholt, la terre fume, les rivières sont chaudes, et on découvre des stations géothermiques et des serres agricoles (saviez-vous que l’Islande cultivait, entre autres, des bananes ?).
Eglise de Reykholt – le bâtiment date du XIXe siècle, mais une église existait à cet emplacement depuis le Xe.
Ici, la terre est vivante, partout…
Les thermes de l’ouest, ce sont les Krauma Geothermal Baths, à Reykholt. Comme le Blue Lagoon dans le sud ou le Myvatn Nature Bath dans le nord, il s’agit de bains naturels, chauffés par le bouillonnant sous-sol islandais. Des piscines de pierre noire proposent des bains à différentes températures, du plus froid au plus brûlant, ainsi que des hammams et salles de relaxation. Même si j’avoue que mon plus beau souvenir thermal islandais reste le Myvatn Nature Bath, au cadre exceptionnel et au bassin immense, j’ai trouvé le lieu très beau.
Krauma Geothermal Baths, à Reykholt
La source d’où provient l’eau des bains (je vous rassure, ils la refroidissent).
Dans la catégorie hydrique, mon plus grand coup de cœur à Reykholt, ce sont les cascades Barnafoss et Hraunfossar, sans doute moins célèbres que les cascades de la Ring Road, mais tout aussi belles et enchanteresses. Comme souvent chez les Vikings, elles sont associées à une histoire tragique et solennelle : « Barnafoss », « cascade des enfants », doit son toponyme à la noyade de deux gamins imprudents. Il n’empêche qu’elle est belle comme la chevelure d’une ondine, toute en transparence et en couleurs féeriques.
Cascades magiques.
Borgarnes, la ville des sagas
Si j’ai toujours été fascinée par l’Islande, ce n’est pas que pour ses paysages extraordinaires : c’est pour le caractère unique et rare de son histoire, où le récit se mêle au mythe, et où la fresque des origines sait remonter avec précision jusqu’aux balbutiements. L’Islande est un des rares pays au monde à connaître très précisément l’histoire de son peuplement, et où la plupart des gens peuvent remonter leur arbre généalogique sur mille ans, jusqu’à l’époque où les Vikings arrivèrent sur leurs drakkars. Dès le IXe siècle, lorsque l’Islande a été découverte et colonisée par des marins venus de Norvège, les Vikings ont tout consigné : les récits de leurs navigations, de leurs hésitations, de leurs villages, de leur parlement, de leurs débats. Il y a les chroniques, et il y a les sagas, ces récits où la réalité se colore de légende et où on suit les destins (souvent sanglants) de familles sur plusieurs générations. Ce pays n’est pas seulement celui du feu et de la glace, c’est le royaume de la mémoire. Les Islandais se souviennent de tout.
Pour qui aime l’histoire, l’Ouest de l’Islande est un incontournable absolu. C’est ici que les Vikings se sont installés au IXe siècle, après avoir contourné la côte sud alors glacée et inhospitalière ; c’est ici que l’histoire islandaise est née. Ce fut aussi la terre de Snorri Sturlusson, un des plus grands auteurs médiévaux. Le Musée de la Colonisation (The Settlement Center), à Borgarnes, présente deux expositions magnifiques : une sur le peuplement de l’Islande par les vikings, et une sur la plus célèbre des sagas islandaises, la saga d’Egil (je vous préviens, il y aura des crânes de chevaux sur des pieux, des corbeaux et des histoires à vous glacer le sang). J’avais déjà visité ce musée il y a deux ans, et j’ai adoré le revoir plus longuement – cela rend l’Islande encore plus spéciale et attachante de remonter le fil de son histoire extraordinaire.
Au Settlement center.
Coucher de soleil sur Borgarnes.
Borgarnes au loin.
Les reliefs sublimes du fjord.
Si vous voulez continuer à explorer l’ambiance « trolls et légendes », faites un petit arrêt à Fossatun sur la route de Reykholt, où des statues jaillissent au milieu des rochers et cascades, et un « chemin des trolls » vous permet d’explorer le folklore populaire, dans ce pays où on suspend parfois la construction des routes pour ne pas déranger le petit peuple de l’ombre…
Fossatun.
Quelques bonnes adresses à Borgarnes…
… qui sont vraiment mes coups de cœur à moi.
* Le restaurant du Settlement Center : mon meilleur repas islandais ! (Et d’ailleurs on y est retournées le lendemain.) Dans un décor tout de bois et de figurines médiévales, j’ai goûté les célèbres langoustes islandaises, un fabuleux skyr-sorbet à la myrtille, une grande salade fraîche sucrée-salée… J’ai adoré le cadre, la fraîcheur des produits, et la gentillesse du service. En plus, la boutique du musée est fabuleuse – si vous cherchez à faire le plein de livres intelligents, photos magnifiques et souvenirs islandais bien kitsch, c’est la meilleure adresse.
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* Le salon de thé/fleuriste Kaffi Kyrrð : j’ai découvert cet endroit sur Instagram et j’ai instantanément compris pourquoi. Cet endroit est le paradis de la blogueuse lifestyle que j’aspire occasionnellement à devenir (vous savez, les jours où je bois du thé et me mets du vernis à ongles). Ce lieu a un charme incroyable. La première pièce est une boutique de fleuriste, avec une déco elfique ravissante, et les deux pièces du fond forment un salon de thé aux canapés profonds et à l’ambiance boudoir, avec vue sur le fjord et des œuvres d’art originales au mur. Au-delà de l’esthétique incontestable du lieu, les gâteaux sont à tomber (le brownie à la framboise !) et la propriétaire est adorable. Ce lieu n’est pas que joli, il a une âme, et on s’y sent vraiment bien.
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* L’hôtel Icelandair Hotel Hamar : ce que j’ai adoré avec cet hôtel, c’est son relatif isolement à quelques kilomètres de la ville, avec vue directe sur le fjord (et des levers de soleil fantastiques). Il y a des jacuzzis extérieurs alimentés directement par des sources d’eau naturellement chaude, et un golf – enseveli sous la neige en cette saison. Outre la beauté du paysage, cette situation isolée présente un avantage incontestable : voir les aurores boréales directement à l’hôtel.
Vue depuis ma chambre
Espace bien êtreAu loin, le sublime fjord de Borgarnes
Il faut que je vous raconte la première aurore boréale de ma vie. J’aimerais vous faire croire que j’ai roulé pendant des heures, attendu dans le froid, héroïquement, stoïquement, afin de mériter mon aurore. Mais hélas, je suis trop honnête. L’hôtel Hamar propose de prévenir ses clients en cas d’apparition d’une aurore boréale. La gentille réceptionniste (qui s’appelait Lucie, qui était tchèque et qui était venue travailler en Islande, pays sans chômage et bourré d’opportunité) nous a appelées dans notre chambre vers 23h en nous disant qu’un magnifique spectacle avait lieu juste devant l’hôtel. Nous avons enfilé nos moonboots et nos moufles, et vu la pure magie céleste en direct du parking. Le fjord se détachait au loin, la neige reflétait les éruptions sidérales, et j’étais époustouflée. Je repensais à toutes les légendes au sujet des aurores. Les Vikings y voyaient une chevauchée des Walkyries, les Sami la danse d’un renard de feu, les Inuits les âmes des morts revenant sur Terre. Le surnaturel vient immédiatement aux lèvres face à un tel spectacle. C’était une nuit de tempête magnétique et j’étais fascinée. Elles ne se contentaient pas de flotter, elles dansaient, ondulaient, changeaient de forme et de direction, comme une flamme vivante. Ces aurores-là étaient d’un vert lumineux, et j’ai même vu le violet apparaître à l’œil nu au moment le plus intense de l’éruption. Durant mon long séjour nordique long de trois semaines (Finlande, Islande, Groenland), je n’ai eu qu’une seule et unique nuit d’aurores, mais elle valait toutes les autres.
Nous dormions avec les rideaux ouverts. Le lendemain, au milieu de la nuit, ma mère a vu une aurore plus faible, plus claire, s’illuminer à l’horizon. Elle a choisi de ne pas réveiller, le spectacle étant beaucoup moins impressionnant que celui de la veille, mais elle s’est rendormie les yeux dans les aurores boréales…
La première de ma vie…
Danse magique
La péninsule de Snaefellsnes en hiver où s’arrêter à snaefellsnes – étape road trip snaefellsnes
Snaefellsnes, c’est la « petite Islande » : cascades, champs de lave, plages de sable noir, formations géologiques extraordinaires, elle a tout. Je l’avais vue pour la première fois en été, par un jour de pluie et de grêle. Je l’ai infiniment aimée suspendue entre deux saisons, avec la neige de l’hiver et la douceur du printemps qui revient. Elle se prête parfaitement à un road trip d’une (longue) journée, avec de multiples étapes que je retrace ici.
Nous sommes parties de Borgarnes et avons commencé par nous arrêter aux falaises de Gerðuberg, une succession de colonnes de basalte longues d’un demi-kilomètre, comme les sentinelles signifiant l’entrée au pays des volcans.
Falaises de Gerduberg
Après un détour par Stykkisholmur, une jolie ville portuaire d’où partent les ferrys vers les fjords de l’Ouest, nous sommes reparties vers l’ouest et avons traversé un des plus beaux champs de lave d’Islande, le Berserkjahraun, site d’une bataille épique selon les sagas médiévales. Dans un paysage martien, la terre rouge surgit là où fond la neige, au milieu de cheminées de basalte noir. Au loin, un cratère effondré révèle une immense caldeira aux teintes ardentes, et je me dis pour la millième fois que l’Islande est une planète à elle toute seule.
Le Berserkjahraun.
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La prochaine étape dans ce road trip hivernal sur Snaefellsnes est la plus célèbre : la montagne Kirkjufell, cône parfait posé sur le fjord, et sa cascade iconique. C’est le seul moment du voyage où nous nous sommes retrouvées au milieu d’une (petite) foule, et c’est normal, ce spot est mondialement connu. Après avoir sacrifié à la photo Instagram obligatoire, nous sommes reparties vers des chemins plus solitaires, dans un paysage inlassablement sublime.
Kirkjufell vue de dos.
La photo la plus célèbre !
Une autre cascade, plus secrète, se révèle au loin : Svödufoss, qui semble magnifique, mais à qui je renoncerai lâchement en raison d’une averse soudaine et après avoir vu le K-Way d’un Autrichien s’envoler comme un parachute vers d’autres cieux (c’est quand même l’Islande).
Svödufoss sous la pluie battante.
Une église solitaire à proximité.
J’ai adoré l’étape suivante : la plage de sable noir de Djúpalónssandur, avec ses dragons de lave solidifiée et l’épave d’un chalutier échoué dans les années 40, par une nuit de tempête.
Djupalonsandur.
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Mais mon plus grand coup de cœur, ce fut Arnarstapi, porte du centre de la Terre selon Jules Vernes, veillée par un immense troll de pierre. Ce village est à mes yeux le plus beau, le plus pittoresque d’Islande, avec ses maisons au toit herbeux en bord de corniche, sa promenade maritime longeant des caves extraordinaires, des arches de lave et des colonnes de basalte envahies d’oiseau, ses cascades au fond du fjord et son atmosphère de conte scandinave très ancien. J’étais complètement sous le charme, entrée dans un vieux livre plein de mystère et de magie.
Anarstapi, le village merveilleux..Maisons aux toits d’herbe.La belle arche de lave.Baldur, le troll, veille sur le chemin..
Un dernier arrêt referme la boucle de Snaefellsnes : la gorge de Rauðfeldsgjá, béance majestueuse au cœur d’une muraille minérale, envahie de corbeaux noirs à l’air éminemment menaçant. Oui, à Snaefellsnes, le temps des sagas est bien vivant.
Gorge de Rauðfeldsgjá
Voici encore quelques visions au hasard de la route, le long de ce petit road trip d’hiver à Snaefellsnes.
Chevaux et cascade gelée.Un faux air de Suisse.La maison de la sorcière (regardez sur le mur).Solitude sublime.Vivre au bord du fjord…
L’Ouest de l’Islande en mars, le voyage parfait
On me demande souvent quel est le plus beau pays du monde à mes yeux, ou celui où j’aimerais me téléporter à la seconde. Ma réponse varie en fonction de l’humeur du moment et de la température extérieure, mais je dis souvent « Islande ». L’île de la glace et du feu concentre une telle variété de paysages extraordinaires, des cascades aux volcans en passant par les icebergs, qu’il est impossible de rester insensible. Et en plus, il y a des poneys partout et des yaourts à la myrtille – que demander de plus ?
J’ai découvert avec émerveillement l’Islande quand j’avais dix ans, avec mes parents – voici mon carnet d’Islande de l’époque. J’y suis retournée en couple à l’été 2016, à la recherche des cascades, des vikings et des lieux de tournage de Game of Thrones. J’ai rêvé d’y retourner en hiver. Et puis, j’ai hésité. Je craignais que l’Islande soit victime de son succès, et d’être noyée au milieu de la foule. J’en rêvais, mais je n’osais plus.
Ce retour en Islande, je le dois à l’office du tourisme de l’Ouest de l’Islande, qui a proposé de m’accueillir, ce qui m’a permis de renoncer à l’itinéraire sans doute trop facile que j’avais en tête : cercle d’or, Vik, Jökulsarlon… Je n’ai vu ni les icebergs flottants, ni les geysers, mais j’ai découvert des lieux tout aussi enchanteurs et moins courus. Mettre cap sur l’Ouest grâce à eux a été la meilleure décision possible. J’ai roulé pendant des heures sur des routes quasiment désertes, j’ai eu des sites sublimes à moi toute seule, j’ai retrouvé le sentiment d’exclusif et d’inédit que l’Islande m’avait procuré la première fois. Y retourner avec ma mère était une décision de dernière minute (je la dois à une entorse), mais qui m’a permis de retrouver mon âme de gamine émerveillée, et j’ai savouré chaque instant de ce voyage à deux. En mars, les journées sont longues et le temps est plus clément, suspendu entre hiver et printemps. La température est douce, et la lumière bien présente. Mais la neige et les aurores boréales sont encore là. C’était à mes yeux le moment parfait, et j’ai aimé chaque seconde. Je ne peux que vous inviter à refaire ce voyage…
Eglise dans le soir.
Ma mère sur la route.
Et moi !
Je vous écris du Groenland, où je continue mon exploration nordique. Inscrivez vous à la newsletter pour suivre ce voyage ?
Merci à mes partenaires en Islande, Promote Iceland, West Iceland et Wow Air, pour ce voyage merveilleux et de m’avoir permis de découvrir cette région-là.
La Laponie. Cette région culturelle mythique s’étend au-delà du cercle polaire arctique, en Norvège, Suède, Finlande et sur un petit morceau de Russie occidentale. C’est le pays des aurores boréales, des rennes et des sapins enneigés. Ici l’été dure deux mois, la neige est reine d’octobre à mai, le thermomètre tutoie parfois les -40, les densités de population sont incroyablement faibles et les gens branchent leurs voitures (non électriques) à des résistances pour éviter que l’huile de moteur gèle. Bienvenue dans un autre monde.
Bienvenue à Rovaniemi.
Rovaniemi, capitale de la Laponie finlandaise
La plupart des gens qui découvrent le grand nord européen commencent comme moi par Rovaniemi, la capitale de la Laponie finlandaise, première destination mondiale pour ce type de tourisme à moonboots et quatre épaisseurs. J’ai le bonheur de participer à ce voyage de presse organisé par Scanditours en Laponie finlandaise, et je suis extatique.
Ce n’est pas Rovaniemi qui me bouleverse, c’est tout ce qu’il y a autour. L’immensité des forêts de Laponie.
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Il faut dire la vérité : Rovaniemi elle-même n’est pas belle, du moins, le centre urbain ne l’est pas. Détruite en 1944, Rovaniemi n’a pas été reconstruite en beauté. Les journalistes du groupe rivalisent de comparaisons élogieuses : « ça me rappelle la banlieue de Varsovie », « y a une scène comme ça dans Goodbye Lenin », et « on dirait une station de ski mais sans les Alpes ». Personne ne se promène à Rovaniemi. Les touristes ne viennent ici que pour dormir et manger, et passent leurs journées le plus loin possible du cœur de ville.
Rovaniemi.
Car heureusement, Rovaniemi n’est pas que ce cœur de ville disgracié. C’est la plus grande municipalité d’Europe, plus grande encore que Paris, Londres ou Berlin. Un carré de 80km sur 80, avec certes une verrue urbaine au centre, mais tout le reste n’est que forêt et immensités sauvages. Densité de population hors du cœur de ville : 3 habitants au kilomètre carré. Nous sommes pile sur le cercle polaire arctique, Napapiiri en finlandais.
Napapiiri, cercle polaire.
La taïga, ou forêt boréale, recouvre tout. Vu d’avion, le spectacle est saisissant : un immense gazon de sapins gelés, encapuchonnés de neige blanche. Atterrir à l’aéroport de Rovaniemi, c’est négocier un créneau au milieu d’une armée de troncs enneigés. Il n’y a que deux tapis à bagages, et on vous annonce que vous êtes à « l’aéroport officiel du Père Noël ». Un traîneau couvert de cadeaux et des posters du bonhomme rouge et blanc vous mettent dans l’ambiance. Le thermomètre affiche -17. Il paraît que la semaine dernière, c’était dix degrés de moins. Bienvenue à Rovaniemi, destination numéro 1 du tourisme hivernal en Laponie. Village du Père Noël, motoneige, chiens de traîneau, igloos de verre, hôtels de glace, pêche blanche, il y a tout ici.
Aéroport officiel du père Noël.
Il paraît que les gens vont en Norvège et en Islande pour voir l’hiver, et en Finlande pour vivre l’hiver. La Laponie finlandaise n’a pas de fjords majestueux comme la Norvège, pas de volcans, geysers et cascades comme l’Islande, mais elle a cette immense forêt de sapins et une créativité insatiable en matière d’activités hivernales. Depuis quelques années, le grand nord a le vent en poupe. Tout le monde s’est mis à rêver d’aurores boréales. Les gens ont découvert qu’on pouvait enfiler des combinaisons thermiques pour résister au blizzard au lieu de s’infliger l’épreuve du bikini juste après le réveillon. Le grand nord européen dans son intégralité profite de la vague, mais personne ne l’exploite mieux que Rovaniemi. Toutes les idées baroques que vous verrez sur Instagram, les igloos transparents, les rennes, les motoneiges, les toboggans de glace, les traîneaux, sont nés ici.
Arctic Snow Hotel, le genre d’endroit où tu dors pour qu’on te donne un diplôme à la fin.
Le village du père Noël
Le village du Père Noël est à deux pas de l’aéroport, pour se mettre aussitôt dans le bain. Les bâtiments sont tout ce que Rovaniemi n’est pas : pittoresques et charmants, avec des tourelles de bois, des lampadaires qui marquent le passage précis du cercle polaire arctique à 66° Nord, des rennes et des couleurs de Noël. C’est un minuscule Disneyland de l’avent perpétuel, où Douce nuit est carillonné en boucle toute l’année, où les employés ont des costumes et des bonnets pointus de lutins, et où on fait la queue pour voir le père Noël, dans un décor de parc à thème. On peut visiter la poste du Père Noël, où il reçoit les lettres, et en envoyer soi-même avec un tampon estampillé Père Noël. L’entrée est gratuite, mais la photo avec le Père Noël coûte 40 euros. C’est leur modèle économique. Le village du père Noël est charmant – mais tout n’est qu’un gigantesque centre commercial, et le matraquage aux rennes et aux sapins finit par me fatiguer. On vient en Laponie pour la nature, alors enfuyons-nous, partons dans les bois.
Village du père Noël. Ces colonnes marquent le passage du cercle polaire arctique.....Notre rencontre avec le Père Noël.
En motoneige parmi les sapins
Mieux vaut partir en pleine nature. En motoneige, donc. Depuis que les traîneaux tirés par les rennes sont tombés en désuétude, elle est l’un des modes de transport préférés de la région. Ici, on ne déneige pas les routes, on se contente de les damer. Les voitures roulent avec des pneus cloutés sur les grands axes, et on se déplace en motoneige sur les chemins. A l’extérieur de Rovaniemi, le long de l’immense rivière Ounasjoki, on voit les habitants des jolies maisons isolées rejoindre le cœur de ville en motoneige, en fonçant sur cette rivière transformée en gigantesque patinoire par 80 cm de glace. Il faut entre cinq et dix centimètres de glace pour qu’un homme puisse marcher en sécurité, entre quinze et vingt-cinq pour y mettre une motoneige, et un mètre pour faire atterrir un avion. Les excursionnistes s’en donnent à cœur joie sur la rivière gelée, c’est le lieu des pointes de vitesse. Puis on se perd dans l’immense réseau de chemins tracés au milieu de la taïga et roule entre les sapins. Les sensations sont fabuleuses.
Pratique : La motoneige est facile à conduire, avec des sensations assez proches du jet ski. Il faut avoir dix-huit ans et un permis de conduire valide pour être au guidon. Nous étions pris en charge par le partenaire finlandais de Scanditours (qui organisait ce voyage), Lapland Safaris, pendant les deux journées d’excursion motoneige, et j’ai adoré la qualité des expériences proposées.
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Déjeuner en pleine nature dans la kota
Les excursions en motoneige comprennent souvent le déjeuner dans une kota, sorte de tipi typique du grand nord, authentiquement finlandaise. Chaque prestataire a une ou plusieurs kota dans des lieux isolés et idylliques, au cœur de la forêt ou au bord d’un lac gelé. L’effet est saisissant. On se fraie un chemin au milieu de plus d’un mètre de neige, et entre dans ce tipi de bois, entièrement clos et sans fenêtre, où la seule lumière provient du feu ouvert placé au centre. (Une cheminée évacue la fumée, évidemment.) Le cuisinier prépare les légumes et le saumon ou le renne directement sur la flamme, ainsi que le thé et le café dans de grands récipients de métal. On mange et boit dans un silence recueilli, pétri de l’atmosphère authentiquement laponne.
Kota finlandaise.Saumon à la flamme.
Pêche blanche sur un lac gelé
On peut aussi pratiquer la pêche blanche, ou pêche sur glace. Le guide dégaine alors sa perceuse à glace, une grande spirale dont les hélices sont munies de lames, et qui porte ici le nom de « kaïra » (prononcez caillera, comme dans le 9-3). Pour creuser la glace, épaisse de près d’un mètre sur le lac où nous sommes, il faudra longuement mouliner, dans un déluge de copeaux de glace, jusqu’à atteindre la dernière couche et enfin, l’eau étrangement jaunâtre du lac. Puis mettre sa canne à pêche dans le trou, et attendre. Longtemps. Le guide va se mettre au chaud dans la kota. Le touriste s’allonge sur la glace, méditatif. On lui a dit que le Finlandais pouvait y passer des heures. Au bout de dix minutes, le touriste en a marre. Il n’a jamais pêché de sa vie chez lui car il trouve ça trop soporifique, et passé l’excitation de creuser la glace, il réalise que c’est exactement la même chose en Laponie. Pas de poisson. Il rentre dans la kota. Le guide a mis des saucisses sur le feu depuis longtemps – il savait.
Pêche blancheNotre guide, Corentin, avec la kaïra et la canne à pêche.Manger ce qu’on a pas pêché.
Les rennes, animaux des Sami
L’autre attraction incontournable, c’est de visiter une ferme de rennes, et de faire un tour en traîneau. Aucun animal n’est plus consubstantiel à l’identité laponne que le renne. Et pour parler des rennes, il faut parler des Sami.
Les Sami, parfois orthographié Same, constituent le peuple indigène du grand nord norvégien, suédois, finlandais et russe occidental – le seul peuple indigène d’Europe reconnu par ses instances officielles. Ce sont eux qui ont donné leur nom à la région culturelle autrefois sans frontières qu’on nomme Laponie : Lapon, du suédois « lapp », signifie haillon. Les Lapons, c’était le peuple perçu comme sauvage et primitif, vêtu de peaux de rennes et passant d’un pays à l’autre dans le grand nord. Si le terme « Laponie » est universellement accepté, on se gardera bien d’appeler un Sami « Lapon » : au niveau de la charge émotionnelle et historique, c’est comme traiter un Noir de nègre. Et les Sami eux-mêmes ne disent pas Laponie, mais Samiland. On estime qu’ils sont cent mille aujourd’hui, dont dix mille en Finlande. On suppose les Sami originaires d’Asie, arrivés en Europe via le nord de la Russie. Après des décennies d’oppression culturelle et d’assimilation forcée, après un véritable génocide culturel – en Finlande et en Scandinavie, on a interdit leur langue, leur religion, brûlé leurs objets de culte, saisi leurs terres – les Sami ont aujourd’hui perdu ce physique asiatique, et un Sami peut être blond ou brun, grand ou trapu. Mais le sens vivace d’une identité culturelle commune n’a pas disparu. Pour être reconnu comme Sami, il faut se soumettre à un test ADN, et prouver qu’on a quelques gouttes au moins de sang Sami. En Norvège (où vivent aujourd’hui la majorité des Samis) et en Suède, cela donne droit à un privilège particulier : le droit de posséder des troupeaux de rennes, ce qui est interdit aux citoyens ordinaires. En Finlande, cette loi n’a pas droit de cité, mais les rennes restent indissociables de la vie de ce peuple. Plus loin au nord, à Saariselkä, où la taïga s’amenuise et devient toundra, vivent les derniers Sami nomades de Finlande, suivant le mouvement des rennes. Il y a des milliers d’années, les Sami sont venus dans le grand nord justement à cause des rennes : ce sont eux qui les ont domestiqués. Ils leur ont appris à traîner des charges, ils ont utilisé leur viande, leur lait, leurs bois, leur fourrure, leurs os, leur corne. Encore aujourd’hui, on ressent quelque chose d’étrange en Laponie : l’omniprésence du renne, ami, outil et nourriture, à la fois adoré, célébré, utilisé et dévoré.
Renne sur un tambour en cuir de renne, issu de l’artisanat Sami.
Lustre en bois de renne à l’Arctic Light Design Hotel
Les rennes se font caresser dans les attractions touristiques et tirent les traîneaux – nous allons visiter une ferme de rennes, faire un tour en traîneau, caresser ces bêtes dociles et gentilles, et les nourrir de lichens ramassés à la fin de l’été. Je suis toute surprise de les nourrir de mousses et non de foin. Les rennes sont l’emblème de la ville. Les hôtels ont des lustres en bois de renne (qui tombent tous les ans), des tentures en peau de renne, les restaurants servent du sauté de renne ou de la langue de renne fumée, et tous les objets artisanaux, couteaux, tambours, colliers, etc, sont fabriqués en cuir, corne ou bois de renne.
Rencontre avec les rennes.....
Irene et Ari Kangasniemi, merveilleux artistes Sami
Nous allons rendre visite à un couple d’artistes Sami très reconnus, Irene et Ari. Quiconque recherche de l’artisanat Sami de grande qualité se tournera vers eux. Ari fabrique les couteaux et les lustres en bois de renne pour les hôtels de luxe. Il nous montre la qualité du bois, variable en fonction du statut reproducteur du renne mâle : les bois du mâle castré sont beaucoup plus friables et creux que ceux du mâle entier. Mais seuls les mâles castrés pourront être utilisés pour le transport et l’agrément. A l’automne, saison du rut, on trie les rennes. Les troupeaux continuent de vivre en semi-liberté, identifiés seulement par des marques au niveau des oreilles. Ce sont les mâles eux-mêmes qui reforment les troupeaux à l’automne, en rassemblant une vingtaine de femelles. Le velours irrigué qui couvre leurs bois tombe, laissant place à la dureté de la corne pour les combats. C’est à ce moment-là que les éleveurs récupèrent et trient leurs bêtes. On sélectionne les rennes les plus doux et dociles pour l’usage véhiculaire et récréatif, et il faudra trois ans pour les entraîner à la perfection. Ceux-là sont des amis. Ils ne seront pas mangés. Quand elle voit le minibus qui nous a amenés chez elle, Irene embrasse la photo du renne qui le décore : « Je le connais. C’est un renne très spécial et si gentil. » Les plus beaux rennes entiers seront les reproducteurs, notamment si leurs bois sont imposants. Chaque renne a des bois qui lui sont propres, qui tombent au printemps et repoussent chaque année à l’identique – c’est la signature de chaque individu. Ari raconte avoir mis cinq ans à constituer un lustre pour un client de très grande valeur : celui-ci voulait acquérir un lustre parfaitement symétrique. Cinq ans, cinq bois du même renne, pour honorer la commande. Les rennes qui ne sont ni beaux ni gentils seront mangés. Dans l’atelier d’Irene et Ari, chaque morceau du renne est valorisé, même le cerveau, bouilli pour fabriquer des onguents de maroquinerie.
Irene et Ari portent de grandes bottes en peau de renne qui leur donnent un air de lutin, et à la ceinture (Ari) ou en boucle d’oreille (Irene) les deux emblèmes de la Laponie : le couteau en bois de renne, et la kuksa, une sorte de bol à anse taillé dans le bois très fin d’une excroissance de bouleau causée par un champignon parasite. Ils brandissent haut et fier le flambeau de cette culture ancestrale qu’on a tenté d’anéantir. Irene nous montre le portrait d’un homme aux cheveux longs, aux airs de vieux sage amérindien. « C’est mon arrière-grand-père. Il était le plus puissant des chamanes. Ils l’ont tué ». Tous les tambours sacrés des chamanes ont été brûlés à la fin du XIXe siècle, à l’exception de seize d’entre eux, précieusement conservés dans des musées en Finlande et en Scandinavie. Irene et Ari fabriquent ces tambours placés au cœur de la spiritualité millénaire de leur peuple. Animistes, les Sami peuplent la nature d’esprits, et croient en la coexistence de trois mondes, le nôtre, le ciel et le monde souterrain, où vivent les morts. En frappant le tambour, le chamane en transe se projette dans les hautes sphères, communique avec les morts et recueille leur sagesse. Chaque tambour est décoré de signes signifiant dieux, animaux et vertus ; le principe de la divination chamanique consiste à faire rebondir un petit objet sur le tambour au gré des pulsations, et à interpréter la série de ses chutes successives. Le tambour est en cuir de renne tendu, évidemment.
Irene, talentueuse artiste Sami, exposée au musée Arcticum.Bois et corne de renne, dans l’atelier d’Ari.Atelier d’Irene.Tambour chamane.Tambour divinatoire.
Saumon, renne et baies : gastronomie de Laponie finlandaise
La nourriture laponne est simple, mais elle me plaît beaucoup. Je me reconnais dans son caractère brut et frais. Du pain plat, cuit au feu de bois. Du saumon, du poisson blanc d’eau douce type omble chevalier, du renne (que je n’ai pas goûté). Des carottes et des patates, qui viennent en cette saison du sud de la Finlande, où elles poussent sous serre. Et surtout, des baies. Des baies à ne plus savoir qu’en faire. Partout on vous sert un jus de baie chaud, sorte d’infusion aux airelles, myrtilles, framboises et « mûres arctiques », cloudberry en anglais : une sorte de framboise jaune qu’on ramasse à la fin de l’été, au milieu des marécages infestés de moustiques, et qui est considérée comme la plus précieuse de toutes. Fin août, début septembre, les différentes baies sont partout, au bord des routes, dans les jardins, dans les forêts. Tout le monde peut les ramasser, selon cette loi nordique (qui s’applique aussi en Suède et en Norvège) qu’on appelle « droit de tout un chacun » : même si la terre ne vous appartient pas, vous pouvez camper, ramasser du bois, pêcher, cueillir des baies ou des champignons. Partout dans la forêt finlandaise, on trouve des kotas (tipis) avec une hache pour couper du bois et faire le feu. Personne n’irait voler la hache. Le but est bien que chacun puisse la trouver quand il en a besoin. Il n’y a pas de vols en Laponie. Le sentiment de communauté est fort et la nature généreuse, durant le bref laps de temps de soleil. A la fin de l’été, donc, les habitants de Laponie se précipitent dans les champs et les forêts, et ramassent des dizaines de kilos de baies qu’ils congèleront pour toute la durée de l’hiver. Chez Irene et Ari, le couple Sami, on nous fait entrer dans une cuisine de poupée, toute de bois assemblé comme un lego sans vis, et on nous sert sur une nappe rouge et blanche du fromage de renne avec de la confiture de mûre arctique. C’est un vrai régal au goût d’inédit.
Les attractions touristiques les plus connues, ce n’est qu’un petit bout de Rovaniemi, un mal nécessaire pour que l’argent vienne, mais la vraie vie, elle est juste un petit peu plus loin, dans les chemins de traverse, les forêts immenses, les lacs grands comme des mers intérieures. Le temps s’écoule lentement. Chaque saison est savourée comme un fruit mur. Les fantômes animistes des Sami hantent tous les habitants de Laponie finlandaise, qu’ils soient autochtones, finlandais ou français. La nature s’écoute et se célèbre, la vie est lente et intense. La joeku, chant traditionnel des Sami, guttural et solennel, est devenue l’hymne de Laponie, et inspire à une sorte de méditation ancrée dans le sol, dans chaque plante et chaque caillou. Tout le monde est un peu chamane ici.
Mangeoires pour les oiseaux au coeur de l’hiver.
Tous les gens d’ici nous parlent avec passion des fruits et des légumes de l’été. Ils nous disent : vous n’avez aucune idée de ce goût, tous les autres fruits et légumes du monde vous paraissent fades à côté de ceux qu’on cueille à la fin de l’été, en Laponie. Ils n’ont que deux mois pour pousser, mais deux mois de soleil continu, deux mois de fièvre, de croissance frénétique, gorgée de lumière et de sucre. On nous dit que les mûres, les myrtilles, les framboises, les carottes de fin août en Laponie sont à se damner. Les sorbets, les confitures, les jus de baie nous en donnent une idée – un peu de fin d’été lapon conservé à travers les longs mois d’hiver.
