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  • Les pèlerinages aux Saintes Maries de la Mer : Gitans et Provençaux

    C’est un des plus beaux pèlerinages de France : celui qui a lieu au mois de mai aux Saintes Maries de la Mer, en Camargue. Des milliers de gens du voyage venus des quatre coins de l’Europe, des roulottes, des Arlésiennes, des chevaux, des taureaux, une barque portée à la mer au milieu des chevaux blancs et des tridents brandis… ce pèlerinage empli de ferveur populaire ne ressemble à aucun autre.
    A la fin du mois de mai, la communauté des gens de voyage vient honorer Sainte Sara lors du « pèlerinage des Gitans », et le lendemain, ce sont les Provençaux qui rendent hommage aux saintes Marie Salomé et Marie Jacobé. Mi-octobre, le même pèlerinage se reproduit, mais cette fois avec les Provençaux seulement. Grande amoureuse de la Camargue et cœur catholique, je participe chaque année à l’un des deux pèlerinages au moins, celui de mai (le plus populaire et le plus démesuré, avec la présence des Gitans venus de partout) ou celui d’octobre (plus provençal, plus intimiste). Et j’ai eu envie de partager avec vous quelques images de ce moment hors-normes.

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    Chevaux en procession devant l’église
    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue
    Pèlerinage des Gitans
    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue
    Provençale en costume traditionnel d’Arlésienne dans l’église des Saintes Maries
    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue
    Dans l’église des Saintes Maries lors de la descente des châsses
    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue
    Petite fille de la communauté des gens du voyage
    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue
    La barque est portée en procession jusqu’à la mer

    Une brève histoire religieuse des Saintes Maries de la Mer

    Les Saintes Maries de la Mer, capitale de la Camargue, sont un lieu hors du temps et loin du monde, une petite Atlantide provençale. Nous sommes tout au bout du delta de Camargue, cernés par les eaux entre les deux bras du Rhône, au pied de la sublime église-forteresse médiévale Notre Dame de Camargue dont les tours crénelées s’élèvent au-dessus de l’immensité marécageuse et attrapent tous les rayons du couchant. Dans ce pays immense et plat, ce bout du monde cousu de marais, de salins et de sansouïres, la tour du clocher est le seul relief, le point de convergence naturel qui aimante les cœurs.

    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue
    Eglise Notre Dame de la Mer
    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue
    La magie de la Camargue. Photos prises autour de mon hôtel culte, le Mas Cacharel, au milieu des étangs
    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue

    Les Saints de Provence : des rives de Camargue à la Sainte Baume

    L’église Notre Dame de la Mer joue un rôle fondamental dans la chrétienté provençale, car elle est au cœur de ce qu’on nomme « le cycle des saints de Provence ». Selon la tradition du pays, plusieurs proches du Christ ont fuit la Terre Sainte après la crucifixion de Jésus sous la menace de Ponce Pilate, et rejoint la Provence. Les parentes du Christ, Marie Salomé et Marie Jacobé, ont fuit la Galilée sur une barque sans rames et sans voiles, menées à bon port à travers la Méditerranée par la puissance de la foi. Sur cette rive qu’on nomme aujourd’hui Saintes Maries de la Mer, elles trouvèrent une source d’eau douce, et fondèrent la première église des Gaules autour de ce puits. Les Saintes furent donc la « porte de la foi », le premier foyer d’évangélisation. Selon la tradition, les autres saints à avoir trouvé refuge en terre provençale furent Marthe, qui chassa la tarasque (un dragon sorti des profondeurs fangeuses du Rhône) de Tarascon, Lazare, qu’on honore à Marseille, et la magnifique Marie-Madeleine, première témoin de la résurrection de Jésus, qui finit sa vie dans une grotte sur la montagne de la Sainte-Baume et qu’on honore le 15 août en pèlerinage.

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    La barque des Saintes portée en procession dans l’église

    La tradition des pèlerinages aux Saintes Maries

    La tradition des Saints de Provence fut réellement renforcée par le « bon Roi René », le plus célèbre des Rois provençaux, au XIVe siècle. Il ordonna des fouilles sous l’église des Saintes et découvrit les corps de deux femmes, reposant sur un étrange bloc de marbre qui est aujourd’hui incrusté dans un pilier de la nef et qu’on nomme « l’oreiller des Saintes ». Les reliques furent placées dans des châsses conservées dans la chapelle haute, et le pèlerinage fut institué.

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    L’oreiller des Saintes

    Le grand historien de la Provence antique Jean Guyon, que j’ai interrogé pour mon essai Provence, Les sillons du soleil, m’a dit la chose suivante : « Je suis navré de dire que les légendes des saints de Provence n’ont pas de fondement historique, bien que je comprenne, en tant que Provençal, qu’on puisse être attaché à cette tradition. Car comme le disait un dominicain chargé de l’accueil à la Sainte-Baume : « je ne sais pas si Marie-Madeleine est venue ici, mais je sais qu’elle y est », tant sont nombreux ceux qui y ont trouvé et trouvent encore réconfort en y faisant mémoire de celle qui fut « l’apôtre des apôtres » ».
    Je me joins à ce moine très sage : je ne sais pas si les Saintes Maries sont venues, mais dans la ferveur sublime de ces pèlerinages où la foi palpite, je ressens leur présence.

    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue
    Arlésienne recueillie auprès des châsses

    Sara, la Vierge noire, patronne des Gitans

    Au début du XXe siècle, une autre figure est venue se joindre à celle des Saintes Maries : celle de Sara, la Vierge noire, dite aussi Sara-la-Kali. La tradition la décrivait comme la servante des deux Maries. Lorsque le roi René fit exhumer les ossements des Saintes, on trouva ce 3e squelette de femme, qui fut considéré comme de dignité inférieure et placé dans une simple caisse en bois. Mais pour les Gitans, il ne s’agissait pas d’une simple servante, mais d’une princesse éthiopienne fuyant les persécutions en se joignant aux deux Maries sur leur barque sans rames. La communauté des Gitans la reconnut comme leur sainte patronne et se mit à venir aux Saintes la vénérer. Le marquis de Baroncelli, père des traditions de Camargue, oeuvra beaucoup pour l’institution de ce pèlerinage, et on célèbre désormais Sara le 25 mai.

    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Sainte Sara
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Sainte Sara portée par la foule qui cherche à la toucher

    Le pèlerinage des Gitans à Sainte Sara

    Mi-mai, les gens du voyage de toute l’Europe accourent aux Saintes Maries pour une rencontre annuelle exceptionnelle, le seul moment où l’ensemble de la communauté est réunie. On y célèbre les mariages, les baptêmes des enfants, on pleure les morts et fête en musique le bonheur de se retrouver. Pendant deux semaines, un flot de caravanes et de quelques roulottes anciennes investit le petit village des Saintes, et l’ambiance est indescriptible, une magnifique cour des miracles provençale. Bien sûr, je ne veux pas édulcorer la réalité : il y a des tensions avec les habitants des Saintes, car un tel afflux de personnes dans un petit village camarguais peut poser problème (branchements illégaux à l’eau ou à l’électricité, occupations sauvages, etc). Mais cela fait aussi partie des attraits culturels et touristiques de ce village hors normes : celui d’être le point de rassemblement de cette communauté riche et diverse qui étend ses ailes sur tout le continent. La ferveur exprimée lors du pèlerinage est profondément touchante. Sainte Sara est recouverte de vêtements luxueux, mille offrandes et ex-votos sont déposés à ses pieds, la crypte dans laquelle elle repose s’emplit de milliers de lumignons, créant une vague de chaleur presque inquiétante sous la pierre sombre. Sara est portée en procession solennelle jusqu’à la mer, chacun se précipite pour la toucher, et les enfants sont souvent portés à ses pieds. On formule des vœux de guérison, et des demandes de protection au beau visage d’ébène.

    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Enfant aux pieds de Sainte Sara
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    En rouge, à gauche : Esmeralda, la reine des Gitans, connue et respectée de tous
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Au milieu de la procession, emblèmes des gens du voyage
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Scène de vie
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Gens venus de loin…
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Bénédiction des gens du voyage sur la plage
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Bougies dans la crypte de Sainte Sara
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer

    Le pèlerinage des Provençaux honorant les Saintes Maries

    Au début du pèlerinage, les châsses contenant les reliques des Saintes Maries dissimulées dans la chapelle haute, au sommet de la haute, sont lentement descendues sur toute la hauteur de la nef. Au fur et à mesure, des bouquets de fleurs apportés par les fidèles sont noués aux cordages. Le mécanisme est vieux de plusieurs siècles. C’est toujours un moment d’émotion poignante de voir les fidèles, un cierge à la main, tendre leurs bras vers la châsse qui descend en entonnant le cantique :

    « Ô Saintes de Provence
    Nous Vous tendons les bras,
    Venez, Votre présence 
    Nous console ici-bas,  
    Nous console ici-bas. »

    J’ai trouvé sur le net une vidéo filmant cette descente des châsses, si vous voulez entendre le chant.

    Grands pèlerinages des gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer, Camargue
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer

    Les châsses seront exposées pendant deux jours, et nombreux sont ceux qui viennent se recueillir, toucher le bois pour ressentir la proximité des Saintes, prier les saintes patronnes de Provence.

    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer


    La barque de bois représentant les Saintes Maries sera portée à la mer en procession solennelle, afin de commémorer leur arrivée miraculeuse. C’est toujours un moment d’une grande beauté visuelle, avec toutes les confréries de Provence et de Camargue, la Nacioun Gardiano (nation gardiane) en selle sur leurs chevaux blancs brandissant le trident et l’emblématique croix de Camargue.

    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Procession jusqu’à la mer
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Enfant sur la barque des Saintes
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Chevaux en procession
    pèlerinage saintes maries
    pèlerinage saintes maries

    Cette croix, dessinée au début du XXe siècle par l’artiste Hermann Paul à la demande du marquis de Baroncelli, est devenue le symbole du pays. Elle a une double signification religieuse et culturelle : elle réunit les trois vertus théologales, la foi (représentée par la croix), l’espérance (représentée par l’ancre) et l’amour (représenté par le cœur). Les bords de la croix ont la forme du trident des gardians, et l’ancre rappelle les barques du pêcheur : elle incarne la Camargue toute entière.

    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Foi, espérance, amour : la croix de Camargue
    pèlerinage saintes maries

    La remontée des châsses est elle aussi un moment de grande émotion signifiant la fin du pèlerinage. De nouveau, la foule brandissant des cierges allumés loue les Saintes de Provence, chantant cette fois « merci, votre présence nous console ici bas ». J’ai souvent vu des larmes couler sur les joues des fidèles lors de ce moment d’adieu aux dames de la mer à qui on confie toutes ses peines et ses espérances.

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    Lors de la remontée des châsses.
    pèlerinage saintes maries
    pèlerinage saintes maries

    Les Saintes Maries de la mer : mon église

    J’ai un attachement très profond aux Saintes Maries et à l’église Notre Dame de la Mer. C’est dans cette église, lors d’un pèlerinage, que j’ai pris la décision d’embrasser la foi catholique, et de demander à recevoir le baptême. J’ai été baptisée à la veillée pascale 2019 dans l’église des Saintes, et j’y ai fait ma première communion à la Pentecôte, embrassant à la fois l’espérance spirituelle chrétienne, et les traditions provençales que j’aime tant. Mon attachement à cette église est à la fois mystique et culturel : elle à la fois un patrimoine provençal inestimable, et fut pour moi véritablement la « porte de la foi ». Je garderai toute ma vie le souvenir de cette nuit pascale, où nous sommes entrés dans l’église plongée dans les ténèbres, avons allumé nos cierges au feu nouveau, et où j’ai reçu la grâce d’ »un coeur nouveau » avec l’eau baptismale sur mon front, et suis entrée avec joie dans la famille millénaire de L’Église.

    Le jour de mon baptême dans l’église des Saintes Maries
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Transmettre le feu pascal
    Pèlerinages des Gitans et des provençaux aux Saintes Maries de la Mer
    Le jour de ma communion, au Mas Cacharel

    Je ne parle pas souvent de religion sur Itinera Magica, mais j’avais envie de partager avec vous mon lien très fort avec ce lieu qui a eu et continue d’avoir un rôle crucial dans ma vie.

    De plus, moi qui suis profondément Provençale, j’ai le sentiment de mettre mes pas dans des siècles de tradition lumineuse, de m’inscrire dans une chaîne qui a pris sa source sous les feuillages de l’abbaye de St Honorat, sur les îles de Lérins, ou au coeur du cloître St Trophime d’Arles. Cela m’émeut.

    Pour ceux qui seraient curieux et intéressés, et souhaiteraient suivre mon itinéraire spirituel, sachez que je tiens un 2e compte Instagram en dehors de mon compte principal et professionnel (@itineramagica) : ce petit compte s’appelle @itineraluminosa et j’y partage des pensées plus personnelles, dans le sens d’un cheminement chrétien. Chrétiens, musulmans, juifs, agnostiques, athées ou adeptes d’une autre spiritualité, vous êtes les bienvenus à m’y retrouver si le cœur vous en dit.


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  • L’Aveyron a du talent : made in France à Rodez et Millau

    Cela fait maintenant plusieurs années que l’Aveyron fait partie de mes départements français préférés : je suis impressionnée par l’authenticité et l’identité puissantes qui se dégagent de ces paysages magnifiques et des hommes qui les font vivre. En Aveyron, on a un pays sublime, on le sait et on en est fier, alors on fait tout pour le dynamiser : préserver l’agriculture, manger local et porter des projets innovants et audacieux.
    Vous le savez peut-être : je suis une grande défenseuse du made in France. Pour faire vivre l’économie française, pour préserver notre savoir-faire du rouleau compresseur de la mondialisation uniforme, pour des métiers qui ont du sens et des territoires qui vivent, il faut acheter, consommer, manger français.
    Quand l’Aveyron m’a proposé de revenir pour la 4e fois dans ce pays que j’adore, et de mettre cette fois en valeur les savoir-faire, j’ai applaudi des deux mains. L’Aveyron a du talent, et je suis allée à la rencontre d’artisans, d’artistes et d’agriculteurs pour le montrer. A Millau, on parlera de la ganterie, savoir-faire traditionnel du pays des Causses, du travail délicat et onirique de la créatrice Catherine André, et de la maroquinerie chez Bleu de Chauffe, marque de sacs de toute beauté. A Rodez, on ira faire un tour au musée Soulages, à la rencontre d’un artiste singulier aujourd’hui consubstantiel de l’identité de cette belle ville au cœur médiéval. Et enfin, sur l’Aubrac, on ira à la rencontre des sublimes vaches du même nom lors des grandes transhumances. J’en profiterai pour vous donner quelques bonnes adresses à Millau et Rodez, pour préparer votre séjour made in France en Aveyron. C’est parti ?

    Musée Soulages à Rodez
    Musée Soulages à Rodez
    viaduc de Millau
    Viaduc de Millau

    Visiter Millau : cuir, textile et savoir-faire

    Millau, la ville de la ganterie : la Maison Fabre

    J’aime Millau pour son viaduc mythique et sa localisation rêvée : nichée entre plusieurs hauts plateaux calcaires emblématiques de l’Aveyron, Millau est véritablement la capitale des Grands Causses. Parce que l’élevage de moutons et de chèvres a toujours été la spécificité des Causses, Millau s’est concentrée sur le travail du cuir. Depuis des siècles, la ville est réputée pour sa maroquinerie et notamment sa ganterie : des gants en cuir très fin et souple, un artisanat traditionnel minutieux. Vous trouverez en cœur de ville de Millau de nombreuses ganteries, héritières de plusieurs siècles de tradition. Celle que je visite aujourd’hui est la Maison Fabre, fondée en 1924 et restée fidèle à une manufacture traditionnelle. Leur atelier est superbe : un grand bâtiment ancien et lumineux, bordé de grandes verrières, au cœur même de Millau. Ici, on défend la fabrication française artisanale : la Maison Fabre a reçu le prestigieux label Entreprise du Patrimoine Vivant, car elle transmet un savoir-faire français d’exception.
    La maison Fabre travaille à la fois avec des cuirs traditionnels du Larzac, et des cuirs d’autres régions françaises et d’Italie, réputés pour leur qualité. Pour la ganterie, il s’agit d’un cuir très fin et souple, qui doit être préparé avec soin pour supporter la couture. Je suis impressionnée par la précision des gestes des couturières, par leur minutie. Le jour de ma venue, plusieurs employées réalisaient des surpiqûres à la main, une commande spéciale pour une grande marque française. La Maison Fabre est réputée dans le monde de la mode et du cinéma pour leurs nombreuses collaborations avec de nombreux créateurs et réalisateurs, notamment tous les gants du film Grace Kelly avec Nicole Kidman, ou la confection de gants spéciaux pour célébrer l’anniversaire du film La Belle et la Bête de Cocteau. Elle s’est également spécialisée dans les gants parfumés, reprenant une tradition historique de la haute société raffinée. J’ai été séduite par la beauté de cet atelier délicat.

    Une créatrice haute-couture à Millau : Catherine André

    Catherine André est une virtuose de la maille, cette technique de travail de la laine si fine et précise. Le conte de fées de Catherine André commence dans les années 1970, lorsqu’au retour d’un voyage en Irlande, elle décide de tricoter un pull « carnet de voyage » à celui qui deviendra son époux. Chaque rang est une image, un souvenir : landes brumeuses, marécages couverts de bruyères, petits moutons, contrastes et symboles, le pull est une œuvre d’art en couleurs et en rêves. Il est si beau que ses amis commencent à lui en réclamer.
    Catherine André continue sa formation, travaille pour plusieurs maisons de couture, mais l’idée fait son chemin… en 1995, elle fonde sa propre maison, pour proposer ses créations. Sa signature ? La maille et le jacquard, des techniques de travail du textile qui demandent une grande minutie et une grande délicatesse. Les créations de Catherine André sont des œuvres d’art. Précises, oniriques, intimes, elles cherchent toujours à capturer un monde dans un tissu. Il s’agit parfois de grands voyages, ce qui m’a particulièrement touchée : les couleurs de Valparaiso, les sommets du Mont Fuji, chaque périple l’inspire et je me suis reconnue dans cette envie de conserver l’émotion des lointains en forme et en couleur. Parfois, il s’agit d’inspirations musicales et artistiques, et lorsque je rends visite à Catherine André, une playlist hypnotique résonne dans son bureau et les murs sont couverts de photos, de tableaux, de matières – on sent l’inspiration en marche dans chaque détail. C’est comme un essaim de papillons, animé par le rêve.
    Les prototypes sont conçus dans l’atelier de Millau, puis les pièces – limitées, numérotées – fabriquées à Roanne et au Puy-en-Velay. Le magasin d’usine de Millau, qui pratique des tarifs outlet, permet d’acquérir des pièces haute couture à prix cassé. Année après année, Catherine André, désormais connue jusqu’au Japon, trace son sillon intimiste et exigeant, aujourd’hui compris comme une expression particulièrement féminine, imaginative et sensible de la haute couture française.

    Une superbe marque de maroquinerie à Millau : Bleu de Chauffe

    J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette marque située au pied du viaduc, à deux pas de Millau. On s’est habitués à voir le textile et la maroquinerie produits en Asie, loin de chez nous, avec toutes les conséquences sociales et environnementales que cela comporte : ateliers malsains, teintures toxiques qui empoisonnent les fleuves, prix cassés. Bleu de Chauffe, c’est un pari audacieux : proposer de la maroquinerie intégralement contrôlée sur le plan écologique et social, 100% made in France. Alexandre Rousseau fonde Bleu de Chauffe en 2009 après avoir travaillé pour de grandes marques de maroquinerie et vu de ses yeux les dégâts causés par la délocalisation de l’activité en Asie. Il veut proposer une alternative saine pour l’environnement et pour ses employés. Sa recette ? Du cuir français et italien teint avec une teinture végétale traditionnelle, comme le châtaignier et l’acacia. Aucun dégât pour la santé des travailleurs et aucun rejet toxique dans les rivières, tout est naturel. Bleu de Chauffe gère ensuie tout de A à Z : les cuirs issus de tanneries sélectionnées arrivent à Millau, et les pièces sont intégralement conçues et assemblées dans l’atelier au pied du viaduc. Les artisans signent leur sac quand le travail est achevé. Pas de fabrication à la chaîne : chaque employé gère entièrement la fabrication d’un produit, d’un bout à l’autre, à l’exception de la coupe (plus délicate) réalisée à un seul poste. Les employés travaillent dans un grand atelier lumineux avec vue sur le pont et ont le plaisir d’apposer leur nom sur le produit fini : je trouve cela infiniment rafraîchissant. Plusieurs d’entre eux ont été entièrement formés ici, produisant des sacs toujours plus complexes au fil de leurs années de présence au sein de la maison. Il s’agit d’un « savoir-faire de proximité » et cela me parle vraiment. Bleu de Chauffe cultive un style workwear, puisant son inspiration dans les besoins des anciens métiers manuels. Il s’agit d’une ode à l’artisanat made in France, et les produits sont de toute beauté.

    Bien sûr, le made in France ne peut pas rivaliser avec le Bengladesh en termes de coût… un sac Bleu de Chauffe coûte de 150 à 600 euros, ce qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Mais si jamais vous pouvez vous le permettre, je vous encourage à soutenir ces marques de grande qualité, éthiques et écolo, 100% made in France. Dans le même esprit, j’ai visité les ateliers Tuffery à Florac en Lozère, des jeans 100% français depuis 1892 – je vous en parlerai bientôt. Je crois énormément à cette valorisation des savoir-faire, à ces métiers qui ont du sens, à la production hautement contrôlée, bonne pour la planète et bonne pour les travailleurs. J’ai acheté un jean Tuffery, et je pense qu’un sac Bleu de Chauffe me rejoindra un de ces jours !

    Où dormir à Millau ? Au château de Creissels avec vue sur le viaduc

    Le plus bel hôtel de Millau, c’est le château de Creissels, demeure de charme dans un jardin en marge de la ville. Le château date du XVIe siècle et a su conserver un charme suranné auquel je suis très sensible. J’ai été séduite par l’extraordinaire piscine avec vue sur le viaduc de Millau, ce pont de tous les records qui défie la gravité et enjambe les Causses comme un oiseau d’acier. Je vous recommande très, très vivement le restaurant du château de Creissels : une merveille de restaurant gastronomique qui propose son menu du jour à moins de 30 euros, un rapport qualité-prix extraordinaire pour des mets aussi fins et originaux. Chaque plat était un chef d’œuvre.

    Visiter Rodez : cathédrale, musée Soulages et gastronomie

    J’étais très impatiente de découvrir Rodez, le chef-lieu de l’Aveyron, et je n’ai pas été déçue. Cette ville est un joli équilibre entre Moyen-Âge et ultra contemporanéité. Côté ville haute, c’est le Moyen-Âge préservé, entre dédale des ruelles et cathédrale sublime. Plus bas, le cœur battant du nouveau Rodez, c’est le spectaculaire musée Soulages, abritant l’œuvre exigeante et mystérieuse de l’artiste français le plus côté.

    rodez

    La cathédrale de Rodez, merveille médiévale

    Impossible de parler de savoir-faire artisanal français sans évoquer celui qui me fascine le plus : celui des bâtisseurs de cathédrales. La cathédrale de Rodez me faisait rêver depuis longtemps. Le chemin vers elle est magnifique : la vieille ville de Rodez a beaucoup de charme, avec des maisons datant du 16e siècle, avant d’arriver à l’immense géante de grès rouge. La cathédrale de Rodez, gigantesque et très pure, dégage une beauté nue qui m’a touchée. J’ai passé un long moment à m’imprégner de sa splendeur.

    Le musée Soulages, le noir mystique

    Le projet pouvait sembler périlleux à première vue : installer un musée d’art contemporain radical et ambitieux à Rodez, loin de Paris, dans un département plutôt rural, est-ce que ça allait marcher ? Cinq ans après son ouverture, le pari est incontestablement réussi : non seulement le musée Soulages attire des visiteurs venus du monde entier, mais il est devenu une locomotive culturelle dans la région, avec de nombreuses expositions temporaires et projets novateurs, et il a été pleinement adopté par les habitants de Rodez, qui sont fiers et heureux de savoir que l’artiste français le plus célèbre, le plus cher et côté du monde, a choisi de donner une immense partie de son œuvre à ce musée conçu sous sa houlette, dans sa ville d’origine. Rodez célèbre son enfant prodige et prodigue. 

    Je vais vous l’avouer en toute sincérité : je ne savais pas si ce musée me plairait. Je suis assez traditionnaliste, j’aime l’art de la Renaissance, du baroque et du romantisme, je ne comprends souvent pas l’art contemporain. Mais je suis arrivée au musée Soulages avec l’esprit ouvert, prête à être séduite, et très sincèrement, j’ai été bluffée. Ce lieu est à la fois ultra contemporain et audacieux, et étrangement accueillant. L’atmosphère est très douce, une pénombre feutrée dans laquelle les œuvres sont superbement mises en valeur, et le cheminement proposé à travers l’œuvre de Soulages permet de la comprendre, de l’apprivoiser. Le musée a été conçu par le trio d’architectes catalans RCR, avec le concours de l’artiste lui-même – qui fête cette année sa centième année –, spécifiquement pour accueillir ses pièces, et cela permet une immersion rare dans l’univers d’un artiste. On dit souvent de Pierre Soulages qu’il est l’artiste du noir. Mais en vérité, son obsession a toujours été la lumière, la lumière qui jaillit au creux de la matière la plus opaque et épaisse, comme une quête mystique : aller au bout de l’obscurité pour retrouver l’éclat du jour. Ses noirs ne sont jamais noirs, ils attrapent des reflets, des couleurs paradoxales, des miroitements surgis d’on ne sait où. La salle qui m’a le plus marquée est celle dite des « outrenoirs ». Il s’agit du noir dans toutes ses variations, un noir si noir qu’il cesse soudain de l’être, et revêt une teinte argentée, bleue, blanche, rouge… sans jamais cesser pourtant d’être noir de noir. L’expérience est dérangeante, vertigineuse, et la salle de toute beauté.
     Pierre Soulages est fils d’artisan. Son approche est manuelle, sensorielle : fasciné par la matière, par la substance, il teste toutes sortes de matériaux, n’hésite pas à les détourner de leur usage premier (il transforme ainsi des planches à lithographie en œuvre à part entière), à expérimenter en se laissant guider par les sens. Finalement, il se comporte lui aussi en artisan, et je me dis que la visite de ce musée est parfaitement à sa place dans ce voyage qui célèbre le savoir-faire français.
    Le musée lui-même est très beau, fait d’un métal spécial, l’acier Corten, qui se patine avec le temps pour se fondre dans le paysage. Cette couleur de rouille sied finalement au grès rouge de la vieille ville de Rodez, et semble rappeler la cathédrale. Les expositions temporaires sont elles aussi de grande qualité et méritent qu’on revienne souvent.

    Le café Bras, l’Aveyron dans l’assiette

    Impossible de finir la visite du musée Soulages sans déjeuner au restaurant attenant, le Café Bras. Il s’agit d’une institution aveyronnaise : c’est la version bistronomique et abordable du mythique restaurant étoilé de Michel Bras à Laguiole, sur l’Aubrac. Je suis une grande fan de ce type de projets : la haute gastronomie revisitée de façon plus accessible, au cœur des villes et ouverte à tous pour un prix très abordable (autour de 30 euros le menu). Au Café Bras, on prépare des mets du terroir aveyronnais, avec l’obsession du bon produit et de la cuisine qui le met en valeur sans le dénaturer. On mange des plats simples… mais réalisés avec une telle virtuosité qu’on a l’impression de les redécouvrir. J’ai été totalement convaincue.

    Les figures touchantes du musée Fenaille

    Ne quittez pas Rodez sans voir le musée Fenaille, dont les collections vont du Paléolithique au Moyen Âge chrétien. Ce musée possède notamment les fabuleuses statues menhirs : des statues anthropomorphes datant de 3500 à 2000 avant Jésus Christ. J’ai eu le vertige devant elles, devant ces représentations humaines si anciennes et parfaitement préservées, parlant des rêves et des dieux de nos si lointains ancêtres… Les collections médiévales sont sublimes elles aussi, avec des Christ, des Saints et des Vierges d’une beauté lumineuse. Un ticket combiné vous permet de visiter à la fois le musée Soulages et le musée Fenaille, je vous le conseille très, très vivement !

    Où dormir à Rodez ?

    J’ai eu un tel coup de cœur pour le sublime Château de Labro, situé à moins de 10 minutes du cœur de ville de Rodez en voiture, que je vais lui consacrer un article spécial. Cet hôtel de charme est un des lieux les plus poétiques et singuliers que j’aie eu l’occasion de découvrir. Il y aura un concours à la clef… restez par ici !

