Beaux points de vue sur le Mont Saint Michel
Merveille de l’Occident, abbaye de toutes les légendes, silhouette qui s’élance au-dessus des brumes marécageuses : l’aura de l’exceptionnel nimbe le Mont Saint Michel. Cela faisait plus de vingt ans que je rêvais de retourner dans ce lieu mythique entre tous, revoir cet enfant du rêve et de la foi que la mer vient enlacer. Venez avec moi à travers le brouillard et le songe, nous remontons le temps.

Cet article fait partie de la série #EnFranceAussi, un guide de la Baie du Mont Saint Michel est à gagner en fin d’article.
Le Mont Saint Michel, ou comment je suis devenue gothique
Le Mont Saint Michel… Un souvenir d’enfance que je couvais depuis plus de vingt ans, un rêve que je voulais revivre. Je vous avais dit tout ignorer de la Normandie, savoir à peine la situer sur une carte et n’en avoir jamais rien vu : c’était vrai, à une exception près.
Quand j’avais quatre ans, mes parents m’avaient emmenée passer la journée au Mont Saint Michel, et c’est un des premiers souvenirs de voyage qui m’avaient marquée. Je me revois découvrir les ruelles luisantes de pluie, écouter ma mère me parler des sables mouvants et me raconter l’histoire de l’archange, admirer la vue perchée sur les épaules de mon père. Imaginez ce que c’est, pour une gamine curieuse à l’imagination débordante, de découvrir un château posé sur une île, entouré par des marées galopantes, et d’y voir le combat apocalyptique du Bien et du Mal changé en dragon.

J’ai une confession à vous faire, amis lecteurs : dans mon petit cœur, je suis sérieusement gothique. Mon cerveau est un château bordé de douves profondes dans lesquelles nagent des monstres innommables, planté de ronces et de tombes fissurées par les incantations, peuplé d’âmes en peine et de mariées sanglotantes. J’ai retrouvé récemment une nouvelle rédigée quand j’avais sept ans, qui raconte l’histoire d’une princesse kidnappée par des adorateurs de Satan et enfermée dans des catacombes sordides. (Je suis très reconnaissante envers mes parents chéris de ne pas m’avoir envoyée chez le pédopsychiatre. Ils pourraient écrire un manuel « Ma fille dessine des pentagrammes sur son cahier de géométrie, mais tout va bien. » A part ça, j’étais une gamine gentille et obéissante, juste un peu torturée dans sa tête et qui entendait des voix la nuit, vous voyez.) A une époque de ma vie, la période bénie de l’adolescence, mon apparence a été raccord avec mon Moi profond, et j’avais des colliers cercueils, des bottines chauve-souris et du khôl jusqu’à l’arcade. Je me suis visuellement calmée, car le total look vinyle et dentelle quand on randonne sous le soleil du midi, c’est pas très pratique, mais à l’intérieur, je suis toujours team Morticia. (Occasionnellement encore, un invité débarque chez moi à l’improviste, et il me trouve en train de lire du Lovecraft en écoutant le Requiem de Mozart. Ça met l’ambiance.) Et parfois, je me demande si tout n’a pas commencé au Mont Saint Michel. Le Mont Saint Michel : un laboratoire pour bébés gothiques.

Lucifer, l’archange et le cheval au galop
Peu de lieux en France sont chargés d’une mythologie aussi romanesque et mystique. Le Mont Saint Michel, c’est Donjons et Dragons, littéralement. Emmener une gamine à l’imagination fertile sur ces terres à sortilèges, c’est incuber des bébés vampires.
Là-bas, l’histoire se mêle sans cesse à la légende. Les gens de l’office du tourisme essaieront de mettre de l’ordre dans tout ça, parce que c’est leur boulot de calmer les cerveaux excités comme le mien, de mettre un peu d’histoire dans le mythe, de dire « eh oh, on arrête les hallucinations mystiques ». Mais il n’y a rien à faire : le Mont Saint Michel, c’est de l’ecstasy caché au milieu des hosties, ça résiste à toute tentative de sobriété.