Chez Irene et Ari : baies (dont les cloudberry en jaune), fromage de renne, saucisson de renne.
Jus de baie chaud dans une kuksa finlandaise.
Bonnes adresses à Rovaniemi : découvrir la gastronomie de la Laponie finlandaise
Trois adresses où je me suis régalée à Rovaniemi :
– Arctic Sky Restaurant, situé sur une colline au-dessus des cimes des arbres. La vue est sublime, et il est considéré comme l’un des 10 meilleurs restaurants de Finlande.
– Arctic Light Design Hotel, à Rovaniemi. Le restaurant est fabuleux et la déco a un charme fou, avec notamment des lustres en bois de renne fabriqués par Irene et Ari.
– Goûter de baies et de fromage de renne chez Irene et Ari Kangasniemi, après la visite de leur atelier : sur rendez-vous seulement, réservez votre visite auprès de l’office du tourisme de Rovaniemi.
Arctic Sky Restaurant : vue majestueuse et mon meilleur souvenir culinaire de Finlande.Arctic Sky RestaurantArctic Light Design Hotel, un excellent resto et un très beau cadre.Dessert merveilleux à l’Arctic Light Design Hotel
L’Arcticum, musée de l’Arctique à Rovaniemi
Il est difficile a priori de comprendre pourquoi les peuples se sont installés en Arctique, et pourtant certains instants ici ont un goût de certitude tellement marquant qu’on en vient à les comprendre. Nous visitons l’Arcticum : un fabuleux musée de l’Arctique, inauguré il y a vingt-cinq ans pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance finlandaise. C’est un immense tunnel de verre orienté plein nord, qui rassemble à la fois des expositions historiques, culturelles, scientifiques et artistiques. La grande exposition sur les peuples de l’Arctique est celle qui me passionne le plus. A l’entrée de la salle, un globe immense, couché sur le côté. Vue du dessus, sur le cercle polaire, de la Russie à l’Alaska en passant par la Finlande, la Scandinavie, l’Islande, le Groenland et le Canada. L’Arctique, c’est la région au-dessus des 66°32N, définie par ce principe tout simple : il faut qu’il y ait au moins une journée d’été où le soleil ne se couche pas, et une journée d’hiver où il ne se lève pas. Le pôle nord géomagnétique se déplace lui sans cesse, et se situe actuellement dans le Nunavut, où les aurores boréales seraient plus intenses que partout ailleurs.
J’imagine continuer la découverte. Quand on monte vers le nord, en partant de Rovaniemi, on tombe sur des mines d’améthyste, sur les grandes communautés Sami de Saariselkä, et sur les lacs immenses de la région d’Inari ou de Kipisjarvi. Il paraît que ce sont des road trips merveilleux. Je me surprends à rêver de revenir début septembre, pour les baies et les premières aurores boréales, qu’on dit plus intenses : éperonnées par la proximité de l’équinoxe, qui rapproche le soleil de la Terre, et favorisée par les cieux plus clairs et cléments de la fin de l’été.
Arcticum, orienté plein nord : fabuleux musée de l’Arctique
L’hôtel que j’ai préféré à Rovaniemi : Santa’s Arctic Igloos
J’ai eu la chance de découvrir plusieurs hôtels originaux à Rovaniemi, qui surfent sur la vague du tourisme dans le grand nord : igloos de verre ou de glace (où on dort en combinaison de ski dans la neige), cabanes dans les bois, hôtels design. Beaucoup ont du charme, mais je préfère ne vous parler que de mon plus grand coup de cœur. L’hôtel Santa’s Arctic Igloos est situé tout près du village du Père Noël, mais loin de la route, en lisière de forêt, comme si nous étions seuls au monde. La proximité de l’attraction touristique ne se devine pas, le calme est total. Les igloos de verre sont de toute beauté, grands et confortables. Dans mon grand igloo entièrement ouvert sur le ciel, j’ai un sauna et vue sur la forêt. Ma chambre, 768, est la dernière avant le lac et les arbres. Il n’y a rien d’autre devant moi que la nature, les sapins enneigés. Les aurores boréales sont là, les prédictions l’affirment, mais célèbrent leur danse derrière un rideau impénétrable de nuage. Activité solaire KP3, couverture nuageuse 100%. Malchance. Je scrute malgré tout le ciel depuis mon lit, apaisée par cette coupole de verre ouverte sur l’immense.
Santa’s Igloo Arctic Circle, mon hôtel coup de coeur à RovaniemiIgloos ouverts sur la forêt.La nuit, à guetter l’aurore qui ne viendra pas…
Pour moi qui n’aime pas les villes, mais la nature, les animaux et la solitude confortable, la Laponie a quelque chose d’évident, de rassurant. Je comprends cette sanctification de la nature, cet attachement au cycle des saisons, aux gestes répétés, aux routines tranquilles de ceux qui vivent souvent dehors et regardent beaucoup le ciel. Je sais que je reviendrai en Laponie. Ce qui m’a séduite, ce ne sont pas les gadgets, les villages du Père Noël, igloos de neige et autres parcs d’attraction. Ce sont les instants les plus authentiques, les plus préservés, la solitude et l’immensité. Je reviendrai en Laponie, sans doute en Norvège. De Lofoten à Tromso en passant par Senja, elle incarne mon prochain rêve nordique. Mais sans doute aussi en Suède, et plus au nord en Finlande, plus au nord de Rovaniemi. Loin du Père Noël. Dans le silence des sapins, et l’attente toujours recommencée des aurores boréales.
Contexte de ce voyage :J’ai eu le bonheur de participer, en tant que journaliste, à un voyage de presse organisé en Laponie finlandaise par Scanditours, spécialiste des voyages dans le grand nord. C’était une expérience fabuleuse. Je n’étais pas là en tant que blogueuse, et cet article n’est pas sponsorisé : rien ne m’obligeait à parler de ce voyage sur Itinera Magica. Mais cette expérience était trop forte pour ne pas vous la raconter, et j’avais juste envie de partager mes impressions et mes coups de cœur dans le grand nord finlandais.
D’ici la fin du mois de mars, je vais avoir le bonheur de repartir dans le grand nord… n’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter si les neiges éternelles vous fascinent autant que moi !
Si vous aussi, vous rêvez d’admirer la dérive des icebergs, l’immensité de la banquise ou la pâleur mortelle des grands glaciers, cet article va vous rendre fou. Mettons cap sur les latitudes les plus extrêmes et les territoires les plus inhospitaliers, entrons dans le royaume de la glace éternelle, loin des terres des hommes. Au cœur du froid le plus mordant s’élève une beauté inhumaine. Le cœur humain bat plus fort face à l’immensité – nous partons explorer ce qui défie notre entendement. Douze blogueurs de voyage ont accepté d’évoquer leurs éblouissements glaciaires. La fascination de l’inouï les conduira du Svalbard à l’Islande, de l’Alaska à l’Antarctique en passant par la Patagonie, du Groenland aux Alpes européennes, en quête des plus beaux glaciers et icebergs du monde. Chaussez vos moon-boots, enfilez vos moufles, il va faire très froid. Où voir des icebergs ?
Entrons dans le royaume des glaces.
Les plus beaux glaciers de Scandinavie : Islande, Groenland, Svalbard plus beaux glaciers du monde – où voir des icebergs ? – voir des icebergs – aller au groenland
Je ne peux pas m’empêcher d’attaquer cette série par l’objet de ma plus haute fascination, le grand nord scandinave. Il ne faut pas laisser les gamins lire compulsivement Thorgal, on se retrouve avec des filles qui rêvent d’épouser des vikings et de brandir le marteau magique dans la lueur des aurores boréales. Commençons en beauté avec la destination qui m’obsède en ce moment, le Groenland, ultime frontière des amoureux du nord, avant de partir en kayak au Svalbard, et de marcher sur un glacier islandais…
Jökulsarlon.
La capitale des icebergs, Ilulissat où voir des icebergs? – comment aller à ilulissat – glaciers ilulissat – avion pour ilulissat – baie de disko blog
Betty raconte : « Il y a peu, j’ai eu l’occasion de me rendre sur la côte ouest du Groenland et j’ai été profondément marquée par l’un des endroits les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir. Ilulissat, un village situé dans la baie de Disko qui signifie littéralement « capitale des icebergs » en langue locale, est connu pour son fameux fjord glacé, classé au patrimoine mondial de l’Unesco tant il est exceptionnel. Des icebergs monumentaux se détachent du glacier Sermeq Kujalleq, et mettent parfois plus d’un an pour sortir du fjord, qui est long de 60 kilomètres, avant d’errer dans la baie de Disko, jusqu’à disparaître. C’est lors de randonnées sur des chemins rêvés, et durant quelques trajets en bateau que j’ai eu l’occasion d’admirer au plus près ces géants de glace. Véritable paradis polaire glacé aux couleurs pastels, Ilulissat mérite merveilleusement bien sa renommée !
Les icebergs d’Ilulissat, photos par Betty de Trip in Wild.
Comment aller à Ilulissat : Bien que la côte ouest du Groenland soit la partie la plus accessible du pays, les villes et villages sont généralement isolés et il faut savoir qu’il n’existe aucune route qui les relie entre eux. Pour venir à Ilulissat, il faudra donc prendre l’avion depuis Nuuk la capitale, ou Kangerlussuaq. Bien qu’on voit déjà de très jolis icebergs depuis le village, je conseille grandement d’aller voir l’Icefjord, qui se situe à quelques minutes d’Ilulissat. Afin de pouvoir observer le fjord glacé, trois sentiers de randonnée ont été balisés et sont libres d’accès. «
Escapade hivernale dans la baie de Disko, fjord d’Ilulissat Groenland en hiver – aller au groenland en hiver – sud ouest groenland – groenland via islande
Amandine raconte : « Si le Groenland était un film, je l’appellerais « Cold Finger ».
Si c’était un dessert, je l’appellerais « boule de glace meringuée et son île gelée flottante ».
Si c’était une chanson, j’entonnerais sur le champs à tue-tête « Je m’en iraiiiii dormiiiiiir daaaans le paaaaraadiiiis blaaaaaannnnnccc » (oui je chante faux, et alors ?)
Bref…. Ilulissat se situe dans la baie de Disko (non ce n’est pas l’endroit où John Travolta danse la fièvre du samedi soir…), au sud-ouest du Groenland : très photogénique pour ses innombrables icebergs, le fjord d’Ilulissat est classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2004.
Les fragments de glace proviennent du vêlage du glacier Sermeq Kujalleq (faisant partie de l’Inlandsis) : il produit à lui seul modestement 10% des icebergs groenlandais… En effet, 20 millions de tonnes d’icebergs tombent quotidiennement dans la baie, soit l’équivalent des besoins en eau de la ville de New-York sur une année entière ! Ce glacier dérive aujourd’hui de 20 mètres par jour, conséquence directe du réchauffement climatique.
La vue sur le fjord et ses magnifiques icebergs est tout simplement spectaculaire. Par -25 degrés pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de passer la majeure partie de mon temps dehors pour pouvoir admirer ces sculptures de glace (mes moufles s’en souviennent encoooore !!! Ah mince je rechante) et d’en saisir la beauté à chaque instant, avec chaque lumière… Les parties émergentes de l’iceberg ressemblent tantôt à des têtes de dragons, des tortues géantes, des chamallows flottants (comme pour les nuages, c’est l’imagination qui parle…), et la partie immergée apparaît dans un halo d’un bleu vif détonnant… Ce qui rend les paysages uniques, c’est qu’ils sont fragiles et éphémères, ceux que j’ai vus il y a presque deux ans maintenant n’existent plus qu’en photos, et ceux que vous découvrirez si vous y allez seront tout aussi beaux mais différents encore quelques mois ou années plus tard ! Le plaisir égoïste et l’illusion d’avoir des icebergs façonnés par le glacier rien que pour nous, c’est ce qui donne peut-être encore plus de saveur à ces moments…
Ilulissat en hiver, photos par Amandine de La Lykorne Illettrée.
Aller au Groenland via l’Islande : Ilulissat est accessible seulement en bateau ou en avion (ou en Lykorne magique) : si vous voulez découvrir de vos propres yeux les icebergs dans la baie de Disko, vous pouvez vous envoler de l’aéroport domestique de Reykjavik via Air Iceland. Une fois sur place, je vous conseille les randonnées qui longent le fjord d’Ilulissat (parcours jaune, rouge et bleu, le jaune étant le plus facile), elles vous permettront de profiter de la vue sur les immenses masses de glace (qui ressemblent au mur de Game of Thrones vu d’en haut)… Des excursions en bateaux sont organisées chaque jour et vous permettront de jouir des paysages au milieu des icebergs… Magique également…. »
Alizée raconte : « Glacé. Stupéfiant. Irréel. De notre première rencontre avec eux, voilà les mots qui en ressortent. Mais comment décrire les émotions ressenties ce jour-là ? Ces émotions liées aux colosses des mers glacées.
Ils sont là, paisibles, imposants, puissants. Le silence se mélange à ce bleu infini. Le nuancier s’étire du blanc étincelant du ciel au profondeurs noires de l’Océan. Tout semble s’accorder. L’harmonie parfaite. Rien ne vient entacher ce paysage. Que dire face à ces merveilles ?
Tout semble inanimé autour de nous. Immobile. La mer est lisse. Elle laisse apparaître leurs reflets. Aucune ondulation ne vient perturber cette aquarelle. Un paysage lunaire se dessine autour de nous à mesure de notre avancée. Nuuk est maintenant loin. Nous nous enfonçons dans les fjords. Le calme nous berce, le vent glacial qui brûle nos visages nous emporte avec lui, près d’eux. On laisse nos regards divaguer, nos pensées s’envolent.
Ne reste que l’instant présent. Un instant entre eux, et nous.
Nuuk au Groenland, photo par Alizée du blog Nineteen Pa.
Explorer les fjords de Nuuk : Pour plus d’infos sur les expéditions dans les fjords de Nuuk, consultez Tupilak Travel. Vous y retrouvez des infos sur les expéditions dans les fjords mais aussi toutes les autres activités possibles autour de Nuuk. Le tour qui a été réalisé a duré quatre heures, pour une centaine d’euros. Sur le bateau, comptez maximum 12 personnes (il y a en tout quatre bateaux). Réservation directement disponible à l’office du tourisme de Nuuk, qui se situe au centre-ville. »
La lagune de Jökulsárlón en Islande : la bouche du rêve
C’est là que pour moi tout a commencé. Quand j’avais dix ans, mes parents m’ont emmenée en Islande pour la première fois (je vous avais montré mon carnet de voyage islandais d’enfant). Ce jour-là, j’ai su que le virus scandinave me poursuivrait toute ma vie. Même si je suis une vraie sudiste. Même si je hurle à l’âge de glace quand le thermomètre descend sous 7 degrés, même si j’hésite à sacrifier mon mariage pour pouvoir dormir en chaussettes de ski. Mon imagination ne s’embarrasse pas de tels détails textiles et bondit gaiement dans les étendues glacées, fait du trampoline sur les icebergs et gambade avec les Walkyries.
Puisque je n’ai pas encore vu le Groenland et le Svalbard, qui pourraient peut-être la détrôner, la lagune de Jökulsárlón est à ce jour le plus bel endroit du grand nord à mes yeux, l’incarnation du mythe. Je l’ai revue en 2016 et l’émotion était intacte. Imaginez un immense glacier recouvrant la moitié de l’Islande, le Vatnajökull, qui vient buter en muraille de glace sur l’océan glacial arctique, et recrache ses icebergs à la dérive dans les vagues noires. C’est d’une beauté à pleurer – ou à monter sur un drakkar.
La plus célèbre lagune glaciaire du monde, Jökulsarlon.
Aller à Jökulsárlón : C’est l’endroit où les icebergs sont les plus accessibles pour nous Européens. Aujourd’hui, le voyage en Islande s’est démocratisé et l’île est devenu très (trop ?) touristique. Avec IcelandAir, vous trouverez des vols directs depuis Paris, avec WowAir depuis Lyon. Il vous faudra ensuite louer une voiture et rouler en direction du sud pour atteindre la lagune. C’est une route sublime et facile (un 4×4 n’est pas nécessaire), jonchée de cascades spectaculaires et passant par la belle plage de sable noir de Vik – en ligne directe depuis Reykjavik, cela durerait quatre heures, mais la beauté est telle que je vous conseille de faire ce trajet en plusieurs jours, et d’en profiter le plus possible. Le Sud de l’Islande est fabuleux.
Une fois à Jökulsárlón, vous pouvez découvrir le glacier soit tout simplement à pied, soit par bateau-camion amphibie, soit casser votre tirelire pour emprunter un bateau rapide qui mène jusqu’au fond de la lagune. C’est ce que nous avons fait, et nous ne l’avons pas regretté. J’ai eu la sensation d’être plongée dans l’univers de Game of Thrones.
Mais l’Islande réserve encore bien d’autres glaciers…
De glace et de feu : le glacier Sólheimajökull, en Islande
Eloïse raconte : « Des glaciers en Islande, il y en a des tonnes ! Ils sont tous plus impressionnants les uns que les autres. Mais je dois avouer que j’ai eu un petit faible pour Sólheimajökull.
La cendre volcanique qui le recouvre le rend très graphique. Le noir de la cendre et la transparence de la glace forment un contraste des plus photogéniques. Ce n’est pas le premier que nous ayons vu, cela faisait un petit moment que nous étions dans le sud et même si l’on y voit beaucoup de glaciers, chaque rencontre est unique et mémorable. Ils sont tous différents alors il ne faut pas hésiter à aller les observer (en aucun cas il ne faut s’aventurer seul sur un glacier sans équipement, c’est très dangereux). En tout cas je ne regrette pas cette découverte, le Sólheimajökull est juste magnifique, et unique ! Le glacier le plus noir que nous ayons vu !
Solheimajokull, par Eloïse du blog L’oeil d’Eos.
Aller au Sólheimajökull : Il fait en plus partie des glaciers les plus accessibles du sud de l’Islande. Il suffit de prendre l’embranchement de la route 221 depuis la route circulaire lorsque l’on se rend vers Vik. Une fois sur le parking du Arcanium Café Glacier vous n’aurez que 800 mètres à faire pour arriver au glacier et admirer ses formes singulières. »
Encore plus d’aventure scandinave, encore plus extrême ? J’ai ce qu’il vous faut, du kayak en autonomie au pays des ours polaires, au milieu des glaciers…
Kayak au royaume des ours : l’aventure Svalbard
Marion raconte : « En 2014, j’ai effectué mon premier voyage vers les Terres Froides : j’ai découvert l’Islande, et j’ai été émerveillée par ces paysages de feu et de glace. Un an plus tard, je réitérais l’expérience, plus haut, plus au nord encore. Le Svalbard, surnommé à juste titre Royaume des Ours par Philip Pullman, est un archipel perdu au milieu de l’Océan Arctique, au-dessus de la Norvège, au-delà du cercle polaire. Une terre faite de pierres et de glaces, un Arctique désertique, où aucun arbre ne pousse. À perte de vue, des collines de roches grises, brunes et ocres, surplombant l’infinité de l’océan. Et parmi ces falaises sans vie, le bleu hypnotisant des glaciers meurtriers.
Le premier que nous rencontrons est le Nordenskiöldbreen, long de vingt-cinq kilomètres pour onze kilomètres de large. Les phoques et les fulmars nous tiennent compagnie et rendent encore plus exceptionnel le spectacle qui se déroule sous nos yeux. Nous avons peine à croire que des gens se sont un jour installés ici, sous la menace d’un géant instable et colérique.
Un peu plus au sud de l’Isfjorden, tout au bout du Tempelfjorden, règne le glacier Tunabreen. À peine moins long que son voisin, sa beauté ensorcelle. Il fut notre voisin pendant deux jours : une immensité de bleu, et des murmures dans le vent… Comme si, de ces grondements déchirants, le glacier nous appelait à lui. Nous avons essayé de le rejoindre, guidés par une colonie de bélougas : en kayak d’abord, puis par la voie terrestre, en vain. C’est ainsi que dans une ultime tentative, nous nous sommes jetés à l’eau. Nous avons nagé dans l’océan arctique, parmi les méduses et les icebergs, au pied d’un glacier spectaculaire de vingt-trois kilomètres de long. Je crois que c’est aujourd’hui ma plus belle expérience avec le Froid.
Kayak au Svalbard, photos par Marion du blog La faute au graph.
Aller faire du kayak au Svalbard : Pour des soucis de praticité, nous avons choisi de passer par une agence pour nous rendre au Svalbard : un séjour de douze jours, dont dix jours d’itinérance en kayak autour de l’Isfjord, proposé par 66° Nord. Nous avons apprécié l’autonomie et le système de voyage participatif : tout le monde aide, tout le monde travaille. Contrairement à ce que l’expression « voyage organisé » laisse penser, cela n’a pas été un voyage de tout repos. Mais les souvenirs d’une expérience hors du commun valent bien toutes les courbatures du monde ! »
Après nous êtres approchés au plus près du Pôle Nord, pourquoi ne pas mettre cap à l’extrême sud, là où ondulent les aurores australes ?
Glaciers et icebergs du grand sud : Patagonie, Terre de feu et Antarctique plus beaux glaciers de l’hémisphère sud – aurores australes – blog icebergs
C’est le parfait symétrique de mes rêveries scandinaves : le pays des pingouins et du bout du monde, d’Ushuaia à l’Antarctique…
Le Perito moreno, plein les yeux en Patagonie aller au perito moreno – glaciers patagonie – plus beaux glaciers du monde
Laura et Sébastien racontent : « Quel voyageur sur les routes d’Amérique latine n’a jamais eu envie de découvrir ce colosse de glace, cette légende givrée ? Le Perito moreno est sans nul doute un des incontournables lors d’un voyage dans cette région du monde. Nous n’avons pas dérogé à la règle d’aller lui faire un petit coucou pour voir si sa réputation était méritée. En arrivant en bus déjà, le paysage est grandiose et met en appétit. Avant de le rencontrer, nous devons emprunter une passerelle en bois. Fébriles, nous prenons notre temps pour savourer encore plus l’instant. Soudain, il se dévoile et la magie opère illico. Nous sommes transis de froid autant que d’amour, le coup de foudre est immédiat. Nous scrutons les moindres nuances de bleu, les interstices, les reliefs de cette merveille. Cette beauté froide est aussi vivante, le perito moreno se déplace lentement. Les craquements et les fracas de la glace nous le confirment. Malgré le froid, nous avons continué à l’observer, à guetter les signes de rupture de la glace, à regarder son horizon se fondre avec le ciel, à nous en brûler la rétine.
Le Perito Moreno, photos par Laura et Seb du blog Les Globe Blogueurs.
Aller admirer le Perito moreno : « Si vous aussi, vous voulez vivre cette expérience, rien de plus simple. Rendez-vous à El Calafate en Argentine. De là, il y a des navettes qui partent tous les jours. Les horaires sont disponibles à la gare routière. Différentes excursions sont aussi proposées en ville et incluent d’autres activités pour appréhender le glacier telles que des balades en bateaux ou des randonnées sur le glacier. De quoi le voir sous toutes les coutures.
Rendez vous en Terre de feu Croisière terre de feu – glaciers terre de feu – tierra del fuego blog – allée des glaciers
Marion raconte : « La terre de feu ou « Tierra del Fuego « , un nom donné par les premiers navigateurs venus explorer cette zone en raison des petits feux de bois aperçus au loin et dispersés ici et là. Aujourd’hui la terre de feu est un archipel quasiment vierge, encore loin d’avoir été totalement exploité, divisé entre l’Argentine et le Chili, et seulement habité par de gigantesques glaciers, une flore endémique préservée et une faune protégée (albatros, lions de mer, pingouins, condors). Je vous laisse imaginer l’excitation et les émotions qui vous envahissent lorsque vous savez que l’heure est proche, que vous allez vous sentir seule au monde, face à cette nature vierge et immense. On a le sentiment de perdre nos repères, on s’interroge, on se questionne, on sourit et on hurle de joie. Ce n’est qu’une fois dans notre cabine avec cette immense vue sur l’océan que nous réalisons la chance que nous avons d’être ici et de vivre un rêve !
Faire une croisière en Terre de feu : C’est donc à bord de l’Australis, un bateau de croisière à taille humaine que nous avons découvert pendant quatre jours la Patagonie Chilienne. Le lieu étant reculé et difficile d’accès, vous n’avez pas d’autres choix. L’itinéraire est précis, sous forme d’une boucle et commence soit par Punta Arenas soit par Ushuaia, la ville du bout du monde… L’organisation à bord est parfaite : les excursions se font en petit groupe dans de gros zodiaques, les repas sont copieux et raffinés, l’exigence est au rendez-vous. Ici, on prend le temps de se ressourcer et d’admirer depuis les coursives et du pont arrière, la variété des paysages qui s’offrent à nous : des glaciers bleutés, des mers aux couleurs émeraudes, des plaines aux reflets orangées, Il n’y a aucun stress, juste du temps pour soi et son chéri.
Croisière en Terre de feu, par Marion du blog Mademoiselle voyage.
Lors d’une croisière, il peut s’en passer des choses car vous êtes totalement dépendant de Mère Nature. Vous ne pouvez rien prévoir et vous croisez souvent les doigts. Nous avons eu quelques rayons de soleil qui ont transpercé ces glaciers et qui ont laissé apparaitre ce bleu dans les crevasses mais nous avons également eu, un ciel gris qui nous a donné l’impression de faire des photos en noir et blanc, une tempête de neige lorsque nous marchions près d’un glacier, des vagues agitées et déchainées qui ne nous auront pas permis de débarquer sur l’île du Cap Horn, ce nom mythique et mystérieux à la fois. La Terre de Feu est unique et se mérite alors chers aventuriers, soyez prêts pour cette aventure hors du commun. »
Lucie raconte : « 25 décembre 2013. Sans doute le jour de Noël le plus fou et le plus marquant de ma vie. Je viens déjà de passer plusieurs jours en Antarctique, à la découverte de ses icebergs, de ses paysages surréels et de sa faune abondante. Le soleil brille plus haut que jamais, perçant sans difficulté à travers le trou de la couche d’ozone. Un vent froid balaye la poudreuse lorsque nous mettons pied à terre à Neko Harbour. Au-dessus de moi, j’aperçois les petits points jaunes, formés par les manteaux des passagers de notre expédition, sur une corniche, très haut, très loin au-dessus de moi. Je me décourage presque à la vue de la difficulté de cette randonnée, mais vaille que vaille, je prends mon courage à deux mains et me lance sur la piste formée par les passagers précédents. La montée est rude, je tombe maintes fois dans la poudreuse, mais cette marche est plus facile que ce que j’imaginais au premier abord. J’arrive enfin en haut, sur la corniche et contemple l’un des plus beaux paysages que j’ai pu voir de ma vie. L’Antarctique est faite de glace, de neige, d’icebergs et de terres noires, presque à s’ennuyer de la monotonie de paysages blancs et noirs. Mais à Neko Harbour, cette falaise de glace est remarquable et unique. Sous le soleil chaud de décembre, les reflets bleus de la glace tombent à pic dans une eau bleu turquoise. Plus haut, la fonte des glaces a formé un coeur, comme un hommage à la beauté de la Terre et du continent blanc. Depuis les hauteurs du glacier, on aperçoit l’horizon et l’immensité du continent, le tout petit navire sur lequel nous sommes arrivés et le parhélie autour du soleil, un phénomène si rare. Je m’assois au bord du précipice, pour contempler le paysage à mes pieds. J’en pleurerais presque devant la beauté immaculée, fragile et spectaculaire de ce paysage. Un bloc de glace tombe dans la mer sous nos yeux éberlués ! Nous bronzons un peu sous le soleil de l’Antarctique, avant de redescendre vers notre navire et vers la réalité. Joyeux Noël !
Croisière en Antarctique, photos par Lucie du blog Voyages et vagabondages.
Une croisière en Antarctique : J’ai eu la chance de voir Neko Harbour et ses glaciers à perte de vue lors d’une croisière en Antarctique de dix jours, partant et revenant depuis Ushuaia en Patagonie Argentine. Le continent blanc est changeant et il n’y a aucune garantie de voir exactement le même paysage que j’ai vu, mais tous ces glaciers et icebergs sont fascinants et il y a toujours de magnifiques paysages à découvrir, année après année. »
Remontons maintenant tout le long de la côte pacifique, dans le grand nord américain…
Into the Wild : les glaciers d’Alaska
Zoë raconte : «Notre road trip en Alaska fut rempli de découvertes toutes plus extraordinaires les unes que les autres, et pour la première fois dans un de nos voyages nous avions enfin la chance de nous approcher des glaciers, que ce soit en bateau, en hélicoptère ou par la route tout simplement.
C’est le cas du glacier Matanuska, qui est soudainement apparu devant nos yeux ébahis alors que nous roulions à la recherche d’un endroit où dormir avec notre camping car. Ce monstre de glace est le plus grand glacier des Etats-Unis à être accessible depuis la route, avec ses 39 kilomètres de longueur et 6,4 kilomètres de largeur le glacier est encore actif est avance de trente centimètres chaque jour.
Arriver à la première heure de la journée (et un jour férié !) n’a pas forcément été du goût du propriétaire de l’accès privé qui mène au glacier. C’était sans compter mon charme ravageur et mes plus beaux yeux doux, et après négociation nous avons finalement eu la chance de pouvoir accéder au glacier pour notre plus grand bonheur. Le silence le plus total, la brume qui se faufile sur les forêts entourant le glacier, le bruit de la neige sous nos pas, nous étions seuls avec le Matanuska.
Glaciers d’Alaska, photos par Zoë du blog Few miles away.
Aller admirer le Matanuska en Alaska : Le glacier Matanuska a la particularité d’être un des glaciers les plus faciles à explorer en Amérique du Nord. Pour cela il suffit de prendre la route et de suivre Glenn Highway direction nord-est au départ d’Anchorage. Après deux heures de voiture, vous le verrez sur des kilomètres avant d’atteindre le parc d’État de Matanuska Glacier (au kilomètre 102). C’est un parc privé qui offre le seul point d’accès au glacier (entre mars et octobre) pour la modique somme de $30, il faudra payer un peu plus si vous voulez une visite guidée ou escalader le glacier. Une fois que vous avez payé votre droit d’entrée, vous pouvez conduire sur un petit chemin jusqu’au glacier.
L’Antarctique, l’Alaska, tout cela est si loin… et chez nous, alors ? Heureusement pour les amoureux des glaciers, nous avons les Alpes…
Les glaciers des Alpes, en France, en Suisse et en Autriche
Vous connaissez mon amour pour les Alpes, et l’état mystique dans lequel elles savent me plonger. C’est notre infini polaire à portée de mains, là où la glace tutoie les cimes…
L’Aiguille du midi et son glacier, à Chamonix.
Chamonix, le paradis des glaciers
Mon paradis glaciaire en France, c’est Chamonix-Mont Blanc, véritable nid aux monstres glacés. Pas moins de six langues glaciaires sont visibles depuis la vallée de Chamonix, sans même parler des glaciers suspendus aux cimes de l’Aiguille du midi. La superstar, c’est bien évidemment notre Mer de glace, le plus grand glacier français, qui a su fasciner toute l’intelligentsia européenne depuis les années 1800, et ouvrir la voie à la fascination du froid en Europe. Chamonix, c’est plus qu’une station, c’est un mythe, une plongée enivrante dans l’imaginaire des poètes et des artistes. Les fidèles lecteurs de ce blog savent que j’en ai déjà souvent parlé, aussi me contenterais-je de vous renvoyer à mes articles sur Chamonix en hiver et sur les randos estivales autour des glaciers de Chamonix .
Chamonix Mont Blanc, la plus grande concentration glaciaire en France.
Mais il est temps de découvrir un autre glacier français…
Le glacier blanc, dans le parc national des Ecrins
Lauriane raconte : « Lors de ma première escapade au Glacier Blanc dans le Massif des écrins, j’ai tout de suite aimé le coin paisible. Dès l’arrivée, le Pré de Madame Carle et la forêt de mélèzes m’apaisent. Si vous avez de la chance, vous pourrez même entendre le sifflement des marmottes en arrivant tôt. A ma première venue, je n’ai pas pu effectuer la randonnée jusqu’au bout, mais la seconde fois fut la bonne ! La randonnée qui mène au Glacier Blanc commence au Pré de Madame Carle, puis très vite, ça ne fait que monter, encore et encore jusqu’à une descente qui mène au pied du Glacier Blanc, majestueux. Sur le chemin, nous croisons quelques marmottes et je suis aux anges, mais surtout des magnifiques paysages, une vue sur le Glacier Noir (glacier recouvert de sable) et sur les montagnes environnantes à couper le souffle.
Et parlons-en de souffle coupé ! A la deuxième partie de la randonnée jusqu’au refuge du Glacier Blanc, on commence à prendre de l’altitude, l’ascension se corse un peu, mais le passage au Lac Tuckett est magnifique. Les marmottes sont encore nombreuses, et on aperçoit de plus en plus les chocards, sorte de merles, et enfin nous arrivons au refuge du glacier blanc, où tous les randonneurs qui prévoient de marcher sur le glacier passent en général la nuit, pour partir aux aurores. En discutant avec les gens sur place, je me sens transportée par l’ambiance qui règne. Quand j’habitais en Auvergne, j’ai souvent rencontré des randonneurs (j’ai même été amoureuse de l’un d’entre eux…), et j’ai toujours admirer la façon dont chacun se dépassait, cet amour de la montagne, ces expériences vécues… Là-haut, je me suis promis de revenir au Glacier Blanc y dormir et faire moi aussi partie de ces gens qui marchent sur le Glacier Blanc… La suite en 2018 !