    A la rencontre des éleveurs de l’Aubrac

    Parce que je suis venue en Aveyron fin mai, j’ai eu le plaisir d’assister à un grand évènement de la vie de l’Aubrac : les transhumances. Chaque année, le dernier week-end de mai, les troupeaux de vaches parées de fleurs, de cloches et de drapeaux colorés montent sur les estives (= prairies d’été) sur le plateau de l’Aubrac, où elles resteront jusqu’à la fin septembre. C’est une tradition pluriséculaire que les éleveurs de l’Aubrac cherchent à préserver, d’autant que les AOC l’exigent : que cela soit pour la viande Aubrac ou pour la production de fromage de Laguiole (qui comprend du lait de vache Aubrac), le cahier des charges exige que les bêtes soient nourries à l’herbe et passent l’été dans les prairies. On dit souvent que la vache Aubrac fait partie des plus belles vaches françaises, avec ses yeux maquillés de noir qui lui donnent un doux air de biche. Cette race a bien failli disparaître, sous le double effet des guerres et de la pression productivistes, et les gens de l’Aubrac sont très fiers d’avoir su préserver cet héritage, cette culture, et la belle tradition festive des transhumances. Au magnifique village d’Aubrac, mais aussi dans les autres hameaux tout au long du chemin, c’est la fête ce week-end-là, et l’occasion idéale pour déguster un aligot ou un gâteau à la broche. Tout au cœur de notre pays, aux confins entre Aveyron, Lozère et Cantal, ce haut plateau du Massif Central aux solitudes sublimes a des airs de France de carte postale. C’est toujours un bonheur d’y revenir…

    Où dormir pour visiter l’Aubrac ?

    J’ai eu l’immense bonheur de dormir avec mes amis aux Villas de Labro, à Espalion, juste au pied de l’Aubrac – nous étions idéalement placés pour les transhumances et nous avons passé un week-end de rêve dans un hébergement de très haut standing, et avec une vue incroyable sur un château fort. J’ai consacré à ces villas fabuleuses un article de blog spécial (ici : Villas de Labro), n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil !

    Cela ne sera certainement pas ma dernière fois en Aveyron… le prochain séjour est déjà planifié. Impossible de se lasser de cette terre si belle et authentique, où la beauté des paysages n’est égalée que par la chaleur des gens. Merci à l’ADT de l’Aveyron de me permettre de continuer ma belle histoire d’amour avec ce pays magique qui concentre tout ce qu’on aime en France.

    aveyron

    N’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter pour la suite de mes aventures en Aveyron et partout ailleurs !

  • Ma déclaration d’amour à la Provence

    Provence, ma maison, ma terre promise, je n’aurai pas assez d’une vie pour t’aimer, t’explorer et raconter tes mille visages ! A l’occasion de la sortie de mon essai Provence, Les sillons du soleil  dans la collection L’Âme des peuples, je suis heureuse d’évoquer toute la passion que m’inspire mon pays natal. Frédéric Mistral disait que « quand le bon Dieu vient à douter du monde, il se rappelle qu’il a créé la Provence », et vous me permettrez de le rejoindre dans son chauvinisme régionaliste : c’est à mes yeux le plus beau pays du monde. Et je suis aujourd’hui ravie de vous présenter mes plus beaux coins de Provence.

    Heureuse de vous présenter mon essai, Provence, Les sillons du soleil


    J’ai eu moi aussi le grand bonheur de naître en Provence, et de grandir sur un plateau calcaire où poussent les chênes et le thym, où mon enfance fut gorgée de soleil et d’été. Après quelques années d’éloignement, je suis revenue m’y établir. Si mon métier m’emmène jusqu’au bout du monde, et que j’ai follement aimé les volcans d’Hawaï, les glaces du Groenland ou les cités bleues d’Ouzbékistan, mon cœur reste profondément enraciné dans les cailloux blancs et les cépages noueux de ma Provence. J’y suis née, j’y bâtis ma vie, et puisqu’un jour il faudra mourir, j’espère mourir ici, de préférence centenaire et riche d’une longue vie au soleil du midi. « Pour tous ceux qui l’habitent, la Provence relève de l’évidence », c’est sur ces mots que s’ouvre mon essai.
    Je vous raconte ce livre qui me tient à cœur, et j’aurai aussi plaisir à évoquer mes plus beaux coins de Provence.

    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Abeilles butinant la sauge sur le plateau de Valensole.

    Mon livre sur la Provence : Provence, Les sillons du soleil

    Peut-être connaissez-vous déjà la collection L’Âme des peuples, aux éditions Nevicata ? Ce sont de petits livres d’une centaine de pages, au prix fixe de 9 euros, qui proposent de donner au voyageur les clefs d’un pays ou d’une région, et d’entrer au cœur de son identité. Il ne s’agit pas d’un guide de voyage (vous ne trouverez pas de photos, pas de bonnes adresses ou de suggestions d’itinéraires), plutôt d’une invitation à plonger dans l’âme d’un territoire. Dirigée par Richard Werly, cette collection née en 2013 est régulièrement saluée pour la qualité de ses titres – comme ici par Telerama – et ce fut pour moi un grand honneur et une vraie joie de la rejoindre.

    Voici donc le bébé, sorti en mai 2019, Provence, Les sillons du soleil :

    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.

    « La Provence se joue des frontières. Elle bute sur le Rhône, rebondit sur les Alpes, se déverse dans la mer. Cette radieuse méridionale, où le soleil abrège l’hiver, a toujours semblé être le versant heureux d’une France inquiète.

    La Provence est pourtant bien autre chose. Elle est culture, traditions, pierres rugueuses et hivers brumeux. L’âme de la Provence est un voyage en soi. Il impose de fixer la montagne Sainte-Victoire et de contempler, haut perchés, les villages forteresses qui disent combien cette terre fut convoitée et parvint à résister.

    Ce petit livre n’est pas un guide. C’est un décodeur. Il dit ce qu’est la Provence ordinaire comme celle des poètes. Il dit la fécondité de ses sentiers. Parce qu’en Provence, le grain que vous semez, voyageur ou pèlerin, fleurit toujours ensuite dans votre cœur. 

    Un grand récit suivi d’entretiens avec Jean Guyon (La Provence a été façonnée par l’Antiquité tardive), André Gabriel (Ce que Frédéric Mistral a fait pour la Provence est inouï et unique) et Sandrine Krikorian (L’identité provençale est en pleine métamorphose).»

    Comme toujours dans l’Âme des peuples, le grand récit d’ouverture est suivi de trois entretiens avec des spécialistes capables d’apporter un autre éclairage sur la Provence. Historien et archéologue, Jean Guyon nous raconte les origines de la Provence, entre Grecs, Romains et premiers chrétiens. Musicien et félibre (*défenseur de la langue d’oc), André Gabriel évoque l’âge d’or médiéval de la Provence, et la renaissance de la langue provençale grâce à Frédéric Mistral. Historienne et spécialiste de la gastronomie provençale, Sandrine Krikorian nous parle de l’agriculture, des plats emblématiques de la Provence et des métamorphoses de son identité.

    Amoureux ou curieux de la Provence, j’espère de tout cœur que ce petit livre couleur lavande saura vous séduire.

    Si vous souhaitez acheter Provence, Les sillons du soleil…

    Le livre coûte 9 euros, sur toutes les plate-formes : L’Âme des peuples a vocation à rester une collection accessible et abordable. Si vous souhaitez acheter ce petit livre, ce qui me fera évidemment très plaisir, plusieurs solutions s’offrent à vous :

    • acheter Provence, Les sillons du soleil sur Amazon
    • acheter Provence, Les sillons du soleil sur la Fnac
    • acheter Provence, Les sillons du soleil directement chez un libraire indépendant près de chez vous
    • si vous souhaitez avoir le livre dédicacé : contactez-moi et commandez-le directement auprès de moi (paiement par chèque ou virement), je vous l’enverrai avec un petit mot personnalisé avec grand plaisir. Sachez simplement que le délai sera un tout petit peu plus long, car je suis souvent en voyage, je vous l’enverrai à mon retour 🙂

    Et permettez-moi de continuer maintenant cette déclaration d’amour en évoquant les plus beaux coins de Provence à mes yeux.

    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    La Sainte Victoire, à Aix-en-Provence

    Provence, je t’aime : mes plus beaux coins de Provence

    Les îles de Provence : Frioul, Îles d’Or, Embiez, Lérins…

    « Abordons la Provence par la mer, comme le firent autrefois les marins grecs venus fonder des colonies sur ses rivages amènes. Baignée par les eaux généreuses de la Méditerranée, la Provence fut la terre promise de nombreux navigateurs, un pays conquis à la rame et à la voile. En nous rapprochant des côtes, ce sont les îles que nous voyons en premier. Plusieurs archipels sentinelles gardent le littoral provençal ; ce sont autant de petits mondes qui semblent concentrer tous les rêves et les mythes associés à la région. » Provence, Les sillons du soleil

    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Ilots de l’Estérel

    Je suis folle amoureuse des îles de Provence, des petits morceaux de Méditerranée éternelle, préservés de l’urbanisation et de la modernité. L’eau y est plus vive qu’ailleurs, la roche plus éclatante, les cigales chantent plus fort dans les oliveraies et les vignes que les Grecs ont autrefois plantés, comme pour ajouter la Provence à leurs archipels homériques.

    Les plus belles excursions en bateau depuis Hyères : découvrez Port-Cros ou Porquerolles, partez observer les dauphins, dénichez des plages secrètes, savourez tous les charmes de la Côte d'Azur. Un guide complet sur Itinera Magica
    Route des Crêtes à Port-Cros

    Face à Marseille, ce sont les îles du Frioul et de Riou, confettis de calcaire blanc étincelant, comme arrachés aux calanques qui les dévisagent.

    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Iles du Frioul

    Face à Hyères, ce sont les îles d’or, que la légende décrit princesses changées en îles par un sortilège : Porquerolles la blonde, où on trouve les plus belles plages de France, Port-Cros l’épineuse et sauvage, intégralement préservée et furieusement littéraire, et Le Levant la naturiste, où on peut jouer à se prendre pour Adam et Eve.

    Port-Cros
    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Le Levant
    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Porquerolles

    Il me reste désormais à retourner, pour les photographier sous leur plus belle lumière, aux îles des Embiez, face à Six-Fours-les-Plages, où le soleil fait fleurir la vigne et le sel, et aux îles de Lérins, face à Cannes, où l’ermite mystique Saint Honorat a créé au Ve siècle le berceau mythique de la chrétienté provençale dans le plus beau cadre qui soit. Je rêve d’un bateau rien qu’à moi et d’une semaine à explorer les îles de Provence, sans plus jamais toucher la côte…

    Les calanques de Cassis, de la Côte bleue, de l’Estérel

    Alors que la Méditerranée incarne la douceur et la beauté riante, la côte provençale semble être l’enfant terrible de quelque conflit millénaire avec une mer déchaînée. Falaises abruptes, criques découpées, roches suspendues, il a fallu inventer un mot pour les nommer : la calanque. Le mot vient du provençal calanca et désigne ces baies si particulières du sud de la France, creusées dans la roche, arrachées au calcaire, où la mer s’est frayé de haute lutte un chemin dans la muraille minérale. Les plus célèbres calanques, ce sont bien sûr celles de Marseille et de Cassis. Je les aime à la folie. En Vau, Sormiou, Sugiton, Morgiou… autant de citadelles de la magie, forteresses de dentelle blanche où les pins funambules viennent se pencher au-dessus de la mer turquoise. Impossible de vivre une vie humaine toute entière sans les avoir vues au moins une fois – c’est la quintessence de la beauté sur Terre.

    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Calanque d’En Vau


    Mais n’oublions pas les calanques de la Côte bleue, à l’ouest de Marseille, en direction de Martigues, où la ligne de chemin de fer vient survoler les criques et les ports de pêcheurs.

    Et n’oublions pas, surtout, les calanques rougeoyantes de l’Estérel, autour d’Anthéor, où le contraste entre les azurs et émeraude de la mer et du vermillon des porphyres dessine un décor en Technicolor. C’est notre Far West à la française.

    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Anthéor

    Les villages perchés de Provence

    Le Moyen-Âge en Provence est celui de la féodalité bouillonnante. Après des siècles de paix et de négoce antique, où les villes romaines s’étaient établies le long du Rhône et des rivages de la Méditerranée, le Moyen-Âge découvre la guerre perpétuelle : incursions ennemies, luttes entre seigneurs rivaux. Alors les villages remontent sur les collines.

    « Cette dureté est le résultat d’une histoire âpre et tourmentée. La beauté de cette Provence de villages perchés et fortifiés, on la doit à la terreur inspirée par les invasions barbares, les pirates maures et les seigneurs fâchés avec leurs cousins rivaux. […] D’innombrables lieux disent l’histoire de ces siècles périlleux : les éperons rocheux du Var auxquels s’accrochaient des châteaux – Callian, Castellane, Mons, Seillans, Grimaud – ainsi que des dizaines d’autres villages du Verdon, du pays de Fayence et de l’Argens ; les hameaux du Barroux et de la Roque-Alric au pied des dentelles de Montmirail, ou encore bien sûr les célèbres villages perchés du Luberon, Gordes, Oppède-le-Vieux, Bonnieux, Saignon ou Lacoste… » Provence, Les sillons du soleil

    Découvrir le Vaucluse à vélo : au coeur de la Provence, entre Ventoux et Dentelles.
    Le Barroux
    Découvrir le Vaucluse à vélo : au coeur de la Provence, entre Ventoux et Dentelles.
    La Roque Alric.
    Découvrir le Vaucluse à vélo : au coeur de la Provence, entre Ventoux et Dentelles.
    Cloches de l’église de Suzette
    Saignon
    Lourmarin
    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Grignan

    Les montagnes mythiques de Provence 

    Ne l’oubliez pas : la Provence est montagneuse, rocailleuse, hérissée d’Alpes et d’autres montagnes emblématiques.
    « En dehors de la vallée rhodanienne, des rivages de la Méditerranée et des plaines marécageuses de la Camargue et de la Crau, presque toute la Provence est une terre montagneuse. Elle a ses sommets emblématiques, notamment le Mont Ventoux, géant chauve et pâle où les vents pulvérisent tous les records de vitesse et dont Pétrarque fut le premier à tenter l’ascension. Ou encore la Sainte-Victoire, montagne magique immortalisée mille fois par Cézanne, où la croix de Provence qui la surplombe semble toujours accrocher un rayon de soleil, même au cœur de l’orage. Cette Provence intérieure, celle des Alpes, des Baronnies, du Verdon, des Monts du Vaucluse, du Luberon, des Alpilles et de la montagne de Lure, est glaciale en hiver, battue par les vents, en lutte perpétuelle avec la pente, le gel et les inondations soudaines des rivières capricieuses coulant au milieu des pierriers. » Provence, Les sillons du soleil

    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Montagne Sainte Victoire au soleil couchant, Aix-en-Provence
    Découvrir le Vaucluse à vélo : au coeur de la Provence, entre Ventoux et Dentelles.
    Le Ventoux émerge des coquelicots…
    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Ventoux et lavandes
    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Ventoux vu depuis les Baronnies

    La haute Provence, ses sources et ses arrêtes

    Connaissez-vous la citadelle de Sisteron, éperon imprenable qui se darde au-dessus des eaux mélangées de la Durance et du Buech ?
    Connaissez-vous Nyons, son pont romain, ses oliveraies et son clocher de dentelle romantique ?
    Connaissez-vous Entrevaux, autrefois frontière du royaume de France, forteresse des Alpes ?
    Connaissez-vous Forcalquier, où les Provençaux refusant l’allégeance au roi de France ont livré une terrible ultime bataille ?
    Je voudrais vous parler de toutes les gorges secrètes de la haute-Provence, celles de l’Eygues, de la Nesque, du Toulourenc, de l’Estéron ou de la Méouge. Je voudrais vous parler des oliveraies immenses de Lurs, des pénitents des Mées, des créatures étranges que l’érosion dessine dans les Alpilles. Je voudrais vous parler de la géologie incroyable de la haute-Provence, de la dalle aux ammonites de Digne et des roches de Sisteron.
    Je voudrais vous parler des lacs de la Haute-Provence, Esparron, St Julien, Serre-Ponçon, façonnés par la main de l’homme pour apprivoiser l’eau impétueuse dans ces terres oscillant toujours entre aridité et inondation.
    Il y a toute une haute Provence secrète et méconnue, où les routes sont longues et sinueuses, où les moutons héritiers d’un pastoralisme millénaire sont les seuls à affronter les sommets, à la merci des loups qui reviennent, où l’accent des paysans résonne encore dans les gorges de calcaire.

    Baronnies
    Colorado provençal
    Where to see the most beautiful lavender fields in Provence? Secret tips by a local
    Sénanque
    Blog Sisteron : rando de la crête de Géruen
    Quelque part dans les Alpes provençales
    Lac de Serre-Ponçon
    Road trip en Haute Provence : lavandes de la Drôme et des Baronnies, Sisteron, Serre-Ponçon. Blog de Provence
    Sisteron
    Week-end romantique à Forcalquier, Lurs, Mane, en Haute-Provence. Que voir dans le pays de Forcalquier. Oliviers de Lurs
    Oliveraies de Lurs
    platanes en provence. Week-end romantique à Forcalquier, Lurs, Mane, en Haute-Provence. Que voir dans le pays de Forcalquier ?
    Mane.
    Week-end romantique à Forcalquier, Lurs, Mane, en Haute-Provence. Que voir dans le pays de Forcalquier ?
    Lever de soleil sur les oliveraies Lurs
    Sillans la cascade
    Sillans-la-Cascade
    mes coins préférés de Provence
    L’Eygues à Nyons
    Au pied du mont Ventoux, au coeur des Baronnies, la vallée du Toulourenc et ses gorges sont un des plus beaux sites de la haute Provence. Promenade.
    La vallée du Toulourenc

     « La Provence que j’aime tant est celle combes et des cailloux, cousue des mille recoins de sa géographie accidentée où les millénaires ont creusé leur sillon patient. » Provence, Les sillons du soleil

    Les gorges du Verdon

    Impossible de parler des gorges de la Haute-Provence sans évoquer sa merveille, son joyau, son grand canyon : les gorges du Verdon. Il m’est difficile de citer les incontournables absolus de la Provence, autant demander à une mère de choisir parmi ses enfants, mais si on m’y force, je vous dirais : les calanques de Marseille et Cassis, et les gorges du Verdon.

    Véritable forteresse minérale, le Verdon est le cœur secret de la Haute-Provence. C’est un monde de splendeur et de vertige, où les villages et les vautours se nichent au creux des falaises et où les rivières revêtent un bleu surnaturel qu’on croyait ne voir qu’en rêve. Je ne connais rien de plus beau que le Verdon, dont la couleur est si vive qu’on y croit jamais jusqu’à l’avoir vue de ses propres yeux, serpentant au fond du plus profond canyon d’Europe – 700 mètres de vide abrupt à son point culminant – avant de se jeter dans le lac de Sainte Croix, qui ressemble très exactement à l’idée que je me fais de la liquéfaction des pierres précieuses : une piscine d’émeraude et de turquoise.

    Au-dessus du Lac de Sainte Croix – photo Marion Carcel, La faute au graph
    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Au dessus du grand canyon du Verdon – photo Marion Carcel, La faute au graph

    Les champs de lavande, emblème de la Provence

    Pour Jean Giono, elle était l’âme du pays, et il disait qu’ « il suffit d’un bouquet de lavande pour qu’il vous soit parlé – et en un langage d’une étrange densité – de ces libertés essentielles qui sont le charme de ces terres de Haute-Provence ». Image de la Provence éternelle, la lavande n’a en réalité été cultivée sous cette forme que depuis les années 1900 – auparavant, elle poussait à l’état sauvage, et les paysannes de Grasse la cueillaient en surveillant les troupeaux. La vision des lavandes épousant les courbes des collines dans un océan de violet frémissant, sur le plateau de Valensole, dans les Baronnies, à Sault, à Sénanque, est en vérité une image récente, mais qui incarne désormais à nos yeux le miracle de la Provence, cette alchimie accomplie entre douceur et âpreté, Alpes et Méditerranée, ombre et fournaise…

    Je n’oublie pas les autres fleurs magiques de Provence : les tournesols si chers à Van Gogh, comme autant de soleils jetés sur la terre du midi, la rose qui fit la fierté et la richesse de Grasse, et la sauge, qu’on voit désormais de plus en plus souvent colorer d’un rose délicat le plateau de Valensole.

    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Tournesols de la Drôme
    Mes plus beaux coins de Provence : à l'occasion de la parution de mon livre sur la Provence, je vous parle des plus beaux endroits de Provence.
    Cerisiers du Ventoux
    Sauge sur le plateau de Valensole

    N’oublions pas non plus l’olivier, arbre éternel de la Méditerranée, le tilleul des Baronnies, et les genêts qui couvrent d’or les collines…

    Découvrir le Vaucluse à vélo : au coeur de la Provence, entre Ventoux et Dentelles.
    Coteaux du Ventoux.

    La Camargue, notre Atlantide provençale

    Le marquis de Baroncelli disait de la Camargue qu’elle était une Atlantide retrouvée : une terre perdue au milieu des eaux, perpétuellement embrassée par le delta du Rhône et les contours mouvants des marécages, où perdurent des traditions ancestrales. C’est le pays des chevaux blancs, des taureaux conduits par les gardians et des flamants roses s’envolant dans le couchant que décuple le miroir des marais. La Camargue est rude, sauvage et incroyablement vraie : on vit ici chaque jour avec les chevaux, les taureaux et les saintes de Provence, c’est un engagement quotidien qui va bien au-delà du folklore. La Camargue fait bien partie de la Provence, mais si j’en parle peu dans mon livre, c’est que ma mère, la géographe et romancière Sylvie Brunel, lui a consacré un autre titre de la collection : Camargue, Crin-Blanc et ses légendes. Si vous voulez faire un joli doublet avec la Provence, sachez qu’il coûte lui aussi 9 euros (comme tous les titres de la collection) et qu’il est passionnant ! Vous y découvrirez l’histoire, la culture et l’identité si singulière de cette Camargue sculptée par les eaux et la passion des hommes qui l’aiment.

    Camargue, Crin-Blanc et ses légendes
    camargue

    J’espère avoir su vous donner envie de prendre la route sur les chemins fleuris et ensoleillés de ma belle Provence, et peut-être de prendre avec vous dans vos valises mon Provence, Les sillons du soleil, à lire sous un olivier dans la chaleur d’août…

    Le Colorado provençal

    Je n’ai pas fini de vous parler de ma Provence adorée, de mes plus beaux coins de Provence et de mes passions méridionales, n’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter.

  • Découvrir Noyon, une belle surprise à une heure de Paris

    Connaissez-vous Noyon ? Je vous rassure : jusqu’à récemment, moi non plus. Le nom ne me disait rien et il m’a fallu sortir la carte pour découvrir que Noyon est une ville de l’Oise, en Picardie, située à une heure de train et moins de deux heures de voiture de Paris. Ce n’est pas la première attraction touristique à laquelle on pense quand on recherche une escapade au vert, et pourtant… Noyon est la destination parfaite pour un week-end de détente et de découverte, un régal pour les amateurs de patrimoine, d’insolites et de slow tourism au fil de l’eau. Ce qui vous attend ? Le patrimoine médiéval fabuleux du cœur de Noyon, une abbaye romantique en ruines, un château de conte de fées, un site géologique insolite incroyable, toute la culture des bateliers et la douceur de vivre le long des cours d’eau… Je n’attendais rien, et j’ai été stupéfaite par la beauté et le caractère exceptionnellement original des sites que j’ai visités. Voici le programme parfait d’un week-end à Noyon, la ville qui mérite vraiment qu’on s’intéresse davantage à elle.

    Noyon, sa cathédrale et son cloître gothiques extraordinaires

    Avez-vous déjà entendu parler de la cathédrale Notre-Dame de Noyon ? C’est un joyau gothique méconnu, une cathédrale qui se révèle une fois la porte entrouverte. De l’extérieur, elle ne promet pas grand-chose : abîmée à la Révolution française, elle a vu son tympan martelé et ses statues mutilées, et paraît banale. Mais entrez à l’intérieur, et la magie opère…
    Avant de venir à Noyon, je l’avais découverte dans le roman de Laurence Cossé, Le mobilier national, dans lequel un architecte des monuments historiques devenu fou décide de détruire toutes les cathédrales qu’il juge trop moches. Il envisage de dynamiter une bonne partie du patrimoine religieux français, mais la cathédrale de Noyon est une des rares à trouver grâce à ses yeux. Il voit en elle un exemple parfait du premier gothique, au moment où les architectes novateurs et audacieux expérimentent cette nouvelle forme d’art qui permet de monter plus haut vers le ciel.


    La première cathédrale romane était très ancienne, et d’une importance symbolique considérable pour le royaume capétien : imaginez, elle a vu le couronnement de Charlemagne et d’Hugues Capet ! Mais la cathédrale actuelle date du XIIe siècle. Sa construction débute en 1145 (vingt-cinq ans avant Notre-Dame de Paris), et c’est un sublime acte de bravoure du gothique primitif, tout de lumière et de pureté. Les amoureux du patrimoine noteront toutes sortes de curiosités qui restent rares sur le continent européen. Le transept est flanqué d’absides, et parce que les architectes ne connaissaient pas encore la technique des arcs-boutants, la voûte repose sur un système de tribunes, qui confèrent une élégance folle à cette nef immense. Je frissonne en entendant que les moines allaient se placer à différents niveaux sur les tribunes afin d’entonner leurs chants grégoriens : imaginez l’acoustique, imaginez le résultat !


    Le cloître est un sublime exemple d’esthétique gothique parfaite, une merveille de sérénité et de beauté. Moi qui suis amoureuse des belles cathédrales riches d’histoire, j’ai été conquise par celle de Noyon.

    La bibliothèque du Chapitre, trésor de Noyon

    C’est le paradis des médiévistes et des amoureux des vieux livres. Construite au tout début du XVIe siècle, la bibliothèque du Chapitre est une espèce de miracle : tout de vieux bois et de papier, elle a réchappé à tous les incendies et autres vicissitudes usuelles, et elle est restée intacte depuis 500 ans. Sa façade de bois date des années 1508, et sa collection de livres anciens, du XVe et XVIe siècle. Elle compte plusieurs incunables (les tout premiers livres imprimés, à l’époque de Gutenberg), et son trésor le plus précieux, aujourd’hui conservé à l’hôtel de ville, est un incroyable évangéliaire du IXe siècle, d’une beauté rare. Cette bibliothèque m’a profondément touchée et émue.

    Conseil pratique : Attention, ce lieu n’est pas en libre accès, en raison de son extrême fragilité. Visite guidée impérative – renseignez-vous à l’office du tourisme de Noyon !

    Et puisqu’on parle de livres, saviez-vous que le grand réformateur Jean Calvin était né à Noyon ? Vous pourrez visiter sa maison-musée, qui retrace l’histoire du protestantisme en France et expose plusieurs bibles de Genève (la première Bible en français, publiée par Calvin à Genève en 1560).

    Après un délicieux repas au Manoir, le plus joli hôtel-restaurant de Noyon, je vous propose de plonger à pieds joints dans l’ambiance féerique avec deux lieux d’un romantisme échevelé.

    Une abbaye romantique en ruines : l’abbaye d’Ourscamp

    C’est un lieu qu’on imagine parfait pour tourner un clip de Mylène Farmer, ou un film sur la vie et l’œuvre de Caspar David Friedrich : une immense abbaye gothique en ruines, seule au milieu des champs. Notre Dame d’Ourscamp fut une des plus grandes abbayes cisterciennes du nord de la France, un phare rayonnant de la théologie de Clairvaux. Quand je vois des abbayes démantibulées, abandonnées comme des squelettes solennels, j’ai tendance à accuser spontanément la folie révolutionnaire, mais ce n’est même pas le cas ici : l’abbaye a effectivement été abandonnée en 1792, mais pas détruite. On doit cette vision fantasmagorique à son propriétaire suivant, un esthète un peu illuminé qui voulait créer un « paysage romantique » et qui a donc démonté l’abbaye pour réaliser son fantasme. C’est à la fois beau et triste, et la gothique très maquillée que je fus à l’âge de quinze ans se serait pleinement épanouie dans ce cadre.

    Un rêve de château de princesse : Pierrefonds

    Après Ourscamp, je continue ma route vers le sud, en direction de Compiègne, pour rejoindre un lieu qui me faisait rêver depuis très longtemps : le château de Pierrefonds.

    chateau de pierrefonds

    Si vous avez une âme romantique, que vous avez vibré devant les palais de Sintra au Portugal et le château de Neuschwanstein en Bavière, vous avez sans doute déjà entendu parler de Pierrefonds. Ce château médiéval a été restauré au XIXe siècle par le célèbre Viollet-le-Duc (vous savez, celui qui a édifié la fameuse flèche de Notre-Dame de Paris) et qui a ressuscité le Moyen-Âge sous la forme d’un rêve romantique : gargouilles délirantes, salle des chevaliers tout de bois et de légendes, statues monumentales, chapelles gothiques… La visite est un enchantement. C’est comme entrer dans le cerveau effervescent d’un visionnaire à qui on a laissé la bride sur le cou. Chaque détail, chaque vision réjouira les cœurs romantiques, d’autant qu’en ce moment est installée une fabuleuse exposition sur l’imaginaire des chevaliers de la Table ronde, à la scénographie onirique qui rajoute au mystère des lieux.
    Ne manquez surtout pas, à la fin de votre visite, la descente dans la crypte : il ne s’agit pas de vrais tombeaux, mais d’un cimetière imaginaire de la France mythique. L’architecte a réuni les gisants des personnalités les plus illustres de la France médiévale, hommage à une histoire légendaire qui se cristallise dans ce lieu hors normes.

