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Catégorie : Voyages rêvés

  • Des livres qui vous font voyager

    Que faites-vous quand l’hiver change les forêts en camaïeu de gris, quand Paris ressemble à la Sibérie et qu’à Marseille le mistral hurle sur le parvis ? Vous vous évadez très loin de la boue et du froid : vous prenez soit un avion, soit un livre. Après avoir choisi la première option sous le soleil de Martinique, je découvre désormais les délices de la vie casanière : je laisse mes chats me recouvrir d’une immense fourrure vivante, et je bouquine au milieu des ronrons.

    Voici donc une petite sélection des livres qui m’ont fait voyager ces derniers temps, de la Provence au bout du monde, agrémentés de quelques chats. Et parce qu’aucun manuscrit ne sortirait jamais de son tiroir sans le talent et la persévérance des éditeurs, cet article se veut aussi une collection de maisons d’édition de voyage stimulantes et exigeantes, qui méritent qu’on s’y intéresse.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Séance évasion & ronrons.

    L’âme des peuples : des livres de voyage qui rendent intelligent

    Collection L’âme des peuples, aux éditions Nevicata. De très nombreux titres disponibles : villes, pays, régions…

    C’est sans aucun doute une des collections de voyage les plus originales et intéressantes du moment. Ce sont de petits livres, ils se glissent dans une sacoche, ils coûtent moins de dix euros, et se lisent vite – et pourtant, quelle richesse ! Pour chaque destination représentée dans la série, L’âme des peuples ne propose ni un guide de voyage, ni un récit d’exploration classique. Il s’agit plutôt de saisir ce qui fait la singularité de chaque territoire, et de comprendre les gens qui l’habitent. Le livre s’ouvre toujours sur un petit essai très personnel, par quelqu’un qui connaît bien le pays, et qui mêle réflexions personnelles, histoire, culture et politique pour en dresser un portrait nuancé et riche. Puis suivent trois entretiens qui enrichissent et précisent certains aspects – spécialistes, artistes ou grandes figures locales évoquent et analysent ce territoire.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Une petite partie de la collection L’âme des peuples. Source : site de Nevicata.

    J’ai déjà lu une dizaine de livres de la collection, et je les ai tous aimés, mais s’il fallait n’en citer qu’un seul, sachez que j’ai dévoré Japon : L’empire de l’harmonie, de Corinne Atlan. Ce n’était a priori pas la destination qui m’attirait le plus, mais la puissance évocatrice de l’auteure, entre visions poétiques et observations très fines et justes sur l’ethos japonais, m’a donné follement envie de me perdre dans un Japon secret et millénaire, au cœur des montagnes bleues.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Japon, l’empire de l’harmonie : un texte superbe.

    La collection est déjà vaste, et ne cesse de s’agrandir – vous trouverez forcément votre bonheur. Je vous reparlerai bientôt de L’âme des peuples, affaire à suivre !

    Voyage dans le Japon d’autrefois

    Japon : Carnets d’un explorateur au pays du soleil levant, texte d’Eugène Gallois (1905) et illustrations par Gwenaëlle Trolez, éditions Magellan & Cie.

    Restons encore un peu au Japon, dans la chaleur des onsen et à l’ombre du Mont Fuji, pour vous parler de ce livre qui est une merveille visuelle. C’est un des plus beaux livres qui me soient tombés entre les mains, et je pèse mes mots : cet ouvrage est une pure splendeur. Pour ce qui est du texte, il s’agit du carnet de voyage d’un explorateur à l’aube du XXe siècle, Eugène Gallois, qui découvre en 1905 un Japon en pleine métamorphose. Le récit est intéressant, mais en toute sincérité, c’est le genre de livre où on peut avouer sans honte qu’on a préféré regarder les images. L’artiste Gwenaëlle Trolez s’est emparée de ce carnet et l’a illustré par un mélange d’estampes, de collages, d’aquarelles, et de photographies du Japon datant des années 1880 qu’elle transforme légèrement pour les rendre plus oniriques encore. Entre ce livre et celui de Corinne Atlan, je crois que je suis condamnée à faire un tour par le Japon un de ces jours. J’ai vu sur leur site que Magellan & Cie avaient publié d’autres carnets de voyage illustrés dans ce genre, et que leur catalogue était passionnant, je vais continuer mon exploration…

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Japon, l’empire de l’harmonie.
    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    L’histoire du cœur du monde

    Les routes de la soie : L’histoire du coeur du monde, par Peter Frankopan, traduit par Guillaume Villeneuve, éditions Nevicata.

    En juin, je réalise un vieux fantasme de caravansérails et de cités turquoise : j’irai pour la première fois en Asie centrale suivre la route de la soie, en Ouzbékistan. Toute émoustillée par l’attente de ce voyage, je suis tombée sur un livre qui a un succès fou en ce moment, et qui tombait merveilleusement bien : Les routes de la soie : L’histoire du coeur du monde. Cet essai m’a fascinée – beaucoup le décrivent comme le livre d’histoire le plus important de ces dix dernières années. Raconter l’histoire du monde en la centrant non pas sur l’Europe occidentale, selon le déroulé que nous connaissons tous, mais en se focalisant sur cette région qui court de la Méditerranée orientale à l’Himalaya, qui englobe la Perse, la Russie, l’Arabie et la Chine, et que l’auteur nomme « le cœur du monde », voilà l’ambitieux projet de Peter Frankopan. Des conquêtes d’Alexandre le Grand aux guerres contemporaines qui ensanglantent l’Irak et l’Afghanistan, ce professeur d’histoire byzantine à l’université d’Oxford décale le planisphère, replace l’Asie centrale au centre du monde, et propose un nouveau récit qui impressionne par sa cohérence, sa précision et les clefs qu’il livre pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire de cette région en particulier, mais bien d’une histoire globale, avec de nouveaux acteurs placés sur le devant de la scène. Si vous êtes féru d’histoire et d’idées, jetez-vous dessus. Après L’âme des peuples, voici encore une perle de Nevicata, une fabuleuse maison d’édition belge qui s’illustre par sa cohérence et sa qualité.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Un avant-goût d’Ouzbékistan

    Ouzbekistan, Au Coeur des Routes de la Soie, par Didier Labouche et Sergio Cozzi, collection Un regard sur le monde, éditions Géorama.

    Je reste encore dans mes rêveries ouzbèkes, et vous propose ce magnifique carnet de voyage illustré. Deux baroudeurs amoureux de ce joyau d’Asie centrale vous emmènent vous perdre parmi les minarets turquoises de Samarcande, Khiva et Boukhara, humer les champs de roses et de coton de la vallée de Ferghana, ou suivre le sillage des nomades dans les montagnes arides. La collection Un regard sur le monde propose des documentaires intelligents et richement illustrés – moi qui suis toujours frustrée par le manque de photos dans les guides de voyage classiques, je me suis régalée avec cette richesse iconographique. Ce sont de vrais documentaires sous forme livresque, centrés sur l’image, et donnent follement envie de prendre un billet d’avion sur le champ. Cela m’a permis de découvrir les éditions Géorama, petite maison indépendante en Bretagne, mue par l’amour des lointains et du grand large.

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    Des pirates, des villes mal-aimées et le livre le plus drôle de l’année

    Après avoir visité le Musée des trésors enfouis à Key West et le Musée des pirates aux Bahamas, j’ai commencé à me prendre de passion pour les histoires de trésors cachés, de cartes à mystères, et de forbans hissant le drapeau noir. (Bon, et j’avais fait 5 fois d’affilée Pirates des Caraïbes à Disneyland, aussi.) C’est alors que j’ai découvert les merveilleuses Editions du trésor , maison singulière et soignée que je recommande chaudement à tous les passionnés d’aventure et de beaux livres. Leur première spécialité, ce sont, vous l’aurez compris, les trésors. Navires perdus, galions naufragés, joyaux enterrés, légendes maudites, secrets millénaires, c’est leur rayon, et leurs livres sont de très beaux objets, attirants comme des cartes au trésor. J’ai eu le plaisir de rencontrer le fondateur des Editions du Trésor, Julien Alvarez, qui s’est lancé dans cette aventure éditoriale avec passion et exigence, et défend avec talent des livres qui savent se démarquer. Pour mon plus grand bonheur, il m’a offert trois livres, dont je vous parle avec joie.

    Femmes pirates, les écumeuses des mers, de Marie-Eve Sténuit, était celui dont je rêvais : à Nassau, j’avais découvert l’histoire hallucinante de Mary Read et Anne Bonny, deux femmes pirates qui parviennent à échapper à la potence en révélant pour ultime viatique leur grossesse. Marie-Eve Sténuit raconte dans ce récit historique qui se lit comme un roman les destinées étranges de ces deux femmes, Anne la tigresse sanguinaire, Mary la pirate romantique qui se sacrifiera pour ne pas livrer son amant, mais aussi celles de nombreuses autres pirates dont j’ignorais tout : Jeanne de Belleville, la plus flamboyante de toutes les pirates, dont la vie a fasciné les poètes, Ching Yih Saou, amirale et maîtresse femme, ou encore Laï Cho San, qui a écumé Macao. Ce sont les histoires merveilleusement romanesques de femmes qui ont défié leur condition en se jetant à corps perdu dans le crime, sachant qu’elles n’avaient rien à perdre, excepté la vie.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Mon plus grand coup de coeur, ce fut un livre original et inattendu : le Tour de France des villes incomprises, de Vincent Noyon. Ce livre m’a fait hurler de rire et je vous le recommande chaudement : partez explorer Mulhouse, Vesoul, Cholet, Vierzon, Cergy, Maubeuge, et bien d’autres villes où vous n’aviez jamais rêvé de mettre les pieds, mais qui se révèlent attachantes sous cette plume qui sait doser avec justesse l’ironie mordante et la bienveillance sincère. Vous y trouverez des phrases du genre « S’il est une ville dont tout le monde se fiche, c’est bien Guéret », « On soigne ici son asthme, sa bronchite, sa sinusite, son otite, son eczéma, son psoriasis et, depuis peu, les séquelles post-cancer. Si vous avez tout cela à la fois, inutile de dire que La Bourboule est faite pour vous. » ou encore « Berry, fais moi peur ». Vous vous marrerez comme un bossu, mais vous en ressortirez plus intelligent et riche d’une réflexion passionnante sur le tourisme qui refuse tout pittoresque et tout spectaculaire. Et si vous déprimez un peu en plein mois de février, ce livre aura une double vertu thérapeutique : vous faire rire, et vous révéler le charme caché du morne et du moche (comme votre vie en hiver, quoi). Lisez-le, vous me remercierez.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Rire & évasion.

    Encore une dose de rire ? Voici le troisième : Comment voyager seule quand on est petite, blonde et aventureuse, de Katia Astafieff. L’auteure a immédiatement gagné ma sympathie, car elle m’a fait penser à mes copines blogueuses qui voyagent en solo avec brio, auto-dérision et panache, comme Lucie de Voyages et vagabondages, Nastasya de Valiz Storiz, Stéphanie de Voyage Road Trip ou encore Laura Gondin du blog éponyme. Comme elles, Katia Astafieff n’a peur de rien et enchaîne les aventures rocambolesques, mange des frites dans le Transsibérien, fait des boums en Mongolie et de la mobylette à Ouagadougou, ou rencontre des polygames à San Francisco. Ce sont des chapitres très courts, drôles et enlevés, truffés d’anecdotes et de détails cocasses. J’avoue être parfois restée sur ma faim : j »avais envie de dire à Katia comme à une copine « sympa tes anecdotes, mais maintenant dis-m’en plus ! ». Mais c’est un livre plein d’humour et facile à lire que je vais offrir souvent à mes copines voyageuses, pour égayer les longs trajets en cargo, bus ou tuk-tuk.

    Une Provence ésotérique et gothique

    Guide de la Provence mystérieuse, par Jean-Paul Clébert, collection Les guides noirs, éditions Tchou.

    C’est un livre étrange, rempli de vieilles malédictions, de légendes et d’une érudition si évocatrice qu’elle en devient presque hallucinatoire. Le Guide de la Provence mystérieuse est l’œuvre du « clochard céleste » Jean-Paul Clébert, un mystique fiévreux qui s’était établi dans le Lubéron après avoir dormi plusieurs années dans les rues de Paris. Clébert s’est pris de passion pour la Provence secrète, et s’est mis à explorer ses mythes, ses dieux oubliés, ses recoins d’ombre et de sang. Rempli d’illustrations ésotériques, de signes cabalistiques et de photos de lieux oubliés, ce guide noir prouve ce que j’ai toujours su : que la Provence n’est pas qu’une carte postale un peu kitsch, mais bien une terre hantée à l’âme profonde. On se plonge dans ce livre comme dans un vieux grimoire, avec jubilation. Cela m’a donné envie de continuer à découvrir les envoûtants Guides noirs de Tchou, véritables bréviaires d’initiation à la sorcellerie vagabonde.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Une exploration du Pacifique début XIXe, sublimement illustrée

    Voyage dans le Pacifique, par Louis Choris, éditions Chandeigne. 

    J’ai ressenti une espèce de surexcitation quand ma mère (qui a très bon goût) m’a rapporté ce livre magnifique. Le début du XIXe siècle est l’ère des grands voyages de découverte dans le Pacifique, et on voit partir de grandes explorations rassemblant naturalistes, artistes, scientifiques et mécènes extravagants qui s’aventurent dans des contrées alors méconnues et encore non broyées par le colonialisme européen. Ce Voyage dans le Pacifique est issu d’une très célèbre expédition, celle du Rurick, qui passa notamment par le Kamtchatka, l’Alaska, Hawaï et le Chili. Je savais le botaniste et romantique allemand Adalbert von Chamisso à bord, j’ignorais qu’il était accompagné du peintre Louis Choris. Les illustrations de Choris m’ont profondément émue : elles ressuscitent un monde oublié, non seulement les paysages et les villes de ces bouts du monde, mais aussi les visages des Inuits, des Hawaïens… Ce livre est rare : je connais peu d’autres exemples de telles expéditions illustrées sur le vif avec une telle finesse et une telle richesse du détail.
    Le chapitre sur Hawaï (qu’on appelait alors les Îles Sandwich) m’a particulièrement intéressée, car Choris raconte et dessine ses rencontres avec deux personnages majeurs de l’histoire hawaïenne, le roi Kamehameha et le prince Liholiho. Vous le savez peut-être : je nourris une véritable obsession pour la Polynésie en général et Hawaï en particulier, et suis très sensible au combat des derniers Hawaïens pour sauver leur culture et leur héritage. Le Rurick a abordé les côtes hawaïennes à l’heure d’un basculement de l’histoire hawaïenne, et Choris a su, sans le savoir, le saisir avec beaucoup de sensibilité.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Le roi Kamehameha.