Le glacier blanc, photos par Lauriane du blog Un pied dans les nuages.
Comment accéder au Glacier Blanc ? Mieux vaut venir en voiture au Glacier Blanc, en vous garant au pré de Madame Carle en rejoignant Vallouise, Pelvoux puis Ailefroide. En été, il est possible de prendre un bus depuis l’Argentière la Bessée jusqu’au Pré de Madame Carle. »
Saviez-vous que la Mer de glace avait une grande sœur suisse, le glacier d’Aletsch ?
Aletsch, le plus grand glacier d’Europe
Audrey raconte : « Le glacier d’Aletsch nous donne le privilège immense de côtoyer une force de la nature telle qu’on en voit peu en Europe. C’est un géant, le plus grand glacier des Alpes, du haut de ses 128 km². C’est pourtant un colosse apprivoisé, facile d’accès aux randonneurs du dimanche qui rêvent de toucher du doigt l’héroïsme de Balmat et Paccard, l’ivresse des cimes. Niché entrée la vallée du Rhône et le massif de la Jungfrau en plein cœur du Valais suisse, il s’offre aux randonneurs de tout niveau par deux petites montées en télécabines depuis Mörel. Rien ne laisse deviner sa présence jusqu’au débarquement de la télécabine de Moosfluh, à 2300 mètres d’altitude, au sommet du monde.
Et puis c’est l’émotion sublime et terrible, le chavirement face à ce glacier émouvant à fond de vallée, diminué par le changement climatique, qu’on aurait envie de caresser comme un bon gros géant qui sommeille paisiblement. Mais à s’y frotter de plus près après une petite heure de descente sur un sentier facile, il nous pétrifie de son souffle glacé et rappelle par quelques grincements bien sentis que les crevasses sont vivantes et que ce n’est pas là un endroit pour les profanes. On ne peut garder un silence religieux en le contemplant, minuscules devant cette langue gelée. Mieux vaut ne pas le sous-estimer, ce glacier assoupi qui a creusé les montagnes, et se contenter finalement de l’observer de loin, pour prendre la pleine mesure de la beauté des Alpes. »
Aletsch, Suisse, photos par Audrey du blog Arpenter le chemin.
Partons maintenant pour une république alpine que j’adore explorer, l’Autriche.
La grotte glaciaire d’Hintertux, et sa rivière souterraine
Hintertux est un domaine skiable prisé des Autrichiens : à 3250 mètres, au sommet du glacier, l’enneigement est constant, et les paysages grandioses. Je l’ai d’abord découvert pour la qualité de sa neige et ses fêtes « après-ski » bien arrosées dont les Autrichiens ont le secret, avec musique kitsch boum boum, odeur horrible de chaussettes et convivialité authentique. Mais Hintertux avait un secret presque surnaturel : une grotte glaciaire traversée par une rivière souterraine, épargnée par la glaciation en raison de la force de son flux, et qui coule au milieu de murailles de glace à dix mètres sous terre… Je me serais crue dans la gueule d’un monstre. C’est une de mes plus belles expériences alpines à ce jour.
Glacier d’Hintertux et sa rivière souterraine.
Visiter la grotte glaciaire d’Hintertux : Il vous faudra monter en télécabine tout au sommet du glacier, à 3250m, puis acheter votre ticket pour la grotte de glace. Les visites guidées ont lieu tout l’après-midi en saison. Attention, il ne faut pas être claustrophobe : il s’agit d’entrer sous terre, au cœur d’un univers de glace, dans des boyaux sombres et étroits où la lumière du jour ne pénètre pas… Plus d’infos sur le glacier d’Hintertux.
Les glaciers de Sölden en Autriche
Amélie raconte : « Au cœur du Tyrol autrichien nous avons découvert un peu par hasard les glaciers de Sölden. On a emprunté la Panoramic glacier road pour accéder aux glaciers de Rettenbach et de Tiefenbach, puis deux télécabines. Le silence en haut de ces géants de glace est maître. Au même niveau que le vertige et le vent glacial qui se faufile dans les moindres failles de tissu. Mais il y a de ces moments magiques où finalement les douleurs du corps ne nous touchent plus. Seul l’esprit persiste pour essayer tant bien que mal de communier avec cette nature époustouflante. On observe timidement les failles qui nous impressionnent autant qu’elles nous terrorisent. Nous sommes à l’affût du moindre petit bruit qui viendrait perturber ce silence roi. Comme ces craquements et ces quelques pierres qui tombent. Les éclaircies qui changent toutes les secondes et mettent un lumière un nouveau décor, à chaque fois. Une peinture impressionniste. Je ne m’en lasse pas. Je ne m’en lasserai jamais. La nature n’a pas besoin d’artifice, de se cacher, de s’adapter aux modes. On la prend, on l’accepte comme elle se présente. L’Autriche est une belle destination nature à deux pas de chez nous, et les glaciers du Tyrol, mon plus beau souvenir ».
Glaciers de Sölden, Autriche, par Amélie du blog Hello la roux.
L’avenir des glaciers au temps de la fonte des glaces
Les glaciers sont-ils condamnés à disparaître sous l’influence du réchauffement climatique ? Ceux des Alpes, probablement, hélas : il se peut qu’ils aient tous fondu d’ici 2050. L’Arctique fond aussi, ouvrant de nouvelles voies maritimes dans le grand nord, et des conflits géopolitiques pour le contrôle des routes et des ressources entre Norvège, Russie, Danemark et USA… Le monde change, le réchauffement est une réalité que nous ne pourrons sans doute pas endiguer, quand bien même nous cesserions toute émission de CO2 aujourd’hui. Mon cœur d’amoureuse des immensités glaciaires saigne à l’idée de la disparition des continents blancs, mais peut-être faut-il aller au-delà de la lamentation.
J’ai été marquée par ce que j’ai lu au Glaciorium de Chamonix, et au musée des glaciers du Grossglockner en Autriche. Ils racontent tous deux que – bien que l’influence humaine sur le climat soit indéniable, et la lutte contre la pollution, une absolue nécessité – la Terre a connu des ères glaciaires et des ères chaudes depuis des dizaines de milliers d’années. Il y a trente mille ans, les glaciers alpins allaient jusqu’aux portes de Lyon, et la France était un territoire nordique gelé. Une période chaude a suivi, permettant le développement de la culture humaine : Lascaux a été peinte il y a dix-huit mille ans durant une ère plus douce. Puis il y a treize mille ans, une nouvelle glaciation a décimé la mégafaune européenne, des mammouths aux tigres à dents de sabre. Le Moyen-Âge fut une période exceptionnellement chaude : si les Vikings ont pu s’installer en Islande et au Groenland, dont le nom signifie « terre verte », c’est parce que les glaces avaient considérablement reculé. C’est cette ère chaude qui a permis la navigation arctique. Le XVIIIe siècle a connu un nouveau petit âge glaciaire, durant lequel les glaciers alpins ont considérablement grandi – à cette époque, Chamonix était véritablement tenue dans les mâchoires de la Mer de glace. Nous sommes aujourd’hui en phase de réchauffement accéléré, c’est indéniable. Mais de nombreux scientifiques estiment que de nouveaux âges glaciaires viendront… dans trente mille ans peut-être, la France sera de nouveau glaciaire. Nous ne serons pas là pour le voir, mais les dégâts que nous causons à la Terre ne peuvent malgré tout pas suspendre ses cycles naturels.
Le réchauffement climatique, qui sera un drame pour les habitants des îles pacifiques sans relief, sera peut-être une chance pour d’autres territoires aujourd’hui pris dans les glaces, comme la Sibérie. Notre planète va changer de visage, et peut-être pas seulement pour le pire. J’espère juste qu’il restera encore quelques glaciers pour les ours, les phoques et les rêveurs…
Chamonix.
Les plus beaux glaciers du monde : la liste continue…
J’ai bien conscience du caractère non exhaustif de ma liste. Il manque notamment le glacier Franz Josef et le glacier Tasman en Nouvelle Zélande, ceux du Mont Elbrouz en Russie, les glaciers de l’Himalaya, la route des Glaciers et le glacier Columbia au Canada… qui sait, peut-être y aura-t-il une partie deux ?
Merci de tout cœur à tous les blogueurs qui ont participé à cet article qui me tenait à cœur – merci pour vos récits et vos images superbes.
Textures des glaciers. Ce qu’on voit sur la première photo, ce sont les bandes de Forbes, causées par les déformations de la glace sous le poids du glacier qui avance, et qui s’ajoutent d’année en année, indiquant l’âge du glacier, à la manière des cernes des arbres.
Je vous réserve dans un prochain article à paraître bientôt un autre glacier autrichien mythique, que j’ai choisi de ne pas dévoiler déjà ici… Inscrivez-vous à la newsletter pour retrouver avec moi les Alpes, Oman et beaucoup d’autres belles destinations ?
Au milieu du Massif central s’élève un haut plateau : l’Aubrac. Ici trois départements – Aveyron, Lozère et Cantal – se touchent et se mélangent sur vingt-cinq mille hectares de solitude bucolique. C’est un pays de grands espaces, où on goûte le délicieux silence des chemins sinuant à travers les collines, et la clameur des chants sauvages dans les forêts de sapins. Le voyageur en quête de calme et de sérénité se sentira chez lui dans cette immensité paisible. Ici les cerfs brâment dans les bois, les vaches paissent autour des burons, et le paysage tout entier inspire la douce solennité des lieux riches d’une très longue histoire. Nous sommes entrés dans le vieux cœur d’une France éternelle. Bienvenue sur l’Aubrac, côté Aveyron. Voyage en aubrac – découvrir l’aubrac – que voir en aubrac – aubrac blog – village d’aubrac – que voir à laguiole – laguiole blog – aubrac blog – que voir sur l’aubrac
L’Aubrac et ses vaches emblématiques
Calme du soir à Laguiole, célèbre pour ses fromages et ses couteaux
Dans les forêts profondes de l’Aubrac.
?
Voyage en Aubrac, un petit goût de très loin
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En roulant sur les routes désertes des monts de l’Aubrac, j’ai pensé à l’Ecosse, à l’Irlande, à la Norvège, autant de rivages lointains et nordiques. Un étrange sentiment d’insularité vous gagne ici, alors que vous ne pourriez être plus loin de la mer, dans ce paysage de moyenne montagne étrangement brute. On m’a dit qu’ici poussaient des fleurs qu’on ne voit qu’en Sibérie, et que des créatures rares et fascinantes subsistaient dans les tourbières, comme la belle loutre d’Europe. Ici se côtoient un monde façonné par les hommes – les pâturages des vaches Aubrac, les grandes étendues déboisées qui ont valu à ce massif le surnom de « tête chauve » –, et un monde sauvage et secret.
Je suis amoureuse des routes immenses de l’Aubrac, de cette sensation de solitude et d’infini.
Des airs d’Ecosse sur ce lac proche du village d’Aubrac.
Vache Aubrac au milieu des fleurs d’automne.
Colchique d’octobre. Au printemps, des fleurs plus rares couvrent la prairie.
Oui, nous sommes déjà en montagne, je le sens dans l’air du soir, dans les craquelures des pierres malmenées par le gel. Les monts émoussés par les millénaires d’érosion ne montent pas très haut, de 1100 à 1400 mètres d’altitude, mais le climat est rude en hiver. Nous sommes à la fin de l’automne, les vaches ne sont pas encore redescendues des estives. Mais je sais que bientôt, la neige recouvrira tout. Je vois les gens commencer à s’activer dans les stations de ski de l’Aubrac, à Laguiole et à Brameloup, tester les remontées au milieu des tranchées de sapins.
Brameloup, quel mot évocateur. Je suis dans un roman médiéval, plein d’animaux sauvages et d’ombres napées de brume. J’ai changé de monde. Dans les vallées du Lot et du Dourdou, j’étais dans un paysage de contes de fées, doux et policé, à la recherche des plus beaux villages du nord Aveyron, qui ressemblaient souvent à des villages de poupées. Mais désormais, sur ces routes entre Laguiole, Aubrac et Brameloup, je suis perdue au cœur d’immenses solitudes bosselées, je ne croise plus personne et un vent de liberté me grise. Je suis dans les grands espaces, au cœur du cœur de la France et pourtant déjà très loin. L’aventure frémit sous mes pas.
La station de ski de Laguiole.Pierres du village d’Aubrac
Le village d’Aubrac dans le soir.
Entre champs et forêts.
Le soir tombe sur les montagnes.
Le brame du cerf dans les forêts de l’Aubrac
Fin septembre, les cerfs Elaphes entrent en rut dans les bois de l’Aubrac. Ils brâment dans la forêt obscure pour séduire les biches, frappent leurs bois contre ceux de leurs rivaux dans d’impressionnants combats. En fin d’après-midi, je me suis enfoncée dans les bois avec un guide de la Maison de l’Aubrac et un petit groupe de passionnés, espérant entendre ces bruits de passion et de lutte qu’on décrit comme spectaculaires : brames puissants, chocs brutaux, tumulte dans la pénombre… Malheureusement, je suis arrivée trop tard dans la saison – mi-octobre, beaucoup de cerfs se sont tus. Mais j’ai aimé cette aventure presque clandestine, ce petit groupe qui se perd dans le labyrinthe sylvestre sous les dernières lueurs du jour en quête de la cérémonie secrète… j’avais l’impression de vivre une initiation.
...Dans les bois…
Entendre le brame du cerf en Aveyron : la Maison de l’Aubrac, à Aubrac (le village), propose des sorties accompagnées, en général les deux dernières semaines de septembre et la première semaine d’octobre. Le guide est passionnant et érudit. Habillez vous chaudement, vous attendrez immobiles dans la pénombre fraîche, à la nuit tombante – pensez à vous munir de gants. Petite mise en garde importante : pensez bien à inspecter votre corps après la sortie. J’ai eu la mauvaise surprise de découvrir une tique fichée sur ma jambe. Les forêts françaises sont hélas touchées par des maladies liées aux tiques, il est donc important de vérifier qu’aucun insecte n’est resté accroché à votre peau quand vous vous êtes promenés dans les sous-bois (pas seulement en Aveyron, mais partout).
La belle Maison de l’Aubrac.
Autour du village d’Aubrac, le pays des burons
Les pierres noires évoquent le volcan qui a longtemps rugi dans cette région aujourd’hui si paisible. Ce fut une terre de feu. Traînées de basalte qui forment les murs séparant les prés, lauzes noires et pierres cendrées dans les maisons, les teintes du village d’Aubrac sont sombres comme un incendie éteint. Depuis le XIIe siècle, ces vieux murs accueillent les pèlerins sur les chemins de Compostelle. Je m’imagine cheminer en silence parmi ces terres si solitaires et solennelles – difficile d’être plus près de Dieu que sur l’Aubrac, la terre se met sur la pointe des pieds pour l’approcher.
Aubrac est tout petit, et d’une grande beauté. La Maison de l’Aubrac accueille des expositions et conférences sur ce pays singulier. Mais surtout, ce qui frappe le regard, ce sont les vaches. Les magnifiques vaches de race Aubrac, paissant au bord des étangs, se parant de roux au couchant. De mai à octobre, elles sont sur les estives, et leurs transhumances sont de grandes fêtes populaires. Le 25 mai, on les pare de fleurs pour les monter aux pâturages, et la manifestation semble superbe.
Ici, c’est le pays des burons, ces maisons de pierres noires où on fabriquait le fromage. Au XIXe siècle, tous les burons étaient actifs, habités par des pâtres gardant les troupeaux ; aujourd’hui un seul subsiste. J’ai un seul regret en Aubrac : ne pas avoir eu le temps de visiter le dernier buron en activité, le Buron de Camejane, où on vous sert l’aligot préparé au feu de bois dans une délicieuse ambiance d’auberge d’antan.
Vaches près du village d’Aubrac
Le dernier buron.
Colchiques et vaches paisibles..Une transhumance dans la vallée du Lot
Mais même si les burons ont disparu, la tradition fromagère se perpétue malgré tout en Aubrac.
Laguiole, ses fromages et ses couteaux
Laguiole (prononcez Layole), c’est la porte de l’Aubrac, le village seuil qui vous fait entrer dans le domaine montagnard. C’est aussi le cœur d’activité de cette région aux grands talents agricoles et artisanaux, réputée pour ses deux spécialités : ses fromages de lait de vache AOP, et ses couteaux. Je suis très curieuse des territoires qui parviennent à allier savoir faire traditionnel et techniques innovantes, et j’étais très heureuse d’aller à la rencontre des fromagers de Jeune montagne.
Laguiole le soir.
Laguiole de jour.
Sur la place du village, le taureau emblématique.
Les fromages de l’Aubrac à la coopérative Jeune montagne que faire à laguiole que voir à laguiole blog aubrac
Jeune montagne, c’est un exemple impressionnant d’un modèle agricole à la fois traditionnel et performant, qui parvient à défendre l’héritage ancestral, protéger ses agriculteurs, et produire suffisamment pour pouvoir faire bénéficier toute la France de ses produits. La coopérative naît en 1960 dans les burons de l’Aubrac, là où on a produit depuis le XVIIIe siècle la fourme et la tome, où on file l’aligot à la main dans de grands chaudrons. Son fondateur, c’est le paysan visionnaire André Valadier, « l’homme qui a sauvé l’Aubrac ». A l’heure de la modernisation agricole accélérée, il comprend qu’il faudra innover pour sauver le modèle aveyronnais, sans renoncer pourtant à la tradition. Il convainc une trentaine de paysans de vendre leur lait à la coopérative, et permet par cette union de sauvegarder le mode de production traditionnel. Le fromage Laguiole reçoit l’AOC en 1961, avec un cahier des charges très strict que la coopérative Jeune montagne respecte scrupuleusement. Il s’agit du lait de vaches Aubrac et Simmental, tout le lait provient du plateau de l’Aubrac exclusivement, les vaches sont aux pâturages tout l’été, au minimum quatre mois par an, nourries par les fleurs et les foins du plateau de l’Aubrac, sans aucun ensilage durant l’hiver afin de préserver le goût fruité du lait. Les veaux sont élevés avec la mère avec une alternance de traites par le veau et de traites manuelles pour le lait, et la production laitière de chaque vache ne doit pas dépasser 6000 litres par an.
La coopérative participe à la revalorisation laitière de la vache Aubrac – qu’on avait eu tendance à élever pour la viande exclusivement, lui faisant perdre ses qualités laitières – en encourageant financièrement les producteurs qui augmentent la part de vaches Aubrac dans leur cheptel. Jeune montagne, premier producteur de fromage Laguiole AOC, veut soutenir de façon active et engagée ses agriculteurs aveyronnais et leur permettre de perpétuer cette tradition pastorale, ce mode de production où la qualité passe avant tout. Encore une fois, les Aveyronnais montrent le chemin.
Mais cette exigence de qualité ne signifie pas rareté, et elle ne les empêche pas d’avoir démocratisé les produits aveyronnais, désormais accessibles dans tout le pays. Ce sont eux qui ont inventé, avec le soutien du chef étoilé Michel Bras, une technique afin de proposer l’aligot au rayon frais. Si vous trouvez des barquettes d’aligot dans votre supermarché, elles viennent de Jeune montagne. Ils m’en ont offert une dans un sac isotherme, que j’ai mangée avec Mr Viking à mon retour à Aix, et j’ai été impressionnée par la qualité du produit et son goût délicieux, presque aussi bon que celui qu’on déguste en direct dans les restaurants aveyronnais.
Vous pouvez visiter la coopérative, voir un film très touchant sur son histoire et les agriculteurs qui la font vivre, et assister au processus impressionnant de fabrication du fromage. Le lait cru venu des exploitations de l’Aubrac va d’abord être caillé dans de grandes cuves, égoutté et modelé plusieurs fois pour enlever le petit lait. Le produit qu’on obtient à ce stade est la tome fraîche, qui peut être consommée telle quelle. A travers de grandes parois en verre, vous pouvez voir les fromagers travailler, et soulever les énormes fourmes de cinquante kilos. Pour obtenir le Laguiole, la pâte sera salée, moulée et placée en salle d’affinage pour 4 mois minimum (et jusqu’à 24).
Et bien sûr, la visite finit à la boutique… Vous y trouverez l’aligot, la brouillade, plusieurs sortes de laguiole aux durées d’affinage différentes, le petit buronnier, et surtout mon nouveau fromage préféré : le petit Ecir. Si j’avoue que le Laguiole est un peu trop fort pour moi qui ai des goûts de bébé, le petit Ecir crémeux m’a totalement séduite. Je laisserai Jeune Montagne le décrire pour moi : « L’Ecir, vent glacial qui soulève la neige légère sur les montagnes d’Aubrac, a donné son nom à cette spécialité fromagère à pâte molle et à croûte fleurie. » Ca fait envie, non ? Je pense qu’on peut le comparer au Saint Marcellin ou au Saint Félicien (pardon aux puristes si jamais cette comparaison est impie). Je vous conseille vraiment de le goûter si vous passez par l’Aveyron.
Jeune montagne est devenu non seulement un moteur pour l’agriculture aveyronnaise, mais aussi un pôle touristique, et j’étais impressionnée par le nombre de touristes venus visiter la fromagerie. Moi qui avais été seule pendant tout le séjour en Aveyron, j’avais l’impression que tous les voyageurs s’étaient donné rendez-vous ici ! C’est devenu un incontournable des itinéraires sur l’Aubrac, un peu comme les caves de Roquefort au sud de l’Aveyron.
L’emblème de la coopérative.
Mon chouchou, l’Ecir.
Assortiment de spécialités produites par Jeune MontagneDégustation.Fromage Laguiole.
Aveyron, pays du fromage – cela tombe bien, car novembre est le mois du fromage pour les blogueurs d’#EnFranceAussi, et vous retrouverez (presque) tous les fromages de France dans leurs articles collectés par Chacha Aventurière.
Les couteaux de Laguiole, un savoir faire qui mériterait d’être protégé vrai couteau de laguiole laguiole authentique
Le village de Laguiole a donné son nom à ce type de couteau pliant produit ici depuis le XIXe siècle, au point de spécialiser le village dans la coutellerie. Les plus belles pièces sont de vraies œuvres d’art, et en même temps des produits pratiques fiables et utiles, témoignant d’un travail méticuleux et rigoureux. Si vous vous promenez dans les rues de Laguiole, vous serez marqué par le nombre de boutiques de couteliers, l’autre grande attraction touristique de l’Aubrac. Là où le bât blesse, c’est que contrairement aux fromages qui sont protégés par une appellation contrôlée, les couteaux ne le sont pas… et c’est donc une foire un peu décevante pour le touriste en quête d’authenticité : les vrais couteaux de Laguiole, façonnés avec passion et savoir-faire par des artisans talentueux, côtoient les imitations bas de gamme made in China… Les artisans authentiques cherchent aujourd’hui à être protégés par une IGP qui réserverait l’appellation « laguiole » aux couteaux de la région, mais le chemin est encore long. Ne vous faites pas piéger, et n’hésitez pas à poser des questions précises aux marchands.
Dans cette jungle, une institution garantit la qualité du produit et l’ancrage local : La Forge de Laguiole. Chacun de leurs couteaux est une pièce faite main ici à Laguiole, au prix de longues heures d’un travail précis et exigeant. Ils sont à la pointe du combat pour la défense du couteau non seulement made in France, mais surtout made in Laguiole, et leurs pièces sont de toute beauté. Vous pouvez visiter leurs ateliers et apprécier le travail de l’acier, du manche en bois ou en corne finement ciselé, l’assemblage fiable et sûr.
Dans tous les autres domaines, les Aveyronnais ont su protéger leurs produits, leur identité, leur terroir – j’espère vraiment que les couteaux seront la dernière pièce du puzzle !
Un superbe couteau de la Forge de Laguiole avec un manche volcanique.
Les ateliers de la Forge.
Paysage de Laguiole
Un bel hôtel à Laguiole : le Best Western Relais de Laguiole où dormir à laguiole hôtel aubrac
Vous le savez, j’ai d’ordinaire tendance à privilégier les hôtels indépendants aux chaînes, car je regrette la standardisation de l’hôtellerie. Mais pour avoir dormi dans plusieurs Best Western ces derniers mois, notamment en Allemagne et à Chamonix, j’ai eu l’occasion de constater que la marque signifie la garantie d’un certain standing, mais non l’uniformisation des hôtels. Chaque hôtelier reste maître de son concept, de sa décoration, de ses installations, et vous n’avez absolument pas l’impression de vous retrouver dans le même hôtel décliné à l’infini (contrairement à d’autres chaînes connues). Je peux dire en toute honnêteté qu’après avoir eu des petites déceptions dans d’autres Best Western, le Relais de Laguiole m’a réconciliée avec l’enseigne, ou du moins convaincue de retourner dans cet hôtel-là à Laguiole : c’est mon Best Western préféré à ce jour. C’est un 3 étoiles qui en mérite davantage, le standing me paraît plutôt au niveau d’un 4 étoiles. Ma chambre était parfaite : spacieuse, lumineuse, avec une grande salle de bain et une literie extrêmement confortable. Le restaurant de l’hôtel proposait des spécialités aveyronnaises authentiques et un buffet des desserts qui n’a clairement pas arrangé le bilan calorique du séjour. Mais surtout, surtout, argument qui a conquis mon petit cœur d’aspirante sirène, le Relais de Laguiole comporte une fabuleuse piscine intérieure. Sincèrement, c’est une des plus belles que j’ai vues dans un hôtel : beaucoup trop d’hôtels appellent « piscine couverte » une espèce de pataugeoire minuscule sans intérêt, pas celui-là. La piscine est immense, presque 25 mètres de long, ce qui permet de faire de vraies longueurs, et ses horaires d’ouverture sont suffisamment étendus pour qu’on en profite vraiment (7h30-22h). L’espace compte également un spa proposant des massages et soins, un sauna et un grand jacuzzi chaud et bouillonnant. J’ai adoré ma nuit dans cet hôtel, qui a tout pour qu’on s’y détende et s’y sente bien – encore une belle expérience hôtelière en Aveyron, après mon merveilleux séjour au Castel d’Alzac en juin.
.Parfois, on me demande si ça n’est pas trop dur d’être seule en voyage, de passer mes soirées en tête à tête avec moi-même. Je prends un air digne et résigné et je dis que je supporte.
Je reviendrai en Aveyron en avril, pour le salon des blogueurs de voyage WAT18 à Millau, et je m’en fais déjà une joie. Retrouvez mes autres articles sur ce pays magique : les merveilles du sud de l’Aveyron, les plus beaux villages du nord Aveyron, le gîte 5 étoiles unique en son genre qu’est le Castel d’Alzac.
Prochain article : la Haute Provence, autour de Forcalquier ! Inscrivez-vous à ma newsletter ?
Merci au CDT de l’Aveyron, et notamment à Jackie Bru et Jean-Luc Calmelly, de m’avoir permis de découvrir votre pays magnifique et si attachant. Vivement que j’y revienne !
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C’est la Californie des laissés pour compte, l’envers brûlé du décor de cinéma. C’est un road trip solitaire un peu sinistre, une virée dans une Californie désertique, toxique et abandonnée. Sur les rives empoisonnées du Salton Sea, dans les décombres de Salvation Mountain où errent les junkies, partons au pays de l’apocalypse. A Joshua Tree seulement, nous retrouverons un peu de beauté…. blog salvation mountain – blog salton sea – blog joshua tree – visiter salvation mountain – aller à salvation mountain – lieux de tournage into the wild californie
Salvation Mountain.
Road trip halluciné dans le désert de Californie
Fin septembre 2016, je suis partie pour un long road trip en Californie, seule. A ce moment-là, j’avais besoin de cette solitude radicale, de ce « juste moi et la route ». La première partie de mon séjour a été littorale et radieuse : San Diego, La Jolla, Oceanside, Laguna Beach. Puis j’ai bifurqué vers l’intérieur, vers le comté de Riverside, et la désolation s’est abattue sur moi.
J’ai longtemps hésité à publier ce texte très noir et assez personnel, écrit à chaud, durant le séjour. Ce texte est très différent de ce que je publie d’habitude sur Itinera Magica, beaucoup plus pessimiste et introspectif. Mais au fond, j’avais envie de le partager avec vous. Un an plus tard, voici donc le récit de mon incursion au pays des anges tombés. Je n’ai rien censuré – ceci est du texte brut, écrit le soir dans les motels, au cœur du désert californien.
Si vous débarquez sur ce blog pour la première fois, ne commencez pas par cet article.
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L’empire de la désolation
Au moment de quitter Laguna Beach pour plonger dans le cœur désertique de la Californie, je me demande vraiment ce que je fous, et quel génie tordu du marketing a réussi à me convaincre qu’aller voir des cailloux et des bidonvilles mérite de renoncer à la sublime route côtière 101. J’aurais probablement annulé la partie dustbowl si je n’avais pas déjà payé l’hôtel à Indio.
Laguna Beach – difficile de renoncer à ça.
La route que j’emprunte n’est pas pour me rassurer. A moins de cinq miles de la mer déjà, le paysage entre en phase terminale. Je n’ai jamais vu ça de ma vie : une telle désolation. Je traverse Irvine, puis Riverside, dans un état de sidération catastrophée. Tout est mort. Tout. Cela n’a rien à voir avec ce que j’ai vu en Arizona, un désert alerte, rempli de cactus et de succulentes, grouillant de vie tenace et bien adaptée à l’aridité. Certes, le désert du Mojave a toujours été plus âpre et brutal que le désert de Sonora, dont l’Arizona fait partie – mais ce que je vois dépasse le particularisme topologique. Ces villes ont été fondées sur des sources, ici les troupeaux venaient paître, ici la vie avait droit de cité : l’histoire des villes du désert en Californie, c’est celle du miracle de l’eau, de zones épargnées par la sécheresse. Et pas même une seule vache ne pourrait survivre dans le décor apocalyptique que je traverse aujourd’hui. Partout autour de moi, pas un arbre, pas un buisson vivant sur les collines de la sierra, juste un manteau pelé d’herbe morte, brune, où rien n’a survécu. C’est comme si le paysage tout entier avait été scalpé. Et cette pelade de brindilles irrémédiablement sèches, c’est du combustible parfait. Je repense aux incendies titanesques qui ont ravagé la Californie depuis deux ans. Je me souviens de ce que disait un chef des pompiers : que chaque nouvel incendie rentrait directement au top 10 des plus cataclysmiques, que les records du nombre d’hectares brûlés ne cessaient d’être battus, que le feu avait changé de comportement et était impossible à contenir, sautant de colline en colline comme une armée démoniaque, enjambant les coupe feux, irrépressible, terrifiant. Qu’ils avaient l’impression de mener une guerre contre un ennemi infiniment plus fort qu’eux. Des dizaines de pompiers sont morts cet été, piégés par des feux qui se reformaient soudain en muraille, comme une marée infernale qui revient au galop – ce feu-là n’est plus du ressort humain. Il est chez lui. Le sol est ravagé, toute l’eau douce a été pompée, et une année 2016 riche en pluies (à cause d’El Nino) n’a rien pu y changer. La Californie est en train de crever.
Je m’attendais à trouver un peu plus de verdure à Palm Springs et dans la vallée de Coachella. En vérité, les collines sont tout aussi mortes, mais au fond des vallées, l’irrigation fait jaillir de terre des plantations de palmiers à huile et d’autres plantations compatibles avec l’aridité, dessinant des paysages d’oasis qui me font penser à Al Ain.
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Depuis les années 50, Palm Springs est la retraite chic des Angelinos qui décident d’arrêter leurs antidépresseurs et vont cuver leur phase psychotique au bord d’une piscine dans le désert. J’ai cherché dans tous les sens « que faire à Palm Springs », mais on ne me conseille que des spas, des cliniques de détox et des restaurants prétentieux dont l’alcoolisme mondain est le fonds de commerce. Alentours, c’est un morne mange-poussière. Les tuyaux d’irrigation énormes traînent partout, enlisés dans cinquante centimètres de sable. C’est le pays de Steinbeck.
Sur les traces d’Into the wild : Salton Sea, le pire de la Californie
Mon immersion dans l’envers du décor californien, je la dois à une scène de film. Dans Into the wild, le héros (qui va finir par crever dans un bus en Alaska après avoir malencontreusement mangé une racine qui détruit son estomac) commence son roadtrip en Californie et échoue au milieu du désert du Mojave, au pied d’une montagne psychédélique peinte à la gloire de Dieu. Salvation mountain. C’est elle qui m’obsède depuis, et c’est à cause d’elle que j’ai quitté Laguna Beach pour me taper trois heures de route dans ce no man’s land. A ce moment précis, je me jure de renoncer au cinéma. Je me dis que c’est bien la seule chose sur laquelle je suis d’accord avec les salafistes, le cinéma c’est le diable. J’ai presque envie de retourner à Palm Springs m’inscrire en détox des films masochistes qui te donnent des idées de merde. Mais j’avale la poussière jusqu’à la lie et je continue vers le pire du pire : le Salton Sea, probablement l’endroit le plus irrémédiablement moche et mort de l’Ouest.
Salton Sea.