    Voulez-vous continuer avec les insolites, les bizarreries fabuleuses ? Je vous emmène aux carrières de Montigny.

    Les carrières de Montigny, site géologique et historique extraordinaire

    Les carrières de Montigny sont l’exemple parfait du site extraordinaire – en tout point, géologique, esthétique, historique, culturel – dont presque personne n’a entendu parler, le genre d’endroits qui me font dire « filez à Noyon, il y a là des trésors inexplorés ».

    Les carrières de Montigny furent, comme leur nom l’indique, un site d’extraction de calcaire pendant des siècles. Au péril de leur vie, les carriers plongeaient dans les entrailles de la Terre pour en sortir la pierre blanche avec laquelle on construirait les maisons parisiennes, un métier pénible et infiniment dangereux : si les carriers creusaient trop, les plafonds risquaient de s’effondrer sur eux… Cette activité a créé un décor à la Seigneur des Anneaux, d’IMMENSES grottes de pierre blanche à la hauteur vertigineuse, un labyrinthe souterrain fascinant.

    Mais ce n’est pas fini. Lors de la Première Guerre mondiale, la ligne de front passait à quelques centaines de mètres de là. Les soldats ont trouvé refuge dans ces grottes froides et humides. La pierre en porte les empreintes : de nombreuses sculptures patriotiques ou caricaturales témoignent de la présence des Poilus. Des reconstitutions permettent de se replonger en 14-18 et d’imaginer la vie terrible des combattants.

    Après la guerre, le site est resté habité : de nombreuses habitations troglodytes ont été occupées jusqu’aux années 1950, où les carrières furent évacuées pour des raisons sanitaires. On se balade dans un décor fascinant, qui rappelle parfois la jungle d’Asie du sud-est, avec des lianes à la Indiana Jones envahissant les anciennes demeures, des visions cinégéniques que j’ai adorées. Visitez ce site, cela vaut le coup.

    A la rencontre des bateliers dans les villages autour de Noyon

    Lors de mon séjour à Noyon, j’ai découvert une culture dont j’ignorais tout : celle des bateliers. Les bateliers ? Jusqu’aux années 1960, ils étaient les chevilles ouvrières du transport de marchandises en Europe. Ils convoyaient les matériaux et les produits le long des fleuves de France et d’ailleurs, sur leurs péniches aménagées. Le batelier passait sa vie au fil de l’eau, sur sa péniche, à naviguer d’écluse en écluse, ne touchant que rarement Terre – une vie lente et nomade, le long des rives de France. Le métier s’est raréfié, mais il reste aujourd’hui encore quelques dizaines de bateliers dans notre pays, revitalisés par les nouvelles exigences environnementales qui tendent à se détourner des camions et des avions.

    oise noyon

    Parce qu’elle est traversée par le canal latéral à l’Oise, carrefour fluvial important, la région de Noyon était un haut lieu de retrouvailles pour les bateliers.

    A Pont l’Evêque (Pont l’Evêque dans l’Oise, ne confondez pas avec son homonyme breton), les façades colorées, les nombreux bars et cafés de bateliers, les péniches à quai en réparation, rappellent les grandes heures de la culture batelière. La balade le long de l’eau est très agréable. Cela correspond bien à l’idéal de slow tourism que Noyon cherche à promouvoir : on dit qu’ici, les journées font 25 heures, et qu’on prend le temps de vivre… J’ai aimé me promener et déjeuner au bord de l’eau à Pont l’Evêque. Je pense que le cadre serait également parfait pour une balade en vélo.

    A la Cité des Bateliers à Longueuil-Annel, j’ai pu m’immerger dans la vie sur les péniches. La cité comprend à la fois un musée qui retrace l’histoire de la batellerie avec de nombreux films passionnants, et la reconstitution d’une péniche traditionnelle, avec l’espace de vie des bateliers. Une deuxième péniche transformée en galerie d’art expose des œuvres en lien avec cette culture fluviale, et diffuse un film qui m’a beaucoup touchée sur le quotidien d’un couple de bateliers. Imaginez cette vie : à deux jusqu’à la fin, jour après jour, en autarcie dans leur petite cabine de bateau. Les enfants partent vite en internat pour suivre leurs études sur la terre ferme. Unité de travail, de vie, d’horizon, le couple reste en tête-à-tête toute sa vie, dans un idéal de fusion qui paraît incroyable à l’heure actuelle. La cité des Bateliers mérite vraiment une visite. Sachez qu’ils organisent également des croisières-déjeuner.

    Si vous voulez à votre tour vivre cette expérience romantique de vie sur l’eau juste pour une nuit, je vous propose d’aller dormir à l’Elixir…

    Une nuit insolite : dormir sur une péniche à l’Elixir

    A Thourotte, à quelques kilomètres de Noyon, l’Elixir est un bed & breakfast insolite et charmant, situé sur une péniche aménagée. C’était le printemps et des dizaines de sakuras (cerisiers du Japon) étaient en fleurs sur le canal de l’Oise, et je rejoignais ma péniche dans la lumière du couchant. Le lieu a un charme fou : une petite cuisine aux couleurs des lointains, avec gouvernail et mappemonde, une salle de bain toute petite mais parfaitement fonctionnelle, et une chambre au ras des flots. Le rapport qualité-prix est excellent : comptez 60 euros pour une nuit poétique sur le fleuve, avec la possibilité de cuisiner vous-mêmes si vous le souhaitez.

    Sachez que l’un des deux propriétaires de la péniche, Aaron, est prof de yoga et vous propose des cours de grande qualité. J’ai adoré passer une heure de travail et de détente avec lui. L’Elixir organise également des croisières yoga qui m’ont beaucoup tentée. Pour les amateurs de tourisme fluvial, la région de Noyon est un paradis bucolique, où vous pourrez assouvir votre passion des flots lents et doux…

    Noyon fut pour moi une vraie belle surprise, une destination riche qui combine de nombreux atouts : patrimoine, nature, insolites et expériences originales. Vous qui habitez en région parisienne ou à proximité, n’hésitez pas à l’ajouter à votre liste d’escapades, vous ne serez pas déçus…

    Découvrez Noyon, une jolie surprise à une heure de Paris : un coeur médiéval superbe, une abbaye en ruines, un château romantique, des insolites, des péniches...

    Merci à l’office de tourisme de Noyon pour ces belles découvertes.

  • Un Noël scandinave : des livres et idées déco givrés

    Vous rêvez d’un Noël scandinave, avec des sapins enneigés comme dans les immenses forêts de Laponie, des bougies de la Sainte Lucie, des rennes et du blanc en avalanche ? Pour s’évader dans le grand nord depuis son canapé, je vous propose un article de l’Avent résolument orienté vers les aurores boréales. Voici donc ma liste de livres enneigés, à lire lové dans un plaid matelassé, mes idées de déco de Noël scandinave, et une petite collection d’objets qui éveilleront le viking ou la petite sirène en vous. Et la star de cet article de Noël nordique, c’est le très beau livre Givrés, Aventures dans le grand froid, récemment paru dans la collection Guides bleus des éditions Hachette, que je propose de gagner à trois d’entre vous en commentant cet article. God jul – joyeux Noël –, comme ils disent en Norvège !

    Noël scandinave
    Un Noël nordique…

     

    Un Noël scandinave, avec des livres sur le grand nord, des objets et des idées déco de Noël scandinave, et du maquillage coloré.
    Ambiance de Noël scandinave…

     

    Un Noël scandinave, avec des livres sur le grand nord, des objets et des idées déco de Noël scandinave, et du maquillage coloré.
    Trois exemplaires de ce magnifique livre à gagner dans cet article !

    Noël scandinave.
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     Cap sur le grand nord : des livres gorgés de blizzard et de magie
    Noël scandinave – déco de Noël scandinave – Noël norvégien

    Si vous êtes un fidèle d’Itinera Magica, vous commencez à connaître mon amour des immensités septentrionales, des bois feutrés et des fjords du grand nord, mon affection pour les destinations scandinaves et mon obsession irrationnelle à aller arpenter le cercle polaire arctique au cœur de l’hiver. J’adore prolonger le voyage en me plongeant dans des livres emplis de neige, de trolls et de dieux endormis. Voici quelques idées de lecture polaire.

    Un Noël scandinave, avec des livres sur le grand nord, des objets et des idées déco de Noël scandinave, et du maquillage coloré.
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    Un Noël scandinave, avec des livres sur le grand nord, des objets et des idées déco de Noël scandinave, et du maquillage coloré.
    A lire au coin du feu…

    Entrons au cœur des légendes du Nord avec les Contes des sages scandinaves, d’Anna Lazowski, paru aux éditions du Seuil. Ce livre magnifique, dédié à la déesse Skadi née de l’écume, chante ces « terres parsemées de lacs, marécages, de forêts généreuses, océans d’épicéas, pins, bouleaux, aulnes aux sèves rouges près des ruisseaux, illuminées par les aurores boréales » en recueillant les plus beaux contes populaires et les plus belles légendes mythologiques. Sublimement illustré dans un style qui rappelle les enluminures médiévales, ce recueil poétique et évocateur vous entraînera sur les traces de Freya, déesse de l’amour, dans les brumes du Nilfheim, franchir l’arc-en-ciel jusqu’au Bifrost, rêver avec les princesses danoises et les paysans islandais… Les sources mêlent les Edda (sagas mythologiques), les contes populaires et quelques histoires qu’on raconte aux voyageurs parcourant les vastes contrées du nord. Un petit bijou tout en douceur.

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    Un livre ravissant et poétique

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    Pour une approche plus scientifique de la mythologie nordique, je vous recommande les Mythes nordiques de l’ancien professeur d’histoire anglo-saxonne et spécialiste des runes R.I.Page, parus chez Points. En moins de 180 pages, ce prof passionnant réussit à nous présenter tout le panthéon scandinave, ses figures principales, ses mythes fondateurs et les sources les plus importantes dont nous disposons. Un must pour qui veut un tour d’horizon à la fois rapide et solide des légendes du nord.

    Que sont les devenus les descendants de Thor, d’Odin et de Freya ? Pour comprendre la société norvégienne aujourd’hui, allez faire un tour chez Les Norvégiens pacifistes de la journaliste Vibeke Knoop Rachline, un essai bref (130 pages) mais riche et synthétique qui tente de sonder l’âme du peuple norvégien, entre tradition sociale, manne pétrolière incitant à l’hédonisme, culte de la nature, attraction des pôles et grand traumatisme national de l’attentat d’Utoya. A travers de brèves remarques et des rencontres, mélangeant récit et entretien, l’auteur nous livre le portrait contrasté d’une société pleine de contradictions.

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    Restons en Norvège toujours, mais remontons le temps. Dans les années 30, peu avant qu’éclate la plus grande guerre du XXe siècle, un intellectuel praguois s’embarque pour une croisière à travers la Norvège et raconte le hasard de ses rencontres et péripéties, tout en griffonnant de jolis croquis. Le Voyage vers le nord  de Karel Capek, paru aux éditions du Sonneur, est un immense coup de cœur. C’est pour moi le récit de voyage parfait, mêlant observations journalistiques précises et passionnantes, lyrisme délicat magnifiant la beauté du grand nord, et un humour merveilleux, à la fois naïf, burlesque et très fin, qui m’a souvent fait éclater de rire. A cela s’ajoutent ces petits croquis parfaitement exécutés qui capturent en quelques traits les paysages grandioses du nord. J’ai adoré, adoré ce livre, un petit bijou de poésie du réel que je recommande chaudement à tout voyageur amoureux de la Scandinavie. Karel Capek deviendra votre compagnon de voyage idéal et vous ne le quitterez qu’à regret à la fin de la croisière, une fois revenu à Rügen.

    Livres de Noël scandinave
    Voyage vers le nord.

    Voyage de Noël scandinave
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       Partons enfin sur la Neva étincelante de neige : à Saint Pétersbourg, phare occidental de la grande Russie. Ado, j’étais partie quelques jours en hiver dans la ville de Pierre le Grand, son « rêve de pierre », que la plupart des voyageurs considèrent comme la plus belle ville de Russie et une des plus belles villes du monde tout court. J’avais été éblouie par la majesté de cette cité impériale, par les façades grandioses de la perspective Nevski, les palais et les musées magnifiés par la lumière drue de l’hiver. Je rêve absolument de retourner un jour en Russie et plus particulièrement à Saint Pétersbourg, dont je garde le souvenir d’un éblouissement. Les éditions Robert Laffont ont lancé en Pavillons poches une collection que j’adore, des « Escapades littéraires » : une collection de textes d’écrivains consacrés à une ville dont ils sont tombés amoureux. Elles ont eu la gentillesse de m’envoyer, à ma demande, le volume consacré à Saint Pétersbourg. C’est une collection de textes magnifiques, de Russes et de voyageurs, éblouis par Pétersbourg et à l’enthousiasme contagieux… qui m’a fait rêver de revoir un jour l’hiver en Russie.

    noël nordique
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    Le grand livre de l’aventure polaire : gagnez votre exemplaire de Givrés !

    Parmi les beaux livres de voyage, c’est une des sorties les plus remarquables de cette fin 2018 : Givrés ! Aventures dans le grand froid, qui vient de paraître aux éditions Hachette dans la collection Guides bleus, réjouira tous les amoureux du grand nord, de l’extrême et de l’insolite. Le principe est simple : suivre, en histoires et en photos, les dingues du froid, les aventuriers qui escaladent des cascades gelées, traversent la banquise arctique en pulka ou l’océan glacial en kayak, plongent sous la glace, font du chien de traîneau ou de la course de moto sur glace… Ajoutez à cela de splendides photos en double page des icebergs du Groenland, de la glace sur le lac Baïkal, des forêts de Laponie enneigées, des plus hauts sommets des Alpes en hiver, etc, et vous aurez le cadeau de Noël idéal pour le voyageur amoureux du nord.

    Des livres nordiques pour un Noël scandinave. Idées de déco de Noël scandinave
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    Des livres nordiques pour un Noël scandinave. Idées de déco de Noël scandinave
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    Des livres nordiques pour un Noël scandinave. Idées de déco de Noël scandinave
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    Des livres nordiques pour un Noël scandinave. Idées de déco de Noël scandinave
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    Pour fêter la sortie de ce très beau livre, je vous propose, en partenariat avec les éditions Hachette, de gagner un des trois exemplaires mis en jeu. Pour participer à ce concours de Noël, deux options : vous pouvez laisser un commentaire sous cet article, ou jouer sur Instagram. Et pour doubler vos chances de gagner, vous pouvez très bien faire les deux 😉 Le tirage au sort aura lieu le 17 décembre. Merci aux éditions Hachette de permettre à trois de mes lecteurs de recevoir ce magnifique ouvrage !

    Des livres nordiques pour un Noël scandinave. Idées de déco de Noël scandinave
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    Une déco de Noël scandinave : bougies, plaids en fausse fourrure et chats norvégiens

    Il y a quelques années, Meik Wiking avait connu le succès avec son ouvrage Le livre du hygge – Mieux vivre grâce à la méthode danoise et nous avions alors découvert le concept du « hygge » qui consiste, en gros, à rester tranquillement chez soi quand il fait froid dehors, s’envelopper dans un plaid bien chaud, allumer des bougies et lire un bon bouquin au coin du feu. J’approuve cette hygiène de vie. Les bougies sont un élément essentiel de la culture scandinave, notamment en Suède, où on fête début décembre la Sainte Lucie avec des processions d’enfants couronnés de bougies. Au cœur de la nuit polaire, ces lueurs sont un symbole d’espoir et de résilience, pour lancer le temps de l’Avent. Savez-vous comment on appelle la bougie en suédois ? Levande ljus, la lumière vivante. Je trouve cela magnifique.

    Un Noël scandinave, avec des livres sur le grand nord, des objets et des idées déco de Noël scandinave, et du maquillage coloré.
    Chandelier suédois.

    Le petit sapin est un chandelier importé de Suède, qui rappelle les couronnes lumineuses de la Sainte Lucie. Je l’ai trouvé à Paris chez Björka Design, boutique de design nordique éco-responsable. Quant à la bougie en bois, sculptée en forme de cœur dans un tronc d’arbre, elle vient de la boutique Maison des Senteurs à Aix-en-Provence, qui propose ce type de bougies naturelles en cire d’abeille, parfum de Grasse et huiles essentielles, sans formaldéhyde. Outre le cœur, vous trouverez plusieurs formes : étoile, sapin… Les autres bougies présentes sur la photo viennent de Maisons du Monde ou Ikea, tout comme les décorations du sapin de Noël, made in Ikea aussi (on reste suédois).

    Idées déco de Noël scandinave
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    Idées déco de Noël scandinave
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    Idées déco de Noël scandinave
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    Les assiettes à l’effigie d’un renard, d’une chouette, d’une maison scandinave… viennent de la boutique La Chaise longue, dont j’adore la déco décalée et originale. Il s’agit d’un set de 6 assiettes « hiver boréal ». Enfin, le coussin avec des macareux dessus vient des îles Féroé, où je suis partie l’été dernier. Emblème de l’Atlantique Nord, cet oiseau magnifique et rare s’observe aux îles Vestmann au large de l’Islande, dans certaines îles du nord de l’Ecosse, et aux Féroé, où j’ai eu le bonheur d’en voir pour la première fois. Je n’ai pas retrouvé exactement le même coussin que le mien sur le net, mais j’en ai trouvé un approchant : coussin macareux.

    Déco de Noël scandinave
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    chat norvégien écaille de tortue
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    Passons aux plaids, élément essentiel du hygge réussi ! Je suis résolument opposée à l’utilisation de la vraie fourrure en mode, trouvant ce commerce cruel et barbare – pour une argumentation plus poussée à ce sujet, je vous invite à découvrir le site de Mode sans Fourrure. Mais j’encourage la fausse fourrure synthétique de qualité, qui recrée l’atmosphère à la Game of Thrones sans écorcher des renards et autres chiens viverrins. J’ai eu l’an dernier un coup de cœur pour ce superbe plaid en fausse fourrure imitation loup de Sibérie, très lourd, très chaud et très classe, qui est vraiment d’excellente facture. Je l’avais acheté en boutique à Munich, mais je vous l’ai retrouvé sur Amazon : plaid loup. C’est de loin mon plus beau plaid.

    Noël scandinave.
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    Les autres plaids (plaid avec des rennes et des runes, plaid à flocons) viennent tout simplement de chez Carrefour, tout comme le sapin blanc. Tous les ans à Noël, Carrefour sort une série de plaids hivernaux et je craque à chaque fois.

    Un Noël scandinave, avec des livres sur le grand nord, des objets et des idées déco de Noël scandinave, et du maquillage coloré.
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    Et que mettre sur le plaid pour un hygge total ? Un chat, évidemment. Alors je vous rassure, je n’ai pas acheté de chat spécialement pour cette série – cela fait une dizaine d’années que plusieurs chats des forêts norvégiennes, en V.O. norsk skogkatter, partagent ma vie. Moi qui suis complètement obsédée par la Scandinavie, j’ai un petit morceau de légendes nordiques et de magie boréale mon canapé au quotidien. Si vous voulez en savoir plus sur cette race merveilleuse que je trouve incomparablement belle, sociable et attachante, je vous invite à lire l’article sur mon terrifiant voyage au Danemark, « le voyage dont j’ai failli ne jamais revenir ». Cela vous fera une histoire gothique avec des chats dedans. Dans cette série de photos, j’ai fait intervenir deux de mes stars norvégiennes, la flamboyante Quiroga Jakobusland et la bleue Lilotus av Verden. Un chat n’est évidemment pas un cadeau qu’on offre à Noël par surprise, c’est une trop grande responsabilité et une décision qui se mûrit longuement, mais si vous rêvez d’un chat norvégien et que vous y avez bien réfléchi, je vous conseille d’acheter un chaton chez mon amie Marie-Pierre François, qui est considérée comme une des meilleures éleveuses de France. La chatterie Lailoken, à Nancy, est un élevage familial et passionné qui fait naître des chats exceptionnels depuis plus de vingt ans.

    chat norvégien bleu et blanc
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    chat norvégien bleu et blanc
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    chat norvégien écaille et blanx
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    chat norvégien écaille et blanc
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    La bande son de l’hiver : Edvard Grieg mon amour

    Avis aux parisiens : l’ensemble vocal Largentière propose trois concerts de Noël intitulés « Lumières du Nord », où on entendra les plus grands compositeurs nordiques, comme Sibelius, Grieg ou Lauridsen. Edvard Grieg est un de mes compositeurs préférés, un Norvégien romantique et doucement mélancolique qui a le don de me transporter chaque fois que je l’entends. Pour le découvrir, je vous propose d’écouter son morceau le plus célèbre, le Matin – vous ne ressentez pas une grande paix et une douce harmonie vous envahir peu à peu ?

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    Les couleurs vives de l’hiver : ambiance petite sirène en beauté

    Au cœur de l’hiver, la Scandinavie aime cultiver la couleur : on pense aux maisons couleur rouge de Falun en Suède, aux rorbuer (cabanes de pêcheur) colorées des îles Lofoten, ou encore à Nuuk, la capitale multicolore du Groenland. Voici donc quelques inspirations chatoyantes.

    Découvrez Nuuk, capitale du Groenland. Que voir et que faire à Nuuk ? Musées, excursions dans le fjord, découverte de la montagne... Nuuk groenland blog.
    Nuuk, capitale du Groenland

    Quelle gamine n’a pas rêvé un jour de se changer en sirène ? La petite sirène vient du Nord : elle est née sous la plume du danois Hans Christian Andersen, à qui on doit ce conte déchirant d’amour impossible et de mondes que tout sépare. C’est pour cela que la sirène trône dans le port de Copenhague, que j’ai eu le bonheur de visiter au printemps dernier.

    Des idées de déco de Noël scandinave
    La petite sirène de Copenhague

    Je suis amoureuse des sirènes et de toute la mythologie océanique qu’elles charrient sur leur joli dos d’écaille nacrée. Vous imaginez donc ma joie en découvrant chez La Chaise longue un plaid sirène bleu turquoise qui accompagne ma lente métamorphose en créature aquatique piscinicole.

    Déco de Noël scandinave
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    Et pour compléter la panoplie petite sirène, j’ai dans la main (et sur les paupières) la palette Be a Mermaid de Tarte, une marque de cosmétiques américaine dont je suis folle car leurs palettes sont extraordinairement pigmentées et intenses. La palette Be a Mermaid, que j’utilise quasi exclusivement depuis le printemps, est malheureusement en rupture de stock, mais ils ont de nombreuses autres palettes à découvrir ici – c’est une de mes marques fétiches, notamment pour le maquillage des yeux.

    Palette tarte mermaid
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    Palette tarte mermaid
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    Je finis cette série maquillage par le tout nouveau rouge à lèvres de Givenchy, Le Rouge Perfecto, qui m’a été offert la semaine dernière par ma rédactrice en chef dans la nuance Le Rose Perfecto – un fuchsia dont j’aime beaucoup la nuance et la texture très douce. Le packaging est magnifique, ce rouge à lèvres a un côté bijou que j’aime beaucoup.

    Rouge à lèvre Givenchy Rouge Perfecto
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    Rouge à lèvre Givenchy Rouge Perfecto
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    Rouge à lèvre Givenchy Rouge Perfecto
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    Encore un peu d’inspiration nordique…

    Si vous rêvez de plus d’inspiration nordique, je vous propose de retrouver mes différents articles sur le grand Nord. Voici une petite sélection :

    * les plus beaux glaciers et icebergs du monde
    * les icebergs d’Ilulissat au Groenland, ou encore Nuuk, sa capitale
    * les forêts et les rennes de Laponie finlandaise
    * l’Islande de l’Ouest en hiver
    * Kangerlussuaq au Groenland et Copenhague au Danemark
    * mes conseils pour choisir la destination arctique qui vous correspond le mieux.

    Quel pays nordique choisir ? Quel est le plus beau pays nordique ? Quel est le meilleur endroit pour voir des aurores boréales ?
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    Je vous souhaite une jolie période de l’Avent. A suivre sur Itinera Magica : la Bourgogne, l’Alsace, la Suisse, la République dominicaine, les Iles Féroé… Inscrivez-vous à la newsletter ?

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  • Voyage en Ouzbékistan, l’épopée millénaire

    Connaissez-vous l’Ouzbékistan, ce pays lointain et exotique dont le seul nom évoque une épopée, mais dont nous autres Français savons si peu de choses ? Il fut un temps où l’Ouzbékistan était le centre du monde. Les routes de la soie tissaient un rêve d’or et d’azur à Samarcande, à Boukhara ou à Kokand. Les caravanes de chameaux acheminaient les richesses d’un continent gigantesque dans ces villes magiques, à la croisée des chemins entre influence perse, arabe, mongole, turque, chinoise… Ici les vagues nomades ont déferlé sur l’empire perse, les peuples se sont métissés, les couleurs ont jailli au pied des hautes montagnes du Pamir et du Tian Shan.  Ici mille cultures ont éclos comme autant de floraisons sublimes, et l’histoire a laissé en héritage à ce pays immense les capitales de quatre empires immenses et glorieux. C’est pourquoi l’Ouzbékistan est sans aucun doute le plus beau, le plus spectaculaire des pays d’Asie centrale, et une véritable machine à remonter le temps. Je voudrais vous convaincre de donner sa chance à ce pays méconnu mais fabuleux, dont je reviens ensorcelée. Ce voyage a été réalisé avec l’agence Authentic Travel, petite agence ouzbek francophone fabuleuse dont je vous parlerai davantage.

    Partons pour un grand voyage en Ouzbékistan. De Samarcande à Boukhara en passant par la steppe, voici un itinéraire de rêve pour découvrir les incontournables d'Ouzbékistan.
    Ouzbékistan, un rêve d’or et d’azur.

    Partons pour un grand voyage en Ouzbékistan. De Samarcande à Boukhara en passant par la steppe, voici un itinéraire de rêve pour découvrir les incontournables d'Ouzbékistan.
    Dormir au coeur de la steppe : la vie nomade.

    Partons pour un grand voyage en Ouzbékistan. De Samarcande à Boukhara en passant par la steppe, voici un itinéraire de rêve pour découvrir les incontournables d'Ouzbékistan.
    La mythique place du Registan à Samarcande.

    Pourquoi l’Ouzbékistan ? Quatre raisons de voyager dans ce pays exceptionnel
    Voyage en Ouzbekistan – voyage en Ouzbékistan

    En juin 2018, je suis partie en Ouzbékistan avec Sylvie Brunel, qui est une professeur, écrivain et géographe infiniment talentueuse, et accessoirement, ma mère. J’adore partir avec elle, comme nous l’avions déjà fait en Islande et à Douai, et ce fut un voyage mère-fille absolument inoubliable. Je suis heureuse et honorée de lui laisser la parole pour vous présenter ce pays magique.

    Partons pour un grand voyage en Ouzbékistan. De Samarcande à Boukhara en passant par la steppe, voici un itinéraire de rêve pour découvrir les incontournables d'Ouzbékistan.
    Ma mère, Sylvie Brunel, admirant la vue sur les montagnes des Tian Shan au col de Kamchik.

    « Je le dis franchement : quand ma fille m’a proposé de l’accompagner en Ouzbékistan, ma première réaction n’a pas été enthousiaste du tout. J’ai grandi en pleine guerre froide, nous ignorions tout de ce qui se passait au cœur de l’URSS et encore plus en Asie centrale, qui faisait figure de trou noir. Une sorte d’abysse mais à l’envers, montagneuse, obscure, totalement inconnue.
    Depuis 1991, cinq républiques indépendantes sont apparues, toutes en stan (du mot « pays » en perse), ce qui ne facilite pas leur identification. La guerre a ravagé l’Afghanistan – qui n’en fait pas partie : Ouzbékistan, Kazakhstan, Tadjikistan, Turkménistan, Kirghizistan ont en commun d’avoir toutes fait partie intégrante de l’Union soviétique. Et notre connaissance de ces pays n’a guère avancé. Ou plutôt, elle a avancé, mais négativement. Régimes autoritaires, islamisme vindicatif, insécurité totale… Partir faire du tourisme pour le trou noir, c’était se jeter dans la gueule du loup. En plus, on allait prendre la compagnie nationale du pays, explorer des régions placées en rouge sur le site du Ministère des affaires étrangères, comme la vallée du Ferghana ou le nord du pays… C’est tout juste si je n’ai pas fait mon testament.

