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Étiquette : Art et culture

  • Palerme, Séville, Istanbul : mélange des cultures

    A la recherche d’un soleil d’hiver proche, je suis allée me réfugier en Sicile, et j’ai découvert Palerme. Eglises devenues mosquées et vice-versa, cocktail incroyable d’influences, Palerme, véritable carrefour des civilisations, m’a fascinée par son éclectisme. Ce voyage m’en a alors rappelé d’autres : à Séville et à Istanbul, j’avais aussi été touchée par le mélange des cultures, par la fusion harmonieuse des civilisations. A l’heure où notre monde cède partout à la haine et à la violence, et où la religion sert trop souvent de prétexte à l’horreur, ces lieux incarnent la possibilité du vivre ensemble. Ils nous rappellent que les grandes civilisations et religions ont su conjuguer ensemble de surprenantes harmonies, et quelle beauté jaillit de la tolérance. Séville, Palerme, Istanbul : des voyages qui nous rendent plus intelligents.

    Trois villes à la croisée des chemins entre Orient et Occident, Europe et Afrique, chrétienté et islam, trois villes superbes et riches, qui méritent infiniment qu’on les découvre.

    Palerme, Séville, Istanbul : trois destinations sublimes où les cultures se mélangent, pour un voyage qui ouvre les yeux.
    Majestueuse Séville.

    Palerme, « la bienheureuse » : six civilisations à l’ombre des palmiers

    Je suis allée à Palerme parce que je cherchais le soleil et la mer, à l’heure où l’hiver engourdit l’Europe. Je savais que là-bas, en Sicile, le gel ne mordait jamais, et les palmiers, les orangers et les figuiers de barbarie dessinaient des jardins tropicaux. Mais au-delà de la chaleur, j’ai trouvé en Palerme une des villes les plus fascinantes et les plus originales que je connaisse.

    Que voir à Palerme. Cathédrale de Palerme
    La cathédrale de Palerme.

    Pour que vous compreniez à quel point Palerme est unique, voici un petit cours d’histoire en accéléré. Au huitième siècle avant Jésus Christ, les Grecs fondent Naxos sur le sol de Sicile. L’île devient ensuite romaine, puis est conquise en 535 par l’empire byzantin. C’est pourquoi tant d’églises de Palerme s’ouvrent en hautes coupoles dorées, arborées de Christ pantocrator et de mosaïques délicates. Et même si Palerme est revenue dans le giron de Rome, l’influence de l’église d’Orient ne s’est jamais démentie, et a fait de Palerme un pont entre les deux mondes, entre Rome et Constantinople. A l’heure où l’Occident romain détruisait les icônes, Palerme a pu protéger ses mosaïques, îlot oriental au coeur du monde latin. C’est une constante : Palerme a su se préserver des guerres et des conflits religieux et imposer son modèle à elle, au carrefour de différentes influences. Palerme, c’est l’exception parmi le carnage, l’île du juste milieu. Au neuvième siècle, les Arabes conquièrent la Sicile. Arrivent alors les mosquées, les arabesques, les fontaines des jardins maures, qui vont souffler un vent d’ailleurs dans les rues de Palerme. Au onzième siècle, quand les Normands prennent le pouvoir à leur tour, ils ne détruiront rien non plus, mais changeront les mosquées en églises, les jardins en cloîtres. Durant quatre siècles, c’est cette influence nordique qui marquera Palerme, jusqu’à ce que le royaume d’Aragon impose l’empreinte espagnole.

    Palerme, Séville, Istanbul : trois destinations sublimes où les cultures se mélangent, pour un voyage qui ouvre les yeux.
    Jardin de San Giovanni degli Eremiti, ancienne mosquée devenue église

    Des dizaines d’églises, de monuments et de jardins portent la marque de ces vagues successives, et conspirent à la beauté poignante de Palerme. Palerme est hypnotique : c’est comme une archéologie vivante de l’Occident, un jardin de pierre entortillé. Ici le passé ne meurt pas, il devient fleur folle, poussant subrepticement dans les interstices ; ici les siècles enfuis nous guettent derrière une colonne, comme autant de fauves ensauvagés.

    Eglise de la Martorana à Palerme. Que voir à Palerme
    Sublime église byzantine de la Martorana, Palerme

    Que voir à Palerme : architecture sublime et mélanges culturels

    Tant de lieux témoignent de ce syncrétisme. La cathédrale de Palerme est une ancienne basilique, changée en mosquée par les Arabes, redevenue chrétienne sous l’influence normande. Dans un tombeau monumental dort le plus grand roi du Moyen-Âge, l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen. Ce prince immensément cultivé parlait six langues, dont l’arabe, et se voulait apôtre de la tolérance et de l’harmonie entre les civilisations. Il se décrivait comme « roi de la fin des temps », venu apporter la paix et la justice sur Terre. Pendant des siècles et des siècles, ses sujets ont espéré son retour, et moi aussi je me suis surprise à le penser : reviens, Frédéric, si tu crois pouvoir apporter la paix ! La décoration a été transformée sous l’influence espagnole, d’où les airs de parenté entre la cathédrale de Palerme et celle de Séville.

    Palerme, Séville, Istanbul : trois destinations sublimes où les cultures se mélangent, pour un voyage qui ouvre les yeux.
    Cathédrale de Palerme. En haut à gauche : vue depuis le sommet de la cathédrale.

    Autre lieu de mélange qui m’a marquée : le Palazzo dei Normanni, le palais de Frédéric II. Au cœur du palais, la Cappella Palatina est une église byzantine, où on célébrait la messe en rite romain, et où le toit d’ébène est sculpté de muqarnas et couvert de calligraphies arabes. J’aime imaginer l’empereur écoutant la messe latine sous les mosaïques dorées et les versets du Coran.

    Palerme, Cappella palatina
    La Cappella Palatina du Palazzo dei Normanni. Dans l’église byzantine se cachent des muqarnas arabes.

    Allons voir encore l’église San Cataldo, ancienne mosquée devenue église normande, qui frappe par sa rugosité nordique et ses coupoles rouges, tandis que sa voisine immédiate, l’église de la Martorana, est purement byzantine. A quelques pas, le cloître de l’église San Giovanni degli Eremiti est un spectaculaire jardin sauvage, lui aussi mi-arabe, mi-chrétien.

    San Cataldo à Palerme
    San Cataldo, église typique du style arabo-normand

    Enfin, montez à la cathédrale de Monreale, qui fascinait Wagner et Maupassant, dont le jardin est envahi de gigantesques figuiers étrangleurs et kapoks hérissés de pointes, et d’où la vue sur Palerme est saisissante. Car Palerme présente tous ses joyaux dans un cadre naturel exceptionnel, entre la mer étincelante, les montagnes couvertes de cactus, et les plages de sable clair.

    Palerme Monreale
    Cloître de Monreale.

     

    Palerme soleil d'hiver proche
    Palerme, un morceau d’ailleurs, avec sa baie envahie de cactus, ses kapoks et figuiers géants, les oranges amères dans les rues de la ville, et la plage de Mondello…

    Je laisse le dernier mot à Alexandre Dumas : “Plus favorisée du ciel que Girgenti, Palerme mérite encore aujourd’hui le nom qu’on lui donna il y a vingt siècles: aujourd’hui, comme il y a vingt siècles, elle est toujours Palerme l’heureuse. En effet, s’il est une ville au monde qui réunisse toutes les conditions du bonheur, c’est cette insoucieuse fille des Phéniciens qu’on appelle Palermo Felice, et que les anciens représentaient assise comme Vénus dans une conque d’or. Bâtie entre le monte Pellegrino qui l’abrite de la tramontana, et la chaîne de la Bagherie, qui la protège contre le sirocco; couchée au bord d’un golfe qui n’a que celui de Naples pour rival; entourée d’une verdoyante ceinture d’orangers, de grenadiers, de cédrats, de myrthes, d’aloès et de lauriers roses, qui la couvrent de leurs ombres, qui l’embaument de leurs parfums; héritière des Sarrasins, qui lui ont laissé leurs palais; des Normands, qui lui ont laissé leurs églises; des Espagnols, qui lui ont laissé leurs sérénades, elle est à la fois poétique comme une Sultane, gracieuse comme une Française, amoureuse comme une Andalouse. Aussi son bonheur à elle est-il un de ces bonheurs qui viennent de Dieu, et que les hommes ne peuvent détruire. Les Romains l’ont occupée, les Sarrasins l’ont conquise, les Normands l’ont possédée, les Espagnols la quittent à peine, et à tous ces différents maîtres, dont elle a fini par faire ses amants, elle a souri du même sourire : molle courtisane, qui n’a jamais eu de force que pour une éternelle volupté. »

    Palerme que voir à Palerme soleil d'hiver proche
    Soleil couchant dans les rues de Palerme

     

    palerme quattro canti
    Quattro Canti : quatre « portes » sur le monde

    Séville, entre l’Andalousie et le Maghreb

    Palerme m’a fait me souvenir de Séville, que j’avais adorée il y a quelques années, lors d’un voyage qui s’est poursuivi à Lisbonne et sur la côte portugaise, de l’Algarve à Porto. Je crois que Séville est, à ce jour, la ville espagnole que j’ai le plus aimée et qui a le plus marqué mon imagination. Là aussi, j’avais eu l’impression d’une fabuleuse efflorescence architecturale, d’une ville où les torsades baroques et les arabesques maures se mêlaient aux troncs des palmiers dans une harmonie esthétique incroyable. L’architecture imite la nature, Séville est une forêt de tours et de flèches en fleurs.

    Séville, Andalousie.
    Promenade dans Séville à travers les époques et les continents

    La région de Séville a été romaine, wisigoth, puis arabe du 8e au 12e siècle – ce sont les Arabes qui donnèrent son nom à l’Andalousie, « Al Andalus ». Séville fut une des villes les plus opulentes et grandioses de l’empire maure, riche en mosquées et palais somptueux. Qui visite l’Alcazar comprend la puissance des rois arabes espagnols, et leur empreinte sur le pays. Puis vint la Reconquista, et au lieu de détruire les merveilles arabes, les chrétiens choisirent de les transformer, de changer les minarets en clochers, les mosquées en cathédrales. L’art qu’on nomme « mudejar », c’est la fusion de l’influence arabe et chrétienne, le prodigieux syncrétisme architectural qui rend cette région si belle. Jusqu’au 15e siècle, les mudejars, musulmans sujets des rois chrétiens, purent vivre en Espagne et pratiquer leur religion – quatre siècles d’intelligence, avant qu’on les force à la conversion ou à l’exil. Séville, c’est le mariage de deux mondes, le trait d’union.

    Alcazar de Séville lieux de tournage game of thrones en espagne
    L’Alcazar, un des plus beaux lieux que je connaisse en Europe. Sublime palais d’empereur maure devenu résidence des rois chrétiens. (Et aujourd’hui, dans l’imaginaire télévisuel, devenu Dorne de Game of Thrones !)

    Sous la chaleur de l’Andalousie, Séville a hérité des Arabes la culture de l’eau, des canaux, des profondes citernes souterraines qui ressemblent à des châteaux gothiques inondés. J’ai été fascinée par l’Alcazar, palais maure d’une incroyable beauté, avec ses jardins remplis d’oiseaux, ses canaux où l’eau jaillit, son fastueux Salon des Ambassadeurs à la voûte d’or. Dans la série Game of Thrones, l’Alcazar de Séville a servi de décor aux jardins de Dorne, et vous croirez voir passer la « vipère du désert » sous une voûte ouvragée.

    Alcazar de Séville
    Fabuleux Alcazar : la voûte du salon des ambassadeurs, les jardins et la citerne souterraine

    A côté de l’Alcazar, la cathédrale de Séville est surmontée d’une tour devenue symbole de la ville : la Giralda, ancien minaret almohade changé en clocher chrétien. La vue sur l’Alcazar depuis le sommet de la tour est fabuleuse – l’histoire de l’Europe devient un tableau mouvant, un cœur qui bat sous le soleil.

    Giralda de Séville
    La Giralda, minaret devenu clocher, symbole de Séville

    Istanbul, la sublime porte entre Orient et Occident

    C’est avec tristesse que j’écris le nom d’Istanbul. Ensanglantée par des attentats à répétition, menacée par une crise politique inquiétante, Istanbul est dans l’incertitude la plus totale. J’ai eu la chance de voir la ville en 2014, avant que tout bascule. Je suis heureuse de l’avoir vue, mais désolée d’avouer qu’aujourd’hui, en l’état actuel des choses, je n’irais plus à Istanbul. Ce n’est pas de la paranoïa, juste du bon sens face à la dégradation terrible de la situation… et je suis triste pour les habitants d’Istanbul, triste aussi de voir le monde se rétrécir sous l’effet des crises et des menaces. Je regrette de n’avoir jamais vu Kaboul, Bagdad, Alep, et de ne pas savoir quand cela sera à nouveau possible…

    Entre Europe et Asie, le berceau de notre civilisation

    Istanbul. Je n’avais que des clichés en tête, et aucun ne m’avaient trahi. La ville aux trois noms – Constantinople, Byzance, Istanbul – et aux deux mondes, la « Sublime porte » de l’empire ottoman, la dernière ville européenne sur le Bosphore avant les secrets capiteux de l’Asie. J’avais tout l’héritage de l’orientalisme, de l’Orient Express, de tous ces Européens qui frissonnent à Paris et rêvent d’embarquer pour Vienne et Istanbul, de prendre un train vers les délices pour abreuver nos fantasmes.

    Palerme, Séville, Istanbul : trois destinations sublimes où les cultures se mélangent, pour un voyage qui ouvre les yeux.
    Sur le Bosphore, entre l’Europe et l’Asie

    Je savais que le berceau de notre civilisation était ici, quelque part entre le Tigre et l’Euphrate, que c’était ici qu’on avait inventé notre agriculture, notre écriture et nos dieux. Jamais je ne l’ai ressenti aussi clairement qu’à Istanbul. Au musée Pera, j’ai vu les mesures, les poids et les pièces, les tableaux d’équivalence portés par les marchands et les marins, tous ces étalons avec lesquels les hommes de notre monde se mesuraient les uns aux autres, échangeaient, négociaient, se tâtaient, dessinaient la carte de notre civilisation de port en port. Phéniciens, Romains, Grecs, Ottomans, ils soupesaient l’or, le bronze et le poids des mondes.

    Le dialogue de la Torah, la Bible et le Coran

    A Istanbul, chaque musée, chaque édifice religieux, chaque musée répète combien les religions du livre sont liées, et que juifs, chrétiens et musulmans sont bien une même famille. Au palais Topkapi, on expose le bâton d’Abraham et autres reliques du temps de l’Ancien Testament, appartenant à Jésus ou à Mahomet. Tout est une même généalogie, Juifs attendant le messie, chrétiens le trouvant en Galilée et musulmans à La Mecque. Moïse et Jésus sont les descendants d’Isaac, Mahomet le descendant d’Ishmael –, tous ces prophètes mis au service de la même histoire. A la mosquée Süleymaniye, une exposition présente les versets que le Coran consacre à Jésus et à Marie, ainsi que l’histoire fascinante de l’ange Gabriel qui vient enlever Mahomet une nuit, le transporte de La Mecque à Jérusalem, afin qu’il rencontre tous les grands noms de la Bible, tous les prophètes et les patriarches.

    Mosquée Süleymaniye, Istanbul
    Mosquée Süleymaniye, absolument époustouflante.

    L’emblème d’Istanbul, c’est l’Hagia Sophia ou Sainte Sophie, fabuleuse église byzantine devenue tour à tour mosquée, puis de nouveau église, et ainsi de suite, riche de mosaïques et de calligraphies, aujourd’hui suspendue entre les deux statuts, plus vraiment église mais pas totalement mosquée, coupole majestueuse qui semble refléter toute l’histoire du dialogue entre Orient et Occident. Son dôme est le plus grand du monde ; le nom « Sophia » signifie « sagesse », et celui qui a dessiné l’église était un mathématicien, un avide lecteur de philosophie, amoureux de la lumière et de l’équilibre, voulant insuffler au culte de Dieu le respect des grands principes logiques qui portent la création. L’Hagia Sophia, c’est la religion éclairée, intelligente, venue réconcilier le monde plutôt que le déchirer…

    Palerme, Séville, Istanbul : trois destinations sublimes où les cultures se mélangent, pour un voyage qui ouvre les yeux.
    Sainte Sophie (Hagia Sophia), symbole de la lumière, de la sagesse et de l’harmonie religieuse.

    Et ce qui surprend le plus, c’est combien les autres grandes mosquées d’Istanbul lui ressemblent. Il y a quelque chose de vertigineux à cette pensée : la Mosquée bleue (Sultanahmet) et la mosquée Süleymaniye ont été façonnées par des sultans éclairés sur le modèle de l’Hagia Sophia, une église byzantine devenue symbole de l’œcuménisme.

    Voir Istanbul sombrer dans la violence et la radicalité me désespère – cette ville a tant apporté au monde et à l’intelligence humaine.  A l’époque où j’y suis allée, en 2014, les mosquées d’Istanbul étaient un modèle d’ouverture et de tolérance. On distribuait aux touristes (femmes mais aussi hommes) de grands foulards roses, bleus ou verts très gais afin qu’ils puissent couvrir leurs têtes, leurs jambes et leurs épaules, on trouvait des panneaux « Chrétiens, venez découvrir l’islam » et autres mains tendues.

    Mosquée bleue d'Istanbul. Palerme, Séville, Istanbul : trois destinations sublimes où les cultures se mélangent, pour un voyage qui ouvre les yeux.
    Dans la mosquée bleue (Sultanahmet) d’Istanbul

     

    Citerne d’Istanbul, la soeur de celle de Séville. Photo de banque de données (j’ai commis la bêtise de n’aller à Istanbul qu’avec un Iphone… d’où la qualité des photos. Navrée. Je n’étais pas encore blogueuse, je ne savais pas quel crime c’était).

    Je repense aux séraphins de l’Hagia Sophia, à la lumière du crépuscule sur le Bosphore. J’aimerais pouvoir retourner un jour à Istanbul. J’aimerais que voyager continue de nous ouvrir les yeux et les cœurs.

    Petit carnet pratique : comment aller et où dormir à Palerme, Séville et Istanbul

    Comment aller et où dormir à Palerme

    Deux aéroports français ont des vols directs réguliers vers Palerme : Paris Orly et Marseille. D’autres aéroports proposent des vols charters avec séjour, ou des vols aves escale.
    Pour une bonne affaire, je vous recommande vraiment Palerme hors saison, à l’heure où les prix s’effondrent. J’ai pu dormir au sublimissime et légendaire Grand Hôtel Et Des Palmes, hôtel cinq étoiles adoré par Wagner, Maupassant, Dumas, Visconti, pour le prix ahurissant de 50 euros par nuit en février. Ma chambre était grande comme un aérogare et incroyablement luxueuse, le petit déjeuner succulent. Jetez un coup d’œil à leurs offres hivernales. Pour moi, c’était plus qu’un hôtel, c’était un mythe.
    Je n’y ai pas dormi, mais j’avais eu un gros coup de cœur pour le Mondello Palace Hotel, un hôtel « rétro » somptueux sur la très belle plage de Mondello (vous trouverez une photo dans mon montage plus haut : l’espèce de palais blanc sur la plage de Mondello, c’est lui).

    Mondello, Palerme
    Il faut dire que Mondello, c’est magnifique

    Comment aller et où dormir à Séville

    Vous avez des vols directs pour Séville depuis Paris, Lyon, Marseille et Toulouse. J’avais atterri à Séville et continué vers le Portugal, pour un road trip dans l’Algarve. Je regrette de ne pas avoir vu Tolède et Cordoue – ça n’est que partie remise.
    J’avais adoré faire le tour de la ville en calèche (choisissez bien sûr des chevaux en bonne santé, sans blessure, bien dodus !) pour avoir une vue d’ensemble des monuments.
    L’Andalousie me paraît être un endroit génial pour des vacances entre amis, avec énormément de villes superbes à visiter, la beauté des paysages, le sens de la fête, et le coût de la vie assez faible.

    Séville, Andalousie
    Dans les rues de Séville

    Comment aller et où dormir à Istanbul

    Je suis navrée d’écrire cela, mais sincèrement, je ne vous recommande pas d’aller à Istanbul en ce moment. La situation politique est trop instable, et les attentats meurtriers fréquents… Nous ne sommes à l’abri nulle part, je le sais bien, mais nous sommes plus en danger dans certains endroits. Si vous décidez d’y aller malgré tout : vous avez des vols directs depuis Paris, Nice, Marseille et Toulouse. Une fois à Istanbul, réfléchissez bien à où vous voulez dormir : la partie européenne (la plus animée, la plus touristique et riche en monuments) ou la partie asiatique (plus « village », plus éloignée aussi, il vous faudra traverser le Bosphore pour revenir dans le coeur). Ne manquez pas la croisière sur le Bosphore, c’est sublime…
    Parce que j’étais à Istanbul dans le cadre d’une conférence, j’avais eu la chance de dormir au Hilton Bomonti Istanbul, qui présente le défaut d’être excentré, mais qui propose une vue superbe sur la ville, des chambres immenses et un spa absolument magnifique dont je me souviens encore avec nostalgie !

    Tant d’articles à écrire et si peu de temps ! Où vais-je vous emmener la semaine prochaine en voyage – Maroc, Californie, Ecosse, Provence ? Inscrivez-vous à la newsletter pour ne rien manquer !

     

    Carrefour des civilisations, mélange des cultures : Palerme en Sicile, Séville en Andalousie, Istanbul en Turquie
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  • Un Noël lumineux et artiste en Camargue

    Noël en Camargue, que faire en Camargue en hiver, la fabuleuse crèche provençale des Saintes Maries de la Mer, une artiste-peintre originale et inspirée, et des tas de chevaux : voici le programme du jour. Je vous emmène au pays où les hommes et les chevaux sont toujours amis. 