Aucun lieu n’incarne mieux le désastre environnemental californien que le plus grand lac de l’Etat, le Salton Sea : près de 1000km carrés d’eau empoisonnée. Le Salton Sea est né d’un accident. En 1905, le creusement d’un système d’irrigation ouvre une brèche dans le lit du fleuve Colorado, et déverse des millions de litres au cœur du désert, dans une dépression rocheuse qui se remplit. L’inondation sera endiguée deux ans plus tard, mais les eaux d’irrigation continueront d’approvisionner le Salton Sea, créant un « lac miracle » au cœur du Mojave, qui aimante les foules. Dans les années 50, les Américains, qui étaient encore dans cette phase mégalo où ils pensaient que l’homme pouvait coloniser Mars et que les cigarettes étaient bonnes pour la santé, ont décidé d’en faire un endroit à la mode. Des stations lacustres ont ouvert, les yachts abondaient sur les eaux scintillantes, les stars venaient en villégiature, achetaient des maisons sur les rives du lac. Et puis soudain, dans les années 70, le Salton Sea s’est mis à mourir. Les rejets issus de l’agriculture dans la vallée de Coachella l’ont empoisonné et entraîné une eutrophisation extrême. Le lac est devenu un cloaque puant, biologiquement mort, où plus rien ne vit, aucun animal, aucune autre plante que cette vase méphitique à l’agonie qui envahit l’air. Le Colorado continue de nourrir le Salton Sea. De loin, les reflets du soleil sur ses mille kilomètres carrés nourrit l’illusion de la joliesse. De près, on porte la main à la gorge, on cherche un foulard pour se couvrir. Un lac mort au milieu de collines mortes. Le néant. Certains disent qu’il faudrait dérouter à nouveau le Colorado, laisser le Salton Sea se dessécher et mourir pour de bon. On leur répond que les effluves toxiques risqueraient de tuer toutes les personnes qui vivent dans la région.
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Aussi incroyable que cela puisse paraître, quelques communautés vivent encore au bord du lac dantesque. C’est un paysage indescriptiblement dérangeant. Tout a été laissé en plan, des stations essences abandonnées depuis les années 70, des restaurants et hôtels en ruine, des visions post-apocalyptiques au milieu desquelles des hommes continuent pourtant de vivre – mobil homes, baraques miséreuses de bric et de broc, desservies par des bus scolaires jaunes, incarnation même du déni. Salton Sea State Park, préparez-vous à payer, indique un panneau qui affiche les tarifs. Mais la guérite est désertée. Sur l’immense terrain de camping, il n’y a plus que deux caravanes, des voyageurs un peu paumés qui lisent les panneaux d’un air hébêté. Locations de kayak et de bateaux, promet un autre. Mais la marina n’est plus qu’un lit de vase noire. Personne n’a enlevé les panneaux du club de yachting, qui est devenu une espèce de centre social, et continue de prétendre à une activité nautique morte depuis longtemps. Les hommes ici vivent au milieu de cadavres en feignant de les croire en vie. Comme si le Salton Sea pouvait ressusciter, comme si quelqu’un allait rouler la pierre. Les trains de la Pacific company roulent sur l’immense voie ferrée qui traverse le royaume de l’illusion, d’immenses trains de marchandises venus du Canada, acheminant au cœur de la misère toute la richesse qu’elle voit scintiller comme un mirage. Je vois ce que je n’aurais jamais dû voir.
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Les palmiers-éventail de Californie
Je voulais accéder à l’oasis Dos Palmas, probablement une des dernières choses à voir dans la région du Salton Sea. Je savais que la route n’était pas carrossée sur les trois derniers miles, mais cela ne me perturbait pas trop : j’avais fait toute l’Apache trail sans 4×4 en Arizona. Mais en arrivant au début du chemin, je comprends aussitôt qu’il me faudra renoncer. La route est défoncée et ensablée au-delà du supportable, et seul un véhicule de rallye pourrait s’y engager. Rester embourbée dans cette région sans réseau et sans aucun passage, où marcher deux fois trois miles dans le désert avec une bouteille d’Evian de 0,5 L pour seul viatique, ne me paraissent que moyennement souhaitables. Je n’oublie pas qu’à l’été 2015, une famille française a été décimée à Whitesands, Nouveau Mexique. Partis pour une randonnée réputée facile, mais avec trop peu d’eau, les deux parents se sont effondrés après avoir laissé les dernières gouttes à leur fils de huit ans, que les rangers ont retrouvé recroquevillé, brûlé, déshydraté, mais vivant, auprès des cadavres de ses parents. C’est quelque chose que les Européens ont tendance à oublier : que la terre, ici, peut dévorer les hommes.
Comme pour me récompenser de ma sagesse, les palmiers que j’espérais voir à Dos Palmas surgissent miraculeusement le long de la route, quelques miles plus tard. Ce sont les « California fan palms », ces palmiers majestueux qu’on trouve dans les oasis de Californie et nulle part ailleurs au monde. Les résurgences d’eau douce dans le sol aride font surgir leurs hauts troncs en éventail, si typiques, si caractéristiques. Ceux-là ont manifestement su trouver quelque source le long du Salton Sea, et je les accueille avec la joie de l’enfant qui découvre un Kinder surprise dans une décharge.
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Niland, la ville des laissés pour compte
Je continue à longer les rives du lac zombie, vers la Salvation mountain. Enfin j’arrive à Niland, la ville fantôme où elle se trouve. Là encore, c’est la désolation. Motels et restaurants abandonnés, ouverts à tous les vents, rues envahies de poussière gluante, comme si quelque pandémie monstrueuse s’était abattue sur la ville. Et là encore, des gens vivent pourtant, les plus pauvres des pauvres, dans des espèces de camps de réfugiés sédentarisés, des baraques sordides et des campings cars, autour de jardins de sable remplis de Jésus effrités et de guirlandes de Noël. Je n’ai jamais rien vu d’aussi grimaçant. Je ne m’arrête même pas pour faire des photos, parce que j’ai la trouille. C’est le pays des morts vivants.
C’est aussi à Niland qu’on trouve Slab City, « la dernière ville libre des Etats-Unis », campement des marginaux, des squatteurs, des gens en rupture avec le monde. Il y aura peut-être des gens pour raconter que c’est cool, alternatif, positif. Moi je vois des gens défoncés au regard vide et à l’avenir qui se reflète dans le Salton Sea.
Et enfin, que dans le jour descendant, je vois surgir la Salvation mountain.
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Salvation Mountain, le pèlerinage des junkies
Soudain je ne regrette plus mon incursion dans le ventre du néant. C’est une colline multicolore, née de bétons et de ferraille agglomérés, qui semble peinte sous ecstasy, et où trône le message God is love, décliné de mille façons. Des camions abandonnés, peints en mille couleurs, arborent des versets bibliques. Au sein de la montagne, on trouve des grottes psychédéliques, de petites chapelles avec des Vierges Maries qui ont perdu leur tête, et un immense arbre peint en rose et vert, une sorte d’arbre de vie mystique pour hippies illuminés. Je rentre dans le cœur de Dieu. Salvation mountain est digne d’ébranler même un athée : c’est une des plus belles, des plus touchantes expressions de l’art naïf et du mysticisme que je connaisse. Je vais de chambre en chambre au creux de la montagne, fascinée. Salvation mountain est l’œuvre de Leonard Knight qui à l’âge de quarante ans a connu une crise mystique, et dévoué sa vie à l’édification de cette folie de foi, témoignage d’une religiosité brute – l’amour, la rédemption – rétive à toute institutionnalisation. Jusqu’à sa démence en 2011 (il meurt en 2014), il a entretenu la montagne. Aujourd’hui, l’association de ses amis a pris le relai, et des gens viennent poser leur campement dans le désert, avec leurs pots de peinture et leurs rouleaux, et entretenir l’œuvre unique. L’un d’eux veille sur le site, avec ses trois chiens, un petit soldat de Dieu au milieu du Mojave, qui repeint un flanc de colline.
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Peu de voyageurs visitent Salvation mountain, si loin de tout, mais il y a groupe de trois baroudeurs en survêtement douteux, deux jeunes et un vieux, qui me racontent être sur les routes depuis un an, et vouloir se poser quelques jours à Slab City. Ils me proposent un joint, une pipe de crack, ou de coucher avec l’un des trois (ou avec tous, c’est selon). Je décline avec ma politesse désormais habituelle et songe que si ça dégénère, j’irai me réfugier auprès du soldat de Jésus avec ses trois molosses. Mais ils acceptent mon refus avec une résignation gracieuse. Depuis que je suis seule en Californie, on m’a proposé toutes les drogues et tout le kamasutra. Je réponds non merci comme s’il s’agissait d’une tasse de thé.
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Une fois le soleil couché, je retourne vers la vallée de Coachella, le seul endroit où on trouve des motels – aucun hébergement n’est plus proposé sur les rives du Salton Sea. Je dors à Indio dans un motel étonnamment convenable, et me mets en route tôt le matin vers le parc national de Joshua Tree, à une cinquantaine de kilomètres à l’Est. Parmi les grands parcs nationaux de l’Ouest, Joshua Tree est souvent délaissé, car il est excentré, à l’écart de toutes les routes habituelles de road trip – ce qui explique que je sois si souvent venue dans l’Ouest des Etats-Unis sans l’avoir vu encore. Cela fait plusieurs années que j’en rêve. Plus encore que la Salvation mountain, c’est lui qui justifiait la virée désertique.
Joshua Tree
Les cactus de Joshua Tree
Je rentre dans le parc au sud, par Cottonwood, et au début, l’inquiétude me saisit : le paysage n’a pas changé. Toujours cette moquette de trucs morts, ces cailloux sans rédemption. Puis peu à peu, la vie revient. La zone orientale du parc appartient déjà au désert de Sonora, et je retrouve les cactus d’Arizona : les ocotillos, qui ressemblent à de longues tiges mortes en période de sécheresse, et reverdissent et fleurissent aussitôt que la pluie tombe, les chollas, des espèces de nounours épineux qui se jettent sur les passants pour transporter leurs graines ailleurs. Les cactus du désert de Sonora, je les connais désormais par cœur, je me les suis fichés dans les pieds, les mains, les fesses et toute autre partie charnue de mon anatomie, j’ai lu tous les bouquins, vu tous les jardins botaniques, je suis incollable, et peux expliquer crânement à une Allemande que ça, c’est pas du tout une cholla, enfin, c’est un prickle pear. Je me sens dans mon élément.
Cholla.
.Ocotillo
Puis la zone Sonora s’achève, retour dans le Mojave, et c’est de nouveau la désolation. Les panneaux s’excusent : en raison du changement climatique, il n’y a plus d’arbres de Josué dans cette partie du parc, mais continuez vers le nord, enfoncez-vous dans le parc, vous allez les trouver. Je comprends que la zone de vie des arbres magiques rétrécit toujours davantage, qu’ils se terrent au cœur du parc comme des bêtes traquées.
La première fois que j’ai vu un Joshua tree, c’était à l’été 2015, quelque part à proximité du Grand Canyon. J’avais été fascinée par la beauté de ces grands yuccas dégingandés qui semblaient tendre mille bras désespérés vers le ciel – une créature d’oraison, à qui on a multiplié les mains pour qu’elle puisse mieux implorer son Dieu. J’avais appris ensuite que c’était exactement la raison pour laquelle les premiers pèlerins les avaient nommés Joshua trees, ce qui m’avait vaguement inquiétée : j’ignorais avoir le même imaginaire qu’un puritain du 19e paumé dans le désert. Aujourd’hui, la silhouette des arbres de Josué me paraît plus poignante encore : leur prière est une supplique pour la survie. Ils sont pour moi devenus le symbole de cette Californie suppliciée, à bout de souffle. Les panneaux racontent que Joshua Tree était un jardin d’éden, le havre des troupeaux, qu’au XIXe siècle, les vallées secrètes cachées derrière les rideaux de rochers abritaient de verts pâturages. Il n’en reste pas une trace.
Wonderland of rocks : l’âme du granit
C’est quand j’arrive au campement de Whitetank que je vois les premiers surgir. Encore petits, encore chétifs. Mais la forêt de Joshua trees commence. Ainsi que l’autre merveille du parc national, ce qu’on nomme le « wonderland of rocks » : le pays magique des rochers. Le titre n’est pas usurpé. Des monolithes énormes, spectaculaires, déploient des formes lunaires, rondeurs pleines ou émondées, doigts tendus en bouquet au-dessus des fissures, arches à demi écroulées, champs d’énormes galets lisses et polis ou mystère des formes capricieuses. Je pense aussitôt aux Seychelles, aux blocs de granit rassemblés sur les plages comme autant de dinosaures assoupis. L’exposition géologique valide l’analogie : il s’agit bien du même phénomène.
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Nombre de gens pensent que les rochers de Joshua Tree sont du même matériau que les mesas de Monument Valley ou Sedona, que les grottes fantastiques d’Antelope Canyon : du grès, sandstone en anglais, accumulation de sédiments sableux qui ont formé les hauts plateaux de la région du Grand Escalier. Mais en réalité, il ne s’agit ici pas de grès, mais de granit.
Le granit est l’enfant abandonné des plaques qui divorcent. Il forme une couche profonde du manteau terrestre, d’ordinaire cachée sous des centaines de mètres d’autres couches, loin de nos yeux. Mais là où la tectonique fendille l’écorce, là où les mouvements de subduction laissent les roches profondes à nu, le granit apparaît. Aux Seychelles, c’est parce que lors de l’éclatement du Gondwana, les îles sont restées seules au milieu de l’océan, vestiges résiduels du cataclysme, orphelines de la dérive des continents, dont elles révèlent le visage abyssal. A Joshua Tree, c’est parce que la faille de San Andreas court au fond de la vallée – on la voit depuis le point de vue des Keys, le sommet du parc, monstrueuse, terrifiante, la matrice des catastrophes qui un jour déchiquèteront la Californie. Ici la plaque américaine et la plaque pacifique divergent, et le granit, poussé par des forces colossales, remonte mutilé, brisé par les mâchoires tectoniques – d’où ces formes délirantes, ces courbes qui trahissent de très anciennes bulles de magma, ces arrêtes qui révèlent la cassure, et que l’érosion continue d’affiner. Le paysage de Joshua Tree est un rescapé de la nuit des temps. Et je suis submergée par une émotion profonde. Au milieu du peuple d’arbres suppliants, je vois le cœur de la Terre, et l’écrasante majesté des millénaires. C’est beau, beau, déchirant, ces forêts de yuccas immenses, ces amoncellements de roches à qui le crépuscule dessine des ombres solennelles, ces ciels du désert que le soir plonge dans un délire de rouges et de mauves. Joshua Tree me bouleverse.
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Etre une rockstar au Joshua Tree Inn
Je dors dans un motel suffisamment mythique pour ne pas être sur Booking ou Tripadvisor, le Joshua Tree Inn. Dans les années 60, tout ce que Los Angeles comptait de rockstars venait se réfugier ici, dans cet endroit qui stimule infiniment l’imagination créatrice, et dormait au bord de la piscine du Joshua Tree Inn. Les Rolling Stones y ont composé nombre de leurs chansons. Gram Parsons y est mort d’une overdose ; à mon arrivée, la réceptionniste me propose gentiment d’occuper sa chambre, mais je décline, et choisis celle d’une musicienne et pin-up, Emylou Harris. L’endroit possède un charme incroyable, une espèce d’emporium du rock’n’roll, avec force vinyles et posters dédicacés, affiches des 60’s, déco dans son jus, mémorial à Gram Parsons en forme de guitare, et cette piscine au fond trouble, bordée de Joshua trees, au bord de laquelle somnolent des bikers sexagénaires. La playlist qui résonne dans le jardin de cactus et de glycines est impeccable, un pur délice rétro. J’adore ce lieu.
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Joshua Tree, artistes et soldats
Le village de Joshua Tree n’a rien à voir avec la désolation de Niland. C’est ici un refuge choisi et non subi, un endroit roots et brut de décoffrage, plein de bars à la tronche improbable et de magasins à la dégaine de saloon, mais bien vivant. Pioneertown a été fondée en 1946 par des investisseurs hollywoodiens qui rêvaient de créer un décor de cinéma à ciel ouvert, une ville comme dans les années 1870, fidèle à l’esthétique de la frontière. Et les gens sont venus prendre possession de la maquette. On sent que les habitants aiment ce lieu, les arbres fantomatiques qui poussent dans leurs jardins, la mémoire de la Terre et le souvenir des 60’s, on sent qu’ils sont venus ici de leur plein gré, pour habiter pleinement cet endroit hors-normes, se baigner de son énergie. Il paraît que les artistes continuent de venir créer ici, que des stars partent deux semaines en retraite désertique et reviennent la guitare saturée de chansons. Et surtout, il y a tous les militaires stationnés à la base toute proche de 29 Palms, venus s’entraîner dans le désert qui ressemble un peu à ceux d’Afghanistan ou d’Irak avant d’y partir pour de vrai… et leurs femmes esseulées venues faire la fête pour oublier l’angoisse du coup de fil. Le village de Joshua tree palpite.
On me conseille le bar-resto Pappy’s and Harriet’s Palace, le bar mythique du coin. L’ambiance est hyper chaleureuse, un décor de western bondé de gens qui s’amusent, et la nourriture est extra. Les gens sont chaleureux et m’invitent à leur table. C’est soirée karaoké à Pappy’s and Harriet’s, et mes nouveaux amis américains, le fait d’être à 9000 kilomètres de toute personne que je serais susceptible de revoir, et le massacre de Walk of life par un dénommé Rooster (poulet) m’engagent à me jeter à l’eau pour la première fois de ma vie. Je me lance donc sur Ziggy Stardust de Bowie, et je préfère ne pas savoir ce que les gens en ont pensé – surtout qu’après moi passe une nana au look incroyable, ronde et belle, couverte de tatouages et de piercings, qui rugit un Don’t stop believing magistral. Les gens dans ce bar sont un défilé de mode alternative, et j’ai l’impression de voir les fringues que ma mère portait dans les années 70-80 ressorties de la cave et assorties de façon hasardeuse.
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Questions existentielles au coin du feu
A mon retour au Joshua Tree Inn, je trouve près du feu de jardin deux couples qui étaient à la soirée karaoké, et qui me hèlent « eh Ziggy Stardust, viens t’asseoir avec nous » ! Ils ont mon âge, l’âge où on a merdé sa vingtaine, ne sait pas trop où on en est de sa vie et part pour des virées dans le désert avant d’atteindre une trentaine sans gloire. On se dit qu’à nos âges, nos parents avaient des carrières, des plans de vie ambitieux, qu’ils étaient lancés. Nous avons fait des études passionnantes et sans issue et nous sommes des jeunes gens intelligents, cultivés et complètement inutiles à une société qui a de moins en moins besoin de main d’œuvre humaine. Nous ne croyons en rien, si ce n’est peut-être à l’amour. Les deux couples ont voyagé ensemble pendant un moment, depuis la Nouvelle-Orléans et les bayous de Louisiane (qu’ils me décrivent comme l’endroit le plus fabuleux qu’ils connaissent), et leurs chemins se séparent maintenant, car l’un d’eux part demain pour Vegas. Ils veulent se marier dans la Valley of fire. En attendant, ils dorment dans la chambre où Gram Parson a clamsé. L’autre va rester quelques jours à Joshua Tree. Elle est musicienne, elle rêve que l’ambiance incroyable du désert fasse jaillir d’elle l’album tant espéré. Ils me proposent un joint, mais pas de pipe de crack, ni de sexe. Du coup, je suis vexée et je refuse.
Partir.
La nuit sur Joshua Tree
Vers deux heures du matin, avant d’aller me coucher, je retourne une dernière fois au cœur du parc. Les arbres de Josué se lamentent sous fond de constellations. Au milieu des troncs desséchés et du granit qui rappelle l’imminence des catastrophes tectoniques, j’ai comme l’impression d’un adieu. Je me dis que c’est peut-être la dernière fois que je viens en Californie, avant qu’elle s’ouvre en deux. Je dis au revoir aux pèlerins et aux scarabées, aux guitares et aux monolithes, et je m’endors les yeux ouverts sur les galaxies.
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Un de ces quatre, je vous parlerai de Laguna Beach et de Santa Monica, ça sera plus joyeux. En attendant, les articles à venir : Saint Tropez, Aveyron, Disneyland, Ardèche… Abonnez vous ?
Pour qui aime la montagne, un voyage à Chamonix-Mont Blanc relève du pèlerinage. C’est ici, pour la première fois, que les hommes se sont mis à conquérir les sommets. On a inventé ici l’alpinisme, et l’attrait hypnotique de la très haute montagne, de la glace éternelle et la lumière capricieuse des cimes. Chamonix, c’est une autre dimension, et ma plus belle révélation dans les Alpes françaises à ce jour.
Que faire, que voir à Chamonix ? Trop de choses, car chacune de ses attractions sont autant de mythes : la Mer de glace, ou le plus grand glacier de France, l’Aiguille du Midi, ou encore le Lac Blanc, considéré par beaucoup comme le plus beau de nos lacs alpins. Nous sommes ici sur le toit de l’Europe, avec le sommet légendaire du Mont-Blanc à 4810m, là où l’expérience humaine ordinaire cède à l’inouï. Les Alpes dans toute leur terrifiante majesté : Chamonix vous rendra mystique.
La mythique mer de glace, plus grand glacier français et deuxième d’Europe.
Coucher de soleil sur les Drus
Mon amie Marion face à l’immensité des Alpes.
Week end à Chamonix – week end romantique à Chamonix – blog Chamonix
Pour ce voyage dans l’hiver sans fin, nous allons commencer par un petit catéchisme de la haute montagne, avec toutes les merveilles dignes de votre vénération, et puis nous enchaînerons sur une série d’hébergements et de restaurants fabuleux pour profiter de votre voyage à Chamonix dans les plus belles conditions possibles. C’est parti pour le meilleur des Alpes françaises.
Merveilleux Lac blanc.
Un week-end à Chamonix, ou le tremplin vers la haute montagne
C’est quelque chose que j’ignorais avant de me perdre au milieu des lacs et des glaciers, environnée de bouquetins et de marmottes : Chamonix, c’est une autre dimension. Toutes les Alpes sont belles. Mais ici, la beauté est teintée de danger et de vertige, elle touche au sublime. C’est quelque chose que j’ai profondément ressenti à Chamonix : je suis aux portes d’un autre monde. L’alpinisme a commencé ici, à la fin du XVIIIe siècle, avec ces chercheurs de cristal lancés à l’assaut du plus haut sommet d’Europe. L’Everest, l’Annapurna, le Fitz roy, ça commence ici. C’est à Chamonix que les hommes ont apprivoisé la très haute montagne.
Et je me dis toujours qu’il faut une sacré dose de folie pour affronter la haute montagne…
J’ai partagé ce second séjour à Chamonix avec mon amie Marion, la talentueuse blogueuse de La faute au graph. Je l’ai récupérée chez elle dans le Vercors, et nous avons traversé par l’autoroute les vallées alpines, à travers la Chartreuse, les Bauges et les Aravis, en direction de Chamonix. Nous n’avons pas arrêté de nous extasier sur la beauté des Alpes. Nous nous disions que trop de voyageurs ignoraient les trésors que nous avons chez nous, rêvent des Rocheuses, du Canada, du Colorado, de la Patagonie, et ne savent pas combien les Alpes sont belles.
Bonheur de randonner avec une amie qui partage ma passion de la nature, de la glace et des animaux dans un cadre aussi exceptionnel.Comme souvent quand deux blogueuses voyagent ensemble, on a fait un petit troc : les photos de moi sont chez Marion, les photos de Marion sont chez moi.
Vous l’aurez deviné, cette magnifique photo de moi au-dessus des Lacs des Chéserys a donc été prise par Marion – La faute au graph !
Mais même nous, nous ne savions pas tout de nos montagnes familières. Marion m’a dit après la première journée à Chamonix : « J’ai grandi dans le Vercors, je croyais que je connaissais les Alpes. Mais ici… c’est différent. C’est encore un cran au-dessus.» Oui. Ici tout est encore plus. Plus loin, plus haut, au cœur du royaume du vertige.
Qu’est-ce qui change tout à Chamonix ? La glace.
Ils nous guettent…. Terrifiants et merveilleux glaciers de Chamonix
Chamonix – Mont Blanc ou l’empire des glaces Les glaciers de Chamonix
Ce qui m’a fascinée par-dessus tout à Chamonix, ce sont les glaciers. Imaginez Chamonix : une vallée profonde, sculptée par les âges glaciaires et les caprices des géants, entre deux chaînes de montagne colossales. Chamonix est encerclée par la glace. Dans le Massif du Mont Blanc, ils sont innombrables, ils descendent en langues d’un bleu mortel vers la vallée trappée, ils nichent sous les reliefs drus des plus hautes cimes, ils se drapent de brume et révèlent par éclipses leurs scintillements d’argent.
Langues des glaciers qui descendent vers la vallée.
Effrayante splendeur.
A Chamonix, l’histoire de l’alpinisme est associée à celle des cristaux. Si les hommes ont commencé à gravir les « Montagnes Maudites » (l’ancien nom du massif), c’est parce qu’aux plus hautes altitudes, la roche se fendait sur des fours à cristaux regorgeant de quartz et d’améthystes. Jacques Balmat, le premier à avoir vaincu le Mont Blanc en 1786, était un cristallier avide des trésors des cimes. Mais maintes fois à Chamonix, je me suis dit que le glacier lui-même était le plus beau cristal, et la vallée entière, un four aux merveilles. Accrochés aux aiguilles ou insinuant leurs traîtresses séductions vers la vallée, scintillants et drapés de brume et de magie, les glaciers de Chamonix sont autant de diamants.
Textures des glaciers. Ce qu’on voit sur la première photo, ce sont les bandes de Forbes, qui s’ajoutent d’année en année et indiquent l’âge du glacier, à la manière des cernes des arbres.
Vous aussi, vous rêvez de l’Islande, du Groenland, du Svalbard ? Vous aussi, vous aimez la Reine des Neiges et Game of Thrones ? Vous avez envie de devenir un White Walker aux yeux bleu perçant ou de hurler « Libérée, délivrée », au milieu des séracs ? Allez à Chamonix. Votre karma glaciaire se révèlera. Vous serez surpris et fasciné de voir la glace si proche, si accessible.
Après ces incantations, il est temps de vous donner le mode d’emploi : comment voir les glaciers à Chamonix ?
Approcher les glaciers à Chamonix Comment voir les glaciers à Chamonix ?
Voici une liste quelques expériences pour jalonner votre initiation glaciaire.
Visiter la Mer de glace et la grotte de Glace
La Mer de glace, évidemment. C’est le plus grand et le plus célèbre glacier de France, et c’est un immanquable de Chamonix. Vous prenez le train du Montenvers depuis Chamonix, un train à crémaillère rouge comme dans les livres pour enfants qui va réveiller le gamin qui est en vous (vous auriez dû me voir dans le train, j’avais huit ans et demi), et vous arrivez au plus beau panorama de France sur les glaciers alpins. J’étais en mode cocorico : « Y a ça chez nous ? C’est beau comme ça la France ? Plus jamais je vais ailleurs ! » En face de vous, les Drus s’élèvent, et vous rappelleront les Tre Cime des Dolomites ou le Fitz Roy de Patagonie par leur allure déchiquetée et majestueuse ; en dessous de vous, le glacier et ses séracs terrifiants. Descendez ensuite vers la grotte de glace, et entrez au cœur du monde bleu et froid.
Pendant longtemps, la grotte qui se referme chaque hiver était à nouveau creusée la main chaque printemps, à la pioche et à la sueur, par une équipe de héros qu’on appelait les « grottus ». (C’est classe en soirée, de dire « salut je suis grottu ».) Aujourd’hui, les grottus continuent de creuser une nouvelle grotte deux fois dans l’année… mais avec des machines. La magie du bleu et du froid se perpétue, mais leurs articulations sont épargnées.
Vous pouvez descendre vers la grotte de glace par un long escalier bordé de fleurs roses. La télécabine (les « œufs ») vous raccourcit la remontée, mais attention, sachez qu’une partie de la descente se fera forcément à pied, et qu’il ne faut pas avoir de soucis de locomotion.
La mer de glace et les Drus
Le célèbre train du Montenvers : l’ancienne locomotive
En descendant vers la mer de glaceTrain du Montenvers.Au coeur des glaces.
Un panorama sublime sur la Mer de glace : le Signal de Forbes
Si vous rêvez de vous élever au-dessus de la Mer de glace et d’avoir un panorama sublime sur le glacier, les Drus et les Grandes Jorasses, suivez à la descente du train les panneaux vers le Signal de Forbes. Vous cheminerez dans un paysage féerique jusqu’à ce point de vue exceptionnel, au milieu d’un chaos minéral presque extraterrestre.
Vous pouvez poursuivre cette randonnée par les Balcons Nord de Chamonix et les Alpages de Blaitière jusqu’au Plan de l’Aiguille du midi. Voici le détail du parcours. La montée du Montenvers au Signal de Forbes est un peu raide, bien sûr, nous sommes en haute montagne, mais je l’ai trouvée assez accessible. Attention, choisissez bien l’itinéraire conseillé et non le sentier alternatif escarpé, plus dur, plus dangereux et paraît-il moins beau.
Au signal de ForbesBalcons Nord de Chamonix, en quittant le Signal de Forbes et en direction du Plan de l’Aiguille du midiLe pays magiqueL’Aiguille se rapproche…
L’Aiguille du midi vous permet d’accéder en télécabine à une altitude de 3842m pour un panorama impérial sur les géants des Alpes, dont le Mont Blanc et plusieurs glaciers.
Vue sur les glaciers depuis l’Aiguille du midi
Un panorama sur cinq glaciers du Massif du Mont Blanc
Un autre point de vue qui m’a complètement fascinée, c’est celui qu’on conquiert quand on va des lacs des Chéserys au téléphérique de la Flégère. Le long de ce balcon qui surplombe Chamonix, cinq glaciers sont visibles, un panorama fantastique qui révèle bien le caractère exceptionnel de cette vallée, empire des glaces, ou comme dit Marion, la vraie « reine des neiges ».
Panorama des six glaciers visibles depuis les lacs des Chéserys
Aller au plus près des glaciers à la buvette du Cerro
C’est un de mes deux regrets à Chamonix : ne pas avoir pu monter à la buvette du Cerro, surprise par une pluie soudaine et torrentielle. Dans ce chalet, accessible en une vingtaine de minutes de marche depuis le parking, on surplombe le glacier des Bossons, et peut descendre marcher tout près des glaces. Plus de détails.
Le Cerro se trouve en dessous.
S’initier à la randonnée glaciaire
Un rêve que je compte bien réaliser un jour, tant Chamonix m’a révélé la passion des glaces et de l’hiver. Contemplant les glaciers, je rêvais de m’enfoncer dans leurs profondes moraines, au cœur du bleu, de fouler les géants au pied et de mesurer ma petitesse à l’aune de leur immensité. Mais attention, une randonnée glaciaire ne s’improvise pas. Il vous faudra impérativement le matériel adapté, et un guide qui saura vous éviter les crevasses et effondrements soudains. La compagnie des guides de Chamonix propose de nombreuses randonnées glaciaires. Mon nouveau fantasme : la traversée du Mont Blanc au Matterhorn par les glaciers…
Cette photo du glacier des Pélerins en hiver, que j’ai prise en mars dernier, résume bien ma fascination…
Mieux connaître les Glaciers de Chamonix au glaciorium
Au sommet du Montenvers, au-dessus de la Grotte de glace, se trouve un espace pédagogique qui m’a fascinée : le glaciorium, ou l’histoire des glaciers et des changements météorologiques depuis la nuit des temps. Cette visite vous déroute profondément. La France, que vous croyez connaître, vous apparaît soudain sous un jour terrible et inhospitalier, à l’époque du règne des glaces. Saviez-vous qu’il y a trente mille ans, à l’époque de la plus grande ère glaciaire, la Mer de glace faisait 200km de long et s’arrêtait aux portes de Lyon ? Que les vallées alpines étaient entièrement remplies de glace, dont le retrait a fracturé les roches et dessiné ces reliefs dramatiques ? Difficile d’imaginer notre pays dans sa chape gelée, froid et hostile à la vie humaine…
La Mer de glace est aujourd’hui un témoin du changement climatique, et on la voit reculer d’année en année à Chamonix : ceux qui l’ont visitée dans les années 60 disent combien son niveau a baissé, et déplorent sa fonte accélérée… Mais ce qui m’a fascinée au glaciorium, c’est de découvrir les cycles des ères glaciaires et des ères chaudes, d’apprendre qu’au Moyen-Âge, la Mer de glace avait beaucoup baissé jusqu’au « petit âge de glace » du XVIIIe siècle, et que peut-être, un jour, elle reviendra… Il se peut qu’un nouvel âge glaciaire s’abatte sur la Terre d’ici des milliers d’années. J’en avais des frissons et je me suis vraiment sentie comme dans Game of Thrones, avec les légendes du long hiver et des marcheurs blancs qui envahissent le monde… Le glaciorium est une belle école du vertige et de l’insignifiance – que sommes-nous face à l’hiver sans fin ?
Cauchemars de glace éternelle…
J’en arrive à ma petite illumination surnaturelle.
Devenir mystique dans les Alpes Blog sur Chamonix : week-end romantique à Chamonix
Attention les amis, danger de conversion imminente. J’ai passé quatre jours à Chamonix, et si j’étais restée quatre jours de plus, je crois que j’aurais eu une crise mystique. Tout d’un coup, j’ai compris les types qui vont planter des croix au sommet des montagnes, vivent dans des grottes, escaladent les sommets avec leurs ongles et leurs orteils à vif. La haute montagne, ça vous monte à la tête, et Chamonix m’a fascinée. J’ai vu des bouquetins à trois mètres de moi, approché des glaciers vieux de dix mille ans, me suis baignée dans un lac couleur turquoise où rien ne vit, ai dormi face à une cascade de glace, ai contemplé le ballet effrayant des nuages et des éclaircies sur des arrêtes plus verticales que les enfers. J’ai ressenti une exaltation qu’on ne connaît pas dans les plaines, je sentais le sublime rouler sur moi comme une vague, et j’ai compris l’addiction de la haute montagne, le mysticisme des alpinistes, la suggestion permanente du divin.
Oui Jésus, je te capte.