    Hawaï, Marquises, Samoa… avec Jack London

     Jack London dans les mers du Sud – L’odyssée du Snark 1907-1908, par Michel Viotte et Marianne Pourtal Sourrieu, éditions La Martinière.

    Peut-être avez-vous entendu parler de l’exposition qui vient de s’achever à La Vieille Charité à Marseille : Jack London dans les mers du Sud, l’odysée du Snark. De 1907 à 1908, l’immense auteur de la wilderness fait constrire et équiper son propre navire afin d’explorer le Pacifique. C’est un équipage d’amateurs et d’incompétents, qui se perd, prend l’eau, et ne doit sa survie qu’à la miraculeuse clémence d’un Océan Pacifique d’humeur magnanime. Mais malgré les catastrophes et les avaries, London et son épouse font un beau voyage. Partant de Californie, ils découvriront Hawaï, les Marquises, les Samoa, les Fiji… avant de devoir interrompre leur voyage aux îles Salomon, que London décrit comme l’enfer sur Terre, et où il est tombé gravement malade. Je dois l’avouer : l’expo à La vieille charité m’avait laissée sur ma faim, malgré la belle ambiance maritime des salles d’exposition et la qualité des objets exposés. Mais je ne comprenais pas qu’il soit possible de réaliser une exposition sur un écrivain en accordant si peu de place au texte, et notamment à ses textes. Le livre associé à l’exposition répare cette lacune, et lui donne davantage la parole. On comprend que London arrive dans une Polynésie à l’agonie, brutalisée par le colonialisme, l’exploitation et la maladie. A Hawaï, un coup d’état inique a destitué la dernière reine, Liliʻuokalani, pour mettre le pouvoir dans les mains des planteurs d’ananas et permettre l’annexion de l’ancien royaume par les Etats-Unis. Un siècle s’est écoulé depuis l’expédition du Rurick, et lire ces deux livres en parallèle révèle avec une lancinante clarté l’effondrement d’un monde en l’espace de quelques décennies.
    Un passage m’a notamment marquée. Si London débarque à Nuku Hiva, aux îles Marquises, c’est parce qu’il suit une filiation littéraire : il a lu les récits d’Herman Melville et de Robert-Louis Stevenson, qui ont vécu plusieurs semaines parmi un peuple de guerriers valeureux (et occasionnellement cannibales), dans une immense vallée remplie de clameurs et de lances brandies. L’île des ex-cannibales est aussi un pilier de la culture polynésienne ancestrale, et London a été fasciné par les récits de ses prédecesseurs. Mais quand il arrive à Nuku Hiva, il ne reconnaît plus rien : tous les guerriers sont morts, décimés par la lèpre et les autres maladies européennes, et il ne reste plus qu’une dizaine de silhouettes faméliques dans la vallée fantôme.

    Après son voyage, London écrira sur Hawaï, sur la Polynésie française et les Samoa des contes fascinants, riches en histoires extraordinaires, lourds de tensions politiques et habités par la mélancolie des mondes qui se meurent. Si vous ne les connaissez pas encore, je vous recommande mille fois ses deux recueils de nouvelles insulaires aux éditions Phébus. Vous avez aimé l’Appel de la forêt ? Vous adorerez les Contes des mers du Sud et les Histoires des îles.  Ces deux recueils sont à mes yeux un des plus hauts sommets de la littérature de voyage, et un plaisir de lecture inouï – je crois que je les connais à peu près par coeur. Si vous devez offrir un livre à un voyageur, pensez-y.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Deux chefs d’oeuvre.

    La vie secrète des vikings

    Petites sagas islandaises, d’Alain Marez, éditions Les belles lettres. 

    Depuis que j’ai fait la connaissance des vikings en Islande, je suis fascinée par cette société bien plus sophistiquée et subtile que les représentations de drakkars trempés de sang le laissent à penser. Les vikings ont eu un parlement, une démocratie et les droits des femmes avant tout le monde, et surtout, ils ont produit une littérature d’une exhaustivité rare, les fameuses sagas, qui nous permettent de tout savoir sur leurs vies, de la conquête de l’Islande à la vie de cour, en passant par les disputes entre paysans et les rencontres avec des trolls. Le volume de ces chroniques est absolument considérable – on pourrait passer sa vie à lire les sagas sans les connaître toutes. Spécialiste de littérature scandinave, auteur d’un dictionnaire runique, Alain Marez débroussaille pour nous la jungle de la littérature islandaise médiévale, et nous propose cette collection de petites sagas au spectre large : histoires du quotidien, récits de voyages et de navigations, aventures surnaturelles et mystiques, tensions entre derniers païens et chrétiens, vengeances et rapports compliqués entre le chef et ses vassaux. Bien sûr, la littérature islandaise du XIIIe et XIVe siècle ne se lit pas comme le dernier Marc Lévy, et il vous faudra un peu de passion scandinave pour savourer cet ouvrage précieux, mais érudit –  Alain Marez fait tout pour nous faciliter la tâche.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Source de l’image : Les belles lettres.

    Deux thrillers pour se faire peur en Ecosse

    Quand je suis coincée dans un avion pendant plusieurs heures, mon plus grand plaisir est de dévorer un thriller flirtant avec le fantastique, rempli de morts mal vengés, de fantômes et de secrets de famille. Et le bonheur ultime, c’est quand l’action se déroule en Ecosse. Je crois qu’on a inventé ce pays pour y installer des histoires de revenants. Brumes perfides, îles isolées, cimetières béants, légendes sinistres, l’Ecosse a tout. Je vous recommande deux excellents thrillers situés sur des îles du Nord, Skye pour l’un, Lewis pour l’autre.

    Le Doute, de S.K. Tremayne, portait en VO un titre beaucoup plus beau et évocateur, The Ice Twins – les jumelles de glace. Deux jumelles absolument identiques. L’une d’elle meurt dans un accident tragique. Un an plus tard, la survivante prétend soudain que ses parents n’ont pas compris : elle est celle qu’ils croyaient morte, et c’est l’autre qui a péri. Des phénomènes étranges surgissent, et dans ce contexte franchement rassurant, la famille brisée va s’instaler sur un îlot perdu au large de Skye, où on prétend que les morts se tiennent au plus près des vivants… La fin m’a déçue, mais l’ambiance m’a envoûtée, et S.K. Tremayne écrit fabuleusement bien. Quand elle n’est pas romancière, elle est journaliste de voyage, et je l’ai deviné à sa façon puissamment évocatrice de dire les lieux et les atmosphères.

    Je sais, cela fait six ans que tout le monde parle de L’île des chasseurs d’oiseaux, de Peter May, mais que voulez-vous, moi je l’ai lu la semaine dernière. Et c’est vraiment un excellent thriller, une histoire de meurtre étrange et de secret enfoui, avec pour toile de fond une coutume ancestrale et violente des Hébrides, la chasse au guga. Une fois par an, des hommes partent quinze jours risquer leur vie sur un rocher perdu au beau milieu de la mer du Nord, escalader les falaises et vivre en autarcie totale, pour prendre dans leurs nids vertigineux les oisillons des morus, un oiseau marin qui ressemble à la sterne. Je ne veux pas trop vous en dire, mais l’histoire vous captivera jusqu’au dénouement. J’ai juste un regret : la systématisation et banalisation de l’accident atroce. Dans ce bouquin, tout le monde finit mort / estropié / violé / a subi un truc terrible, et si les premières morts tragiques vous secouent, la quarante-septième vous arrache un cri de protestation « oh les Ecossais, on se calme maintenant, ça va bien ! ».

    Un magazine entre luxe et aventure

    Je suis boulimique de magazines de voyage, et quand j’en trouve un qui me ressemble, c’est le summum du bonheur. Je vous ai récemment parlé de mon style de voyage, que je qualifie d’aventurière bourgeoise, entre recherche de l’inouï et du sublime, et plaisir de se réfugier dans de beaux hôtels qui créent une bulle enchantée. Le magazine Ici & Ailleurs me correspond à merveille, avec ses grands reportages faisant la part belle à la culture et aux paysages, et ses adresses chic et exigeantes, ses collections d’hôtels à la fois originaux et luxueux. C’est un magazine qui invite à un dépaysement élégant, et qui a su trouver le bon équilibre. Je continuerai à le lire avec joie.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Ce fruit que j’ai jugé bon d’inclure dans le décor est une coco-fesses, emblème des Seychelles. (Ce numéro d’Ici et d’ailleurs inclut un très bel hôtel aux Seychelles, d’où l’inspiration subtile et discrète.)

    Des ruines mythiques et un guide de la Sérénissime

    Je finis ce long article par deux jolies découvertes que je dois à des amies blogueuses.  Mitchka, du blog Fish and Child, a récemment organisé un concours que j’ai eu la bonne idée de gagner, ce qui m’a permis de recevoir une perle, 60 histoires de sites où le temps s’est arrêté : Lieux désertés autour du monde, de Richard Happer. Palais abandonnés, friches industrielles et nucléaires, parcs d’attractions délaissés, ruines incongrues… c’est un voyage insolite et poétique qui m’a donné beaucoup d’idées et d’envies. Une très belle réussite des éditions Ouest France.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Enfin, j’ai eu le plaisir de recevoir (les concours me réussissent !) un guide week-end Hachette, Un Grand Week-End à Venise 2018.dont l’auteur n’est autre que la talentueuse L’occhio di Lucie, qui a mis au service de ce guide la passion avec laquelle elle raconte Venise sur son blog d’expatriée amoureuse de l’Italie. Lucie vit dans la cité des Doges, et sait en parler avec beaucoup d’authencitié – par ailleurs, j’ai adoré l’iconographie très riche de ce guide, moi qui suis fâchée avec les guides sans images, et la présentation pratique et intuitive. Cela m’a permis de découvrir la collection, parfaitement pratique et adaptée à une escapade sur quelques jours ou plus si affinités.

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
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    Et vous ? Que lisez-vous en ce moment ? Quel genre de livre de voyage vous séduit le plus ?

    Livres de voyage : ma sélection 2018 pour s'évader.
    Un dernier chat pour la route.

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  • Les blogueurs voyage font-ils tous les mêmes voyages ?

    Les blogueurs voyage font-ils tous les mêmes voyages ? Dans leur quête d’histoires fortes et d’images de rêve, les blogueurs disent aimer marcher « hors des sentiers battus ». Pourtant, ils ont tendance à revenir encore et toujours vers les mêmes destinations et à en négliger d’autres. Le blogueur voyage est-il un défricheur de terres nouvelles, ou un routier des deux fois quatre voies du tourisme mondial ? Le prétexte de cette discussion est l’Islande, autrefois destination difficile pour aventuriers, aujourd’hui prise d’assaut par les voyageurs émerveillés et toujours plus nombreux. A l’heure où les blogs de voyage ont toujours plus de succès, comment être original ? Et surtout, faut-il l’être ? Petit billet d’humeur, et débat ouvert.

    Rêver d’Islande en hiver, du désir au vertige

    J’ai reçu une alerte en me réveillant ce matin. On vendait des vols à prix cassés pour l’Islande en janvier, des allers-retours à moins de 200 euros par personne pour retourner frôler le cercle polaire et tutoyer les glaces éternelles.
    Je suis allée deux fois en Islande, en été, et ces deux voyages comptent parmi mes plus beaux, mes plus inoubliables. Quand le fluide magique qui crée la beauté du monde s’est renversé sur notre planète, il s’est concentré sur l’Islande : aucun autre endroit n’offre un tel catalogue de merveilles en un si petit espace. Volcans, geysers, fjords, plages, glaciers, montagnes, landes lunaires, faites trois pas, vous êtes dans un autre monde.

    L'Islande est le pays des cascades. Découvrez les plus belles cascades d'Islande sur le blog de voyage Itinera Magica.
    Canyon de Fjaðrárgljúfur

    Chez un drogué du voyage, l’envie d’ailleurs est aussi fulgurante et irrépressible que le désir amoureux. Ça m’a pris comme un coup de foudre, je me suis dit que cet hiver, je retournerais en Islande. Je m’imaginais déjà entrer au cœur des grottes glaciaires, dans ce miroitement de transparence mortelle. J’imaginais le froid qui suspend la fureur des cascades, et les geysers qui fendent les épaisseurs neigeuses. La machine à rêves était enclenchée.
    Et puis, pour me donner des idées, pour chercher mon itinéraire, j’ai tapé « Islande en hiver ». J’ai vu que beaucoup de blogueuses talentueuses et que j’adore y étaient allées avant moi, j’ai trouvé une profusion d’articles merveilleux. L’Islande en hiver, je l’ai trouvée chez Carnets de Traverse, chez Lovetrotters, chez Vie Nomade, chez Hellolaroux, chez d’autres encore. De fabuleuses variations de la beauté glacée des pôles, et des soleils roux qui frôlent l’horizon, des photos sublimes et des histoires exaltées comme je les aime – l’Islande, pays du cœur qui bat la chamade.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Imaginez entrer au coeur de la glace…

    Au premier article, mon désir était décuplé. Au cinquième, au sixième, il avait laissé place au vertige. L’Islande en hiver ? Mais tout a été dit, photographié par des virtuoses, cartographié au centimètre près, raconté à merveille par d’autres que moi. Que me reste-t-il à découvrir ? Je ne ferais que marcher dans les pas des autres. Je me suis dit que mes envies de grand nord, de longue nuit, de glace monumentale, n’avaient vraiment rien de spécial, et que d’autres m’avaient précédée depuis longtemps. C’est idiot, mais à cet instant, j’ai réalisé que j’étais très formatée dans mes désirs et mes envies d’ailleurs, et j’ai eu un peu honte de mes rêves.
    La première fois que je suis allée en Islande, quand j’avais onze ans, nous avions dormi dans des lycées car il n’y avait pas d’hôtels, et eu la sensation de découvrir un eldorado inexploré. Aujourd’hui, la moitié des logements islandais abritent un Air BnB. Mes fantasmes sont devenus mainstream.

    Glacier des Pélerins, Chamonix
    Chamonix.