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    Magie de Noël : ma jument et moi en ombres chinoises.

     

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    A cheval vers Noël

    Il faut voir la Camargue en hiver

    C’est un secret que je trouve trop bien gardé : la Camargue est plus belle encore l’hiver, à l’heure où personne ne songe à la visiter. Le soleil qui abandonne le Nord et laisse Paris en proie à la brume vient se réfugier dans nos contrées méridionales, et les journées sont étonnamment lumineuses. Le ciel est clair et éclatant, sans voile de chaleur – souvent l’œil se porte jusqu’au Mont Ventoux, par-delà les étangs, et je ressens le vertige d’embrasser du regard toute ma Provence ou presque. Les saladelles et les salicornes dans les marais sont rouges, les flamants ont fait leur mue et sont plus colorés que jamais, et la lumière particulièrement pure et intense. J’aime la Camargue en toute saison, mais je crois qu’elle n’est jamais aussi rayonnante, aussi parfaite qu’en hiver : un tableau d’artiste.

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    Soleil couchant sur les marais.

     

    La Camargue en hiver. Soleil couchant sur les marais aux Saintes Maries de la Mer
    L’heure dorée.

     

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    Procession de cavaliers dans le couchant

    Je fête Noël en famille au Mas Cacharel, un merveilleux hôtel authentique au cœur des étangs dont je vous ai déjà longuement parlé ici. Tout autour de nous, l’eau décuple le ciel, les roseaux piègent le couchant, et les chevaux marchent sur les nuages.

    Noël en Camargue au Mas Cacharel
    Le Mas Cacharel baigné de lumière à Noël

     

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    Travail des chevaux dans la carrière du mas.

     

    Mas Cacharel à Noël, Camargue en hiver
    Lumière d’hiver sur le mas

     

    Mas Cacharel en hiver
    En été, c’est une table de fête. En hiver, sous les feuilles jaunes et au soleil levant, c’est la table abandonnée de la Belle et la Bête…

    Histoires de chevaux et de chats

    Ce beau Noël est pour moi empreint de mélancolie : après une semaine à la veiller jour et nuit, me battre pour elle avec l’énergie du désespoir, et supplier les vétérinaires de me laisser m’acharner encore, je viens de dire adieu à ma chatte Ellora, qui a rythmé ma vie ces huit dernières années. Je vous avais déjà raconté ma passion pour les chats des forêts norvégiennes, ces êtres échappés du panthéon nordique qui nous font la grâce de rejoindre nos foyers. Ellora était la première, celle par qui tout a commencé. Mon cœur s’est brisé quand je l’ai enterrée dans le jardin de notre maison hantée à Donzère, l’enrichissant d’un nouveau fantôme aux pattes de velours. Il y a deux catégories d’humains : ceux qui comprennent combien on peut aimer un animal, et les autres. Heureusement, ma famille fait partie de la première, et ne m’en veut pas d’être parfois triste malgré tant de beauté.

    chatte norvégienne black silver tabby
    Ellora, de son nom complet Ellora Isblomma du Clos des Préaux, ma chérie morte le 23 décembre

    Ce Noël camarguais si lumineux panse un peu mes plaies. Je me console auprès des chevaux, mon autre grande passion.

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    Cheval doré dans la lumière du soir : ma belle Amarante

     

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    Beauté palomino

     

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    Halo doré

    Deux artistes d’exception à voir aux Saintes Maries de la mer

    J’ai toujours adoré le centre culturel des Saintes Maries de la mer, en face des arènes, qui ouvre souvent ses portes à des artistes talentueux et originaux. Ce Noël, je suis comblée.

    La crèche provençale d’Arlette Bertello

    Si vous passez par la Camargue, surtout ne manquez pas la fabuleuse crèche provençale d’Arlette Bertello, exposée au centre culturel des Saintes jusqu’au 1er février. C’est une des plus belles, des plus touchantes que je connaisse, et j’ai été fascinée par le talent de l’artiste. Imaginez : la crèche occupe une pièce toute entière. Quelle patience, quelle passion faut-il déployer ?

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    Fabuleux santons provençaux peints avec goût et patience
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    La crèche provençale exposée aux Saintes.

     

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    Scènes provençales

     

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    La Camargue en santons

     

     Arlette Bertello a commencé à peindre des santons et créer des décors provençaux à l’âge de 17 ans, mue par une grande passion pour ce pays que nous avons en commun. Les santons qu’elle utilise sont tous des pièces uniques, fabriquées à Arles par Henri Vezolles, maître santonnier et talentueux ami à elle. C’est ensuite elle qui les peint, et qui les installe dans ce décor magique, qui court du Ventoux à la Camargue, en passant par les Alpilles, et ces champs de lavande qui m’évoquent le plateau de Valensole. Les quatre saisons sont représentées, moissons, vendanges, neiges et pèlerinages religieux, et je me régale à découvrir tel ou tel détail si évocateur : les bories du Lubéron, une scène de dispute mise en scène sur la place du village, ou des reproductions de vieux tableaux provençaux, rejoués par les santons. Lecteurs réguliers de ce blog, vous connaissez mon amour pour ma Provence : la voir ainsi sublimée dans cette crèche magnifique m’a beaucoup émue. Si vous, vous ne la connaissez pas encore, l’œuvre d’Arlette Bertello sera une parfaite introduction.

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    Santons et lavandes, la Provence éternelle

     

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    Détails du quotidien en Provence

     

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    Que ma Provence est jolie vue par Arlette Bertello…

     

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    Ce pont m’évoque Vaison la Romaine

    En mai 2017, un Conservatoire du santon provençal va ouvrir ses portes à Arles, en face des arènes romaines. Henri Vezolles et Arlette Bertello sont à l’origine de ce beau projet. Je vous en reparlerai, vous vous en doutez.

    Les chevaux magiques de Sophie Dumas

    Sophie Dumas aime les chevaux, leur force et leur grâce, leur danse et leur jaillissement dans la nature méridionale. L’artiste vit en Camargue, et je retrouve dans son œuvre les oiseaux, les taureaux et les lumières du soir, le cœur palpitant de cette région qui ne ressemble à aucune autre. Sa technique est unique : afin de donner à ses chevaux le relief qui souligne les muscles et la beauté du mouvement, elle recrée leurs corps avec un mortier avant de peindre. Ainsi ses tableaux ont une profondeur, une densité magique, ce qui les rend particulièrement vivants. C’est pour moi une des personnes au monde qui sait le mieux peindre les chevaux, et qui a marqué mon imaginaire : plusieurs de ses tableaux ornent les murs de la maison de Donzère, et la tradition familiale va se poursuivre dans mon appartement aixois.

    Sophie Dumas, artiste de Camargue. Peintre chevaux, taureaux, Camargue
    J’adore ce cheval soleil
    Sophie Dumas, artiste de Camargue. Peintre chevaux, taureaux, Camargue
    Le tableau qui va me rejoindre à Aix
    Sophie Dumas, artiste de Camargue. Peintre chevaux, taureaux, Camargue
    L’essence de la Camargue
    Sophie Dumas, artiste de Camargue. Peintre chevaux, taureaux, Camargue
    Sophie Dumas, artiste de Camargue

     

    Sophie Dumas, artiste de Camargue. Peintre chevaux, taureaux, Camargue
    Entre Camargue et USA

    L’exposition au centre culturel des Saintes Maries s’achève hélas le 1er janvier, mais si l’artiste vous intéresse, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil à son blog Le cheval de lumière, où elle annonce toutes les expositions à venir et vous présente son art.

    Fêter Noël en Camargue

    Notre virée aux Saintes s’est achevée par un petit tour au marché de Noël des arènes, avant de rentrer à Cacharel. Je n’ai pas pu faire de photos, les exposants craignant le plagiat, mais sachez que vous y trouverez de l’artisanat camarguais original et typique à la fois. C’est quelque chose qui me marque toujours en Camargue : cet endroit ne ressemble à nul autre. C’est une île au sud de la France, isolée du monde par les deux bras du monde, un paradis perdu.

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    Coucher de soleil sur Cacharel

    J’ai aimé ce Noël ensoleillé et traditionnel, entre santons et chevaux, oiseaux et bateaux sans rames qui apportent l’évangile. Si vous êtes catholique, sachez que les Saintes sont un lieu de pèlerinage unique, et que les messes dans l’église forteresse Notre Dame de la Mer sont réputées pour leur ferveur. Je ne le suis pas, mais j’adore les messes de Noël et de Pâques : celle des Saintes est fabuleuse, car elle comporte une crèche vivante, avec chevaux, taureaux et autres animaux dans l’église, au pied de l’autel. Surprenante Camargue.

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    Camargue, Camargue toujours

    J’espère que vous avez passé de joyeuses fêtes, et que l’année 2017 s’annonce lumineuse pour vous.

    Si vous voulez en savoir plus sur cette merveilleuse région, ne manquez pas mon guide ultime de la Camargue : toutes les activités, les plages, les points de vue, les spectacles, les restaurants, etc.

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    La nuit tombe sur les marais.
  • Hyères, le soir et la nuit

    Quand l’or et la pourpre du soir l’habillent, Hyères semble remonter le temps. Dans l’eau des salins se reflètent les navires grecs et romains qui venaient y accoster, et la vieille ville médiévale retrouve les ombres des chevaliers des Templiers et du bon roi Saint Louis. Tout le vieux cœur d’Hyères invite à la découverte – tout semble brûler de vous révéler un secret. Voyage entre chien et loup dans la ville azuréenne que je préfère, à l’ombre des palmiers.

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    Crépuscule sur Hyères-les-Palmiers

     

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    Hyères, le soir

    Petite, je ne voulais jamais quitter Hyères à la fin d’une journée de mer, quand nous remontions vers notre Provence plus au nord, et je vivais comme un déchirement le crépuscule qui enflammait la pointe des palmiers, et me chassait loin du rivage. J’aurais voulu rester jusqu’à ce que le soleil disparaisse, voir la nuit sur la côte d’Azur, au lieu de dire adieu à la forêt de palmes qui s’éloignait dans le rétroviseur. Aujourd’hui je reste. La nuit descend et Hyères est à moi – plus douce, plus feutrée que le jour.
    que faire à Hyères

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    Crépuscule à l’Almanarre

    Coucher de soleil au jardin Olbius Riquier

    Hyères est la ville jardin sur la Côte d’Azur, celle dont la luxuriance évoquait aux poètes romantiques « les oasis de Libye ». Le castel Sainte Claire et la villa de Noailles sont sertis dans des jardins remarquables qui s’illustrent par leur beauté et leur richesse. Je vous avais déjà montré un crépuscule orageux au Castel Sainte Claire, avec un panorama fabuleux sur tout Hyères. Voici l’autre jardin hyérois qui a su me conquérir : le parc Olbius Riquier.

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    Jardin fabuleux

     

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    Yuccas et pins déclinent les Méditerranées

     

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    Porte du songe

    Avec ses serres remplies de plantes tropicales fragiles, ses forêts fantasmagoriques de cactus, d’agaves et de yuccas, ses haies de palmiers et de bambous où les enfants et les canards viennent jouer, c’est à la fois un grand parc populaire et un jardin secret, à mi-chemin entre le jeu et le songe.

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    Canards au coucher du soleil

    Je repense à la Californie au pied des arbres de Josué, à l’Arizona sous les cactus – ceux qui ont lu mon article sur le désert d’Arizona savent mon amour pour les succulentes, ces plantes grasses équipées pour survivre à l’aridité extrême, aux longs étés sans eau et au soleil brûlant.

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    Cactus fantastiques

    Le jardin Olbius Riquier est un petit morceau d’ailleurs, une épopée au pays de la nature échevelée et insolite, fidèle à l’idée de ceux qui l’ont créé, en 1872, comme « jardin d’acclimatation », où on tentait d’apprivoiser les herbes et fleurs lointaines et les convaincre de s’établir sous nos latitudes. Hyères leur a plu, la beauté proliférante du jardin Olbius Riquier en témoigne.
    que faire à Hyères

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    Petit morceau d’ailleurs

    En pratique : le parc Olbius Riquier est public, d’accès libre et gratuit. Plusieurs attractions (petit train, terrain de jeux…) le rendent particulièrement adapté aux familles.

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    Olbius Riquier, un des plus beaux jardins sur la côte d’Azur

    Entre chien et loup aux Vieux Salins

    Y a-t-il une affinité particulière entre les salins d’Hyères et les couchers de soleil ? « Le sel du ciel, la lumière de la Terre », disait Novalis, renversant la parole biblique – j’aime à la folie ces instants où les miroitements des marais semblent décupler le spectacle. Dans mon précédent article, j’évoquais les couchers de soleil mythiques à l’Almanarre et aux salins des Pesquiers, sur la presqu’île de Giens. L’heure mauve, quand le soleil a disparu et que son sillage coloré s’attarde dans le ciel, est peut-être plus belle encore. Il faut rester sur la dune, au milieu des lys des sables, et voir les eaux des salins prendre la couleur des flamants roses qui les peuplent.
    que faire à Hyères

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    La lune se lève

     

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    Coucher de soleil sur l’Almanarre

    Mais j’ai voulu découvrir aussi les Vieux salins, ceux qui, dès le Moyen-Âge, ont associé le nom d’Hyères à l’or blanc. Tout à l’est de la commune d’Hyères, c’est un petit port calme, entouré de grandes plages familiales, au sable moins fin et à l’eau moins translucide qu’à Giens, mais dont l’ambiance est chaleureuse. Les gens boivent en terrasse et jouent à la pétanque sous les pins – il y a ici quelque chose d’authentiquement provençal, une simplicité estivale idyllique.

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    Plage des vieux salins

     

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    Crépuscule sur le port

    C’est ici que je découvre le restaurant de plage parfait, celui qu’on met en fond d’écran au mois de janvier, pour se souvenir du bonheur, celui où on mange face à la mer, les pieds dans le sable, scruté par les petits crabes curieux, et où l’été semble ne jamais vouloir finir.
    L’endroit s’appelle La Baie des Vahinés, c’est beau, bon et abordable – surtout, surtout, pensez bien à réserver, car j’ai dû m’y reprendre à trois fois avant de décrocher le Graal. Je n’ai pas regretté. que faire à Hyères

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    Plage privée de la Baie des Vahinés

     

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    Baie des Vahinés

    Visite nocturne de la ville médiévale

    Je l’ai souvent ressenti : voir une ville de nuit, quand les rues se vident et que les lumières tremblotent sous les verres, que les ombres s’allongent et que les pas résonnent, c’est remonter le temps. Et la ville haute d’Hyères, la citadelle médiévale, s’y prête à merveille.
    Lors de ma dernière visite à Hyères, j’avais découvert la ville basse, la ville 19e, celle des villas exubérantes, des fontaines et des allées bordées de palmiers. L’ambiance est radicalement différente aujourd’hui – une Hyères secrète et qui m’était encore inconnue se découvre au fil des ruelles étroites, une ville fortifiée, basse, faite d’escaliers étroits, de portes et de porches, de tours et de couloirs cachés. J’ignorais qu’Hyères puisse avoir ce visage – je croyais connaître la ville, et je la découvre sous une nuit entièrement nouvelle.

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    Vue depuis le belvédère qui fait face à la collégiale St Paul

    Le monde qui s’entrouvre à moi naît au VIe siècle de notre ère, quand les habitants quittent la ville gréco-romaine d’Olbia et montent sur les hauteurs pour se mettre à l’abri des incursions barbaresques, et meurt au XVe siècle, quand la Provence soumise doit dire adieu à son indépendance, intégrer le royaume de France, et que le château du Seigneur rebelle est détruit en représailles. Mille ans de Moyen-Âge. Mille ans derrière les créneaux et les mâchicoulis, à la lueur des chandelles, à craindre les raids ennemis, chercher la protection des chevaliers, et espérer les miracles de la sainte Eglise. J’ai souvent la chair de poule au cours de cette marche nocturne, lorsqu’on me montre les boulets de canon restés fichés dans un mur, les arches romanes de très vieilles maisons préservées, ou des dédales secrets dont j’ignorais totalement l’existence.

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    Le soir s’abat sur la vieille ville

     

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    Sublime porte Massillon à la tombée de la nuit – une des nombreuses portes de l’ancienne enceinte médiévale

    Je découvre sur les places et dans les ruelles l’histoire des savonniers d’Hyères, qui fabriquaient leurs produits à partir de l’huile d’olive, de la soude obtenue des cendres de salicorne brûlée, de la saponaire et de l’eau douce apportée par des canaux jusque dans la vieille ville, à l’intérieur des callades (des rues raides et pavées, où on marche avec précaution).

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    Mystérieuse rue des Porches

    La tour des Templiers témoigne d’un passé qui continue à susciter fascination et fantasmes – je connais encore de doux rêveurs qui cherchent le trésor de l’ordre mythique… Carrefour maritime à l’extrême sud de la France, Hyères était au XIIIe siècle un lieu hautement stratégique pour l’ordre des Templiers en route vers Jérusalem. Siège d’une des quatre commanderies du Var, la tour des Templiers témoigne de l’époque où les chevaliers de la « Sainte Milice » avaient fait de la Provence leur fief.
    Je suis touchée par la voûte bleue étoilée de la collégiale Saint Paul, qui arbore ces couleurs depuis le XIIIe siècle, lorsque le roi Saint Louis, revenu épuisé de croisade, a été piégé par une tempête, et s’est réfugié dans la rade d’Hyères afin de sauver sa flotte mal en point. Depuis, des étudiants en art et des passionnés continuent de repeindre régulièrement la voûte, afin d’entretenir la mémoire du plus aimé des rois français.

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    Voûte étoilée de la collégiale St Paul

    Tout en haut de la ville, au pied du fabuleux Castel Sainte Claire et des ruines du château, la porte des princes est une arche majestueuse ouverte sur le rêve, et je suis fascinée par la petite rue du Paradis, où des maisons romanes à l’architecture tellement typique (murs lourds et épais, peu d’ouvertures, si ce n’est une magnifique fenêtre géminée) me ramènent au temps des chevaliers et des moines.

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    Porte des Princes

     

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    Au coeur de la vieille ville

    Je quitte cette visite fabuleuse avec une seule envie : la refaire de jour, pour rapporter de meilleures photos !

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    Coucher de soleil à la porte Massillon

    En pratique : Visites nocturnes d’Hyères avec une guide conférencière de l’Office du Tourisme, les mercredis d’été à 21h. 9 euros pour les adultes, 4 pour les enfants, 30 personnes maximum. Réservation en ligne ici ou en personne à l’office du tourisme. Des visites historiques sont également proposées en journée.

    Soirée festive au Magicworld

    Après ce merveilleux voyage dans le temps, j’aurais pu rester sur les places, explorer les bars d’Hyères et me plonger dans la foule attablée – mais un autre lieu m’attirait plus encore. Depuis toute petite, je suis fascinée par les fêtes foraines. J’ai dû voir trop de films d’horreur et de séries, de Destination Finale, Caravane de l’étrange ou Supernatural : les fêtes foraines sont toujours pour moi un lieu aussi terrifiant qu’irrésistible, rempli de monstres et de secrets, où on peut rester perdu à jamais dans la galerie des glaces, rencontrer un clown maudit ou tomber dans les griffes d’une voyante sorcière…

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    Grand 8 boomerang au Magicworld

     

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    Shlos, château hanté du Magicworld. (La germaniste que je suis ne peut s’empêcher de signaler que « château », en allemand, s’écrit Schloss. Mais on a saisi l’esprit. L’allemand fait peur, c’est bien connu.)

    Les stroboscopes, la musique kitsch et vaguement inquiétante, les odeurs de sucre et d’huile mécanique m’attirent comme un papillon vers l’ampoule, et je ne résiste jamais. Le Magicworld d’Hyères n’est à vrai dire pas un décor de film d’horreur – c’est un parc plébiscité par les familles et les jeunes en quête de sensations fortes, à l’atmosphère festive. Mais qui sait… qui sait ce qui se trame dans le train fantôme ? Laissez-moi me faire peur. que faire à Hyères

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    Lumières perçantes

     

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    Monde enchanté

    En pratique : Magicworld d’Hyères, ouvert du 28 mai au 3 septembre, tous les jours de 20h à 2h du matin. Parking et entrée gratuite, attractions payantes. Mes attractions préférées ? Le « slingshot » (boule projetée dans les airs par des élastiques) et la « Colorado River », montagne russe sur l’eau où on prend place à bord de troncs d’arbre. Le parc est grand et très riche en attractions, c’est une des meilleures fêtes foraines que je connaisse.

    Finir la nuit la tête dans les étoiles

    « Nuit d’été », les mots évoquent un Van Gogh. Les étoiles filantes pleuvent dans notre atmosphère et la voie lactée ouvre son immensité nébuleuse à nos regards sidérés. Tous les vendredis soir, l’Observatoire du pic des fées ouvre ses dômes aux visiteurs jusque tard dans la nuit, et c’est une ambiance envoûtante : imaginez une nuit noire, et des coupoles entrouvertes sur l’espace infini, une atmosphère de lune lointaine, de vaisseau spatial échoué, où le regard bascule dans l’immensité des constellations. J’ai vu Mars et Saturne se lever à l’horizon, le Scorpion, le Sagittaire et la Croix du Sud darder leurs flèches sur la nuit, et des amas d’étoiles déjà mortes nous témoigner, à des millions d’années lumières, les derniers soubresauts de leur vie déjà engloutie dans le noir. Il faut les plages d’Hyères pour se remettre de l’angoisse cosmique – l’espace me terrifie, mais la Côte d’Azur me console. A la fin de ma plongée dans la nuit hyéroise, le soleil se levant sur les salins chasse les fantômes et appelle au bonheur. que faire à Hyères

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    Domes magiques du pic des fées

     

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    Domes sur un autre monde

     

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    Yucca et voie lactée

    Ma série « Un été à Hyères », à la découverte de ma ville varoise préférée, s’achève ici : retrouvez les articles précédents ici, pour tout savoir sur Giens, Le Levant, les sorties en mer ou Porquerolles. Mais je ne dis certainement pas adieu à Hyères – je vous en reparlerai sans doute bientôt, car elle ne m’a pas encore livré tous ses secrets. Et j’ai aussi d’autres destinations à vous révéler : l’Islande, les Açores ! Si vous voulez me suivre, n’hésitez pas, abonnez-vous à la newsletter.