Au bout d’un moment, je me suis demandée si les bouquetins n’étaient pas les prophètes d’une nouvelle religion et n’allaient pas m’apporter le nouvel évangile, comme l’ange Mormon à son pote Joseph, bref, j’étais pas loin de me hisser sur un rocher et de proclamer que Dieu me parle. Bon, après j’ai mangé de la tarte aux myrtilles et ça allait mieux, je me suis reconvertie aux joies terrestres. Marion vous dira que j’avais probablement juste la dalle, ce qui est plausible (y en a qui sont énervés quand ils ont faim, moi je demande juste à ce qu’on me dicte des nouveaux commandements par voie de foudre). Mais toujours est-il que Chamonix est une expérience puissante, renversante. Voici quelques idées mystico-montagnardes.
Beauté des fleurs de montagne à ces altitudes inhospitalières.La blogueuse qui murmurait à l’oreille des bouquetins.
Et à l’oreille des fleurs, aussi.
Approcher les animaux de la montagne au plus près : où voir des bouquetins à Chamonix ?
Vous voulez faire comme Saint François d’Assise et parler aux animaux, dire aux oiseaux qu’ils sont vos frères et communiquer avec toute la création ? Allez aux lacs des Chéserys. Nous sommes au cœur de la réserve naturelle des Aiguilles rouges, et les bouquetins, préservés de la chasse, ne sont pas farouches. Quand Marion et moi avons aperçu le premier d’entre eux, nous avons presque fait une crise cardiaque et nous sommes mises à ramper comme des ninjas en chuchotant pour ne pas risquer de l’apeurer. Résultat, ça a donné ça :
Le bouquetin était s’était tellement rapproché que Marion n’arrivait plus à faire rentrer ses cornes dans le cadre avec son énorme zoom… ou comment un bouquetin trolle une photographe.
Les bouquetins n’ont absolument pas peur de vous et c’est le meilleur endroit pour les approcher dans leur milieu naturel, en pleine nature, en veillant bien sûr à ne pas les importuner.
Sur cette même randonnée, nous avons surpris trois marmottes effrayées de nous voir passer qui ont poussé un cri strident à ressusciter les morts, mais qui nous ont permis d’admirer leur belle fourrure dorée. (Regardez sur le blog de Marion, elle avait un super zoom et a fait des photos magnifiques).
Petit point débilos : Ne faites pas comme nous, ne confondez pas « lacs des Chéserys » et « Les Chéserys » (village). Notre bêtise nous a rallongé le parcours d’une heure de montée bien bien raide, et nous avons dû rebrousser chemin.
Le Parc Merlet, sortie familiale à Chamonix
Mais pour voir encore plus d’animaux de la montagne, rendez-vous au Parc Merlet, un lieu exceptionnel, grand parc des hauteurs où les animaux de la montagne évoluent en harmonie. Daims, cerfs, chamois, bouquetins, marmottes, et même quelques lamas pour la touche andine, c’est un parc de la montagne très respectueux des besoins des animaux, sans cage et sans enclos autre que la clôture extérieure qui délimite les 22 hectares dévolus aux pensionnaires. Le parc a été fondé en 1967 par un amoureux de la montagne qui avait apprivoisé un chamois et voulait lui offrir un espace de vie sûr, à l’abri des chasseurs. Chaque hiver, un soigneur apporte du foin aux bêtes prises dans des mètres de neige épaisse. L’ambiance du lieu est douce et sereine, et plaira à toute la famille.
Admirer les plus célèbres sommets alpins à Chamonix
Les Grandes Jorasses, l’Aiguille du midi, les Aiguilles de Chamonix, les Drus… si vous voulez tutoyer les sommets comme Moïse sur le Mont Sinaï, et espérer qu’on vous apporte des tablettes, il vous faudra vous tourner vers les cimes qui ont rendu Chamonix célèbres. L’alpinisme a été inventé ici par des héros et des fous, et si vous voulez tout savoir à ce sujet, je vous conseille de lire mon article Chamonix par mauvais temps rédigé en mars (car c’est bien connu, quand il fait moche dehors et qu’on ne peut pas crapahuter dans les alpages comme un cabri à cloche, on est forcé de devenir intelligent et d’aller dans les musées). Cette fois, en juillet, j’ai profité du soleil pour contempler les sommets en pleine nature.
Mes sommets adorés, ce sont les Drus, ces pics furieux sculptés par les avalanches et la glace qui rompt la roche. On aura une vue merveilleuse sur eux depuis la Mer de Glace et, plus haut, depuis le Signal de Forbes. Mais je vous réserve une idée plus extraordinaire encore… Dormir face aux Drus a été ma plus belle expérience montagnarde à ce jour, et je vous laisserai découvrir ça en seconde partie (teaser).
Les DrusOcéan de sommetsCrépuscule sublime aux bulles des Mottets
Randonnée au Lac Blanc, sans doute le plus beau lac alpin de France
Pour sceller toute expérience mystique, il faut un baptême. Et puisque l’immersion baptismale est une mort suivie d’une renaissance (là tu vois que j’ai fait de la théologie pendant ma thèse, hein ?), quoi de mieux qu’une petite expérience de mort imminente en nageant dans un lac d’altitude directement alimenté par un glacier ? Marion et moi n’avons pas résisté, nous avons plongé dans ce lac sublime, qui nous attirait autant l’une que l’autre. Nous sommes restés trois secondes chrono dans l’eau et ressorties en hurlant, mais nous l’avons fait, sous les yeux admiratifs des Japonais.
Le Lac blanc, j’en rêvais depuis un temps fou. Sans aucun parti pris, juste sur la base de mon rythme cardiaque qui explore l’emballomètre à son approche, je dirais que c’est le plus beau lac de haute montagne de France, et un des plus beaux d’Europe. Il s’agit en réalité de deux lacs accolés, l’un posé au bord du vide, avec vue imprenable sur les glaciers, l’autre caché dans le flanc de la montagne, surplombé par des aiguilles rouges qui accentuent encore le contraste avec ses eaux d’un bleu féerique.
J’y reviendrai un jour pour dormir au refuge du Lac blanc : il paraît que les chamois viennent s’abreuver dans le lac à la tombée de la nuit, et que le lever du soleil sur le lac est une vision inouïe… Mais faute d’avoir passé la nuit là-bas, nous avons eu d’autres expériences extraordinaires. Petit tour d’horizon.
Refuge du Lac BlancEn l’absence de vent, le lac est un miroir.Le lac du fond.Avouez qu’on a envie de piquer une tête.
Hébergements et restaurants exceptionnels à Chamonix
Hôtels mythiques, panoramas et nuit insolite, pour un week-end romantique ou entre potes sur le Mont Blanc
Je ne prétends pas être une experte en stations de haute montagne, mais pour en avoir fait quelques-unes, je me permettrai d’affirmer que l’offre touristique de Chamonix se démarque : nous sommes ici dans une station historique, mythique, qui fut véritablement pionnière en matière de voyage en haute montagne. Dès le début du XIXe, Goethe, Lord Byron, Victor Hugo, des dizaines d’auteurs et d’artistes que j’adore, sont venus chercher la démesure à Chamonix. Plusieurs établissements historiques perpétuent cet héritage glorieux. Mais Chamonix a aussi su se renouveler et proposer de l’insolite, de l’original, de l’inattendu. Petit tour d’horizon.
Terminal Neige, le mythique refuge du Montenvers hôtel historique Chamonix
Aucun lieu n’incarne mieux l’histoire exceptionnelle de Chamonix. C’est ici que viennent dormir, depuis 1880, ceux qui rêvent d’approcher au plus près la Mer de glace. L’hôtel réouvre en 2017 après une rénovation totale menée par le groupe Sibuet. Il s’appelle désormais Terminal Neige, et propose un concept original, à mi-chemin entre refuge et hôtel. Il existe toujours des chambres communes pour les randonneurs et aventuriers, mais j’aurais honte de les appeler dortoir : il s’agit d’une série d’alcôves en bois brut, offrant une vraie intimité et un confort rare en refuge. La nuit vous coûtera 80 euros, avec dîner au mythique Restaurant du Montenvers et petit-déjeuner. Dans le dortoir, qui peut accueillir 10 personnes, chaque lit se réserve individuellement.
Mais ce qui m’a le plus séduite, ce sont les sublimes chambres d’hôtel, elles aussi toutes de bois et d’ouate épaisse, un cocon au cœur de la montagne avec vue sur la Mer de glace et les Drus. Les tarifs commencent à 190 euros pour une chambre double avec salle de bain individuelle. Pour 270 euros, vous pouvez profiter d’une chambre tribu pour 7 personnes – une idée magnifique pour une grande famille ou un groupe d’amis. Les prix montent à 350 euros pour une des sublimes suites Altitude portant les noms des artistes qui ont fréquenté le Montenvers. La suite George Sand m’a fascinée, avec sa baignoire rétro et sa vue à se damner. Message subliminal /on Je rêve d’y revenir, et je crois c’est le lieu idéal pour une Saint Valentin follement luxueuse et romantique message subliminal/off.
Je me pose juste une petite question au sujet de Terminal Neige : que se passe-t-il en cas de grosse tempête de neige ? Quand je suis venue en mars dernier à Chamonix, le train du Montenvers est resté fermé trois jours durant pour cause de congères monstrueuses et d’avalanches. Les clients resteront-ils bloqués dans un remake d’Agatha Christie à la neige, ou seront-ils descendus en motoneige à la James Bond dans la vallée ? Le sujet m’intrigue. Si vous avez testé Terminal Neige par temps d’apocalypse, n’hésitez pas à me raconter ce qui se passe dans ce cas-là.
Ambiance fabuleuse de ce refuge historique au Montenvers
Un lieu de légende, associé à l’histoire de l’alpinisme.
Le restaurant Panoramique Mer de glace : la plus belle vue des Alpes resto avec vue Mont Blanc
Terminal Neige a deux restaurants : l’historique Restaurant du Montenvers, à l’intérieur de l’hôtel, et le Panoramique Mer de glace, une plate-forme suspendue au-dessus du glacier. C’est sans aucun doute le plateau de fromages avec la plus belle vue de ma vie. Imaginez manger au-dessus du vide, en plein soleil, face aux Drus et aux Jorasses, avec une délicieuse sensation de vertige et d’inouï. Des restaurants avec une vue aussi hallucinante, je les compte sur une doigt d’une main dans l’histoire de ma vie – je pense à la côte amalfitaine, à Monument Valley, c’est vous dire dans quelle catégorie on se situe. Et en plus, c’était bon. Le restaurant propose des verrines (sucrées et salées), des fromages savoyards, des spécialités simples mais réussies, à un prix abordable (carte de 9 à 32 euros). Et mon dieu, ça vaut tellement le coup de manger avec un tel spectacle sous les yeux !
Panoramique Mer de glace
Le restaurant 3842 à l’Aiguille du midi : le plus haut restaurant des Alpes
Et voilà mon second grand regret à Chamonix : un concours de circonstances catastrophique, alliant mauvaise orientation en rando et météo pourrie, qui nous a empêchées de découvrir ce restaurant exceptionnel qui aurait probablement mérité de figurer AUSSI à ma hit-list des vues fabuleuses. 3842 pour l’altitude de l’Aiguille du midi – ici, vous dégustez avec vue sur l’immense et le vide, au cœur des brumes et des glaciers, sur l’un des plus beaux panoramas des Alpes. Je crois que le destin cherche à me faire revenir encore et toujours à Chamonix, pour que ma fascination augmente et que l’histoire ne soit jamais achevée. Le chef du restaurant 3842, Cédric Lerin, a été décoré du titre de Maître restaurateur, et propose une cuisine authentique, mais pas caricaturale, bien loin des clichés de la restauration d’altitude. Je regrette vraiment de ne pas avoir pu tester.
La buvette du Cerro, resto avec vue sur le glacier des Bossons
Je vous en parlais plus haut : la pluie nous a empêché d’accéder à ce chalet avec vue sur le glacier des Bossons, d’où partent plusieurs promenades glaciaires. A ce que j’ai lu, il s’agit d’une restauration faisant la part belle au bio et au naturel, avec une ambiance festive, où des soirées originales sont souvent organisées. Je reviendrai y faire la fête 😉
Dormir dans une bulle face aux Drus : la Buvette des Mottets hébergement insolite Chamonix
Il faut maintenant que je vous raconte la plus belle expérience nature de ce voyage (et de mon été 2017 tout court) : notre nuit dans une « bulle » (tente transparente) au milieu des arbres, à la Buvette des Mottets, face aux majestueuses aiguilles des Drus. Difficile de dire l’exaltation que j’ai ressentie en découvrant ce lieu préservé au milieu de nulle part, suspendu à la montagne au-dessus de la vallée glaciaire et face aux cascades ruisselant sur les flancs des Drus, loin au-dessus de Chamonix, en pleine nature.
Impossible de tricher, la Buvette n’est accessible qu’à pied. Il vous faudra un peu plus d’une heure de marche en montée depuis Chamonix, et un peu moins en descente depuis le Montenvers-Mer de glace. Nous sommes descendues du Montenvers à travers un chemin forestier complètement elfique pour arriver dans un paysage de monolithes arrondis et de cascades bondissantes, avec l’impression d’avoir conquis un bout du monde secret.
Dormir dans les bulles des Mottets face aux Drus : le rêve
Cathy a repris la mythique Buvette des Mottets il y a quatre ans, bien connue des skieurs qui dévalent la Vallée blanche et viennent boire un verre chaud ici à la fin de l’aventure. Cathy est une vraie Chamoniarde, amoureuse de ses montagnes : elle nous montre avec émotion l’Aiguille de la République qui darde au-dessus de nos têtes, dont la voie a été ouverte en 1904 par son arrière-grand-père muni… d’une arbalète.
Voici la fameuse aiguille. Balèze, le papy de Cathy… Il fut l’un des 8 premiers guides de haute montagne.
Le frisson héroïque de la haute montagne résonne dans ses récits. Cela ne m’étonne pas que Cathy se soit elle-même lancée dans une épopée rare : un restaurant d’altitude sans accès motorisé, ni électricité. Les boissons et le gaz pour les frigos qui fonctionnent sans électricité arrivent par héliportage. L’hiver, elle descend à ski avec la poulka, une grosse luge sur laquelle on peut charger de la nourriture. L’été, elle déploie son concept insolite et fabuleux : ses bulles, tentes transparentes suspendues sur un support plat au milieu des arbres. Toutes les variations du ciel étoilé plongent dans vos nuits (c’est pour ça que j’ai réveillé Marion toutes les heures pour lui signaler les passages d’étoiles et autres nuages roses, je suis vigilante et sympa.) Cathy vous fournit les draps, coussins et couette confortable – elle descend ensuite le linge à laver dans la vallée lors de ses pérégrinations vespérales… A la Buvette, le dîner est excellent, plein de produits locaux et bio, puis les convives redescendent à la frontale vers Chamonix, et les hôtes des bulles restent seuls face au ciel infini… Voir les étoiles filer et le soleil se lever sur les Drus est une expérience puissante, inoubliable. C’est plus qu’un hébergement insolite, c’est un souvenir parfait.
Vue sur les Drus, du soir au matin, tout le cycle du ciel (que Marion a senti passer. Désolée, Marion !)Epinglez moi ça sur Pinterest pour vous souvenir d’y aller !
Le chemin qui conduit aux Bulles depuis le Montenvers : féerique
Le Rocky Pop Hotel : pour des vacances en famille aux Houches
C’est le dernier hôtel que nous avons testé, et si je ne savais pas quoi en penser avant d’arriver (« un hôtel pop et jeu vidéo, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »), j’ai été très séduite par le concept et la qualité des prestations à un prix abordable. Le Rocky Pop, c’est le paradis des enfants : immenses terrains de jeu à l’intérieur et à l’extérieur, babyfoot, ping pong, toboggan, il y a tout. Le Rocky Pop, c’est le paradis des geeks : déco de vieux cinéma américain, camion à burgers, déco très Lana Del Rey, ascenseur multicolore, arbre coloré géant, concerts en plein air, personnages de Star Wars, chaque détail est un ravissement pop rock. Les chambres sont propres et confortables, pleines de gadgets rigolos (boîte à mouchoirs Rubiks Cube, vieux téléphone rouge…), et ont une vue superbe sur les glaciers. Pour un séjour entre potes ou en famille, ou même en couple si vous êtes un peu geek et rockabilly, je vous le recommande sans hésiter. N’hésitez pas à tester le resto de l’hôtel : il est tellement bon qu’on y a mangé deux fois.
Rocky Pop : vue sur les glaciers, salle de dîner complètement fantasmagorique, concerts de rock en plein air, look génial, petit déjeuner à la japonaise…. bref, c’était génial.
En résumé, nous avons eu l’occasion de tester trois hébergements originaux et de qualité à Chamonix, et ils me paraissent correspondre à trois envies très différentes :
– Pour la Chamonix historique et mythique, le confort d’un hôtel luxueux, le cadre exceptionnel de la Mer de glace, et un romantisme fou, allez en couple à Terminal Neige, l’hôtel du Montenvers.
– Pour une expérience outdoor hors-normes, l’expérience fabuleuse d’une nuit sous les étoiles face aux Drus, la beauté stupéfiante du lieu et le goût de l’aventure, allez en solo ou à deux dans les Bulles des Mottets.
– Pour l’ambiance pop décalée, la multitude d’activités proposées, la restauration simple et bonne, le confort à prix abordable, la déco et les clins d’œil pop jubilatoires, allez en famille ou entre potes au Rocky Pop Hotel.
Rester encore un peu à Chamonix Blog Chamonix
Si vous avez encore envie de Chamonix… blog sur chamonix blog chamonix
Retrouvez sur le blog La faute au graph les articles de Marion sur ce voyage à Chamonix, sublimement illustrés et très différents des miens – super drôles, super pratiques, une autre vision du même voyage.
Retrouvez le récit de mon séjour en mars, par une météo catastrophique, qui vous dira que faire à Chamonix par mauvais temps : gastronomie, musées, visite de la ville, etc.
Merci, Marion, d’avoir partagé avec moi ces moments extraordinaires, je garderai un souvenir merveilleux de ce séjour avec toi au pays des glaciers et des bouquetins !
Et pour rester avec moi au pays des glaciers, je vous emmène au pays des glaces éternelles, l’Islande, ou au cœur du glacier d’Hintertux en Autriche ? Restez par là si vous aimez la montagne : fin octobre, je retourne dans les Alpes. Abonnez-vous à ma newsletter pour en voir davantage !
Un très grand merci à l’office du tourisme de Chamonix, et tout particulièrement à Salomé Abrial, pour l’organisation de ce voyage merveilleux qui restera ma plus belle expérience alpine à ce jour. Je n’arrête plus de penser à Chamonix, de rêver de glaciers et de chamois, et je sais qu’il me faudra revenir une 3e fois, car Chamonix vous hynotise ! Merci à tous les hôteliers et restaurateurs qui nous ont accueillies avec beaucoup de gentillesse, et tout particulièrement à Cathy de la Buvette des Mottets, dont la passion authentique nous a vraiment touchées.
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Itinéraires magiques au sud de l’Aveyron, autour de Millau
Connaissez-vous le sud de l’Aveyron, le pays des grands causses, des brebis par milliers et du roquefort, des rivières translucides serpentant au pied des chaos rocheux, des villages templiers, des fleurs sauvages sur le Larzac et des ponts qui s’envolent vers le ciel ? J’ai découvert avec enchantement ce territoire resté profondément authentique, où les hommes et les femmes fiers de leurs traditions s’inscrivent dans une nature grandiose et préservée. Il y a tant d’expériences à vivre dans le sud de l’Aveyron : descendre en kayak dans des gorges sauvages, chevaucher ou pédaler sur le plateau du Larzac, goûter le « roi des fromages », ou jouer avec le vertige sur le fabuleux viaduc de Millau. Voici une collection d’idées et d’itinéraires pour organiser votre voyage dans le sud de l’Aveyron.
Bienvenue en Aveyron, pays secret et merveilleux. Ici le Moulin de Corp sur la Dourbie.
Que faire, que voir dans le sud de l’Aveyron ?
Que savez-vous du sud de l’Aveyron, du pays de Millau et de Roquefort, frontalier de l’Hérault et de la Lozère ? Commençons par une collection d’anecdotes et de chiffres emblématiques de ce territoire niché au cœur de l’Occitanie.
Le sud de l’Aveyron, c’est le fascinant viaduc de Millau, un emblème du génie technique, « viaduc de tous les records », et une merveille de construction harmonieuse s’inscrivant dans le paysage.
Le fascinant viaduc vu depuis PeyreMerveilleux viaduc de Millau enjambant les vallées.
Avec plus d’un million de moutons, le sud de l’Aveyron concentre la plus grande population ovine de France. Si vous cherchez un territoire bucolique, où il y a « plus de moutons que d’habitants », où les troupeaux blancs déroulent leur laine dans le vent des hauts plateaux, et où les fromages sont à se damner, vous serez comblé. D’ailleurs, le roquefort, produit dans les caves du village du même nom, bénéficie de la plus ancienne appellation d’origine de France.
L’Aveyron, fabuleusement bucolique.
Le sud de l’Aveyron, c’est aussi le plus grand chaos rocheux d’Europe à Montpellier le Vieux : un paysage fantasmagorique, où des roches dolomitiques dardent leurs têtes de chimères au cœur de la forêt. C’est l’extase géologique, j’ai passé des heures à me perdre dans ce labyrinthe de conte de fées.
Le fabuleux chaos rocheux de Montpellier le vieux.
Si vous êtes féru d’histoire, sachez que le sud de l’Aveyron compte le plus bel ensemble de villages templiers et hospitaliers, avec cinq sites médiévaux exceptionnels sur et autour du Larzac.
Fabuleux villages templiers du Larzac. Ici, La Couvertoirade
Enfin, si vous êtes comme moi amoureux des activités de plein air, sachez que Millau se revendique « capitale du sport en pleine nature », et que j’ai rarement vu une telle concentration d’expériences outdoor : parapente, vélo, vélorail, saut à l’élastique, escalade, via ferrata, kayak, parachute, canyoning, paddle, accrobranche… vous pouvez TOUT faire en Aveyron. Ma journée sportive, qui a commencé par de grands galops sur le plateau du Larzac avec les chevaux du fabuleux Domaine de Gaillac et s’est achevée par la descente des gorges de la Dourbie en kayak, restera sans doute mon plus beau souvenir de ce voyage.
A cheval sur le Larzac, au dessus du village templier de La Couvertoirade
En kayak sur la Dourbie.
Parachute au dessus de Millau.
Sachez que ce territoire mérite d’être découvert au fil de l’eau, avec trois rivières sublimes se faufilant entre les grands causses et dessinant des gorges spectaculaires : celles du Tarn, de la Dourbie et de la Jonte.
L’Aveyron, pays des gorges fantastiques. Ici celles de la Dourbie, vues depuis Montpellier le Vieux
Les gorges du Tarn.
Sud Aveyron, qui es-tu ?
Mais cet éventail d’activités ne vous dit pas encore grand-chose de l’âme du pays. J’ai rarement ressenti de façon aussi immédiate et profonde l’identité d’un territoire qu’au sud de l’Aveyron, sur les grands causses, au milieu de ceux qui aiment et façonnent ce territoire fier de ses traditions. Partout, on ne vous sert et ne vous propose que des produits locaux, et de l’entrée au dessert, c’est une farandole de spécialités que je n’avais jamais goûtées ailleurs auparavant. Partout, on voit des bergers avec leurs chiens, attentifs aux mouvements des troupeaux et aux changements du ciel. Des fleurs sauvages qui n’existent nulle part ailleurs, telles la grande cardabelle ou l’orchidée du Larzac, viennent colorer les points de vue. Les roches elles-mêmes ont de la personnalité : dans ces paysages dolomitiques, elles s’élancent fièrement au-dessus des rivières, biscornues, capricieuses, vivantes. L’eau des rivières est incroyablement pure et claire, et tous les villages semblent s’accrocher aux rochers, comme pour ne pas déranger les pâtures des moutons. Je suis fascinée par ce pays tellement entier, uni, où l’identité propre du territoire semble affleurer sous chaque pierre et chaque brindille.
La cardabelle, emblème du Larzac.
Aveyron : abrupt, verdoyant, authentique.
Le village de Cantobre.
C’est Michel Arnal, le propriétaire du domaine de Gaillac, qui me dit : « Les hommes sont définis par le territoire sur lequel ils grandissent. Les qualités du sol, les caprices du climat, les modes de vie imposés par les ressources disponibles, tout cela façonne la culture et l’état d’esprit des gens. » Qui es-tu, Sud de l’Aveyron, pays de Millau et du Larzac ? C’est encore le midi, mais c’est déjà la moyenne montagne. Le soleil méridional est mordu par la rudesse des hivers cévenols. La maison caussenarde est basse, son toit est long, comme les ailes d’un oiseau qui protège son nid du froid. L’eau s’infiltre partout sous le calcaire – on a construit des citernes sous les maisons, où ruisselait l’eau de pluie, pour abreuver les bêtes pendant les mois de fournaise. L’été, les moutons sont sur les hauts plateaux, l’hiver, on les redescend au fond des vallées. C’est encore le sud, mais c’est déjà l’ouest. A mi-chemin entre Montpellier et Toulouse, l’Aveyron a parlé un occitan qui n’est plus celui de ma Provence, car c’est déjà un autre pays.
Entre midi et moyenne montagne, le sud de l’Aveyron
Les rues de Saint Jean d’Alcas
Pourtant, il ne faut pas figer l’Aveyron dans cette image d’Epinal. Car c’est aussi le pays des grandes innovations et des initiatives originales. Sur le plateau du Larzac, un passionné a réhabilité une ancienne voie de chemin de fer pour proposer un vélorail unique en son genre. Au Castel d’Alzac, un village tout entier s’est uni pour réhabiliter un château médiéval en ruines et le transformer en gîte de luxe avec panneaux solaires et chauffage écologique. A Millau, le viaduc de tous les records enjambe les causses sans défigurer le paysage, chef-d’œuvre de l’architecture moderne. Entre grande technicité et désir de préserver la tradition, l’agriculture aveyronnaise est un modèle de l’excellence française. Comme je le disais dans mon précédent article, l’Aveyron, c’est l’alliance de l’ancrage authentique dans le terroir et de la grande modernité des idées, l’amour du pays et l’ouverture sur le monde. C’est le roquefort et le viaduc, les brebis et les éoliennes, la fierté d’être soi et la curiosité de l’autre. Je suis vraiment tombée amoureuse de ce pays. Pour tout vous dire, je me suis dit que si je voulais montrer à un étranger un concentré de la France, je l’emmènerais en Aveyron, qui incarne tellement cet équilibre délicat entre nature et culture, tradition et modernité.
Le prodigieux viaduc de Millau.
Au fond, le village de Roquefort, symbole d’un produit pluricentenaire ultra traditionnel pourtant élaboré avec une grande technicité.
A savoir pour préparer votre intégration aveyronnaise : l’Aveyron est le pays du « Y ». Millau se prononce « Miyau », Laguiole, « Layole », Peyre, « Peillre », et ainsi de suite. Sauf qu’on dit « Avéron », pas « Aveilleron ». Eh oh, les Aveyronnais, vous nous facilitez pas la tâche.
Après cette présentation générale, voici un détail des activités possibles dans le Sud de l’Aveyron – l’article est très long, je suis devenue aveyromaniaque et me suis lâchée, n’hésitez pas à aller directement à ce qui vous intéresse !
Que faire et que voir dans le Sud de l’Aveyron : en détail !
Visiter le viaduc de Millau, qui caresse les nuages
Commencez la visite du pays du Y par ce gigantesque trait d’union déployé comme une aile au-dessus de la vallée. Depuis son ouverture en décembre 2004, je suis complètement fascinée par le viaduc de Millau. (A l’été 2005, j’avais même demandé à mes parents un détour de 300km en allant en vacances à Hossegor pour le voir. Ils sont vraiment sympas, ils avaient accepté. Avoir une gamine junkie des ponts, c’est pas facile.) Pour moi, c’est le chef d’œuvre de l’architecture française contemporaine. Le XIIe siècle a eu Notre Dame, le XIXe la Tour Eiffel, et le XXIe, le viaduc de Millau. Je n’exagère pas. Allez le voir, vous comprendrez. C’est un pont serpent, il vous hypnotise. Comme me dit l’adorable hôtesse de l’office du tourisme : « Je suis amoureuse de ce viaduc. Je lui ai même donné un nom : Jean-Luc. Parce que Jean-Luc le viaduc. »
Millau et son viaduc
Et franchement, Jean-Luc vaut le détour. Pour la première fois, on a imaginé un pont qui enjambe une vallée monumentale, saute d’un causse à l’autre par-delà le vide et le vent, et supporte toutes les tempêtes et des milliers de voiture chaque année. Sa forme hypnotise. 14 ans d’étude, 3 ans de travaux, un tablier à 270 mètres de hauteur, un point culminant à 343 mètres (deux records mondiaux), des appuis en béton grands comme un court de tennis et épais de 6 mètres sous chaque pile, 14 tonnes de peinture, une structure capable de résister à des vents de 200km/h… (J’ai demandé : pour détruire le viaduc, il faudrait des rafales de 350 km/h. A priori, c’est impossible dans cette région de France, mais par fierté provençale, je tiens à vous rappeler qu’on a eu du vent à 320 km/h sur le Mont Ventoux, eh ouais.) Je vous conseille vraiment de suivre la visite guidée pour comprendre comment une telle prouesse est possible, comment le tablier fut avancé de pile en pile, les deux tronçons de route se rejoignant peu à peu au-dessus du vide. A ce niveau-là, ce n’est plus de la technique, c’est de la poésie du mouvement.
Les piles du viaduc.
Bon à savoir : c’est bien la première fois que je recommande de la nourriture de station d’autoroute sur Itinera Magica, mais c’est aussi la première fois que je mange une création de chef 3 étoiles pour 10 euros sur une aire d’autoroute. Arrêtez-vous à l’aire du viaduc de Millau pour goûter les capucins. Ils ont été inventés par l’immense chef Michel Bras. Ce sont des cornets de farine de seigle, sarrazin et riz, remplis avec des produits 100% aveyronnais – le rêve des locavores. Goûtez le aligot-truffe, c’est à tomber par terre.
Les délicieux capucins
Visiter Millau, la capitale des grands causses
Lovée dans la vallée entre deux hauts plateaux, Millau est le seuil entre l’Ouest et le midi. Son spectaculaire beffroi, ou tour des rois d’Aragon, rappelle qu’un jour la ville fut dans le giron du pouvoir espagnol.Il y a en vérité deux tours : la tour des rois d’Aragon, qui date du XIIe siècle, et le beffroi octogonal, tour de l’horloge, qui date du XVIIe. L’ensemble est somptueux. Depuis la plateforme d’observation, vous avez une vue plongeante sur la ville, les causses et le viaduc. C’est l’emblème de Millau.
Vue depuis le beffroi : Millau, au coeur des hauts plateaux
Mais l’atmosphère de la ville, ses belles places couvertes de platanes et de fontaines, ses cafés en terrasse, montre que nous sommes bien dans le sud. J’ai particulièrement aimé la grande place de la Capelle, où les enfants jouent dans les fontaines, la petite place Maréchal Foch, tellement typique de la vie à l’ancienne, avec ses estaminets et son église, le dédale des ruelles, et le superbe lavoir du XVIIIe siècle.
Aperçus de Millau
Au-dessus de nos têtes, on voit les parapentes s’élancer des hauts plateaux et les parachutistes flotter entre les nuages. Il paraît que Millau est la ville idéale pour s’y initier. C’est mon seul regret : ne pas avoir profité de l’Aveyron pour faire mon baptême de l’air.
Découvrir le roi des fromages à Roquefort
Il faut que je vous avoue quelque chose, amis lecteurs. J’ai la phobie des fromages bleus. Tu m’en mets dans une pizza ou une salade, et je vais lâcher ma fourchette, faire le signe de croix et asperger la table d’eau bénite pour exorciser tout ça. Ce n’est pas juste un manque de goût : j’ai peur des fromages bleus. Mais en Aveyron, le roquefort est une institution. C’est un des plus vieux fromages de France : on retrouve des chroniques qui le vantent dès le haut Moyen-Âge, et c’est la première des appellations protégées. On le nomme « roi des fromages », et la visite des caves de Roquefort, un magnifique village accroché au rocher du Combalou, est un incontournable.
Roquefort vu depuis le Larzac
Ce plateau du Combalou à demi effondré, créant de profondes failles qu’on nomme fleurines, est indissociable de la fabrication du roquefort. Le roquefort, c’est du fromage de brebis, ensemencé avec un champignon qui pousse sur le pain moisi dans les conditions idéales crées par ces fleurines typiques de la région. Le roquefort ne peut être affiné qu’ici, durant trois mois minimum, dans l’humidité obscure de ces caves-cathédrales spectaculaires.
Fleurines de Roquefort
Petit point pratique : Vous trouverez plusieurs caves à Roquefort, et les plus célèbres sont Papillon et Société. J’ai visité Société car ce sont, paraît-il, les plus impressionnantes visuellement, avec leurs hautes salles voûtées et leurs décors à l’ancienne. La visite est magnifique, mais hélas compliquée pour les photographes, car l’obscurité est quasi-totale, et les conditions de visite ne laissent pas la possibilité d’amener un trépied et de faire des poses longues. Je vous conseille d’oublier la photo ( !!! si si), et de profiter de ce décor somptueux à la Seigneur des Anneaux avec vos petits yeux.
Je vous fais grâce du reste des photos, mais croyez moi : avec les yeux, c’est mieux. Vous verrez des roqueforts à perte de vue gentiment alignés derrière des vitres.