Tout commence par l’histoire de l’archange qui a donné son nom au Mont : Michel, le prince des anges. Durant la guerre entre les anges (va réviser tes apocryphes, petit catéchumène : Apocalypse 12,7), Michel terrasse Lucifer, qui a pris la forme d’un monstrueux dragon. Michel abat son glaive foudroyant sur le serpent diabolique, vainc le Mal et ramène la paix dans les cieux. (Je vous avais dit que c’était Donjons et Dragons). Satan est précipité au fond de l’infernal abîme. Michel est un messager divin, un guerrier lumineux. Et quel endroit plus évocateur que le Mont pour y fonder une abbaye à la gloire de l’archange ?
Ce Mont que les Anciens appelaient « le Mont Tombe » (ça commence bien #alertegothique) était déjà un lieu de culte druidique à l’époque celte (youpi ! #alerte gothique très foncée), un lieu chargé de mystère et de magie. On imagine sans peine le dragon satanique tordu aux pieds de Michel dressé sur le rocher, transpercé par sa lance rédemptrice. Mais qui a eu l’idée de construire l’abbaye Saint Michel dans ce lieu ? C’est là que la légende s’emballe (#alerte gothique carabinée, noire comme les funèbres ténèbres d’une nuit sépulcrale où on écoute The Cure au bord d’une pierre tombale moussue).

Saint Aubert d’Avranches était un évêque du IXe siècle de notre ère, pétri de religiosité mystique et habité par de puissantes visions nocturnes. En rêve, il voit l’archange Michel vaincre le Démon sur le Mont Tombe, et se convainc que la guerre des anges s’est jouée au milieu des pommiers de Normandie. En rêve, il entend Michel l’enjoindre d’édifier une abbaye en son honneur. Sur le Mont Tombe ? L’évêque refuse d’y croire. Ce lieu maudit, envahi par les brumes, couvert d’épines féroces et battu par les vents tournoyants ? Aubert pense que son esprit lui joue des tours, et refuse par deux fois d’obéir à l’ordre de Michel qui le visite en songe. La troisième fois, Michel décide de sévir. (Attention, amis pédagogues, cette punition n’est PAS approuvée par l’Education Nationale.) Il enfonce donc son doigt sur la tempe de l’évêque rétif, et lui imprime dans le crâne la marque brûlante de son courroux, afin de le convaincre de la véracité de la vision. A son réveil, Aubert va illico chercher son mortier et sa truelle (on le comprend). La construction de l’abbaye magique, suspendue entre mer et vertige à la pointe d’un rocher escarpé, commence alors.


C’est le moment où j’introduis une petite dose de faits historiques avérés : la construction commence par une église romane, Notre-Dame-Sous-Terre (ça ne s’invente pas). C’est seulement au XIIIe siècle que s’élèveront les flèches gothiques et le cloître qui dessinent aujourd’hui la silhouette fabuleuse du Mont – c’est cette partie de l’abbaye qu’on nomme la Merveille, un nom qu’elle mérite mille fois. La Merveille est une prodigieuse citadelle du vertige, dressée sur la pointe des pieds au-dessus des sables mouvants, où le vent s’engouffre et hurle mille histoires terribles.

Car la légende noire du Mont ne s’arrête pas ici. On dit qu’ici, la marée court à la vitesse d’un cheval au galop, noie l’estran sous sa noire cavalcade, et surprend les marcheurs imprudents. On raconte les histoires de pèlerins enlisés dans les marais, les jambes emprisonnées par la fange humide, et que la mer sournoise vient recouvrir. Après la Révolution, le Mont fut une prison – on raconte l’histoire de cachots inférieurs noyés par la marée, de prisonniers qui agonisent la bouche pleine d’eau froide et salée dans leurs geôles inondées. (Invitez moi en soirée, je mets l’ambiance.)
Il paraît que les histoires sont quelque peu exagérées. Mais j’ai lu que le marnage (la différence entre la hauteur d’eau maximale à marée haute et à marée basse) atteignait parfois… treize mètres. Treize mètres, vous imaginez le nombre d’Atlantides qu’on peut engloutir avec ça ? Lors des grandes marées, le Mont Saint Michel redevient une île, coupée du monde par le flot. Et le clapotis des vagues répond à l’écho des morts…

Le Mont Saint Michel habite mon imaginaire depuis toujours. J’avais été fascinée par ma première visite, à l’âge de quatre ans, et je n’avais cessé d’en reparler à mes parents. Ado, j’avais écrit un long poème gothique qui se passait au Mont Saint Michel (l’histoire d’une femme noyée par le retour de la marée, qui revenait hanter son mari infidèle – c’était super guilleret, carrément désopilant). C’est pourquoi je craignais presque d’y retourner : comment se confronter à un souvenir d’une telle force ? Mais le Mont Saint Michel ne craint rien. Il se tient à la hauteur de mon idolâtrie. Sous le soleil d’un jour d’avril radieux, au crépuscule ou dans les brumes ensorcelantes du lever du jour – il est le rêve fait pierre, la légende vivante, et je sais que j’y reviendrai encore. Et la prochaine fois, je ressortirai mes bracelets à pics et mon khôl ultra noir. Tu m’as rendue gothique à l’âge de quatre ans, Mont Tombe, Mont Magique, tout est de ta faute – merci !