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  • Sur les traces des vikings en Islande

    Vikings en Islande
    Islande, terre de la démesure. Les glaciers ont tranché des fjords noirs de jais dans les murailles de lave, l’eau brûlante et les fumerolles sulfureuses jaillissent du sol, les éruptions volcaniques scandent le quotidien de l’île où la nature ne semble connaître aucune limite à sa créativité. A terre de légende, peuple de légende : l’Islande est le pays des Vikings, et les Islandais sont immensément fiers de leur ascendance héroïque. J’ai voulu suivre leurs traces dans la péninsule de Snaefellsnes, à Oddi, et au fabuleux Viking Café de Stokknes. A vos drakkars, c’est parti.

    L’Islande est le pays des vikings. Partez sur les traces du peuple légendaire du nord, entre histoire et légende. Découvrez les lieux mythiques, l’exotique Viking Café, la forteresse Borgavirki, la péninsule de Snaefellsnes, et bien d’autres endroits magiques qui évoqueront l’héritage des vikings en Islande.
    Bienvenue au pays des vikings.

    Les Vikings, un peuple de légende

    Autour du 9e siècle de notre ère, des hommes sont partis de Norvège, et ont pris la mer vers des contrées inconnues. Certains étaient en exil, chassés de leur pays pour avoir cherché querelle au jarl (roi). D’autres étaient en quête de nouvelles terres. D’autres enfin, étaient juste de la race des fous qui changent le monde – des illuminés en quête de la terre promise. On a appelé tous ces pionniers les Vikings. Ces hommes étaient des navigateurs hors pair, dotés d’une maîtrise de l’océan unique à leur époque. Leurs bateaux rapides et taillés pour la haute mer, leurs instruments astronomiques rudimentaire et leur instinct inouï de marin leur ont permis de conquérir le monde, de découvrir l’Amérique et de porter leurs bannières jusque dans l’empire byzantin. vikings en Islande

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    Jusqu’au pays des icebergs, les vikings ont porté leurs drakkars. (Ici : lagune glaciaire de Jökulsarlon, au sud de l’Islande. Plus de photos dans le prochain article !)
    L’Islande est le pays des vikings. Partez sur les traces du peuple légendaire du nord, entre histoire et légende. Découvrez les lieux mythiques, l’exotique Viking Café, la forteresse Borgavirki, la péninsule de Snaefellsnes, et bien d’autres endroits magiques qui évoqueront l’héritage des vikings en Islande.
    Reconstitution de la proue d’un drakkar et d’un instrument de navigation viking. Musée de la colonisation de l’Islande à Borgarnes

    Dans l’histoire de l’humanité, la plupart des hommes en quête d’ailleurs mettent cap au sud. Ils vont chercher les températures clémentes, les mers chaudes, les fruits qui s’offrent aux mains tendues. Pas les Vikings qui ont découvert l’Islande. Eux ont mis cap plein Nord, vers la haute mer grise et glaciale, où les langues de l’Arctique prolongent les hivers. Ils ont trouvé une île perdue au milieu de nulle part, loin de toutes les terres habitées ; une île terrifiante, recouverte de glaciers et de magma, où le sol béant crachait le feu et où le règne du froid semblait sans fin. Ils l’ont nommée Snaeland, terre de neige, puis Island, terre de glace. Et ils y sont restés. vikings

    L’Islande est le pays des vikings. Partez sur les traces du peuple légendaire du nord, entre histoire et légende. Découvrez les lieux mythiques, l’exotique Viking Café, la forteresse Borgavirki, la péninsule de Snaefellsnes, et bien d’autres endroits magiques qui évoqueront l’héritage des vikings en Islande.
    Peut-être connaissez-vous la fabuleuse chanson de Led Zeppelin, The immigrant song ? « Nous venons du pays du feu et de la glace, du soleil de minuit et des sources chaudes… » A écouter impérativement pendant un road trip en Islande !
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    Les fjords de l’est, où les vikings ont touché terre
    L’Islande est le pays des vikings. Partez sur les traces du peuple légendaire du nord, entre histoire et légende. Découvrez les lieux mythiques, l’exotique Viking Café, la forteresse Borgavirki, la péninsule de Snaefellsnes, et bien d’autres endroits magiques qui évoqueront l’héritage des vikings en Islande.
    Au village viking de Stokksnes

    en Islan

    Islande, le pays des sagas

    Dès les débuts de la colonisation, des écrivains ont consigné jour par jour l’histoire incroyable de ces hommes qui choisissent de rendre l’enfer hospitalier. Peu de peuples possèdent des témoignages aussi précis des premiers temps de leur histoire. Noircissant des pages et des pages, les chroniqueurs ont rédigé les sagas, ont raconté la conquête de l’île, les obstacles et les disputes, les luttes de pouvoir et l’établissement de l’Etat, les vies des Dieux et des hommes. Le Livre des Islandais, la saga d’Egil, la saga de Njall le brûlé, et bien d’autres encore, sont un patrimoine culturel inestimable, un témoignage vivant de la vie des Islandais d’il y a mille ans.

    L’Islande est le pays des vikings. Partez sur les traces du peuple légendaire du nord, entre histoire et légende. Découvrez les lieux mythiques, l’exotique Viking Café, la forteresse Borgavirki, la péninsule de Snaefellsnes, et bien d’autres endroits magiques qui évoqueront l’héritage des vikings en Islande.
    Manuscrit médiéval islandais. Source de l’image. Vous trouverez aussi un fabuleux article sur les sagas sur le blog Toute l’Islande, avec des images de manuscrits.

    Parfois le mythe et l’histoire se confondent. On évoque des monstres, des héros aux forces surnaturelles, une nature complice, des forces cachées dans les sources et les volcans. Mais qui osera prétendre que les chroniqueurs mentent ?
    Je l’écrivais dans mon premier article sur l’Islande. J’ai toujours pensé que pour l’homme soudain mis face à la démesure et à l’incroyable, le surnaturel était la dernière clef qui permette d’apprivoiser le monde. Imaginez un pays où, six mois par an, le soleil ne se lève que quelques heures par jour, rôdant tout près de l’horizon comme un œil pâle épiant les hommes frigorifiés, et ne se couche presque jamais durant l’été, baignant sans cesse les paysages de cette lumière extraterrestre qu’on nomme soleil de minuit. Imaginez un pays dont le cœur est constitué d’un gigantesque glacier, transpercé de grottes translucides et de moraines profondes, et dont la bouche froide s’ouvre sur une lagune où des blocs de glace dérivent le long des eaux bleutées. Imaginez un pays où le sol s’ouvre soudain béant et crache un geyser de près de quatre-vingt mètres de haut, où de l’eau brûlante bouillonne au fond des cratères rouges, où les sources sentent le souffre, où la fumée sort du sol, et où les éruptions volcaniques sont si titanesques qu’elles peuvent paralyser le ciel européen pendant des semaines. Imaginez des canyons creusés par des millénaires de glaces, des landes de lave noire, des étendues qui semblent refléter la surface de la Lune ou de la planète Mars, le ciel d’hiver embrasé par les miroitements des aurores boréales, comme les voiles d’un vaisseau fantôme glissant parmi la solitude infinie de ces paysages déserts, où on peut rouler des heures à travers l’incroyable sans jamais rencontrer âme qui vive. Ne seriez-vous pas enclin, vous aussi, à peupler un tel pays de créatures fantasmagoriques, de le croire au cœur d’une lutte acharnée entre les forces du bien et du mal, d’y voir la clef des mondes, la porte magique à travers laquelle on passe d’une sphère à l’autre, et touche aux royaumes des elfes, des fées, des nains, des morts et des Dieux ?

    L’Islande est le pays des vikings. Partez sur les traces du peuple légendaire du nord, entre histoire et légende. Découvrez les lieux mythiques, l’exotique Viking Café, la forteresse Borgavirki, la péninsule de Snaefellsnes, et bien d’autres endroits magiques qui évoqueront l’héritage des vikings en Islande.
    Le genre de choses qui font partie du quotidien en Islande, pays surnaturel par excellence.

    Le fantastique est peut-être la seule façon possible de raconter l’Islande.

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    Carte de l’Islande par Abraham Ortelius, autour de 1590. Elle est représentée environnée de monstres terribles. J’ai vu la carte au musée de la colonisation de Bogarnes. Source de cette image : Wikipedia.

    Les fjords de l’Est, où les vikings ont touché terre

    Arrivant de Norvège, les Vikings ont pour la première fois touché terre à l’Est de l’Islande, dans ces paysages de fjords sublimes qui ont dû leur évoquer leur pays natal. La tempête les avait amenés au bord du naufrage, et ils arrivaient épuisés, affamés, perdus, sans savoir si leur navire fracassé par les lames de l’Atlantique nord les amènerait à la terre ferme. Soudain une île apparut. Ce fut l’Islande.

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    Fjords de l’est.
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    La route qui mène du sud à Egilstadir.
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    Barque de pêcheur abandonnée au bord du fjord

    Un peu plus au sud, ils découvrirent ensuite les glaciers immenses, le Vatnajökull qui recouvre un tiers de la surface de l’île, les langues d’outre-monde qui rampaient entre les pierres. La glace, c’était le néant absolu, le symbole de l’inhumain. Dans ces étendues infinies de diamant fatal, on quittait la terre des hommes et pénétrait le pays des monstres. Islande, pays de glace.

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    Nous poursuivons le chemin à notre tour.

    Le Viking Café, sur la péninsule de Stokksnes

    Au sud-est de l’Islande, pas très loin de ce premier abordage, on trouvera une péninsule que la plupart des guides touristiques mentionnent à peine : Stokksnes. Elle restera pourtant un des plus beaux souvenirs de mon voyage. Une chaîne de volcans striés d’or et de suie projette ses cônes fantastiques sur les nuages qui les défient ; à leurs pieds, d’immenses étendues de sable noire portent le témoignage de leurs colères d’autrefois. La mer a dessiné des baies rondes et herbeuses dans ces morceaux de bout du monde, où les mouettes et les sternes arctiques tournoient au-dessus des talus.

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    Sublime Stokksnes
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    Chevaux islandais

    Dans ce paysage grandiose, un homme est venu bâtir un rêve. Amoureux des légendes de son pays et de l’histoire fabuleuse des Vikings en Islande, il a construit un village de l’an 1000, avec ses toits de tourbe, sa palissade de pieux tranchants, et toutes les fantaisies que lui inspiraient le cinéma : cachots, douves, donjon. Il espérait le vendre un jour à Hollywood. Huit ans plus tard, son vœu a été exaucé : un film à grand spectacle sur les Vikings en Islande devrait être y être tourné l’année prochaine. Chez les Vikings comme partout ailleurs, il faut croire en ses rêves. vikings en Islande

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    Village viking au fond du fjord
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    Comme vous pouvez le constater, nous nous sommes mis dans l’ambiance
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    Maisons au toit d’herbe, comme au Moyen Âge
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    Demeure ornée de Dieux scandinaves
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    Le guerrier rentre au village
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    Maison du chef

    L’endroit se nomme le Viking Café. On peut y camper et y manger des muffins. Les Vikings sont finalement devenus très accueillants.

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    La plupart du temps, du moins.

    vikings en Islande

    Info pratique : comment trouver le Viking Café ? Lorsque vous prenez la route circulaire 1 dans le sens sud nord (Vik => Jökulsarlon => Egilsstadir), vous trouverez la route vers Stokknes quelques kilomètres après l’embranchement vers Höfn (que vous ne prendrez pas !) et peu avant le tunnel qui mène vers Egilsstadir. Le panneau indique « Stokksnes ». Suivez cette unique route jusqu’au Viking Café. L’entrée coûte 5 euros et vous permet d’accéder au village et au bout de la péninsule, où vous verrez peut-être des phoques sur une grande plage de sable noir. La beauté du site naturel vaut le détour. vikings en Islande

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    Une dernière photo de mon viking favori.
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    Guerrier viking de Stokksnes

    Oddi, où a grandi Snorri Sturluson

    Peut-être avez-vous, comme moi, grandi en lisant Thorgal et en vous passionnant pour le panthéon nordique. Peut-être avez-vous rêvé au char doré de Freya, la déesse de l’amour, tiré par des chats, à Yggrasil, l’arbre des mondes aux neuf portes, aux royaumes des elfes et de la brume, à l’effondrement du Walhalla, à la lutte entre Ases et géants, à l’or des nains et à celui que cache l’arc-en-ciel, aux walkyries et aux ruses de Loki. On doit la transcription des légendes du panthéon nordique à un immense érudit islandais du 12e siècle, Snorri Sturluson, souvent qualifié « d’Homère du Nord », qui a écrit l’histoire des Dieux dans son Edda. J’ai voulu voir le lieu où il est né : Oddi, qui fut pendant tout le Moyen-Âge un immense lieu de rayonnement de la culture islandaise, l’école des grands écrivains. Il ne reste rien aujourd’hui des murs où Snorri appris à enchanter le monde. Juste une jolie église où j’ai entendu un vieux pasteur jouer la marche nuptiale, seule au milieu des tombes couvertes de mousse. Saviez-vous que sa mélodie était tirée de l’opéra Lohengrin, de Wagner ? Entendre Wagner sur les terres de l’Edda : la boucle était pour moi bouclée.

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    Eglise d’Oddi

     vikings en Islande

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    Eglise d’Oddi

    Je n’ai hélas pas eu le temps d’aller à Reykholt, où Snorri Sturluson finit sa vie assassiné tout près de la source d’eau chaude où il aimait se baigner. Si vous y êtes allés, racontez-moi…
    Je me suis consolée en m’arrêtant à Lita Hof, où subsiste une des dernières églises en toit de tourbe d’Islande.

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    Eglise de Lita Hof.
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    Village de Lita Hof.

    La forteresse de Borgarvirki, sur la péninsule de Vatnses

    Au nord de l’île, la petite péninsule de Vatnses abrite un lieu de conte gothique, un lieu hanté par la lave et le sang : Borgarvirki. Cette citadelle de basalte, façonnée par la furie des volcans, semblait destinée par la nature à servir de forteresse aux humains belliqueux. Lieu stratégique lors de la colonisation de l’Islande, Borgarvirki fut le témoin d’un long siège et de nombre de machinations épiques. C’est un cœur noir qui bat sous la pluie, un cercle de fantômes brumeux. Le lieu dégage une puissance d’ordre mystique.

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    Borgarvirki, vue dans un véritable ouragan de pluie glaciale, m’a inspiré ces clichés très gothiques…
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    Borgarvirki dans la brume

    A quelques pas de là, le célèbre rocher Hvitserkur se dresse dans la mer grise. On raconte qu’il s’agit d’un troll ulcéré par le son des cloches d’une église avoisinante, et qui s’était déterminé à la détruire en pleine nuit. Surpris par les premiers rayons du soleil, son courroux s’est figé à tout jamais, et les voyageurs viennent admirer sa silhouette trapue et renfrognée que narguent les mouettes.

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    Hvitserkur, le troll courroucé

    Snaefellsnes, là où les Vikings se sont installés

    Tout à l’Ouest de l’île, comme projetée vers le Groenland et l’Amérique, la péninsule de Snaefellsnes est un haut lieu de l’histoire islandaise. C’est d’ici qu’Erik le Rouge est parti conquérir le Vinland autour de l’an 1000, un demi-millénaire avant Christophe Colomb : les premiers bateaux sur le sol américain furent des drakkars, et non des caravelles. Tout au bout de la péninsule, au bord de falaises de basalte envahies d’oiseaux qui nichent au milieu des colonnes noires, on peut se tenir au bord du vide, à mi-chemin entre l’Europe et l’Amérique, et rêver à ces voyages extraordinaires. vikings en Islande

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    Au bout du monde connu.
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    Grotte de basalte envahie d’oiseaux, entre Hellnar et Arnarstapi
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    Djupalonssandur, plage de lave
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    Dritvik, paysage cosmique

    C’est à Snaefellsnes que les premiers habitants de l’Islande établirent leurs fermes et leurs villages, dont le célèbre Grani, un des plus célèbres colons, et on nomme souvent Snaefellsnes « la péninsule des sagas ». Peu de lieux sont aussi riches de sens pour l’histoire ancienne de l’Islande, peu de lieux portent autant la marque des légendes qui font battre le cœur de l’île. A Borgarnes, le musée de la colonisation retrace l’histoire de ces premiers Islandais, évoque leurs voyages et leurs vies, entre guerres, politique et agriculture. Une des sagas les plus célèbres, la saga d’Egil, a pour lieu la péninsule de Snaefellsnes – l’exposition sur Egil au musée tient lieu de guide viking pour découvrir ces paysages. vikings en Islande

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    Plage de sable blond constellée de magma, un spectacle étrange
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    Beauté de Snaefellsnes

    Tout Snaefellsnes est baigné de légendes, comme celle du troll Bárðar, qui serait le premier habitant du glacier Snaefellsjökull. Ce volcan recouvert de glaces et de brumes n’a jamais cessé d’inspirer les écrivains : Jules Vernes y a placé le puits qui mène au centre de la Terre. A Arnarstapi, deux monuments rendent hommage à l’imagination, et Bárðar fait face à Jules Vernes sur cette contrée où on sait que l’invisible gouverne toute chose. On dit que des colonies de trolls et d’elfes se sont établies ici, et que les arches de lave sont leur église. Qui n’abdique pas sa raison face à l’évidence du merveilleux ne comprendra jamais vraiment l’Islande. Snaefellsnes ouvre les portes. vikings en Islande

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    La cathédrale des elfes à Arnarstapi, sous les rochers couverts de mousse
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    Villes d’Europe et du monde, distance estimée en passant par le centre de la Terre. Pourquoi Stromboli ? Dans le Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, les héros y émergent au terme de leur périple infernal – une éruption du Stromboli les projette sur les plancher des vaches.
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    La statue du troll Bardar à Arnarstapi

    Parce que le fantastique est la seule langue adéquate pour évoquer l’Islande, cette terre hors du monde, la saga n’a jamais pris fin. Après les sagas médiévales, après les aventures de Jules Vernes, Game of Thrones a aujourd’hui pris possession de l’imaginaire islandais. Ne pourrait-on pas qualifier cette épopée haletante d’Odyssée ou d’Edda de notre temps ? Après celles des vikings, j’ai voulu suivre les traces de Jon Snow.

    Bientôt sur Itinera Magica : les lieux de tournage de Game of Thrones en Islande. Inscrivez-vous à la newsletter pour ne pas manquer ça !

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  • Hyères ou l’invention de la Côte d’Azur

    Bercée par les palmiers et les orangers qui couvrent ses larges allées claires, Hyères est un jardin sur la côte d’Azur, au charme délicieusement rétro. Les villas extravagantes des écrivains qui l’ont chantée, les fontaines de bronze, les fleurs qui courent sur les façades lui donnent une douceur de carte postale aux tons sépia. Mais saviez-vous que Hyères doit son décor de film muet à un seul homme, un entrepreneur visionnaire et un peu mégalomane ? J’ai voulu remonter le temps, retrouver la Belle Epoque, sur les traces de celui à qui Hyères doit sa beauté colorée : Alexis Godillot.

    Sur les traces d'Alexis Godillot, découverte de Hyères au temps des villas et des grands hôtels, alors qu'on invente la Côte d'Azur. Jardins et fontaines, palmiers et histoires extravagantes.
    Sur les traces d’Alexis Godillot, découverte de Hyères au temps des villas et des grands hôtels, alors qu’on invente la Côte d’Azur. Jardins et fontaines, palmiers et histoires extravagantes.

    J’ai toujours adoré Hyères, la ville la plus au sud de la Côte d’Azur, où on se barricade contre l’hiver à coup d’azurs étincelants, de plantes exotiques et d’oranges amères. J’ai toujours été fascinée par l’arrivée par la route depuis Toulon, où on quitte soudain l’autoroute pour arriver au cœur d’un jardin, accueilli comme un prince par une délégation de palmiers au garde à vous.

    Sur les traces d'Alexis Godillot, découverte de Hyères au temps des villas et des grands hôtels, alors qu'on invente la Côte d'Azur. Jardins et fontaines, palmiers et histoires extravagantes.
    Hyères, vue depuis les hauteurs du Castel Sainte Claire – un jardin sur la côte d’Azur

     

    Sur les traces d'Alexis Godillot, découverte de Hyères au temps des villas et des grands hôtels, alors qu'on invente la Côte d'Azur. Jardins et fontaines, palmiers et histoires extravagantes.
    Avenue des Palmiers. La ville a officiellement choisi d’être nommée « Hyères-les-Palmiers ».

     

    Sur les traces d'Alexis Godillot, découverte de Hyères au temps des villas et des grands hôtels, alors qu'on invente la Côte d'Azur. Jardins et fontaines, palmiers et histoires extravagantes.
    La carte est explicite : Hyères est la ville la plus au sud de la Côte d’Azur, la proue lumineuse du navire France. Elle se situe à la même latitude que Florence.