J’ai donc tenté de surmonter ma phobie. Mais malgré la beauté visuelle indéniable de ces caves voûtées où sont entreposés des centaines de fromages ronds, l’odeur du roquefort dans cette atmosphère sombre et moite a failli me faire tomber dans les pommes, et j’ai été totalement incapable de profiter de la dégustation qui clôt la visite. C’est un peu la honte d’aller en Aveyron sans aimer le roquefort. J’ai mangé au renommé restaurant des Caves Société, La Cave des saveurs, et lorsque j’ai demandé à la serveuse « vous avez un plat sans roquefort ? », je me sentais légèrement pouilleuse. Pardon, pardon, amis aveyronnais. Mais si vous êtes moins poule mouillée que moi, vous allez adorer.
Pardon, Madame Roquefort Société
Un gîte sublime à deux pas de Roquefort
Dans le pays de Roquefort, je vous recommande sans l’ombre d’une hésitation un gîte 5 étoiles exceptionnel, le Castel d’Alzac : un château médiéval rénové collectivement par une commune toute entière, qui appartient au village, et propose un luxe incomparable avec la chaleur humaine en plus. Retrouvez mon article sur le Castel d’Alzac, le plus beau gîte que je connaisse.
Un gîte de luxe en Aveyron et un projet collectif solidaire porté par tout un village ? Ne cherchez plus ! Bienvenue au Castel d’Alzac.
Que faire sur le plateau du Larzac ?
Le plateau du Larzac ? C’est un mythe, le symbole de l’agriculture pastorale millénaire et du combat de la France rurale pour préserver son mode de vie et ses traditions. Comme dit Jean-Paul, le propriétaire du vélorail du Larzac, c’est « la dernière réserve naturelle protégée de gauchistes en France », mais c’est aussi une flore extraordinaire, et un fabuleux ensemble de villages fortifiés datant de l’époque des templiers. Petit tour d’horizon.
Les fleurs du Larzac : cardabelle et orchidées
Le Larzac, c’est un écosystème unique au monde, et une variété exceptionnelle de fleurs rares. C’est vraiment le moment de jouer au petit herboriste et de descendre au ras des pâquerettes. Deux coups de cœur à vous signaler, toutes deux protégées : on regarde, mais on ne cueille pas.
La cardabelle, c’est la plante emblématique du Larzac : on la mangeait en salade, on utilisait ses épines pour trier la laine, on s’en servait de baromètre, on l’accrochait aux portes des maisons. Ouvrez l’œil, vous en trouverez quelques unes sur le plateau. N’y touchez surtout pas, elle est aujourd’hui en voie de disparition.
Petite cardabelle sauvage.
Le Larzac est célèbre pour ses orchidées, dont une espèce en particulier qui ne pousse qu’ici et nulle part ailleurs. Elle est difficile à repérer (je n’ai pas cherché assez longtemps), mais demandez à Jean-Paul du vélorail si vous rêvez de la voir, il saura vous dire où la trouver. (Indice : c’est un champ sur le parcours du vélorail, encore une bonne raison d’y aller.)
Une des nombreuses orchidées
Découvrir le Larzac en vélorail
L’Aveyron est plein de surprises et d’activités insolites et originales. J’ai adoré l’histoire rocambolesque du vélorail du Larzac, ancienne voie de chemin de fer que Jean-Paul est parvenu à racheter à l’armée française pour créer cette activité familiale surprenante : dans un sens, on pédale sur des vélos fixés à la voie, en suivant les rails, et dans l’autre, on revient en petit train à toute blinde dans les tunnels où vivent d’étranges monstres légendaires. C’est complètement folklorique, avec les anciennes petites gares qui scandent le parcours et ramènent dans la France de 1900, les tunnels effrayants que Jean-Paul peuple de créatures mythiques, et la locomotive au retour, mais c’est aussi une succession de paysages magnifiques, avec une série de viaducs superbes qui offrent des points de vue fabuleux sur les villages perchés. On pédale sans effort, ce n’est pas fatigant du tout, et c’est très pittoresque. J’ai trouvé ça vraiment sympa et si j’avais eu huit ans, j’aurais carrément été extatique. Les gamins avaient tous l’air de s’éclater un maximum, je le recommande vraiment aux familles en particulier. Et si vous avez l’occasion de discuter avec Jean-Paul, surtout ne vous privez pas : c’est un personnage adorable et haut en couleurs, un héros de romans, plein d’histoires extraordinaires et d’anecdotes truculentes. Vous avez peut-être vu mes stories sur Instagram, où il imite les monstres des tunnels ? Et si vous avez raté ça… désolée, c’était collector, il faudra aller au vélorail pour le vivre en vrai ;-).
Le vélorail du Larzac
L’extraordinaire Domaine de Gaillac : cheval et traditions du Larzac
Je veux vous parler d’un lieu magique, au cœur du Larzac. Un lieu où j’ai eu l’impression de toucher l’âme aveyronnaise authentique, où la tradition de l’accueil chaleureux est exceptionnelle, et où mon amour des chevaux a été comblé. S’il est important pour vous de comprendre l’esprit des lieux et l’histoire des gens, que vous voulez toucher au cœur du sud de l’Aveyron et découvrir les grands causses avec ceux qui les habitent chaque jour, il faut que vous veniez au Domaine de Gaillac. C’est à la fois un gîte, restaurant, musée des traditions du Larzac et centre équestre, qui appartient à trois frères, également passionnés par leur pays et par les chevaux. J’ai rencontré l’un des frères, Michel Arnal, véritable mémoire vivante de l’Aveyron, toujours prêt à raconter son Larzac aux voyageurs curieux qui ont soif d’authenticité, et j’en garderai le souvenir d’une rencontre extrêmement forte et belle.
Plantons le décor : un domaine au milieu des champs de luzerne, sur le plateau du Larzac, où paissent des dizaines de chevaux. Des chats dorment sur les chaises en osier. Entrez dans la grande salle, et vous trouverez une cheminée monumentale, des photos de chevaux et de cavaliers, des images de l’Aveyron d’antan, et une collection impressionnante d’outils agricoles, de selles et de curiosités. Montez l’escalier : vous remonterez dans le temps.
Le domaine de Gaillac : les fleurs merveilleuses du Larzac, des chevaux superbes et heureux, une ambiance authentique, et un piège dans lequel tout le monde tombe… savez vous ce qu’il y a dans la boîte « authentique blaireau du Larzac vivant » ?
Le musée des traditions du Sud-Aveyron au domaine de Gaillac
Au premier étage du domaine de Gaillac, me voici ramenée un siècle en arrière. Nous sommes dans les années 1900, au sud de l’Aveyron. Meubles anciens, objets de la vie courante, mannequins en costume d’époque, la vie d’antan est minutieusement reconstituée par des mises en scène saisissantes. Ici, c’est une place de village, avec les hommes attablés aux cafés, l’épicerie et le barbier. Là, c’est une famille paysanne attablée dans sa maison caussenarde. Plus loin, une salle de cinéma du début du siècle, avec les fauteuils d’époque, vous invite à prendre place pour un film sur le monde d’autrefois, tout en cartes postales anciennes. Mais ce que j’ai préféré, c’est la collection de charrettes, de carrosses, de selles, de jougs, de tout le matériel qui dit la culture équestre de cette société sans automobiles. Michel Arnal me raconte quelle énergie il a mise à rassembler tous ces objets, le temps passé dans les brocantes et les greniers des arrière-grands-mères pour dénicher le costume parfait, l’ustensile qui manquait à la collection. Le résultat est très émouvant.
Sellerie ancienne au musée des tradtions du Sud Aveyron
Le forgeron.
Le domaine de Gaillac : le paradis des cavaliers
Impossible de compter les crinières et les sabots qui vivent au domaine de Gaillac : ici, les équidés sont rois. Les amoureux des chevaux viennent ici pour trois raisons. Les familles se régalent du spectacle équestre proposé en saison touristique, où chevaux, poneys et ânes enchaînent les numéros avec talent. Les cavaliers professionnels viennent pour les chevaux lusitaniens, que les frères Arnal importent du Portugal, débourrent et dressent avec soin pour les proposer aux troupes de spectacles en quête de montures exceptionnelles. Et les cavaliers de loisir viennent pour les randonnées équestres sur le Larzac, avec des chevaux sûrs et merveilleusement bien dressés. J’ai adoré cette chevauchée au milieu des fleurs multicolores du Larzac, avec une jument parfaite et un guide amoureux de son pays et de son métier. Nous sommes allés à cheval jusqu’au plus beau village médiéval du Larzac, La Couvertoirade (je vous en parle davantage plus bas). J’ai adoré cette sensation très chevaleresque : voir les remparts du village apparaître au loin entre les oreilles de ma jument, comme si je revenais d’un long et périlleux voyage et que l’aventure s’achevait enfin.
Au loin, le village surgit.
Un repas aveyronnais authentique
Le domaine de Gaillac, c’est aussi un gîte et un restaurant. Bon allez, je vais tout vous dire, rien que la vérité toute la vérité : même si le gîte est parfaitement propre, pratique et fonctionnel, j’étais un peu la princesse au petit pois qui se retrouve lâchée dans une usine Bonduelle. Je venais de passer deux nuits au Castel d’Alzac, sublime gîte avec jacuzzi privé, piscine couverte et lit impérial, et j’imaginais naïvement que ça allait être tout pareil, en mode « où sont mon peignoir et mes chaussons ? », quand Michel m’a expliqué qu’ici, « c’est pas comme au château de Jérôme ». Le domaine de Gaillac, c’est un gîte parfait pour les groupes (de cyclistes, cavaliers, scolaires, etc), avec de grandes chambres avec plusieurs lits, et y a pas une collection de produits de beauté dans la salle de bain. En voyant un (très sympathique) groupe de motards, j’ai eu un peu la trouille et j’ai prié très fort pour qu’on partage pas un dortoir, mais heureusement ils ont senti ma veine impératrice prout prout et j’ai eu une chambre pour moi (amen). C’est pas exactement mon univers, comme ils disent dans The Voice, mais en revanche, j’ai adoré le repas aveyronnais au restaurant du domaine. Spécialités typiques, portions généreuses, cuisine maison, service attentionné, c’était une très belle soirée. Il est temps pour moi de vous faire un petit point sur la nourriture aveyronnaise traditionnelle.
L’Aveyron est une destination gastronomique de grande qualité. Ceux qui disent qu’avec la mondialisation, on mange la même chose partout, sont vite détrompés. On vous propose ici des fromages fabuleux, et des spécialités qu’on ne trouve nulle part ailleurs, comme la fouace, une sorte de brioche très fine, ou la flaune, un gâteau de lait caillé de brebis à la fleur d’oranger. Mais aussi des choses plus détonnantes encore, plus… costauds. Comme me l’explique Michel, en Aveyron, on ne jette rien. « Quand on a des restes qu’on ose pas mettre à la poubelle, on en fait un farçum. » Et le degré ultime du farçum, c’est le farçou, qui intègre à une tarte les feuilles de salade gâtées, les queues de radis, le vert de blette, les épinards fatigués… Etonnamment, c’est vraiment très bon (je vous assure). Mais il y a aussi du plus hardcore, comme le lapet, un « yaourt pourri » mariné 6 semaines avec du sel, ou le pire du pire : la reubarbe. Pour situer le contexte : le roquefort, c’est déjà une épreuve en soi, avec ses champignons bleus du pain moisi. Mais imaginez ramasser toutes les brisures de roquefort après chaque repas, et les plonger dans un pot d’eau de vie qu’on laisse mariner pendant un an. Quand Michel a sorti le pot de reubarbe, je lui ai dit « c’est pas possible, tu me fais les Bronzés font du ski ». Imaginez une pâte rouge qui bouge toute seule à cause des vapeurs contenues, dégageant une odeur à tuer tous les monstres du vélorail du Larzac. Je n’ai pas pu. J’ai été lâche. Pardon, Michel. Mais cela ne doit pas vous dissuader de manger à Gaillac : c’est vraiment bon, et il ne sortira la reubarbe que si vous le lui demandez, promis.
La reubarbe. Et encore, vous n’avez ni le mouvement, ni l’odeur.
Les villages templiers du Larzac
Le Larzac est une terre chevaleresque. Parce que le comte de Toulouse leur a donné des terres, l’ordre des Templiers s’installe sur le plateau, fonde des villages et des commanderies, organise la défense et cultive les champs. Pour protéger la population des routiers et écorcheurs (des anciens chevaliers devenus mercenaires, pillent et tuent), ils font monter de hautes murailles et des systèmes de défense ingénieux. Plus tard, à la dissolution de l’ordre des Templiers, leurs biens seront attribués aux Hospitaliers (l’ordre de Malte), qui continuera à faire du Larzac un remarquable exemple d’architecture médiévale militaire.
La Cavalerie.Sainte Eulalie de Cernon
Le fort de Saint Jean d’Alcas
Ce fort du XII-XIVe siècle est résolument féministe : il appartenait à l’abbesse de Nonenque, qui était la maîtresse des lieux, rendait la justice et commettait occasionnellement quelques actions sanglantes, du genre, inviter les protestants à dîner et les faire tous égorger (ambiance Game of Thrones). Au sein de ses hauts murs, il contient un véritable village aux belles maisons caussenardes, et la vue sur le Larzac du haut des remparts de douze mètres est superbe.
Saint Jean d’Alcas
Le fort du Viala du Pas de Jau
Ce logis hospitalier du XIVe siècle montre bien que les moines soldats ont vite oublié leurs vœux de chasteté, obéissance et pauvreté. C’est une construction opulente, énorme, qui montre combien ils étaient les seigneurs de la région. Au XVe siècle, on a même installé un atelier de faux-monnayeurs, qui, craignant d’être découverts, ont jeté toutes leurs pièces dans les latrines… et on les a retrouvées au XXe siècle lors des fouilles. Le fort contient des expositions passionnantes sur l’histoire et la culture de l’Aveyron, et la vue au sommet de la tour refuge est impressionnante.
Le Viala du Pas de Jaux
La Cavalerie
C’est un fabuleux exemple de restauration d’un village médiéval fortifié, avec des remparts du XVe siècle entourant tout le cœur, et un beau chemin de ronde allant de tourelle en tourelle. La Cavalerie fut une importante commanderie templière, puis hospitalière, et la Place des Templiers est somptueuse – une démonstration de puissance efficace.
Place des templiers de La Cavalerie
Sainte Eulalie de Cernon
Ce fut des plus importantes commanderies templières de la région, et la visite est passionnante. Mais ce qui m’a séduite par-dessus tout, c’est plutôt l’influence Renaissance qui règne sur Sainte Eulalie : le charme incroyable de ces ruelles, la place principale du village aménagée au XVIe siècle, avec son église, ses platanes et sa fontaine – un monument de pittoresque. C’est un de mes grands coups de cœur en Aveyron, d’autant que j’ai mangé dans une auberge délicieuse, La Cardabelle.
La place de Sainte Eulalie
Ambiance très douce
Bon à savoir : c’est à deux pas du vélorail, vous pouvez facilement combiner.
La Couvertoirade
Je termine avec mon préféré des cinq villages templiers et hospitaliers : La Couvertoirade ! Ce village bénéficie d’un avantage déloyal, j’y suis allée à cheval, ce qui donne forcément des points « amour » en bonus. Mais il est époustouflant. On parle souvent de lui comme de la petite Carcassonne de l’Aveyron, et c’est pleinement justifié. Remparts hollywoodiens, cimetière médiéval, vues ébouriffantes sur un passé fantasmé… magnifique. Et en bonus, vous y trouverez la plus grande lavogne de l’Aveyron.
La Couvertoirade, fabuleuse ambiance médiévale
Une lavogne est un point d’eau aménagé par les paysans aveyronnais pour abreuver les troupeaux. On en trouve depuis le Moyen-Âge.J’ai envie de tourner un film.Vue sur les toits
Le cimetière médiéval
Le chaos rocheux de Montpellier le Vieux
Il mérite à lui tout seul un voyage en Aveyron. A la fin du XIXe siècle, le spéléologue E.A. Martel découvre ce site absolument exceptionnel – le plus grand chaos de roche dolomite d’Europe – et tombe amoureux de ses formes fabuleuses, sculptées par l’érosion fantasque dans la roche sédimentaire abandonnée autrefois par l’océan qui se retire. C’est une ville de rochers, une Atlantide minérale. Martel a donné des noms enchanteurs aux créatures immobiles, tels que la Porte de Mycènes, le Cénotaphe, la Chimère… La promenade décuple votre fantaisie. Vous avez quatre manières de découvrir ce site magique : à pied, en petit train, en via ferrata ou en accro-roc (comme l’accrobranche, mais avec des rochers). J’ai testé les deux premières. Le petit train est pratique pour avoir un aperçu d’ensemble du site, et permet aux jeunes enfants et aux personnes âgées d’en profiter aussi, mais pour atteindre le plus beau panorama de tous, il vous faudra user vos petites jambes et suivre le sentier rouge. Quatre sentiers sillonnent le site (chaque randonnée dure environ 2h/2h30), et tous ont leurs charmes. Du haut du Douminial, le plus beau des panoramas, vous verrez au loin, par-delà les rochers capricieux, s’ouvrir la fente verte des gorges de la Dourbie…
Bienvenue chez les elfes
La porte de Mycènes, où s’achève La grande vadrouille
Balade fantasmagorique
L’Aveyron au fil de l’eau : les trois rivières et gorges
A travers les grands causses calcaires, l’eau s’immisce, se fraie des chemins, et taille des gorges spectaculaires dans la roche tendre qui la filtre de ses impuretés et la rend plus transparente encore. J’ai été émerveillée par ces paysages, par ces gorges surmontées de cheminées de fées et de parois abruptes, où s’accrochent des villages troglodytes et où les eaux sont d’une clarté presque hallucinatoire (imaginez voir tous les fonds, tous les poissons, toute la vie secrète du monde marin). Petit tour au pays magique.
La Dourbie, le plus beau secret d’Aveyron
Vautours dans les gorges de la Jonte
Descendre les Gorges de la Dourbie : l’incontournable
Ma descente des gorges de la Dourbie avec Roc et Canyon a changé ma vie. Non, je n’exagère pas. Depuis ce moment, je suis devenue kayakolique. Dès que le week-end arrive, je cherche une rivière à descendre. J’ai mis des posters de kayak dans les toilettes. J’envoie des SMS à tous mes potes pour leur demander s’ils veulent faire du kayak avec moi. On a glissé un flyer des Kayakoliques Anonymes dans mon sac pour me venir en aide. Je ne veux plus faire que ça de ma vie : du kayak dans des rivières. Et je crois que la Dourbie est la plus belle rivière que je connaisse.
Imaginez une gorge sauvage, surplombée par le chaos rocheux de Montpellier le Vieux et lui empruntant ses sommets délirants, ses roches sculptées, ses chimères que réveille le crépuscule.
Imaginez une eau incroyablement claire, gorgée de poissons et d’écrevisses, et des bordures ourlées d’herbe et de mousse épaisse. Je crois que j’ai saoulé Manu, l’adorable moniteur de Rock et canyon, en disant tous les demi mètres « ohlala c’est trop beau », « ohlala c’est magnifique », « ohlala je suis trop émue », mais comme il est gentil il n’a rien dit, il a juste essayé de me coller à la flotte à chaque rapide. Plus sérieusement : descendre cette rivière si propre et solitaire, si belle et sauvage, en kayak avec un moniteur expérimenté et passionné par son métier, était un moment magique. Je vous recommande mille fois cette expérience. Et sachez que Roc et Canyon, qui est basé à Millau, propose des tas d’autres activités sportives : via ferrata, canyoning, paddle, escalade, tyroliennes, saut à l’élastique, et vraiment plein d’autres choses, allez voir leur site. Ils sont pro, ils sont sympas, et ils adorent leur pays. Je voudrais vraiment revenir pour faire du canyoning avec eux.
La descente des gorges de la Dourbie avec Roc et Canyon. Vous voyez Manu, le moniteur, en train de tenter subrepticement de mettre fin à ses jours pour ne plus m’entendre dire que ohlalaaaa c’est trooop beauuu.
Vous apercevez les tyroliennes et via ferratas de Roc et Canyon
En dehors du kayak (kayak kayak kayak… ok je me calme), sachez que la route des gorges de la Dourbie entre La Roque Sainte Marguerite et Nant est à tomber par terre. C’est beau, mais c’est beau ! Vous verrez le Moulin de Corp, un magnifique pont qui enjambe la Dourbie, et le sublime village perché de Cantobre qui vous donnera envie de devenir moine érémitique et de passer votre vie à prier dans les montagnes. Et au niveau de La Roque Sainte Marguerite, vous pouvez rejoindre le chaos rocheux de Montpellier le Vieux par une petite route acrobatique (prenez votre temps et n’ayez pas le vertige…) mais superbe.
Le moulin de Corp
Le Moulin de Corp vu d’en haut
… et d’en bas
Cantobre
Les Gorges de la Jonte, entre Aveyron et Lozère
Elles forment la frontière entre les deux départements : une rive aveyronnaise, une rive lozèroise. Bien évidemment, j’ai tout de suite demandé à Manu si on pouvait pas aller faire du kayak kayak kayak kayak là-bas, mais il m’a dit qu’elles n’étaient navigables qu’en crue, pas le reste du temps. (Je suis sûre qu’il voulait se débarrasser de moi.) Mais la route des gorges de la Jonte, entre le beau village de Peyreleau et la célèbre Maison des vautours, est somptueuse elle aussi. Si vous rêvez de voir tournoyer les lugubres rois des airs, ne cherchez plus, c’est ici qu’il faut venir. J’en ai vu des dizaines nicher au sommet des crêtes, surplomber la gorge et fendre les airs. C’est une route très sauvage, vraiment belle.
La route des gorges de la JonteLà encore, chaos rocheux et figures extraterrestres vous surveillentEn direction du village du RozierVautours de la Jonte
Les célèbres Gorges du Tarn
La majeure partie des Gorges du Tarn se trouve en Lozère (j’avais vu il y a quelques années le Point Sublime à Saint Georges de Lévéjac, et j’en garde un souvenir merveilleux), mais le sud de la gorge est en Aveyron, et ce tronçon est tout aussi beau. Ce qui m’a particulièrement marquée sur ce tronçon, ce sont les habitations troglodytes à flanc de falaise, à des hauteurs terrifiantes, logées sous des dents rocheuses monumentales. J’ai été très impressionnée par le village de La Sablière, auquel on accède par un bac tyrolienne suspendu au-dessus du Tarn – à ce que j’ai compris, c’est un projet alternatif et solidaire, un hameau où on vit en communauté et s’investit dans des initiatives collectives. Le Tarn est bien sûr lui aussi une rivière navigable, et il faut que je revienne en Aveyron pour vivre cette descente réputée à juste titre. Là encore, l’eau si claire et la roche si docile conspirent à dessiner des paysages complètement psychédéliques, nuages fossilisés et eau d’un bleu perçant. Ce coin de France est MAGNIFIQUE. C’est tout ce qu’il faut retenir.
Habitations troglodytes sur les hauteurs du Tarn
La Sablière.
Le Tarn en douceur à Peyre, un des plus beaux villages de France
Lorsqu’on continue à descendre le Tarn, on quitte le paysage de gorges abruptes et arrive dans la vallée de Millau, où les reliefs s’aplanissent et où le Tarn coule en douceur dans une prairie plus basse. Mais ne croyez pas que cela perd son intérêt : il faut que vous alliez voir le village de Peyre, qui mérite bien son classement aux plus beaux villages de France. C’est un village troglodyte lové sur un méandre du Tarn, au creux d’une falaise – son église est sculptée dans la roche, ainsi que nombre de ses maisons. L’atmosphère est douce, bucolique. Des terrasses de Peyre, on a une vue merveilleuse sur le viaduc de Millau qui s’endort dans la lumière du soir.
Le viaduc vu depuis Peyre
Peyre, le village troglodyte
Mon voyage a commencé au viaduc de Millau, il s’y achève désormais. Il est temps de redescendre les montagnes de l’Hérault vers la mer, et retourner chez moi, des étoiles plein le cœur, avec une promesse : je reviendrai en Aveyron.
Pour découvrir encore plus d’activités et de belles choses à voir : Tourisme Aveyron.
Chemins sur le Larzac
Cet article participe au rendez-vous #EnFranceAussi du mois de juillet, dont le thème est « Au fil de l’eau ». Pour avoir une chance de gagner un guide Gallimard de la Seine, laissez un commentaire sur cet article et sur le groupe Facebook En France Aussi !
Un grand, grand merci à tous ceux et toutes celles qui ont contribué à faire de mon voyage en Aveyron un merveilleux moment de bonheur et de partage. J’ai rencontré ici des gens vrais, passionnés, heureux de partager la richesse et la beauté de leur pays exceptionnel, et je n’ai été accueillie qu’avec gentillesse et générosité. Merci à Jérome et Emilie de m’avoir logée comme une princesse au Castel d’Alzac. Merci à Michel de m’avoir accueillie au Domaine de Gaillac, entre repas délicieux, traditions aveyronnaises et chevauchée fabuleuse sur le Larzac. Merci à Jean-Paul de m’avoir sauvée des monstres du Vélorail du Larzac et à Manu de Roc et Canyon de m’avoir rendue kayakolique sur la Dourbie. Merci aux restaurateurs – la Cave des Saveurs, la Cardabelle et l’aire du viaduc de Millau – qui m’ont fait découvrir les spécialités aveyronnaises, aux guides merveilleux qui m’ont fait aimer les villages du Larzac, les caves de Roquefort, le viaduc de Millau, le petit train du chaos rocheux de Montpellier le Vieux. Et plus que tout, MERCI au CDT de l’Aveyron et tout particulièrement à Jackie Bru de m’avoir permis de « vivre vrai » dans votre merveilleux pays ! L’Aveyron, quel coup de cœur !
Epinglez moi !
Epinglez moi !
Que voir dans le sud de l’Aveyron ? Que faire dans le sud de l’Aveyron ? Blog sud de l’Aveyron. Itinéraires sud de l’Aveyron. Meilleures activités sud Aveyron.
Sublimes randonnées et plus beaux points de vue de l’Estérel
Le massif de l’Estérel, c’est notre Far West à nous… en mieux, car vous avez l’option baignade et bateau. La Méditerranée vient contraster les roches rouges cochenille avec ses tons bleus presque phosphorescents, et c’est une explosion de couleurs incroyable. L’Estérel au soleil descendant, c’est une telle extase chromatique que vous croirez que l’univers tout entier a été photoshopé. Saint Raphaël représente un lieu vraiment à part sur la Côte d’Azur, qui ne ressemble à aucun autre endroit en France. C’est pour moi un incontournable de tout voyage dans le sud de la France, et pour le découvrir au mieux, je vous propose un éventail de points de vue, de balades et randonnées, de calanques et de panoramas pour se faire une idée des mille beautés du massif et des plages. Préparez-vous à entrer dans la couleur…
Ouvrez une fenêtre sur la magie…Je vous jure ne pas avoir modifié les couleurs de cette photo – je tiens l’originale à votre disposition ! L’Estérel, c’est ça. C’est juste hallucinant.
Saint Raphaël et l’Estérel pour les nuls, leçon 1
Si vous êtes un habitué d’Itinera Magica (venez-là que je vous serre contre mon cœur), vous saurez que j’ai déjà rédigé un article de blog sur Saint Raphaël et l’Estérel, à l’occasion de la belle fête des Lumières qui s’y tient tous les mois de décembre. C’était un article poétique et lyrique, où je vous parlais du crépuscule qui embrase les porphyres, des légendes qui bruissent au cœur du massif, des brigands pendus au XVIIIe siècle et de l’âme farouche de la vieille Provence. Je disais des choses dans ce genre : « Les roches rouge sang, découpées par la mer inlassable, les calanques cachées au creux de cette côte cinématographique, les arrêtes acérées comme des lames et le fouillis des troncs jetés à bas par la tempête, tout est pittoresque à mourir. » C’est le genre d’article que vous relisez avec plaisir en vous jetant des fleurs, en vous disant « ah quand même, c’était vachement bien écrit ». Mais soyons sincères, amis lecteurs : si vous vouliez découvrir l’Estérel et trouver des infos concrètes, cet article était parfaitement inutile.
Et vous savez pourquoi ? Car en vérité, je n’avais rien compris à l’organisation spatiale de l’Estérel. Cette région est géographiquement déconcertante, et il peut être difficile de s’y repérer quand on débarque pour la première fois, et de comprendre comment accéder aux plus beaux points de vue de l’Estérel. Cette fois, j’ai donc décidé de faire œuvre utile. J’ai potassé mon sujet, j’ai pigé comment l’Estérel s’emboîte dans la mer, et comment aller aux plus jolis coins. (Bon, j’avoue que l’illumination n’est pas venue toute seule, et que les gens de l’office de tourisme ont subi dix questions naïves avant que mon cerveau ne connecte les points cardinaux.) Voici donc mon petit guide de l’Estérel pour les nuls.
La première fois que j’étais venue, je n’avais même pas compris où était l’île d’or, c’est pour vous dire…
Où ça se passe ?
A Saint Raphaël, dans le Var, une commune située sur la Côte d’Azur à équidistance de Cannes et Saint Tropez. On accède à Saint Raphaël par le TGV depuis Paris (gare Saint Raphaël-Valescure), en avion par les aéroports de Marseille, Toulon et Nice (à condition de louer une voiture ensuite, vous savez que notre sud chéri n’est pas le roi des transports en commun), et en voiture par l’A8 (une heure et demi de trajet depuis Aix-en-Provence, une heure depuis Nice).
Situer Saint Raphaël en France, leçon 1 (la commune marquée en rouge). Nous sommes entre Toulon et Nice, dans le Var.
Saint Raphaël est limitrophe de Fréjus : les deux communes se fondent l’une dans l’autre. Mais très vite, quand vous franchissez le panneau Saint Raphaël, vous sentez l’ambiance changer. La ville ne ressemble pas à Fréjus la grande, l’urbaine. Saint Raphaël est plus sauvage, plus distendue, une collection de hameaux entrecoupés de criques et de nature – plus chic aussi. La commune est très étendue et comprend tout le massif de l’Estérel. Regardez sur les deux cartes, ci-dessus et ci-dessous : le tracé rouge représente les limites de Saint Raphaël. Autant dire qu’une bonne partie des administrés sont des abeilles, des sangliers, des oiseaux et des renards. C’est une destination résolument nature, un paradis de la randonnée.
Saint Raphaël, les principaux points d’intérêt.
Portrait de randonneuse en ombre chinoise.
Sur la carte, vous pouvez repérer les différentes parties de la commune :
– Saint Raphaël elle-même (la ville proprement dite) : le cœur de ville, le port de plaisance, le casino, la superbe basilique néo-byzantine. Longez la côte, vous tomberez sur…
– Le Cap Dramont et l’île d’Or. Follement pittoresque, ce cap vermillon qui s’avance au milieu des flots offre des vues spectaculaires sur l’île d’Or à l’Ouest, et sur Agay à l’Est.
– Agay est célèbre pour sa grande baie ronde et sa rade remplie de voiliers. C’est la zone balnéaire par excellence, avec un chapelet de plages tout au long du cercle. Depuis Agay, si vous quittez la route côtière et bifurquez vers l’intérieur des terres, vous tombez sur le …
– Massif de l’Estérel. (Très facile à trouver, il suffit de suivre les panneaux du même nom depuis Agay.) C’est le cœur rouge et sauvage de la région, témoignage d’un très ancien volcanisme qui a conféré ses teintes cinégéniques à la montagne. En entrant au cœur du massif, vous trouverez des randonnées extraordinaires. Mes parcours préférés offrent une vue sur les…
– Calanques d’Anthéor. Si vous continuez à longer la route côtière depuis Agay, vous tomberez sur la partie la plus spectaculaire de Saint Raphaël, les calanques rouge vif d’Anthéor, un incroyable contraste entre la roche enflammée et l’eau aux multiples teints de bleu profond. La route qui va d’Anthéor à Mandelieu est considérée comme l’une des plus belles de France : creusée à même la roche, à flanc de falaise, elle surplombe des panoramas vertigineux et multicolores. Le touring club de France l’a nommée la Corniche d’Or.
Tout ça dans une seule commune, Saint Raphaël. Vous comprenez pourquoi je la tiens en très haute estime : une telle concentration de pépites sous une même administration, c’est presque injuste pour les voisines. (Ca y est, je veux devenir maire de St Raphaël et régner sur les roches et les dauphins, ça doit être l’ambiance élections qui me monte à la tête. Venez, on se met en marche dans les porphyres.)
Vue sur la route de la Corniche d’or et les calanques d’Anthéor depuis le col Notre Dame.
Le coeur de ville de Saint Raphaël
Pour découvrir le cœur de ville, le port et la basilique, je vous renvoie à mon précédent article sur Saint Raphaël. Je rajouterais juste que j’ai eu un coup de coeur pour un resto original sur le port : Le Dock, avec sa déco de vieux marin et ses grandes planches savoureuses. Partons maintenant en rando.
Le coeur de ville et la basilique.
Le Cap Dramont et l’île d’Or
Le Cap Dramont est un endroit fabuleux pour se lancer à la découverte de l’Estérel en douceur. La randonnée du Cap Dramont est facile, familiale, et riche en points de vue extraordinaires. Garez-vous sur le parking du Camp Long, dit aussi parking du Tiki Plage, et suivez les panneaux indiquant le circuit du Dramont. Vous commencerez par une vue magnifique sur la rade d’Agay, au milieu des agaves et des fleurs sauvages.
Depuis le Cap Dramont, vue sur la Rade d’Agay.
Mes amies les agaves (les cactus à tequila).
Puis vous tomberez sur un coin qui fait le délice des photographes et blogueurs : la Fenêtre du Dramont, une ouverture naturelle dans la roche qui s’écarte comme un rideau sur un chapelet d’îles rouges.
La célèbre fenêtre du Dramont
A travers la fenêtre, des îlots rouges.