    Aujourd’hui, je n’arrive même pas à croire que j’ai pu éprouver de telles appréhensions : je n’ai qu’une envie, retourner en Ouzbékistan, y emmener mes autres enfants, des amis, des parents, même mon vieux père de 84 ans et les enfants de ma petite sœur… Je suis prête à déplacer tous ceux que j’aime pour leur permettre de connaître ce fabuleux pays.

    Rien n’est plus magique que l’Ouzbékistan. Et sur tous les plans.

    Je vais essayer de vous la faire courte, en quatre points seulement, comme ils me viennent.

    1. La beauté de l’Ouzbékistan

    La beauté des villes et des paysages n’a nul équivalent dans le monde, sinon précisément en Asie centrale. C’est le pays des montagnes célestes, du Pamir, des contreforts de l’Himalaya et des steppes immenses, mais aussi des villes mythiques, Samarcande, Boukhara, Khiva, et même Tachkent, qui recèle de vraies beautés. Partout, des mosquées, des palais, des mausolées incroyablement décorés, aux coupoles bleu cobalt, avec du lapis lazuli, de l’or, des mosaïques, des bois sculptés, d’incroyables décors en stuc… Une féérie.

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    Beauté de Boukhara, mon plus grand coup de coeur en Ouzbékistan.

    Et dans lesquelles vous pouvez circuler totalement librement : inutile de se couvrir la tête, de porter des pantalons longs, de faire amende honorable en vous excusant d’être occidental, pas musulman et touriste. On vous accueille les bras ouverts. Les gens sont chaleureux, accueillants, et adorent se faire prendre en photos. Non seulement tout est libre d’accès (évidemment, il faut quand même se comporter décemment, comme dans nos églises), mais la plupart des lieux touristiques accueillent aussi des artisans, des expos artistiques, des spectacles. Il faut voir les touristes chinois se déguiser en Tamerlan (le héros national) et prendre la pose au Régistan, l’incroyable place monumentale de Samarcande ! C’est un double exotisme qui vous transporte au temps des Routes de la soie, des caravaniers chargés de tissus et de bijoux précieux, acheminant leurs richesses et leurs connaissances dans l’Occident médiéval (c’était nous, alors, le trou noir de la mondialisation…).

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    Des femmes ouzbek font un selfie au mausolée de Chah-i-Zindeh, à Samarcande.

    1. L’artisanat ouzbek

    L’artisanat ouzbek est si beau que vous reviendrez les bras chargés de cadeaux : les soieries incroyables du Ferghana, les bijoux d’argent, turquoise, corail, lapis lazuli, jade, les bols peints avec une minutie admirable, les enluminures représentant des scènes mythiques, caravanes, dragons, palais, ou tout simplement, vos animaux familiers, transfigurés par l’art des peintres ouzbeks, le travail du bois, du papier, les tissus brodés….Vous verrez travailler les potiers, les tisseurs, l’art du papier de soie à l’ancienne,  Tout est enchantement. Et les prix plus qu’abordables – alors même que je n’ai pas osé marchander, mais il paraît qu’il faut le faire !!! Quand vous rentrez d’Ouzbékistan, tout le monde vous aime. Il faut y aller pour prévoir ses cadeaux de Noël ou d’anniversaire, ou même de mariage. Partir avec une valise vide car elle sera forcément remplie au retour.

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    Pigments pour teindre la soie.

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    Boutique à Tachkent.

     

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    Des vendeuses présentent des étoffes à Boukhara.

     

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    Céramique ornée de fleurs de coton.

     

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    Travail de la soie à Marguilan.

    1. La sécurité : oui, l’Ouzbékistan est très sûr !

    L’Ouzbékistan est un des pays les plus sûrs au monde. On n’y éprouve aucun sentiment d’insécurité, il n’y a pas de vols, de mendicité, de saleté, de misère. Le pays est propre, accueillant, bien géré. Le TGV ouzbek qui relie les grandes villes entre elles, avec un personnel surabondant et aux petits soins, est bien plus moderne que notre bon vieux TGV, et la gare de Samarcande, une vraie cathédrale. C’est un bonheur de voir des rues et des campagnes bien entretenues, à l’image d’une grande maison ou d’un immense jardin dont vous êtes les hôtes respectés. Il y a une vraie tradition d’hospitalité, des sourires et une curiosité joyeuse à l’égard du touriste. Mais je pense sincèrement que c’est un pays qu’il faut visiter avec une agence locale de qualité. Comme la langue et les inscriptions en cyrillique nous sont incompréhensibles, que les gens ne parlent qu’ouzbek, tadjik ou russe, il est difficile de s’y déplacer et de découvrir ses merveilles sans être accompagné d’un guide. Nous l’avons exploré en compagnie de Soukhrob et des guides de son agence, Authentic Travel, qui sont tous parfaitement francophones, hyper cultivés, pleins d’humour et super accueillants. Mais nous avons croisé d’autres voyageurs pendant notre séjour qui avaient cru bon de choisir sur Internet des guides un peu improvisés et n’étaient pas très contents de leur expérience. La police et l’armée, très présentes et qui veillent au grain – il existe des menaces régionales qu’il ne faut pas ignorer, et l’Ouzbékistan surveille ses frontières, ses villes, ses mosquées – vous traitent avec respect, mais je pense qu’il vaut mieux être accompagné d’un bon guide pour visiter le pays en toute sérénité.  Quand Soukhrob nous dit son mantra, « avec Authentic Travel, tout est possible, tout est réalisable, c’est le jeu de la vie« , il faut le prendre au mot : rarement nous avons rencontré personne plus cultivée sur son pays, plus passionnée par son histoire.

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    Tradition de tolérance religieuse en Ouzbékistan : Boukhara abrite la plus vieille synagogue d’Asie centrale, toujours fréquentée par la communauté juive. Ici, un rouleau de la Torah.

     

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    Superbe église orthodoxe à Tachkent.

     

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    Soukhrob, le fabuleux patron d’Authentic Travel, avec ma mère (à Samarcande, vous l’aurez deviné).

    1. Une culture millénaire et fascinante

    Visiter l’Ouzbékistan, c’est revenir plus intelligent. Prendre conscience d’à quel point l’Asie centrale a compté dans l’histoire du monde : c’est de cette région, au cœur des grands empires de la Perse, des Ottomans et de la Chine, que sont venus les grands acquis de la civilisation occidentale : l’écriture, la médecine, les mathématiques, l’astronomie, la poudre à canon, la soie… Les grands conquérants et les grands savants d’Asie centrale ont marqué l’histoire du monde. C’est en Ouzbékistan, seul pays ayant des frontières avec toutes les républiques d’Asie centrale, poids lourd de la région avec la moitié de sa population (30 millions d’habitants sur 65), que se trouvent les capitales des anciens empires, Samarcande, Boukhara, Khiva, Kokand…A travers l’histoire du pays s’écrivent l’histoire des Lumières occidentales, et désormais celle de l’Eurasie, avec la renaissance des Routes de la Soie. Visiter la forteresse d’Alexandre le Grand, le mausolée de Tamerlan et de son épouse adorée, le palais d’été de Boukhara, le sextant géant d’Ouloug Beg, petit-fils de Tamerlan, un des plus grands savants que le monde ait portés, un des premiers à avoir exigé que les femmes aient accès au savoir aussi, c’est prendre conscience de tout ce que nous devons à cette partie du monde… Où le français reste vivant : c’est une langue très appréciée en Ouzbékistan et les enfants peuvent l’apprendre à l’école primaire. Il est dommage que la France ne soit pas plus consciente de cet atout culturel et linguistique et que nous ayons de ce pays une vision si fausse.

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    Nous avons eu le plaisir de rencontrer Laziza, directrice d’école et professeur de français, qui a participé avec ses élèves à un concours de théâtre en français organisé par l’ambassade de France… et ils ont gagné !

     

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    Ruines de la forteresse d’Alexandre le Grand à Nourata. L’Ouzbékistan, des millénaires d’histoire…

     

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    A l’observatoire d’Oulough Beg, un sextant de 11 mètres de long, le plus grand de son époque dans le monde entier.

     

    Partons pour un grand voyage en Ouzbékistan. De Samarcande à Boukhara en passant par la steppe, voici un itinéraire de rêve pour découvrir les incontournables d'Ouzbékistan.
    Un tombeau des Samanides, une des plus anciennes et brillantes civilisations à avoir foulé le sol ouzbek.

    Pour terminer, deux messages :

    Faites confiance à Authentic Travel pour organiser votre voyage. Ils sont adorables, compétents, et plus qu’abordables en prix.

    Souvenez-vous que le motif des tissus ouzbeks, omniprésents dans le pays et dans les avions de la compagnie nationale, Uzbekistan Airways, signifie « le rayonnement du soleil à travers les nuages dans un ruisseau au pied de la montagne ». Et dites-vous qu’un pays capable d’autant de poésie vous réserve le plus grand dépaysement dont vous ayez jamais rêvé.

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    Je porte sur les épaules l’adras, foulard en soie au motif national ouzbek.

    Je laisse maintenant ma fille vous donner, concrètement, le mode d’emploi du pays qui a fait de la cigogne, symbole de paix et de prospérité, son emblème. »

    Que voir en voyage en Ouzbékistan ?

    Je retracerai mon itinéraire jour par jour en nommant les lieux qui m’ont touchée, émue, et qui me paraissent mériter de figurer dans votre grand voyage en Ouzbékistan.

    La vallée du Ferghana, pour l’authenticité

    Cette région très préservée et méconnue, à l’est du pays, est parfaite pour se plonger dans l’âme ouzbek. Haut-lieu d’agriculture et d’artisanat, cette zone rurale est essentielle à l’économie et à l’identité du pays. C’est le coeur agricole de l’Asie centrale : ici, on produit coton, céréales et fruits pour toute la région, et les abricots qui envahissaient les bords des routes à la mi-juin seront mangés jusqu’à Moscou. On cultive la vigne au cœur des villages, sur des tonnelles surplombant les maisons, ce qui leur confère un charme fou.

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    Vignes dans les villages.

     

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    Sur les marchés du Ferghana.

     

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    Epices.

     

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    Les abricots du Ferghana.

    L’artisanat ouzbek a ceci de particulier qu’il n’est pas produit pour les touristes, mais en premier lieu pour les Ouzbeks eux-mêmes, ce qui le rend exceptionnellement beau et authentique. A Marguilan, on découvrira le tissage de la soie, entièrement à la main, dans des ateliers de toute beauté. Pendant des siècles, la fabrication de la soie a été un secret jalousement gardé dans les nuits d’Orient. L’étoffe précieuse était acheminée jusqu’à l’Europe fascinée par les mythiques routes de la soie. J’ai pu visiter de sublimes soieries où on assiste à toutes les étapes du processus de fabrication : ébouillanter les cocons, récupérer le fil, en faire des bobines, le tisser, le teindre… un travail d’une minutie extrême, qui m’a hypnotisée. C’est la beauté des traditions immémoriales, comme ici le tissage de la soie sur d’immenses métiers à pédale demandant une grande dextérité. A Richtan, c’est la céramique qui est à l’honneur, avec une technique de glaçure entrée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
    J’ai adoré les couleurs des marchés, des soies, des céramiques… tout un Ouzbékistan traditionnel et chatoyant.

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    Tissage des cocons de soie.

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    Travail de la soie sur un grand métier à tisser à Marguilan.

     

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    Travail de la céramique à Richtan.

    Ne manquez pas une petite halte à Kokand, qui fut la ville de résidence de Gengis Khan, pour admirer le superbe palais du khan, témoin de l’époque où cette petite ville du Ferghana fut la capitale des grands conquérants mongols.

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    Kokand, palais du khan.

    Le col de Kamchik : road trip en ex-URSS

    Longtemps j’ai vu des films qui ressemblaient à des westerns, mais version ex-URSS, des road movies débridés avec des mecs dans des vieilles Lada défoncées et des amulettes pendouillant au rétro fonçant sur les routes du Pamir avec une chèvre dans le coffre. J’ai longtemps rêvé d’Asie centrale, de montagnes immenses, de cette liberté un peu bordélique et brute de décoffrage. Et puis je suis rentrée dans le film en prenant la route vers le Ferghana. Les restaurants montent à l’assaut des montagnes, le Coca côtoie les vieilles bagnoles soviétiques surchargées, et le plus beau point de vue de tous, c’est le col de Kamchik.

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    A l’aventure sur les routes ouzbek !

     

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    Voitures surchargées.

     

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    Lada, coca, vachette !

     

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    Vision typique de l’Ouzbekistan traditionnel.

     

    Restos traditionnels de montagne, où on mange déchaussé et agenouillé.

    Col de Kamchik, 2700m. Ici le regard porte sur trois pays : Ouzbékistan, où je suis, Tadjikistan et Kirghizistan, à deux pas. Deux chaînes de montagne l’encadrent, le Tian Shan avec ses pommes magiques, et le Pamir, dont les premiers 4000 mètres s’offrent à mes yeux éblouis. Si on jouait à la marelle sur les sommets, on serait vite à 7000 mètres, dans l’Himalaya. J’ai la chair de poule quand je pense à l’endroit où je suis, au cœur de l’Asie centrale, aux portes du mythe. J’ai le coeur qui bat, je me sens ivre d’immensité.

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    En arrivant au col.

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    Col de Kamchik.

    Boukhara, le plus beau joyau d’Ouzbékistan

    Boukhara ? Cela restera un des plus beaux souvenirs de toute ma vie. Tout le monde vous parle de Samarcande, et oui, Samarcande est belle, est incontournable, mais Boukhara… Boukhara, c’est bien plus qu’une belle attraction touristique. C’est une ville intacte, labyrinthique, magique. Boukhara, c’est une expérience mystique. C’est remonter le temps et plonger dans le rêve.

    J’ai du mal à trouver les mots pour vous parler de Boukhara. Imaginez qu’on vous réveille au milieu de la nuit pour vous conduire au sanctuaire lumineux de votre plus beau rêve. Imaginez marcher main dans la main avec un fantôme et voir les millénaires abolis tous réconciliés dans un éblouissement d’or et de cobalt. Ici toutes les routes de la soie s’enchevêtrent, ici la seule mesure du moment est celle de l’éternité, ici aucun rêve ne meurt. Boukhara, c’est la plus belle ville de ma vie, c’est le voile qui se déchire. J’ai connu ici une exaltation esthétique et spirituelle rare et je sais que c’est le genre d’amour qui reste fiché en plein coeur, que Boukhara me manquera toujours et que j’y reviendrai un jour. Si vous avez un jour rêvé d’Orient, de caravansérails chatoyants, de marchands de soie et de mystère, de voir le soir tomber sur un minaret au bord d’une fontaine, si vous avez un jour rêvé de la Route de la Soie, de coupoles turquoises dans l’or du soir, de labyrinthes de beauté radicale, de Dieu et des hommes qui l’aiment, alors il faut que vous voyez Boukhara. Capitale éternelle des exaltés, illumination faite pierre et peinture, je voudrais ne jamais avoir à te quitter ! J’essaie de vous communiquer en images l’émotion intense qui m’a étreinte ici.

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    Coupoles turquoise de Boukhara.

     

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    La mosquée Kalyan dans le soir.

     

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    Une des plus belles mosquées de Boukhara.

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    Dans le tombeau des Samanides.

     

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    Une des madrasas dans le soir.

     

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    Tous les grands conquérants de l’histoire de l’humanité ou presque sont passés ici, Alexandre le Grand, Gengis Khan, Tamerlan. Mais l’apogée de Boukhara, ce furent les IXe et Xe siècles, quand elle fut la capitale des Samanides. Ce sont eux qui bâtirent les sublimes mosquées et les innombrables madrasas qui peuplent cette ville empreinte de mysticisme. Une madrasa est une école coranique, où on venait apprendre à lire, écrire et réciter les sourates du texte sacré des musulmans. Les alvéoles sculptées en stuc ou en bois dans la façade évoquent la grotte où le prophète Mahomet reçut la sainte révélation. Les plus grands intellectuels musulmans, comme le philosophe Avicenne, ont résidé dans cette ville de culture et de beauté. Les marchés témoignent de son importance dans la route de la soie : c’est un dédale de commerce florissant. De tout temps, les hommes sont venus ici vendre et acheter les épices, la soie, l’adras, les poignards et les bijoux, les étoffes et les fruits. Au fil de la route légendaire, l’histoire se dévide…  Toute la vieille ville de Boukhara est piétonne, d’où l’impression de magie, de plonger dans un rêve intemporel, intact depuis plus de mille ans. L’eau y est omniprésente : canaux, fontaines, grands bassins dans lesquels se reflètent les minarets. J’ai adoré ces bassins tranquilles au bord desquels on boit, mange et discute dans le soir. C’est à Boukhara que je suis rentrée dans mon songe, que la route de la soie légendaire est venue se dérouler sous mes pieds, que mon coeur a battu le plus fort.

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    Dédales des marchés.

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    Vie paisible le long de l’eau.

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    Apparition magique au détour d’un marché.

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    Partout, la lumière et la beauté.

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    Boukhara, ville piétonne, ville vivante.

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    Le minaret Kalyan (du haut duquel on jetait les prisonniers rebelles…)

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    Au bord des bassins innombrables.

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    Manger au bord de l’eau à Boukhara. (Vous remarquerez les jambes nues de la jeune femme, qui n’ont traumatisé personne.)

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    Une vision qui ravira les passionnés d’histoire : ceci est un temple zoroastrien, datant de l’époque pré-islamique. Vous remarquerez les motifs de papillon sur la droite : le papillon est symbole de légéreté, d’élévation spirituelle. Souvenez vous du « Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzsche et de sa fascination pour « l’esprit de légéreté’…

    A Boukhara, nous avons dormi dans un bel hôtel 4* appartenant à Soukhrob, Grand Emir Residence. J’ai beaucoup aimé cet hôtel confortable, très joliment décoré et au personnel chaleureux, je vous le recommande volontiers, d’autant que les tarifs sont très abordables (à partir de 48 euros/nuit en chambre double).
    Je vous signale enfin une petite beauté située à l’extérieur de la vile de Boukhara : le palais d’été des émirs. Construit dans un style russe au début du XXe siècle, à l’époque où l’Ouzbékistan était très imprégné de l’influence des tsars, entouré de bassins et de jardins, ce palais magnifique m’a évoqué à la fois Saint Pétersbourg et la Ménara de Marrakech.

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    Le palais d’été de Boukhara.

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    Un style russe qui me rappelle la belle St Pétersbourg.

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    Nourata, poissons sacrés et forteresse d’Alexandre le Grand

    En route vers la steppe, nous avons fait cet arrêt à Nourata et j’en garde un souvenir ébloui. Au pied de la colline s’élève une mosquée baignée par une source sacrée pour les musulmans chiites : elle aurait jailli du bâton d’Ali, le gendre de Mahomet. D’énormes poissons, sacrés eux aussi, évoluent dans un décor turquoise qui contraste avec l’aridité environnante. Au sommet de la colline, ce sont les ruines d’une ancienne forteresse édifiée par Alexandre le Grand lors de sa conquête de l’Asie centrale. La vue est sublime et le vertige historique bien réel.

    Partons pour un grand voyage en Ouzbékistan. De Samarcande à Boukhara en passant par la steppe, voici un itinéraire de rêve pour découvrir les incontournables d'Ouzbékistan.
    La source d’Ali.

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    Ruines de la forteresse d’Alexandre le Grand à Nourata.

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    Poissons sacrés de la mosquée.

    Entre Boukhara et Nourata, nous avons également visité une sardoba, immense réservoir d’eau construit au temps des routes de la soie pour abreuver les caravanes. L’ingéniosité de cette construction vieille de près de deux mille ans, où l’argile fait office de filtre pour piéger les impuretés de l’eau, m’a beaucoup impressionnée.

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    A l’intérieur de la sardoba, château d’eau de la route de la soie.

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    Il y a deux mille ans, des sardobas jalonnaient la route de la soie tous les 40 km environ.

    La steppe immense, les yourtes et le lac Aydar

    Nous mis le cap vers le nord de l’Ouzbékistan. Ici, à la frontière kazakhe, dans ce camp de yourtes au coeur d’un désert d’ocre et d’épines, je suis au beau milieu de la steppe immense. Entre nous et le pôle nord, il n’y a plus rien désormais. Ni villes, ni montagnes, juste des milliers et des milliers de kilomètres de steppe herbeuse et sèche où roulent les nuages que rien n’arrête. C’est vertigineux d’imaginer cet infini qui court jusqu’à la banquise, traversant les immensités anonymes de l’Asie centrale et de la toundra sibérienne, sans plus qu’aucun relief ne se dresse pour arrêter la marche des troupeaux et la course des vents. Parce que l’haleine des blizzards et des déserts souffle sans obstacle, ici il fait -45 degrés l’hiver et 45 l’été. La vie est radicale et la liberté absolue…

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    La steppe, ses troupeaux, son infini poussiéreux ! Toute l’immensité de l’Asie se révèle dans cette plaine gigantesque qui court jusqu’aux glaces du grand nord russe…

    Les seigneurs de la steppe, ce sont les chameaux. Je les trouve immenses comme les montagnes froides d’Asie centrale où ils sont nés, avec leurs deux bosses, leur fourrure épaisse et leur poil laineux. Pour la première fois de ma vie, je monte sur un chameau, je découvre sa démarche chaloupée, inquiétante. Etre cavalière passionnée ne prépare aucunement à chevaucher des chameaux, même si l’expérience est belle.
    Mais on trouve aussi des petites chèvres cachemire, avec leur laine si précieuse, des moutons et des chevaux, autant d’immenses troupeaux qui soulèvent des nuages de poussière en traversant la steppe.
    Parfois, des tornades se lèvent d’un seul coup, sans crier gare, c’est un tourbillon de poussière qui traverse soudain l’immensité, soulève les herbes sèches et les cailloux, puis se dissipe aussi vite qu’il est apparu.

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    Chameaux laineux d’Asie : ils ont deux bosses et viennent des montagnes.

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    Première expérience à dos de chameau pour moi.

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    Pas totalement rassurée 😉

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    Troupeaux de chevaux.

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    Petites chèvres cachemire.

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    Chevaux au galop dans la poussière.

    A l’arrivée dans le camp de yourtes, les nomades – qui sont des Kazakhs – vous accueillent autour d’un chaï, thé vert qu’on boit dans toute l’Asie centrale et qui symbolise l’hospitalité. Il y a sur la table des raisins secs, des noyaux d’abricots grillés et de petites pâtisseries sucrées. Je porte sur les épaules un châle en soie dont le motif, l’adras, est l’emblème de l’Ouzbékistan, se retrouve partout et se décline dans toutes les couleurs. Le motif de l’adras représente « un rayon de lumière à travers les nuages dans une rivière au pied des montagnes » – n’est ce pas magique ? Autour du cou, je porte un collier fabriqué main par un joaillier de Boukhara, ville de l’artisanat d’art en Ouzbékistan, en argent, turquoises et topazes. J’ai voulu me fondre dans les emblèmes de ce monde qui m’accueille à bras ouverts.

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    Chaï, adras, et gourmandises nomades.

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    Crépuscule sur les yourtes…

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    … et réveil.

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    Désert rouge du Kisilkoum.

    La nuit en yourte est une expérience magique. C’était ma deuxième nuit de ce genre cette année, après la nuit dans le camp au Wahiba Sands à Oman, et je deviens accro aux déserts. L’immensité du ciel contrasté, la lumière du soir, le rouge des dunes parsemées de tamaris et d’épineux, paysage typique du désert du Kisilkoum… autant d’images fulgurantes qui se projettent comme un film en Technicolor au creux de mes paupières quand je ferme les yeux. Au matin, tout le petit peuple de la steppe est sur le qui-vive, lézards, varans, chiens de prairie et oiseaux colorés. Je pars pour une randonnée au milieu des dunes de sable rouge, jusqu’au lac Aydar, oasis verdoyante au coeur de la steppe. En 1966, un séisme l’a créé en modifiant le cours du fleuve Syr-Daria, ouvrant un refuge à la vie au coeur de l’aridité. C’est un joli lieu de baignade dans ce pays très loin de la mer.

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    Varans de la steppe

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    Chien de prairie.

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    Arrivée au lac Aydar

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    Petite ambiance à la Into the wild, version centrasiatique

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    Buffles se désaltérant au lac Aydar…

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    …et moi m’y baignant.

    Samarcande, la ville mythique, vitrine de l’Ouzbékistan

    Samarcande ! La plus célèbre, la plus mythique des villes d’Asie centrale : vous avez sans doute déjà vu des photos de sa sublime place impériale, le Registan, considérée comme la plus belle de toute cette aire géographique. Samarcande a tant d’histoires à raconter. Elle fut le coeur du monde et elle en reste un des plus beaux joyaux.  Alexandre le Grand y bâtit une cité, la Route de la Soie y noua ses fils d’or et de crinière, les brillants Sassanides en firent une perle de leur empire, les Perses et les Arabes y cultivèrent leur esthétique et leur science… Tamerlan, le plus grand conquérant de l’univers, perpétuellement invaincu, en fit sa capitale auréolée de bleu. Quant à son petit fils, Ulugh Beg, il sut imposer un islam progressiste et tolérant, écrivant au frontispice des madrasas que « le devoir de tout musulman est de s’instruire » et ouvrant les écoles aux femmes. Il fonda l’astronomie moderne dans son sublime observatoire, qu’on peut toujours visiter et qui m’a beaucoup impressionnée. Ulugh Beg imprima durablement une tradition de progrès et on lui doit sans doute une partie de cette culture ouzbek de l’ouverture et de la tolérance religieuse.

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    Moi allant présenter mes hommages à mon héros Ulugh Beg.

    Il faudra voir le tombeau de Tamerlan, la très belle mosquée Bibi-Khanum, construite pour l’épouse préférée de Tamerlan, les madrasas, l’observatoire, et surtout, surtout, le mausolée Chah-e-Zindeh, un des plus beaux sites d’Ouzbékistan. Mon plus grand coup de cœur à Samarcande va à cette nécropole étonnamment joyeuse et colorée, à sa forêt de coupoles turquoise et à son atmosphère à la fois belle et sereine.

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    Le Registan à la nuit.

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    Le Gour Emir, tombeau de Tamerlan

     

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    Registan et mosquée Bibi Khanum.

     

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    Chah-e-Zindeh, le mausolée sublime.

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    Coupoles de Chah-e-Zindeh.

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    Chah-e-Zindeh, un des plus beaux monuments du pays à mes yeux

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    Chah-e-Zindeh.

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    Femmes ouzbek me proposant de poser 🙂

    Tachkent, le pont entre tradition et modernité

    La capitale ouzbek est moderne et monumentale. Depuis l’indépendance, les grandes places et les larges avenues soviétiques sont dédiées aux héros nationaux et aux emblèmes du pays. On retrouve ainsi la cigogne, l’animal totem de l’Ouzbékistan. Les allées sont fleuries et très fréquentées, c’est une immersion intéressante dans l’Ouzbékistan d’aujourd’hui.
    J’ai beaucoup aimé aussi la vieille ville, centrée autour du musée Amir Timur, qui contient un des tout premiers exemplaires du Coran, la mosquée et les quartiers traditionnels, un joli dédale où la vie reste lente.

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    Grandes avenues de Tachkent.

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    Cigognes ouzbek.

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    Petite coupole de Tachkent, plus claire que celles de Samarcande

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    Immeubles soviétiques à Tachkent, décorés dans un style ouzbek

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    Grande mosquée Amir Timur

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    Grandes allées post-soviétiques.

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    Tachkent moderne

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    Hospitalité ouzbek : dans une petite maison avec cour et jardin intérieurs dans la vieille ville, nous sommes spontanément conviées à partager le repas de l’aïd

    Préparer son voyage en Ouzbékistan : les questions que vous m’avez posées

    Parce que ce pays reste encore méconnu, je vous avais proposé de me poser vos questions à son sujet sur Instagram. Voici donc les réponses à vos interrogations !

    Comment j’ai organisé mon voyage en Ouzbékistan ? Quel budget ?