    J’en ai parlé sur Twitter avec les copines blogueuses. Elles me disaient des choses très justes. « Tout voyage est unique, tu ne retrouveras jamais le même moment, la même lumière, la même atmosphère. Ce voyage t’appartiendra. » Elles me disaient « tu voyages pour toi, pas pour les autres. Pourquoi t’intéresser autant à ce que font les autres blogueurs ? ». Mais j’avais du mal à expliquer ce que je ressentais. Ce n’était pas juste un calcul de blogueuse, un besoin maladif de se démarquer.
    C’est que si j’allais en Islande cet hiver, j’allais forcément refaire plus ou moins ce que les autres avaient fait, car c’était le plus beau : marcher sur le glacier, entrer dans les grottes, voir Jökulsarlon, etc. J’allais marcher dans les pas des autres. Or on va en Islande en hiver pour la sensation d’être hors du monde, plongé dans les glaces, seul sur Terre, et que si je refaisais plus ou moins l’itinéraire des autres, cette sensation d’exceptionnel et d’unique allait s’amenuiser. Aller en Islande, ce n’est pas comme aller à Palavas les Flots ou à Paris : tu t’en fiches que tout le monde ait vu la Méditerranée et la Tour Eiffel avant toi, ce sont de toute façon des destinations de masse et c’est très bien comme ça. Mais l’Islande, tu as froid, tu paies cher, tu te sens partie pour une aventure – est-ce vraiment la même chose quand l’aventure est devenue une destination de masse et que tout le monde a vécu pareil ? J’aime raconter des histoires, et que je ne sais plus quoi dire de neuf, de différent, d’autre, après tant de magnifiques récits. Et ces derniers temps, j’ai l’impression que nous sommes nombreux, nous blogueurs voyage, à faire les mêmes voyages, dans les mêmes hôtels, avec les mêmes itinéraires et les mêmes expériences.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Le Vestrahorn, un lieu d’Islande (légèrement) moins connu, et où j’ai eu le plaisir d’une découverte : je n’avais jamais vu aucune photo de cette montagne avant de la voir de mes propres yeux.

    Sur Twitter, mes copines blogueuses me répondaient : « Tu raconteras d’autres histoires, tu feras d’autres photos, nous allons toutes aux mêmes endroits et nous ne vivons jamais la même chose. » Elles ont raison. Au fond, c’est le principe de la vie : racontées en une phrase, toutes les existences se ressemblent. Elle est née, elle a grandi, elle est tombée amoureuse, elle a connu des abysses et des cimes, elle a vieilli, elle est morte. Et pourtant, personne n’accepterait d’échanger son amoureux, sa maison ou son travail avec celui ou celle de la voisine. Le sel de la vie, ce sont les détails, les secrets, les moments dont on a cassé le moule.
    Toutes les vies sont pareilles et pourtant aucune ne ressemble à une autre.
    Et pourtant. Si on vous disait que vous alliez partir sur la Lune, puis qu’on précisait que vous seriez la toute dernière de votre village à y aller, comment réagiriez-vous ?

    Le fantasme de la carte vierge

    N’avez-vous jamais rêvé de raconter une histoire que personne n’a encore entendue ? De prendre une photo que personne n’a jamais vue ? De fouler de la neige vierge ?

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Lors de son deuxième voyage, Christophe Colomb arriva en Guadeloupe, à La Désirade.

    J’ai toujours été fascinée par les navigateurs et les grandes découvertes. Non pas pour l’établissement colonial, que j’abhorre – la destruction des cultures, l’exploitation des populations, la ruine des mondes –, mais pour l’acte inouï de celui qui plonge dans le blanc de la carte. Ado, je harcelais mon prof d’histoire-géo avec la Sibérie. L’étendue de vide dans la carte me hantait. « Mais là où il n’y a pas de routes ? Il y a des gens ? Le sol ne dégèle jamais ? On peut y vivre ? Il y a des villages ? » Je regardais ces vidéos où, par des températures de moins 50 degrés, l’eau bouillante se métamorphose en tempête glacée au contact de l’air.

    Puis mon obsession s’est tournée vers le Pacifique, cet océan gigantesque où affleurent des confettis de terres où personne ne va jamais. J’adorais lire les histoires des îles coupées du monde, comme celle de Palmerston, au large des îles Cook : pour y accéder, comptez 9 jours de navigation solitaire depuis Tahiti, et il n’y a pas d’autre moyen. Le Pacifique sud reste un mystère. Mon arrière-grand-mère, qui a grandi aux Marquises (Polynésie française), racontait avoir connu le dernier cannibale. En vérité, il n’était sans doute pas le dernier de son espèce : en 2011, un navigateur allemand qui entreprenait un grand tour du Pacifique a été dévoré par un cannibale sur l’île de Nuku Hiva (si vous lisez l’allemand, l’histoire est ici , et elle est vraie).

     

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    La côte de Na’Pali à Kauai, Hawaï.

    Je prétends rêver d’aller me geler en Sibérie ou de me faire dévorer par les cannibales aux Marquises, mais en vérité, je ne suis pas une grande aventurière. J’aime les douches, les matelas, le wifi, ces petites choses qui rendent la vie meilleure. Pourquoi cette attraction (fantasmée) pour le froid, le loin, l’inconfortable ? Par goût de l’inouï.

    La recherche de l’inouï

    Entendons-nous bien. Je ne suis pas de ceux qui font la course au toujours plus spectaculaire, qui escaladent le Kilimandjaro à cloche-pied, traversent l’Irak en trottinette ou dorment suspendus à des sangles au-dessus des chutes de Salto Angel. Je souris gentiment face au snobisme du voyageur qui se croit plus pur et plus malin que tout le monde parce qu’il a parcouru en trois semaines à dos de coléoptère volant ce que tout le monde fait en voiture en deux heures. J’estime que les merveilles touristiques du monde sont connues pour de bonnes raisons, et qu’on serait bête de s’en priver juste pour le plaisir de marquer sa différence. Comme tout le monde ou presque, je rêvais de voir le Grand Canyon, les rochers mythiques de Capri ou les tortues et les plages des Seychelles.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Antelope Canyon, ou aller dans un lieu censé être magique et mystique, mais surexploité par le tourisme de masse. Expérience mitigée.

    Je suis une blogueuse de voyage « bourgeoise », comme la plupart d’entre nous : je cherche des soleils d’hiver proches, des liaisons aériennes faciles, un bon rapport qualité/prix. Je vais en Guadeloupe en décembre et dans le Verdon en juin, mes vacances sont souvent celles de Mr et Madame Tout le Monde. C’est aussi pour ça que nos lecteurs nous lisent : parce que comme nous, ils n’ont pas forcément beaucoup de temps et beaucoup d’argent, et ils cherchent des voyages faciles à reproduire, de l’inspiration accessible.
    Mes articles de blog sur la France ont souvent plus de succès que ceux sur le bout du monde, et je le comprends tout à fait. Notre pays regorge de merveilles et j’ai vécu des moments de surprise extrême sans quitter nos frontières. J’ai eu de véritables éblouissements esthétiques à deux pas de chez moi, et je suis heureuse de montrer qu’on peut vivre une intense évasion à coups de TGV ou d’autoroute A7.

    La France, c’est pas mal non plus.

    Mais parfois, nous sommes saisis par le frisson de l’inouï quand nous rencontrons ceux qui osent l’incongru. Mon amie Amandine alias La lykorne illettrée est allée au Groënland il y a deux ans, sur le lac Baïkal gelé l’hiver dernier, et ses voyages m’éblouissent. Un des blogs de voyage les plus puissamment originaux qui existent, c’est probablement celui de Laurent One Chaï, le mec qui prend un cargo pour Cotonou, traverse le Pakistan et le Tadjikistan en moto ou en bus défoncé, apprend l’arabe au Caire et m’a donné follement envie de découvrir l’Ouzbékistan. Je suis devenue allergique à l’expression « hors des sentiers battus », mais j’estime que s’il y a bien quelqu’un qui a le droit de l’utiliser, c’est lui.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Mon expérience « hors des sentiers battus » (pour le coup, c’est vrai) : camp dans le désert à Tan-Tan, Maroc, pour une conférence hautement surveillée aux portes du Sahara.

    A ma modeste échelle (je ne suis pas Laurent, moi, je n’ai pas fait 90h de train entre Moscou et Ürümqi), mon hiver 2016/2017 a été pour moi l’hiver de l’inouï. Déjà, je vivais à Munich, et c’était extrêmement dépaysant : j’ai pu descendre dans des canyons de glace, nager à poil au milieu de la neige, devenir pote avec des chèvres humanoïdes et réaliser toutes sortes d’expériences insolites en Bavière en hiver. Mais surtout, j’ai réalisé deux rêves de gamine, deux projets un peu fous qui me tenaient vraiment à cœur. En janvier, mon voyage aux îles Shetland m’a permis d’assister au festival viking Up Helly Aa, la fête du feu dans le grand Nord. Fin février, j’ai vu se lever la plus grosse vague du monde à Nazaré, Portugal : 30 mètres de furie écumante qui déferle sur la falaise brune.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Expérience puissante à Shetland, tout au nord de l’Ecosse, entre la Norvège et les Féroé

     

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    L’hiver à Munich, on s’amuse beaucoup.

    J’ai ressenti une immense exaltation, une joie extrême. Je n’avais pas fait grand-chose, mais j’avais l’impression d’être une aventurière, une pionnière des temps anciens, celle qui va là où personne ne va. Ça n’était pas une question d’égo, de guéguerre ridicule à « qui c’est qui a le voyage le plus ouf ». C’était cette ivresse de l’inconnu qu’on éprouve à vivre des choses que peu de gens de votre entourage ont vécues, à être sans repères, sans jalons, sans guide (il n’y avait même pas de guide touristique digne de ce nom pour Shetland ! à peine trois pages dans le Michelin), de tout découvrir par soi-même. Je n’étais pas influencée par les histoires et les images des autres, mon inspiration était première, spontanée, et je me sentais libre. Aucun risque de vouloir reproduire les voyages des autres, aucun dilemme « j’ai vu ça comme super photo sur Instagram et j’ai envie de le faire moi aussi, je copie ou pas ? ». En repensant à mes voyages de l’hiver dernier, et en constatant avec surprise mon hésitation face à l’Islande à l’hiver, dont j’avais pourtant rêvé, j’ai ressenti pour la première fois le poids des voyages des autres, et la façon dont ils transformaient les miens, que ce soit parce que je les copiais inconsciemment ou, au contraire, parce que je cherchais à m’en démarquer, que je me disais « pas cet hôtel, pas cette photo, pas cet itinéraire, parce que Machin a fait ça et je ne veux pas qu’on me prenne pour une copieuse ».

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Bien le bonjour des monstres de Nazaré. (Les fourmis dans la photo ? Des scooters des mers. Pour vous donner l’échelle.)

    On est d’accord, ce sont des problèmes de riches. Voyager est un privilège, un luxe, et mes états d’âme quant au fait de copier ou non les voyages des copains sont dérisoires au regard de l’état du monde. Ca fait caprice de petite fille gâtée de dire « je ne veux pas aller en Islande parce que tout le monde l’a fait avant moi », j’en suis consciente. Mais ceci est un blog de voyage, et ceci est ma rubrique Réflexions voyage, et j’avais envie d’engager le dialogue avec vous sur l’originalité en matière de blog voyage. 

    Les comparateurs de vols, ou la restriction du champ des possibles ?

    Tous les blogueurs de voyage sont drogués aux comparateurs de vols, moi la première. Skyscanner, Easyvoyage, Expédia, Liligo… ils sont nombreux à faciliter notre addiction aux ailleurs en offrant en quelques secondes des tableaux de comparaisons des vols pour la Terre entière. Sur Skyscanner, je suis fascinée par la fonction « partout ». Vous rentrez un mois de l’année, par exemple janvier 2018, un aéroport de départ, et la liste de toutes les destinations possibles se déroule sous vos yeux émerveillés, par ordre de prix croissants. Je pense que je ne suis pas la seule blogueuse voyage à avoir un rapport un peu compulsif aux comparateurs de vol : presque tous les jours, je fais des tests. « Et février depuis Marseille, et mars depuis Lyon, et avril depuis Nice ?… » Je regarde. Je fantasme. Je rêve. J’imagine. Au début, j’ai eu l’impression que le monde était à mes pieds. Aujourd’hui, je me demande si ce n’est pas en train de restreindre notre imagination. Trépignant sur les starting blocks, nous attendons la bonne offre, le tarif intéressant, pour foncer. Mais est-ce que nos envies du monde ne sont pas en train de rapetisser à la mesure des hubs bien desservis par les compagnies aériennes ? Les comparateurs de vol et les compagnies low cost ont domestiqué nos désirs : des city trips proches, des connexions directes, pourquoi chercher autre chose ? Ce n’est absolument pas un reproche, car je suis la première à plaider coupable (la preuve), mais je ne compte plus le nombre d’articles de blog sur un citytrip à Prague, un week-end à Lisbonne, à Edimbourg (très envie d’y retourner, d’ailleurs, j’attends un vol pas cher ;-)), à Rome, à Budapest, à Porto, etc. Je continue moi-même à en écrire, je ne compte pas m’arrêter, et je lis ceux des autres avec toujours le même plaisir. Car oui, ces villes sont belles, et on aurait bien tort de s’en priver. Mais je l’avoue, je rigole doucement (avec bienveillance, amis blogueurs, ne m’en voulez pas) de nos prétentions à l’originalité dans des circuits ultra balisés. Quand je vois passer un énième post ayant pour titre « Reykjavik / Barcelone / Londres hors des sentiers battus », je me dis que nous sommes d’infatigables jardiniers, ratissant jusqu’à la racine les bas-côtés des autoroutes touristiques mondiales.

    Blog voyage et originalité : comment se démarquer ?
    Prague.

     

    Blog voyage et originalité : comment se démarquer ?
    Florence.


    Je pense à mes vieux amis allemands qui, comme les pantins du running gag, me demandent « et pourquoi tu ne vas pas à Majorque ? » chaque fois que je mentionne la recherche d’une destination nouvelle, parce que tous les vieux Allemands d’Allemagne vont à Majorque deux fois par an, et je me demande à quel moment nous allons finir par nous lasser. Nous exploitons une destination jusqu’à la lie, puis nous nous lassons et passons à la suivante. Ce qui était nouveau l’an dernier ne l’est plus cette année : en 2016, j’étais allée aux Açores et aux Seychelles, et naïvement, je me sentais un peu pionnière. Cette année, plusieurs amis blogueurs y sont allés à leur tour, et je suis ravie pour eux. Mais je me demande où je pourrais tenter ma chance, cette fois – acheter l’illusion de la découverte.  Je ne sais pas si nos vies nous permettent d’oser si souvent l’inouï.

     

    Vous ne connaissez pas les Açores? Une grande histoire d'amour vous attend. Découvrez le diamant de l'Atlantique, entre volcans, vagues et jardins. Que faire aux Açores, que voir ? Tout sur Itinera Magica, blog de voyage amoureux des lointains.
    Magiques Açores. Le plaisir d’aller dans un endroit dont on ne sait pas encore grand chose.

