On dit souvent des Dolomites qu’elles comptent parmi les massifs les plus spectaculaires et saisissants des Alpes. Mais c’est à l’automne que je les aime le plus, embrasées par un incendie de mélèzes dorés, rougies par la saison de toutes les flamboyances. Je vous propose une promenade photographique dans les Dolomites à l’automne, un road trip au hasard des lacs et des pics, pour célébrer le beau mois d’octobre, et vous dire tout mon amour pour le pays éternel des Alpes.




Alpenland, le pays des Alpes
Les Dolomites à l’automne – Les Dolomites en octobre – L’automne dans les Dolomites
Je me demande parfois pourquoi personne n’a eu l’idée d’élever les Alpes au rang de religion. Chaque sommet serait un Dieu et chaque alpage, chaque vallée, chaque virage, chaque col son autel, et les randonneurs et alpinistes autant de pèlerins en dévotion venus vénérer le sublime et le mystère. Il y a des millénaires, à ces époques révolues que la marée des siècles a dévorées, nos ancêtres celtes le savaient déjà : le mot « alp » évoquait un monde de lumière, un monde supérieur, où vivraient les Dieux dans ces hauteurs menaçantes interdites au commun des mortels. Les Alpes ont toujours été des lieux hors du monde, royaumes du sublime, du vertige ou de la mort, qu’on évitait à moins de chercher Dieu ou sa destinée.

Si vous avez lu mes articles sur Chamonix, le Vercors ou encore les plus beaux lacs de Bavière, vous savez que les Alpes sont à mes yeux un des lieux les plus magiques, les plus précieux qui existent sur Terre.
Au-delà de leur beauté, c’est aussi leur statut de cœur de l’Europe qui me fascine, à la fois barrière et trait d’union. Les Alpes courent sur six pays, huit si vous comptez Monaco et le Liechtenstein : France, Suisse, Italie, Allemagne, Autriche, Slovénie. Nombre de sommets sont transfrontaliers : au Mont Blanc, on est d’un côté en France, de l’autre en Italie, au Zugspitze, d’un côté en Allemagne, de l’autre en Autriche… Les arrêtes tranchantes rompent et emmêlent les frontières, les barrières culturelles se brouillent dans les blizzards des cimes. Au cœur des aiguilles effilées, quelle loi s’applique, quelle langue parle-t-on, quelle police ira faire régner l’ordre ? Quelle armée ira assoir sa souveraineté sur les glaciers à plus de 4000 mètres d’altitude ? La montagne est un monde à part, gouverné par ses lois propres et souverainement indifférente à celles des hommes des plaines.
Au cours de l’histoire, les régions alpines changent sans cesse de maître, sans que les ermites, les chamois et les edelweiss puissent en être informés. Une région passe sous le contrôle du pays voisin, mais les Alpes restent des enclaves où le temps s’écoule autrement. C’est pour cela que nombre de bizarreries linguistiques persistent dans les Alpes. Dans le val d’Aoste, on est en Italie, mais on parle français ; dans le Tessin, on est en Suisse, mais on parle italien ; dans les Dolomites, on est en Italie, mais on parle allemand… L’histoire hoquète sur les cahots des routes alpines. Les Alpes ne connaissent pas les frontières. Elles ont leur propre culture, leur propre langue de glace, de soleil et de bois nu. J’ai vu tous les pays de l’arc alpin et j’ai retrouvé partout les mêmes traditions, le même type de coutumes, de maisons, de sculptures, de saints, de chants, de nourriture. C’est une petite Europe au sein de l’Europe, une Europe qui n’a attendu personne pour se savoir unie.

Les Allemands ont un mot magnifique pour désigner l’ensemble des régions qu’embrasse l’arc alpin : Alpenland, le pays des Alpes. Comme souvent, la langue allemande a raison. Oui, c’est bien un pays à part entière, préservé par le relief et la solitude du cours ordinaire des choses. Un pays dont je me sens profondément citoyenne chaque fois que je franchis le premier col et entre au cœur des Alpes. Qu’importe que je parle français, allemand ou italien, puisque le silence se fait quand le jour rouge vient mourir sur le miroir des cimes, comme quand on entre dans une église en messe. La langue des Alpes est neige et lumière, beauté et dévotion. Silence, la splendeur du monde se révèle…