     

    Sur les traces d'Alexis Godillot, découverte de Hyères au temps des villas et des grands hôtels, alors qu'on invente la Côte d'Azur. Jardins et fontaines, palmiers et histoires extravagantes.
    Hyères autrefois, grands hôtels et palmiers. Source de l’image

    Cette allée magique est la clef des ailleurs. Depuis Hyères, on embarque pour son archipel doré, les îles de Porquerolles ou Port-Cros, on débouche sur les ravissants villages du Lavandou et de Bormes-les-Mimosas, on croque à pleines dents ce qui sera toujours, à mes yeux de provençale forcément partiale, la plus belle côte du monde.

    Porquerolles, la plus grande des îles d'Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d'île au trésor.
    Porquerolles, la plus grande des îles d’Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d’île au trésor. Plus d’infos ? Voir l’article ici.

     

    Port-Cros, l'Eden retrouvé
    Port-Cros, l’île la plus magique, la plus parfaite de la côte d’Azur. Plus d’infos sur cet Eden retrouvé ? Voir l’article ici

    Mais je ne vous ai pas encore assez parlé de Hyères elle-même. De la ville, ses jardins, de sa beauté d’aristocrate par un jour de grand bal.
    C’est pourquoi j’inaugure une nouvelle série sur Itinera Magica : un été à Hyères.

    Je vais passer de longs et beaux jours à Hyères cet été, et j’espère vous faire aimer à votre tour cette ville qui me séduit tant.

    Sur les traces d'Alexis Godillot, découverte de Hyères au temps des villas et des grands hôtels, alors qu'on invente la Côte d'Azur. Jardins et fontaines, palmiers et histoires extravagantes.
    Le versant le plus riant de la côte d’Azur

    Nous commençons par une promenade au cœur de la ville 19e siècle, face à la mer et aux îles d’Or, en compagnie d’élégants fantômes. Pour fêter le bicentenaire d’Alexis Godillot (oui, celui qui a donné son nom aux fameuses chaussures), l’office du tourisme de Hyères organise des « Balades en Godillot » , sur les traces de celui qui a dessiné la ville nouvelle.

    Sur les traces d'Alexis Godillot, découverte de Hyères au temps des villas et des grands hôtels, alors qu'on invente la Côte d'Azur. Jardins et fontaines, palmiers et histoires extravagantes.
    Les grands hôtels de Hyères, tradition d’antan

     

    Sur les traces d'Alexis Godillot, découverte de Hyères au temps des villas et des grands hôtels, alors qu'on invente la Côte d'Azur. Jardins et fontaines, palmiers et histoires extravagantes.
    Façade d’un des grands hôtels du centre. Victor Hugo y séjourne, Lamartine s’y sent « transporté dans une oasis de Libye »

    Paris a eu Haussmann, et Hyères a eu Alexis Godillot. Le 19e siècle a été la grande époque des visionnaires un peu mégalomanes, des bâtisseurs assoiffés de grandiose, et les villes sont sorties de leur chrysalide. Nous parlons d’une époque où Hyères était encore une petite bourgade d’allure médiévale, enfermée dans ses remparts, qui faisait le dos rond contre cette mer que tous craignaient tant. L’amour des rivages, c’est une invention de la modernité – ce sont de riches aristocrates, autour de 1800, qui ont commencé à se toquer d’azurs et d’écume rieuse. Pendant des siècles, on a détesté la mer, pleine de noyés, de malédictions et de pirates. En face de Hyères, les îles d’Or étaient un repaire de brigands, d’évadés du bagne de Toulon venus à la nage rejoindre ces confettis rocheux hors-la-loi, et ils détroussaient les navires marchands. Les villes se méfiaient de tout ce qui venait du large.

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    Au loin, l’orage sur les îles d’Or rappelle les menaces d’antan. Atmosphère lourde et électrique en cette fin de journée… Mais le mauvais temps est rare sur la côte d’Azur, et deux heures après, le soleil était revenu.

    Puis surgit le 19e siècle. Les foules riches et cultivées font la découverte du voyage. Les Anglais se lassent du froid et de la pluie, et ils fabriquent la Côte d’Azur, cette terre bénie où les aristocrates peuvent fuir l’hiver et venir se reposer à l’ombre des orangeraies. Les Anglais affluent à Nice, d’où le nom de la célèbre Promenade, et à Hyères, qui se couvre de palaces luxueux et de jardins luxuriants pour accueillir ces nouveaux visiteurs qu’on nomme « les hivernants ». Les hivernants rêvent d’exotisme. Voilà pourquoi j’aime tant le 19e siècle, voilà pourquoi j’aime tant Hyères : c’est l’époque des folies dispendieuses, des villas mauresques et des châteaux de conte de fées, des fêtes costumées et des fleurs venues d’ailleurs.

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    Les ipomées couvrent les façades de la Côte d’Azur.

     

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    La villa tunisienne de Hyères, édifiée pour Alexis Godillot

     

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    Eglise anglicane de Hyères, un petit morceau de campagne anglaise au soleil

     

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    Fouillis de yuccas et cactées au parc Ste Claire

    Alexis Godillot est un homme de son siècle. Il naît d’une famille pauvre, mais aventureuse, en 1816 à Besançon. Son père est sellier – il tient de lui sa grande passion des chevaux et de l’univers hippique, qui lui fera édifier à Hyères un superbe manège, et des écuries de grand luxe.

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    Le manège Godillot

     

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    Les détails équestres sont omniprésents : fers à cheval, têtes de cheval, statues cabrées, etc. Magnifique !

    Opportuniste et débrouillard, il parvient à une prodigieuse ascension sociale au fil des régimes qui se succèdent. Il est « malletier du roi » sous Louis-Philippe, « entrepreneur officiel des fêtes » sous la Seconde République et le Second Empire, « fournisseur aux armées » (en équipements militaires divers, notamment en chaussures : les fameux « Godillots ») sous Napoléon III et la Troisième République, comme on le raconte ici.
    Détail qui a tout particulièrement plu à la voyageuse acharnée que je suis : parmi les succès de Godillot, on compte une boutique appelée le « Bazar du Voyage », qui se trouvait 3, place de l’Opéra, à Paris, où on vendait des malles, des sacs de dimension diverses, des tables pliables, des lampes de voyage, et tout ce dont on pouvait avoir besoin pour voyager au 19e siècle.

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    Le bazar du voyage, un lieu que j’aurais adoré découvrir ! Source de l’image

    Puis il découvre Hyères. Alexis Godillot raconte : « En arrivant ici, je fus littéralement ébloui. Il me sembla avoir trouvé la terre promise et je résolus de ne pas aller plus loin. » Il décide de tourner la ville entière vers la mer – d’ouvrir les portes, et de descendre vers le rivage. Il fait percer de larges allées, notamment l’avenue qui porte son nom, l’avenue Alexis Godillot, et les couvre de fontaines.

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    Avenue Alexis Godillot, au coeur de la ville nouvelle.

     

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    Carte postale d’époque. Source de l’image

    Il reprend le Grand Hôtel des Iles d’Or, et le transforme en paradis verdoyant. Alexandre Dumas racontera son émerveillement devant les jardins à perte de vue – un océan de feuillage, jusqu’aux vagues de la Méditerranée.

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    Talentueux comédien incarnant Godillot, devant l’hôtel des Iles d’Or

     

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    On retrouve la luxuriance de cette époque au jardin Ste Claire

    Après une Exposition universelle, il rachète à la Norvège son pavillon, un immense chalet scandinave, et l’installe sur la colline de Costebelle. Mais ses maisons à lui sont plus spectaculaires encore. Après avoir amené la Scandinavie à Hyères, il y fait venir le Maghreb. Pour lui, son architecte fétiche, Pierre Chapoulart, édifie la Villa Tunisienne et la Villa Mauresque, symboles des mystères de cet Orient qui fascine.

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    La villa mauresque, hélas fermée au public, aperçue depuis la rue…

     

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    Source de l’image

    Avec ses tourelles et ses pignons, la villa Saint Hubert reprend les codes de l’architecture normande, soudain transportée sur une côte autrement méridionale, et inondée de lumière par ses verrières multicolores.

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    Villa St Hubert, Hyères

    Et pour les hivernants anglais nostalgiques de leurs îles abandonnées, il fait construire une église anglicane, petit morceau de campagne britannique sous le soleil du midi.

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    Eglise anglicane

    Si nombre de Hyérois sont fascinés par l’industriel génial et extravagant mécène, d’autres lui en veulent de plier leur ville au goût d’étrangers oisifs, et s’en sentent exclus. Près de l’église anglicane, on a conservé un panneau anachronique, qui témoigne des tensions entre paysans et vacanciers : sur la flamboyante avenue Alexis Godillot, on interdit les « véhicules non suspendus », soit les charrettes des cultivateurs, dont le bruit perturbe le sommeil des aristocrates…

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    Le symbole des conflits sociaux suscités par la nouvelle richesse de la ville… Elitisme contre ancien temps. « Défense aux voitures non suspendues de passer par cette avenue. »

    Les écrivains, eux, aimeront passionnément cette ville nouvelle. Victor Hugo, Léon Tolstoï, Alphonse de Lamartine, Anna de Noailles, Edith Wharton, Alexandre Dumas tomberont amoureux de Hyères.

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    Les hôtels et villas qu’on construit alors pour eux – teintes claires, tourelles, grandes fenêtres et petits jardins exotiques.

    En me baladant dans les hauteurs de la ville, je tombe soudain par hasard sur ce panneau qui orne la façade d’une maison, et commémore le passage d’un des auteurs préférés de mon adolescence, le merveilleux Robert Louis Stevenson (Dr Jekyll & Mr Hyde).

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    « J’ai été heureux une fois seulement, et ce fut à Hyères », dit Stevenson, qui séjourna dans cette maison en 1883-84.

    Je continue mon chemin et pars sur les traces de la romancière Edith Wharton au Castel Sainte Claire, qui surplombe Hyères et offre un panorama jusqu’aux îles d’Or. C’est un jardin sauvage, emmêlé, comme ceux qu’aimaient tant les Anglais romantiques, un des quatre jardins remarquables de la ville. En haut des remparts dort à jamais Olivier Voutier, héros de l’indépendance grecque, qui découvrit la beauté sans bras de la Vénus de Milo sur une île de la mer Egée. Un orage gronde sur l’archipel, je vois les trombes noires s’abattre au loin. La vue est grandiose, et je songe avec nostalgie à la Hyères que je n’ai pas connue, où on allait en robe blanche pique-niquer sous des pavillons et des kiosques à musique, sous les palmiers.

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    Panorama de la ville

     

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    La tombe d’Olivier Voutier. Reposer au plus haut sommet de Hyères… une belle fin.

     

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    Parc Sainte Claire

    Les grands hôtels n’ont pas survécu à la Seconde guerre mondiale, aux réquisitions et aux dégradations. Tous ont peu à peu mis la clef sous la porte, et sont devenus des logements privés, des hôpitaux ou des bâtiments militaires. Il ne reste plus qu’un palace aujourd’hui à Hyères : le mas du Langoustier, sur l’île de Porquerolles. Il y a deux ans, j’avais eu la chance d’y passer une nuit, et je me souviens de la nuit étoilée depuis le balcon, au milieu des bougainvilliers et des braseros qui crépitent.

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    Mas du Langoustier, Porquerolles

    Un tourisme plus démocratique a vu le jour. Aujourd’hui, on ne vient plus seulement à Hyères pour se réfugier de l’hiver, on célèbre l’été, en bikini, en palmes de plongée, ou en godillots. Alexis a réussi son pari. Hyères n’a plus peur de la mer, elle l’aime à la folie. Elle est devenue la terre promise qu’il imaginait, l’azur idéal, celui vers lequel on revient toujours.

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    Coeur de ville par un jour de marché

     

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    Tour fondue, d’où partent les bateaux vers Porquerolles

    Et il me reste tant de choses à voir.

  • Naples, Pompéi, passion et mélancolie

    Naples est incandescente. Tel le phoenix, « Neapolis », la ville toujours nouvelle, recouverte maintes fois par les laves du Vésuve, renaît toujours de ses cendres. Catacombes, dédale de souterrains secrets, mafia, superstitions, citrons amers, Naples bruisse de légendes au goût de soleil et de sang. Mais sous la main de fer de son nouveau maire, elle fait peau neuve, entreprend de grands travaux et redevient touristique. Naples fascine toujours par son atmosphère : c’est une ville où l’énergie est palpable, où les passions sont à nu. Et son pendant mélancolique, c’est Pompéi, la ville momifiée par le feu. Voyage au pays des vivants et des morts.

    Incandescente et secrète, Naples fascine par ses passions à fleur de peau. Et sous les pentes du Vésuve dort Pompéi, si émouvante. L'Italie côté coeur.
    Incandescente et secrète, Naples fascine par ses passions à fleur de peau. Et sous les pentes du Vésuve dort Pompéi, si émouvante. L’Italie côté coeur.

    Retour en Italie du Sud, mon cœur bat la chamade. J’avais été fascinée par Palerme, par la langueur mélancolique, les cactus sur les pentes des montagnes et les oranges trop mûres qui s’écrasaient sur les trottoirs. Un léger parfum de décadence flottait sur les ruines de toutes les civilisations qui s’y étaient succédées, un éclat doré sous le soleil d’hiver. Goethe disait que pour comprendre l’Italie, il fallait voir la Sicile, qu’elle était la clef de tout. Il me semblait que sans Naples, il me manquait une autre clef. Naples, ville volcanique, ville phœnix, fille de mauvaise réputation, j’ai tellement désiré te voir.

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    Coucher de soleil sur le plus ancien château de Naples, le Castel dell’Ovo, construit par les Grecs à l’époque où Naples se nommait encore Partenope.

     

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    Piazza San Domenico Maggiore.

    La ville des morts

    On arrive à Naples chargé de souvenirs culturels en vrac. J’avais lu le Montedidio d’Erri de Luca, sa Naples grouillante, « où si tu veux cracher par terre, tu ne trouves pas d’espace à tes pieds », brutale et tendre à la fois. Naples y était une Babylone, une ensorceleuse damnée.

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    Dans les rues de Naples.

    J’ai aussi des souvenirs latins. Virgile chantait cette région, la Campanie, elle était le paradis de ses rêveries bucoliques. Mais il y plaça aussi la bouche du pays des morts, à Cumes. C’est ici qu’Enée rencontre la sibylle, et descend aux Enfers. « Ils allaient obscurs sous la nuit solitaire… », le long voyage à travers l’ombre – c’est ici, c’est tout près. Est-ce un hasard ? La deuxième vie de Naples est souterraine. Elle possède le plus grand réseau de catacombes du monde, une deuxième ville sous la surface, repère silencieux des martyrs, des tombes secrètes, des crânes par milliers. Elle fut la cachette des premiers chrétiens persécutés ; elle habite aujourd’hui des nécropoles immenses et des galeries de conspirateurs. Le jour où le Vésuve se réveillera encore, seuls les morts survivront.

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    Le Vésuve surplombe la baie de Naples, et ne dort que d’un oeil.

    San Lorenzo Maggiore est une des entrées du monde souterrain napolitain. Une ville de l’Antiquité tardive sommeille sous l’église. C’est un dédale d’échoppes, de maisons, de rues intriquées. C’est une sensation étrange que de découvrir l’inframonde qui guette sous la surface – jamais je ne me suis sentie aussi près de croire aux fantômes.

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    Sous l’église, un dédale de galeries antiques.

    Dès mon arrivée à Naples, j’assiste à une procession funéraire dans les rues étroites du centre historique. Un corbillard roule au pas. La famille éplorée est appuyée sur son coffre, et toute la procession brandit haut des fanions à l’effigie de la vierge et de Jésus. A la taille du cercueil, on devine que c’est un enfant qui a perdu la vie. Les magasins ferment quelques instants leur rideau au passage du cortège, en signe de respect, et la police l’escorte étroitement. Qui sont ces gens en deuil, pour mériter une telle méfiance des « carabiniers » (le nom italien de la police) ?

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    Procession funéraire brandissant des images saintes et  escortée par la police, vue de dos (je ne voulais pas les photographier de face, par respect pour les endeuillés).

    Partout dans les murs, nichés entre les façades ou les fontaines, on trouve les autels des saints et des morts regrettés. Naples est la ville des morts, elle les loue, elle les divinise. Je retrouve les rites funéraires fétichistes et morbides qui m’avaient tant marquée à Palerme. Les églises sont remplies d’ossements et de saintes imputrescibles, au cadavre amoureusement emmaillotté.

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    Autel improvisé au bord d’une fontaine.

    Je rêvais de visiter l’« Eglise des crânes » (Santa Maria delle Anime del Purgatorio ad Arco), mais elle est fermée pour travaux : les morts menacent de s’écrouler. J’en reste aux rêveries. Sainte Marie des Âmes du Purgatoire est vouée au culte des défunts. Ses murs sont constellés d’ossements et de crânes déterrés, que les hommes venaient s’approprier et vénérer. Ils élisaient un crâne comme objet de leur dévotion, prenaient soin de lui, le priaient et le caressaient, pensant que tous ces crânes étaient autant d’âmes piégées au purgatoire et qui, une fois arrivées au paradis, intercèderaient en leur faveur. Dans les années 1960, l’Eglise romaine a interdit ce culte. Il subsiste dans la clandestinité – un baiser volé au mort à la dérobée, une fleur qu’on glisse dans les orbites du mort, une prière chuchotée comme un mot doux.

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    Devant l’église des crânes (fermée), le seul que je puisse immortaliser.

    Les reliques abondent, les morts sont minés comme des pierres précieuses, une dent, une mèche de cheveux, un fémur qu’on viendra adorer. Chaque année, des milliers de fidèles accourent dans la chapelle San Gennaro pour assister au miracle du sang liquéfié. L’histoire est baroque en diable. Un chevalier priait sur la tombe du saint, et se vit soudain guéri. Il se jette sur le cénotaphe, profane la dernière demeure, et, ouvrant le cercueil, arrache une dent au squelette. Un flot de sang jaillit ; il le recueille dans deux fioles. Ce sont ces deux fioles pour qui on va en pèlerinage à San Gennaro, plusieurs fois par an. La chaleur, le mouvement, la ferveur rendent sa fluidité au sang, pour un miracle à heures fixes.

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    San Gennaro, le saint patron de Naples, représenté par une fresque avoisinant la cathédrale

    Naples est la ville du baroque, où les corps souffrants ressemblent aux corps en extase. Mon pèlerinage à moi, c’est la chapelle Sansevero, où gît la plus belle sculpture du monde : le Christ voilé, de Giuseppe San Martino. Je rêvais de cette œuvre, et je n’en ai jamais vu de plus belle. Le Christ mort, déposé de sa croix, est recouvert d’un linceul. Le corps ainsi dissimulé s’en voit exposé avec une nudité accrue ; la transparence rend la chair martyrisée plus lancinante, plus touchante encore ; la douleur se lit dans chacun des membres que les draperies du voile soulignent. C’est le pays où l’horreur de la mort est délice.

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    A mon plus grand regret, je n’ai pas eu le droit de faire des photos à la Cappella Sansevero, où je suis restée fascinée par le Christ voilé, d’une beauté et d’une charge émotionnelle prodigieuses. Photo David Sivyer, Wikipedia Commons.

    C’est inévitable, l’Italie me fait toujours penser à Visconti. Naples, violence et passion.

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    Partout, la ville est en travaux – Neapolis, la ville toujours neuve.

    Une nuit sur le port de Naples

    Une nuit à Naples, face au Vésuve, sur le port de Santa Lucia.

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    Coucher de soleil sur le Vésuve

    Le Grand Hôtel Vesuvio se détache dans le crépuscule, un palace à l’ancienne, où résonnent les voix des rois, des acteurs et des grands de ce monde qui y ont dormi, depuis 1882. En face, le Castel dell’Ovo, ou château de l’œuf, est un des plus anciens édifices napolitains. Virgile dit avoir enterré un œuf sous ses fondations : tant que l’œuf ne se brisera pas, le château et Naples tiendront debout.

    Le Grand Hôtel Vesuvio se détache dans le crépuscule, un palace à l’ancienne, où résonnent les voix des rois, des acteurs et des grands de ce monde qui y ont dormi, depuis 1882. En face, le Castel dell’Ovo, ou château de l’œuf, est un des plus anciens édifices napolitains. Virgile dit avoir enterré un œuf sous ses fondations : tant que l’œuf ne se brisera pas, le château et Naples tiendront debout.
    Castel dell’Ovo à la tombée de la nuit.

    L’ambiance est électrique sur les grans boulevards devenus piétons pour le week-end. C’est une atmosphère de fête foraine, gorgée de bulles de savon, de barbes à papa, de fusées lumineuses. De légendaires sales gosses napolitains martyrisent les vendeurs ambulants. Bars, restaurants, pizzas, fleurs, fruits de mer, mozzarella. L’énergie est palpable, comme un cœur qui palpite dans la paume d’une main. Des hommes se battent, des amants s’embrassent. Bella Napoli, un monde à part, ici règnent d’autres lois. Quand on lit Gomorra de Roberto Saviano, sur le système mafieux napolitain, on pourrait être tenté de ne jamais mettre les pieds ici. Mais Naples n’est pas dangereuse pour le touriste innocent qui ne sait rien de ses secrets. Ce soir, je vois Naples vivante, sexy, rieuse.

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    Ambiance des rues de Naples à la fin du jour.

    J’entends quelques insultes à la volée. Ici, tout le monde déteste le nord. Les marchands ambulants vendent du papier toilette aux couleurs de la Juventus de Turin. La haine du Nord arrogant, riche et hautain soude le Sud fier et superstitieux.