Continuez de l’autre côté du cap, et vous trouverez l’Île d’or, rendue célèbre par la couverture d’un album de Tintin. J’ai longtemps cru que sa tour sarrasine était une relique de l’époque des grandes invasions, une légende médiévale nimbée d’ectoplasmes. L’histoire est plus récente, mais pas moins romanesque : en 1905, un buveur mégalomane gagne l’île lors d’une partie de cartes, et décide d’en faire son royaume. Il fait construire la fameuse tour, se plaît à se faire appeler empereur Auguste, seigneur de l’îlot, et y organise des fêtes à faire pâlir Gatsby d’envie. Présentez-moi ce mec, j’ai besoin de lui dans mon carnet d’adresses.
Vers l’île d’or.
Un rocher prisé par les grimpeurs, et l’île d’or.
Descendez ensuite jusqu’au joli port du Poussaï, et regagnez le parking du Camp long par quinze minutes de marche à travers la ville. Nous avons fini la rando par un repas au Tiki plage, et j’ai adoré : déco balnéaire exotique qui sent bon les vacances, cocktails sans alcool remplis de fruits, cuisine fraîche et bonne à des prix abordables… avec un joli coucher de soleil sur la mer en prime.
Au Tiki Plage
La rade d’Agay
Une grande baie douce et familiale, où les enfants jouent dans l’eau peu profonde, où la plage (mélange de sable et galets) est accessible et où on peut louer kayaks et paddles à Paddlehouse, à l’Est de la baie. (Oui, vous savez que c’est mon truc. Quand vous lisez un de mes articles sur la Côte d’Azur, vous savez que je vais toujours vous dire où on peut faire du surf, du kayak, du paddle, tout ça, car sinon la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. J’arrive sur une plage, je dis « où il est le stand de paddle ? », et sinon je prends ma combi et je repars, comme ça, vers des horizons plus maritimes.)
La rade vue depuis le Dramont.
Quelques vues sur la rade.
Randonnées et points de vue dans le massif de l’Estérel
Le massif de l’Estérel, c’est un environnement absolument exceptionnel – une bonne partie est d’ailleurs classée zone Natura 2000. Je ne vous répète pas mon couplet sur la roche volcanique rouge qui ressemble vachement à l’Ouest américain et notamment aux monolithes fantastiques de Sedona(je crois que tout le monde a compris à force), je vous dirais juste qu’à chacune de mes visites dans ce massif, je suis émerveillée par la flore qui éclot sur ces pentes abruptes.
Bam, l’Estérel – avouez que ça en jette.
En janvier, j’avais vu les mimosas allumer des feux jaunes partout dans le ciel ; en septembre, je m’étais fait un festin d’arbouses rouges et jaunes. En revenant cette fois début mai, je suis tombée sous le charme des lavandes papillon qui poussaient partout au détour des chemins – c’est ma fleur méridionale préférée, j’adore sa couleur violette et ses ailettes gracieuses. Des genêts, des acacias, des cystes et d’autres fleurs mauves dont j’ignore le nom complétaient ce tableau floral réjouissant, mon âme était toute guillerette et bucolique.
La flore de l’Estérel, y compris mes chouchoutes, les lavandes papillon
Prenez le temps de découvrir ce massif exceptionnel. Les chemins de randonnée sont innombrables et les panoramas multiples, j’ai le regret de vous annoncer que je n’ai pas pu tous les tester pour vous (pardon), mais j’ai quand même une jolie sélection.
Un superbe point de vue facilement accessible : le Col Notre Dame
Le col Notre Dame sera votre option préférée si vous avez peu de temps, des difficultés de locomotion ou tout simplement une crise de flemme aigüe : vous pouvez y accéder à pied (si vous avez la journée), en vélo (en quelques heures et au prix d’une bonne montée), ou tout simplement en voiture. Il vous suffira d’avoir l’appli Google Maps et de taper « col Notre Dame », n’est-ce pas merveilleux. C’est un point de vue exceptionnel sur les calanques d’Anthéor, la corniche d’or, l’île Sainte Marguerite et toute cette partie de la Côte d’Azur jusqu’à Cannes.
En bonus, j’ai eu le droit d’assister à une crise conjugale assez savoureuse (#popcorn), avé l’accent bien sûr : « Espèce d’enfoiré, me dis pas que ça fait 3 heures qu’on fait du vélo en côte et que je suis au bord de l’infarctus alors qu’on pouvait venir jusqu’ici EN VOITURE ?! » Voilà, maintenant vous savez.
Vue sur la corniche d’or et les îles de Lérins depuis le col.
A travers les chênes, les îles se devinent…
J’ai pris douze millions de photos de cette vue et il a été surhumain de n’en choisir que trois (enfin, quatre, je ne sais pas si vous avez vu, mais j’ai inséré un gros plan en loucedé en début d’article). A chaque fois que je dois choisir des photos pour mon blog, je me sens comme Mika dans The Voice : « ah mon Dieu c’est insupportable, mon coeur est déchiré, je déteste choisir, je sais que c’est moi qui ai composé ce duel mais vraiment c’est au dessus de mes forces, je demande l’avis de Papy Python, je demande l’avis de Tata CombiFleurie, je demande pas l’avis du sale gosse décoloré parce que je l’aime pas, ah non maintenant faut vraiment que je choisisse, bon, tu m’as emporté dans ton univers avec tes tons de bleus et ta composition audacieuse, mais sur la IMG 7575 on voit de la lavande, alors pour la suite de l’aventure je vais partir avec elle… »
J’ai repêché celle-là aux battles.
Un autre point de vue merveilleux : le Rocher Saint Barthélémy
Une fois que vous vous serez engagés dans le massif de l’Estérel, après avoir traversé le pont sur la petite rivière, vous vous trouverez à une intersection : à gauche, le Pic du Cap Roux et la grotte de la Sainte Baume, à droite le Rocher Saint Barthélémy. Suivez ce dernier panneau et garez-vous au parking qui surplombe Anthéor. Au bout d’une trentaine de minutes de marche plane et facile, vous accèderez au sublime rocher – les plus téméraires l’escaladeront (pas moi !), les autres se contenteront gentiment de le contourner. J’ai adoré ce merveilleux point de vue sur les calanques d’Anthéor.
Promenade autour du Rocher Saint Barthélémy.
A ce stade, d’autres chemins de randonnée s’offrent à vous, notamment pour monter au Pic du Cap Roux.
La randonnée du Pic du Cap Roux : ça monte raide, mais ça vaut le coup
Beaucoup disent qu’il s’agit du plus beau point de vue de l’Estérel, celui où le regard porte le plus loin, et où toute la Côte d’Azur semble se dérouler tous vos yeux. Je rajouterais que c’est celui qui fait le plus travailler votre petit fessier : pas de triche possible, il faut marcher, et ça grimpe dur. (Ok, c’est pas l’Everest non plus, je vais avoir du mal à dramatiser ma performance en épopée héroïque. « J’ai fait le Cap Roux sans masque à oxygène », ça ne fera pas frissonner qui que ce soit, hélas.)
Au sommet du pic du Cap Roux. (Photo d’il y a deux ans car j’ai eu la flemme de refaire la montée, je confesse. C’est là que tu mesures que j’ai fait des progrès en traitement de photo, ça fait plaisir.)
Il existe plusieurs chemins pour accéder au Pic du Cap Roux : soit depuis le parking d’Antheor et le rocher Saint Barthélémy (ce qui a été mon choix la dernière fois), soit depuis la source de la Sainte Baume. (Dans tous les cas, ça monte, point de salut.) Le tour complet, souvent appelé « Balcons du Cap Roux » sur les sites de rando, vous prendra cinq heures, et c’est une rando sublime, l’Ouest américain à portée de main. En suivant ce circuit-là, vous verrez aussi le point de vue évoqué ci-dessous, celui de la chapelle Saint Honorat.
La source de la Sainte Baume et la chapelle Saint Honorat
Le panorama est sans doute moins spectaculaire qu’au Cap Roux ou au col Notre Dame, car la vision maritime est très réduite : ceci est un point de vue sur l’intérieur du massif, ses sentes tortueuses au milieu de la forêt, ses roches éparses au cœur des épineux. Mais c’est peut-être celui qui m’a le plus touchée. J’ai adoré cette marche du parking de la Sainte Baume jusqu’à la chapelle en ruines, voir la forêt se découvrir sous mes yeux, et la vue qui porte jusqu’au rocher solitaire de Roquebrune au loin. Sans doute est-ce parce que l’histoire de Saint Honorat me fascine : un Allemand mystique, né à Trêves en 370 de notre ère, qui amarre dans l’Estérel après un long et éprouvant voyage vers son Orient fantasmé, et décide de vivre ici la vie âpre et fruste des Pères du désert. Ce sont les premiers temps de la chrétienté, l’époque des patriarches, des sages et des fous en haillons, ceux qui me plaisent le plus. Honorat vivra plusieurs années dans la grotte au sommet de la Sainte Baume, avant de rechercher une solitude plus grande encore sur les îles de Lérins. C’est l’ermite biblique par excellence, le mage aux longs ongles et à la voix de tonnerre. J’ai adoré cette petite randonnée christique au milieu des lavandes papillons. Autre point positif : ça grimpe, mais moins qu’au Pic du Cap Roux. (Mais vous pouvez le rejoindre en faisant le grand tour des balcons du Cap Roux).
Magnifique chapelle Saint Honorat
Vue sur la mer à travers l’arche de la chapelle en ruines.
J’ai adoré ce point de vue surplombant sur le coeur de l’Estérel. Au loin, on discerne jusqu’aux sommets enneigés du Mercantour.
Les calanques d’Anthéor et la corniche d’Or
Mon tour d’horizon de Saint Raphaël et du massif de l’Estérel s’achève ici : après avoir admiré Anthéor depuis les hauteurs, vous n’aurez qu’une envie, descendre dans ces calanques poétiques et chatoyantes. Les calanques d’Anthéor sont trop nombreuses pour que je les aie toutes visitées : tout le long de la Corniche d’Or, c’est une enfilade d’escaliers qui descendent vers la mer, de criques secrètes, d’éblouissements bleus devinés au détour d’un virage. Parce qu’il fallait bien en choisir une, je suis descendue à la calanque Saint Barthélémy, au-dessous du rocher du même nom, et j’ai adoré ces harmonies de couleurs, ces enrochements couverts de pins. Attention, ce ne sont pas des plages de sable : les calanques d’Anthéor sont rocheuses (pensez à prendre une serviette bien épaisse, si vous ne voulez pas faire souffrir votre petit fessier éprouvé par la randonnée susmentionnée). Mais leurs couleurs sont si vives et rares qu’on y revient encore et encore. Et si vous avez des envies d’années folles : louez une vieille voiture de collection, décapotez, et roulez cheveux et foulards aux vents sur la Corniche d’Or jusqu’à Mandelieu, c’est une route mythique.
Les merveilleuses calanques d’Anthéor
La calanque Saint Barthelemy.
Ce que je n’ai pas vu : les Adrets de l’Estérel
J’ai choisi, lors de ce long week-end, de me concentrer sur Saint Raphaël. Mais au nord du massif, on trouve un village paraît-il magnifique : les Adrets de l’Estérel, avec des vues fabuleuses, et un lac de plaisance très bleu, le lac de St Cassien. Je me le suis noté pour une prochaine fois !
Un hôtel magique à Saint Raphaël
Durant mon séjour à Saint Raphaël, j’ai réalisé un fantasme en dormant à la sublime Villa Mauresque, qui est officiellement rentré dans le top 3 de mes hôtels préférés sur la Côte d’Azur. C’est un endroit d’un romantisme fou. Mais parce que cet article se fait bien trop long, je m’interromps ici et vous donne rendez-vous très vite pour le découvrir – ça vaut le coup, je vous assure.
La Villa Mauresque : très vite sur Itinera Magica, blog de voyage amoureux du Sud (et des piscines)
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Coucher de soleil sur l’île d’or.
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Depuis des années, je rêvais de Chamonix, la ville mythique de l’alpinisme, lovée au pied du Mont Blanc et des glaciers millénaires. Pour qui aime les paysages des Alpes, Chamonix est une légende, une étape incontournable. Monter à 3842 mètres à l’Aiguille du midi et voir des centaines de sommets effilés rivaliser de blancheur dans la lumière du matin, marcher sur les étendues scintillantes de la Mer de glace, descendre à ski la Vallée Blanche, autant d’expériences magiques que j’espérais vivre lors de mon séjour en Haute-Savoie.
Les sommets qui dardent leurs yeux perçants sur Chamonix.
Chamonix par mauvais temps, ou le voyage qui ne se passe pas (du tout) comme prévu
Evitons le suspense, je vais vous le dire tout de suite : j’ai eu la scoumoune au superlatif. Je suis arrivée au cœur d’une des pires tempêtes de neige de la saison, et j’ai vécu quatre jours de brouillard épais et désespérant. Pendant les trois premiers jours, je n’ai même pas VU LES ALPES. J’étais à Chamonix, LA ville alpine par excellence, et je ne voyais pas les Alpes, j’estime que c’est mon record personnel de la lose. (Mais à la fin, un peu quand même, heureusement. Toutes les photos correctes de cet article ont été prises durant la providentielle éclaircie.) Mon rêve alpin n’a pas été assouvi, et il va falloir que je revienne à Chamonix vivre tout ce que j’ai manqué. Malgré tout, j’ai adoré cette ville, et imaginé tout ce qu’elle aurait pu m’offrir. Voici un petit guide de survie à Chamonix quand le temps est pourri, et des idées de tout ce qu’on peut faire de génial là-bas quand la météo est plus coopérative.
90% du temps, cela a été comme ça : Chamonix par mauvais temps, cela a des airs de Stephen King. Qui a dit Shining ?
Trois jours à Chamonix par mauvais temps et deux heures d’éclaircie miraculeuse, c’est parti.
La reine du brouillard et du temps pourri
Si vous faites partie de mes fidèles lecteurs (venez là que je vous serre contre mon cœur), vous savez que cet hiver, j’ai eu la poisse météorologique puissance dix mille. J’ai été littéralement poursuivie par le brouillard et la pluie, à Shetland (vous allez me dire, en Ecosse, je l’avais un peu cherché), à Lindau et sur le lac de Côme. Peut-être que le Roi du brouillard croit que j’ai kidnappé son premier né, ou peut-être que je suis Tornade dans X-Men, et que je n’ai pas encore appris à contrôler mes pouvoirs : partout où je vais, pluie, neige et purée de pois se déchaînent.
Mon cher et tendre, qui est toujours d’un grand réconfort, me surnomme désormais officiellement « Pechvogel » (oiseau de malheur, ou chat noir, en VF), et m’a même fait cette déclaration dont vous apprécierez la délicatesse : « Si j’étais un chef maya, je t’attacherais à un mât en haut d’une pyramide, je suis sûre que ça ferait venir la pluie. » Merci chéri.
Il faut dire que…
Dans mon article sur Lindau et Bregenz, j’avais développé une théorie selon laquelle, en hiver, le brouillard et le mauvais temps se concentrent dans les vallées, et qu’il faut gagner les hauteurs pour y échapper. Bouillie d’averses dans les vallées, soleil immaculé sur les cimes. Mais en fait, j’ai eu mon diplôme de météorologie dans un œuf Kinder, et je vous recommande vivement de n’accorder aucun crédit à ce que je raconte. A Chamonix AUSSI, j’ai réussi à avoir un temps pourri. Mais on arrive à faire des trucs sympas quand même.
Que faire à Chamonix par mauvais temps ?
Chaussez vos moufles et arpentez les rues de Chamonix, le village mythique des alpinistes. Si vous aimez la haute montagne, que vous rêvez de conquérir les cimes et que la vision d’une arrête rocheuse luisante de glace vous provoque des palpitations, il faut que vous le sachiez : c’est à Chamonix que tout a commencé. C’est à Chamonix que les hommes ont commencé à escalader les montagnes, à rêver des cimes et à défier l’altitude.
Chamonix, c’est bien plus qu’une station de ski, c’est un mythe.
Pendant des siècles, les sociétés ont fui et évité les montagnes, craignant leurs pentes escarpées et leur climat extrême. La vie des hommes se concentrait dans les vallées plus hospitalières. Pendant des siècles, le Mont Blanc est appelé « Montagne Maudite », inaccessible et dangereuse, et personne ne sait à quelle hauteur il culmine exactement.
Mais à Chamonix, au 18e siècle, on s’est mis à repousser les frontières. C’est là qu’on a inventé l’amour des montagnes.
Statut commémorant l’ascension du Mont Blanc par le guide Jacques Balmat et le physicien de Saussure, en 1787. C’est ce dernier qui a proposé la première mesure du Mont Blanc. Le toit de l’Europe avait été conquis – à l’époque, c’est un véritable prodige.
Comment pourrait-il en être autrement, dans ce village bercé par des géants, sur qui se penchent les Grandes Jorasses, les Drus, le Mont-Blanc et d’autres sommets mythiques ? A Chamonix, on aperçoit les montagnes immenses dès son réveil.
(Quand le temps est dégagé. Pendant 3 jours, je n’ai même pas pu DEVINER que les montagnes étaient au-dessus de moi, mais c’est une autre histoire.)
La fabuleuse Aiguille du midi dans un voile de brouillard qui l’enveloppera bientôt complètement.
Au 18e siècle, des rêveurs un peu fous s’aventuraient déjà sur les hauteurs, à la recherche de cristaux cachés dans les flancs de la montagne. Et peu à peu les voyageurs ont découvert la beauté des Alpes. En 1841, des Anglais tombent sur la Mer de glace, cette immense langue glaciaire qui se creuse entre deux sommets. En 1786, deux Chamoniards, le médecin Michel-Gabriel Paccard et le cristallier Jacques Balmat, réalisent la première ascension du Mont Blanc, après plusieurs tentatives ratées. En 1787, Balmat y retourne avec le physicien De Saussure, qui mesure pour la première fois la montagne maudite.
Parvenir au sommet du Mont Blanc, c’est comme marcher sur la Lune ou découvrir l’Amérique : un nouveau monde qui s’ouvre. Balmat commence à guider des voyageurs et des scientifiques vers le sommet. Le public se met à rêver des montagnes, la folie des cimes est née.
A Chamonix, cette histoire extraordinaire de conquête et de vertige résonne à tous les coins de rue. Des photos d’alpinistes célèbres s’exposent dans les rues. La statue de Jacques Balmat pointe du doigt vers le Mont Blanc. Sur la façade historique du Bureau des guides de montagne, une fresque immense se déploie et commémore les grands noms de l’alpinisme, avec bien sûr Balmat et Paccard, mais aussi Marie Paradis, la première femme à atteindre le sommet du Mont Blanc, en 1808, ou de grands alpinistes comme Michel Croz. Pour mieux comprendre la saga des cimes, faites un tour dans les musées.
Dans les rues de la belle Chamonix. En haut : la gare de Chamonix. Au milieu : la gare du Montenvers, avec le mythique train qui monte vers la Mer de glace. En bas : le mur des guides de Chamonix, commémorant les grands alpinistes qui ont fait l’histoire de la ville.
Visiter le musée alpin, l’Espace Alpinisme et le musée des cristaux
Ces trois musées retracent l’histoire de Chamonix et de l’alpinisme – c’est l’Espace Alpinisme qui m’a le plus marquée, et permis de comprendre l’exploit que représente l’ascension d’une haute montagne, fondamentalement hostile aux hommes.
Si vous voulez comprendre comment on peut escalader un glacier, ou une paroi verticale et lisse, en solo…
Si vous voulez revivre en récit, photo et vidéo l’histoire des ascensions mythiques, victorieuses ou tragiques, comme l’ascension de « l’ogre » Eiger par la face nord, ou la première conquête d’un sommet de 8000 mètres par Maurice Herzog…
Si vous voulez vous mettre à la place de ces hommes qui pulvérisent les records et les limites de la condition humaine…
Vous allez adorer. En sortant de l’Espace Alpinisme, j’avais envie de faire l’Everest sans oxygène à mains nues à cloche-pied.
Après, je suis allée à la salle d’escalade de Chamonix faire une initiation, je suis restée bloquée sur une HORRIBLE paroi pour débutants à 2 mètres du sol et j’ai cru faire une crise de tachycardie, et ça m’a calmée.
L’aventure sur canapé, ça me connaît.
Espace alpinisme, au coeur du mythe
Manger du fromage et du chocolat
Passons à une activité plus dans mes cordes : goûter les spécialités locales ! Même sous la pire météo du monde, rien ne vous empêchera de savourer les merveilles culinaires de la Savoie.
Parmi les spécialités fromagères, vous avez l’embarras du choix, avec quatre sortes de fromage différentes :
– la raclette, avec du fromage de raclette, que j’ai testée en version traditionnelle au restaurant Le Monchu : on vous fournit un appareil de chauffage au feu de bois et une sorte de réglette qui va coller la tome contre le feu (et vous crâmer les doigts au passage). C’est très ludique de faire rouler son fromage et de le brûler contre la grille, j’avais cinq ans d’âge mental. Et c’est très bon.
La raclette du Monchu.
– la fondue savoyarde, avec différents fromages (en général comté, emmental…), où on embroche du pain, le trempe dans le fromage, perd son petit pain et se coltine un gage idiot
– le vacherin, avec du fromage Mont d’Or, qui n’est en fait pas originaire de Savoie mais du Jura, mais on tolère quand même parce que c’est vachement bon (la qualité de mes jeux de mots, je ne vous dis que ça)
– la tartiflette, avec du reblochon. Je rêvais de la goûter, celle-là, car j’adore le reblochon, mais malheureusement, elle contient des lardons et je ne mange pas de viande. Cuisiner moi-même une tartiflette végétarienne fait partie de mes projets de mars, et en attendant, je me suis vengée en testant le pancake au reblochon au petit déj de l’hôtel. (Ouais, j’ai peur de rien #thuglife).
Après, on enchaîne sur le chocolat, avec les nombreux magasins spécialisés de Chamonix. Mon coup de cœur ? Une spécialité qui m’a été suggérée par mon amie blogueuse Céline, récemment partie à Megève, les rochers au chocolat Mont Blanc 4810. C’est suprêmement bon.
Le magasin L’univers du bonbon : mon coup de coeur parmi les boutiques de Chamonix, avec sa débauche de sucre et ses marmottes trop mignonnes. En bas : mes souvenirs de Chamonix. Chocolat à la framboise, typiques pastilles rétro, fameux rochers Mont Blanc et… raclette à la bougie. Ouais, on est des gros romantiques nous, vous le savez.
Bon, depuis ces quatre jours en Haute-Savoie, je vais à la salle de sport deux heures par jour et je bouffe des épinards crus en dessert, mais à part ça tout va bien.
Faire une virée à Vallorcine par le tunnel du Col des Montets
Au-dessus de Chamonix, à la frontière avec la Suisse, plusieurs villages déploient leur charme traditionnel, notamment Vallorcine, qui semblait super mignon. En raison du risque d’avalanche, le col qui mène au village était fermé (des congères hautes de plusieurs mètres s’étaient formées, c’était l’Âge de glace, sans le gland), j’ai donc eu l’occasion de tester un point de passage incongru : le tunnel du Col des Montets. C’est un tunnel mi-ferroviaire, mi-routier, dans lequel trains et voitures passent en alternance, un sens après l’autre, avec des rotations toutes les 15 minutes. J’ai trouvé ça franchement désopilant de rouler sur des rails – un rien m’amuse, je sais, mais sous la tempête de neige, on revoit ses exigences à la baisse. (C’est ça, la décadence du blogueur, qui rêvait de s’enivrer des cimes de l’Aiguille du midi et qui se tape un fou rire dans un tunnel pour tut-tuts et tchou-tchous.)
Et Vallorcine alors ? Je pense que c’est sublime, dans d’autres circonstances. Mais là, pour être honnête, tout était enseveli sous un tsunami de blanc tourbillonnant, tout était fermé, c’était l’apocalypse neigeuse. On a franchi la frontière suisse, pour voir si la douane helvète était parvenue à stopper les flocons en situation irrégulière. Spoiler : non. Du coup, on a fait demi-tour. Voilà. Désolée.
La route vers Vallorcine et le fameux tunnel
Faire une virée nocturne à Megève
Toujours grâce aux conseils de mon amie Céline (vive la solidarité entre blogueuses : Céline tenait pratiquement une hotline, intitulée « au secours y a 15 mètres de neige je fais quoi ? »), je suis allée découvrir le joli village de Megève, où ils avaient eu le bon goût de garder le sapin de Noël illuminé avec des cœurs clignotants. J’ai adoré cette place scintillante sous les flocons. Et j’ai adoré le resto fétiche de Céline, la crêperie Chez Maria qui est aussi le plus ancien restaurant de Megève, avec une ambiance géniale.
Megève (et Combloux), ravissants villages savoyards
A la crêperie Chez Maria, y a même des crêpes à la raclette.
Le récit dramatique de mon ascension de l’Aiguille du Midi
Préparez vos mouchoirs, amis lecteurs. Ça va être terrible.
Je suis arrivée à Chamonix dimanche soir. J’étais là pour : voir l’aiguille du midi, voir la mer de glace, skier. Que dalle, chers amis, j’ai bouffé du fromage et prié le ciel. Tout lundi, tout mardi, j’ai espéré que le temps se dégage. Je ne voyais MÊME PAS LES MONTAGNES. (Je sais, ça fait cinq fois que je le dis, mais vous imaginez la douleur dans mon cœur ? Sérieux, j’espère que vous compatissez à mon sort tragique.)
Le mardi soir, au crépuscule, le ciel s’est miraculeusement dégagé. Les Drus et l’Aiguille sont apparus. C’était merveilleux. C’était comme si Dieu descendait sur Terre. J’étais dans le même état que la petite Bernadette à Lourdes, quand la Vierge est apparue. J’y croyais à fond.
L’apparition fantastique de l’Aiguille du midi
Le mercredi matin à l’aurore, l’Aiguille était claire comme un cristal, auréolée de rose poudré. Mon cœur s’est mis à battre la chamade. J’ai foncé à la télécabine de l’Aiguille. J’ai acheté mes billets et je me suis mise dans la queue. J’allais voir l’Aiguille ! J’étais surexcitée.
Le miracle matinal de courte durée
Puis une annonce : incident technique. Mon cœur s’est serré. 45 minutes d’attente.
Et pendant que j’étais dans la queue et que j’attendais…. le temps se dégradait peu à peu, le bleu devenait gris, et j’avais un mauvais pressentiment. Enfin la télécabine s’est remise à fonctionner. J’ai pris place à bord, et pendant l’ascension, à mi-hauteur… j’ai vu un énorme nuage envelopper l’Aiguille, j’ai vu la neige et la brume descendre sur les cimes, et l’Aiguille disparaître. Je vous l’ai dit : je suis Tornade. Je suis un grigri maléfique.
Un gamin s’est mis à se rouler par terre en hurlant dans la télécabine, je vous avoue que j’étais à deux doigts de faire pareil. Mais étant donné ma maîtrise balbutiante de mes super pouvoirs météorologiques, j’ai eu peur que ça déclenche un ouragan et précipite la cabine mille mètres plus bas, donc je me suis sagement abstenue. J’ai juste versé une petite larme de désespoir en arrivant au sommet, à 3842 mètres, me sachant face au plus beau panorama des Alpes et ne voyant… RIEN. Néant.
L’aiguille du midi dans le brouillard. Photo du bas : la grotte de glace qui mène à la Vallée blanche, mythique descente en hors piste au coeur des plus beaux massifs
J’ai quand même essayé de me consoler en explorant les multiples salles de l’Aiguille. Le parcours est très intéressant, avec des expositions sur l’alpinisme, sur l’hypoxie (privation d’oxygène en altitude), sur l’histoire de l’Aiguille et les prouesses techniques qui ont présidé à sa construction. Le clou, c’est le Pas dans le vide, où vous pouvez vous avancer au-dessus des Alpes vertigineuses. Moi je me suis avancée au-dessus d’un matelas de coton gris, mais bon.
Oui, j’ai dû mettre des sur-chaussons par dessus mes bottes, pour ne pas rayer le plancher du pas dans le vide. Oui, j’ai un pull Islande acheté à Europa Park. Dieu seul peut me juger, ok ?
J’ai vu des skieurs partis pour la descente de la Vallée blanche rebrousser chemin à cause de la météo, le cœur gros. Je partageais leur peine au plus profond de mon cœur.
Accès à la Vallée blanche. Dans ces conditions, les skieurs ont fait demi tour.
Après, je suis redescendue sur Chamonix, et j’ai appris que le train du Montenvers vers la Mer de glace n’ouvrirait pas, en raison du risque d’avalanche. Heureusement que ça s’est passé à Chamonix, soit à 4h de route de chez moi, et pas au Grand Canyon ou en Australie, sinon j’aurais été TRES malheureuse (et j’aurais déclenché l’apocalypse par inadvertance. Faites gaffe, je suis apparemment dangereuse).
Les joyaux des Alpes françaises : ce qu’il faut (normalement) voir à Chamonix
Grâce à des photos de banque de données (désolée…), voici ce que vous devez voir à Chamonix et que j’ai malheureusement loupé. Quelques idées des incontournables à voir dans ce magnifique village alpin, pour vous aider à planifier votre voyage :
L’Aiguille du Midi et le Pas dans le vide
Un panorama fabuleux sur tous les sommets des Alpes, du Cervin au Ventoux, et la possibilité de marcher au-dessus du vide sur un plancher de verre. C’est sans doute la vue la plus célèbre d’Europe, l’expérience alpine ultime. Accessible hiver comme été.
Aiguille du midi. Image Pixabay
Pas dans le Vide (AP Photo/Alexis Moro)
Le train du Montenvers, la Mer de glace et la Grotte de glace
Peut-être la plus belle vision glaciaire d’Europe. Entre deux sommets, une vallée glaciaire fabuleuse dessine un paysage inouï. Descendez l’escalier qui mène au fond de la grotte de glace et admirez les sculptures. Prenez un repas au légendaire restaurant panoramique de l’hôtel du Montenvers. Accessible hiver comme été.
Mer de glace. (Photo Anthere sur WikiCommons).
L’hiver : la Vallée Blanche à ski
Il paraît que c’est une des plus belles descentes à ski qu’on puisse faire. Il s’agit d’un parcours hors piste, à prendre avec un moniteur de ski agréé, qui vous amène de l’Aiguille du midi jusqu’à la mer de glace. 20 km de descente faramineuse. Mon projet pour ces quatre jours à Chamonix, c’était de prendre une heure de cours avec un moniteur de l’ESF au début, afin de lui demander d’évaluer mon niveau, et de me lancer sur la Vallée blanche s’il m’en pensait capable. Je skie depuis toute petite, mais je n’ai jamais fait de hors piste à ce jour. Il paraît que la pente n’est pas très raide, pas trop difficile, mais le ski dans la poudreuse peut décontenancer les gens qui n’ont pas l’habitude. Ne vous lancez pas sans être sûr de votre coup, n’hésitez pas à demander conseil.
Vallée blanche, image Pixabay.
Si vous n’êtes pas certain d’être à la hauteur, ne vous en faites pas : le domaine skiable du Mont Blanc, à Chamonix, Megève, Les Houches, etc, est vaste et beau et vous permettra de vous régaler.
Pratique : Le pass Mont Blanc Unlimited de la Compagnie du Mont Blanc
Tous les sites évoqués ci-dessus sont accessibles grâce au Pass Mont Blanc Unlimited vendu par la Compagnie du Mont Blanc. Il coûte 62 euros par jour (avec réduction si vous restez plusieurs jours) et vous donne accès à tous les sites que j’ai mentionnés, et à l’ensemble du domaine skiable sur trois pays, soit 998 kilomètres de pistes. D’autres forfaits moins chers sont également disponibles si vous souhaitez skier seulement sur une partie du domaine, par exemple à Chamonix, à Megève, aux Houches, etc. Vous trouverez ici la description de tous les forfaits disponibles.
L’été : la randonnée du Lac blanc
Je suis décidée à revenir à Chamonix en été pour faire cette superbe randonnée autour du lac dit « Lac Blanc », avec vue extraordinaire sur le Mont Blanc. Elle est considérée comme une des plus belles randonnées de montagne françaises, et me fait complètement rêver.
Je n’ai pas trouvé de belles photos libres de droits, je vais donc vous maintenir dans le suspense jusqu’à cet été.
En quelle saison venir à Chamonix ?
L’hiver si vous êtes skieur, bien sûr, surtout si vous rêvez de la Vallée Blanche.
Si votre but est avant tout de voir les sites de l’Aiguille du Midi et de la Mer de glace : venez plutôt l’été. En haute montagne, le temps est toujours capricieux (au sommet du Mont Blanc, il neige même en été), mais vous avez plus de chance de tomber sur un grand soleil en été. Et en bonus, vous pourrez faire la randonnée du Lac blanc, inaccessible l’hiver, mais merveilleuse en été.
Un dernier coup de cœur : le village natal de Jacques Balmat, Les Pélerins
Ceci est un hasard, un petit joyau inattendu comme les voyages savent parfois nous réserver. En quittant Chamonix, je cuve ma déception de n’avoir pas vu ce dont je rêvais, et je fixe mes cuticules avec application, perdue dans de noirs pensers (orthographe du XVIIIe – je sais, j’en fait trop). Soudain, mon cher et tendre s’arrête sur le bas-côté et me dit « Regarde, ça va te plaire. »
Au-dessus d’un hameau, la langue d’un glacier s’avance, semble descendre vers les maisons enneigées, puis s’arrête net, comme un tsunami qui aurait heurté un mur invisible. Ce paysage de séracs bleutés crachés par la pente, comme suspendus au-dessus des toits, me fascine. Voilà la vision alpine dont je rêvais – la grandeur, le danger, la beauté hypnotique du froid et de la mort.