La plus belle église des Dolomites, à l’automne : Sankt Johann
Vous l’avez sans doute vue mille fois sur Instagram, et pourtant sa beauté ne s’érode jamais : l’église Sankt Johann (en allemand) ou San Giovanni (en Italie) in Ranui, à Val di Funes. Dédiée à Jean, le plus fiévreux et prophétique des évangélistes, apôtre chéri de tous les mystiques, elle est isolée dans un écrin de sapins et de montagnes qui sied à son saint patron. Au-delà de son cadre grandiose, je l’aime pour ce qu’elle symbolise de la culture tyrolienne. La région des Dolomites, le Tyrol du sud, était autrichienne jusqu’à la première guerre mondiale, et le temps semble s’y être arrêté. L’église Sankt Johann, avec son bulbe ultra baroque, ses fresques colorées et trompe-l’œil sur le plâtre blanc, son intérieur de bois ouvragé, incarne à elle toute seule une aire culturelle bien précise.


Historiquement, le Tyrol était une vaste région culturelle s’étendant sur les pays qu’on nomme aujourd’hui Bavière, Autriche et Dolomites. Si vous connaissez les châteaux de Bavière, vous constaterez la ressemblance frappante entre Sankt Johann et la célèbre petite église au pied de Neuschwanstein, à Schwangau en Bavière. Le dialecte sud-tyrolien est d’ailleurs très proche du bavarois : c’est la même culture, mains jointes par-delà les sommets. La persistance de cette proximité me touche, car la culture tyrolienne est une des plus authentiques et emblématiques du pays des Alpes. C’est à elle qu’on doit le « jodl » (le chant des montagnes), les culottes de peau, et un art consommé de la sculpture sur bois. Aujourd’hui encore, dans l’art traditionnel alpin, les sculpteurs les plus doués et précis viennent soit d’Oberammergau (en Bavière), soit des Dolomites. Prenez le temps d’explorer le village autour de l’église – vous y retrouverez ces artisans talentueux, ces maisons sculptées, ce charme immense des Alpes tyroliennes. Juste à côté de l’église, l’hôtel Ranuihof vous accueille dans une maison traditionnelle tyrolienne, avec produits régionaux, fromages réputés et artisanat de qualité. C’est une adresse que je recommande pour une expérience tyrolienne à la fois authentique et confortable.


Road trip et randonnées dans les Dolomites à l’automne
Ce que j’ai aimé par-dessus tout dans les Dolomites à l’automne, c’est juste le plaisir de rouler, sans but et sans précision, au gré des virages. La beauté de la saison est si évidente, si lumineuse, que chaque vision mérite l’émerveillement. Je me suis laissée porter au bonheur des Dolomites. Mais pour vous, je tente de citer quelques lieux précis.
J’ai particulièrement aimé la route du Passo Falzarego, avec ses courbes adorées des motards et le paysage magnifique au sommet du col, avec son église solitaire et son hôtel de voyageurs.


J’ai adoré rouler sur l’Alpe di Siusi, l’alpage de plus haute altitude d’Europe, et trouver ces villages où on parle encore le ladin, une des langues oubliées des Alpes.


Une des routes les plus célèbres, c’est celle qui mène aux pics emblématiques des Dolomites, les Tre Cime di Lavaredo ou Drei Zinnen. Attention, elle est située au cœur d’un parc national et payante (une trentaine d’euros), mais je trouve qu’elle mérite cette dépense – je dois avouer que j’ai autant aimé la route menant aux trois sommets, avec sa myriade de lacs sublimes, notamment le lac de Misurina, que la randonnée en elle-même.






Parmi les autres aiguilles célèbres, on citera encore le groupe dit de Rosengarten, et les Cinque Torri. Comme les Tre Cime, ces sommets sont emblématiques des Dolomites car géologiquement archétypiques : il s’agit de pierre claire, presque blanche et très friable, ce qui favorise la création de ces formes effilées, de ces arrêtes affinées par les effondrements successifs. La roche des Dolomites est toute sa richesse, elle a sculpté ces paysages de carte postale. La randonnée des Cinque Torri est facile et belle, j’ai adoré faire le tour de ces cinq pics majestueux.



Mais j’avoue avoir encore davantage aimé un monde moins minéral, plus boisé, plus humide. Ce que j’ai préféré dans les Dolomites à l’automne, ce sont les lacs.
Les lacs des Dolomites à l’automne : splendeur et mise en garde
Ils font partie des incontournables absolus de tout voyage aux Dolomites : ses lacs, ses lacs miroir où se reflètent les sommets lunaires et les forêts chatoyantes, ses lacs qui décuplent le ciel et les montagnes.