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    Cafés et bars animés au pied du château, ambiance survoltée.

     

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    Barques colorées au pied de la forteresse.

    Au XIXe siècle, Théophile Gautier évoquait dans ses contes fantastiques la puissance du folklore napolitain. La Jettatura – mauvais œil – rôde autour de ceux qui n’y prennent garde. Qu’on vous fixe trop longtemps, et déjà on vous jette un sort. On peut être jettatore sans le savoir. On peut tuer ceux qu’on aime à petit feu, en faisant peser sur eux le poids de sa propre malédiction.
    J’ai appelé l’une de mes chattes Jettatura, en hommage à Gautier, et à cette région que j’aime tant. Une amie italienne me dit « Malheureuse, ne le dis jamais à un Napolitain ! Pourquoi se maudire soi-même ? »

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    Arche monumentale sur le port de Santa Lucia

    Pompéi, la beauté de la désolation

    Un autre conte de Théophile Gautier m’avait marquée : Arria Marcella, l’histoire d’un étudiant qui visite les ruines de Pompéi, et ramène à la vie par la force de son espérance une belle jeune femme, morte dans l’éruption de l’an 79.

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    Pompéi. Jusqu’à début 2017, le site exceptionnel accueille trente statues de l’artiste Mitoraj, qui souligne la fascination exercée par cette Atlantide des laves.

    Pendant près de deux millénaires, Pompéi a dormi sous la lave, parfaitement préservée dans sa gangue de magma séché. Ce n’est qu’au dix-huitième siècle que les fouilles ont mis au jour cette cité glorieuse, rayée de la carte en quelques heures. Les artistes, les peintres et les amoureux de l’Antiquité se sont alors tous rués en Campanie, et se sont pris de passion pour ces ruines si émouvantes.

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    Pompéi, la beauté de la désolation.

     

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    Pompéi et son bourreau, le Vésuve

    Tout a été si bien conservé sous la cendre grise – Pompéi est une capsule temporelle, une porte vers les mondes oubliés. La ville est immense, si vivante, si proche. Je découvre les colonnes du forum, des temples, des maisons, de grands escaliers sur le néant, le colisée abandonné.

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    Amphithéâtre de Pompéi.

     

    Incandescente et secrète, Naples fascine par ses passions à fleur de peau. Et sous les pentes du Vésuve dort Pompéi, si émouvante. L'Italie côté coeur.
    Anges de Mitoraj abandonnés.

    On a trouvé ici les plus belles statues de l’Antiquité – elles sont conservées au musée archéologique de Naples,  dont la visite est un ravissement –, des fresques, des mosaïques, des dizaines d’objets, comme si la catastrophe avait eu lieu la veille. Et des corps.

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    Maison à Pompéi.

     

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    Mosaïques, fresques, traces des vivants.

     

    Incandescente et secrète, Naples fascine par ses passions à fleur de peau. Et sous les pentes du Vésuve dort Pompéi, si émouvante. L'Italie côté coeur.
    Intérieur d’une maison.

     

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    Rues de Pompéi

     

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    Les thermes.

     

    Je me souviens de mes cours de latin, de la lettre de Pline le Jeune qui voit mourir son oncle dans l’éruption de 79. Fin observateur de la nature, Pline l’Ancien veut voir le volcan furieux de plus près, et jette ses voiles à travers la baie. La nuée ardente aura raison de lui.

    « Il se rend à la hâte vers des lieux d’où tout le monde s’enfuyait ; il va droit au danger, la main au gouvernail, l’esprit tellement libre de crainte, qu’il décrivait et notait tous les mouvements, toutes les formes que le nuage ardent présentait à ses yeux.
    Déjà sur ses vaisseaux volait une cendre plus épaisse et plus chaude, à mesure qu’ils approchaient ; déjà tombaient autour d’eux des éclats de rochers, des pierres noires, brûlées et calcinées par le feu ; déjà la mer, abaissée tout à coup, n’avait plus de profondeur, et les éruptions du volcan obstruaient le rivage. Mon oncle songea un instant à retourner ; mais il dit bientôt au pilote qui l’y engageait : « La fortune favorise le courage. Menez-nous chez Pomponianus. » »

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    Le Vésuve qui a tué Pline l’Ancien, et tant d’autres.

    Je ressens une vive émotion dans le jardin des fugitifs. Hommes, femmes et enfants y sont figés dans la cendre brûlante, depuis deux mille ans, suffoqués par les gaz volcaniques, morts en tentant de s’abriter, de s’enlacer, de vivre. Je n’aurais pas pensé que Pompéi me toucherait à ce point. Soudain, ce ne sont plus les figures lointaines, presque imaginaires, de mes leçons de latin, des silhouettes abstraites et cousines des déclinaisons. Ce sont des hommes, des femmes et des enfants. Je les vois recroquevillés, en souffrance, je ressens leur peur et leur agonie. L‘angoisse de la mort – par delà les millénaires, je la reconnais.

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    Jardin des fugitifs – corps figés dans leur dernier spasme, depuis deux mille ans.

    Je vois Pompéi après la pluie, au coucher du soleil. Presque seule. Les vignes sont verdoyantes, le Vésuve ourlé de fleurs. C’est un merveilleux jardin d’apocalypse. Sur les pentes infernales, les maisons et les cultures s’amassent à nouveau, un défi à l’inévitable.

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    Pompéi, éternel recommencement

     

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    Homme déchu de Mitoraj

     

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    Mélancolie.

    Le Vésuve bouillonne toujours. On peut monter à son chevet, se tenir au bord de la caldeira, sentir le souffre et la promesse d’une autre catastrophe.

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    Au sommet du Vésuve, le cratère fume toujours.

    En 79, 1631, 1906, 1944, il a détruit et tué. Chacun sait que la série n’est pas finie. Alors on brandit les crucifix et les fioles de sang, on sauve les morts et on embrasse les vivants, on s’embrasse au pied de l’ogre, on se protège du mauvais oeil. Naples se sait immortelle.

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    Tant que l’oeuf ne se brise pas…

     

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    Coucher de soleil sur le Vésuve, depuis la péninsule sorrentine. La suite au prochain article – Sorrente, Positano, Amalfi…

    A suivre sur Itinera Magica : de Sorrente à Amalfi, en passant par Positano, la plus belle côte d’Italie. Ou du monde. A ne pas manquer en tout cas !

     

  • L’Arizona, terre des Amérindiens

    Les plus beaux sites amérindiens d’Arizona

    Les peuples ancestraux des grandes plaines vous fascinent, et vous voulez découvrir la culture de ces nations amérindiennes ? Un voyage en Arizona s’impose. Tuzigoot, Heard Museum, San Francisco Peaks, Mission San Xavier, Montezuma Castle… autant de sites amérindiens fascinants qui vous permettront de mieux comprendre les premiers Américains.
    Un quart du territoire de l’Arizona est occupé par des réserves, et les premiers habitants des Etats-Unis ont su préserver leur culture et l’adapter aux défis de la modernité, malgré les terribles violences subies lors de la colonisation. Ici, sur le gré rouge du Sud-Ouest, ils ont pu reconquérir des pans de cette terre immense. La ville de Phoenix accueille le plus grand et le plus beau musée consacré à l’art et la culture amérindiens, le musée Heard. Et partout dans l’Etat, des ruines monumentales racontent l’histoire des peuples Amérindiens qui ont apprivoisé ces terres arides, il y a si longtemps…

    Découvrez la culture amérindienne d'Arizona : Montezuma Castle, Tuzigoot, San Xavier del Bac... un roadtrip sur les traces des premiers Américains !
    Montezuma Castle, vestige d’une ville amérindienne troglodyte.

    Avant les Blancs, les Amériques ont connu des millénaires d’histoire amérindienne. Les premières traces d’une occupation humaine sur le sol de l’Arizona datent d’il y a treize mille ans – imaginez ce que cela représente, et tout ce que nous ignorons de l’odyssée humaine à travers les âges. Partout sur le continent américain, des empires ont soumis des terres immenses, puis se sont effondrés, des hommes ont bâti, combattu, cultivé, chanté, peint et regardé le ciel. On connaît les civilisations des Mayas ou des Aztèques, les ruines de Chichen Itza ou du Machu Picchu. Mais saviez-vous qu’en Arizona aussi, une civilisation monumentale a vu le jour bien avant notre ère, construit des villes et des canaux au cœur du désert ? On les a nommés les Sinagua, les « sans eau », car ils ont vécu au cœur de la chaleur aride. Mais leur monde n’était pas sans eau, bien loin de là : il avait appris à la dompter, à la faire jaillir là où le sol est sec. En allant en Arizona, j’ai découvert l’histoire de ces peuples, et de leurs descendants. Et leur histoire m’a fascinée.

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    Ce pays est notre maison : Arizona, terre amérindienne

    Commençons par la plus incroyable : savez-vous comment Phoenix est née ?

    Phoenix, une civilisation renaît d’une autre

    Il y a plus de mille ans, un peuple ingénieux et puissant occupait la « vallée du soleil », la vallée de Phoenix. Alors que l’été la change en fournaise, que le sol est sec et nu, ces gens avaient su mettre au jour les sources cachées dans la terre rouge, et la « Rivière salée » qui la traverse. Et ils les avaient domptées. Les Hohokam – tel est leur nom – avaient bâti un gigantesque système de canaux d’irrigation, qui s’étendait dans toute la vallée, et était devenu le berceau d’une civilisation florissante. Ces ingénieurs des temps anciens nourrissaient plus de huit mille personnes par leur maîtrise de l’eau, cultivant maïs, haricots, courges et coton.

    Hohokam Canals
    Représentation de la ville des Hohokam, à l’emplacement actuel de Phoenix. Source

    Autour de 1450, les Hohokam ont quitté la vallée du jour au lendemain, abandonnant leur ville prospère, leurs temples et leurs canaux, et personne ne sait pourquoi. Leurs descendants disent que les étoiles leur avaient intimé de poursuivre leur destinée ailleurs, et qu’ils suivaient les commandements des constellations. La ville des Hohokam abandonnée a somnolé durant quatre siècles.

    En 1867, les colons commencent à occuper l’Arizona, et Jack Swilling, un pionnier aventureux, découvre la vallée… et les canaux. Rendez-vous compte : cela faisait quatre cent ans que ces canaux végétaient dans le désert, mordus par les vents, le sable et l’érosion – et ils étaient toujours là. Swilling comprend l’ampleur et la qualité du système hydrographique qu’il a sous les yeux, et le potentiel de l’endroit. Il décide alors de réparer et de rouvrir les canaux. Quatre siècles plus tard, la ville verte des Hohokam reprend vie. Des récoltes spectaculaires ont lieu l’année suivante. Swilling venait de prouver, grâce au savoir des premiers peuples, qu’une vie florissante était possible au sud de l’Arizona. La colonie prospère, et il faut lui donner un nom. « Phoenix », suggèrent les lettrés, « Phoenix », car tel l’oiseau qui plonge dans les flammes et renaît de ses cendres, la nouvelle ville américaine est le miracle d’une très ancienne civilisation qu’on ramène à la vie.

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    Phoenix aujourd’hui. Le drapeau bleu, rouge et or est celui de l’Arizona. Il représente une étoile qui se lève dans le ciel…

    Aujourd’hui, Phoenix est la cinquième ville américaine. Les retraités sont venus chercher le soleil, puis les investisseurs ont suivi, et aujourd’hui, familles, étudiants, jeunes ambitieux continuent à la faire grandir. Phoenix est une ville jeune et neuve, propre et fonctionnelle, toute en rues perpendiculaires, façades pastel impeccables et palmiers. Une ville en croissance, où il y a du travail et des opportunités. Le rêve américain se perpétue dans la vallée du soleil, béni par des millénaires de sagesse amérindienne.

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    Phoenix, ville moderne, sagesse ancestrale

    Le mystère des villes abandonnées : Tuzigoot et Montezuma Castle

    Mais pourquoi les Hohokam ont-ils quitté Phoenix ? Le mystère est entier. Mais ils ne sont pas les seuls. Au quinzième siècle, avant l’arrivée des premiers colons européens, sans cause extérieure identifiable, des villes entières ont été désertées. Tout l’Arizona – ainsi que les états limitrophes, notamment le Colorado – porte le souvenir d’un monde enfoui, disparu sans livrer ses secrets. Au sud de Sedona, la ville de Camp Verde compte deux sites archéologiques exceptionnels.

    Perché sur une colline, Tuzigoot était une ville Sinagua, composée de maisons de pierre de deux ou trois étages. Quelques centaines de personnes vivaient ici, et le musée présente les objets qui ont été retrouvées, bijoux, poteries, paniers tissés en yucca, vestiges d’une vie agricole et citadine fourmillante.

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    Tuzigoot.

    Plus au sud, Montezuma Castle fascine.
    Les premiers explorateurs ont cru que Montezuma Castle avait été bâti par le grand empereur aztèque Moctezuma II, d’où le nom – mais en réalité, le monarque n’est jamais venu ici, et la ville troglodyte a été construite bien avant sa naissance par le peuple Sinagua. Seules certaines ont survécu à huit-cent ans de solitude tempétueuse, mais ce sont des dizaines, des centaines de maisons qui avaient été construites à même la pierre, de véritables immeubles de plusieurs étages arrachés à la falaise. Les reconstitutions montrent une vie sociale riche et complexe, des villes laborieuses, agitées, vivantes. Le lieu m’émeut extraordinairement.

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    Montezuma Castle

     

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    Habitations troglodytes à demi effacées par le temps

    Au bord de la rivière poussent de grands arbres au tronc blanc, des sycomores d’Arizona, à qui l’écorce claire confère une silhouette ectoplasmique sous le ciel d’orage. C’est une assemblée de fantômes, venue au chevet des murmures.

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    Sycomores d’Arizona

     

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    Arbres fantômes.

    San Francisco Peaks : les monts des esprits

    Car le monde amérindien est peuplé de voix et d’esprits. Dans ces cultures, les points cardinaux ne sont pas des signes arbitraires placés dans le ciel : ce sont des Dieux du monde, chargés de symboles et de sens, associés à des couleurs, des pierres, des formes et des époques de la vie. Aller vers le nord ou vers l’ouest, c’est accomplir un chemin spirituel, une épopée intime. Je me souviens de cela en parcourant l’Arizona dans les plaines immenses. Les Dinés – peuple amérindien vivant en Arizona, New Mexico et Utah – placent la beauté du monde au cœur de leurs chants rituels, tels que le Sitsijj’ Hozhoo doo : Beauté devant moi, Beauté derrière moi, Beauté sous moi, Beauté au-dessus de moi, Beauté autour de moi… Les monts San Francisco, au nord de Falstaff, font partie des lieux les plus sacrés d’Arizona. On les aperçoit depuis le parc du Grand Canyon, émergeant entre les ruines des pueblos, ordonnant aux temples de s’orienter vers eux. Ce sont les montagnes des morts et des esprits, et leurs cimes enneigées, hautes de près de quatre mille mètres, sont des portes vers les mondes multiples. Dans le soir, je vois les monts jaillir des longues herbes grises, et emprisonner le couchant. La route semble dérouler les millénaires.

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    Ruine d’un pueblo Amérindien, de la culture dite Sinagua. On aperçoit les monts San Francisco au fond.

     

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    La route vers les montagnes sacrées

     

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    Coucher de soleil sur les monts San Francisco

    Les Amérindiens d’aujourd’hui : le musée Heard, à Phoenix

    Mais la disparition des Hohokam et Sinaguas ne doit pas faire oublier que leurs lointains descendants peuplent toujours les plaines et les villes d’Arizona. Les nations Hopi, Navajo, Hapache, Hualapai, Diné, Havasupai, et bien d’autres encore, ont survécu aux horreurs du 19e siècle et se battent pour que vive leur culture et leur peuple.

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    Peuples amérindiens d’Arizona. Carte tirée du fabuleux livre Home, consacré aux nations indiennes du sud-Ouest des USA.

    Dans l’article consacré à Antelope Canyon, je racontais la façon dont le tourisme permet aux Amérindiens de rester sur leurs terres ancestrales, et de maintenir une présence traditionnelle dans des territoires enclavés et isolés. Mais l’Arizona est un des rares Etats où les Amérindiens sont aussi intégrés au tissu urbain, citoyens des grandes villes, intégrés, participant à la fabuleuse mosaïque ethnique de ce territoire neuf et ouvert.

    Phoenix abrite le plus grand et le plus beau musée d’art « Native » au monde : le musée Heard. On y retrouve le savoir-faire traditionnel des nations indiennes, les fabuleux bijoux sertis de turquoises – la pierre précieuse du Sud-Ouest, au cœur de la joaillerie amérindienne –, les objets tissés en fibre de yucca ou de cactus, couverts de motifs géométriques, les poteries ornées d’arabesques noires et blanches symbolisant la pluie, les coiffes solennelles, un art de toute beauté et méconnu. Mais on trouve aussi l’art des Natives d’aujourd’hui – les créations des sculpteurs, peintres, plasticiens contemporains, qui se réapproprient leur héritage, et interrogent la modernité. Je lis ce poème Navajo : « Les Navajos qui quittent la réserve / Et viennent à Phoenix / Ne comptent jamais rester. / Dans leurs valises, ils cachent les rêves / Du retour ». Et pourtant, Phoenix est devenue un nouveau berceau de culture amérindienne.

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    Le musée Heard de Phoenix

     

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    Monument à la gloire des combattants Amérindiens

     

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    Femme amérindienne au musée Heard

     

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    Présence et partage

    Mission San Xavier del Bac : l’église des Amérindiens

    Tout comme Phoenix, construite sur les ruines d’une ancienne cité Hohokam, l’histoire de la mission San Xavier del Bac, au sud de Tucson, est un magnifique témoignage de dialogue interculturel et d’harmonie entre deux mondes. Je ne me voile pas la face : je sais ce que la colonisation européenne a signifié pour les peuples amérindiens. Massacre, génocide, anéantissement d’un monde, relégation, spoliation de leur propre pays, voilà ce qu’a signifié la conquête de l’Ouest. Mais certains lieux, certaines histoires portent un fabuleux message de concorde. Ce n’est pas un hasard si on nomme San Xavier « la colombe du désert » : elle ne le doit pas qu’à sa beauté, mais aussi à la promesse de paix qu’elle a su incarner.

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    Sublime église de San Xavier del Bac

    A l’époque où le Mexique est espagnol, les jésuites envoient vers le nord des missionnaires en terre inconnue, venus évangéliser les territoires qui sont aujourd’hui la Californie, l’Arizona ou le Nouveau-Mexique. Ces prêtres et ces moines viennent en paix, sans armes autres que leur Bible et leur crucifix, et sont dépendants de l’aide amérindienne pour survivre dans ces environnements rudes qu’ils ne connaissent pas. Malgré eux, ils sont porteurs de malheur : ils introduisent les maladies européennes chez ces peuples jusqu’alors préservés, et que nos germes et virus déciment. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Mais ces missionnaires émeuvent par leur foi kamikaze, leur dévouement à bâtir des églises sur la pierre nue de ces déserts par-delà l’océan, loin du vieux monde, à la merci de tout.

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    Au sud de Tucson, la colombe est posée au coeur du désert

    San Xavier est établie en 1692. Elle est un des plus beaux exemples d’architecture coloniale espagnole, mais comme ailleurs, les missionnaires tentent d’inclure des éléments de culture locale traditionnelle à la décoration de l’église : ainsi, ils empruntent aux Indiens Tohono O’odham les motifs géométriques colorés qui ornent les murs, et parmi les Saints européens classiques, on trouve un Indien de bois sculpté, tenant un crucifix.

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    Saint Indien à San Xavier del Bac

     

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    Motifs géométriques amérindiens.

    Lorsque le Mexique obtient son indépendance, en 1822, la région de Tucson se nomme Alta California et est sous juridiction mexicaine. Soucieux d’asseoir son influence, le gouvernement mexicain décide d’expulser tous les prêtres nés en Espagne – la mission San Xavier est alors désertée de ses prêtres jésuites. L’église est abandonnée.

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    Sublime église baroque

    Mais elle ne tombe pas en ruine. Les Tohono O’odham veillent sur elle. San Xavier, c’est désormais leur église, une église amérindienne, où on vénère le Christ et d’autres Dieux plus anciens, un lieu sacré et syncrétique. Un demi-siècle plus tard, les Jésuites obtiennent le droit de revenir. Ils retrouvent San Xavier vivante et intacte, animée par la foi Amérindienne.

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    Fabuleux exemple de mélange culturel : un ostensoir en fibre de catctus

    Ce lieu est magique. Dans les bâtiments adjacents à l’église, on vend des chapelets et des attrape-rêves, des médailles et de l’artisanat amérindien. Ce sont des Indiens qui veillent sur San Xavier, cultivent les cactus roses et déposent des cierges à la grotte miraculeuse, et continuent de faire vivre cet extraordinaire symbole. Au cimetière de la mission reposent les Tohono O’odham sous des croix de bois coloré, où les saints côtoient les figures profanes.

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    Cimetière de San Xavier. Je n’y suis pas rentrée et n’ai pas fait de plan rapproché des tombes, conformément au voeu des habitants.

     

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    Tombes colorées, devinées à travers la grille.

    Moi qui suis sans religion, j’ai quitté ce lieu étrangement apaisée, nourrie de beauté. Beauté devant moi, beauté autour de moi… beauté dans le monde quand les hommes bâtissent des églises dans le désert.

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    Jardins de la mission

     

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    N’est-elle pas éblouissante ?

    A suivre sur Itinera Magica : l’Apache Trail.

    Nous partirons sur une des pistes les plus légendaires de l’Ouest, avec les chercheurs d’or au cœur des montagnes hantées !