    Cela faisait très longtemps que je rêvais d’Ouzbékistan, mais je ne me sentais pas capable d’y aller seule (voir ci-dessous), et les circuits que je trouvais ne me correspondaient pas : je trouvais principalement du tourisme de masse, en autobus, ou bien des offres locales intéressantes mais sans organisation globale du voyage. La révélation a été pour moi de rencontrer Soukhrob Bobokalonov, le patron d’Authentic Travel.  Soukhrob était immensément cultivé, passionné par son pays, enthousiaste et visionnaire. Il est parfaitement francophone, a vécu et étudié plusieurs années à Paris, et incarne ce pont entre nos deux cultures : avec lui, l’Ouzbékistan devient accessible, intelligible, vivant. Soukhrob est un entrepreneur fabuleux, qui a créé cette agence francophone, qui possède un très bel hôtel à Boukhara, Grand Emir Residence, et qui est actuellement en train d’installer un ascenseur de verre dans l’ancien château d’eau de Boukhara pour offrir une vue imprenable sur la ville. Autant dire que cet homme est infiniment passionné et investi dans la promotion touristique de son pays.
    Authentic Travel propose des circuits privés avec guide chauffeur (tous francophones) à travers le pays, entièrement personnalisables : vous pouvez composer votre itinéraire exactement comme vous le souhaitez. L’agence a une interface francophone : Catherine, la représentante France d’Authentic Travel, sera votre correspondante si vous réservez un voyage et établira avec vous le parcours. Les tarifs sont très, très abordables quand vous pensez à la qualité de la prestation et au fait que tout sauf le vol est inclus : hôtels, repas, activités, guide chauffeur… Pour vous donner une idée des tarifs, j’ai inclus dans mon reportage pour Version Femina une offre à 950 euros par personne pour un circuit de 10 jours, tout compris sauf le vol.
    L’Ouzbékistan n’est pas un pays cher : les hébergements et les repas sont très abordables. Vous pouvez avoir un délicieux repas complet pour 5 euros dans les petits restaurants.
    Le vol aller-retour nous a coûté un peu moins de 500 euros chacune avec Uzbekistan Airways, ce qui est le tarif classique pour un aller-retour Paris-Tachkent (deux vols directs par semaine) ou Paris-Ourguentch (un vol direct par semaine). La compagnie est très bien : sûre, fiable, ponctuelle.

    Peut-on voyager seul(e) ? Comment se déplacer à l’intérieur du pays ?

    Voyager seul en Ouzbékistan ? Oui et non.
    Oui, car ce pays fait partie des plus sûrs du monde : selon le dernier classement paru fin septembre, l’Ouzbékistan est en 5e position des pays « où on se sent en sécurité », juste derrière Singapour, l’Islande, la Norvège et la Finlande. (La France est 16e). Les Ouzbeks sont accueillants et respectueux, les villes sont sûres, et la police est à la fois présente et bienveillante. Il y a eu des scènes drôles, comme ce policier à qui je demande si je peux monter au sommet du minaret pour faire une photo, qui me répond que c’est interdit, et qui revient me chercher dix secondes plus tard : « ok, je t’y emmène si tu y tiens ».

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    La fameuse photo au sommet d’un minaret au dessus du Registan, Samarcande.

    Une des choses que j’ai adorées lors de ce voyage, c’est l’attitude des Ouzbeks vis à vis des touristes. J’ai rencontré énormément de chaleur et de bonne humeur, le contact était facile, alors que je ne parle pas russe (l’espéranto de l’Asie centrale, langue de communication principale).  Même si nous n’avons pas de langue commune, les gens viennent me parler en utilisant Google translate pour demander d’où je viens, proposent qu’on fasse des photos ensemble et m’ajoutent sur FB pour m’envoyer les selfies pris ensemble, bref, les contacts humains sont naturels et chaleureux. C’est un pays chaleureux et accueillant, où les rues sont toujours animées et les gens bienveillants. J’en garderai un très beau souvenir.

    Partons pour un grand voyage en Ouzbékistan. De Samarcande à Boukhara en passant par la steppe, voici un itinéraire de rêve pour découvrir les incontournables d'Ouzbékistan.
    Une mère et son fils posant pour moi à Tachkent. Ils me demandaient toujours à ce que je leur envoie les photos sur Messenger ou à ce qu’on s’ajoute sur Facebook.

    Et non, parce que ce pays est compliqué pour un occidental ne parlant pas russe ou turc. L’ouzbek est une langue turcique, et la langue de communication en Asie centrale est le russe. La plupart des gens ne parlent pas anglais et les panneaux sont rédigés en alphabet cyrillique. Si vous vous contentez des grandes villes comme Tachkent, Boukhara et Samarcande, vous pouvez vous débrouiller seul : un train à grande vitesse les relie et vous n’aurez pas besoin de voiture, juste d’utiliser des taxis. Mais si vous voulez explorer le reste du pays, partir dans la steppe, dans la vallée du Ferghana, vers la mer d’Aral, dans les montagnes, vous allez avoir besoin de louer une voiture, et vous allez avoir beaucoup de mal à vous orienter : les GPS ne connaissent pas forcément les petites routes, la communication avec les gens des campagnes ne pourra pas se faire en anglais, et surtout, les hébergements dans nombre de coins un peu reculés ne seront pas disponibles sur internet. Pour dormir chez l’habitant à la montagne ou dans un camp de yourtes dans la steppe, il va falloir passer par des Ouzbeks qui connaissent le pays. Et c’est pour cela que j’ai tellement, tellement aimé Authentic Travel : c’est une agence locale, ouzbek, les guides sont ouzbeks, connaissent leur pays par cœur. Et ils sont francophones.

    Peut-on dormir chez l’habitant ?

    Oui ! C’est une des choses que propose Authentic Travel. Ils ont tout un réseau d’hôtes adorables et passionnés et proposent des nuits dans les villages, la montagne, le désert… Nous n’avons pas choisi cette option et avons dormi dans des hôtels toutes les nuits sauf celle dans la yourte, mais nous sommes allées prendre un café chez Laziza, l’institutrice francophone passionnée, puis déjeuner dans un village à quelques encablures de Boukhara chez la maman d’une de nos guides, et c’était un moment de partage magnifique, très émouvant.

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    Ma mère avec nos hôtes – un très beau moment.

    Nous avons pris un autre repas chez l’habitant, cette fois de façon totalement impromptue : nous étions en train de nous promener dans la vieille ville de Tachkent le jour de l’Aïd, à la fin du ramadan, et une famille qui nous voyait passer nous a invitées à nous joindre à eux. Les Ouzbeks ont une tradition d’hospitalité très forte, je l’ai ressenti sans cesse. C’est un peuple vraiment chaleureux et accueillant.

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    Invitation impromptue à Tachkent le jour de l’aïd.

    Comment sont les infrastructures en Ouzbékistan ? Peut-on manger sans risque et boire l’eau ?

    Les infrastructures sont globalement très bonnes, mais avec un contraste étonnant. Il y a ici un rare mélange de tradition et modernité, iphones et petits ânes, costumes traditionnels et TGV, vieilles bagnoles de l’URSS et routes impeccables… le mélange est attachant. L’Ouzbékistan est à la fois très traditionnel et très moderne. Vous ne verrez ni bidonvilles, ni mendiants, ni misère : le pays fonctionne, tout le monde mange à sa faim, d’autant que l’Ouzbékistan est un pays qui produit énormément de nourriture pour toute l’Asie centrale (voire plus loin) et que personne ne manque de rien. On peut partout acheter à manger dans les magasins, les stands en bord de route, les petits restaurants.

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    Petit restaurant ouzbek typique en bord de route.

     

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    Gare ultramoderne de Samarcande, où circule l’Afrosiyob, une sorte de super TGV

    Les routes sont bonnes, à l’exception de celles qui conduisent dans la steppe (là, on est vraiment dans un monde perdu et sauvage). J’ai eu le wifi dans tous les hôtels sauf la yourte, et un wifi de qualité, et le réseau téléphonique presque partout (sauf dans la steppe).

    Afin de préserver vos estomacs occidentaux, je vous conseille de ne pas boire l’eau du robinet. Il y a en Asie centrale des types de bactérie dont nous n’avons absolument pas l’habitude et qui peuvent mettre KO le touriste imprudent. Je vous conseille aussi d’embarquer avec vous des médicaments pour les soucis intestinaux (j’avais Immodium, Ercéfuryl, Spasfon et des probiotiques que j’ai pris pendant tout le séjour pour stimuler et aider la flore intestinale). Je n’ai été malade qu’une fois, mais cela a été très brutal et j’étais vraiment contente d’avoir des médicaments pour me remettre sur pied. Pensez bien à prendre un anti-spasmodique type Spasfon : le pire dans les soucis intestinaux, ce sont les crampes, cela peut vous gâcher une journée si vous n’avez pas le traitement adapté pour soulager la sensation de contraction abdominale.

    Qu’est-ce qu’on mange en Ouzbékistan ? Peut-on manger végétarien ?

    J’ai beaucoup aimé la nourriture ouzbek. Chaque repas commence par des petites salades, notamment tomates et concombres, cultivées toute l’année sous serre dans la vallée du Ferghana, des spécialités laitières (sorte de soupe de yaourt très bonnes), et bien sûr, un grand pain rond, au cœur de la tradition culinaire centrasiatique. Les plats principaux sont majoritairement composés de viande : le plov, le plat national (bœuf, carottes, raisins et riz), et les brochettes grillées sont les mets les plus fréquents. En juin, la vallée du Ferghana débordait de fruits, et les desserts étaient donc très frais et délicieux : abricots, cerises…

    Pain rond centrasiatique. Il se rompt avec les doigts.

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    Soupe et salade.

    Manger végétarien est à la fois possible (comme je vous l’ai dit, les salades, soupes de yaourt, fruits, pain, etc, sont sans viande) et compliqué, car la viande est au cœur de la tradition d’accueil ouzbek, et qu’il est difficile de refuser un plov qui a été préparé spécialement pour vous par une famille qui vous ouvre sa maison. Le végétarisme n’est pas quelque chose de courant et répandu dans ce pays, et peut être mal compris. Moi qui ne mange plus de viande depuis l’âge de 15 ans, j’ai dû faire quelques exceptions en Ouzbékistan, tout comme je l’avais fait à Ilulissat au Groenland. Certaines cultures ne sont pas très veggie-friendly !

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    Brochettes de viande le soir, lors de la rupture de jeûne pendantg le ramadan.

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    Plov (riz, carottes, raisins, boeuf, oignons) longuement préparé par la famille ouzbek qui nous a reçues. C’était délicieux.

    J’ai trouvé la nourriture ouzbek très savoureuse, fraîche et intéressante.

    Quelle est la meilleure saison pour un voyage en Ouzbékistan ?

    L’Ouzbékistan, pays enclavé au cœur de l’Asie centrale, a LE climat continental par excellence : il peut faire 45 degrés au cœur de l’été et -40 au cœur de l’hiver. Autant dire que les deux saisons idéales sont les intersaisons : le printemps (avril-juin) et l’automne (septembre-octobre). C’est aussi la période des fleurs (printemps) et des fruits (juin ou septembre). J’y suis allée mi-juin, à la toute fin de la saison touristique. Il faisait déjà chaud, jusqu’à 40 degrés parfois – l’idéal est plutôt mi-mai, mais cela m’a permis d’avoir tous les fruits.

    Faut-il un visa pour aller en Ouzbékistan ?

    Au moment de mon voyage, le visa coûtait 50 dollars et Authentic Travel m’avait aidée pour les formalités. Mais tadam ! Début octobre, le ministère ouzbek du tourisme a décidé de suspendre l’obligation de visa pour les Français. Plus rien ne vous retient !

    Combien de temps pour visiter l’Ouzbékistan ?

    On peut toujours ne voir que Samarcande et Boukhara en 5 jours, bien sûr, mais je vous recommande vraiment de rester 10 jours minimum. En 10 jours, j’ai vu Tachkent, Boukhara, Samarcande, Kokand, la steppe au nord, le Ferghana et les montagnes à l’est, mais je n’ai pas eu le temps de voir notamment la mer d’Aral à l’ouest, et Khiva, la dernière des villes de la route de la soie. Un circuit complet avec Authentic Travel, qui vous permet de tout voir, durera 17 jours environ.

    Doit-on porter le voile ? Comment s’habiller en Ouzbékistan ?

    L’islam ouzbek est très ouvert et progressiste. Habillez-vous comme vous le souhaitez, en évitant peut-être juste minijupes et microshorts. Je me suis habillée exactement comme je le fais en France en été : robes allant un peu au-dessus des genoux, tee-shirts, bras nus, etc. Je couvrais mes épaules en entrant dans les mosquées et mausolées, mais étonnamment, le voile n’était pas obligatoire dans les lieux religieux, et les jeunes filles ouzbek ne le portaient pas.
    Je sais que l’Iran est très à la mode en ce moment, mais que la situation actuelle complexifie le voyage : si vous rêvez de l’Iran, mais que les contraintes vestimentaires et les angoisses géopolitiques vous pèsent, pensez à l’Ouzbékistan. Cette région a longtemps fait partie de l’empire perse, les mosquées de Boukhara et Samarcande ont été bâties par les Perses, exactement comme celles d’Ispahan… et en plus, vous n’aurez pas de souci de visa pour aller aux Etats-Unis après.

    Partons pour un grand voyage en Ouzbékistan. De Samarcande à Boukhara en passant par la steppe, voici un itinéraire de rêve pour découvrir les incontournables d'Ouzbékistan.
    Vous l’avez vu sur mes photos, j’ai souvent porté des robes assez courtes (au dessus du genou), en raison des grandes chaleurs, sans aucun souci. Ce châle or et bleu jeté sur mes épaules est à vrai dire plus par souci esthétique que par pudeur !

    Est-ce que c’est touristique ?

    Cela dépend des régions. Dans le Ferghana, je n’ai vu aucun autre touriste que moi, mais Samarcande est assez touristique : c’est LA ville la plus célèbre d’Ouzbékistan, la ville musée, et vous y verrez beaucoup de groupes et d’animations. Mais cela reste très, très en-deçà de ce qu’on peut connaître du tourisme de masse…

    Partons pour un grand voyage en Ouzbékistan. De Samarcande à Boukhara en passant par la steppe, voici un itinéraire de rêve pour découvrir les incontournables d'Ouzbékistan.
    Artiste vendant des tableaux et des vieilles pièces de l’ex URSS aux touristes.

    L’Ouzbékistan reste un pays très préservé, très authentique. Et je vous conseille vraiment de le découvrir sans tarder. Vous serez émerveillé par ce pays qui vous fera tomber amoureux de l’Asie centrale, et dont on ressort avec l’impression d’avoir levé un pan du voile sur l’histoire du monde et le secret des grandes destinées des nations. Je n’ai plus qu’une envie : retourner en Asie centrale, encore et encore !

    Un dernier mot pour dire un immense MERCI à Authentic Travel pour cette découverte fabuleuse de l’Ouzbékistan qui aura changé mon regard sur le monde. Catherine, Soukhrob, vous êtes géniaux !

    J’espère que ce récit de voyage en Ouzbékistan aura su vous séduire. A suivre sur Itinera Magica : Rouen, la Manche, Dijon, les îles Féroé, l’Alsace, Beaune… Inscrivez vous à la newsletter ?

    Un voyage de légende en Ouzbékistan sur les steppes de la soie, entre Samarcande, Boukhara, la steppe et les montagnes. #ouzbekistan
    Epinglez moi !

     

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  • Fabuleuse Nuuk, capitale colorée du Groenland

    Nuuk, la capitale du Groenland, est une ville colorée qui compte 17 000 habitants au bord du deuxième plus grand fjord du monde. Elle est belle, dynamique, passionnante. Et je serais prête à parier que vous n’en aviez jamais entendu parler. Confession : moi non plus, avant de m’y rendre fin mars 2018, lors de mon premier voyage au Groenland. Je suis tombée amoureuse de cette capitale arctique multicolore en plein boom, véritable étendard de la culture des Inuits et symbole d’un Groenland en pleine métamorphose. Je veux vous parler d’elle, vous raconter ce qu’on trouve à voir et à faire à Nuuk, et vous convaincre qu’elle mérite d’être mieux connue. Nuuk a été mon plus grand coup de cœur lors de cet itinéraire groenlandais, voici pourquoi.

    Cet article est long, car j’ai découvert un pays et une culture qui ne ressemblent à rien que je connaisse auparavant et je voulais vous raconter en détail cette découverte qui m’a profondément touchée. Mais si vous cherchez à planifier votre voyage à Nuuk et cherchez la version brève, allez directement en fin d’article pour un résumé de ce qu’il faut voir et faire à Nuuk.

    Découvrez Nuuk, capitale du Groenland. Que voir et que faire à Nuuk ? Musées, excursions dans le fjord, découverte de la montagne... Nuuk groenland blog.
    Nuuk, merveilleuse capitale colorée, sur fond de montagne iconique : Sermitsiaq.

     

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    De Reykjavik à Nuuk, premier contact avec le Groenland nuuk groenland

    Après quatre jours merveilleux à l’Ouest de l’Islande, je pars pour l’inconnu : le Groenland. Malgré sa rudesse, l’Islande m’est familière . Pays des vikings et des sagas, condensé de culture scandinave et de paysages nordiques, elle incarne l’aventure balisée, le dépaysement facile. Je me sens presque chez moi en Islande, au milieu des chevaux et des yaourts aux myrtilles. Mais le Groenland, c’est l’ultime frontière. Là-bas, on parle une langue inuite, qui ne ressemble à rien que je connaisse. Là-bas, sur la plus grande île du monde, presque entièrement couverte de neige et de glace, les villages sont comme des îlots isolés les uns des autres sur une mer de blanc. Il n’y a pas de routes, pas de trains entre les villes, juste des avions, des motoneiges et des chiens de traîneau. Là-bas, je vais perdre 15 degrés au moins, et découvrir un autre monde. J’en ai rêvé depuis si longtemps.
    L’aéroport régional de Reykjavik est un vestige d’un autre temps. Un seul tapis à bagages, une même salle pour les départs et les arrivées, un café et des destinations qui semblent rendre hommage à l’ancien royaume viking : ici, on prend des vols pour ailleurs en Islande, pour les Féroé, le nord de l’Ecosse, et pour le Groenland.
    La tempête fait rage dehors, un vent incroyable fait trembler les murs de la minuscule salle d’embarquement, et j’ai peur que le vol soit annulé. Décollage annoncé à 19h45, et nous n’avons toujours pas embarqué à 19h30. Je m’inquiète un peu. A 19h35, la porte s’ouvre, et nous prenons place dans un minuscule coucou à hélices de douze places. A 19h45, nous décollons, en tanguant dans tous les sens au milieu des bourrasques. L’avion fait quelques bonds après le décollage, puis nous passons au-dessus de la tempête, et le calme se fait. Tout va bien.
    Après environ une heure au-dessus de l’océan, la côte Est du Groenland apparaît. C’est terrifiant de blancheur. Blanc, blanc, blanc, et rien d’autre, pendant des centaines de kilomètres. Enfin nous bifurquons vers l’ouest et survolons l’île. Je n’ai jamais vu autant de vide et de solitude. Il n’y a rien, rien, que de la neige et des reliefs noyés sous la blancheur, pas de villes, de routes, juste un manteau de blanc sous lequel on devine des collines submergées. Ce n’est qu’à l’arrivée sur Nuuk que le relief prend de l’envergure, que des chaînes de montagnes qui m’évoquent le nord de la Norvège émergent au-dessus des fjords gelés, qu’un peu de noir entache toute cette blancheur. Mais toujours pas de villes, de routes, d’humains. Nuuk n’apparaît qu’à la dernière seconde, et jusqu’au bout je me demande s’il y aura vraiment quelque chose au milieu de ce néant sublime. Population 17 000 habitants, bienvenue dans la capitale du Groenland.

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    Nuuk est située au coeur d’un fjord immense, aux rebords escarpés.

     

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    Au coeur du fjord.

    Nuuk la multicolore : une ville de toute beauté, entre monuments, musées et restos

    Après tant de démesure, Nuuk me semble au premier abord presque trop normale. On pourrait être n’importe où en Scandinavie : c’est une petite ville à la fois jolie et banale, avec des maisons rouges et bleues au bord d’un fjord. Cela ressemble à la Norvège, au Danemark. Au matin le jour rose se lève sur les montagnes enneigées, et c’est une vision classique, apaisante. Nuuk est un isolat de normalité au milieu du royaume de glace. Il y a des bureaux, des magasins, des restos. Les voitures roulent dans la ville – pas en dehors. Aucune route ne sort, on ne va nulle part ailleurs qu’à Nuuk. C’est un village de Polly Pocket en bordure de la monstrueuse immensité glacée.

    Nuuk est fascinante. Je sais que certains voyageurs mal informés sont déçus, car on ne voit pas d’icebergs ici, ou plutôt, on en voit à la fin de l’été, quand la fonte estivale détache quelques morceaux d’inlandsis qui dérivent dans le fjord. Les icebergs toute l’année, c’est à Ilulissat. Mais il faut voir Nuuk, pour la beauté de cette ville de style scandinave au bord du deuxième plus grand fjord du monde, et surtout, pour la richesse, la vitalité de la culture groenlandaise, exprimée ici à travers les musées, les institutions culturelles, et la frénésie de construction qui s’empare de la capitale du Groenland. Nuuk a été mon plus grand coup de cœur dans ce pays.

    Le slogan de la ville, c’est « Colourful Nuuk ». La ville se caractérise par les couleurs arc-en-ciel de ses maisons. Elles sont rouges, jaunes ou bleues dans le quartier historique, où un dress code est en vigueur, et violettes, roses, pistaches ou n’importe quoi d’autre dans les nouveaux quartiers, où les habitants s’en donnent à cœur joie. Se promener dans Nuuk sous le soleil est complètement psychédélique. Je suis surprise de constater qu’en Arctique, on sèche son linge dehors en hiver, ce que je n’ose même pas faire en Provence – il paraît que l’air est plus sec, sans humidité. Je vois aussi une peau d’ours polaire (avec la tête et les pattes) sécher sur une rambarde. Bienvenue au Groenland.

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    Au coeur du quartier historique.

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    Sur les hauteurs de la ville, des quartiers chic avec vue sur le fjord.

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    Plaisirs colorés.

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    Cordes à linge dans l’Arctique.

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    Faire sécher sa peau d’ours.

    Nuuk est belle, vraiment belle. Nous sommes situés 24km à l’intérieur d’un fjord immense (le 2e plus grand du monde), les maisons sont multicolores, et je n’imaginais pas le Groenland si pittoresque, si mignon. Une montagne majestueuse, iconique, surplombe la ville : Sermitsiaq. On la voit de presque partout dans les rues, comme le Matterhorn à Zermatt, et je me demande si un jour, sa forme parfaite et spectaculaire sera aussi célèbre que le pic du Toblerone.

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    Sermitsiaq.

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    C’est drôle, les images qu’on a en tête avant un voyage. Avant de partir pour la Laponie finlandaise, j’imaginais Rovaniemi toute bucolique et romantique, et j’ai découvert une espèce de banlieue soviétique. Inversement, j’imaginais Nuuk comme un avant-poste militaire dans l’Arctique, avec mercenaires, vodka et graisse de phoque, et je tombe sur une copie idyllique des îles Lofoten. C’est un bonheur de se promener ici, par une journée de soleil et sans vent, où le froid est tout à fait supportable.

    Je rejoins le quartier historique, dit Colonial Harbor, où la ville a été fondée en 1728 par le missionnaire dano-norvégien Hans Egede. Sa statue trône sur une colline, à côté de la minuscule cathédrale de Nuuk portant son nom, où des bateaux sont suspendus dans la nef de bois peint. Les maisons au bord de l’eau sont de toute beauté. Une longue promenade pittoresque juxtapose le Musée National Groenlandais, la maison du tissage traditionnel et le musée local de Nuuk. Une mère et sa fille font de la luge sur la colline en riant.

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    Hans Egede sur sa colline.

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    La minuscule cathédrale Hans Egede.

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    Le missionnaire a fondé Nuuk en 1728. Il était parti à la recherche des Vikings disparus sur la côte Ouest du Groenland depuis plusieurs siècles. Il n’a jamais retrouvé les Vikings, mais il est resté chez les Inuits.

     

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    Une autre église qui m’a touchée : celle de la mission de Herrnhut, arrivée une dizaine d’années après Hans Egede. Ces missionnaires allemands ont aussi beaucoup contribué à la culture de Nuuk.

     

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    L’hiver, les corbeaux sont omniprésents à Nuuk.

    La pêche est fondamentale à la culture groenlandaise, notamment aujourd’hui, où les eaux poisonneuses de l’océan glacial arctique permettent au pays d’être un grand exportateur de produits maritimes. Dans le port colonial de Nuuk, on trouve une très belle statue représentant une déesse commune à tous les peuples inuits : « the Mother of the Sea ». Cette femme vit au fond de l’océan, et la statue l’entoure de poissons, de phoques, et d’autres créatures marines. Elle est celle qui envoie des poissons aux hommes afin d’assurer leur subsistance. Mais si les hommes la contrarient, les poissons restent au fond des eaux, et s’emmêlent dans sa chevelure, qui devient sale, entortillée. Il faut que le chamane descende au fond de l’eau afin d’amadouer la déesse et de peigner longuement sa chevelure immense, afin de libérer les poissons et de remplir les filets des pêcheurs.

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    The Mother of the Sea.

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    La même version street art.

    Quelques rues plus loin, c’est le Centre culturel groenlandais, une grande vague de bois clair qui abrite une salle de concert, un restaurant, et différentes expositions. Il abrite un restaurant traditionnel rapide et délicieux, où on vous propose des « tapas groenlandais » pour découvrir en quelques plats la cuisine du Groenland.

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    Centre culturel groenlandais.

     Encore quelques rues plus haut, c’est le musée de peinture de Nuuk, présentant l’art du Groenland des temps de la colonisation danoise à aujourd’hui. Et partout, on trouve des boutiques d’artisanat inuit, des bars et des petits restaurants reflétant la diversité cosmopolite de la petite ville dynamique. Dans cette ville pleine d’immigrants, tous les restos proposent de la « fusion » : fusion sino-groenlandaise, fusion philippino-groenlandaise, fusion australo-groenlandaise… je me demande un peu à quoi ça ressemble. Niveau supermarchés, Nuuk est une ville normale : en dehors du poisson et de certaines viandes, tout est importé, et je retrouve des raisins d’Amérique du sud, des clémentines d’Espagne, du camembert Président français, et tout un tas de produits absolument classiques. C’est ailleurs au Groenland, à Ilulissat, que je découvrirai la pénurie en produits frais, la rareté de l’approvisionnement (je vous raconterai, évidemment). Mais pas à Nuuk, parce que le port ne gèle pas en hiver : l’approvisionnement est toujours maintenu. Les rayons sont bien achalandés, l’impression de normalité est totale.

    Au centre commercial, Nuuk Center, les boutiques typiquement groenlandaises se mêlent aux enseignes classiques. Seuls les vendeurs ambulants, qui proposent des gants en peau de phoque dans la rue, et le marché aux poissons, où les pêcheurs viennent directement proposer leurs produits du jour, rappelle que nous sommes bien dans l’Arctique.

    Le Musée national groenlandais, incontournable et fascinant 

    Je commence par le Musée national groenlandais, qui est une pure merveille. Si vous voulez comprendre le Groenland, ne ratez pas cette visite. L’histoire de la colonisation (au sens large, depuis la nuit des temps) du Groenland me passionne. Pendant des millénaires, le Groenland a été une terre de passage, traversée par plusieurs vagues de migrations venant toujours du Nord-Ouest : les peuples arctiques arrivaient de la terre d’Ellesmere (Canada), en passant par l’étroit détroit de Narnes. Certains s’établissaient, d’autres repartaient, mais pendant plusieurs siècles, durant les intervalles entre deux vagues migratoires, le Groenland a été vierge de toute population humaine. Et ce qui me fascine, c’est d’imaginer que tous ces flux migratoires arrivaient du nord, pour s’établir dans la région qu’on nomme aujourd’hui Thulé (nom antique des confins septentrionaux du monde), au climat et à l’isolement extrêmes. Ils n’arrivaient pas du sud. Ces gens se déplaçaient sur la glace et la neige et suivaient les phoques dans une des régions les plus inhospitalières du globe. Les premiers arrivèrent vers 2500 avant notre ère, et appartenaient à ce qu’on appelle la culture « ASTT », Arctic Small Tool Tradition, ou paléo-eskimos. Puis ce furent les Dorset et les Saqqaq, toujours des cultures ASTT basées sur la chasse au phoque et l’utilisation d’outils en os. Les Saqqaq utilisaient des harpons pour chasser la baleine, et avaient un grand talent de confection, notamment de vêtements. Les Dorset avaient découvert l’usage de l’huile de phoque ou de baleine pour s’éclairer, dans des lampes en stéatite, pierre noire typique du Groenland. Les collections du musée présentent un nombre incroyable d’objets retrouvés lors des excavations archéologiques, et c’est si émouvant de voir se déployer la grande fresque de la culture arctique.

    Le moment décisif de l’histoire inuit, c’est l’apparition, autour de l’an 1000, de la culture dite de Thulé, qui surgit en Alaska et dans l’extrême orient russe. Le peuple de Thulé est technologiquement beaucoup plus avancé que les peuples de l’ASTT : il utilise le métal, et surtout, il a une grande maîtrise de la navigation avec deux types de bateau, l’umilaq (un grand bateau d’environ 9 mètres, utilisé pour chasser la baleine) et le kayak. Ces deux bateaux ont une armature faite soit de bois, probablement du bois flotté venu de Sibérie, soit d’os de baleine, et la coque est constituée de fourrures de phoques imperméables tendues et cousues ensemble de façon à être parfaitement étanches. Avec ces embarcations, les Inuits partent à la conquête des ressources marines.