Les couleurs de l’automne rendent la peinture plus belle et colorée encore. Mais je me dois aussi de vous mettre en garde : l’automne vide les lacs des Dolomites et vous risquez d’en trouver certains presque à sec. Il s’agit de lacs issus de la fonte des neiges et des glaciers, dont le niveau d’eau maximal est atteint au début de l’été. Fin octobre, date de mon voyage, nombre de lacs étaient presque vides. C’était au Lago di Sorapis, connu pour sa couleur bleu laiteuse extraordinaire, que l’effet s’est le plus fait ressentir : ce n’était plus un lac, c’était une flaque, presque entièrement à sec. Après 3h de randonnée, inutile de dire que c’est un petit peu décevant, même si la randonnée elle-même était de toute beauté, avec ses balcons surplombant la forêt multicolore.

Si vous voulez vérifier le niveau d’eau des lacs des Dolomites au moment de votre voyage, je vous conseille d’utiliser Instagram : cherchez parmi les localisations le lac qui vous intéresse, et regardez les photos les plus récemment postées. C’est la meilleure façon d’avoir une image en temps réel. C’est comme cela qu’après la déception du Lago di Sorapis, j’ai renoncé à faire le détour pour aller voir le Karersee ou Lago di Carezza, sublime en été mais pratiquement vide au moment de mon séjour.
En revanche, l’iconique Lago di Braies ou Prager Wildsee n’était pas affecté. Avec ses barques, ses cabanes et son reflet parfait, ce lac est souvent cité parmi les plus beaux lacs des Alpes. Mon budget était serré au moment de ce voyage, mais si vous pouvez vous le permettre, je vous conseille absolument de dormir à l’hôtel Lago di Braies, hôtel historique et luxueux au-dessus du lac. Cela rendra votre séjour encore plus romantique et idyllique, surtout si vous venez hors saison : en été, ce lac est pris d’assaut, mais fin octobre, il n’y avait presque personne. Les Dolomites à l’automne, c’est une bonne façon de se réapproprier une destination très touristique.


J’ai aussi adoré le Dürrensee ou Lago di Landro, le lac de Misurina, et d’autres lacs anonymes vus sur la route des Tre Cime. Je n’ai pas eu le temps d’aller voir un autre lac populaire et apparemment superbe des Dolomites, le Lago del Ghirlo, dans la province de Belluno.

Voir les couleurs d’automne dans les Dolomites : quand partir ?
Octobre dans les Dolomites – Dolomites en octobre – Dolomites à l’automne
Je suis venue dans les Dolomites la dernière semaine d’octobre, ce qui était un petit peu tard : les couleurs avaient dépassé le pic de leur flamboyance, nombre de feuilles étaient déjà tombées. Les dates varient d’année en année, en fonction de la sécheresse de l’été et de la précocité de l’hiver, mais de façon générale, je dirais que mi-octobre est la période idéale pour voir les couleurs d’automne dans les Dolomites. De plus, les prix auront déjà baissé, la saison touristique estivale étant terminée. Mais n’attendez pas novembre : les pluies de la Toussaint font souvent chuter les feuilles…

Un hôtel pas cher dans les Dolomites à Cortina d’Ampezzo
Je vous l’ai dit, je cherchais à ne pas trop dépenser lors de ce voyage, et j’ai été ravie de tomber sur un hôtel beau et confortable à 50 euros la nuit (tarif de fin octobre, hors saison) : le Sporthotel Pocol à Cortina d’Ampezzo. Cortina, ancienne station olympique, est idéalement située au cœur des Dolomites et permet de rayonner facilement dans le massif, avec le parc naturel des Tre Cime et le Lago di Braies à l’est, et le Puez Odle, le Val Gardena et le Val di Funes à l’ouest. Le Sporthotel Pocol est plus cher en été et en hiver (saison de ski), mais à l’automne, entre deux saisons, les tarifs tombent à 50 euros/nuit pour une chambre douillette et typique avec une vue sublime sur les montagnes. Un bon plan que je vous recommande.



J’espère vous avoir donné envie d’explorer les Alpes à la plus belle saison. Vous connaissez mon amour des lacs de montagne – après avoir rêvé du Lago di Braies, je vous propose de continuer le voyage avec moi en découvrant le Königsee en Bavière et le lac de Côme en Italie. Il manque à ma liste des plus beaux lacs des Alpes le lac d’Annecy en France et le lac de Bled en Slovénie, mais cela tombe bien, je compte vous parler des deux très bientôt. Inscrivez-vous à ma newsletter pour ne rien manquer ?




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