    Souvent, l’inouï est cher, pas pratique, se paie par douze escales et des nuits dans des salles d’attente d’aéroport, demande trois semaines de vacances successives, beaucoup de débrouillardise ou beaucoup d’argent. Je rêve de Samoa et de Tonga, de Groenland, de Belize, d’Iles Vierges britanniques, de Russie, d’Ouzbékistan, d’Iles turques et caïques, de Vanuatu, de Zanzibar, de Tasmanie. Et puis je cherche les vols, et je renonce. Trop cher, trop loin, trop compliqué. En revanche, cette super offre pour la République Dominicaine… Difficile de résister à la tentation du pas cher et du pratique, et il n’y a aucune honte à sauter sur une bonne affaire. Au coeur de l’hiver, je crois que je n’en aurai plus rien à faire de l’originalité, et que j’irai n’importe où, pourvu que je trouve du soleil. La vie est courte, et Punta Cana et la Martinique sont superbes. Mais je me demande si nous ne nous illusionnons pas quant à notre statut de « voyageurs », nous qui piétinons souvent sur les mêmes chemins, croyant découvrir le monde alors que nous ne faisons que le traverser sur des rails.
    Je me dis parfois que je vais essayer de me désintoxiquer des comparateurs de vol, pour voyager par rêve et non par aubaine. Pour tenter de me demander où je veux vraiment aller, indépendamment des occasions qui s’offrent à moi. J’hésite sur le type de voyage que je veux, le genre d’histoires que je voudrais raconter – faire rêver en allant très loin ou aider à explorer autour de soi en restant tout près. Mais plus profondément, je me demande où j’irais si je n’avais pas de blog, s’il n’y avait aucune mode, aucun phénomène d’influence et a contrario, aucune pression de l’originalité à tout pris? Irais-je chercher l’inouï ou le facile ? Sincèrement, je ne sais pas. Je crois que les blogs ont profondément modifié notre comportement de voyage, et que nous avons parfois du mal à nous reconnecter avec nos vrais désirs.

    Pourquoi et comment aller aux Bahamas ? Quelle île choisir ? Guide du pays de Pirate des Caraïbes
    Partir, où ?

    Alors, l’Islande l’hiver prochain ? Je n’ai pas décidé.

    Les blogs de voyage et l’originalité

    Et vous ? Après avoir commencé à discuter sur Twitter, je serais curieuse d’avoir votre avis sans la limite des 140 caractères. Pensez-vous que l’originalité est un critère important ? Est-ce que les voyages des autres blogueurs vous influencent dans un sens ou dans l’autre – pour s’inspirer ou se démarquer ? Si un blogueur voyage vous parlait d’un coin ultra secret et difficile d’accès, iriez-vous, ou bien vous diriez-vous que ce lieu lui appartient ? Etes-vous drogué des comparateurs de vol ? Choisissez-vous par opportunité ? Pensez-vous que les blogs de voyage doivent se démarquer à tout prix ? Diriez-vous que nos blogs se ressemblent trop ?

    Les blogueurs voyage font-ils tous les mêmes voyages ? Blog et voyage et originalité
    Epinglez moi !
  • Voyager pour guérir

    Voyager pour guérir ? Nous sommes nombreux à en rêver.

    Face à un chagrin d’amour, un deuil, un traumatisme, changer de décor nous semble souvent salutaire. En quête de sens ou malmenés par le quotidien, nous espérons que les lointains nous offriront une seconde chance. Le voyage est comme une épreuve initiatique – la mue nécessaire afin de gommer les cicatrices du passé. La chrysalide qui révèlera, enfin, le papillon tant attendu.

    Avec plus d’un milliard de touristes dans le monde chaque année, le voyage a le vent en poupe : jamais encore nous n’avons été aussi nombreux à mettre les voiles. Mais le voyage a aussi changé de visage. Parmi les nouveaux globe-trotteurs, nombreux sont ceux qui aspirent à plus qu’une semaine en transat sous les cocotiers, qui refusent les voyages organisés, qui partent seuls, longtemps, loin, à la recherche de quelque chose d’autre. Une mystique du voyage est née. Voyager, ce n’est plus seulement voir le monde, c’est se trouver soi-même. Changer, ou renaître.
    En 2010, le film Eat Pray Love a rencontré un succès immense : Julia Roberts y joue une femme divorcée, malheureuse, en situation d’échec, qui a la sensation que sa vie a volé en éclats. Pour échapper au marasme, elle part pour un tour du monde.  Loin de son quotidien, elle trouve Dieu, l’amour, et elle-même. Sommes-nous la génération Eat Pray Love ? Voyager peut-il nous guérir ?

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Voyager pour guérir ? Quand la route qui mène à soi passe par le bout du monde…

    J’ai recueilli les témoignages d’amis et d’autres blogueurs voyage. Des histoires de souffrance, d’amour déçu ou d’échec à surmonter, des témoignages d’espoir – mais aussi, parfois de déception. Le voyage guérit-il de tous les maux ?

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Mettre les voiles…

    Voyager pour se remettre d’un chagrin d’amour

    Se voir soudain rejeté ou trahi par la personne qu’on aimait et en qui on avait confiance est toujours un traumatisme. Parfois, les conséquences directes sont lourdes : quand on est forcé de déménager, qu’on perd les amis communs, comment retrouver pied ? Se faire larguer, c’est une blessure d’orgueil profonde, qui signifie souvent perdre l’estime de soi, et sa capacité à naviguer dans la vie avec sérénité.

    Pour certains, le voyage peut être l’occasion d’inventer un nouveau moi, plus fort et plus libre. Flo, du blog Make my trip, raconte :

    « C’était en 2013, j’avais alors 22 ans. Cela faisait six ans que j’étais avec ma copine avant qu’elle me quitte. J’étais totalement désemparé, je ne mangeais plus, ne dormais plus et me couchais avec le mal de ventre le plus terrible de ma vie. A côte de ça, mes trois meilleurs amis me tournaient le dos sans raisons. Je me retrouvais triste et seul. Mes parents voyant que je me « laissais mourir » au fond de ma chambre, ont eu la très bonne idée de m’envoyer un mois en Floride en école de langue. M’évader loin de la « scène du crime » m’a relevé. Ce voyage m’a changé, me débrouiller seul pendant un mois m’a redonné confiance en moi et le sourire. Comme quoi, le voyage est le remède aux peines de cœur. Je n’étais plus le même en rentrant et j’ai recommencé à vivre. L’année d’après, je partais vivre 7 mois en Australie. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    La plage de Fort Lauderdale, Floride, par Flo du blog Make My Trip . Retrouvez l’y pour plus de photos et d’astuces !

    Mais pour d’autres, l’expérience se révèle plus douloureuse que prévu.

    Rose-Anna raconte : « Je suis partie à l’île Maurice après mon premier vrai chagrin d’amour. J’avais l’impression qu’on m’avait arraché le cœur, et j’avais besoin de mettre le plus de distance possible entre mon bourreau et moi. 9500 kilomètres, ça me paraissait être une marge de sécurité suffisante, pas de risque que j’essaie de rentrer à la nage au milieu de la nuit. L’île était de toute beauté, je trouvais des étoiles de mer grandes comme ma main, et j’étais environnée de poissons multicolores. Mais rien ne pouvait me distraire de ma peine. Je passais des heures à fixer l’horizon, mélancolique, à pleurer ce qui ne serait plus, et à l’imaginer avec moi dans ce décor de rêve, à nouveau amoureux. C’était comme si j’étais partie seule en lune de miel. Mon cœur était au paradis, et mon cœur coincé dans les glaces. J’ai la sensation d’avoir gâché un voyage de rêve (et toutes mes économies) à me morfondre. J’aurais préféré partir plus tard, une fois remise du choc, et capable de savourer. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Nénuphars du jardin de Pamplemousses (photo Pixabay), Ile Maurice. Pour éclore, les nénuphars doivent s’ancrer profond dans la vase, et traverser plusieurs mètres d’eau noire avant de fleurir à la surface – ne sont-ils pas un beau symbole de résilience ?

    La solution idéale est peut-être celle trouvée par Amandine : un voyage proche, et à plusieurs, afin de combattre ensemble les idées noires.

    « Après deux ans d’amour que je croyais sans nuages, celle que j’aimais m’a quittée du jour au lendemain. J’habitais chez elle. En deux jours, j’ai dû rassembler toutes mes affaires, trouver un studio qui présentait une densité de cafards au mètre carré acceptable, déménager, repartir à zéro. Je rêvais de vacances, mais étant donné l’état spéléologique de mes finances, ça n’était pas raisonnable. Un de mes meilleurs potes m’a alors invitée à passer quelques jours chez lui sur la côte d’Azur. Le soleil et le vin blanc ont pansé mes plaies. J’ai fait la connaissance de sa bande d’amis, adorables, ma peau couleur lavabo a découvert les UV et l’eau de mer. J’ai beaucoup ri, relativisé, et je suis revenue apaisée, plus prête à affronter la suite. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Cassis, ou comment la côte d’azur chasse la déprime…

    Voyager pour guérir d’une blessure ou d’un traumatisme : le voyage thérapeutique

    Le voyage thérapeutique a une longue histoire. Depuis l’Antiquité, nombre de médecins croient en ses vertus, mais c’est le XIXe siècle qui consacre son succès. La littérature du XIXe siècle est remplie d’histoires de riches aristocrates maladifs qui partent pour la mer ou la montagne en convalescence, et qui espèrent recouvrer la santé au grand air.
    Languissantes et dépressives, les femmes de la haute société, qui vivaient comme des oiseaux en cage, étaient envoyées aux bains de mer pour guérir de leur mélancolie. Vêtues de longues tuniques, amenées en chaise à porteurs jusqu’à l’eau, et trempées dans les vagues. Hors de question de nager, de jouer dans l’eau : la mer était un traitement qu’elles subissaient immobiles, une mer médicament. C’est l’heure où on invente la thalassothérapie.

    Voyager pour guérir.
    « The cure for anything is salt water — sweat, tears, or the sea. »

    Jusqu’au début du XXe siècle, il n’existait pas de traitement pour la tuberculose. La seule thérapie possible était le voyage, les séjours prolongés des phtisiques dans des sanatoriums de haute montagne. Nombre de poètes romantiques souffreteux subirent ces longues vacances entre mourants, où on rendait l’âme au pied des cimes enneigées. La montagne magique, de Thomas Mann, en est sans doute le récit le plus célèbre.
    La médecine a progressé, trouvé des traitements aux afflictions autrefois incurables, mais elle reste parfois impuissante. Comment gérer des douleurs chroniques et installées, qui se sont mises à faire corps avec le malade ? Comment surmonter des traumatismes émotionnels, des blocages qui rendent le quotidien impossible ? Le voyage est parfois le remède miracle – comme si le mal restait assigné à résidence, et que l’esprit et le corps s’évadaient sans lui.

    Voyager pour se remettre d’une blessure

    Seb, l’un des deux auteurs du blog Les globe blogueurs, raconte comment l’Amérique latine a enfin su le guérir d’une blessure à la hanche qui lui empoisonnait la vie :

    « Certains pépins de santé aux débuts anodins peuvent petit à petit envahir tout votre esprit, jusqu’à  ébranler vos certitudes, vous plongeant dans une spirale négative.
    Pour moi, tout a commencé par une banale douleur dans la hanche. Présente uniquement lorsque je faisait des efforts, puis bientôt à chaque fois que je marchais, pour finir par être présente en permanence. Coïncidant avec un changement de travail, de ville, j’ai progressivement dû travailler à domicile, dans l’impossibilité de me déplacer, ou presque.
    Le plus douloureux, c’était sans doute de ne pas connaître l’origine de cette putain de douleur, malgré une myriade de tests et de blouses blanches m’ayant examiné dans tous les recoins. Ne pas savoir si vous irez mieux un jour, s’il faut continuer à vous battre pour garder un semblant de vie sociale, ou tout chambouler pour accepter ce nouveau statut pour du long terme, c’est terrible.
    Du coup s’est enclenchée une spirale négative : je ne peux plus rien faire, donc je suis un fardeau pour les autres, donc, donc, donc…
    Avec cette mentalité avariée, je me suis retrouvé non seulement handicapé physiquement, mais aussi emprisonné mentalement. Et le pire, c’est que je sentais bien que j’allais dans le mur.

    Heureusement, j’avais une passion à laquelle m’accrocher et sur laquelle je ne pouvais pas faire un trait. Ne plus voyager m’était inconcevable. Alors grâce à cela et surtout à Laura, toujours présente pour me pousser et m’empêcher de me laisser aller, nous avons entrepris de voyager. Voyager différemment au début, en me déplaçant très peu, avec des journées courtes. Puis la confiance revenant un tout petit peu, la santé s’est améliorée, j’ai entrepris de continuer à chercher des thérapies pour me soulager, faisant fi des multiples échecs. Après trois années dans ce schéma, j’ai très progressivement retrouvé de la mobilité, me permettant de reprendre un peu de marche, tranquillement, de tenir une demi-journée de visite, puis une journée… Mais les séquelles psychologiques restaient présentes, mon esprit ayant intégré ce que mon corps avait subi ces dernières années. Au point de me rendre malade dès que je m’éloignais un peu trop de ma zone de « confort ». C’est à dire un point de repli pour me reposer tranquille, à l’abri des regards et éventuels jugements.
    Alors avec Laura nous avons pris une résolution radicale pour sortir par le haut de cette galère. Nous avons mis en branle un projet dont nous rêvions depuis que nous nous sommes rencontrés : explorer l’Amérique latine pendant une année. 
    Quelques mois plus tard, nous étions dans l’avion. C’était la naissance des globe blogueurs, et ma renaissance… »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Seb lors du grand voyage par lequel tout a commencé. Retrouvez Seb & Laura sur leur blog pour plus d’images et de récits d’Amérique du Sud (et d’ailleurs) !