    A gauche : kayaks et umilaqs. A droite : le costume national groenlandais, en perles et peau de phoque.

    Animiste, le peuple de Thulé confère une âme non seulement aux choses de la nature, mais aussi aux outils, aux objets. Il pense que la « sila », force, souffle ou esprit, habite toute chose. Il utilise de nombreuses amulettes, des poupées symbolisant la puissance de leur créateur, et des « tupilaks », objets magiques en os, instruments terribles de mort et de malédiction. Il enterre ses morts avec des outils, des amulettes et surtout des chaussures, les pieds bien au chaud symbolisant un bon voyage, dans de grandes tombes qui ressemblent à des maisons. Dans une salle noire effrayante, le musée expose des momies inuites du 14e siècle, aux visages desséchés par le climat sec de l’Arctique, entièrement vêtus de fourrures de phoque et entourés d’objets rituels.

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    Les momies du musée national groenlandais.

    Les gens de la culture de Thulé sont arrivés vers l’an 1200 au nord du Groenland, et sont peu à peu descendus le long des côtes sur l’ensemble de l’île. D’autres vagues sont arrivées du Canada à des moments ultérieurs, jusqu’au 19e siècle. Ce sont les ancêtres des Inuits groenlandais d’aujourd’hui – c’est cette culture-là, parfaitement adaptée aux conditions extrêmes, qui a su s’imposer en Arctique, du Groenland à la Sibérie en passant par le grand nord canadien. Ce qui permet aux Inuits de survivre à la rigueur de l’hiver, c’est notamment leur maîtrise de la fourrure. Etre capable de créer des embarcations maritimes en fourrure étanche, dans ces régions sans bois, a été décisif ; avoir un tel savoir-faire en matière de confection de vêtements leur permet de résister aux caprices du climat et aux petits âges glaciaires qui s’abattent sur le Groenland autour du XIIIe-XVe siècle, puis à la fin du XVIIIe. Les Vikings sont restés quelques siècles au sud du Groenland (toute une partie de l’exposition leur est consacrée), puis ils sont repartis, vaincus par le refroidissement et la rudesse du Groenland. Les Inuits sont restés. Ils étaient faits pour ces terres de glace.

    A partir du XVIIIe siècle, le Danemark a colonisé le Groenland. Comme partout où les peuples premiers ont subi la domination d’une puissance européenne, c’est une longue histoire ambiguë, un mélange de coopération et de ressentiment. Mais je suis frappée par la résistance de la culture inuite. Le Groenland, peuplé à 80% par des Inuits, est vraiment leur pays. C’est quelque chose de très fort et de très dépaysant à Nuuk : c’est la première fois que je découvre un pays où la culture première a su se maintenir, s’imposer, s’intégrer harmonieusement à la modernité. Même si Nuuk arbore au premier abord une allure scandinave, c’est bien la capitale des Groenlandais, et elle défend ses traditions.

    Chasse de subsistance et fourrure de phoque

    Pour moi qui suis végétarienne et très branchée « 30 millions d’amis », le Groenland est déconcertant. C’est un pays de chasseurs depuis toujours.

    La vie traditionnelle des Inuits, c’est la chasse, et notamment la chasse au phoque. Les hommes chassaient, en kayak, en umilaq, en traîneau, souvent seuls, les femmes préparaient la viande mais surtout les fourrures, les cousant, les traitant, confectionnant les vêtements. Un vêtement traditionnel inuit utilisait quatre à six phoques annelés pour la veste, vingt à vingt-cinq eiders pour l’intérieur de la veste (doublée en plume afin de permettre l’absorption de la sueur : la sueur qui gèle sur le corps par -30, c’est la mort assurée), un phoque annelé pour le pantalon, et enfin pour les chaussures (kamik) un jeune phoque, un caribou (ou un chien) pour la doublure intérieure, et un phoque barbu pour les semelles. On comprend mieux pourquoi la fourrure de phoque reste omniprésente dans la culture inuite.

    Encore aujourd’hui, si les habitants de Nuuk mènent une vie normale et font leurs courses au supermarché, les gens qui vivent dans les villages reculés (notamment sur la côte Est, complètement sauvage et isolée) pratiquent une chasse de subsistance, et se nourrissent essentiellement de protéines animales. Chassés pour leur viande, les phoques sont utilisés pour fabriquer bottes, sacs, manteaux, et je vois un grand nombre de femmes porter des bottes ou des manteaux en peau de phoque teinte.

    Les gens insistent sur la différence entre la chasse au phoque inuit, qui est toujours une chasse de subsistance où chaque animal sera mangé, et la chasse au phoque qui scandalise chaque année le monde entier au Canada (les bébés phoques fracassés avec un gourdin sur la banquise). Les Inuits disent chasser uniquement les adultes, pour leur viande et non pour leur fourrure. L’Union Européenne interdit d’ailleurs les imports de fourrure de phoque commerciale canadienne issue du massacre de bébés phoques, mais non la fourrure de phoque labellisée issue de la chasse inuite, qui jouit d’un statut d’exception.

    Louise, designeuse de Nuuk Couture, travaille la fourrure de phoque. Même si je ne me sentirais pas capable de les porter, surtout en dehors du Groenland, je dois bien admettre que ses créations sont très belles. Louise est infiniment fière, car elle a été choisie parmi les 8 designers stars à la première Indigenous Fashion Fair (festival de la mode indigène), qui se tiendra ce printemps au Canada. Elle m’explique que la mode indigène, mettant en valeur le savoir-faire des peuples originels, a le vent en poupe. On le constate en se promenant dans Nuuk, où les magasins et les tenues des gens, notamment des femmes, montrent un véritable souci de l’esthétisme identitaire. Je fais un petit tour des marques de Nuuk.

    Qiviut est une marque groenlandaise basée sur la laine et la peau de bœuf musqué, qui est en réalité une énorme chèvre poilue et brune, et non un bœuf. La boutique propose à la fois des pelotes de laine de bœuf musqué multicolores, des bonnets, des gants en laine, et des vêtements en peau de l’animal. Là encore, il s’agit d’une chasse de subsistance : les bœufs musqués, qui ne sont pas élevés mais qui vivent à l’état sauvage, sont chassés pour leur viande. Qiviut est associé à une chasseuse, Johanne Bech, qui fournit en viande son village de l’Est du Groenland. Qu’il s’agisse de phoque, de chèvre ou de baleine, dont les os sont utilisés pour créer des tupilaks (artisanat inuit), on nous précise toujours : « il ne sera jamais tué plus d’animaux que ce que nous pouvons manger ». Il y a quelques années, un chasseur avait défrayé la chronique en tuant un narval pour vendre sa corne à un riche collectionneur chinois. Le gouvernement groenlandais avait aussitôt réagi en interdisant la vente de corne de narval à toute personne n’étant pas résidente du Groenland – une loi toujours en vigueur. On sent combien le Groenland insiste sur le caractère traditionnel de la chasse, mais avec la mode actuelle de la fourrure, je me demande combien de temps ils sauront résister.

    Je craque pour les créations d’Isaksen, qui propose des tee-shirts inspirés du costume national groenlandais. Pas de fourrure ici, je repars donc avec un très beau tee-shirt reprenant les motifs inuits traditionnels. Je découvre aussi le travail de la designeuse Bibi Chemnitz, qui décline de différentes manières le drapeau groenlandais. J’avoue être moins convaincue par la marque Inuit, qui propose des survêtements avec des petits bonhommes inuits dessus. Mais à en juger par les tenues des jeunes, mes réserves ne sont pas partagées. De nombreux ados portent les vêtements d’Inuit, d’Inaksen, de Bibi Chemnitz – je suis marquée par ce double souci de modernité et de tradition.

    Design groenlandais : Qiviut, Isaksen, Great Greenland (avec des designs de Nuuk Couture).

    Bottes en peau de phoque.

    Artisanat du Groenland, en stéatite. Détail amusant : les pulls, eux, viennent d’Islande, et ne sont là que pour faire plaisir aux touristes.

    Au sommet de la piste de ski, voir la ville grandir

    Tous les peuples inuits du cercle arctique semblent suivre ce mouvement de réaffirmation de leur identité, et le Groenland, seule nation où les Inuits sont véritablement au pouvoir, en est le fer de lance. L’an dernier, Nuuk a accueilli les Arctic Winter Games, sorte de jeux olympiques de l’Arctique se tenant tous les deux ans dans un territoire membre. Nuuk est la seule ville groenlandaise à pouvoir accueillir les jeux, car elle est aussi la seule à compter un domaine skiable – ailleurs au Groenland, les montagnes ne sont accessibles qu’aux plus fortunés pratiquant l’héliski. A Nuuk, la piste surplombe la ville.

    La vue depuis le sommet de la station est sublime. Sermitsiaq, la montagne mythique, est sur ma droite, à gauche la ville, comme un jet de confettis multicolores dans le blanc. Et partout s’étale le fjord, immense, constellé d’îlots enneigés, démesuré.

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    Au dessus de Nuuk.

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    Nuuk grandit à toute vitesse, on le voit depuis le sommet, et on le voit partout dans les rues, où poussent grues et chantiers. La ville attire. Plus de quarante nationalités sont déjà représentées, des Indiens, des Australiens, des Norvégiens, en quête d’opportunités et de nouveauté radicale. La représentante de l’office du tourisme, Stine, est danoise. Elle me dit que le Danemark est victime du succès de son système scolaire, et que là-bas, tout le monde fait de longues études prestigieuses et se retrouve surqualifié dans un pays où la banalité des diplômes les a démonétisés et où le marché du travail est saturé. Tout le monde est bardé de titres inutiles et personne ne trouve du travail. Elle rêvait depuis longtemps du Groenland, pays neuf où tout était possible, mais c’est quand la banque dans laquelle travaille son fiancé lui a proposé une mutation à Nuuk que le couple a vu la possibilité de migrer. Stine a envoyé des CV à Nuuk, et décroché son job de rêve en moins d’une semaine. Elle pense passer sa vie ici, dans ce pays neuf et excitant. Nuuk ensorcelle. Je rencontre des tas de gens qui pensaient venir ici pour six mois, et qui y sont depuis dix ans.

    La ville a construit un nouveau quartier pour les nouveaux arrivants, à 5km du centre-ville : une jolie banlieue résidentielle, avec des immeubles multicolores. On a dégommé à la dynamite un morceau de fjord pour créer une route y conduisant, et aplatir le terrain. Mais déjà ce quartier est saturé, et les nouveaux habitants continuent d’affluer. Un autre quartier de ce genre est en projet, en allant plus loin dans le fjord, et en ressortant la dynamite. Ma guide m’emmène là où la route s’arrête. Des containers dressés en barrière marquent le bout du monde, la fin du chemin. Mais dans quelques années, la route continuera. On passera de l’autre côté du fjord, dans la baie suivante, et d’autres maisons multicolores feront face à la vieille ville.

    Au bout de la route. Nuuk s’arrête ici.

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    Nouveaux quartiers.

    Le port aussi s’est agrandi. Cet immense port commercial est le premier hub groenlandais. Les containers estampillés Royal Arctic acheminent ici les produits du monde entier. C’est aussi un port de pêche, dédié à l’exploitation des ressources immenses de la mer du Groenland. Enfin, le nouveau port permet de mieux accueillir les bateaux de croisière, qui se précipitent à Nuuk en été.

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    Le port de Nuuk.

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    Mon hôtel, Hans Egede, un 4 étoiles international confortable, projette d’ouvrir un second hôtel, plus axé sur les petits budgets. Le journal local célèbre des créations d’entreprise, de nouvelles succursales et filières : Nuuk se développe à toute vitesse, et attire les gens des vieux pays saturés qui rêvent de nouvelles aventures.

    Une journée sublime dans le fjord de Nuuk

    Cela restera un de mes plus beaux souvenirs non seulement du Groenland, mais de voyage tout court. Si vous venez à Nuuk, ne manquez pas d’explorer son fjord – c’est d’une beauté indescriptible.

    Je m’embarque avec la compagnie Tupilak Travel pour Kapisillit, village perdu au fond du fjord de Nuuk. Ce système de fjords gigantesque est profond de 160km – c’est le deuxième plus grand du monde, après le Scoresby Sund sur la côte Est du pays. Nuuk est située 24km à l’intérieur du fjord, et Kapisillit 80 km plus loin. Nous partons tôt le matin du port de Nuuk, et je suis vite surprise d’apprendre l’identité de notre capitaine : il s’agit de Jens B. Eriksen, ancien leader du parti Demokratiit, ancien ministre groenlandais du Logement, des Infrastructures et du Transport. C’est le mode de fonctionnement scandinave, où on est ministre quelques années, puis on redevient capitaine de bateau et emmène les touristes dans les fjords.

    Il me raconte que le Groenland a tout à gagner au réchauffement climatique. Nous nous plaisons à nous figurer le réchauffement sous la forme d’ours polaires esseulés sur la banquise, comme si le pôle nord en était la première victime. Mais cette culpabilisation est un subterfuge qui éloigne le danger de notre quotidien… et nous fait oublier que NOUS, habitants des villes littorales, sommes les premières victimes. « Le réchauffement climatique, c’est une manne pour le Groenland, une fabuleuse nouvelle. Mais pour New York, Los Angeles, les Pays-Bas, c’est autre chose. » Jens est convaincu de la nécessité de limiter le réchauffement, pour les générations futures. Mais comme il l’a expliqué au G20, ce n’est pas le Groenland qui va morfler. Au Groenland, la fonte dégage de nouvelles routes, permet de mieux ravitailler des villages isolés, de retrouver l’agriculture au sud du Groenland (ce qui n’avait pas été possible depuis le temps des vikings). Elle ouvre aussi le champ à l’exploitation minière. Actuellement, le Groenland n’a qu’une mine d’importance, des rubis, qui va arriver à épuisement. Mais d’autres gisements énormes attendent. Ils ne sont pas encore exploités car la glace empêche de travailler dix mois par an. La fenêtre d’exploitation est trop courte. Mais si elle venait à se rallonger… Tout le monde guette le réchauffement et les opportunités nouvelles.

    Nous nous enfonçons dans le deuxième plus grand fjord du monde. Je suis tellement fascinée que je reste dehors, à affronter le froid, scotchée par ce paysage de bout du monde qui condense tous mes fantasmes de Norvège, de Patagonie et de Svalbard. Les fjords. Ces baies cisaillées par des géants de glace dont nous ne pouvons imaginer l’envergure, et qui ont laissé, en reculant, les roches fracturées, dentelées comme des mâchoires, dressées comme des fourches vers le ciel gris. Certains reliefs sont tranchants comme des ciseaux, d’autres plus érodés, infiniment anciens – nous passons devant des roches datant de 3,8 millions d’années, parmi les plus vieilles du monde. Des murailles bleues et des cascades de glace se glissent parfois entre deux pics. On nous montre une roche particulièrement spectaculaire, qui aurait été le théâtre d’un combat sanglant entre un Inuit et un Viking, remporté par le premier (historiquement, absolument rien n’atteste la véracité de ce duel, mais la légende a du chien).

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    Quitter Nuuk et s’enfoncer dans le fjord

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    Pics acérés

    Un bleu fabuleux…

    Carte du gigantesque fjord de Nuuk.

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    Textures fabuleuses de l’eau et des montagnes.

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    Cascades de glace.

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    La plus belle excursion maritime de ma vie ? Une des plus belles en tout cas !

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    L’arrivée à Kapisillit, dont le nom signifie saumon, me fait franchir un nouveau degré dans la fascination. Nous sommes presque au fond du fjord de Nuuk, dans un hameau de cinquante habitants tout au plus. Le paysage est sublime : c’est une colonie sur glace, un hameau martien au cœur de l’immensité glacée. Des chalets d’été demeurent vides, car les Danois ne viennent qu’à la bonne saison, tandis les Inuits vivent là à l’année. Le bateau approvisionne Kapisillit une fois par semaine. (La guide Inuit, qui vient de l’Est du Groenland, ricane : « c’est rien du tout ça, chez nous le bateau ne vient pas pendant dix mois à cause la glace »). Les habitants vivent de chasse et de pêche. Je vois des pêcheurs dans le fjord bleuté, des poissons séchant devant les maisons, un corbeau mort suspendu pour effrayer ses congénères et de magnifiques lapins arctiques à la fourrure hivernale immaculée suspendus devant une maison, le regard vide. L’omniprésence de la chasse est consubstantielle à l’identité groenlandaise, mais toujours un peu dérangeante pour moi, Occidentale sensible que je suis.

    Dans l’église, que le prêtre de Nuuk vient occuper lors des grandes occasions, on trouve la Bible en danois et en groenlandais, et un superbe livre de messe destiné aux enfants, en groenlandais, qui transpose tout le mythe de la genèse et l’histoire de Jésus dans un décor arctique. On voit Marie au milieu des phoques, des baleines et des huskies. J’ai trop d’éducation pour voler quelque chose, surtout dans une église, mais j’aurais adoré pouvoir emporter ce livre.

    Au retour, le capitaine et quelques touristes s’arrêtent pour pêcher la morue. Les eaux sont incroyablement poissonneuses. Je repense à Jésus au milieu des morues et des saumons, entre hiver éternel et abondance rare. Quel étrange Eden glacé que le Groenland, quel cadeau bizarre que Dieu a fait aux hommes.

    A l’entrée du fjord.

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    Textures des glaces dans le fjord gelé.

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    Pêcheur dans le fjord.

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    Solitude sublime

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    Le hameau perdu.

    L’église.

    Info pratique : Jens, le capitaine, m’a dit que sa compagnie Tupilak Travel proposait deux types d’excursions en bateau à la journée. La virée vers le hameau de Kapisillit est disponible toute l’année, été comme hiver. L’été seulement, il propose également une excursion appelée « Icefjord », qui permet d’aller au fond du fjord à la rencontre du glacier et de naviguer au milieu des icebergs. Il paraît que c’est là aussi une excursion sublime, plébiscitée par les touristes en été.

    Au musée d’art de Nuuk

    Je visite le musée d’art de Nuuk avec sa directrice, Nivi Christensen. Nivi est une personnalité intéressante : elle vient de Tasiilaq, sur la mythique côte Est du Groenland, celle qui est isolée, perdue dans les glaces, peu peuplée. Ses deux parents sont eux aussi Groenlandais, elle est un pur produit des traditions de ce pays, mais elle est allée au lycée à Nuuk, puis à l’université à Copenhague, et est revenue au Groenland avec son mari danois pour reprendre en main ce musée après la mort de son fondateur. Elle me parle de l’indifférence sidérante du Danemark à l’égard du Groenland. Les enfants danois n’entendent jamais parler du Groenland à l’école, si ce n’est pour évoquer sa faune (phoques et baleines), la presse ne parle jamais du Groenland, si ce n’est une fois tous les quatre ans, lors des élections, lorsque la question de l’indépendance revient sur le tapis. Comme la plupart des Groenlandais cultivés, elle n’est pas favorable à l’indépendance, qu’elle pense dommageable au Groenland, mais comprend les racines viscérales, émotionnelles, de ce désir. La colonisation, les regroupements forcés, l’indifférence danoise, ont humilié les Groenlandais.

    Le musée, donc. Il propose deux sections principales, le Groenland vu par les voyageurs et le Groenland vu par les Groenlandais. Ce qui m’intéresse le plus, c’est le rapport étroit qu’entretient l’art groenlandais avec l’imprimerie. Avant la peinture, l’art groenlandais était centré sur la sculpture : on sculptait des Tupilaks en os de baleine, de la stéatite (« soap stone »), des jouets, des amulettes. Le passage à un art pictural a cherché à conserver cette affinité avec la sculpture, notamment en utilisant les objets sculptés comme tampons pour coucher une forme sur papier, et l’imprimerie a décuplé ce type de possibilités. Une exposition temporaire magnifique présente les travaux de l’école qui est considérée comme la source de l’art inuit moderne : l’atelier de Cape Dorset, sur l’île de Baffin, au Nunavut. Depuis les années 70, Cape Dorset associe des artistes traditionnels inuits à un processus de fabrication industrielle, en leur permettant de reproduire leurs œuvres picturales (issues de la tradition du tampon, de la surimpression, de l’application d’objets gravés) pour des tirages d’une qualité et d’une vivacité exceptionnelles. Ces œuvres, représentant de façon stylisée et habitée des baleines, des phoques, des hommes et des femmes, des symboles traditionnels, des hiboux, des chiens, sont absolument magnifiques. Je suis conquise par cette école. Nivi me dit que le fait d’exposer Cape Dorset ici permet aussi de renforcer la sensation d’une communauté inuite par-delà les frontières étatiques. Elle me dit que les Groenlandais ne savent en réalité presque rien des Inuits du Canada ou d’Alaska, alors que leurs cultures sont extrêmement proches – avec la fin des migrations via le détroit de Narnes à la fin du XIXe, le lien a été rompu. Aujourd’hui, des manifestations comme les Arctic Winter Games, qui rencontrent un succès populaire immense, et des expositions plus pointues, comme celles que propose le musée de Nuuk, tentent de resouder cette culture éparpillée. Nivi me raconte que les enfants groenlandais sont sidérés en voyant les œuvres de Cape Dorset, disent « c’est canadien ? mais c’est comme chez nous ».

    L’art groenlandais était avant tout celui de la sculpture. Les rues de Nuuk reprennent cette tradition avec de très nombreuses statues noires en stéatite.

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    Un musée lumineux et passionnant.

    Le travail de Cape Dorset au musée d’art de Nuuk.

    Le soir, je mange avec Nivi, Simon et Stine au restaurant gastronomique de mon hôtel Hans Egede, Sarfalik, considéré comme le meilleur de Nuuk (effectivement, ce repas sera inoubliable).

    Sarfalik

    Restaurant Sarfalik.

    Nous parlons de la culture inuite dans son ensemble, au Groenland, au Canada, en Alaska. Encore aujourd’hui, les populations inuites d’Amérique du Nord restent très affectées par l’exclusion, le chômage, l’alcoolisme, comme beaucoup de peuples premiers ayant subi de plein fouet la colonisation et une modernité subie. Les Groenlandais s’en sortent beaucoup, beaucoup mieux. Nivi ne cache pas que les années 60-70 ont été très difficiles. Le Danemark a choisi de déplacer les habitants des hameaux isolés vers les grandes villes, afin de leur garantir l’accès à l’électricité, à l’eau courante, etc. Une décision logique, approuvée par les Groenlandais eux-mêmes au parlement… mais sans consultation des « petites gens » qui les ont subies. Après les déplacements de population, les habitants des hameaux perdus, déboussolés en ville, arrachés à leur terre, découvrirent l’alcool. On vit alors des gens ivres morts évanouis dans la rue par -30 dans les rues de Nuuk. Le gouvernement groenlandais a réagi avec une politique extrêmement restrictive sur la vente d’alcool, encore plus sévère qu’au Danemark. Je l’ai vu moi-même pendant le week-end de Pâques : la vente d’alcool était totalement interdite, du vendredi matin au lundi soir, excepté de 10h à 12h le dimanche. Et les prix de l’alcool étaient absolument prohibitifs. Je n’ai pas vu une seule personne ivre pendant tout mon séjour au Groenland, ceci expliquant sans doute cela. J’ai vu le Groenland qui réussit – avec Nuuk surtout, la ville en croissance permanente, au taux de chômage de 0%, avec Ilulissat aussi, la première ville touristique groenlandaise. Nivi admet que la côte Est est plus compliquée – plus isolée, plus solitaire, elle subit davantage de chômage, et donc d’alcoolisme. Mais elle précise aussi : « Je viens de Tasiilaq, la ville qu’on cite toujours comme la pire du Groenland. Quand on parle de chômage et d’alcoolisme au Groenland, Tasiilaq est toujours mise en avant. Et je peux t’assurer que ce n’était pas si dramatique que ça. Tasiilaq est une ville magnifique et j’y suis très attachée. Il y a encore des problèmes, des progrès à faire. Mais je ne comprends pas que le monde ne parle pas plus du Groenland. Nous sommes l’exemple d’une société indigène qui réussit, qui va bien, qui a presque son propre pays, qui a su défendre sa langue et sa culture, qui conserve ses traditions, tout en s’étant ouvert à la modernité, au confort, à la consommation, à l’investissement. Le Groenland devrait être un modèle pour tous les peuples indigènes en quête de souveraineté politique et d’indépendance économique. » Elle formule très précisément ce que j’ai ressenti à Nuuk. Et rien que pour ça, cette ville mérite le détour.

    En bref : petit guide pour visiter Nuuk
    Aller à Nuuk – que faire à nuuk – que voir à Nuuk – blog nuuk – voyage nuuk – nuuk groenland

    Aller à Nuuk

    Vous pouvez partir de Copenhague avec Air Greenland toute l’année, ou de Reykjavik avec Air Greenland en été, avec Air Iceland Connect l’hiver. Les meilleurs tarifs sont proposés par Air Greenland au départ de Copenhague, avec des « packages » intéressants incluant vol + hôtel. A ce que j’ai observé, le prix est plus intéressant dans le package que si vous les prenez séparément.

    Dormir à Nuuk

    J’ai adoré mon hôtel, Hans Egede, un 4 étoiles aux standards internationaux et à la décoration nordique élégante. La situation est idéale, à deux pas de toutes les principales attractions de Nuuk, et le petit-déjeuner est extra. Ils ont une salle de sport, un très beau bar rooftop, le fabuleux restaurant gastronomique Sarfalik et un second restaurant plus abordable.
    A partir de 170 euros/nuit avec petit déjeuner.

    Hôtel Hans Egede.

    Si vous cherchez une option plus économique, l’hébergement le moins cher de Nuuk est Inuk Hostels, situé à 20 minutes à pied du cœur de ville, avec une vue superbe sur le fjord. Il s’agit de petits chalets avec salle de bain partagée, qui me semblent jolis. A partir de 87 euros en chambre double. Bien sûr, vous pouvez aussi jeter un coup d’oeil à  Air BnB.

    Que voir et que faire à Nuuk ?

    • Marcher dans le cœur historique, autour du Colonial Harbour et de l’église Hans Egede, savourer la beauté de la ville.
    • Faire absolument une excursion en bateau dans le fjord géant : soit Kapisillit, soit Icefjord, avec Tupilak Travel (le bureau est en face du centre culturel, le grand bâtiment avec la vague). En été, vous verrez des icebergs.
    • Visiter le Musée national groenlandais, passionnant, magnifique. L’entrée est gratuite.
    • Si vous avez plus de temps, continuer avec les autres musées : le musée local de Nuuk (à deux pas du musée national), le musée du tissage (en face du musée national), le musée d’art de Nuuk (quelques rues plus haut).
    • Aller écouter un concert et manger des tapas groenlandais au Cultural Center of Greenland.
    • Faire du shopping à Nuuk Center et dans les boutiques alentours, découvrir les designers groenlandais tels que Nuuk Couture, Inaksen (mon coup de cœur), Qiviut, Bibi Chemnitz ou Inuiit. Visiter les boutiques d’artisanat groenlandais avec tupilaks en os et sculptures en stéatite.
    • Monter au sommet de la station de ski, pour la vue sur la montagne Sermitsiaq et sur la ville. L’hiver, skier.
    • L’été, partir en randonnée pédestre dans le fjord ou vers le sommet de Sermitsiaq.
    • Partir à la pêche dans le fjord de Nuuk.
    • Pour les plus fortunés : une excursion en hélicoptère avec Tupilak Travel au coucher du soleil. La vue sur le fjord est paraît-il grandiose.

    Une application utile pour visiter Nuuk

    Téléchargez sur votre smartphone l’application Colourful Nuuk, proposée par l’office de tourisme de la ville. Elle vous tient au courant des évènements du moment, propose une carte de la ville disponible hors connexion (très important car vous n’avez pas le roaming avec un forfait européen au Groenland !) et un bon aperçu des activités disponibles.

    Ces quatre jours à Nuuk m’ont absolument émerveillée et j’ai très envie de revoir la ville en été, d’y emmener mes proches, bref, de retourner explorer la merveilleuse capitale groenlandaise. Je veux remercier chaleureusement mes partenaires de m’avoir permis de vivre ce voyage extraordinaire : Visit Greenland, Air Greenland et Colourful Nuuk. Merci à Stine, de l’office du tourisme, et à Nivi, du musée d’art de Nuuk, pour le temps qu’elles m’ont consacré. Ce furent de très belles rencontres.

    Je vais bien sûr continuer à vous raconter ce voyage au Groenland, avec Ilulissat et Kangerlussuaq. Inscrivez-vous à la newsletter pour suivre tout ça ?

    Découvrez la fabuleuse capitale du Groenland : Nuuk ! Colorée, culturelle, fabuleuse, Nuuk est l'incontournable d'un voyage au #Groenland.
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  • Des livres qui vous font voyager

    Que faites-vous quand l’hiver change les forêts en camaïeu de gris, quand Paris ressemble à la Sibérie et qu’à Marseille le mistral hurle sur le parvis ? Vous vous évadez très loin de la boue et du froid : vous prenez soit un avion, soit un livre. Après avoir choisi la première option sous le soleil de Martinique, je découvre désormais les délices de la vie casanière : je laisse mes chats me recouvrir d’une immense fourrure vivante, et je bouquine au milieu des ronrons.