Les plus beaux points de vue sur le Mont Saint Michel
Les prés salés
Avant de m’approcher du Mont, je l’ai aperçu pour la première fois au loin, par-delà les prairies salées que tondent les moutons. J’ai adoré cette vision lointaine, comme si le Mont n’était qu’un mirage…

Comment y accéder : rentrez dans Google Maps « Le Gué de l’Epine, 50300 Le Val-Saint-Père ». J’ai découvert après coup que c’est l’endroit parfait pour admirer le soleil couchant sur le Mont, car votre vision est orientée vers l’Ouest, vous aurez donc sur une même photo le ciel enflammé et le Mont qui se détache sur lui.

Un autre point de vue magnifique, orienté vers l’Ouest, est la Pointe du Grouin du Sud, 50300 Vains. J’ai dû faire des choix et je n’ai pu m’y arrêter – mais là-bas, vous aurez une vue superbe sur toute la baie.
S’approcher du Mont : navettes, parking
J’ai adoré rouler vers le Mont, et le voir se détacher au-dessus des champs de colza en fleur. C’est ici le moment d’expliquer comment se passe l’accès au Mont Saint Michel.

Se garer : Il est désormais impossible de se garer au pied du Mont, la zone est protégée. Vous devrez vous garer à l’extérieur de l’enceinte matérialisée par des barrières. Vous aurez ensuite le choix : marcher vers le Mont (40 minutes environ), ou emprunter des navettes qui roulent toute la journée à intervalles très fréquents, jusqu’à minuit. Si vous n’avez pas de souci de locomotion, je vous recommande la marche : cette route qui chemine vers lui est magnifique.



Les hôtels avec vue sur le Mont Saint Michel
Quelques hôtels sont situés dans la zone protégée, face au Mont, au bord de la route qui y mène. L’hôtel qui m’a le plus séduite est le Relais Saint Michel, qui offre des vues spectaculaires sur le Mont. Je n’y ai pas dormi, car il était complet (réservez longtemps à l’avance !), mais j’ai mangé dans son restaurant avec terrasse panoramique.

Sachez que vous trouverez également quelques hôtels sur le Mont lui-même, notamment l’hôtel mythique La Mère Poulard. Personnellement, j’ai préféré dormir en dehors du Mont, et avoir vue sur lui – mais certains m’ont dit adorer l’avoir à eux tous seuls, tard le soir ou tôt le matin…

Le barrage sur le Couesnon
Juste avant d’emprunter la route qui mène au Mont, vous trouverez sur votre gauche une digue : le barrage sur le Couesnon. Les points de vue sur le Mont Saint Michel offerts par cette digue sont extraordinaires. C’est ici que j’ai photographié le lever du soleil brumeux.

Traverser la baie avec un guide
C’est quelque chose que j’aimerais faire le jour où je reviendrai en Normandie : traverser la baie du Mont Saint Michel à pied, avec un guide. J’ai vu des groupes cheminer dans les marais, et voir le Mont autrement, conquérir des points de vue uniques, et retrouver l’expérience du pèlerin, pieds dans le sable et la boue, le regard vers le ciel. J’adorerais vivre ça à mon tour.

#EnFranceAussi
Cet article appartient à la série En France Aussi, un projet créé par des blogueurs amoureux des beautés de notre pays. Le thème du mois de mai était « Patrimoine religieux », et vous pouvez gagner un guide Gallimard… de la baie du Mont Saint Michel (vous avez vu comme je suis raccord). Pour participer, laissez un commentaire dans le groupe Facebook En France Aussi en mentionnant mon blog !

A suivre sur le blog de voyage Itinera Magica : Cabourg et la côte fleurie, Jersey, l’Estérel, une plage secrète, le Maroc et la Californie. Vous vous inscrivez à la newsletter ?
Si vous aimez les histoires gothiques, je vous propose un de mes articles préférés, une vraie histoire d’horreur : Le voyage dont j’ai failli ne jamais revenir.



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