     

    Combattre l’agoraphobie par le voyage

    Le voyage est parfois la clef qui lève les inhibitions et rend le quotidien plus amène. Annie, l’auteur du blog Annie Anywhere, a longtemps souffert d’une agoraphobie qui lui pourrissait l’existence. Elle raconte sa libération :

    « L’agoraphobie, ce n’est pas uniquement la peur des foules, c’est aussi celle qui vous rend incapable de sortir de chez vous. Vous vous sentez comme si quelque chose de terrible allait vous arriver. En résumé, c’est la peur d’avoir peur. Les symptômes peuvent varier, mais les crises de panique sont celui le plus courant. 
    Objectivement, une attaque de panique n’est pas dangereuse du tout. C’est une réaction de protection de la part de notre corps. Facile à dire, mais difficile à croire quand ça vous arrive.  Après quelques épisodes, je me suis mise à avoir peur des récidives, et lentement, j’ai évité de plus en plus de lieux.
    Suivre une thérapie m’a donné des outils et des connaissances sur la situation, mais rien ne combat cette peur comme faire un premier pas vers l’extérieur. A 27 ans, j’ai donc décidé de rassembler tout le courage que j’avais et de partir en voyage sac à dos au Honduras, puisque si je devais mourir en sortant de chez moi, plutôt mourir dans un endroit plus chaud que le Canada.
    J’étais persuadée que je devais me débarrasser de ma part en premier, et ensuite apprivoiser tous les lieux qui m’effrayaient. La vérité, c’est qu’il n’y a pas meilleur endroit pour vaincre une peur que l’endroit même où elle se trouve. Sans aucun repère, impossible pour moi de faire des liens avec d’anciennes crises de panique. C’est certain qu’il m’a fallu un grand courage, mais voyager a été étonnamment bien plus facile que je l’avais imaginé.
    Ça ne me dérangeait pas d’avoir l’air folle, puisque je ne connaissais personne. Ça ne me dérangeait pas non plus d’être en retard à cause d’une crise, puisque je n’étais attendue nulle part. Je n’avais pas non plus peur d’être trop loin de la maison, puisque n’importe quel hôtel pouvait devenir ma maison, et que ma maison était donc partout.
    Au Honduras, j’ai appris que je n’étais pas physiquement malade.
    De retour à Montréal, j’ai pu apprivoiser ma peur et, lentement, j’ai guéri. Depuis, j’ai voyagé dans environ une quinzaine de pays. C’est peu en comparaison avec d’autres blogueurs, mais c’est certainement plus loin que le coin de ma rue. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Photos du Honduras par Annie Anywhere – retrouvez la sur son blog pour en voir et apprendre davantage !

    Voyager pour surmonter le deuil

    C’est la plus grande des douleurs morales : perdre à jamais quelqu’un qui nous était cher. Après le cataclysme, le vertige. Lisa raconte :

    « Après la mort de ma mère, c’était comme si on m’avait attachée au fond de l’océan. J’avais l’impression que je ne regagnerais jamais la surface. Tout m’était intolérable. Je ne pouvais plus rester dans la ville où elle avait vécu, chaque coin de rue était comme un coup de poing dans la gueule. J’avais l’impression que si je restais, je ne surmonterais jamais ma douleur. Je suis partie et je ne suis pas revenue. Je suis allée faire mes études à New York, et je me suis installée aux Etats-Unis. Il fallait mettre un océan entre moi et ma vie d’avant. Encore aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à revenir en France. Je reviens pour des périodes très brèves, de plus en plus rares. C’est triste, et mes amis ont du mal à le comprendre, mais ma ville natale, c’est le lieu où j’étais heureuse autrefois et où je ne pourrai plus jamais l’être. C’est une plaie à vif. J’ai brûlé les ponts derrière moi. J’ai inventé une nouvelle vie, et je ne regarde pas en arrière. Si je n’avais pas continué d’avancer, je me serais effondrée. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Brooklyn bridge, New York. Quand voyager est un pont à sens unique…

    Mais contrairement à Lisa, d’autres ont besoin d’expériences plus douces, moins radicales. Nombreux sont ceux qui partent se ressourcer au bord de l’océan, se réconcilier avec l’idée d’éternité face à l’infini des flots. Qui partent en randonnée dans les montagnes, ou marcher dans les forêts. Le mouvement apaise le corps, et peu à peu, le cœur s’habitue…

    Voyager pour guérir.
    Prendre la route et guérir…

    Voyager peut se révéler salutaire, mais il est essentiel de se ménager, car le deuil peut aussi accentuer l’angoisse de l’éloignement, de la solitude, de la perte de repères. Comme on ne conseillerait pas à une personne en convalescence de grimper l’Everest, peut-être faut-il éviter les voyages trop radicaux, trop extrêmes quand on est en deuil, au risque de se sentir submergé. Une blogueuse qui a souhaité rester anonyme raconte :

    « Ma meilleure amie est morte d’un accident de scooter quand j’avais vingt-et-un ans. J’étais dans un état de colère et d’accablement que j’ai du mal à décrire. Ça faisait longtemps que je rêvais d’Inde. On s’était dit qu’on irait ensemble, elle et moi, on refaisait les chorégraphies de Bollywood en mangeant du poulet tandoori, on s’imaginait faire des selfies devant le Taj Mahal. Sur un coup de tête, quelques semaines après sa mort, je trouve un billet last minute à prix cassé, et je débarque à New Delhi. Je n’ai pas un centime, donc je tombe sur une auberge miteuse, où l’odeur de pisse est insupportable, et où un rat vient voler le Mars qui traînait dans mon sac. Je sors dans la rue, et je tombe sur un vieil homme décharné, un squelette vivant, en train de déféquer devant moi. Partout, des gens malades, couverts de plaques rouges et de boutons, des bouches noires sans dents, des moignons sanglants, des gamins couchés par terre, affamés. Quelques centaines de mètres plus loin, le cadavre d’une vieille femme, morte en pleine rue, autour de qui les gens s’affairent avec indifférence. J’ai cru que je devenais folle. J’ai eu une crise de panique monstrueuse, l’impression que mon cœur allait bondir hors de ma cage thoracique, le monde qui tournait autour de moi. J’étais à deux doigts de m’évanouir en pleine rue. J’ai pris mes affaires, et je suis retournée à l’aéroport. J’étais en mode survie, je ne voulais plus qu’une chose, me barrer.
    Il m’a fallu des années pour me remettre à voyager. Je n’évoque jamais l’Inde, et je ne veux plus en entendre parler. Je ne voyage que dans des pays sûrs et propres, où personne ne meurt en pleine rue. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté » : si le pays ne correspond pas à ces critères, je n’y mets pas les pieds. Voyager pour se torturer, non merci. »

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    La ville de Jaipur, au Rajasthan – une des merveilles de l’Inde, pays de contrastes, qui remue souvent les voyageurs. Ce que ma narratrice anonyme a vécu se nomme le syndrome de l’Inde, plus d’infos ici. En situation de détresse émotionnelle, sans doute faut-il se préserver. Photo Pixabay

    Face à l’irrémédiable, peut-être sont-ce les petits voyages qui guérissent.
    Il y a plusieurs années, j’ai perdu une amie très chère, et sa mort m’a bouleversée. Je me souviens avoir marché dans les champs de Franconie, où elle vivait, en silence et recueillie. D’avoir pleuré en regardant le jour se coucher sur les vignes, et embrassé toute cette beauté du monde, qu’elle ne verrait plus. D’avoir fait des choses sans bien savoir pourquoi, caressé les arbres, parlé à des oiseaux, ramassé une poignée cailloux dont l’éclat me semblait mystérieux, comme s’ils avaient quelque secret à me chuchoter à l’oreille. Je me souviens d’avoir voulu célébrer la Terre et la vie, et la beauté poignante des bonheurs fugaces.

    Voyager pour guérir ? Voyager pour se remettre d'un traumatisme, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. Réflexions et témoignages.
    Automne en Franconie.

    Peut-être est-ce en cela que le voyage guérit. Corps fragiles, esprits ardents, nous sommes si vulnérables, des grains de chair dans le sablier éternel. La vie abîme, mais la soif de beauté et de joie donne des ailes. Voyager fait de nous un phœnix.

    Peut-être est-ce en cela que le voyage guérit. Corps fragiles, esprits ardents, nous sommes si vulnérables, des grains de chair dans le sablier éternel. La vie abîme, mais la soif de beauté et de joie donne des ailes. Voyager fait de nous un phœnix.
    La route qui libère…

    Et vous ? De quoi voyager vous guérit-il ?

    Merci à toutes celles et tous ceux qui m’ont honorée de leur confiance en témoignant dans cet article. Prochain article de la série « Réflexions sur le voyage » : Voyage et spiritualité. Avez-vous entrepris un pélerinage ? Vous êtes-vous mis à croire (ou à ne plus croire) en voyage ? Avez-vous été touché par des spiritualités étrangères à celle de votre enfance ? Vous êtes-vous converti(e) ? Avez-vous développé une spiritualité personnelle en voyage ? Racontez moi à itineramagica[a]gmail.com ! Et n’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter pour suivre la série.

  • Les lieux de tournage de Game of Thrones en Islande

    Islande, pays de la glace et du feu : le slogan peut paraître éculé, mais il est rigoureusement exact. Encerclé par les eaux glacées de l’Atlantique nord, le cœur brûlant de l’Islande bat la chamade, et les deux éléments se livrent un perpétuel combat de titans. Les glaciers découpent des fjords noirs dans les coulées de lave, des cratères se remplissent de neige, et des geysers jaillissent au cœur des immensités gelées. L’Islande est épique, apocalyptique, superlative à tous les degrés – et quel décor pourrait être plus approprié au tournage de Game of Thrones, série tirée d’une série de romans intitulée « A song of ice and fire » ?

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    Plage de sable noir de Vik i Myrdal

     

    Découvrez les lieux de tournage de Game of Thrones : glaciers, lave et magie !
    Glaces, brouillards et montagnes…

    Ice and fire, le feu et la glace : l’Islande a su épouser à merveille l’imagination débridée de George R.R. Martin, le créateur de la saga qui tient le monde entier en haleine. Il y a mille ans, l’Islande a été la source d’inspiration de la mythologie nordique : c’est à elle qu’on doit les histoires de Thor, Freya, Odin et des walkyries, et les aventures des vikings. Face à l’inouï, le fantastique est la seule réponse possible. Et une des grandes sagas d’aujourd’hui, c’est Game of Thrones. Les gens de cinéma ont bon goût : les lieux de tournage de Game of Thrones comptent parmi les plus beaux endroits d’Islande. Voyage à la conquête du trône de fer – prenez garde aux marcheurs blancs.

    Découvrez les lieux de tournage de Game of Thrones : glaciers, lave et magie !
    La Grotadja, ou grotte de Jon Snow et Ygritte

    Avertissement : cet article contient des spoilers concernant les saisons 2 et 3 de Game of Thrones. Mais nous en sommes à la sixième, j’ose donc espérer que cela n’est pas trop grave.

    Le sud de l’Islande : la région de Vik

    Tout au sud de l’île, la petite ville de Vik i Myrdal est entourée d’immenses plages de sable noir, dont les plus célèbres sont Reynisfjara et Dyrholaey. Leurs orgues de basalte et leurs monstrueux rochers coiffés, pélerins solitaires dans les flots, évoquent les vestiges de grands cataclysmes passés. Toute la rage volcanique est venue se déverser ici, créer ces langues d’ébène sur lesquelles l’écume vient se fracasser, dessiner ces paysages de fin du monde qui m’ont plongée dans un vertige délicieux. Je crois que c’est un des plus beaux endroits d’Islande, ces landes à perte de vue, surplombées par des montagnes abruptes et biscornues, ces reliefs torturés sur lesquels roulent les nuages.

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    Les plages de sable noir de Vik, Reynisfjara et Dyrholaey

     

    lieux de tournage Game of Thrones Islande
    Contrairement aux apparences, cette photo n’est pas en noir et blanc, et n’a pas été désaturée…

    Lorsque Jon Snow s’aventure au-delà du mur, il traverse des étendues glacées et inhospitalières – la région de Vik au cœur de l’hiver – et arrive enfin dans les montagnes Frostfangs (Crocgivre en VF), où même les sauvageons n’osent s’aventurer au cœur de la saison froide, des montagnes « cruelles », peuplées de choses dont on ose à peine prononcer le nom effroyable…

    Découvrez les lieux de tournage de Game of Thrones : glaciers, lave et magie !
    There’s giants in the Frostfangs, and wargs, and worse things.

    Au cœur des Frostfangs se trouve le « Poing des premiers hommes » (Fist of the first men), lieu légendaire dans la série. A mon grand regret, je n’ai pas réussi à trouver l’ Höfðabrekkuheiði, qui a servi de poing des premiers hommes (l’Islande n’a pas encore installé de système GPS conduisant aux lieux de tournage de Game of Thrones, mais peut-être y viendra-t-elle…). Vous le trouverez ici .

    Les glaciers gigantesques du Myrdalsjökull et Vatnajökull

    Imaginez un pays envahi par des glaciers immenses, qui rôdent le long des routes, qu’on voit affleurer entre les crêtes quand on longe les montagnes, qui rampent au cœur des territoires des hommes quand l’hiver se fait rude, des glaciers qui craquent et gémissent comme des géants courbant sous quelque tâche dantesque, qui rompent et ouvrent des crevasses profondes comme la plus froide des nuits, la glace qui envahit tout, qui piège les hommes et change l’eau en lame.

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    Derrière les montagnes nébuleuses, les premiers glaciers surgissent… entre les crêtes, la glace.

     

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    Première rencontre avec les glaces, dans le parc de Skaftafell

    Vous aussi, vous vous mettriez à croire que des créatures surnaturelles peuplent ces contrées où l’humain n’a plus de place, vous songeriez aux titans, aux dieux maudits et aux Marcheurs blancs. Est-il pire punition qu’une éternité de glace ? Que la solitude de ces infinis éblouissants où rien ne survit ? Les étendues glacées ont toujours été l’empire de l’horreur et du fantastique. Edgar Allan Poe, Lovecraft, Mary Shelley ont placé leurs héros dans ces territoires cruels où l’homme n’a pas sa place. La glace marque la fin du monde des hommes, et le début du mythe.

    Découvrez les lieux les plus mystérieux d'Islande, sur les traces de Frankenstein
    « Follow me; I seek the everlasting ices of the north, where you will feel the misery of cold and frost…  » Mary Shelly, Frankenstein

    Sur Terre, la glace séquestre les pôles, l’Arctique et l’Antarctique, les étendues sibériennes, le Svalbard et le Groenland, l’Alaska et la Terre Adélie, mais il est un endroit en deçà du cercle polaire où l’ennemie blanche fait une incursion dans le monde des hommes : l’Islande. Les paysages glaciaires d’Islande sont le seul endroit, sous des latitudes « humaines », bien loin des grandes banquises polaires, où la glace nous laisse glisser l’œil dans le trou de la serrure, et deviner l’horreur de son règne sans partage. C’est ce qui rend l’Islande irrésistible : ce que vous verrez à Skatftafell, où les langues de glace viennent lécher les routes, à Jökulsarlon, lagune sidérante où un glacier vient se jeter dans l’océan, vous ne le verrez nulle part ailleurs… ou seulement bien, bien plus près des pôles, lors d’expéditions autrement compliquées. L’Islande, c’est l’infini à portée de main, l’avant-goût des aventures les plus extrêmes.