    Voici donc une petite sélection des livres qui m’ont fait voyager ces derniers temps, de la Provence au bout du monde, agrémentés de quelques chats. Et parce qu’aucun manuscrit ne sortirait jamais de son tiroir sans le talent et la persévérance des éditeurs, cet article se veut aussi une collection de maisons d’édition de voyage stimulantes et exigeantes, qui méritent qu’on s’y intéresse.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Séance évasion & ronrons.

    L’âme des peuples : des livres de voyage qui rendent intelligent

    Collection L’âme des peuples, aux éditions Nevicata. De très nombreux titres disponibles : villes, pays, régions…

    C’est sans aucun doute une des collections de voyage les plus originales et intéressantes du moment. Ce sont de petits livres, ils se glissent dans une sacoche, ils coûtent moins de dix euros, et se lisent vite – et pourtant, quelle richesse ! Pour chaque destination représentée dans la série, L’âme des peuples ne propose ni un guide de voyage, ni un récit d’exploration classique. Il s’agit plutôt de saisir ce qui fait la singularité de chaque territoire, et de comprendre les gens qui l’habitent. Le livre s’ouvre toujours sur un petit essai très personnel, par quelqu’un qui connaît bien le pays, et qui mêle réflexions personnelles, histoire, culture et politique pour en dresser un portrait nuancé et riche. Puis suivent trois entretiens qui enrichissent et précisent certains aspects – spécialistes, artistes ou grandes figures locales évoquent et analysent ce territoire.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Une petite partie de la collection L’âme des peuples. Source : site de Nevicata.

    J’ai déjà lu une dizaine de livres de la collection, et je les ai tous aimés, mais s’il fallait n’en citer qu’un seul, sachez que j’ai dévoré Japon : L’empire de l’harmonie, de Corinne Atlan. Ce n’était a priori pas la destination qui m’attirait le plus, mais la puissance évocatrice de l’auteure, entre visions poétiques et observations très fines et justes sur l’ethos japonais, m’a donné follement envie de me perdre dans un Japon secret et millénaire, au cœur des montagnes bleues.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Japon, l’empire de l’harmonie : un texte superbe.

    La collection est déjà vaste, et ne cesse de s’agrandir – vous trouverez forcément votre bonheur. Je vous reparlerai bientôt de L’âme des peuples, affaire à suivre !

    Voyage dans le Japon d’autrefois

    Japon : Carnets d’un explorateur au pays du soleil levant, texte d’Eugène Gallois (1905) et illustrations par Gwenaëlle Trolez, éditions Magellan & Cie.

    Restons encore un peu au Japon, dans la chaleur des onsen et à l’ombre du Mont Fuji, pour vous parler de ce livre qui est une merveille visuelle. C’est un des plus beaux livres qui me soient tombés entre les mains, et je pèse mes mots : cet ouvrage est une pure splendeur. Pour ce qui est du texte, il s’agit du carnet de voyage d’un explorateur à l’aube du XXe siècle, Eugène Gallois, qui découvre en 1905 un Japon en pleine métamorphose. Le récit est intéressant, mais en toute sincérité, c’est le genre de livre où on peut avouer sans honte qu’on a préféré regarder les images. L’artiste Gwenaëlle Trolez s’est emparée de ce carnet et l’a illustré par un mélange d’estampes, de collages, d’aquarelles, et de photographies du Japon datant des années 1880 qu’elle transforme légèrement pour les rendre plus oniriques encore. Entre ce livre et celui de Corinne Atlan, je crois que je suis condamnée à faire un tour par le Japon un de ces jours. J’ai vu sur leur site que Magellan & Cie avaient publié d’autres carnets de voyage illustrés dans ce genre, et que leur catalogue était passionnant, je vais continuer mon exploration…

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Japon, l’empire de l’harmonie.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    L’histoire du cœur du monde

    Les routes de la soie : L’histoire du coeur du monde, par Peter Frankopan, traduit par Guillaume Villeneuve, éditions Nevicata.

    En juin, je réalise un vieux fantasme de caravansérails et de cités turquoise : j’irai pour la première fois en Asie centrale suivre la route de la soie, en Ouzbékistan. Toute émoustillée par l’attente de ce voyage, je suis tombée sur un livre qui a un succès fou en ce moment, et qui tombait merveilleusement bien : Les routes de la soie : L’histoire du coeur du monde. Cet essai m’a fascinée – beaucoup le décrivent comme le livre d’histoire le plus important de ces dix dernières années. Raconter l’histoire du monde en la centrant non pas sur l’Europe occidentale, selon le déroulé que nous connaissons tous, mais en se focalisant sur cette région qui court de la Méditerranée orientale à l’Himalaya, qui englobe la Perse, la Russie, l’Arabie et la Chine, et que l’auteur nomme « le cœur du monde », voilà l’ambitieux projet de Peter Frankopan. Des conquêtes d’Alexandre le Grand aux guerres contemporaines qui ensanglantent l’Irak et l’Afghanistan, ce professeur d’histoire byzantine à l’université d’Oxford décale le planisphère, replace l’Asie centrale au centre du monde, et propose un nouveau récit qui impressionne par sa cohérence, sa précision et les clefs qu’il livre pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire de cette région en particulier, mais bien d’une histoire globale, avec de nouveaux acteurs placés sur le devant de la scène. Si vous êtes féru d’histoire et d’idées, jetez-vous dessus. Après L’âme des peuples, voici encore une perle de Nevicata, une fabuleuse maison d’édition belge qui s’illustre par sa cohérence et sa qualité.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Un avant-goût d’Ouzbékistan

    Ouzbekistan, Au Coeur des Routes de la Soie, par Didier Labouche et Sergio Cozzi, collection Un regard sur le monde, éditions Géorama.

    Je reste encore dans mes rêveries ouzbèkes, et vous propose ce magnifique carnet de voyage illustré. Deux baroudeurs amoureux de ce joyau d’Asie centrale vous emmènent vous perdre parmi les minarets turquoises de Samarcande, Khiva et Boukhara, humer les champs de roses et de coton de la vallée de Ferghana, ou suivre le sillage des nomades dans les montagnes arides. La collection Un regard sur le monde propose des documentaires intelligents et richement illustrés – moi qui suis toujours frustrée par le manque de photos dans les guides de voyage classiques, je me suis régalée avec cette richesse iconographique. Ce sont de vrais documentaires sous forme livresque, centrés sur l’image, et donnent follement envie de prendre un billet d’avion sur le champ. Cela m’a permis de découvrir les éditions Géorama, petite maison indépendante en Bretagne, mue par l’amour des lointains et du grand large.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Des pirates, des villes mal-aimées et le livre le plus drôle de l’année

    Après avoir visité le Musée des trésors enfouis à Key West et le Musée des pirates aux Bahamas, j’ai commencé à me prendre de passion pour les histoires de trésors cachés, de cartes à mystères, et de forbans hissant le drapeau noir. (Bon, et j’avais fait 5 fois d’affilée Pirates des Caraïbes à Disneyland, aussi.) C’est alors que j’ai découvert les merveilleuses Editions du trésor , maison singulière et soignée que je recommande chaudement à tous les passionnés d’aventure et de beaux livres. Leur première spécialité, ce sont, vous l’aurez compris, les trésors. Navires perdus, galions naufragés, joyaux enterrés, légendes maudites, secrets millénaires, c’est leur rayon, et leurs livres sont de très beaux objets, attirants comme des cartes au trésor. J’ai eu le plaisir de rencontrer le fondateur des Editions du Trésor, Julien Alvarez, qui s’est lancé dans cette aventure éditoriale avec passion et exigence, et défend avec talent des livres qui savent se démarquer. Pour mon plus grand bonheur, il m’a offert trois livres, dont je vous parle avec joie.

    Femmes pirates, les écumeuses des mers, de Marie-Eve Sténuit, était celui dont je rêvais : à Nassau, j’avais découvert l’histoire hallucinante de Mary Read et Anne Bonny, deux femmes pirates qui parviennent à échapper à la potence en révélant pour ultime viatique leur grossesse. Marie-Eve Sténuit raconte dans ce récit historique qui se lit comme un roman les destinées étranges de ces deux femmes, Anne la tigresse sanguinaire, Mary la pirate romantique qui se sacrifiera pour ne pas livrer son amant, mais aussi celles de nombreuses autres pirates dont j’ignorais tout : Jeanne de Belleville, la plus flamboyante de toutes les pirates, dont la vie a fasciné les poètes, Ching Yih Saou, amirale et maîtresse femme, ou encore Laï Cho San, qui a écumé Macao. Ce sont les histoires merveilleusement romanesques de femmes qui ont défié leur condition en se jetant à corps perdu dans le crime, sachant qu’elles n’avaient rien à perdre, excepté la vie.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Mon plus grand coup de coeur, ce fut un livre original et inattendu : le Tour de France des villes incomprises, de Vincent Noyon. Ce livre m’a fait hurler de rire et je vous le recommande chaudement : partez explorer Mulhouse, Vesoul, Cholet, Vierzon, Cergy, Maubeuge, et bien d’autres villes où vous n’aviez jamais rêvé de mettre les pieds, mais qui se révèlent attachantes sous cette plume qui sait doser avec justesse l’ironie mordante et la bienveillance sincère. Vous y trouverez des phrases du genre « S’il est une ville dont tout le monde se fiche, c’est bien Guéret », « On soigne ici son asthme, sa bronchite, sa sinusite, son otite, son eczéma, son psoriasis et, depuis peu, les séquelles post-cancer. Si vous avez tout cela à la fois, inutile de dire que La Bourboule est faite pour vous. » ou encore « Berry, fais moi peur ». Vous vous marrerez comme un bossu, mais vous en ressortirez plus intelligent et riche d’une réflexion passionnante sur le tourisme qui refuse tout pittoresque et tout spectaculaire. Et si vous déprimez un peu en plein mois de février, ce livre aura une double vertu thérapeutique : vous faire rire, et vous révéler le charme caché du morne et du moche (comme votre vie en hiver, quoi). Lisez-le, vous me remercierez.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Rire & évasion.

    Encore une dose de rire ? Voici le troisième : Comment voyager seule quand on est petite, blonde et aventureuse, de Katia Astafieff. L’auteure a immédiatement gagné ma sympathie, car elle m’a fait penser à mes copines blogueuses qui voyagent en solo avec brio, auto-dérision et panache, comme Lucie de Voyages et vagabondages, Nastasya de Valiz Storiz, Stéphanie de Voyage Road Trip ou encore Laura Gondin du blog éponyme. Comme elles, Katia Astafieff n’a peur de rien et enchaîne les aventures rocambolesques, mange des frites dans le Transsibérien, fait des boums en Mongolie et de la mobylette à Ouagadougou, ou rencontre des polygames à San Francisco. Ce sont des chapitres très courts, drôles et enlevés, truffés d’anecdotes et de détails cocasses. J’avoue être parfois restée sur ma faim : j »avais envie de dire à Katia comme à une copine « sympa tes anecdotes, mais maintenant dis-m’en plus ! ». Mais c’est un livre plein d’humour et facile à lire que je vais offrir souvent à mes copines voyageuses, pour égayer les longs trajets en cargo, bus ou tuk-tuk.

    Une Provence ésotérique et gothique

    Guide de la Provence mystérieuse, par Jean-Paul Clébert, collection Les guides noirs, éditions Tchou.

    C’est un livre étrange, rempli de vieilles malédictions, de légendes et d’une érudition si évocatrice qu’elle en devient presque hallucinatoire. Le Guide de la Provence mystérieuse est l’œuvre du « clochard céleste » Jean-Paul Clébert, un mystique fiévreux qui s’était établi dans le Lubéron après avoir dormi plusieurs années dans les rues de Paris. Clébert s’est pris de passion pour la Provence secrète, et s’est mis à explorer ses mythes, ses dieux oubliés, ses recoins d’ombre et de sang. Rempli d’illustrations ésotériques, de signes cabalistiques et de photos de lieux oubliés, ce guide noir prouve ce que j’ai toujours su : que la Provence n’est pas qu’une carte postale un peu kitsch, mais bien une terre hantée à l’âme profonde. On se plonge dans ce livre comme dans un vieux grimoire, avec jubilation. Cela m’a donné envie de continuer à découvrir les envoûtants Guides noirs de Tchou, véritables bréviaires d’initiation à la sorcellerie vagabonde.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Une exploration du Pacifique début XIXe, sublimement illustrée

    Voyage dans le Pacifique, par Louis Choris, éditions Chandeigne. 

    J’ai ressenti une espèce de surexcitation quand ma mère (qui a très bon goût) m’a rapporté ce livre magnifique. Le début du XIXe siècle est l’ère des grands voyages de découverte dans le Pacifique, et on voit partir de grandes explorations rassemblant naturalistes, artistes, scientifiques et mécènes extravagants qui s’aventurent dans des contrées alors méconnues et encore non broyées par le colonialisme européen. Ce Voyage dans le Pacifique est issu d’une très célèbre expédition, celle du Rurick, qui passa notamment par le Kamtchatka, l’Alaska, Hawaï et le Chili. Je savais le botaniste et romantique allemand Adalbert von Chamisso à bord, j’ignorais qu’il était accompagné du peintre Louis Choris. Les illustrations de Choris m’ont profondément émue : elles ressuscitent un monde oublié, non seulement les paysages et les villes de ces bouts du monde, mais aussi les visages des Inuits, des Hawaïens… Ce livre est rare : je connais peu d’autres exemples de telles expéditions illustrées sur le vif avec une telle finesse et une telle richesse du détail.
    Le chapitre sur Hawaï (qu’on appelait alors les Îles Sandwich) m’a particulièrement intéressée, car Choris raconte et dessine ses rencontres avec deux personnages majeurs de l’histoire hawaïenne, le roi Kamehameha et le prince Liholiho. Vous le savez peut-être : je nourris une véritable obsession pour la Polynésie en général et Hawaï en particulier, et suis très sensible au combat des derniers Hawaïens pour sauver leur culture et leur héritage. Le Rurick a abordé les côtes hawaïennes à l’heure d’un basculement de l’histoire hawaïenne, et Choris a su, sans le savoir, le saisir avec beaucoup de sensibilité.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Le roi Kamehameha.

    Hawaï, Marquises, Samoa… avec Jack London

     Jack London dans les mers du Sud – L’odyssée du Snark 1907-1908, par Michel Viotte et Marianne Pourtal Sourrieu, éditions La Martinière.

    Peut-être avez-vous entendu parler de l’exposition qui vient de s’achever à La Vieille Charité à Marseille : Jack London dans les mers du Sud, l’odysée du Snark. De 1907 à 1908, l’immense auteur de la wilderness fait constrire et équiper son propre navire afin d’explorer le Pacifique. C’est un équipage d’amateurs et d’incompétents, qui se perd, prend l’eau, et ne doit sa survie qu’à la miraculeuse clémence d’un Océan Pacifique d’humeur magnanime. Mais malgré les catastrophes et les avaries, London et son épouse font un beau voyage. Partant de Californie, ils découvriront Hawaï, les Marquises, les Samoa, les Fiji… avant de devoir interrompre leur voyage aux îles Salomon, que London décrit comme l’enfer sur Terre, et où il est tombé gravement malade. Je dois l’avouer : l’expo à La vieille charité m’avait laissée sur ma faim, malgré la belle ambiance maritime des salles d’exposition et la qualité des objets exposés. Mais je ne comprenais pas qu’il soit possible de réaliser une exposition sur un écrivain en accordant si peu de place au texte, et notamment à ses textes. Le livre associé à l’exposition répare cette lacune, et lui donne davantage la parole. On comprend que London arrive dans une Polynésie à l’agonie, brutalisée par le colonialisme, l’exploitation et la maladie. A Hawaï, un coup d’état inique a destitué la dernière reine, Liliʻuokalani, pour mettre le pouvoir dans les mains des planteurs d’ananas et permettre l’annexion de l’ancien royaume par les Etats-Unis. Un siècle s’est écoulé depuis l’expédition du Rurick, et lire ces deux livres en parallèle révèle avec une lancinante clarté l’effondrement d’un monde en l’espace de quelques décennies.
    Un passage m’a notamment marquée. Si London débarque à Nuku Hiva, aux îles Marquises, c’est parce qu’il suit une filiation littéraire : il a lu les récits d’Herman Melville et de Robert-Louis Stevenson, qui ont vécu plusieurs semaines parmi un peuple de guerriers valeureux (et occasionnellement cannibales), dans une immense vallée remplie de clameurs et de lances brandies. L’île des ex-cannibales est aussi un pilier de la culture polynésienne ancestrale, et London a été fasciné par les récits de ses prédecesseurs. Mais quand il arrive à Nuku Hiva, il ne reconnaît plus rien : tous les guerriers sont morts, décimés par la lèpre et les autres maladies européennes, et il ne reste plus qu’une dizaine de silhouettes faméliques dans la vallée fantôme.

    Après son voyage, London écrira sur Hawaï, sur la Polynésie française et les Samoa des contes fascinants, riches en histoires extraordinaires, lourds de tensions politiques et habités par la mélancolie des mondes qui se meurent. Si vous ne les connaissez pas encore, je vous recommande mille fois ses deux recueils de nouvelles insulaires aux éditions Phébus. Vous avez aimé l’Appel de la forêt ? Vous adorerez les Contes des mers du Sud et les Histoires des îles.  Ces deux recueils sont à mes yeux un des plus hauts sommets de la littérature de voyage, et un plaisir de lecture inouï – je crois que je les connais à peu près par coeur. Si vous devez offrir un livre à un voyageur, pensez-y.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Deux chefs d’oeuvre.

    La vie secrète des vikings

    Petites sagas islandaises, d’Alain Marez, éditions Les belles lettres. 

    Depuis que j’ai fait la connaissance des vikings en Islande, je suis fascinée par cette société bien plus sophistiquée et subtile que les représentations de drakkars trempés de sang le laissent à penser. Les vikings ont eu un parlement, une démocratie et les droits des femmes avant tout le monde, et surtout, ils ont produit une littérature d’une exhaustivité rare, les fameuses sagas, qui nous permettent de tout savoir sur leurs vies, de la conquête de l’Islande à la vie de cour, en passant par les disputes entre paysans et les rencontres avec des trolls. Le volume de ces chroniques est absolument considérable – on pourrait passer sa vie à lire les sagas sans les connaître toutes. Spécialiste de littérature scandinave, auteur d’un dictionnaire runique, Alain Marez débroussaille pour nous la jungle de la littérature islandaise médiévale, et nous propose cette collection de petites sagas au spectre large : histoires du quotidien, récits de voyages et de navigations, aventures surnaturelles et mystiques, tensions entre derniers païens et chrétiens, vengeances et rapports compliqués entre le chef et ses vassaux. Bien sûr, la littérature islandaise du XIIIe et XIVe siècle ne se lit pas comme le dernier Marc Lévy, et il vous faudra un peu de passion scandinave pour savourer cet ouvrage précieux, mais érudit –  Alain Marez fait tout pour nous faciliter la tâche.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Source de l’image : Les belles lettres.

    Deux thrillers pour se faire peur en Ecosse

    Quand je suis coincée dans un avion pendant plusieurs heures, mon plus grand plaisir est de dévorer un thriller flirtant avec le fantastique, rempli de morts mal vengés, de fantômes et de secrets de famille. Et le bonheur ultime, c’est quand l’action se déroule en Ecosse. Je crois qu’on a inventé ce pays pour y installer des histoires de revenants. Brumes perfides, îles isolées, cimetières béants, légendes sinistres, l’Ecosse a tout. Je vous recommande deux excellents thrillers situés sur des îles du Nord, Skye pour l’un, Lewis pour l’autre.

    Le Doute, de S.K. Tremayne, portait en VO un titre beaucoup plus beau et évocateur, The Ice Twins – les jumelles de glace. Deux jumelles absolument identiques. L’une d’elle meurt dans un accident tragique. Un an plus tard, la survivante prétend soudain que ses parents n’ont pas compris : elle est celle qu’ils croyaient morte, et c’est l’autre qui a péri. Des phénomènes étranges surgissent, et dans ce contexte franchement rassurant, la famille brisée va s’instaler sur un îlot perdu au large de Skye, où on prétend que les morts se tiennent au plus près des vivants… La fin m’a déçue, mais l’ambiance m’a envoûtée, et S.K. Tremayne écrit fabuleusement bien. Quand elle n’est pas romancière, elle est journaliste de voyage, et je l’ai deviné à sa façon puissamment évocatrice de dire les lieux et les atmosphères.

    Je sais, cela fait six ans que tout le monde parle de L’île des chasseurs d’oiseaux, de Peter May, mais que voulez-vous, moi je l’ai lu la semaine dernière. Et c’est vraiment un excellent thriller, une histoire de meurtre étrange et de secret enfoui, avec pour toile de fond une coutume ancestrale et violente des Hébrides, la chasse au guga. Une fois par an, des hommes partent quinze jours risquer leur vie sur un rocher perdu au beau milieu de la mer du Nord, escalader les falaises et vivre en autarcie totale, pour prendre dans leurs nids vertigineux les oisillons des morus, un oiseau marin qui ressemble à la sterne. Je ne veux pas trop vous en dire, mais l’histoire vous captivera jusqu’au dénouement. J’ai juste un regret : la systématisation et banalisation de l’accident atroce. Dans ce bouquin, tout le monde finit mort / estropié / violé / a subi un truc terrible, et si les premières morts tragiques vous secouent, la quarante-septième vous arrache un cri de protestation « oh les Ecossais, on se calme maintenant, ça va bien ! ».

    Un magazine entre luxe et aventure

    Je suis boulimique de magazines de voyage, et quand j’en trouve un qui me ressemble, c’est le summum du bonheur. Je vous ai récemment parlé de mon style de voyage, que je qualifie d’aventurière bourgeoise, entre recherche de l’inouï et du sublime, et plaisir de se réfugier dans de beaux hôtels qui créent une bulle enchantée. Le magazine Ici & Ailleurs me correspond à merveille, avec ses grands reportages faisant la part belle à la culture et aux paysages, et ses adresses chic et exigeantes, ses collections d’hôtels à la fois originaux et luxueux. C’est un magazine qui invite à un dépaysement élégant, et qui a su trouver le bon équilibre. Je continuerai à le lire avec joie.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Ce fruit que j’ai jugé bon d’inclure dans le décor est une coco-fesses, emblème des Seychelles. (Ce numéro d’Ici et d’ailleurs inclut un très bel hôtel aux Seychelles, d’où l’inspiration subtile et discrète.)

    Des ruines mythiques et un guide de la Sérénissime

    Je finis ce long article par deux jolies découvertes que je dois à des amies blogueuses.  Mitchka, du blog Fish and Child, a récemment organisé un concours que j’ai eu la bonne idée de gagner, ce qui m’a permis de recevoir une perle, 60 histoires de sites où le temps s’est arrêté : Lieux désertés autour du monde, de Richard Happer. Palais abandonnés, friches industrielles et nucléaires, parcs d’attractions délaissés, ruines incongrues… c’est un voyage insolite et poétique qui m’a donné beaucoup d’idées et d’envies. Une très belle réussite des éditions Ouest France.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Enfin, j’ai eu le plaisir de recevoir (les concours me réussissent !) un guide week-end Hachette, Un Grand Week-End à Venise 2018.dont l’auteur n’est autre que la talentueuse L’occhio di Lucie, qui a mis au service de ce guide la passion avec laquelle elle raconte Venise sur son blog d’expatriée amoureuse de l’Italie. Lucie vit dans la cité des Doges, et sait en parler avec beaucoup d’authencitié – par ailleurs, j’ai adoré l’iconographie très riche de ce guide, moi qui suis fâchée avec les guides sans images, et la présentation pratique et intuitive. Cela m’a permis de découvrir la collection, parfaitement pratique et adaptée à une escapade sur quelques jours ou plus si affinités.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Et vous ? Que lisez-vous en ce moment ? Quel genre de livre de voyage vous séduit le plus ?

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Un dernier chat pour la route.

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  • Les légendes du Mont Saint Michel m’ont rendue gothique

    Beaux points de vue sur le Mont Saint Michel

    Merveille de l’Occident, abbaye de toutes les légendes, silhouette qui s’élance au-dessus des brumes marécageuses : l’aura de l’exceptionnel nimbe le Mont Saint Michel. Cela faisait plus de vingt ans que je rêvais de retourner dans ce lieu mythique entre tous, revoir cet enfant du rêve et de la foi que la mer vient enlacer. Venez avec moi à travers le brouillard et le songe, nous remontons le temps.

    Découvrez les légendes et les plus beaux points de vue sur le Mont Saint Michel.
    Marcher vers le Mont magique…

    Cet article fait partie de la série #EnFranceAussi, un guide de la Baie du Mont Saint Michel est à gagner en fin d’article.

    Le Mont Saint Michel, ou comment je suis devenue gothique

    Le Mont Saint Michel… Un souvenir d’enfance que je couvais depuis plus de vingt ans, un rêve que je voulais revivre. Je vous avais dit tout ignorer de la Normandie, savoir à peine la situer sur une carte et n’en avoir jamais rien vu : c’était vrai, à une exception près.

    Quand j’avais quatre ans, mes parents m’avaient emmenée passer la journée au Mont Saint Michel, et c’est un des premiers souvenirs de voyage qui m’avaient marquée. Je me revois découvrir les ruelles luisantes de pluie, écouter ma mère me parler des sables mouvants et me raconter l’histoire de l’archange, admirer la vue perchée sur les épaules de mon père. Imaginez ce que c’est, pour une gamine curieuse à l’imagination débordante, de découvrir un château posé sur une île, entouré par des marées galopantes, et d’y voir le combat apocalyptique du Bien et du Mal changé en dragon.

    Découvrez les légendes et les plus beaux points de vue sur le Mont Saint Michel.
    Le Mont dans la brume, au lever du jour

    J’ai une confession à vous faire, amis lecteurs : dans mon petit cœur, je suis sérieusement gothique. Mon cerveau est un château bordé de douves profondes dans lesquelles nagent des monstres innommables, planté de ronces et de tombes fissurées par les incantations, peuplé d’âmes en peine et de mariées sanglotantes. J’ai retrouvé récemment une nouvelle rédigée quand j’avais sept ans, qui raconte l’histoire d’une princesse kidnappée par des adorateurs de Satan et enfermée dans des catacombes sordides. (Je suis très reconnaissante envers mes parents chéris de ne pas m’avoir envoyée chez le pédopsychiatre. Ils pourraient écrire un manuel « Ma fille dessine des pentagrammes sur son cahier de géométrie, mais tout va bien. » A part ça, j’étais une gamine gentille et obéissante, juste un peu torturée dans sa tête et qui entendait des voix la nuit, vous voyez.) A une époque de ma vie, la période bénie de l’adolescence, mon apparence a été raccord avec mon Moi profond, et j’avais des colliers cercueils, des bottines chauve-souris et du khôl jusqu’à l’arcade. Je me suis visuellement calmée, car le total look vinyle et dentelle quand on randonne sous le soleil du midi, c’est pas très pratique, mais à l’intérieur, je suis toujours team Morticia. (Occasionnellement encore, un invité débarque chez moi à l’improviste, et il me trouve en train de lire du Lovecraft en écoutant le Requiem de Mozart. Ça met l’ambiance.) Et parfois, je me demande si tout n’a pas commencé au Mont Saint Michel. Le Mont Saint Michel : un laboratoire pour bébés gothiques.

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    Ramenez vos chaudrons. Sublime abbaye gothique.

    Lucifer, l’archange et le cheval au galop

    Peu de lieux en France sont chargés d’une mythologie aussi romanesque et mystique. Le Mont Saint Michel, c’est Donjons et Dragons, littéralement. Emmener une gamine à l’imagination fertile sur ces terres à sortilèges, c’est incuber des bébés vampires.

    Là-bas, l’histoire se mêle sans cesse à la légende. Les gens de l’office du tourisme essaieront de mettre de l’ordre dans tout ça, parce que c’est leur boulot de calmer les cerveaux excités comme le mien, de mettre un peu d’histoire dans le mythe, de dire « eh oh, on arrête les hallucinations mystiques ». Mais il n’y a rien à faire : le Mont Saint Michel, c’est de l’ecstasy caché au milieu des hosties, ça résiste à toute tentative de sobriété.

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    Difficile de garder la tête froide quand la brume mystique monte des marais sournois… ok je me calme.

    Tout commence par l’histoire de l’archange qui a donné son nom au Mont : Michel, le prince des anges. Durant la guerre entre les anges (va réviser tes apocryphes, petit catéchumène : Apocalypse 12,7), Michel terrasse Lucifer, qui a pris la forme d’un monstrueux dragon. Michel abat son glaive foudroyant sur le serpent diabolique, vainc le Mal et ramène la paix dans les cieux. (Je vous avais dit que c’était Donjons et Dragons). Satan est précipité au fond de l’infernal abîme. Michel est un messager divin, un guerrier lumineux. Et quel endroit plus évocateur que le Mont pour y fonder une abbaye à la gloire de l’archange ?