    En pratique : un roadtrip autour des sites amérindiens d’Arizona

    Pour explorer les différents lieux évoqués dans cet article, partez de Phoenix.

    Si vous voulez explorer le Grand Canyon, je vous conseille de faire une halte à Sedona, et d’en profiter pour explorer Tuzigoot et Montezuma Castle, à deux heures de voiture au nord de Phoenix.

    Les monts San Francisco sont au nord de Sedona et Falstaff, sur la route vers Page.

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    Carte des sites amérindiens d’Arizona

    Côté sud, la visite de la mission San Xavier del Bac est incontournable quand on visite Tucson. Vous pouvez l’associer à un road trip dans le sud de l’Arizona, à la découverte du Saguaro National Park, parc des cactus, de la belle Tucson, ville mexicaine au sud de l’Arizona, et de la ville cowboy de Tombstone.

    Plus de détails sur le sud de l’Arizona à suivre sur Itinera Magica !

    Visiter les sites amérindiens d’Arizona : budget

    L’entrée à Tuzigoot et à Montezuma Castle coûte 20 dollars, mais il s’agit d’un même billet, donnant accès aux deux sites.

    Le musée Heard coûte également 20 euros. La librairie est fabuleuse, une mine d’or !

    San Xavier del Bac est une église ouverte – le don est apprécié, mais nullement obligatoire.

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  • Weimar et Iéna, ou l’Allemagne romantique

    Nous sommes en 1800. Le soleil se lève sur un nouveau siècle et quelque chose d’extraordinaire se produit en Thuringe. Deux petites villes au cœur de l’Allemagne, Weimar et Iéna, deviennent le centre du monde. Tous les intellectuels, philosophes, poètes, artistes, musiciens de cette époque viennent déferler sur leurs façades à colombages, et façonner à l’ombre des saules pleureurs des idées qui vont changer le monde. C’est une véritable éruption volcanique, un tourbillon d’intelligence et de créativité extraordinaire – l’aube de la modernité. Voyage à travers l’Allemagne romantique.

    De Weimar à Iéna en passant par le château de Novalis, venez découvrir le coeur de l'Allemagne romantique sur Itinera Magica !
    Calèche passant devant le château de Weimar.

    L’histoire de l’humanité ressemble à une journée de printemps en Ecosse : entre deux averses torrentielles percent de sublimes éclaircies. Nous connaissons tous les heures les plus sombres de notre histoire. Mais il nous faut aussi célébrer ces instants où la lumière jaillit, où le génie humain rayonne et donne foi au progrès. Les Allemands appellent ces instants là les « Sternstunden » : les heures étoilées. La Renaissance italienne en fait partie, ainsi que le Grand siècle français, ou le Siècle d’or espagnol, mais il y a une période et un lieu qui ont su toucher mon cœur plus que tout autre : l’Allemagne romantique.
    Si j’ai décidé d’apprendre l’allemand, c’est parce qu’à l’âge de onze ans, j’ai lu sous un grand chêne, un jour d’avril, les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Quatre ans plus tard, au lycée, j’ai découvert les Hymnes à la nuit de Novalis, et j’ai choisi d’étudier la littérature allemande. Les éblouissements romantiques m’avaient frappée à mon tour, et ont déterminé ma vie. L’Allemagne est devenue ma seconde patrie. J’ai une belle-famille au nord de la Bavière, et j’ai consacré ma thèse de doctorat à la littérature romantique.

    De Weimar à Iéna en passant par le château de Novalis, venez découvrir le coeur de l'Allemagne romantique sur Itinera Magica !
    Dans le jardin de la maison de campagne de Goethe, à Weimar

    J’ai passé le 8 mai dernier en Thuringe, où j’ai reçu des mains de l’université de Iéna et de la société Novalis le prix Novalis 2016 pour ma thèse, « Novalis et la théologie négative, Le gouffre et le rêve dans le romantisme européen ». J’ai eu droit à un diplôme signé par des tas de gens infiniment plus importants que moi, à un chèque géant, et à un bouquet de fleurs très nuptial, qui me faisait l’effet d’être la fiancée de Novalis. Pour une spécialiste du romantisme, être décorée par l’université de Iéna, c’est le saint Graal. C’est un peu comme si j’étais footballeuse et que je recevais un prix de dribbles et jongles dans le stade Maracaña à Rio. Je n’en reviens toujours pas. Et je me suis dit qu’il fallait que je vous raconte l’Allemagne romantique, que je vous raconte ce qui s’est passé en Thuringe autour de 1800, et pourquoi cette époque continue de fasciner.

    De Weimar à Iéna en passant par le château de Novalis, venez découvrir le coeur de l'Allemagne romantique sur Itinera Magica !
    Moi dans le jardin de Schiller, à Iéna, après la remise du prix Novalis

    L’Allemagne de Goethe en cinq minutes

    Imaginez la fin du 18e siècle en Europe. La révolution française a été un séisme sans précédent. Un peuple a décapité son roi, et décidé d’écrire lui-même une constitution. Dans leur zèle iconoclaste, les armées révolutionnaires ont même destitué le pape : pour la première fois depuis des siècles, la chrétienté n’a plus de chef. Le Saint Empire romain germanique, qui existait depuis plus de mille ans, est dissous. Toutes les idoles sont déboulonnées. C’est la fin du monde, et l’aube d’un nouveau.

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    L’Allemagne en mai : des champs de colza à perte de vue

    A cette époque, les Allemands ne font pas de politique. Leur pays est un enchevêtrement de petits royaumes et duchés emperruqués, tellement farci de frontières qu’on ne peut faire deux pas sans se prendre les pieds dedans. C’est dans le domaine des arts et des idées qu’ils se lancent à la conquête de la modernité.

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    Le château de Weimar, la rivière Ilm et un saule pleureur.

    Immanuel Kant, le reclus de Königsberg, a écrit : Aie le courage de te servir de ta propre raison ! Avec sa Critique de la raison pure, il met à bas deux mille ans de métaphysique et change à jamais l’histoire des idées : après Kant, plus aucun philosophe ne pourra faire comme s’il ne l’avait pas lu. Dans son sillage viennent une flopée de penseurs géniaux, comme Hegel, qui font de l’idéalisme allemand l’Himalaya insurpassé de la philosophie.

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    Un café à Weimar.

    En littérature, c’est l’heure des tempêtes. Avec les Souffrances du jeune Werther, le jeune Johann Wolfgang von Goethe a écrit le premier bestseller de l’histoire de la littérature. L’histoire de ce jeune homme fou amoureux d’une femme mariée et qui en vient à se suicider déchaîne les foules. Pour la première fois, un roman inspire des produits dérivés : il y aura des tasses et des assiettes Werther, et tous les hommes se mettent à copier son costume (gilet jaune et veste bleue). Une vague de suicides romantiques parcourt l’Europe – à Weimar, une actrice de dix-sept ans se jette dans la rivière Ilm, Werther dans la poche…

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    Le pont sous lequel on a retrouvé le corps de l’infortunée.

    Un autre génie fait chavirer les cœurs : Friedrich Schiller. Avec ses pièces de théâtre tonitruantes, telles que Les brigands ou Cabale et amour, il fait voler en éclats le classicisme, et impose un théâtre des passions. Quand survient la révolution française, il compose l’Ode à la joie – ce texte qui, mis en musique par Beethoven, deviendra l’hymne européen.

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    Buste de Schiller.

    Joie, belle étincelle divine,
    Fille de l’assemblée des dieux,
    Nous pénétrons, ivres de feu,
    Ton sanctuaire céleste !…

    Les dieux sont partis et les rois s’écroulent, il reste les artistes, dont le génie doit changer la face du monde.

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    Au coeur de Weimar.

    Puis Schiller et Goethe s’assagissent. Schiller s’installe à Iéna, devient professeur d’université et tente d’écrire une histoire universelle du monde, entreprise titanesque et alors radicalement nouvelle. A chacun de ses cours, les étudiants se précipitent par centaines, comme s’il était une rockstar. Entre deux apparitions, il se repose dans sa maison de campagne, aux plafonds percés de larges fenêtres pour mieux observer le ciel, et où il se fait construire un observatoire astronomique. Les poètes de cette époque connaissent deux infinis : le cosmos et le cœur humain. Il faut tout explorer, tout découvrir.

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    L’observatoire de Schiller à Iéna.

    Weimar, l’Allemagne romantique par excellence

    Goethe est l’exemple même de l’homme accompli, à qui aucun domaine humain ne doit rester inaccessible. A Weimar, il se noue d’amitié avec le jeune duc, qui le charge d’une pléthore de fonctions officielles. Goethe devient directeur de théâtre, géographe, astronome, passionné d’optique et de minéralogie, ministre chargé de la culture, et continue pourtant d’écrire. Entre deux réunions ou deux rimes, il découvre un nouvel os dans le corps humain. Et il veut faire de Weimar la nouvelle Athènes, le centre du monde cultivé. Partout à Weimar, palais, théâtres, universités sortent de terre et célèbrent le nouvel âge d’or de l’intelligence. Goethe devient un Dieu vivant, qui ne peut faire trois pas sans croiser une statue de lui. Aujourd’hui, on appelle en Allemagne la période 1770-1830 « die Goethezeit » : le temps de Goethe. Jamais un homme n’aura autant incarné l’esprit d’une époque. Wilhelm Meister, Faust : chacune de ses œuvres semble inventer un genre.

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    La maison d’été de Goethe, à Weimar – son refuge bucolique.
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    Orage sur le jardin et le palais de Goethe, au coeur de Weimar

    Si vous voulez remonter dans le temps et ressentir ce qu’a pu être cette époque, allez à Weimar. Des calèches passent sur les rues pavées, entre les maisons à colombages couvertes de fresques et de vers. Glycines, fontaines et saules pleureurs gémissent doucement dans les jardins des palais.

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    Coeur de Weimar. Sur la façade : « Si vous connaissez la vie, donnez moi son adresse ».
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    Château de Weimar
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    Place du marché

    Tous les deux mètres, vous trouverez des panneaux « Goethe est venu ici » et des bustes de grands hommes. La bibliothèque Anna Amalia – du nom de la duchesse qui régentait Weimar à l’heure de l’âge d’or – est la plus belle d’Allemagne, et des dizaines de musées vous plongent dans l’ébullition 1800. A cette époque, il n’y a pas un écrivain, pas un musicien, pas un artiste, pas un philosophe, pas un lettré, qui ne soit venu séjourner quelques temps à Weimar.
    (Sauf Kant. Kant n’a jamais quitté son refuge prussien de Königsberg, où il a fait tous les jours de sa vie la même promenade, toujours à 17h, sauf le jour de la révolution française – il a préféré aller acheter le journal. Disons que tous les lettrés et artistes non extraterrestres sont venus à Weimar.)

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    Maison d’été de Goethe.

    Weimar a un charme inouï. Pour tout amoureux de l’Allemagne, c’est une destination incontournable : le vieux cœur du pays bat ici.

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    Quand la tonnelle est en fleurs, c’est une vision idyllique.
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    Au coeur des ruelles de l’Allemagne romantique
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    L’Herderplatz.
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    Cimetière de Weimar sous la neige – tant de grands noms reposent ici.
    Fontaine dans l'un des parcs de Weimar
    Fontaine dans l’un des parcs de Weimar

    Iéna, le berceau du romantisme

    Iéna n’est qu’à une demi-heure de route de Weimar ; ce sont deux villes sœurs, la ville de Goethe et celle de Schiller.

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    Iéna.
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    Café à Iéna

    En 1798 se noue à Iéna un cercle de jeunes gens géniaux et mégalomanes : les premiers romantiques. Les frères Schlegel, leurs épouses Dorothea et Caroline, Novalis, Tieck et d’autres rêvent de rompre avec le style antique que Goethe a imposé à Weimar, et d’inventer la littérature du nouveau siècle. Une littérature où on transcende les genres, où on écrit à plusieurs, dans un dialogue permanent, où la poésie est « progressive et universelle », et où chaque roman reflète l’histoire du monde entier. C’est un feu d’artifice théorique et poétique extraordinaire, une efflorescence de talents frémissants. C’est la naissance du romantisme.

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    Coeur de Iéna
    Maison de Schiller à Iéna
    Maison de Schiller à Iéna
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    Printemps chez Schiller

    Parmi eux, un jeune homme deviendra le symbole du romantisme allemand : Friedrich von Hardenberg, dit Novalis. Sa vie est celle d’une comète. En quelques années, il édifie une œuvre poétique et théorique monumentale, puis meurt à l’âge de 29 ans, quelques années après sa fiancée Sophie, emportée par la tuberculose. Cette expérience du deuil et de l’espoir des retrouvailles lui inspirera le plus beau texte du romantisme, les Hymnes à la nuit. C’est lui qui donne son âme au mouvement, et écrira son manifeste :

    “Le monde doit être romantisé. C’est ainsi que l’on retrouvera le sens originel. Cette opération est encore totalement inconnue. Lorsque je donne à l’ordinaire un sens élevé, au commun un aspect mystérieux, au connu la dignité de l’inconnu, au fini l’apparence de l’infini, alors je les romantise.”

    « Nous rêvons de voyages à travers l’univers, mais l’univers n’est-il pas en nous ? C’est vers l’intérieur que va le chemin mystérieux ».

    J’ai découvert l’œuvre de Novalis à quinze ans, et elle ne m’a jamais quittée. Et c’est pourquoi je vous invite à quitter la Thuringe, et à me suivre en Saxe, sur les premiers contreforts du massif du Harz : à Wiederstedt, où Novalis est né.

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    Le château de Novalis, à Wiederstedt. A son anniversaire, début mai, les cerisiers sont en fleurs.

    Oberwiederstedt, le château de Novalis

    En 1772, Friedrich von Hardenberg, dit Novalis, est né au château d’Oberwiederstedt, à l’heure où les cerisiers sont en fleurs. Il a été baptisé dans la chapelle attenante, et a grandi ici, isolé dans la nature. C’est un château vieux de plusieurs siècles, qui appartenait à la famille Hardenberg depuis la Réforme luthérienne, et qui est resté entre leurs mains jusqu’à ce que les soviétiques s’emparent de l’Europe de l’Est et exproprient les descendants de la famille de Novalis.

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    Château d’Oberwiederstedt à l’automne

    En 1989, le château laissé à l’abandon était en ruine, et les autorités de RDA voulaient le raser. C’est alors que le peuple du village s’est soulevé contre cette décision. Plus que l’héritage de Novalis, c’était le patrimoine de Saxe qu’ils voulaient sauver de l’arbitraire de l’Etat, et signifie la résistance des cultures locales contre le mépris utilitariste. Il s’est passé quelque chose de prodigieux : charpentiers, menuisiers, maçons, carreleurs et autres volontaires se sont unis et sont venus bénévolement restaurer le château. Ce lieu est un petit miracle.
    Après la réunification, la société Novalis y a été fondée, et elle est devenue un lieu de culture et de recherche unique en son genre. Durant ma thèse, je suis venue ici à maintes reprises, au fin fond de la Saxe, au beau milieu des collines minières, dans ce château à qui d’étranges lucarnes semblent donner des yeux.

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    Les yeux du château

    J’ai travaillé sur des livres et des manuscrits qui dataient du XVIIIe siècle, et vu fleurir la rose Novalis. La rose Novalis ? Peut-être ne le savez-vous, mais l’expression « être fleur bleue » est inspirée de lui. Dans son roman Henri d’Ofterdingen, Novalis mettait en scène un personnage obsédé par la quête d’une fleur bleue aperçue en rêve, et qui symbolise l’absolu. La fleur bleue, pour Novalis, ce n’est pas un symbole de mièvrerie, contrairement à ce que l’expression française laisse suggérer – c’est une fleur des profondeurs, née de l’ivresse et du vertige, qui détient la clef vers d’autres sphères. La société Novalis a voulu créer une rose violette, la plus proche possible de la fleur bleue rêvée – elle devient bleue quand on la fait sécher…

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    Rose Novalis à l’automne, hélas déjà fânée…

    Nous sommes tous les enfants du romantisme. Il nous a appris à chercher l’absolu non pas dans le ciel, mais sur la Terre et dans le cœur des hommes. Il nous a soufflé à l’oreille que nous étions tous des génies, et que le bonheur résidait dans la créativité, que nous avions tous au fond de nos cœurs un diamant brut à extraire et à tailler. Il nous a enseigné à aimer à la folie, jusque dans la mort, à cultiver chaque passion comme une fleur fragile, à nous enorgueillir de nos excès, à être nous-mêmes jusqu’au délire. Il nous aura fait aimer la nuit, le vertige et l’amour.

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    Automne dans le jardin de Novalis

    J’ai passé des heures et des heures au château de Novalis, à guetter en silence les secrets de jadis, veillée par les grands yeux du toit. La première fois que je suis venue, une bannière s’étendait au-dessus de la porte : « La poésie guérit des blessures qu’inflige la raison ». N’est-ce pas le plus beau des slogans ?

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    Lors de la remise du prix Novalis, mon bouquet de mariée (ou presque) – merci à Susanne Bayerlipp pour la photo !

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  • Florence, voyage au coeur de l’idéal

    Florence ! Son seul nom est une légende. Voici la perle de Toscane, la ville des superlatifs romantiques et des artistes qui s’évanouissent en foulant son sol, fauchés par tant de beauté et d’idéal. Promenade au milieu des merveilles de l’art et de l’histoire florentine, à la recherche du secret de ce qu’on appelle la Renaissance, et dont Florence est le sanctuaire vivant.

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    Florence, vue depuis Fiesole.

    Cet article s’inscrit dans une série consacrée à un voyage en Toscane en amoureux – voir ici la première partie.

    Après une première nuit à Pise, et une petite heure de route, nous apercevons le toit rond du Duomo dans la lumière du matin, et l’émotion me saisit : Florence, je suis à Florence. Combien de fois ai-je vu cette cité en peinture, combien de poèmes et de récits ai-je lus à son sujet ? Elle fait partie de ces villes si souvent imaginées en songe qu’on ne sait plus bien, au moment de les découvrir enfin, où s’achève la vie et où commence le rêve.

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    Vue sur Florence depuis le Duomo.

    A la fin du quinzième siècle, à l’époque où les Médicis sont une des familles les plus riches et les plus influentes d’Italie, ils décident que l’art florentin devra porter l’étendard de leur puissance à travers le monde entier. Il faut que Florence devienne la nouvelle Athènes. Il faut qu’à l’image des astres les plus lumineux, elle soit cette ville soleil qui attirera irrésistiblement tout artiste à elle, et rayonnera en retour jusqu’aux confins de l’Europe. Ce qu’on appelle la Renaissance, c’est Florence qui l’a inventée, sculptant au biseau dans le marbre son propre mythe. Les peintres allemands et néerlandais, les rois de France et d’Angleterre, tous sont fascinés par cette nouvelle étoile émergée des eaux de l’Arno, posée au milieu d’un désordre de collines.

    Au milieu des collines et des cyprès, le Duomo de Florence.
    Au milieu des collines et des cyprès, le Duomo de Florence.

    Trois siècles plus tard, les Romantiques allemands redécouvrent la Renaissance italienne, et racontent les histoires de protestants d’Allemagne du Nord qui découvrent Florence et tombent en pâmoison, se convertissent au catholicisme et rêvent de peindre comme Raphaël, de capturer Dieu dans les pigments de leur toile. Florence redevient le symbole de l’idéal, et de l’art tout entier dévoué à sa poursuite – de la quête de la beauté pure. En visitant la ville, Stendhal se sent submergé par sa beauté au point de se sentir mal, d’être pris de vertiges et de palpitations. C’est ce qu’on appellera « le syndrome de Stendhal », l’incapacité physique à supporter tant de beauté. Il paraît que Florence fait cela aux gens, et je me sens vulnérable.

    Sur la piazza della Signoria.
    Sur la piazza della Signoria.

    Mais j’arrive à Florence la tête pleine de livres et de tableaux ; mes yeux ne sont plus vierges, tout ce que je vois de la ville se surimpose à ce que j’en sais ou crois déjà en savoir, et j’ai parfois la sensation de marcher à l’intérieur de ma propre tête, dans un musée intérieur de l’Occident. Je me serais désirée plus innocente et plus naïve, j’aurais voulu être un jeune aspirant artiste du Quattrocento, qui ne sait rien ou presque et que tant de beauté foudroie.
    A vrai dire, ma « première fois » artistique, je l’ai vécue il y a dix ans, à Cologne. C’était l’été après mon bac, avant le début de mes études d’allemand. J’étais partie visiter la vallée du Rhin, les châteaux forts entre Coblence et Mayence, le rocher de la Lorelei, et le musée Wallraf-Richartz de Cologne. J’y avais découvert pour la première fois les tableaux de la Renaissance non pas italienne, mais allemande : les œuvres de Dürer, Cranach, Holbein, Grünewald, Altdorfer, ces hommes du Nord éblouis par l’art qui émerge en Toscane, et qui se l’approprient à leur manière. L’historienne de l’art Gloria Fossi explique que la différence la plus manifeste entre la peinture de la Renaissance italienne et de l’allemande, ce sont les paysages, les arrière-plans. Les Italiens se concentrent sur les visages et les corps – ce sont ces portraits qui ont défini notre vision de la beauté, ces Michel-Ange, ces Raphaël, ces Botticelli, qui continuent, un demi-millénaire plus tard, à incarner la perfection faite humanité. La Renaissance, c’est l’homme catapulté au cœur de l’univers, un nouveau Dieu fait chair, et c’est l’invention de la beauté pure. Les Allemands peignent eux aussi des visages, bien sûr – ce sont ces autoportraits saisissants de Dürer, ce sont les vierges et les Eve de Cranach, l’ambiguïté inquiétante de leurs sourires –, mais peuplent les arrière-plans, derrière leurs sujets, d’immenses paysages fantastiques, de forêts enchevêtrées, de châteaux gothiques, de panoramas immenses. C’est comme si les Allemands avaient déjà ce fantasme faustien de la totalité, et qu’ils voulaient faire de l’œuvre d’art la « goutte d’eau au bord du seau » de Klopstock : un microcosme qui reflète l’univers entier. J’ai cru voir le secret du vieux monde dans les tableaux de la Renaissance allemande, une sorte de clef magique, ce miroir qui coule dans nos livres et qui me hante. A seize ans, j’étais profondément gothique, et j’ai aimé les clairs-obscurs germaniques avant l’éclat éblouissant des œuvres italiennes. J’y reconnaissais mon fantôme.