    Découvrez les lieux de tournage de Game of Thrones : glaciers, lave et magie !
    All in the immediate vicinity of the ship, is the blackness of eternal night, and a chaos of foamless water; but, about a league on either side of us, may be seen, indistinctly and at intervals, stupendous ramparts of ice, towering away into the desolate sky, and looking like the walls of the universe.
    Edgar Allan Poe

    Je rêve de retourner en Islande en hiver pour marcher sur le glacier et descendre dans les grottes de glace (avec un guide, bien sûr – n’essayez jamais ça tout seul).

    Découvrez les lieux de tournage de Game of Thrones : glaciers, lave et magie !
    Mur de glace… et corneille à trois yeux ?

    Dans Game of Thrones, les glaciers d’Islande sont les « contrées de l’éternel hiver », en VO Lands of Always Winter. C’est ici que naquirent les premiers Marcheurs blancs, les horribles cadavres gelés qui dévorent les hommes et dont le regard est d’un bleu perçant. Dans sa quête de vérité et de sagesse, Bran s’y aventure à la recherche de la corneille à trois yeux, et comprend le secret qui entoure leur abominable naissance…

    Les lieux de tournage de Game of Thrones en Islande : les plus beaux endroits d'Islande !
    « And he looked past the Wall, past endless forests cloaked in snow, past the frozen shore and the great blue-white rivers of ice and the dead plains where nothing grew or lived, to the curtain of light at the end of the world, and then beyond that curtain. He looked deep into the heart of winter, and then he cried out, afraid, and the heat of his tears burned on his cheeks. » Rêve prophétique de Bran dans A song of ice and fire.

    En pratique :

    A Skaftafell, vous trouverez des guides, par exemple Glacier Guides  qui vous emmèneront marcher sur le glacier. En fonction de la durée et du degré de difficulté, les prix vont de 78 à 300 euros. En hiver (et en hiver seulement), ils peuvent aussi vous faire descendre dans des grottes de glace, pour 150 euros.

    A Jökulsarlon, probablement l’endroit le plus dingue que j’ai vu de ma vie, lieu de tournage de Die another day et de Batman Begins, vous pouvez prendre un bateau qui vous emmènera sur la lagune. Vous avez le choix entre un bateau-camion amphibie (très drôle : imaginez un gros véhicule qui cesse de rouler en entrant dans le lac et se met à flotter), qui vous coûtera 38 euros pour trente/quarante minutes dans la lagune, ou un zodiak, qui coûte lui 65 euros, mais vous propose une sortie d’une heure jusqu’au fond de la lagune, là où se trouve le mur de glace qui me fait tellement penser au mythique mur de Game of Thrones. C’est le choix que j’ai fait, et je ne regrette rien. Réservez ici.

    Autour du lac Myvatn, où Jon Snow a rompu ses vœux

    Le lac du Myvatn est un lieu presque mythologique. Ici, une coulée de lave s’est arrêtée par la force du Saint Esprit : au mur de l’église. Ici, des trolls et des elfes vivent dans les monticules de lave, et on les aperçoit aux petites heures du jour, quand l’obscurité est duplice. D’immenses champs de lave nappent le sol de feu et de mousse, parfois des failles profondes donnent le sentiment de pouvoir tomber jusqu’au centre de la terre.

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    Les champs de lave de Myvatn au coucher du soleil

    Un des sites les plus célèbres est Dimmuborgir, littéralement « les châteaux noirs », un océan de lave séchée qui évoque une tempête colossale ou une forêt de flammes, percée d’arches, de tunnels, et d’élévations solennelles. Le lieu a donné son nom à un groupe de metal célèbre – je comprends l’inspiration ! Dans Game of Thrones, Dimmuborgir est le lieu où Mance Rayder établit le camp des sauvageons – lors du tournage, la température était de -11 degrés, ce qui fait que l’équipe de tournage en Islande était surnommée « the freeze your ass off team », littéralement « l’équipe qui se pèle le cul ». Clairement, il valait mieux être avec les Lanister en Croatie, ou avec les Dothrakis au Maroc. J’ai vu Dimmuborgir en plein été, ce qui rend le lieu plus bucolique, moins monstrueux… mais plus hospitalier.

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    « Au-delà du Mur, nous ne nous agenouillons devant personne ». Les Sauvageons ou Hommes libres (Free folk) ont établi leur campement parmi les châteaux de lave de Dimmuborgir

    A quelques centaines de mètres de Dimmuborgir, dans une faille plus importante que les autres, se trouve la Grotagja, la célèbre grotte où Jon Snow a rompu son vœu d’abstinence et succombé aux charmes de la sauvageonne rousse, Ygritte.

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    Ygritte.

    L’histoire de cette grotte est digne de faire frémir : source d’eau tiède où les Islandais adoraient se baigner, l’eau de la Grotagja est soudainement montée à 65 degrés du jour au lendemain, menaçant de cuire les infortunés baigneurs. (Comme dans Le pic de Dante, avec Pierce Brosnan.) Vous comprendrez ma méfiance envers toutes les sources d’origine volcanique susceptibles de se changer en bouillon de cuisson en cas de gargouillement volcanique. Aujourd’hui, la température est redescendue à 45-50 degrés, bien trop chaud pour se baigner (et donc pour reproduire les aventures de Jon et Ygritte, au cas où l’idée vous aurait effleuré). Mais la grotte est d’une beauté féerique, avec ses eaux brûlantes au-dessus des roches noires, et le soleil qui perce à travers la voûte morcelée…

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    Soleil bienvenu…

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  • Liebster Award: pour mieux me connaître

    Un Liebster Award, qu’est-ce que c’est ? C’est un prix qu’un blogueur ou une blogueuse choisit de décerner à un(e) autre, en témoignage de l’intérêt qu’il porte à ses écrits, et qu’on reçoit avec beaucoup de joie et de reconnaissance. Les Liebster Awards permettent de faire découvrir des blogueurs qui méritent d’être plus lus, et d’apprendre à mieux les connaître. J’ai eu l’honneur et le plaisir d’être nominée trois fois. Faites la connaissance de l’auteur de ce blog de voyage, et découvrez de nouveaux blogs !

    Qui est la blogueuse qui tient Itinera Magica et raconte ses voyages ? Apprenez à mieux me connaître grâce au Liebster Award, et découvrez des blogs voyage.
    Liebster Awards

    Pour participer au Liebster Award, il faut que votre blog soit nominé par un autre, qui choisit de vous mettre à l’honneur, et respecter à son tour les règles du jeu :

    • Révéler 11 choses à son sujet.
    • Répondre aux 11 questions du blogueur ou de la blogueuse qui vous a nominé(e).
    • Nominer à son tour 11 blogs pour lesquels on a un coup de cœur, et qui méritent d’être mis en valeur.
    • Poser 11 questions à ses nominé(e)s.

     La première fois, j’ai été nominée par Arzo Travels, auteur du site du même nom, qui est Allemande et blogue en langue anglaise au sujet de ses voyages autour du monde, de ses coups de cœurs et de ses découvertes culinaires végétariennes, avec beaucoup d’enthousiasme et de bonne humeur. J’aime tout particulièrement ses très beaux articles sur le Portugal, dont elle parle avec une sensibilité et une passion que je partage. Je vais lui répondre en anglais dans les prochains jours.
    La deuxième fois, par Marion et Vincent, auteurs de La Faute au Graph, un blog magnifique et que je suis avec assiduité depuis que j’ai découvert les photos de leur voyage en Islande, qui sont tout simplement les plus belles photos d’Islande parues sur un blog de voyage que je connaisse. Puis je les ai suivis virtuellement au Svalbard, où ils ont vécu un périple absolument héroïque en canoë au-delà du cercle Arctique, et dont ils ont rapporté des images à couper le souffle. Ce sont de vrais aventuriers de notre époque, et je les admire !
    La troisième fois, par Julie, auteur de Julie la blogtrotteuse, un blog sensible et sincère où se dévoile sa personnalité attachante, et dont j’apprécie tout particulièrement le choix de destinations : Julie est comme moi une Européenne de cœur, et s’attache à nous faire découvrir la face méconnue du vieux continent, Europe centrale, de l’Est, pays baltes, etc, toujours avec beaucoup d’émotion et de superbes photos. Mon post préféré ? Stockholm !
    J’ai lu avec intérêt leurs révélations, exploré les autres blogs qu’ils ont nominés (c’est tout l’intérêt des Liebster Awards : découvrir de nouveaux univers, et rien ne me ravit plus que de découvrir un nouveau blog de voyage !), et je me plie maintenant à l’exercice.

    11   choses que vous ne savez peut-être pas à mon sujet

     

    Qui est la blogueuse qui tient Itinera Magica, blog de voyage ? Apprenez à mieux me connaître grâce au Liebster Award, et découvrez des blogs de voyage.
    Coucher de soleil californien.

     

    1. Deux prénoms différents me feront me retourner dans la rue : Alexandra, celui qui est inscrit sur ma carte d’identité, et Ariane, mon nom de plume. Ariane Fornia est le pseudonyme sous lequel j’ai publié deux recueils de chroniques, Dieu est une femme et Dernière morsure, et un roman, La déliaison. J’ai choisi ce pseudonyme lorsque j’étais adolescente, et que j’éprouvais le besoin viscéral de me démarquer et d’exister par moi-même. Aujourd’hui, je me suis réconciliée avec mon état civil, mais Ariane Fornia est resté mon double d’encre, et c’est le nom sous lequel je signerai mon prochain roman, dont je dois rendre le manuscrit cet été aux éditions Jean-Claude Lattès.
    1. Pourquoi Ariane Fornia ? Parce que California… J’ai passé l’été de mes dix ans en Californie (et d’autres moments magiques depuis), et j’y ai puisé une fascination inextinguible envers la limite extrême de l’Occident, l’ultime frontière, où tout semble possible et où la promesse chaque fois se renouvelle. Quand je ne crois plus en moi, ni au pouvoir de tracer son destin, la Californie réveille le souvenir de l’éblouissement de mes dix ans, et je me remets à échafauder des horizons infinis. La Californie me met au défi comme nulle autre terre au monde.

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      Coucher de soleil à Venice, Los Angeles. Cette ville est pour moi une drogue dure.
    1. Il y a souvent un malentendu à mon sujet : parce que j’ai un pedigree académique de bête à concours, que j’ai consacré ma thèse à la réception de la théologie négative dans le romantisme européen, que je suis la bonne élève archétypale, mes interlocuteurs s’imaginent souvent que je n’aime que aucun artiste né après 1899 et que je méprise la pop culture. Rien n’est plus faux. Je suis une véritable « pop culture junkie». Je connais les paroles de toutes les chansons de Kesha, Katy Perry, Britney, Taylor Swift et consorts, je sais à quel niveau évoluent tous les Pokémon, je suis dingue de séries (mon coup de cœur ? Supernatural), et je suis incollable sur Harry Potter. D’ailleurs, en rédigeant le point 11) de ce post, j’ai failli écrire la phrase suivante : « à chaque voyage, je crée un Horcrux ». Si vous êtes fan, vous comprendrez.
    1. Je suis passionnée à un degré obsessionnel. Quand j’aime quelque chose, mon cerveau se bloque, et je n’ai pas de répit tant que je n’ai pas tout vu, tout lu, tout connu (c’est-à-dire : jamais). Les points suivants exposent certaines de mes manies.
    1. Je suis fascinée par le surf depuis toujours, et notamment par les vagues géantes. J’en parle ici. Mon rêve est de voir déferler Jaws, sur l’île de Maui. A défaut de surfer, je pratique le SUP – stand up paddleboarding.

     

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    Je passe souvent une partie de l’été à Hossegor, sur la côte Atlantique, et je me laisse hypnotiser par les vagues.
    1. Face à un grand-huit, j’ai à nouveau huit ans. Quand j’étais en prépa littéraire et que je sortais lessivée des dissertations de philo ou d’histoire, je fonçais à Disneyland, où j’avais un pass annuel, et je faisais le Rock’n’roller Coaster ou le Space Mountain jusqu’à l’abrutissement. A Europa Park, il m’est arrivé de faire le Silverstar onze fois d’affilée (obsession, je vous dis). Mais mon plus grand fait de gloire, c’est d’avoir testé le Kingda Ka dans le New Jersey. De 0 à 206km/h en 3,3 secondes, et 139 mètres de descente. Regardez la vidéo on ride, je ne m’en lasse pas.
    1. Les animaux sont ma grande passion, qu’ils soient familiers (chevaux, chats, chiens), plus exotiques (loutres, caracals, orques, cétacés en général) ou que je sois la seule à les aimer (araignées, chauve-souris, serpents). J’ai aussi un petit côté Brigitte Bardot : je me suis battue pendant des jours et des jours pour sauver un chaton non sevré et gravement malade qui aurait dû être euthanasié (c’est devenu le chat de ma mère, et en dehors de son obésité, il pète le feu), j’ai aussi récupéré un rat de laboratoire sauvé de la dissection (elle a vécu un mois heureuse, puis a succombé à une attaque), et je sors les araignées de ma baignoire dans un petit gobelet. La cause animale me tient profondément à cœur, et j’ai beaucoup d’admiration pour les associations qui la défendent avec courage, telles que Sea Shepherd et L214 , dont je soutiens régulièrement les actions.

     

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    Chevaux en Camargue, un endroit qui me fascine depuis toute petite.
    1. J’ai été une ado ultra gothique. Au fil du temps, j’ai étendu le spectre chromatique de ma garde-robe, et abandonné certains éléments dont le bon goût était sujet à caution (colliers de chien, khôl jusqu’à la paupière, bague cercueil, etc), mais il reste toujours un petit fond de dentelles, de vinyle et de crucifix dans mon look. Quant à mes goûts littéraires, cinématographiques, esthétiques, etc, ils restent bien sûr profondément marqués par l’esthétique du clair-obscur. Je ne me remettrai jamais d’être mortelle.
    1. Je suis accro au fitness. J’ai été une enfant et une ado sportive, passionnée d’équitation et de natation. Suite à une série d’évènements malheureux qui ont fait dérailler le cours ordinaire de ma vie, notamment un grave accident qui a failli me tuer, j’ai été sévèrement obèse pendant plusieurs années, et j’en ai beaucoup souffert. L’obésité était comme un marécage de sables mouvants dans lequel je me serais envasée. Plus je me démenais pour tenter d’en sortir, multipliant régimes stupides, crises d’anorexie-boulimie, méthodes miracles ineptes et détestation intense de moi-même, plus je m’enfonçais, et plus l’aiguille grimpait. J’ai découvert le fitness comme d’autres trouvent Jésus, et j’ai la foi des nouveaux convertis. Quand je suis en France, je pratique presque tous les jours – en voyage, je suis obligée d’être moins assidue, mais je compense par de longues randonnées. Ma préférence va aux cours de haute intensité qui me poussent à me dépasser (pour ceux qui connaissent : Body Attack, Body Pump, Grit, Crossfit), mais je n’ai rien contre une petite zumba pour me détendre.
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    Au milieu des pagaies de stand up paddle.
    1. Je suis cavalière depuis toute petite, une passion qui me vient de ma mère, qui m’a mise à cheval très tôt. Et vous voulez voir quelque chose de drôle ? L’été dernier, j’ai participé à un reportage de TF1 sur le tourisme en Camargue. Si vous voulez me voir à cheval parmi les étangs, les flamants roses et les taureaux, la vidéo est ici.
    1. Lorsque j’écris dans la présentation de ce blog que « les voyages sont ma religion», il ne s’agit pas d’une simple formule. J’ai un rapport ambigu et torturé à la spiritualité. Mon agnosticisme me pèse, car je souffre terriblement de ma peur de la mort, et j’ai soif de métaphysique. Mais puisque je n’ai pas su croire en Dieu, je crois en la Terre et en la beauté ici-bas, et à l’importance de chaque grain dans le sablier de nos vies. J’ai la sensation physique, aiguë, de laisser un morceau de mon cœur dans les endroits qui m’ont bouleversée, et de continuer à exister de façon éparse aux quatre coins du globe. Peut-être qu’à ma mort, un petit morceau de moi vivra dans les lieux qui m’ont métamorphosée – j’ai foi en l’éternité des pierres, des forêts et des eaux. J’ai choisi d’illustrer cet article par ces lieux qui font partie de moi.
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    Chevaux de Camargue au soleil couchant.