    Ce Mont que les Anciens appelaient « le Mont Tombe » (ça commence bien #alertegothique) était déjà un lieu de culte druidique à l’époque celte (youpi ! #alerte gothique très foncée), un lieu chargé de mystère et de magie. On imagine sans peine le dragon satanique tordu aux pieds de Michel dressé sur le rocher, transpercé par sa lance rédemptrice. Mais qui a eu l’idée de construire l’abbaye Saint Michel dans ce lieu ? C’est là que la légende s’emballe (#alerte gothique carabinée, noire comme les funèbres ténèbres d’une nuit sépulcrale où on écoute The Cure au bord d’une pierre tombale moussue).

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    Corbeaux sur le Mont

    Saint Aubert d’Avranches était un évêque du IXe siècle de notre ère, pétri de religiosité mystique et habité par de puissantes visions nocturnes. En rêve, il voit l’archange Michel vaincre le Démon sur le Mont Tombe, et se convainc que la guerre des anges s’est jouée au milieu des pommiers de Normandie. En rêve, il entend Michel l’enjoindre d’édifier une abbaye en son honneur. Sur le Mont Tombe ? L’évêque refuse d’y croire. Ce lieu maudit, envahi par les brumes, couvert d’épines féroces et battu par les vents tournoyants ? Aubert pense que son esprit lui joue des tours, et refuse par deux fois d’obéir à l’ordre de Michel qui le visite en songe. La troisième fois, Michel décide de sévir. (Attention, amis pédagogues, cette punition n’est PAS approuvée par l’Education Nationale.) Il enfonce donc son doigt sur la tempe de l’évêque rétif, et lui imprime dans le crâne la marque brûlante de son courroux, afin de le convaincre de la véracité de la vision. A son réveil, Aubert va illico chercher son mortier et sa truelle (on le comprend). La construction de l’abbaye magique, suspendue entre mer et vertige à la pointe d’un rocher escarpé, commence alors.

    La Merveille

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    Un miracle d’architecture : une abbaye sur la pointe des pieds, au dessus du vide.

    C’est le moment où j’introduis une petite dose de faits historiques avérés : la construction commence par une église romane, Notre-Dame-Sous-Terre (ça ne s’invente pas). C’est seulement au XIIIe siècle que s’élèveront les flèches gothiques et le cloître qui dessinent aujourd’hui la silhouette fabuleuse du Mont – c’est cette partie de l’abbaye qu’on nomme la Merveille, un nom qu’elle mérite mille fois. La Merveille est une prodigieuse citadelle du vertige, dressée sur la pointe des pieds au-dessus des sables mouvants, où le vent s’engouffre et hurle mille histoires terribles.

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    Au dessus de l’immense.

    Car la légende noire du Mont ne s’arrête pas ici. On dit qu’ici, la marée court à la vitesse d’un cheval au galop, noie l’estran sous sa noire cavalcade, et surprend les marcheurs imprudents. On raconte les histoires de pèlerins enlisés dans les marais, les jambes emprisonnées par la fange humide, et que la mer sournoise vient recouvrir. Après la Révolution, le Mont fut une prison – on raconte l’histoire de cachots inférieurs noyés par la marée, de prisonniers qui agonisent la bouche pleine d’eau froide et salée dans leurs geôles inondées. (Invitez moi en soirée, je mets l’ambiance.)

    Il paraît que les histoires sont quelque peu exagérées. Mais j’ai lu que le marnage (la différence entre la hauteur d’eau maximale à marée haute et à marée basse) atteignait parfois… treize mètres. Treize mètres, vous imaginez le nombre d’Atlantides qu’on peut engloutir avec ça ? Lors des grandes marées, le Mont Saint Michel redevient une île, coupée du monde par le flot. Et le clapotis des vagues répond à l’écho des morts…

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    Pardon de vous inonder de photos de brume et aurore, mais avouez que cela colle avec l’ambiance.

    Le Mont Saint Michel habite mon imaginaire depuis toujours. J’avais été fascinée par ma première visite, à l’âge de quatre ans, et je n’avais cessé d’en reparler à mes parents. Ado, j’avais écrit un long poème gothique qui se passait au Mont Saint Michel (l’histoire d’une femme noyée par le retour de la marée, qui revenait hanter son mari infidèle – c’était super guilleret, carrément désopilant). C’est pourquoi je craignais presque d’y retourner : comment se confronter à un souvenir d’une telle force ? Mais le Mont Saint Michel ne craint rien. Il se tient à la hauteur de mon idolâtrie. Sous le soleil d’un jour d’avril radieux, au crépuscule ou dans les brumes ensorcelantes du lever du jour – il est le rêve fait pierre, la légende vivante, et je sais que j’y reviendrai encore. Et la prochaine fois, je ressortirai mes bracelets à pics et mon khôl ultra noir. Tu m’as rendue gothique à l’âge de quatre ans, Mont Tombe, Mont Magique, tout est de ta faute – merci !

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    Au coeur de la Merveille

    Les plus beaux points de vue sur le Mont Saint Michel

    Les prés salés

    Avant de m’approcher du Mont, je l’ai aperçu pour la première fois au loin, par-delà les prairies salées que tondent les moutons. J’ai adoré cette vision lointaine, comme si le Mont n’était qu’un mirage…

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    Le Mont vu depuis le gué de l’Epine

    Comment y accéder : rentrez dans Google Maps « Le Gué de l’Epine, 50300 Le Val-Saint-Père ». J’ai découvert après coup que c’est l’endroit parfait pour admirer le soleil couchant sur le Mont, car votre vision est orientée vers l’Ouest, vous aurez donc sur une même photo le ciel enflammé et le Mont qui se détache sur lui.

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    Depuis les prés salés, j’aurais eu ce ciel en arrière plan du Mont.

    Un autre point de vue magnifique, orienté vers l’Ouest, est la Pointe du Grouin du Sud, 50300 Vains. J’ai dû faire des choix et je n’ai pu m’y arrêter – mais là-bas, vous aurez une vue superbe sur toute la baie.

    S’approcher du Mont : navettes, parking

    J’ai adoré rouler vers le Mont, et le voir se détacher au-dessus des champs de colza en fleur. C’est ici le moment d’expliquer comment se passe l’accès au Mont Saint Michel.

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    Au dessus des champs…

    Se garer : Il est désormais impossible de se garer au pied du Mont, la zone est protégée. Vous devrez vous garer à l’extérieur de l’enceinte matérialisée par des barrières. Vous aurez ensuite le choix : marcher vers le Mont (40 minutes environ), ou emprunter des navettes qui roulent toute la journée à intervalles très fréquents, jusqu’à minuit. Si vous n’avez pas de souci de locomotion, je vous recommande la marche : cette route qui chemine vers lui est magnifique.

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    La route qui mène au Mont, accessible seulement aux piétons et aux navettes

     

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    Le début du chemin vers le Mont

     

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    La route, vue depuis le Mont

    Les hôtels avec vue sur le Mont Saint Michel

    Quelques hôtels sont situés dans la zone protégée, face au Mont, au bord de la route qui y mène. L’hôtel qui m’a le plus séduite est le Relais Saint Michel, qui offre des vues spectaculaires sur le Mont. Je n’y ai pas dormi, car il était complet (réservez longtemps à l’avance !), mais j’ai mangé dans son restaurant avec terrasse panoramique.

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    A table au Relais Saint Michel

    Sachez que vous trouverez également quelques hôtels sur le Mont lui-même, notamment l’hôtel mythique La Mère Poulard. Personnellement, j’ai préféré dormir en dehors du Mont, et avoir vue sur lui – mais certains m’ont dit adorer l’avoir à eux tous seuls, tard le soir ou tôt le matin…

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    Dans le dédale des rues du Mont…

    Le barrage sur le Couesnon

    Juste avant d’emprunter la route qui mène au Mont, vous trouverez sur votre gauche une digue : le barrage sur le Couesnon. Les points de vue sur le Mont Saint Michel offerts par cette digue sont extraordinaires. C’est ici que j’ai photographié le lever du soleil brumeux.

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    Depuis la digue.

    Traverser la baie avec un guide

    C’est quelque chose que j’aimerais faire le jour où je reviendrai en Normandie : traverser la baie du Mont Saint Michel à pied, avec un guide. J’ai vu des groupes cheminer dans les marais, et voir le Mont autrement, conquérir des points de vue uniques, et retrouver l’expérience du pèlerin, pieds dans le sable et la boue, le regard vers le ciel. J’adorerais vivre ça à mon tour.

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    J’aimerais traverser la baie…

    #EnFranceAussi

    Cet article appartient à la série En France Aussi, un projet créé par des blogueurs amoureux des beautés de notre pays. Le thème du mois de mai était « Patrimoine religieux », et vous pouvez gagner un guide Gallimard… de la baie du Mont Saint Michel (vous avez vu comme je suis raccord). Pour participer, laissez un commentaire dans le groupe Facebook En France Aussi en mentionnant mon blog !

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    Le guide Gallimard à gagner

    A suivre sur le blog de voyage Itinera Magica : Cabourg et la côte fleurie, Jersey, l’Estérel, une plage secrète, le Maroc et la Californie. Vous vous inscrivez à la newsletter ?

    Si vous aimez les histoires gothiques, je vous propose un de mes articles préférés, une vraie histoire d’horreur : Le voyage dont j’ai failli ne jamais revenir.

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    Dans les ruelles…

     

    Légendes et points de vue sur le Mont Saint Michel
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  • Le mémorial de Caen et les plages du débarquement

    Le circuit guidé des plages du débarquement, à la rencontre de notre histoire
    C’est un lieu unique en Europe, un lieu dont la puissance émotionnelle est incroyable. Le mémorial de Caen commémore l’histoire du XXe siècle et notamment de la Seconde Guerre mondiale dans un parcours immersif qui vous serre le cœur. Les plages du débarquement allient à la beauté des paysages la grande solennité du souvenir d’un moment crucial de notre histoire. Après avoir visité le mémorial et suivi le circuit guidé des plages du débarquement, j’ai regretté de ne pas y être allée plus tôt, et je me dis que chaque Français, chaque Européen, chaque citoyen du monde, devrait les voir une fois dans sa vie. C’est dur et c’est triste, oui, c’est une visite qui ne peut pas vous laisser indemne. Mais c’est aussi beau, touchant, et essentiel. Voyage sur les lieux qui ont placé la Normandie au cœur de notre histoire.

     

    Le circuit guidé des plages du débarquement : plongée au coeur de l'histoire. Pointe du Hoc, Omaha Beach, Arromanches, mémorial de Caen.
    Dans les jardins du mémorial de Caen

     

    Le circuit guidé des plages du débarquement : plongée au coeur de l'histoire. Pointe du Hoc, Omaha Beach, Arromanches, mémorial de Caen.
    Paysages solennels.

    Ici, on ressent plus que partout ailleurs à la fois l’horreur et l’héroïsme de la fin de la guerre. On comprend le prix ultime de la liberté, payé à la fois par les soldats du débarquement et par la population civile happée dans la violence des combats. A l’issue de cette journée, j’ai plus d’estime que jamais pour la Normandie, la région martyre de la Libération, la porte de la liberté.

    Le circuit guidé des plages du débarquement : plongée au coeur de l'histoire. Pointe du Hoc, Omaha Beach, Arromanches, mémorial de Caen, cimetière américain de Colleville.
    Cimetière américain de Colleville

     

    Le circuit guidé des plages du débarquement : plongée au coeur de l'histoire. Pointe du Hoc, Omaha Beach, Arromanches, mémorial de Caen, cimetière américain de Colleville.
    Plein soleil sur les Braves, à Omaha Beach

    Une journée au coeur de notre histoire, sur les plages du débarquement

    Comment vous raconter cette journée en quelques phrases ? J’ai commencé par un circuit guidé de plusieurs heures sur les plages du débarquement, puis j’ai fini ma journée au Mémorial de Caen. Je suis revenue soixante ans en arrière. J’y étais, l’émotion était si forte.

    On voit la Normandie occupée, recouverte de bunkers et de batteries d’artillerie par l’armée allemande, qui construit son « Mur de l’Atlantique » par crainte d’un débarquement allié.

    On voit les impacts de bombe, le pilonnage des côtes par l’aviation anglaise et américaine – une stratégie nécessaire pour préparer le débarquement, mais qui a frappé en plein cœur les Normands : vingt mille victimes civiles.

    Le circuit guidé des plages du débarquement : plongée au coeur de l'histoire. Pointe du Hoc, Omaha Beach, Arromanches, mémorial de Caen.
    A la Pointe du Hoc

    On voit les plages et les falaises sur lesquelles les armées alliées ont débarqué le 6 juin 44 et ont perdu dix mille hommes pour libérer l’Europe. Je retrouve les noms mythiques que j’avais entendus dans les films : Utah Beach, Juno Beach, et la plus sanglante de toutes, Omaha Beach. Un monument solennel symbolise le deuil et la liberté sur cette plage grande ouverte. C’est si beau et si triste.

    On voit les tombes de marbre blanc sur les collines au-dessus de l’eau, les bruyères au pied des croix latines, les frères et les amis enterrés côte à côte. On voit les noms de ces jeunes Américains tués sur le sable normand, à dix-huit, vingt ans, et qui reposent ici au bord de l’eau. Impossible de ne pas être bouleversé….

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    Les tombes américaines et les bruyères

    La Pointe du Hoc

    C’est un éperon rocheux entre deux plages magnifiques, un promontoire qui offre une vue superbe sur la côte normande. Et c’est bien pour cela que les Allemands y avaient bâti une batterie d’artillerie, afin de se prémunir contre un débarquement allié. Les bombardements ont pilonné la pointe, et d’immenses impacts d’obus dessinent un paysage lunaire, adouci par les buissons jaunes au printemps. Mais les bombes n’ont que peu endommagé la batterie, et les combats qui eurent lieu à la Pointe du Hoc furent terribles. La batterie est presque intacte, et permet d’entrer au cœur du mur de l’Atlantique.

    Ici, le 6 juin 44, 300 soldats alliés ont débarqué et escaladé la falaise à la force de leurs baïonnettes pour prendre les fortifications allemandes, au prix d’un combat sanglant. La bataille dura deux jours, deux jours de violence et de terreur, à la fin desquels seuls 90 hommes restaient debout…

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    Paysages de ruines

     

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    Restes du mur de l’Atlantique

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    Morceaux de canon allemand

     

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    Pointe du Hoc

     

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    A l’intérieur de la batterie allemande de la Pointe du Hoc

    Les plages du débarquement

    Elles s’étendent à l’Ouest de Caen, les plages mythiques à qui on avait donné des noms de code, pour que personne ne sache où le débarquement aurait lieu. Utah, Omaha, Juno, Gold, Sword Beach. Alors que la France était occupée par l’Allemagne nazie, les Alliés ont débarqué sur ce rivage, sacrifiant des milliers de soldats à la libération de l’Europe.

    C’est étrange : elles sont à la fois si belles, et si tristes. Des plages normandes radieuses, grandes et dorées, où l’eau revêt des tons d’un bleu surprenant, où le soleil ricoche sur les vaguelettes. Des cartes postales tragiques.

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    Omaha Beach vue depuis le cimetière américain.

     

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    Sur les falaises d’Arromanches

    Nous faisons halte à Omaha Beach. Difficile d’expliquer la puissance émotionnelle de ces visions, le sentiment qui vous étreint quand vous vous tenez face à une plage dorée, où les oiseaux chantent et l’écume roule, et que vous imaginez qu’ici 4000 soldats sont tombés sous le feu ennemi en tentant de libérer le pays. Tout est si beau sous le soleil, et pourtant les lieux ici ont quelque chose de solennel, de déchirant. Plusieurs fois, vous aurez la gorge nouée, les yeux qui piquent.

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    Le monument aux morts et la sculpture Les Braves

    Un monument aux morts commémore les pertes alliées. Et une œuvre d’art m’a extraordinairement touchée : l’œuvre intitulée « Les Braves », d’Anilore Banon, plantée dans le sable d’Omaha Beach. Ce sont des lames et des ailes de métal, commémorant la perte et l’envol, la douleur et l’espoir. La puissance évocatrice de cette œuvre est très émouvante. On m’a raconté qu’à marée haute, les vagues venaient frapper l’acier, et que la sculpture résonnait et chantait, comme un concert solennel…

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    Les Braves

    Le cimetière américain de Colleville sur Mer

    Au-dessus d’Omaha Beach, à Colleville sur Mer, un vaste cimetière américain recouvre les collines vertes et surplombe la mer. Des bancs de bruyère poussent entre les croix de marbre blanc, et des cierges brûlent sans discontinuer au cœur de la chapelle ardente. Ici reposent des hommes et des femmes courageux – n’oublions pas les femmes : elles n’étaient pas sur le champ de bataille, mais elles étaient infirmières, conductrices, ouvrières, informatrices, secrétaires, etc, et certaines ont aussi donné leur vie. Certaines tombes sont particulièrement poignantes : un père et son fils reposant côte à côte, deux frères, deux amis proches…

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    Tombes poignantes…

     

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    La beauté des bruyères, et au fond, la mer.

     

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    Tombe d’un soldat juif. Au début du conflit, les soldats juifs portaient leur religion sur leur plaquette ; très vite, ils ont demandé à effacer cette mention, au cas où ils tomberaient dans les mains des nazis…

    Le monument aux morts me rappelle celui de Washington, avec cette eau très noire de la « piscine miroir » qui réflète le ciel, et l’agencement solennel des colonnes. La statue, « la jeunesse jaillissant des vagues », évoque à la fois le sacrifice et la liberté, l’élévation et le départ. Le soir, on descend les drapeaux américains, et on joue l’Hymne. On voit de vieux Américains venus se recueillir. Souvent, les visiteurs versent une larme…

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    Le monument du cimetière américain de Colleville sur Mer et le miroir noir

     

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    La jeunesse jaillissant des vagues

    Le port d’Arromanches

    C’est un lieu que j’ai beaucoup aimé, moins lourd et triste, et complètement spectaculaire : ici, on ne commémore pas un sacrifice, mais une prouesse technique incroyable. Les Alliés avaient besoin d’un port dans une zone sûre, sans combattants ennemis, or l’occupant restait maître de tous les ports existants au début du débarquement. Qu’à cela ne tienne : ils allaient construire un port de toutes pièces, à Arromanches. Des blocs de béton énormes ont été rapportés d’Angleterre, conçus pour flotter jusqu’à ce qu’on ouvre des vannes, qu’ils se remplissent d’eau, et forment une gigantesque digue artificielle de 9 kilomètres de long, protégeant les navires alliés, permettant le ravitaillement et l’amarrage. C’est incroyable d’imaginer ce que le génie allié a pu bâtir ici – c’est une vision fabuleuse. Aujourd’hui, il ne reste que quelques morceaux du port d’Arromanches, quelques morceaux de digues jaillissant de l’eau bleu, mais c’est assez pour être fasciné par la prouesse, et par la beauté du paysage.

    Le circuit guidé des plages du débarquement : plongée au coeur de l'histoire. Pointe du Hoc, Omaha Beach, Arromanches, mémorial de Caen.
    Vous discernez à l’horizon les ruines du port d’Arromanches, blocs abandonnés aux marées

     

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    Quelques blocs qui demeurent.

    Le mémorial de Caen

    Après les plages de débarquement, j’ai visité le Mémorial lui-même, le fabuleux « musée pour la paix » de Caen, qui m’a profondément marquée. C’est un musée d’une qualité extraordinaire, et qui vous plonge vraiment en immersion au cœur de l’histoire douloureuse du XXe siècle, avec des centaines d’images et de films d’archive, et une scénographie extrêmement puissante et bien faite. J’ai été impressionnée par le nombre d’images et de films, la sensation d’immersion totale. On est là, on y est, et c’est terrible.

    Le plus impressionnant, c’est la « spirale de la guerre », au cœur du bâtiment. Elle m’a hantée plusieurs jours après ma visite, et un ami allemand m’a dit y repenser encore souvent, plus de dix ans après la sienne. On descend, avec musique, sons et films d’archive, au coeur de la guerre. Cela commence en 1918 à l’armistice, on traverse les années 20, la rapide descente de l’insouciance vers la menace, puis vient la montée des totalitarismes… et la déclaration de guerre. On entre alors au coeur des combats, du quotidien des civils, et de l’horreur suprême de la Shoah. Tout au fond de la spirale, on est au plus noir de l’horreur, dans les camps, sur les champs de bataille, avec ceux qui meurent par millions. C’est tellement fort et authentique…

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    Dans la spirale de la guerre.

    J’ai été très marquée par les salles consacrées au débarquement en Normandie. On voit des images d’archive spectaculaires, filmées le 6 juin sur la plage d’Omaha (mais qui tenait la caméra, qui a documenté ça ? c’est incroyable de voir ça… comme dans les films, sauf que tout est réel). On voit les soldats alliés avancer dans l’eau, et tomber par centaines, fauchés par l’artillerie ennemie. On voit les bombes tomber sur la Normandie. C’est oppressant, atroce, et pourtant on ne peut pas détourner les yeux – je ne savais même pas que de telles images existaient.

    Une autre scénographie retrace la guerre froide, la course nucléaire, le rideau de fer, toute l’histoire de l’Europe divisée de 45 à 89. La salle consacrée à la bombe atomique, avec films d’époque et décor à la Kubrick, est particulièrement marquante. Puis vous êtes ramenés en Union Soviétique, avec un avion de chasse russe, des intérieurs de l’Est, et toujours films, images, qui rendent tout si proche, si poignant.

    Le circuit guidé des plages du débarquement : plongée au coeur de l'histoire. Pointe du Hoc, Omaha Beach, Arromanches, mémorial de Caen, cimetière américain de Colleville.
    Un avion soviétique, un MIG (comme dans Top Gun, pour ceux à qui ça rappelle des souvenirs)

    J’ai aussi visité le bunker allemand, qui retrace l’histoire de l’occupation vue de l’intérieur – du point de vue de l’ennemi. Je n’ai pas tout vu, et je sais avoir manqué plusieurs expositions passionnantes, notamment sur l’antisémitisme. Mais au bout d’un moment… je ne pouvais plus. La surcharge émotionnelle était trop forte.

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    Dans le bunker.

    Et quand cela devient trop dur, trop lourd, vous pouvez vous réfugier dans les magnifiques jardins du mémorial, sous les cerisiers en fleurs. Ces jardins sont accessibles à tous, et ils sont aussi beaux et paisibles que la guerre a été atroce. Des bassins et une cascade suggèrent le repos, la sérénité.

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    Depuis les jardins.

    Un mémorial pour la paix, pour l’avenir

    Cette journée sur les plages et au mémorial restera sans aucun doute mon souvenir le plus poignant, le plus marquant, et j’ai été profondément touchée par ce que j’ai vu et entendu hier. A vrai dire, je m’en suis un peu voulue de ne pas avoir vu ce musée et ces sites avant. Je pense qu’ils sont un témoignage exceptionnel et unique de l’histoire de notre pays, et que tout le monde devrait s’y rendre au moins une fois. La fragilité de la paix, la chance inouïe que nous avons de vivre dans une Europe unie et soudée, la pente fatale du nationalisme, du racisme et de la haine, on la ressent plus que jamais là-bas.
    J’ai beaucoup pensé à la Syrie au cours de cette journée, écrasée par l’incompréhension : comment se fait-il qu’ils vivent aujourd’hui encore ce que nous avons vécu il y a soixante ans, que l’horreur perdure, que l’histoire se répète ? Il n’y a rien de pire que la perte de mémoire, et l’oubli du mal. Souvenons-en toujours : il n’y a rien de plus précieux, de plus beau, que la vie et la paix…

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    Dans les jardins du mémorial.

    Emmenez vos enfants, vos amis, votre famille au mémorial de Caen. C’est une prodigieuse leçon de citoyenneté.

    Le circuit guidé des plages du débarquement et le mémorial de Caen : infos pratiques

    Le Mémorial de Caen

    Le mémorial, ou musée pour la paix, est situé à Caen, et ouvert toute l’année sauf en janvier, période de fermeture annuelle. Pour retrouver les horaires, les tarifs et les différents combinés proposés (par exemple le ticket combiné avec le cinéma panoramique d’Arromanches), regardez ici.

    Le circuit guidé des Plages du débarquement organisé par le Mémorial

    Les plages du débarquement, le cimetière, les batteries, etc, sont en accès libre : vous pouvez choisir de les visiter par vous-mêmes, si vous disposez d’une voiture pour aller d’un lieu à l’autre. Il est tout à fait possible de voir Omaha Beach, le cimetière américain, le port d’Arromanches, etc, par soi-même. Néanmoins, j’ai ressenti l’immense bénéfice du circuit guidé organisé par le Mémorial, et j’ai l’impression d’avoir beaucoup mieux compris, appris, ressenti les lieux grâce à eux.  J’ai eu la chance de partir en visite guidée et de voir avec un guide du Mémorial, passionné et passionnant, la Pointe du Hoc, Omaha Beach, le cimetière américain et le port d’Arromanches, et je ne regrette pas une seule seconde d’avoir fait ce choix : c’est la qualité de la visite et des explications du guide qui ancrent cette journée profondément dans mon souvenir. J’ai eu un guide extraordinaire, avec qui j’ai compris mieux que jamais la Seconde guerre mondiale, ses moments clefs, ses combats, ses lieux symboliques. Les hommes et les femmes qui ont livré cette lutte reprenaient vie à travers ses mots.
    Même si le sujet est lourd, et que je suis assez sensible au sujet donc très émue, la visite n’était pas du tout conduite de façon triste. Au contraire, le guide passionné sur son sujet avait à coeur de désamorcer parfois la tension émotionnelle en racontant des anecdotes drôles (par exemple l’histoire de ces faux parachutistes anglais, utilisés pour faire diversion, des boîtes à musique qui crient des insultes en anglais quand elles touchent le sol), en évoquant la vie quotidienne des civils, et la façon dont elle continue, malgré tout, malgré la guerre. J’ai beaucoup aimé la façon dont il a su conduire cette visite.

    Il existe différents circuits : des visites de trois, cinq heures, une demi-journée, une journée, en français, en anglais ou dans une autre langue. Il est même possible d’être récupéré à la gare de Caen (ou en centre-ville) en début de journée, et ramené à la fin. Les options sont multiples.

    Combien de temps pour visiter le mémorial et pour le circuit des plages ?

    J’ai tout fait en une journée, parce que ma façon de voyager exige d’être un peu « stakhanoviste » : beaucoup de choses à voir, à photographier, à raconter. Il est possible de faire le circuit guidé le matin, et de voir le mémorial l’après-midi. Néanmoins, si vous avez le temps, je vous conseille de consacrer une journée entière au moins aux plages (j’en aurais pris deux si j’avais pu), et au moins une longue demi-journée au Mémorial. Vous pouvez passer la journée entière au Mémorial sans problème, il y a énormément de choses à voir, et vous y trouverez trois restaurants pour le midi (j’ai mangé à La Terrasse et c’était super bon, une pause bienvenue dans une journée émotionnellement intense). Prenez le temps de vous reposer dans les jardins si vous avez besoin d’une pause.
    Si vous voulez consacrer beaucoup de temps aux plages du débarquement (qui le méritent), sachez que vous trouverez partout de petits musées privés qui exposent des souvenirs, des chars, des tanks, racontent des histoires personnelles, etc. Cela peut valoir le coup. Certains Américains consacrent une semaine entière à la découverte des plages, du mémorial, des musées, des lieux de mémoire, etc.

    Un autre musée à voir : le mémorial de Falaise

    Quand je reviendrai en Normandie, j’irai absolument à Falaise. Tout d’abord pour son château médiéval, le château de naissance de Guillaume, paraît-il remarquablement conservé. Mais aussi pour un nouveau musée, le Mémorial des Civils dans la Guerre, qu’on m’a dit passionnant et poignant. Saviez-vous que la Seconde guerre mondiale a fait encore plus de victimes civiles que de pertes militaires ? Que les civils sont souvent en première ligne dans les conflits, et paient un terrible tribut ? Ce musée raconte l’histoire des citoyens happés dans la Seconde guerre mondiale et leur rend hommage, avec le même souci du détail et de l’exactitude historique que le Mémorial de Caen. J’irai sans faute la prochaine fois.
    Plus de détails sur le site du mémorial de Falaise.

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    Le fleuve histoire qui se jette au milieu des jardins…

    Merci à Laura et Mario pour leur accueil au Mémorial et sur le circuit guidé des plages du débarquement, pour le temps qu’ils m’ont consacré et pour la qualité exceptionnelle de la visite, dont je me souviendrai très, très longtemps.

    Le circuit guidé des plages du débarquement : plongée au coeur de l'histoire. Pointe du Hoc, Omaha Beach, Arromanches, mémorial de Caen, cimetière américain de Colleville.
    Epinglez moi.