    L'Adoration des Mages, d'Albrecht Dürer, à la galerie des Offices de Florence.
    L’Adoration des Mages, d’Albrecht Dürer, à la galerie des Offices de Florence.

    Quelques mois plus tard, j’ai visité le Louvre, dont on dit souvent qu’il a la plus belle collection d’art de la Renaissance après la galerie des Offices florentine, et j’ai découvert la lumière du sud – comme des milliers d’autres avant moi, je suis aussi tombée amoureuse de la Renaissance italienne, ce moment rare et précieux de l’histoire de l’humanité. Le plus beau livre qu’il m’a été donné de lire sur le siècle de Florence est Le rêve Botticelli, de Sophie Chauveau. Si vous aussi, vous rêvez de communier avec tous les artistes et les jeunes exaltés dans l’amour de la Renaissance italienne, je vous conseille de lire ce livre, puis de faire un tour au Louvre.

    Le tableau le plus célèbre de la galerie des Offices, la Naissance de Vénus, par Sandro Botticelli.
    Le tableau le plus célèbre de la galerie des Offices, la Naissance de Vénus, par Sandro Botticelli.

    Ma visite à la galerie des Offices de Florence, je l’attendais donc depuis dix ans. Je savais ce que je rêvais d’y voir. Cimabue, Le Pérugin, Mantegna, Giorgione, Raphaël, De Vinci, Lippi et la douceur de sa Madonne à l’enfant, Caravage et sa terrifiante Méduse, la sulfureuse Vénus d’Urbin de Titien. Et Botticelli, Botticelli avant tout, la Vierge à la Grenade, avec la délicatesse des pages tenant des fleurs autour de la Madonne, la Naissance de Vénus, symbole de beauté parfaite et emblème de la Renaissance italienne depuis un demi-millénaire, mais aussi sa Judith angélique et assassine, son énigmatique Portrait d’un homme, tenant une médaille dorée aux abords ésotériques, son Adoration des Mages, et Pallas et le Centaure, dont la tonalité fantasmagorique m’a toujours séduite. Je rêvais de ma rencontre avec Botticelli comme d’une entrevue amoureuse.

    Pallas et le Centaure, Botticelli.
    Pallas et le Centaure, Botticelli.

    Mais je l’aurais appris à mes dépens : il ne faut pas venir en Toscane en septembre, comme nous l’avons fait. Il faut la voir en novembre, quand l’automne éblouit la campagne, mélange d’ors et de brumes, que les rues sont vidées de la cacophonie estivale, que le calme revient. Les rues de Florence sont littéralement assaillies par des groupes touristes chinois qui se comportent comme le troupeau de gnous du Roi lion, lancés à pleine vitesse dans le défilé et piétinant Mufasa sous leurs sabots aveugles. Leur guide brandit le porte-drapeau comme une lance et fonce dans la foule en écrasant tout sur son passage, comme une armée de conquête. A la Galerie des Offices et à la Galerie de l’Académie – les deux musées emblématiques de Florence –, les œuvres sont férocement gardées par des troupes compactes de gens hurlants et gesticulants, et je me demande par quel miracle les statues survivent à ce siège. Nous fuyons le musée, dépités, épuisés, tellement déçus. Je reviendrai à Florence au cœur de l’hiver, et je passerai des heures en tête à tête avec Botticelli, sans que quiconque puisse me réserver le funeste destin qui échoit à Mufasa.

    Vue sur l'Arno. Derrière moi, le Ponte Vecchio, tellement bondé et pris d'assaut que j'ai préféré me retourner et prendre cet autre pont, bien moins iconique, mais plus désert...
    Vue sur l’Arno. Derrière moi, le Ponte Vecchio, tellement bondé et pris d’assaut que j’ai préféré me retourner et prendre cet autre pont, bien moins iconique, mais plus désert…

    Les églises sont à peine plus calmes. Il nous faut bien sûr voir l’emblématique Duomo de Florence, la cathédrale Santa Maria del Fiore, dont la coupole dessinée par Brunelleschi au début du quinzième siècle, cet octogone monumental, représente une prouesse architecturale inédite. De complexes calculs de forces, dont la subtilité mathématique m’échappe, et des techniques novatrices – la disposition en « arête de poisson » – a permis de concevoir une structure autoportante, qui semble crier au monde que rien n’arrêtera le génie florentin, pas même la gravité. En montant dans la coupole pour apprécier la vue sur Florence, la cohue est indescriptible, et je crains le mouvement de foule qui nous étouffera tous, étant donné que l’entrée et la sortie se font par le même boyau étroit et escarpé. Mais le panorama est époustouflant – les tours, les dômes et les toits miroitants de la perle sur l’Arno s’offrent à nos yeux, et je mesure à chaque instant combien Florence est belle.

    Coupole du Duomo.
    Coupole du Duomo.

     

    Vue depuis le dome.
    Vue depuis le dome.

     

    Au pied de la cathédrale.
    Au pied de la cathédrale.

     

    Façade de la cathédrale.
    Façade de la cathédrale.

    Nous trouverons plus de tranquillité dans l’église Santa Maria Novella. Je suis fascinée par la Trinité de Masaccio, peinte dans les années 1425, et déjà si profondément moderne – usage de la perspective, pas de disproportion à la mode byzantine entre les personnages selon leur rang, réalisme humaniste. Je repense à ce que je m’étais dit à Pise, au Campo Santo : la démarcation entre Moyen-Âge et Renaissance n’existe pas, ce sont deux fleuves qui mêlent leurs eaux, et continuent de cheminer vers le même océan du génie universel.

    Santa Maria Novella.
    Santa Maria Novella.

     

    Trinité de Masaccio, à Santa Maria Novella.
    Trinité de Masaccio, à Santa Maria Novella.

    Dans l’église Santa Maria Novella toujours, je suis frappée par la Chapelle des Espagnols, bâtie et décorée par Andrea di Boniaiuto (dit aussi Andrea da Firenze) à la gloire de l’ordre des Dominicains, les « chiens de Dieu », qui sont parvenus à amender dans leur sens les dogmes de l’église. Le plus grand théologien médiéval, Saint Thomas d’Aquin, est dominicain, est entre dans le cercle très fermé des pères de l’église, un millénaire après les fondateurs. Plus que jamais lors de ce voyage en Toscane, la construction historique de l’Eglise, les luttes et triomphes idéologiques me deviennent tangibles – l’art et l’architecture des églises de Toscane en sont la chronique, l’épopée de la foi et du pouvoir. Mais ce qui me marque le plus n’est ici pas d’ordre théologique. Dans la Chapelle des Espagnols, je suis captivée par la fresque de l’église militante et de l’église triomphante, peinte par Andrea di Bonaiuto a été peinte autour de 1365. Que voit-on aux côtés des saints, docteurs de l’église, papes et autres figures éminemment saintes ? Boccace, Dante, Pétrarque, les trois immenses poètes médiévaux italiens, ceux qui ont inventé le roman et le sonnet, et ouvert la voie à toute la poésie de la Renaissance, qui s’est targuée d’être la littérature triomphante de la nouvelle ère. Et à leurs côtés, sur cette fresque si théologique, si dogmatique, les femmes qu’ils ont aimées et adulées, les muses de la littérature courtoise : Fiammetta, Béatrice, Laura. Dans une chapelle à la gloire de l’ordre dominicain et du canon chrétien, sur une fresque peinte au quatorzième siècle, on trouve trois poètes profanes et leurs amantes idéales. La glorification de l’art, l’élévation du profane au même niveau que le sacré, l’entrée de la vie dans la peinture, un siècle déjà avant ce qu’on appelle la Renaissance, voilà ce que me dit cette fresque magnifique. Qu’est-ce que je regrette soudain de ne pas avoir étudié l’histoire de l’art ! Elle est le meilleur antidote contre les découpages et les classifications hâtives, contre les simplifications qui insultent la beauté et la complexité du monde.

    Fresque d'Andrea da Firenze. En bas, à droite, Laure, Béatrice et Fiametta, les muses de Pétrarque, Dante et Boccace.
    Fresque d’Andrea da Firenze. En bas, à droite, Laure, Béatrice et Fiammetta, les muses de Pétrarque, Dante et Boccace.

     

    Statue de Pétrarque devant la galerie de l'Académie.
    Statue de Pétrarque devant la galerie de l’Académie.

     

    Cloître de Santa Maria Novella.
    Cloître de Santa Maria Novella.

    Je retrouve Dante, l’immense poète toscan mort en 1321, à la basilique Santa Croce, qui est en quelque sorte le panthéon florentin. Le cénotaphe de Dante est vide – son corps est à Ravenne –, mais nombre d’autres illustres personnalités florentines y reposent, dont Galilée, Machiavel et Rossini. En bas des marches du parvis trône un monument à la gloire du poète : A Dante, l’Italie reconnaissante. Cette perpétuelle collusion du sacré et du profane conspire à la gloire conjuguée de la Toscane ; elle révèle qu’on sert Dieu en louant les œuvres de ses créatures… et inversement.

    La basilique Santa Croce de Florence, avec le monument à Dante.
    La basilique Santa Croce de Florence, avec le monument à Dante.

    A Santa Croce, je tombe en arrêt devant le crucifix de Cimabue, peint en 1265. J’ai longtemps cru à l’opposition simpliste entre catholiques et protestants, à Luther qui associe au catholicisme trop amoureux du monde le Christ triomphant de la résurrection, peint comme un prince byzantin venu régenter un monde d’or et de lumière, et lui préfère le Christ souffrant de la passion, se sacrifiant pour les hommes qu’il aime. Luther attribue au catholicisme le premier, la theologia gloriae, et au protestantisme le second, la theologia crucis. Mais déjà les Franciscains avaient mis au cœur de la dévotion chrétienne le Christ en croix, et l’imitatio des supplices qu’il subit par amour, déjà la devotio moderna avait développé ce dolorisme ancré dans la vie quotidienne et la quête de sainteté ici-bas. J’en viens à me demander ce qui se serait passé si le pape d’alors (un Médicis) avait manœuvré plus habilement et choisi de ne pas excommunier Luther – est ce que le protestantisme se serait fondu dans le grand corps Eglise comme tous les mouvements qui sont venus s’y agréger après s’être singularisés, mystiques rhénans, bénignes, franciscains et autres extatiques ? Ou est- ce que, faute de frapper d’un grand coup tonitruant sur la table, Luther aurait fini sur le bûcher comme Jan Hus ? Est-ce que, comme le pense Thomas Mann, la réforme était inévitable, car elle était une affaire politique, et non religieuse, un soulèvement de l’Allemagne contre la papauté devenue puissance étrangère occupante ? L’histoire de l’art murmure des histoires alternatives, sinueuses, des continuités secrètes et des échos bruissants. Je l’étudie en autodidacte, depuis ce jour où j’ai découvert la peinture du quinzième siècle, au musée de Cologne – j’avais dix-huit ans et j’ai eu l’impression soudain de comprendre. C’était ce jour-là mon illumination. Tout faisait sens, la clef de l’histoire était dans l’art, dans la matière opaque de ces visages vivants depuis des siècles, denses comme la chair, infiniment plus épais et secrets que l’unidimensionnalité des photos.

    A l'intérieur de la basilique Santa Croce.
    A l’intérieur de la basilique Santa Croce.

    Je continue à lire l’histoire de Florence, et le destin incroyable des Médicis. Cette famille venue des campagnes vient s’installer au cœur de la cité au treizième siècle, pour profiter d’une période de croissance économique. Elle devient, comme les Fugger à Augsbourg et plus encore, souveraine sur cette ville d’empire libre où le capitalisme est florissant, et où l’argent peut acheter ce que la naissance ne confère pas. Cette famille inventera la Renaissance, affichera sa morgue étincelante de ville riche et libertine à la face de la Curie, puis donnera trois papes, renforcera l’inquisition puis offrira sa protection à Galilée, avant que la décadence ne la consume. Après avoir défié la papauté, elle devient la papauté. Florence, c’est l’intrication du sacré et du profane au service de la gloire éternelle, et les Médicis l’incarnent mieux que personne. Car je comprends maintenant : la Renaissance, c’est le plus fabuleux coup marketing de l’histoire de l’humanité. C’est une invention de Laurent de Médicis, qui veut que le monde des arts célèbre sa puissance et sa gloire, son affranchissement de tous les codes moraux et hiérarchiques de l’époque, qui veut que Florence devienne l’Athènes de la nouvelle ère, et qui proclame qu’une aube nouvelle descend sur le monde. Laurent de Médicis finance le génie des plus grands artistes de son époque afin qu’ils propagent l’évangile : venez à Florence, et si vous êtes beau et jeune et que vous avez du talent, les Médicis vous protègeront, vous paieront pour révolutionner l’art, et pardonneront toutes vos débauches.

    La plus célèbre place de Florence, Piazza della Signoria.
    La plus célèbre place de Florence, Piazza della Signoria.

    Je suis fascinée par l’histoire du David de Michel-Ange, probablement la statue la plus célèbre du monde, qui trône aujourd’hui à la Galerie de l’Académie (et sa copie sur la Piazza della Signoria, devant le palazzo Vecchio. Laurent de Médicis meurt en 1492, au crépuscule d’un Quatrocento flamboyant qui aura signifié la Renaissance des arts, et au moment où la découverte du Nouveau Monde fait basculer l’Europe vers l’Atlantique. De nombreuses forces florentines tentent de rétablir la république que Laurent avait vidée de sa substance, et dans ce court intermède entre deux Médicis monte le nom mystérieux et étrange de Savonarole. Qui est Savonarole ? Un moine. Un moine qui ne cherche pas le pouvoir, si ce n’est par la parole. Cœur ardent, langue de feu, il prêche et il harangue, il dénonce la corruption et la débauche dans laquelle la ville a sombré. Il accuse les florentins de s’être perdus dans l’ivresse du pouvoir et de la richesse, d’être oisifs, libertins, corrompus. Sur la Piazza della Signoria, il allume un grand brasier qui brûle nuit et jour, et qu’on appellera le bûcher des vanités. Au coeur du coeur de Florence, le feu crépite, et Savonarole appelle les habitants à venir y jeter tout ce qui les détourne de l’éternel, objets de luxe, bijoux, tableaux obscènes, œuvres licencieuses. On verra des dames de l’aristocratie transies par la parole de Savonarole venir de leur plein gré jeter leurs colliers aux flammes, on verra Botticelli lui-même immoler des chefs d’œuvre inestimables, les nus, les scènes légères. Puis le vent tourne, la puissance de Savonarole inquiète. Savonarole brûle à son tour sur le feu qu’il a allumé, au terme d’un procès inique que dénonce une médaille commémorative, sur le pavé de la place – car Savonarole n’avait fomenté aucun complot, ne manigançait aucune sédition, il était juste un Calvin avant l’heure, un moine enragé de vertu à la parole incendiaire.

    A la Pensione Bencista, où nous dormons je prends mon petit déjeuner sur un plateau représentant l’exécution publique de Savonarole, par un peintre anonyme du XVIe siècle. La tarte tatin tombe sur l’incendie. Etrange.
    A la Pensione Bencista, où nous dormons, je prends mon petit déjeuner sur un plateau représentant l’exécution publique de Savonarole, par un peintre anonyme du XVIe siècle. La tarte tatin tombe sur l’incendie. Etrange.

    Savonarole mort, Florence l’indomptable redresse la tête, et on charge le jeune Michel-Ange de sculpter un bloc de marbre monumental, mais rebelle, présentant des difficultés techniques quasi insurmontables, et qui a mis en échec déjà deux sculpteurs chevronnés. Michel-Ange, lui, triomphe du marbre rétif, transforme ses défauts en atouts, et il sculpte ce David fabuleux, ce corps puissant, bandé comme un arc, ce regard inimitable, qui surpasse toutes les statues de l’art antique. Regard de fauve, de guerrier, de roi du monde, corps jeune et invaincu. Un comité d’artistes se réunit. Il compte Léonard de Vinci, Botticelli, Pérugin, Lippi ; il faut les imaginer, cette réunion de génies à qui on a donné les clefs de la cité, cette artisto-cratie que Platon n’aurait jamais pu deviner, il faut imaginer ce comité pour comprendre la spécificité hallucinante de la Florence de 1500. Le comité des demi-dieux décide de faire trôner David devant le Palazzo Vecchio. Là où on a brûlé Savonarole, on place ce David nu, magnifique, sculpté par un homme ouvertement homosexuel, poète, peintre, sculpteur, libre jusqu’à l’insolence. C’est l’homme nouveau qu’on ne déboulonnera plus. Le triomphe de l’individu. L’ère des rois a commencé, de la constitution des états, des richesses accumulées, de l’égoïsme créateur, l’ère des absolutistes et des ors débordants. 1492-1789, les trois siècles mégalomanes, l’Europe qui met l’univers à genoux, les rois devenus Dieux. La Renaissance, c’est la beauté qui a changé le monde, dit une exposition au Palazzo Vecchio, mais c’est aussi le triomphe du moi, la soif de pouvoir, d’infini et de sang. La Vénus de Botticelli et le David de Michel-Ange : la nouvelle humanité est née à Florence, pour le meilleur et pour le pire.

    Le David de Michel-Ange (copie placée devant le Palazzo Vecchio. L'original est à la Galerie de l'Académie.)
    Le David de Michel-Ange (copie placée devant le Palazzo Vecchio. L’original est à la Galerie de l’Académie.)

    Nous dormons à la Pensione Bencista, à Fiesole, sur les hauteurs au-dessus de Florence – une vue de prince. J’ai rarement vu un endroit aussi charmant. Glycines noueuses, oliviers, tableaux anciens, couverts en argent, et un crépuscule et un jacuzzi sur Florence, c’est une idylle toscane accomplie.

    Crépuscule dans les jardins avec vue sur Florence, à Fiesole.
    Crépuscule dans les jardins avec vue sur Florence, à Fiesole.

     

    Jardin de la Pensione Bencista.
    Jardin de la Pensione Bencista.

     

    Jaccuzzi au milieu des oliviers et avec vue sur Florence...
    Jaccuzzi au milieu des oliviers et avec vue sur Florence…

    Je lis que la famille Bencista a acheté la maison des mains du fils d’Arnold Böcklin : l’immense peintre suisse est venu finir sa vie ici, et y est mort en 1901.La rue devant le couvent San Domenico porte son nom. C’est inspiré par la Toscane qu’il a peint l’Île des morts, cette œuvre qui me fascine infiniment depuis des années. On y voit une île forteresse, entourée de cyprès, symbole du deuil depuis les Métamorphoses d’Ovide dans la culture latine, à laquelle aborde une barque fantomatique, que surplombe une figure vêtue de blanc.

    Île des morts d'Arnold Böcklin, version de Leipzig (1886).
    Île des morts d’Arnold Böcklin, version de Leipzig (1886).

    Toute la Toscane me fait penser à Böcklin. C’est une île des morts démultipliée, un mausolée magnifique de la grandeur du continent. Demain, nous partons explorer la vallée du Chianti – le pays de ces fameux cyprès noirs, ou la Toscane des cartes postales.

    A suivre…

    Crépuscule florentin.
    Crépuscule florentin.

    Trois livres que j’ai aimés sur Florence, la Toscane et ses grandes figures :

    Le rêve Botticelli, de Sophie Chauveau.
    The rise and fall of the house of Medici, de Christopher Hibbert 
    Dante, de Barbara Reynolds, 

    Site officiel du tourisme florentin 

  • Mémoires ambiguës de Guadeloupe

    Au-delà de la beauté des plages et de la jungle colorée, la Guadeloupe reflète aussi avec une acuité particulière l’histoire douloureuse des Caraïbes, et les défis auxquels elles doivent faire face. Voyage dans la France ambiguë des latitudes lointaines, en passant par le mémorial ACTe consacré à l’histoire de l’esclavage, les plantations de canne à sucre, ou encore l’habitat insalubre des oubliés.

    Cet article est consacré à la mémoire de l’esclavage et aux problèmes actuels de la Guadeloupe. Il fait suite à cet autre article plus léger, axé lui sur les plaisirs du voyage, qui célèbre les splendeurs de l’île papillon et de Marie-Galante. => voir l’article

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    L’habitation Murat, ancienne plantation et usine sucrière exploitant nombre d’esclaves, à Marie-Galant.