    Questions de Marion

    1. Plutôt ville ou campagne ?

    J’ai grandi à la campagne et je resterai toujours une fille des champs, malgré mon amour pour un certain nombre de villes (Aix-en-Provence, ma ville d’adoption, Munich, où j’ai vécu et que j’ai aimée, Los Angeles, ma ville totem, Lisbonne, la magnifique…).

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    Aix-en-Provence, une des villes qui ont su gagner une place dans mon coeur.
    1. Avez-vous un objet porte-bonheur, un gri-gri qui ne vous quitte jamais ?

    Trois bijoux symboliques, qui ne me quittent jamais : un pendentif vague et un bracelet cheval, offerts par ma mère, et ma bague de fiançailles, qui nous a sauté aux yeux par un après-midi de juin sur la Côte d’Azur, entraînant la demande en mariage la moins réfléchie de tous les temps.

    1. Quelle est votre plus grande peur ?

    La mort, les ténèbres et le néant.

    1. Quelle est la chose que vous aimeriez le plus faire au monde, et que vous regretteriez de ne pas concrétiser ?

    Ecrire, encore et toujours. Chaque projet est un saut dans le vide, et j’ai toujours peur de ne pas retomber sur mes pattes, mais je ne sais rien faire d’autre.

    1. Racontez-nous l’anecdote qui vous vient à l’esprit en lisant cette « question ».

    Un jour, j’ai dormi dans un hôtel en-dessous de tout, sale, puant, qui tombait en ruines. Au milieu de la nuit, il s’est mis à pleuvoir, et le lit était trempé par les fuites du toit. Le gérant est arrivé, a posé un seau dégueulasse SUR le lit, en plein milieu, et il est reparti. Voilà. C’était en France, pas très loin.

    1. De quoi êtes-vous le plus fier ?

    Tout est encore à accomplir.

    1. Si vous pouviez vous téléporter, où aimeriez-vous être là, maintenant, tout de suite ?

    A Harbour Island, aux Bahamas, ou à la Digue, aux Seychelles, deux plages de rêve placées très haut sur ma liste d’envies.

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    La plage de Tulum, au Mexique. Il faut absolument que je raconte sur Itinera Magica ce voyage dont je parle encore avec des étoiles dans les yeux.
    1. Quel(s) geste(s) du quotidien vous met(tent) de bonne humeur ?

    Mille petites choses. Tout ce qui ne comporte ni douleur, ni tristesse. J’aime les instants minuscules et chaque étape de la course du soleil.

    1. Si vous étiez un animal, que seriez-vous ?

    Peut-être une orque, du moins, cela me flatte de le penser.

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    Le sud de la Bavière occupe une grande place dans mon imaginaire sentimental.
    1. Lorsque vous parcourez un blog, ce que vous préférez, c’est… ?

    Sentir que la personne a réellement cherché à créer un univers personnel et authentique, par sa plume, ses photos et ce qu’elle livre d’elle-même.

    1. Quel est votre péché mignon ?

    Les « yaourts glacés » (c’est comme ça qu’on dit frozen yogurt en VF ?) de chez California Bliss, parfum fraise ou pêche de vigne, avec des fruits rouges en topping. Je les avais découverts à Los Angeles, et depuis qu’ils ont ouvert une boutique à Aix-en-Provence, je suis hystérique. J’ai un bracelet de fidélité dans tous mes sacs à main et dans tous mes manteaux pour avoir un topping gratuit sur présentation de cette parure. California Bliss, ceci est un message personnel : sponsorisez-moi, envoyez-moi des tee-shirts ou des goodies, je ferai votre pub dans le monde entier, je ferai des photos de mon petit pot au bord de tous les océans du globe et sur tous les plus hauts sommets, je parlerai de vous à tous les peuples de la Terre, j’évangéliserai à tous vents, et vous me paierez en frozen yogurts. Deal ?

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    California Bliss, et je suis heureuse comme un chiot.

    Questions de Julie

    1. Qu’est-ce qui t’a donné envie de voyager ?

    Mes parents, acharnés à parcourir le globe, qui m’ont contaminée depuis toute petite.

    1. Qu’est-ce qui te motive le plus à écrire ton blog, qui te redonne du courage quand la motivation te quitte ?

    A vrai dire, la motivation ne me quitte jamais, c’est parfois seulement le temps qui me manque ! Les commentaires me font infiniment plaisir et me poussent à accélérer la cadence.

    1. Qu’est-ce que tu trouves le plus dur dans la gestion d’un blog ? Gestion des réseaux sociaux, publier régulièrement … ?

    Parce que je collabore aussi à des revues, mon blog est ma carte de visite. En éternelle bonne élève, j’ai donc tendance à me mettre la pression afin que tout corresponde à l’idée que j’ai d’Itinera Magica.

    1. Es-tu plutôt voyage en solo, en couple, entre amis, autre ?

    Tout, tant que je voyage ! Je n’ai aucun problème à partir seule et je l’ai beaucoup fait, mais je n’en fais pas un principe (je ne crois pas que les voyages en solitaire soient plus authentiques, plus vrais, etc, je n’ai pas le culte du voyage solo). Lorsque mon cher et tendre, ma famille ou mes amis peuvent m’accompagner, j’en suis ravie. Nous sommes une famille de voyageurs passionnés, et chacun de leur côté, mon père et ma mère continuent d’organiser régulièrement des voyages où mon frère, ma sœur et moi sommes les bienvenus.

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    Un des lieux que je chéris le plus sur la Côte d’Azur, depuis toujours : En Vau, troisième calanque de Cassis.
    1. Comment réagissent tes proches quand tu leur annonces que tu vas encore partir, et quel effet cela produit-il sur toi ?

    Cela fait plusieurs années que ma vie est un peu étrange et éparpillée, et je remercie du fond du cœur les amis compréhensifs qui continuent à me proposer des choses malgré mes nombreuses défections, et qui commencent leurs messages par « tu es où en ce moment ? ».

    1. Y a-t-il une anecdote de voyage que tu racontes encore et encore sans t’en lasser ?

    J’ai tendance à raconter en mode sketch les évènements dramatiques, car cela intéresse toujours plus mon public que « et là j’ai mangé le meilleur cookie de ma vie ». Ma presque-noyade au Costa Rica, la planche de surf qui m’a assommée à Honolulu, la fois où j’ai failli me faire pulvériser à Saint Pétersbourg, ou celle où je me suis perdue dans le métro à Shanghai, sont de grands classiques de mon répertoire.

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    Malgré ma propension à la noyade, je ne suis jamais aussi heureuse que sur la plage.
    1. Quelle est ta meilleure rencontre de voyage ?

    A Honolulu, un Américain adorable qui m’a fait découvrir les meilleurs bars de la ville et raconté des tas d’histoires.

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    Mon coeur bat quand j’évoque Kauai.
    1. S’il ne te restait qu’une opportunité de voyager, quelle destination choisirais-tu ?

    Je suis désolée, je ne peux pas répondre ! J’ai tellement peur de mourir sans avoir vu tous mes rêves.

    1. Quand je dis musique et voyage, quel est le premier souvenir qui te vient à l’esprit ?

    La musique d’Israel Kamakawiwoʻole, dit Iz, que j’ai écoutée en boucle à Hawaï. Vous le connaissez : c’est lui qui a repris Over the rainbow à l’ukulélé.

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    J’ai grandi sur ces falaises au dessus du Rhône, tout au sud de la Drôme provençale.
    1. Qu’est-ce que tu mets toujours dans ta valise, peu importe le voyage ?

    Je fais toujours un check up fondamental de dernière minute : passeport, carte bancaire, portable, ordinateur, appareil photo (& chargeurs afférents) ? Si j’ai cela en poche, le reste est accessoire, je peux tout racheter si besoin. J’ai une fâcheuse tendance à oublier les culottes et/ou chaussettes. Comme dirait Starmania, « j’ai ma résidence secondaire dans tous les Victoria’s Secret de la Terre ».

    1. Qu’est-ce que tu fais dans la vie, à part voyager ? Travail, études, loisirs, … ?

    Dans ma vie tout est mêlé, et personne ne sait jamais vraiment si je suis en vacances ou au travail, pas même moi ! Je suis chercheuse, écrivain, traductrice, journaliste freelance, et éternelle passionnée. Au cours de l’année qui s’est écoulée, je n’ai jamais dormi plus de sept nuits consécutives au même endroit. Ma vie professionnelle, privée, et mes passions m’ont changée en créature à carapace qui vit toujours entre deux valises. La vie est courte, le monde est vaste, et le désir sans fin, et c’est pour ça qu’il me fallait créer Itinera Magica.

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    C’est en Franconie que j’ai découvert l’Allemagne, et (ce n’est pas tout à fait un hasard) c’est là qu’a grandi l’homme que j’aime.

    Découvrir un nouveau blog de voyage ? C’est par ici. Mes nominés :

    C’est avec plaisir que je nomine à mon tour un certain nombre de blogs que j’aime – je n’ai pas su me limiter à onze, mais j’ai eu droit à deux nominations, alors j’en profite pour augmenter le quota ! La plupart sont des blogs encore peu connus, et tel est le principe du Liebster Award : faire découvrir de nouveaux blogs. D’autres ont déjà un petit peu, voire beaucoup de succès, et n’ont vraiment pas besoin de ma nomination, mais j’aurais été triste de ne pas citer des blogueurs et blogueuses que je suis assidument.

    • Les 3 M en vadrouille Marieke, Mathieu et Maxence parcourent le monde en famille, et rapportent de magnifiques carnets de voyage, présentés avec beaucoup de goût
    • Besoin d’ailleurs : le blog d’Anne-Lise est de toute beauté, qu’elle parte en Islande ou explore les rives de la côte d’Azur
    • On met les voiles : Adeline et Tony ont un ton bien à eux, drôle, direct et spontané, et c’est un plaisir de suivre leurs aventures originales. Ils ont reçu le prix du Blog Espoir au salon des blogueurs de voyage.
    • Au bout de la route : J’ai découvert ce beau blog au moment de la préparation de mon road trip islandais, et j’ai été séduite par sa richesse, par la qualité et la précision des informations fournies – un indispensable du voyage nordique !
    • Tripinwild : Betty et Guillaume m’ont happée avec les sublimes photos de leur road trip aux Etats-Unis. Leur blog est jeune et déjà de grande qualité, j’attends avec impatience la suite !
    • Voyage way : Si vous rêvez d’Asie, ce blog plein de bons conseils va vous donner des ailes.
    • Votre tour du monde : Il a un succès hallucinant en ce moment, et il le mérite : ses vidéos sont merveilleuses (regardez son road trip européen), et il a le don de dénicher des destinations totalement uniques.
    • Carnets de traverse : Ce blog de toute beauté m’enchante, et connaît un succès justifié !
    • Back pack à deux : Si votre rêve est de planifier un tour du monde, ce blog pratique vous sera très utile.
    • Traveling address : Ce joli jeune blog est plein de sensibilité et de curiosité.
    • Blog Voyages : J’adore le blog de Mathieu, et j’ai été tout particulièrement séduite par ses superbes images de Sicile
    • Les Escapades : une très belle collection de destinations européennes attachantes.
    • Jean Giono : un petit blog discret qui a un charme fou, et enivrera les amoureux de la Provence et du voyage littéraire. Il propose de découvrir la belle région de Manosque au fil des textes de Jean Giono…
    Sur le lac de Sainte Croix, dans les gorges du Verdon, la féerie.
    Sur le lac de Sainte Croix, dans les gorges du Verdon, la féerie.

    Mes questions

    • Quel est l’endroit qui vous a le plus touché(e) à ce jour ?
    •  Si on vous proposait de partir pour Mars, en sachant que vous risquez de ne jamais pouvoir revenir sur Terre, le feriez-vous ?
    •  Si vous êtes un blogueur/une blogueuse expérimenté(e) : avez-vous un conseil à prodiguer aux autres blogueurs voyage ? Si vous êtes encore novice : qu’aimeriez-vous qu’on vous apprenne ?
    •  Si vous étiez une ville ?
    •  Pensez-vous qu’il faille sacrifier des choses pour voyager ? Que seriez-vous prêt à sacrifier, jusqu’où iriez-vous ?
    • Quelle question aimeriez-vous que l’on vous pose ? Répondez-y.
    • Voyager seul, en duo ou à plusieurs ?
    • Quelle chanson vous bouleverse ?
    • Une qualité que vous possédez et que vous avez tendance à rechercher chez les autres ?
    • Avez-vous un rêve ?
    • Votre plus beau lever de soleil ?
    Qui est la blogueuse qui tient Itinera Magica, blog de voyage ? Apprenez à mieux me connaître grâce au Liebster Award, et découvrez des blogs de voyage.
    La vie est courte, la route est longue…. Tenir un blog de voyage, c’est tenter de suspendre le temps.
  • La porte des mondes : retour en Islande

    A l’âge de dix ans, j’ai découvert l’Islande avec un émerveillement qui ne s’est jamais démenti. Difficile de trouver un autre territoire qui concentre, sur une aussi petite surface, autant de curiosités spectaculaires et de paysages divers : volcans en éruption, lacs de souffre, glaciers immenses, geysers crachant dans le ciel, plages de sable noir, cascades rugissantes, fjords profonds, canyons, landes désertes, cathédrales de basalte ou de lave. L’Islande rassemble toutes les curiosités géologiques du monde dans une succession de paysages sublimes, dont la démesure et l’étrangeté donne du crédit aux légendes et aux sagas scandinaves. Ici s’ouvre la porte qui mène aux neuf mondes magiques, aux sphères de brume, de neige et de lave. L’été prochain, j’y retourne enfin. Voyage au pays du feu et de la glace, entre les souvenirs d’enfance et l’excitation du retour proche.