Le fabuleux glacier des Pélerins
Le petit village s’appelle Les Pélerins. Au XVIIe, à l’époque du découvreur du Mont-Blanc, on l’écrivait Les Pellarins. Ce ne sont que quelques maisons à la merci du glacier, à quelques minutes seulement de Chamonix, mais déjà au cœur de la montagne. Sur la façade d’un chalet, je lis : « Ici a vécu Jacques Balmat ». Et soudain je comprends. Comment ne pas rêver de conquérir les cimes, quand on dort sous l’œil du monstre ?
Ambiance étrange et belle du village des Pélerins, où est né et a vécu Jacques Balmat.
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Découvrez les Iles Shetland, méconnues et merveilleuses
Up Helly Aa. Sans doute n’avez-vous jamais entendu ces mots qui claquent comme une voile dans le vent du nord. C’est le nom du plus grand festival viking d’Europe : chaque année à Shetland, 900 hommes revêtent leurs costumes de viking, leurs casques ailés et leurs bottes fourrées, défilent dans la nuit avec des torches enflammées, et mettent le feu à un drakkar.
Up Helly Aa, spectaculaire festival viking qui se tient tous les derniers mardis de janvier à Shetland, Ecosse
Fin janvier 2017, j’ai mis le cap plein nord, et j’ai suivi la lumière des flammes jusqu’aux îles Shetland, le point le plus septentrional de l’Ecosse. Et ce voyage restera un des plus incroyables, un des plus dépaysants de ma vie. Sur les traces des vikings, j’ai découvert la beauté sauvage de ces îlots battus par les vents, riches de cinq mille ans d’histoire.
Shetland compte des vestiges archéologiques uniques en Europe, comme ici le Jarlshof : un village de l’âge de fer recouvert par un village viking du 9e siècle
Laissez-moi vous donner envie de découvrir à votre tour les Shetlands, cet archipel méconnu et mystique. Nous partons pour une épopée viking inoubliable.
Les paysages de Shetland : un dépaysement total
A la fin de l’article, retrouvez un carnet pratique complet pour organiser votre voyage aux Shetlands.
Les îles Shetland : au cœur du royaume viking
A trois cent kilomètres au nord de l’Ecosse, les dieux scandinaves ont semé quelques étoiles rocheuses dans les eaux glacées. L’archipel des Shetlands émerge au cœur de la Mer du Nord, à mi-chemin entre Bergen (Norvège) et les Iles Féroé. Si l’archipel constitue aujourd’hui le point le plus au nord du Royaume-Uni, c’est qu’il ne lui a longtemps pas appartenu : jusqu’au XVe siècle, les Shetlands étaient au cœur du royaume des Vikings.
Shetland : au coeur du royaume viking
Pendant des siècles, on a parlé ici le vieux norrois, l’ancêtre des langues scandinaves. Aujourd’hui encore, le dialecte des Shetlands est émaillé de mots qui évoquent le Norvégien, et les paysages sauvages de ces îles me ramènent à mes souvenirs d’Islande.
Culturellement, les Shetlands sont plus proches de la Scandinavie que du reste de l’Ecosse.
Petite, j’ai trop lu les aventures de Thorgal et Aaricia, et mon imaginaire a été colonisé par le panthéon nordique. J’ai rêvé du marteau de Thor étincelant dans le ciel boréal, de l’arbre aux neuf mondes, des walkyries et des drakkars lancés sur la mer écumante. L’été dernier, je suis partie en Islande sur la trace des vikings. J’ai découvert l’histoire de ce peuple qui a su traverser les mers glaciales en suivant les étoiles, et se porter jusqu’aux Amériques, quatre cent ans avant Christophe Colomb. Je me suis promis de continuer à explorer leur royaume océanique, de la Norvège au Groenland, de l’Islande aux Orcades.
A la poursuite de mes rêves vikings à Up Helly Aa
Des profondeurs de la mer du Nord, un nom mythique montait à mes oreilles. Up Helly Aa. Cette année, je me suis jetée à l’eau. Mon épopée viking devait me conduire à Shetland.
En dehors des vikings, il y a à Shetland… plus de moutons que d’habitants ! Copains laineux, mer déchaînée et rochers pointus, paysage typique des Shetlands
Aller aux Shetlands : aventure en Ecosse, plein nord
Voyager est parfois presque trop facile. Les avions ont rétréci le monde et les océans se traversent en quelques heures. Mais partir aux Shetlands est déjà une aventure en soi, qui rappelle les voyages au long cours d’autrefois. Après avoir pris l’avion pour Aberdeen, sur la côte Est de l’Ecosse, j’embarque sur un ferry qui met cap au nord : Aberdeen – Lerwick, la capitale des Shetlands, quatorze heures de traversée. Un viking triomphant est dessiné sur la cheminée du ferry, épée tendue vers les aurores boréales.
Je voyage avec une amie très chère, Marie-Pierre, qui partage ma passion nordique. Nous prenons place dans notre petite cabine avec vue sur vagues, et dans la nuit marine, le roulis nous fait rêver d’odyssées insoupçonnées.
Notre cabine sur le ferry d’Aberdeen à Lerwick. Un petit air d’autrefois, de voyage au long cours. Aberdeen, la cité de granit, s’éloigne majestueuse dans le soleil couchant. Sur le pont, un couple enlacé regarde les lumières se perdre dans la nuit marine.
Nous nous réveillons à l’autre bout du mythe. Shetland, enfin.
Il n’y a pas d’arbres ici, une végétation rase couvre ces reliefs sur qui les vents s’acharnent. Les moutons semblent plus nombreux que les hommes. Les gens vivent de la pêche et du pétrole, les précieuses ressources de la mer du nord. De hautes falaises luttent avec les eaux tumultueuses, et des rochers aux formes elfiques se jouent de l’écume. L’imaginaire décuple la beauté de l’île.
Un lever de soleil somptueux nous accueille à Shetland. Que j’aime la lumière du Nord les beaux jours…
L’exploration commence.
Road trip à Shetland, c’est parti….
Le sud des Shetlands, plages blondes et vikings endormis
Au sud de Mainland, l’île principale des Shetlands, les paysages sont plus doux et amènes que ce à quoi je m’attendais.
Je découvre avec stupéfaction d’innombrables plages de sable blond, qui dessinent des anses rondes au cœur des dunes moussues. La côte se disperse en virevoltes, ici la côte est basse et tendre, la pente douce. Je ne pensais pas voir une mer si bleue, un sable si clair, à ces latitudes isolées.
Paysages magiques du sud de Shetland, autour de Sumburgh. Une douceur étonnante émane de ces terres si septentrionales, un air d’idylle balnéaire inattendue… Qui aurait cru que Shetland puisse avoir de si belles plages ?
Autour de Sumburgh, la pointe sud de l’île, ce paysage aurait des faux airs de station méridionale, si la végétation échevelée du nord ne trahissait sa vraie nature. A Sumburgh Head, les oiseaux nichent par milliers sur les hautes falaises. Sternes, guillemots, pingouins torda et cormorans font chanter la pierre. L’été, on voit ici aussi des macareux.
Sumburgh Head : oiseaux dans les falaises, vues spectaculaires, et un épisode méconnu de la seconde guerre mondiale. La station radar de Shetland a pu prévenir l’Ecosse d’une attaque aérienne nazie massive, empêchant ce qui aurait été « le Pearl Harbor britannique ».
J’ai le coup de foudre pour St Ninian’s Isle, une petite île enchaînée à la côte par un tombolo de sable blanc. A marée basse, ce cordon lumineux permet de marcher au milieu des eaux, et de rejoindre l’île. Il paraît que les plages de Shetland sont régulièrement nommées parmi les plus belles du Royaume-Uni. Je rêve soudain de revenir ici l’été, et de me baigner dans ces tropiques du grand nord.
Le tombolo de St Ninian’s Isle permet, à marée basse, de marcher jusqu’à la petite île. J’ai été captivée par la beauté de ce lieu. Histoire du soleil et de ses caprices dans le nord : première photo, un rai de lumière sur le tombolo. Puis il se cache durant une vingtaine de minutes, cachant les couleurs étonnamment claires et vives de cette plage miracle. Enfin, juste avant notre départ, un clin d’oeil éclatant….
Un instant radieux sur le tombolo de St Ninian’s Isle. Ce phénomène géologique rare s’observe aussi en France : à Hyères, sur la presqu’île de Giens !
Un autre lieu me touche extraordinairement : le site historique de Jarlshof, où les dunes et les mousses ont su préserver quatre mille ans d’histoire. On a déterré ici des villages néolithiques, datant de l’an -2000, où vivaient les fermiers et les marins de l’âge de fer. Ils bâtissaient des maisons rondes, à demi enfouies, au cœur desquelles brûlait le feu nourricier ; ils élevaient des moutons et des cochons, pêchaient poissons et coquillages, et vénéraient des idoles inconnues dont les visages fragmentés se reflètent sur les pierres.
Quelques pas sur le site, et c’est un bond de trois millénaires : voici maintenant un village viking, datant du 9e siècle de notre ère. Voici la maison du Jarl, le chef qui guidait les drakkars sur les mers mordantes… la mer si proche, lourde des échos de la nuit des temps.
Quelques pas encore, et c’est un château médiéval en ruine, demeure du seigneur du sud de l’île.
Les pierres de mémoire et les mousses de Jarlshof me resteront longtemps en tête. Jamais je ne me suis sentie aussi proche du fond des âges.
Le Jarlshof, site archéologique exceptionnel
Emotion immense face à ces vestiges moussus…
Un seul conseil, allez-y !
Le nord des Shetlands sous la tempête : falaises d’Eshaness et rochers elfiques
Le mardi 31 janvier, jour d’Up Helly Aa, une tempête fait rage sur la mer du nord. Les ferrys sont annulés ou retardés, une houle monstrueuse se lève dans les eaux froides, et des paquets de mer furieuse viennent se jeter contre les falaises.
Le nord de Shetland, la région qu’on nomme Northmavine, est bien plus sauvage et désolée que le sud. Le paysage me rappelle l’Islande ou les Féroé, avec ces landes érodées par le vent et la mer, ces hautes falaises noires, ces rochers découpés qui semblent défier les flots dont ils émergent.
Les rochers du Ness of Hillswick ou l’arche monstrueuse du Dore Holm, face à Stennes, sont autant de bizarreries géologiques colossales, mais ces monstres assoupis ne dérangent pas les moutons laineux et les poneys des Shetlands qui galopent dans la lande. Je suis fascinée par l’épaisseur de leur fourrure, et par leur agilité sur des terrains aussi rocheux et abrupts. Le poney des Shetlands : têtu, coriace, tout terrain, fabriqué par cette île au climat extrême.
Northmavine sous la tempête. Le vent et la pluie se déchaînent et couvrent de brume et de gouttes mes photos. Troupeaux de moutons et de poneys auprès des maisons traditionnelles, rochers pointus dans la mer, arches monumentales au-dessus des vagues furieuses…
Le plus beau panorama des Shetlands, on le trouve aux falaises d’Eshaness, à la pointe occidentale de l’île. Mais au moment de descendre de voiture, je manque de m’envoler. J’ai grandi dans la vallée du Rhône, Dieu sait que je m’y connais en mistral – mais jamais de ma vie je n’ai connu un vent comme celui-là. Il est difficile de tenir debout, le vent nous ballotte sur la lande comme des montgolfières. Je voudrais m’approcher des falaises d’Eshaness, faire les photos sublimes qu’on voit dans les guides touristiques, 55 mètres de vide rocheux et la mer, mais c’est impossible dans ces conditions. Le vent est si violent qu’il pourrait facilement me jeter dans la mer, cinquante-cinq mètres plus bas. Je reste à une distance raisonnable du vide, et prends quelques photos en position accroupie, cherchant à limiter la prise que les bourrasques hurlantes ont sur moi.
Les spectaculaires falaises d’Eshaness, un paysage époustouflant (peut-être mon préféré en Ecosse à ce jour). Malheureusement, la météo m’a empêchée de descendre vers la mer et de rendre compte de leur majesté ! Sur les photos du bas, vous apercevez des cavités dans la roche : en temps normal, il y a ici une plage, et on peut visiter ces grottes…
Nous avons lu qu’un chemin mène au pied de la falaise, et qu’on peut y découvrir des cavités marines impressionnantes, les Hols o Scraada. Mais nous avons l’impression que la marée monte, et les conditions météorologiques extrêmes nous incitent à la prudence – avec raison. Les Hols o Scraada sont remplies par des vagues déchaînées et le niveau de l’eau continue de monter.
Voici ci-dessous la montée des eaux, en l’espace de trente minutes. C’est un souvenir que je garderai de Shetland : la violence imprévisible de la mer du Nord, la plus dangereuse d’Europe. Raison de plus pour admirer les Vikings qui en ont fait leur terrain de jeu.
Photo de mise en garde : voyageurs en Ecosse, FAITES ATTENTION aux marées en mer du nord. Elles ne plaisantent pas. 30 minutes seulement entre ces deux photos…
Up Helly Aa : le festival viking du feu à Shetland
Sur une île isolée, où les nuits d’hiver sont longues et froides, il faut des rituels qui fédèrent les cœurs et rapportent lumière et chaleur dans les ténèbres. Tous les derniers mardis de janvier, à Lerwick, a lieu un festival unique au monde : Up Helly Aa.
Ce sont plus de 900 hommes en costume viking, avec casque ailée, armure et bottes fourrées, qui défileront à la nuit dans les rues de Lerwick, la torche enflammée à la main. En chantant des hymnes marins, ils transportent à travers la ville un drakkar qu’ils ont passé l’année à concevoir et peindre avec soin. Puis au terme de leur procession, ils mettront le feu à ce drakkar, dans un déluge d’étincelles. Leurs chants commémorent leurs ancêtres vikings, le courage de ceux qui ont bravé les océans, et l’identité bien à elle de Shetland, l’île scandinave rattachée à l’Ecosse.
Up Helly Aa !
La veille d’Up Helly Aa, je vais parler au « Guizer Squad », l’équipe de vikings qui mène le cortège. Ils m’expliquent l’importance immense que le festival revêt dans leurs vies. A partir d’octobre, ils se retrouvent plusieurs soirs par semaine pour construire le bateau, et décider des couleurs de l’année. Un chef mène la procession : le Guizer Jarl. Pour devenir Guizer Jarl, il faut seize années de dévouement à l’organisation d’Up Helly Aa, seize années de menuiserie, de peinture et de pyrotechnie. C’est l’honneur ultime, et quand le bateau brûle, on voit souvent le Guizer Jarl de l’année verser une larme : il ne vivra un tel soir qu’une fois dans sa vie. Une fois le bateau brûlé, les Vikings rejoignent des soirées privées dans des tentes ou des maisons et partent pour douze heures de fête à la viking – la bière coulera à flots !
Ce qui m’a fait sourire, c’est la mode capillaire à Up Helly Aa : le Guizer Jarl a de longs cheveux et une longue barbe, et il commence à les faire pousser six ou sept ans avant que son tour vienne. Je rencontre des hommes aux longueurs de cheveux et de poils variées, et je peux deviner au degré de pousse si leur tour approche.
J’avoue à voix basse que je suis un peu amoureuse d’eux. Que voulez-vous, les Vikings, ça a toujours été mon truc, j’ai grandi en lisant Thorgal. (Et j’en épouse un en juin. On ne se refait pas.)
Les vikings apportent un soin méticuleux à la préparation du drakkar qu’ils vont crâmer le lendemain. Photos du bas : le Guizer Jarl 2017 fixe un blason à son effigie sur « son » bateau
J’ai vu Up Helly Aa dans les pires conditions possibles, sous une tempête de vent et de pluie. Je suis revenue trempée et glacée, et j’ai envié les heureux photographes locaux, que les habitants avaient accueilli dans leurs maisons. Eux jouissaient de la vue surplombante sur l’évènement qui a manqué à mes photos. Je n’ai pas pu me déplacer et voir l’ensemble du cortège, j’ai dû choisir un emplacement, et rester là d’un bout à l’autre. J’ai choisi de guetter tout près de l’endroit où le bateau brûlerait, et d’essuyer frénétiquement mon objectif, couvert de gouttes disgracieuses par les averses ininterrompues et le vent horizontal…
Quelques photos catastrophiques, mais pour vous donner une idée de l’ambiance. A l’allumage, une lumière rouge monte dans les rues de Lerwick. Puis 900 torches remplissent l’air de lumière et de fumée. Puis le bateau brûle…
Le bateau viking s’enflamme sous les chants nordiques !
Petite astuce utile si vous comptez un jour photographier Up Helly Aa : sachez que deux heures avant la « vraie manifestation » (celle des 900 adultes), vous avez le défilé des jeunes de 11 à 15 ans. Ils sont moins nombreux (une centaine), l’effet est moins saisissant, mais eux aussi défilent en costume viking et brûlent un petit drakkar. Les rues sont beaucoup plus vides, et il est plus facile de se déplacer… Certaines photos ont été prises durant la « petite » procession, et non la vraie. Je n’étais hélas pas dans les bonnes conditions pour capturer la beauté mystique des 900 torches qui tournoient.
La procession des ados à Up Helly Aa
Mais il reste mes souvenirs, et quelques petites images de ce moment tellement unique et mystique, fragments d’une expérience que je n’oublierai pas…
Up Helly Aa 2017, un souvenir impérissable pour moi…
Loutres, aurores boréales, cascades, Unst : mes regrets à Shetland
C’est difficile de venir hors-saison dans un lieu qui est déjà, par nature, peu touristique. Up Helly Aa m’a conduite à Shetland en janvier, et je ne regrette pas, mais sans doute aurais-je encore plus profité de l’île en été.
Shetland concentre la plus grande population de loutres d’Europe. Mais pour les voir, ces animaux discrets et malins, il faut un guide… guide qui ne se trouve qu’en été. Les loutres sont, paraît-il, visibles l’hiver, mais encore faut-il savoir où et quand les trouver. Ce savoir m’a manqué, et je n’ai pu photographier que les nombreux panneaux « otters crossing ». Je rêve de revenir à Shetland en juin ou juillet, et de guetter les loutres avec quelqu’un qui les connaît bien. C’est le minimum pour moi qui collectionne les peluches loutre depuis dix ans 😉
Loutres de Shetland
A Shetland, on trouve une des plus hautes cascades d’Europe, les chutes de Lang Clodie Wick. Mais elles sont totalement inaccessibles en hiver. Pour les atteindre, il faut soit prendre un bateau, soit traverser l’âpre montagne de Ronas Hill avec un guide pour atteindre cette baie loin de tout. Les deux sont impossibles à l’époque du gel et des tempêtes.
Ronas Hill, montagne volcanique rouge, point culminant de Shetland. Sur ma droite, entièrement plongé dans la brume, le sommet. Il faut traverser (avec un guide) la montagne pour atteindre les cascades de Lang Clodie Wick
J’aurais voulu aller à Yell et Unst, les deux îles les plus au nord – mais l’hiver raréfie les ferrys et les hébergements disponibles.
Je quitte Shetland à la fois émerveillée et frustrée : je sais que l’archipel me cache encore des secrets, et qu’il faudra que je revienne, car elle ne lâchera pas prise. Je rêverai de Shetland pendant longtemps encore.
Et les aurores boréales ? A ces latitudes, il est tout à fait possible d’en voir l’hiver. Je ne les ai pas vues à Shetland, mais deux jours plus tard, à Orkney… Je compte bien vous en parler très vite !
Guide de Shetland : organiser son voyage aux îles Shetland
Pourquoi aller à Shetland ?
Parce que c’est une destination encore méconnue, sauvage, en dehors des sentiers battus.
Pour la beauté étonnante des plages de sable blond et des falaises découpées.
Parce que c’est au cœur du royaume viking, et que les vestiges historiques sont d’une qualité inégalable. On ne voit nulle part ailleurs ce qu’on voit à Shetland : des villages de l’âge de fer et des villages vikings, parfaitement préservés.
Pour la faune exceptionnelle : phoques, loutres, macareux, oiseaux en tout genre…
Pour Up Helly Aa, le festival viking.
Parce que Shetland réjouira tous les amoureux du Nord, de la nature et de la mer.
Et parce que les moutons sont adorables.
Aller aux Shetlands et se déplacer aux Shetlands
Vols pour les Shetlands
Il existe bien des vols pour les Shetlands, qui arrivent à Tingwall ou à Sumburgh, au sud de l’île, un petit aéroport dont les voitures peuvent traverser les pistes, à la façon des passages à niveau…
Mais les vols sont opérés par des petites compagnies locales, aux rotations imprévisibles et aux tarifs prohibitifs. Ce sont quasiment des vols privés.
La piste d’avion de Sumburgh, traversée en voiture !
De plus, il faut savoir qu’il est très difficile de louer une voiture aux Shetlands : les îles sont très sauvages, très peu touristiques. Les stations sont rares et les tarifs prohibitifs. Et ne croyez pas vous déplacer aux Shetlands sans voiture ! Imaginez l’Islande il y a dix ans, avant le boom touristique, cela vous donnera une petite idée… Les véhicules sont très rares sur les routes, surtout au nord de l’île – nous avons roulé des heures sans croiser personne. Faire du stop est exclu. C’est pourquoi la plupart des voyageurs arrivent à Shetland par le ferry, avec une voiture louée à Aberdeen.
Aller aux Shetlands en ferry : budget et planning
La compagnie qui effectue les rotations se nomme Northlink. Les ferrys partent d’Aberdeen autour de 17h, s’arrêtent à Kirkwall (Orcades) vers 23h, puis continuent vers le nord et atteignent Lerwick à 7h le lendemain matin. On passe donc toujours la nuit sur le ferry. Consultez le tableau des rotations sur le site : les ferrys sont fréquents en été, plus rares en hiver (deux fois par semaine).
Le ferry est spacieux et confortable, et compte un restaurant, un cinéma, une salle de jeux, un bar, une boutique, des salons.
Il est possible de réserver soit un siège inclinable, soit une cabine. Les prix pour la cabine sont assez élevés : pour deux personnes, une voiture, une cabine duo et le repas, nous avons payé 315 livres, soit un peu plus de 150 livres par personne. Je relativise en me disant que cela comprend le prix d’une nuit d’hôtel, et que nous en aurions eu pour bien, bien plus cher en prenant un avion pour Lerwick et louant une voiture là bas. Voici le détail de la facture : voiture 109 livres, 1 passager 27 livres, cabine duo 100 livres, repas + petit déjeuner 26 livres. Je n’ai absolument pas regretté d’avoir réservé la cabine, petite mais confortable. Nous avons bien dormi, sommes arrivées à Shetland en forme à 7h du matin et avons pu profiter de notre première journée d’exploration. Il faut savoir que les conditions dans lesquelles dorment les passagers qui ont réservé un siège inclinable sont catastrophiques : lumière vive, télé qui hurle, boucan des gens qui font la fête… Je vous recommande de faire l’investissement et de ne pas gâcher votre première journée à Shetland en ayant passé une nuit blanche.
Quelles îles visiter aux Shetlands ?
Iles des Shetlands
Tout cet article est consacré à l’île principale, Mainland Shetland, qui est celle qui concentre les activités les plus attractives (plages, sites archéologiques, Up Helly Aa, etc).
On distingue trois grandes zones sur Mainland : le sud (Sumburgh, Sandwick), le centre (Lerwick et Scalloway) et le nord, appelé Northmavine (Hillwsick, Eshaness, Ollaberry). Toutes méritent d’être explorées.
Vous entendrez souvent parler de Northmavine comme d’une île à part entière, mais en réalité, Northmavine est la partie nord de Mainland, accessible normalement par la route via l’isthme de Brae.
Autour de Mainland, vous trouverez une myriade infinie de petites îles : Burra, Bressay, Hildasay, Oxna… et des dizaines d’autres. Shetland est comme un jet de confettis au milieu de l’océan. J’aurais adoré avoir un bateau et les explorer depuis le large.
Près de Whiteness, à l’Ouest de Mainland, point de vue spectaculaire sur une myriade d’îles
Si vous avez le temps, vous pouvez explorer les deux îles les plus au nord, Yell et surtout Unst, qui est paraît-il spectaculaire au niveau des paysages et de la faune sauvage. Pour aller à Unst, il vous faudra prendre un ferry pour Yell, traverser Yell, puis un autre ferry pour Unst. Ces ferry inter-îles sont fréquents et rapides, le trajet total devrait vous prendre environ 2h (en pleine journée, bien sûr, les ferrys s’arrêtent la nuit).
Si vous avez beaucoup de temps, vous trouverez deux îles encore plus isolées (et qui demandent une certaine logistique !) :
* à l’ouest de Shetland, à 3h30 de ferry, l’îlot Foula. Solitude totale assurée, et des falaises de 365m de haut !
* au sud de Shetland, à mi-chemin entre les Orcades et les Shetlands, Fair Isle, l’île la plus isolée du Royaume-Uni, à 4h de ferry de Shetland. On y trouve des oiseaux, des falaises de 200m et de sublimes plages.
Attention, il n’y a pratiquement aucune infrastructure touristique à Foula et Fair Isle, partez sur l’option camping et apportez des provisions…
Dormir à Shetland : hôtels, hostels et caravanes
Les hébergements ne sont pas très nombreux à Shetland, et il faut se méfier en période de pic touristique, par exemple au moment d’Up Helly Aa, ou en plein été. Si vous avez un van ou comptez faire du camping sauvage, vous pouvez vous permettre la spontanéité ; sinon, je vous recommande vivement de réserver vos hébergements à l’avance.
Backpackers : Mainland compte un hostel à Lerwick, Isleburgh House Hostel. Si vous comptez vous rendre à Unst, vous en trouverez aussi un là-bas, Gardiesfauld Youth Hostel.
Les emplacements pour camping cars sont nombreux : il semblerait que pour pallier le manque d’hébergements (et parce qu’il faut de toute façon arriver sur l’île en voiture), de nombreux voyageurs choisissent de venir à Shetland en camping car ou en van. Si je reviens à Shetland l’été, je pense que cela sera mon choix.
Bon à savoir pour les aventuriers : le camping sauvage est toléré à Shetland, à condition de se comporter de façon respectueuse.
L’île a la réputation d’être accueillante envers les marcheurs, les backpackers, etc. Le coin reste sauvage et saura plaire aux amateurs d’aventure hors des sentiers balisés.
Planter sa tente ici, au bord des lochs brumeux…
Hôtels : Nous avons dormi à Hillswick, au nord de l’île, dans un hôtel ancien appelé Saint Magnus Hotel. Je vous le recommande sans hésiter. C’est un manoir majestueux, légèrement effrayant, qui m’a rappelé la bâtisse rouge du film Crimson Peak. J’y ai lu des histoires de fantômes dans la nuit brumeuse et les chambres en velours cramoisi sont d’une élégance surannée, mais tout le confort est au rendez-vous. La nourriture est exquise, et le personnel extrêmement chaleureux et sympathique. Cet hôtel a été notre sauveur : TOUT était complet sur l’île au moment d’Up Helly Aa, des mois à l’avance. J’ai cherché pendant quinze jours un hébergement, avec une panique grandissante, avant de trouver St Magnus.
Hôtel Saint Magnus le jour de la grande tempête, à l’aube, dans une lumière mauve… A droite : leur crumble aux fruits rouges !!
J’ai également repéré de jolis hôtels de bon standing à Sumburgh et à Scalloway.
J’ai eu un vrai coup de cœur pour Sumburgh Hotel, qui se situe face à la mer, juste au-dessus du fabuleux site viking Jarlshof. J’y dormirai sans doute si je reviens à Shetland.
Sumburgh Hotel à côté du Jarlshof.
Le Scalloway Hotel ne jouit pas d’une localisation aussi pittoresque, mais m’a fait une bonne impression. Son restaurant semble extra.
Que voir, que faire à Shetland ?
La liste est loin d’être exhaustive, mais voici quelques idées. Ne manquez pas :
– La visite du Jarlshof, près de Sumburgh, au sud de l’île : un site archéologique fascinant
– Deux autres sites archéologiques majeurs : Old Scatness et Mousa Broch
– Les sublimes plages du sud, autour de Sumburgh, et le tombolo St Ninian’s Isle
– Réserver un « wildlife tour » pour voir les loutres, les phoques et les macareux
– Pour les héros : randonner sur Ronas Hill et Lang Clodie Wick
– Les curiosités géologiques de Northmavine : les sublimes falaises d’Eshaness, le rocher Dore Holm, toute la côte de Hillswick à Hamnavoe. Accessibles en voiture.
– La réserve ornithologique de Sumburgh Head
– L’autre réserve ornithologique, paraît-il plus belle encore, d’Unst. Unst, l’île la plus au nord de toutes, est aussi la plus sauvage.
– Le château de Scalloway, lui pour le coup typiquement écossais !
– Le musée des Shetlands à Lerwick : j’aurais adoré le voir, mais il était hélas fermé le 1er février, le lendemain d’Up Helly Aa – jour férié à Lerwick !
– Le Croft House Museum à Boddam : une maison typique des Shetlands, qui montre le mode de vie fruste et traditionnel qui a été celui des habitants jusque dans les années 1960.
Que manger et où manger à Shetland ?
Shetland vit de la pêche, les spécialités comportent beaucoup de poisson et de coquillages. J’ai adoré la soupe typique du nord de l’Ecosse, la Cullen Skink, à base de pomme de terre, crème et haddock. Le saumon de Shetland est excellent.
Comme partout en Ecosse, les fish and chips sont incontournables, et c’est un restaurant de Shetland qui a reçu le prix officiel du « meilleur fish and chips du Royaume-Uni » en 2015 : Frankie’s Fish and Chips, à Brae. L’endroit est simple, mais la nourriture vraiment extra – je vous recommande vivement leurs « crab cakes ».
Crab cakes et autres au meilleur Fish and chips du Royaume-Uni !
Nombre de desserts comportent des fruits rouges (crumbles, sorbets, tartes, coulis…) ce qui m’a réjouie. Le restaurant de notre hôtel Saint Magnus à Hillswick a été mon préféré de tout notre séjour écossais, je vous le recommande sans hésiter – et notamment leur Cullen Skink, leurs entrées à base de crabe et de saumon, et leur fabuleux crumble aux fruits rouges.
Je ne l’ai pas testé, mais on m’a dit beaucoup de bien du restaurant de poisson du Scalloway Hotel.
Petite mise en garde concernant les guides de Shetland
Ne vous fiez pas au Guide Vert sur l’Ecosseconcernant Shetland ! Je serais prête à parier que leurs auteurs n’ont jamais mis les pieds sur l’archipel. Ils ne consacrent que deux pages à Shetland, avec environ 0,5% des activités possibles… Globalement, je trouve les guides touristiques français très insuffisants sur Shetland, probablement parce que la destination reste en dehors des circuits touristiques chez nous. (Il y a plus de touristes anglais et néerlandais, mais quasiment aucun français, à ce que m’ont dit les hôteliers.) Je n’ai pas trouvé à ce jour de guide de Shetland satisfaisant en langue française.
Je me suis renseignée sur les îles en anglais grâce au site Visit Shetland, et surtout, avec les petits dépliants détaillant chaque zone géographique qu’on trouve sur le ferry d’Aberdeen à Lerwick. Ils portent les noms des différents districts de Shetland : West Mainland, South Mainland, Northmavine, Unst, etc. Ils sont extrêmement pratiques, car ils comportent des cartes beaucoup plus détaillées que la carte Michelin de l’Ecosse, qui est super pour le reste du pays, mais qui se réduit au strict minimum à Shetland… Essayez vraiment de mettre la main dessus, soit sur le ferry, soit à l’office de tourisme de Lerwick à votre arrivée. A Shetland, vous ne pouvez pas compter sur Google (la 3G est quasi inexistante, et même le réseau téléphonique tout court) ou sur un GPS, il vous faut absolument des cartes fiables.
Un souvenir typique de Shetland ?
Shetland est célèbre pour ses moutons, bien plus laineux que tous ceux que j’ai croisés ailleurs en Ecosse ! Les écharpes et pulls en laine sont des incontournables.
Shetland, j’adore tes moutons
En quelle saison aller à Shetland ?
Voir ci-dessus mon paragraphe « Mes regrets à Shetland ». Je suis venue en janvier, parce que je voulais voir Up Helly Aa (dernier mardi de janvier). L’expérience a été fabuleuse. Mais l’un dans l’autre, je pense que j’aurais malgré tout mieux fait de venir en été. Dans cette île soumise aux caprices de la météo et peu touristique, beaucoup de choses sont fermées l’hiver, et je pense que j’aurais plus profité de la beauté naturelle des lieux l’été, avec une mer plus calme, et la possibilité d’accéder à St Ninian, aux falaises de Lang Clodie Wick, de voir les loutres et les macareux, etc.
Cela dit, je dois préciser que même si les jours sont raccourcis par rapport à chez nous, cela n’est pas aussi extrême qu’en Islande : fin janvier, lors de mon voyage, j’avais de la lumière d’environ 8h45 à 16h15.
Un point concernant la température : il fait moins froid l’hiver que ce qu’on aurait pu penser, les îles étant situées en plein dans la trajectoire du Gulf Stream. Lors de notre séjour fin janvier, nous avions des températures d’environ 5 degrés. Néanmoins, la température ressentie était bien plus basse, en raison du vent violent.
Si je devais revenir à Shetland – ce que j’espère faire un jour –, je viendrais en juin, quand les jours sont très longs et le climat plus doux.
Vous ai-je donné envie d’aller à Shetland ?
J’en reviens encore plus éprise du grand nord, et avec des rêves plus vifs que jamais : la Norvège, le Groenland, sur les traces des Vikings encore !
Si vous voulez retrouver toutes les photos de l’article en grand format, voici ici l’album Google + Shetland.
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