    C’est des Antilles que partira la conquête du Nouveau Monde. Lors de son premier voyage, en 1492, Christophe Colomb accostera à Cuba et Hispaniola ; lors du deuxième, en 1493, il touchera terre en Guadeloupe. C’est ici que fut mis en place le système esclavagiste, qui asservit tout d’abord les populations Amérindiennes, puis les peuples noirs d’Afrique, déportés en masse sur des négriers qui traversaient l’Atlantique.
    Ainsi, l’histoire des Antilles présente le terrible visage d’une lutte de fantômes : ce sont des îles dont la population originelle a été décimée, et remplacée par un peuple d’exilés et de suppliciés. A l’époque où Colomb aborde à ces rivages, les Antilles sont habitées par ces peuples qu’on a nommés par erreur les « Indiens », Caraïbes, Arawaks, Kalinagos, Taïnos. Si les Kalinagos tentent de résister à l’invasion, les Taïnos sont l’exemple même du peuple sacrifié aux conquistadors : Christophe Colomb dit d’eux qu’ils sont un « peuple d’amour », ne connaissant que la gentillesse, et que pour cette raison, ils feraient d’excellents serviteurs – les voilà esclavagisés, fourbus, anéantis. L’art des Taïnos, en communion avec le royaume des morts, est rempli de crânes souriants et de créatures d’ombres aux yeux béants ; aujourd’hui, ces orbites vides, comme un présage du néant et de l’oubli, me serrent le cœur et nous accusent. Qu’avons-nous fait, nous Européens, dévoreurs de mondes ?

    Art des Taïnos. Image tirée du livre Taïnos, peuple d'amour, par Bernard Michaut.
    Art des Taïnos. Image tirée du livre Taïnos, peuple d’amour, par Bernard Michaut.

    Il ne reste aujourd’hui presque plus rien des peuples premiers des Caraïbes, si ce n’est quelques minuscules communautés isolées à Dominique, à Saint Vincent et à Trinidad, où des Kalinagos ont pu survivre en autarcie. Et dans nos langues latines et germaniques, quelques reliques des leurs, des mots que nous leur avons empruntés pour décrire les choses inédites et inconnues : Caraïbe, avocat, boa, caïman, havane, curaçao, curare, goyave, maïs, ouragan, ocelot, pirogue, savane, tabac, toucan, ces noms étaient ceux qu’employaient les indiens disparus des Caraïbes.

    Coffre au trésor abandonné sur une plage, symbole du passé qu'on exhume ?
    Coffre au trésor abandonné sur une plage, symbole du passé qu’on exhume ?

    Pour cultiver le tabac et la canne à sucre, ces peuples sont mis en esclavage, et meurent à petit feu d’épuisement et des maladies rapportées d’Europe. Leur servitude dure jusqu’à la célèbre controverse de Valladolid, en 1551. Sensibles aux arguments de Bartolomé de Las Casas, les autorités ecclésiastiques s’émeuvent du sort terrible réservé aux Indiens, et acceptent de cesser leur esclavage, les reconnaissant eux aussi comme des enfants de la création, faits par Dieu à son image. Mais il faut pourtant préserver les intérêts des conquistadors, et ne pas freiner l’activité économique espagnole, dopée par les produits du Nouveau monde… Quel sera alors le peuple immolé à l’avidité européenne, le peuple qu’on soustraira à l’humanité et qu’on assimilera à la bête sauvage ? Les Noirs, dont on fait les descendants de Cham, le fils maudit de Noé « condamné à être l’esclave de ses frères ». Le crime atroce se met en place, avec sa logistique transatlantique bien huilée : le commerce triangulaire. Arrachés aux côtes de l’Afrique de l’ouest, et notamment au golfe de Guinée, près de treize millions d’êtres humains firent le « passage du milieu » – la traversée de l’Atlantique –, enchaînés dans des conditions sordides, au fond des cales des négriers, pendant trois mois environ. Ceux qui survivent à cet enfer se voyaient jetés dans un autre : une vie de servitude et d’humiliation, d’indignité et d’exactions, rythmée par les claquements du fouet et les prescriptions du terrible « Code Noir », qui réglemente la dégradation d’êtres humains au rang d’objets perpétuellement soumis à la violence et l’arbitraire.

    Le Code Noir, de sinistre mémoire.
    Le Code Noir, de sinistre mémoire.

    L’Eglise bénit l’horreur, baptise de force les esclaves et prétend les arracher ainsi à leur vie sauvage et païenne, leur promettant ainsi le royaume des Dieux après une vie où on les aura pourtant traités comme s’ils n’avaient pas d’âme. Les sociétés islamiques d’Afrique de l’Ouest vendent leurs frères noirs, arguant que l’esclavage des non-musulmans est un ordre divin. Ainsi se met en place cet effroyable consentement des monothéismes à l’avilissement et l’assujettissement de millions d’hommes, femmes et enfants.

    Ce christianisme qui fut autrefois imposé de force aux Africains fait aujourd'hui partie prenante de l'identité créole. Ici, l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, à Pointe-à-Pitre, à la voûte de métal construite dans les ateliers de Gustave Eiffel. Durant la période de l'Avent, on entend partout des chorales entonner des chants religieux - cette tradition des choeurs itinérants s'appelle "chanté Nwel".
    Ce christianisme qui fut autrefois imposé de force aux Africains fait aujourd’hui partie prenante de l’identité créole. Ici, une messe à l’église Saint-Pierre et Saint-Paul, à Pointe-à-Pitre, à la voûte de métal construite dans les ateliers de Gustave Eiffel. Durant la période de l’Avent, on entend partout des chorales entonner des chants religieux – cette tradition des choeurs itinérants s’appelle « chanté Nwel ».

    Sur les quais de Pointe à Pitre, en face de la Place de la Victoire et du centre historique, le mémorial ACTe (Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la Traite et de l’Esclavage) commémore le crime contre l’humanité. C’est un immense musée à l’architecture saisissante, dont la silhouette rappelle celle des bateaux négriers, et que ses concepteurs ont décrite comme « des racines d’argent sur une boîte noire ». La boîte noire, c’est le fond sans issue de la cale, mais aussi la mémoire collective, cette tentative d’enregistrer et de consigner les mémoires niées ; les racines d’argent, ce sont la quête des origines, et l’espoir immortel. L’exposition permanente retrace l’histoire de l’esclavage aux Antilles et dans le monde, à travers un parcours visuel, sonore, sensoriel poignant. La muséographie montre le Code Noir, l’obscurité suffocante de la cale et les chaînes aux chevilles, elle raconte aussi le long chemin vers l’abolition.

    Mémorial ACTe.
    Mémorial ACTe.
    Mémorial ACTe. musée pointe à pitre mémoire guadeloupe esclavage
    Mémorial ACTe.

    Je continue de lire, le soir après le musée. La XIIe lettre du Voyage à l’Isle de France, de Bernardin de Saint Pierre, qui raconte les tortures et la cruauté, s’émeut de l’effroyable condition noire, et secoue l’Europe cultivée. L’histoire de la déshumanisation de masse. Les premiers rêves noirs, la science-fiction abolitionniste : en 1786, Louis Sébastien Mercier écrit L’an 2240, rêve s’il en fut jamais, roman d’anticipation qui met en scène l’avènement du « Vengeur du Nouveau Monde », un vengeur noir qui brise les sceptres et les couronnes des empereurs d’Europe.

    La révolution française promulgua une première abolition, qui ne fut appliquée nulle part, si ce n’est en Guadeloupe, où les esclaves goûtent pour la première fois à un semblant de liberté. Mais dès 1802, Napoléon estime que « la liberté est un aliment auquel l’estomac des Noirs n’est pas prêt » et rétablit l’esclavage dans les colonies. Des officiers noirs désertent et tentent de sauver leurs frères. Delgrès, le commandant de Basse-Terre, se joint à la rébellion. C’est la guerre de Guadeloupe, la lutte désespérée contre le retour au néant, menée par Delgrès qui proclame « Vivre libre ou mourir ! », et meurt sans se rendre dans l’assaut du fort où ses troupes dissidentes s’étaient retranchées. C’est un suicide héroïque, une lutte à mort que Delgrès savait perdue : il fait sauter le fort de la ville de Basse-Terre, se tuant plutôt que d’être captif, et tuant du même coup des soldats de l’armée napoléonienne. Les traces des luttes sont tangibles, au sud de la Basse-Terre : les ruines du fort Delgrès s’élèvent toujours face aux monts Caraïbes.

    Collines impénétrables de la Basse-Terre, où Delgrès s'était réfugié.
    Collines impénétrables de la Basse-Terre, où Delgrès s’était réfugié.

     

    Buste de Delgrès à Matouba. Auteur LPLT, Wikipedia Commons.
    Buste de Delgrès à Matouba. Auteur LPLT, Wikipedia Commons.

    Au mémorial ACTe, une longue passerelle mène du musée au jardin de Morne Mémoire, depuis laquelle on voit la baie de Pointe-à-Pitre, et au loin, les contours de la Basse-Terre. On imagine plus qu’on ne devine la Souffrière toujours plongée dans les nuages, et les forêts escarpées des Mamelles, où plus de six cent esclaves marrons (évadés) ont vécu cachés dans les montagnes, jusqu’à l’abolition définitive de l’esclavage en 1848, défendue par Victor Schoelcher. 1848 – il a fallu tant de temps, tant de souffrances.

    Jungle touffue de la Basse-Terre.
    Jungle touffue de la Basse-Terre. Nombre d’esclaves marrons se cachaient ici, dans les monts des Mamelles.

    Partout au mémorial ACTe, les œuvres des artistes contemporains tentent de représenter l’indicible, et de se réapproprier l’histoire. Je suis frappée par l’Arbre de l’oubli, par le plasticien camerounais Pascale Marthine Tayou. Avant d’embarquer dans les navires, les captifs quittant les côtes africaines devaient opérer le rituel de l’arbre de l’oubli : tourner sept fois autour d’un arbre, pour effacer à tout jamais leur passé. L’œuvre de Pascale Marthine Tayou représente ce que les esclaves laissent derrière eux, fétiches, masques, amulettes, objets rituels, objets quotidiens, leur religion et leur culture, un monde symbolique à qui ils doivent dire adieu.

    L'Arbre de l'oubli
    L’Arbre de l’oubli. Source : Mémorial ACTe, Région Guadeloupe

    Mais en vérité, les Noirs n’oublient pas. Les esclaves recréent aux Antilles le continent perdu, cultivent leur africanité, les rites animistes, les dieux et les esprits qu’on tente de leur interdire, les fêtes carnavalesques où, l’espace d’un instant, l’ordre inique du monde est mis sans-dessus-dessous et le monde d’avant ressurgit. Des générations et des générations après la déportation, les descendants de ceux qui ont connu l’Afrique continuent de rêver d’elle, d’un retour fantasmé vers cette terre promise qu’ils parent des brumes du rêve. Le mythe du retour fait battre les cœurs – dès 1787, le Sierra Leone est le premier territoire africain destiné au retour des esclaves affranchis. Suivent en 1792 Freetown, et en 1822, le Liberia, territoires où les damnés de la terre seraient à nouveau souverains, et y subissent souvent de cruelles désillusions. Le retour est cruel, mais le rêve de la terre promise se poursuit : Marcus Gravey tente en 1918 de lever des fonds pour affréter de vieux bateaux et créer la Black Star Line, organisant le retour des Noirs vers l’Afrique. La banqueroute, la prison et une mort solitaire condamneront son entreprise.

    Joseph Jenkins Roberts, premier président du Libéria, 1847. Source
    Joseph Jenkins Roberts, premier président du Libéria. Fondé en 1847, le pays devient la seconde République noire, après Haïti. Source.

    Aujourd’hui encore, je sens parfois affleurer dans les rues des villes et villages guadeloupéennes cette nostalgie mélancolique du continent inconnu. Si Basse-Terre, la vieille capitale, est cossue et douce, la région de Pointe-à-Pitre est sinistrée. Pas de petites maisons de bois coloré ici, mais des bidonvilles et des taudis insalubres – la route de Pointe-à-Pitre à Sainte-Anne donne une image effrayante du délabrement urbain. Et dans les quartiers pauvres de ces agglomérations, partout, partout, des rastas arborent des Afriques au cou et sur leurs vêtements, et attendent le retour du Lion de Juda, symbole du panafricanisme. Derrière les images de carte postale, les Antilles sont tragiques. Leur population originelle, les Indiens Caraïbes, a été décimée et anéantie, remplacée par un peuple d’exilés dont le cœur porte au-delà de l’Atlantique, vers les rivages auxquels on les a arrachés – d’où peut-être ce flottement, cette langueur triste que je ressens dans les rues guadeloupéennes, l’attente de quelque chose qui ne viendra pas, qui n’est plus. Ici tout est précaire, tout est provisoire, comme si le grand départ était proche. Ou comme si la métropole les avait complètement oubliés.

    Bidonvilles.
    Bidonvilles.

    L’état de délabrement et d’insalubrité de cette partie de l’île fait honte à la France. Je ne pensais pas voir, dans un département français, des bidonvilles à perte de vue, des villes entièrement tissues d’un fatras de tôles disjointes qui portent çà et là les marques des incendies, prouvant le danger extrême que représente cet habitat de fortune. Je ne pensais pas voir une telle misère dans les rues, et tant de personnes qui ne mendient même plus (auprès de qui ?), et qui dérivent juste, peut-être ivres ou droguées, ou peut-être juste abîmées dans les profondeurs de leur déréliction. Parmi cette foule hâve au regard vide, on trouve des jeunes et des vieux, des Noirs et des Blancs – population créole locale, et métropolitains venus tenter leur chance dans les paradis insulaires que leur faisaient miroiter les magazines, pensant sans doute que la misère serait moins pénible au soleil. Ceux-là sont devenus ce que les Guadeloupéens appellent des « Blancs gâchés », qui souvent se perdent dans ces trafics de speed et de crack qui minent l’île.

    Pas de bidonvilles au sud de Basse-Terre, mais une sensation de délaissement dans ces rues sorties d
    Pas de bidonvilles au sud de Basse-Terre, mais une sensation de délaissement dans ces rues sorties d’un autre temps.

    Quand je rentre dans les supermarchés guadeloupéens, je comprends soudain ce qui a motivé les émeutes de 2009 contre la vie chère, la colère populaire fédérée par la LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon, soit Collectif contre l’exploitation outrancière). Dans ces quartiers, les étals des magasins ressemblent à une mauvaise plaisanterie. Il n’y a rien, et tout est hors de prix. Impossible de croire qu’on est dans un département français, alors que les produits les plus basiques et évidents sont quasiment impossibles à trouver, et qu’on ne propose aux consommateurs qu’une collection sinistre d’articles démodés, vétustes, incongrus, à des prix hallucinants. Aucun choix, si ce n’est pour les rhums arrangés.

    Les magasins ont des airs de caricature : il est plus facile de trouver du rhum ou du punch qu'un certain nombre de produits de base.
    Les magasins ont des airs de caricature : il est plus facile de trouver du rhum ou du punch qu’un certain nombre de produits de base.

    Même les organismes officiels participent à ce racket institutionnalisé : au mémorial ACTe, les livres coûtent deux à trois fois le prix public indiqué. Je me penche sur un petit livre d’une centaine de pages. Au-dessus du code barre, qui annonce un prix de 12 euros, on a collé une étiquette annonçant le nouveau tarif : 38 euros 90. Même les livres vendus par des maisons d’édition guadeloupéennes, donc locales, sans frais d’importation, voient leur prix tripler. A qui profite ce racket généralisé ? Pourquoi laisse-t-on les Antilles françaises se transformer en taudis hors de prix ? Il est impossible de savourer la beauté de la Guadeloupe sans ressentir en même temps de la colère quant à l’état d’indigence et de dysfonctionnement dans lequel on laisse croupir certaines zones.

    Visions de Pointe-à-Pitre.
    Visions de Pointe-à-Pitre, entre couleur locale chaleureuse et sentiment d’abandon.

    Bien sûr, le tableau est loin d’être partout aussi désastreux. On pourrait évoquer les villages du sud coquet de la Basse-Terre. Bien que partiellement défraîchis, eux aussi, ils ont un charme suranné aux accents de troisième république. On pourrait encore évoquer Marie-Galante, qui est un bon exemple de ruralité réussie, et de mémoire apaisée. Haut lieu de la culture de la canne, la petite île ronde était un épicentre de l’esclavagisme ; aujourd’hui, la canne reste omniprésente, mais elle est devenue un atout économique pour les habitants de l’île. De petits domaines assurent non seulement la culture de la canne, mais aussi sa transformation : en sucre, en sirop de batterie, en rhum. Les distilleries ont des airs approximatifs – machines anciennes dans des hangars –, mais le produit est bon, et se targue de perpétuer le secret des modes de production ancestraux. La canne est une garantie de préservation d’un mode de vie traditionnel, mais digne. Visiter Marie-Galante pousse à l’éloge de la ruralité guadeloupéenne. Pas de bidonvilles, comme autour de Pointe-à-Pitre, mais des villages charmants, des gens au travail dans les champs – comme le dit le guide de l’excursion, « à Marie-Galante, on a du travail et des maisons, pas comme à Pointe-à-Pitre. Il faut dire aux jeunes de venir planter la canne à Marie-Galante, même les jeunes de la métropole : c’est mieux de récolter la canne que de fumer le joint dans le métro parisien ». Sans doute un message subliminal aux « blancs gâchés » qui vont grossir la misère périurbaine.

    Fabrication de sirop de batterie à Marie-Galante.
    Fabrication de sirop de batterie à Marie-Galante.

     

    La canne à sucre, à partir de laquelle on fabrique ce sirop très sucré.
    La canne à sucre, à partir de laquelle on fabrique ce sirop très sucré.

    Le mémorial ACTe participe à un mouvement de réconciliation des mémoires, dont un autre avatar remarquable est le projet de la « Route de l’esclave » : un parcours de mise en valeur des lieux marquants de l’histoire de l’esclavage en Guadeloupe, que l’on peut suivre sur les différentes îles de l’archipel. Cimetière d’esclaves, anciennes plantations, musées, mémorial, fort de Delgrès, tout participe à cette commémoration discrète, mais affirmée, du passé douloureux.

    Route de l'esclave, à travers la Guadeloupe. mémoire guadeloupe
    Route de l’esclave, à travers la Guadeloupe.

    A Marie-Galante, c’est l’habitation Murat que je visite, les ruines imposantes d’une sucrerie qui tournait à plein régime au début du dix-neuvième, l’apogée de l’ère esclavagiste, où l’exploitation de l’homme par l’homme s’était massifiée et industrialisée.

    mémoire guadeloupe esclavage
    Habitation Murat.

    Face au château néoclassique construit par le maître se tiennent les cheminées de l’usine, et les différents moulins dans lesquels on broyait et pressait la canne. Le village des esclaves a disparu, mais on a reconstitué leur jardin médicinal, les plantes traditionnelles avec lesquelles ils se soignaient, reprenant à leur compte le savoir ancestral des Indiens Caraïbes. Cruelle ironie, on y retrouve aussi les daturas, ces plantes riches en alcaloïdes et violemment hallucinogènes, que les jeunes en perdition mêlent au cocktail macaque – une bombe suicidaire, mélange de différents alcools forts et, souvent, d’essence. Les suicides de jeunes sont effroyablement élevés en Guadeloupe, et aux suicides à proprement parler s’ajoutent tous les comportements suicidaires qui n’en disent pas le nom, conduite en état d’ivresse, consommation de cocktail macaque, paris kamikazes. J’ai vu cela à Hawaï ou en Nouvelle Zélande – il y a, dans ces paradis sur terre, une forme de désespoir insulaire qui frappent les peuples qui se sentent laissés pour compte.

    Maison de maître, à l'habitation Murat.
    Maison de maître, à l’habitation Murat.

     

    Bidonvilles.
    Bidonvilles.

     Le mémorial ACTe est contesté, non seulement en raison de son coût exhorbitant (83 millions d’euros), dans une région qui a tant besoin de fonds publics, mais aussi sur le plan idéologique et historiographique.
    Malgré tout, je crois à la mémoire que l’on soigne pour préparer l’avenir. Partout maintenant en Guadeloupe, les lieux de mémoire affleurent, et le ton est juste. Je me souviens qu’il y a dix ou vingt ans encore, certains touristes revenant des Antilles se plaignaient de l’agressivité spontanée envers les métropolitains, de la méfiance intuitive des descendants lointains des esclaves envers les descendants lointains des négriers. Je n’ai pas ressenti cela lors de ce voyage en Guadeloupe, mais au contraire, un désir profond de montrer aux métropolitains la culture créole, la beauté et l’histoire de cette autre France. Je crois aux vertus thérapeutiques de la mémoire collective – je crois à l’apaisement.

    Cimetière guadeloupéen traditionnel, avec les mausolées en damier.
    Cimetière guadeloupéen traditionnel, avec les mausolées en damier.

    Mais je sais aussi que le mémorial ACTe et la route de l’esclave ne suffiront pas. Pour que les gens des Antilles ne se sentent plus considérés comme des citoyens de seconde zone, oubliés par la métropole lointaine, il faudra résorber l’habitat insalubre, faire disparaître ces bidonvilles honteux qui crient à la face du monde que la France se fout bien de la Guadeloupe. Et pour créer de l’emploi (60% des jeunes de Guadeloupe souffrent du chômage), créer de la richesse, les Guadeloupéens nous enjoignent de visiter leurs îles, et notamment celles qui restent à conquérir par les amoureux du silence et de l’aventure, par ceux qui rêvent d’itinéraires hors des sentiers battus, comme la Désirade, Marie-Galante, certains îlots des Saintes.

    Visions de Pointe à Pitre : statue de Vélo, joueur de tambour traditionnel guadeloupéen ( gwo ka) des années 70, autour de laquelle les rastas se réunissent. Quais, face au mémorial ACTe. Place de la Victoire, aux airs rétro.
    Visions de Pointe à Pitre : statue de Vélo, joueur de tambour traditionnel guadeloupéen ( gwo ka) des années 70, autour de laquelle les rastas se réunissent. Quais, face au mémorial ACTe. Place de la Victoire, aux airs rétro.

    Il faut venir aux Antilles : il y a tant de beauté à découvrir, et un si long chemin à parcourir encore ensemble…

    Soleil levant.
    Soleil levant.

    Pour découvrir la beauté de la Guadeloupe => voir l’article