    Le lagon glaciaire de Jökulsarlon sous le soleil d'hiver, vu par ma tante Florence.
    Le lagon glaciaire de Jökulsarlon sous le soleil d’hiver, vu par ma tante Florence.

    Une fois n’est pas coutume, cet article n’est pas illustré par mes propres photos, car je n’avais alors pas d’appareil. Comme je le raconte ici, je tiens des carnets de voyage depuis l’âge de neuf ans, que j’utilise pour me souvenir du périple entrepris en famille. Cet article est illustré par des scans de ce journal d’enfance, par des photos tirées de l’album constitué après le voyage par ma mère, Sylvie Brunel, à qui je dois le goût de l’exploration et des carnets de bord, et enfin, par des photos prises par ma tante, Florence Brunel, qui a fait un fabuleux voyage d’hiver islandais en janvier 2016, et a eu la gentillesse de me permettre d’utiliser ses images. Un grand merci à elles – voici donc un article estampillé « exploitation familiale » !

    Ma mère, devant Skogafoss.
    Ma mère, devant Skogafoss.

     

    Seize ans plus tard, ma cousine Ambre devant Skogafoss.
    Seize ans plus tard, ma cousine Ambre devant Skogafoss.

     

    Début de mon carnet d'Islande, avec un herbier.
    Début de mon carnet d’Islande, avec un herbier.

    J’ai toujours pensé que pour l’homme soudain mis face à la démesure et à l’incroyable, le surnaturel était la dernière clef qui permette d’apprivoiser le monde. Imaginez un pays où, six mois par an, le soleil ne se lève que quelques heures par jour, rôdant tout près de l’horizon comme un œil pâle épiant les hommes frigorifiés, et ne se couche presque jamais durant l’été, baignant sans cesse les paysages de cette lumière extraterrestre qu’on nomme soleil de minuit. Imaginez un pays dont le cœur est constitué d’un gigantesque glacier, transpercé de grottes translucides et de moraines profondes, et dont la bouche froide s’ouvre sur une lagune où des blocs de glace dérivent le long des eaux bleutées. Imaginez un pays où le sol s’ouvre soudain béant et crache un geyser de près de quatre-vingt mètres de haut, où de l’eau brûlante bouillonne au fond des cratères rouges, où les sources sentent le souffre, où la fumée sort du sol, et où les éruptions volcaniques sont si titanesques qu’elles peuvent paralyser le ciel européen pendant des semaines. Imaginez des canyons creusés par des millénaires de glaces, des landes de lave noire, des étendues qui semblent refléter la surface de la Lune ou de la planète Mars, le ciel d’hiver embrasé par les miroitements des aurores boréales, comme les voiles d’un vaisseau fantôme glissant parmi la solitude infinie de ces paysages déserts, où on peut rouler des heures à travers l’incroyable sans jamais rencontrer âme qui vive. Ne seriez-vous pas enclin, vous aussi, à peupler un tel pays de créatures fantasmagoriques, de le croire au cœur d’une lutte acharnée entre les forces du bien et du mal, d’y voir la clef des mondes, la porte magique à travers laquelle on passe d’une sphère à l’autre, et touche aux royaumes des elfes, des fées, des nains, des morts et des Dieux ?

    Ambre dansant sur la glace, à Reykjavik.
    Ambre dansant sur la glace, à Reykjavik.
    Cratère de Viti, photographié par ma mère.
    Cratère de Viti, photographié par ma mère.

    Nous devons à l’Islande les fabuleux récits de l’Edda, la bible de la mythologie germanique, rédigée au XIIe siècle par le moine Snorri Sturluson. L’Edda est la source de toutes les légendes scandinaves qui ont nourri notre imaginaire, le marteau de Thor embrasant le ciel, Odin retranché dans son palais de brumes, le Walhalla, les valkyries qui vont chercher les morts sur le champ de bataille, l’arbre des mondes, Yggdrasil, sur qui toute repose, le brasier terrible du Ragnarök, crépuscule des dieux. On doit aussi à l’Islande les fabuleuses épopées reprises dans la Chanson des Niebelungen et les opéras de Wagner, la walkyrie Brünhild déposée dans un cercle de feu, Siegfried baigné du sang du dragon qui l’embrasse et lui vole sa toute-puissance divine, la trahison de Siegfried à qui un filtre d’amour fait oublier Brünhild, et l’éclat sournois de l’or des nains, caché dans les profondeurs du fleuve. Bien avant de découvrir Wagner, je baignais déjà dans cet imaginaire apocalyptique, tout de flamboiements, de nuits sans fond et de sortilèges : petite, j’étais une inconditionnelle de la BD Thorgal, et je me régalais d’histoires de glaces éternelles, de géants vengeurs et de vikings courageux. L’Islande est la terre promise vers qui tous les êtres de légende convergent, leur berceau et leur refuge. Le fantastique ici ne se tient pas sagement enfermé dans les livres et les écrans de télé, il affleure partout, il imprègne ce sol gorgé de fumerolles, ces cratères bouillonnants, ces nuits de lumière ambiguë où les hommes deviennent fous et les dieux s’échappent de la prison des siècles. Le peuple magique qui continue de peupler la terre islandaise, gnomes, elfes, fées, nains, mignons, esprits de la montagne, anges et peuple caché sont là, tout près, dans une anfractuosité de la roche malmenée par les tempêtes géologiques, sous une vieille maison aux toits couverts de mousse, ou au creux d’une roche en forme de dragon. Partout en Islande, on croise des tumulus, tas de pierres solitaires au milieu de la lande : on dit que ce sont des créatures enchantées pétrifiées par le premier rayon de l’aurore. Fermez les yeux un instant, la magie vous guette ; ouvrez-les, c’est plus incroyable encore.

    Cascades, geysers, féeries d'Islande.
    Cascades, geysers, féeries d’Islande. (Et la description d’un pantalon que je trouvais super cool. J’avais dix ans, je rappelle.)

     

    Curiosités volcaniques.
    Curiosités volcaniques.

    Déjà à l’âge de dix ans, j’avais été fascinée. Mais je dois bien l’avouer, la lecture de mon cahier me renseigne sur d’autres obsessions plus prosaïques qui taraudaient mon âme d’enfant. Dans mon cahier d’Islande, il est beaucoup question des choses suivantes :

    • La nourriture. A l’époque de ce premier voyage, à l’été 2000, l’Islande commençait à peine à s’ouvrir au tourisme, et les infrastructures manquaient. Au fil de notre séjour, nous dormions souvent non pas dans des hôtels ou des auberges, mais dans des internats de lycée, transformés en gîte durant la saison estivale. Il n’y avait évidemment pas de restaurant. Il était possible de parcourir cinquante, cent kilomètres, sans tomber sur un seul lieu proposant de la nourriture. Et quand enfin on trouvait le Graal, il n’était pas rare d’attendre plus d’une heure le plat que nous avions commandé. A dix ans, je n’étais pas contente. Au milieu de mes exclamations d’émerveillement face à la splendeur de l’Islande, je dois bien confesser qu’on trouve dans le cahier plusieurs annotations du type « J’ai attendu ma pizza tellement longtemps que j’ai eu le temps de battre trois fois la ligue Pokémon, et en plus elle était un peu dégueulasse. » « On a pas eu le choix, donc on a de nouveau mangé au resto de la pomme pourrie, et j’ai de nouveau détesté. » En revanche, nous nous régalions des myrtilles, énormes, juteuses, délicieuses, qu’on pouvait acheter dans les supermarchés – nous en dévorions des barquettes à la chaîne. Elles poussaient partout, au pied des cascades, au bord des routes. Elles permettaient aux touristes affamés de survivre.

     

    Mais aujourd'hui, l'Islande a pitié des touristes égarés dans les mois d'hiver, comme en témoigne cette collection de gants dépareillés qui attendent de retrouver l'âme soeur, à Reykjavik.
    Mais aujourd’hui, l’Islande a pitié des touristes égarés dans les mois d’hiver, comme en témoigne cette collection de gants dépareillés qui attendent de retrouver l’âme soeur, à Reykjavik.

    Pour avoir planifié le voyage à venir, l’été prochain, je sais que l’Islande n’est toujours pas une destination « facile » sur le plan des infrastructures. Rien à voir avec les Etats-Unis, par exemple, où vous trouvez où dormir et quoi manger même au milieu de nulle part. Les hébergements sont rares, pris d’assaut durant la saison estivale, et très chers – il n’est pas rare qu’un hôtel demande 160 euros pour une chambre minuscule sans salle de bain ni WC. J’ai songé à me rabattre sur les campings, mais les récits d’horreur glanés sur différents blogs m’ont terrifiée : pas de douches, champ de boue sans équipement aucun en guise de camping, pluies diluviennes, ouragans qui arrachent les tentes, torrents de boue, averses de grêle qui déchirent les toiles, j’ai lu mille histoires qui ont définitivement dissuadé l’aventurière de proximité que je suis. A force d’écumer les différents sites de réservation, Air BnB, les guides de voyage et les blogs, je crois avoir déniché des hébergements corrects – je vous raconterai après y être allée. Mais une chose est sûre : le budget d’un voyage d’une dizaine de jours en Islande excède ce que j’avais prévu initialement, et se révèle bien supérieur à ce que j’aurais dépensé dans n’importe quel autre pays, ou presque, pour la même durée. Songez-y, amis voyageurs : l’Islande est peut-être le plus beau pays de la Terre, mais c’est aussi un des plus onéreux.

    Quand tu trouves un resto ouvert en Islande, tu te sens tellement VIP.
    Quand tu trouves un resto ouvert en Islande, tu te sens tellement VIP.
    • Faire pipi. A force de traverser des paysages sublimes, mais vides de toute présence humaine et donc de toute commodité, cette question devient cruciale. Il y a dans ce cahier un certain nombre d’histoires de pipi sauvage au bord de la route, dans des champs de terre brûlée sans aucun arbre ou rocher pour se cacher, en espérant que personne ne passe (mais personne ne passait). Le gros hit de la catégorie « pipi », c’est l’histoire suivante : « Guillaume [mon frère] va faire pipi contre un rocher qui se met à fumer, faire des bruits bizarres et sentir le souffre. Les parents sont un peu inquiets. » Voilà pourquoi il faut aller en Islande : c’est le seul endroit au monde où vous pouvez réveiller le diable et déclencher la fin du monde juste en faisant pipi.
    Cascades d'Islande, illustration appropriée de ce qui précède.
    Cascades d’Islande, illustration appropriée de ce qui précède.

     

    islande paysage
    Paysages d’Islande.
    • Les vêtements. Même en plein été, le temps est froid, humide, changeant. J’ai dix ans, je suis cavalière, amoureuse des équidés et passionnée par les petits chevaux islandais aux robes multicolores et aux allures rares (le tölt, ou amble en VF, cadence incroyablement confortable que les chevaux islandais possèdent de façon innée) que nous croisons partout. Je tanne les parents pour obtenir un pull islandais en laine de mouton, un pull énorme à l’effigie d’un cheval et couvert de traces de sabot, et une fois mon vœu exaucé, je ne le quitterai plus de la semaine, comme le prouve l’album photo : je l’arbore fièrement sur TOUTES les images à partir du jour de son achat. Une fois revenue en France, je refuserai obstinément de le porter en collège, parce ce que « c’est la honte ». Saleté d’ado. (Mais j’ai toujours le pull, et je compte bien le rapporter en Islande cet été, histoire de prouver à mes parents, seize ans après, que le caprice n’en était finalement pas un.)
    Le pull, le cheval et moi.
    Le pull, le cheval et moi.

     

    Robes infiniment variées des petits chevaux d'Islande.
    Robes infiniment variées des petits chevaux d’Islande.

     

    Typologie des chevaux islandais.
    Typologie des chevaux islandais.

    Mais j’ai aussi développé une obsession plus poétique, les cascades. C’est du voyage en Islande que date ma passion pour elles, confortée ensuite par d’autres pèlerinages vers les plus hautes et les plus belles chutes du monde : Niagara, à la frontière américano-canadienne, Iguaçu, entre l’Argentine et le Brésil, et Victoria, entre Zambie et Zimbabwe. Depuis l’Islande, je suis une véritable junkie, je collectionne les chutes d’eaux comme Casanova les femmes, et où que j’aille, je ne peux résister à une rando qui me promet une cascade comme récompense. A l’idée de retourner en Islande cet été, et de pouvoir non seulement revoir celles de mon enfance, mais aussi en découvrir de nouvelles, dûment repérées sur Instagram depuis des mois, mon cœur frétille. A l’époque, nous avions commencé par Godafoss, la chute des Dieux : en l’an 1000, lorsque l’Islande a choisi d’accepter le christianisme, le roi d’alors est venu précipiter dans les eaux grondantes toutes les statues à l’effigie des Dieux anciens, prouvant que la géographie islandaise est décidément chargée d’inspirations eschatologiques, et donnant son nom au lieu. A ce que je lis dans le cahier, mon père était très inquiet de la gestion islandaise de la sécurité, où l’on considère que chaque homme est responsable de son destin face aux pierres glissantes et à l’abîme rugissant. « Papa nous inonde de conseils : Ne courez pas ! Faites attention ! MARCHEZ ! Nous avons sauté un petit ruisseau large d’un mètre, à la réception glissante, pour nous approcher de la rive. Guillaume a failli tomber dans l’eau et Papa faire une crise cardiaque, mais Godafoss est encore plus belle de face. On y voit des dizaines de cascades, de nuages d’embruns et de grottes sous les chutes. » Ma cascade préférée, c’est Detifoss, au nord de l’île, sur le cercle de diamant. « Colossale ! Entre les gratte-ciels de basalte tombe un rideau d’écume de quarante-quatre mètres, le plus puissant d’Europe. Etre si petit à côté d’une lame blanche de remous est terrifiant. En remontant la rivière, nous arrivons à Selfoss. Dans un triangle inachevé d’orgues de basalte se rejoignent deux cascades, dans un nuage de brume élégante dont on imagine voir sortir une ondine… Godafoss est située sur la même rivière. »

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    Godafoss. J’ai toujours le pull.

    Je retrouverai les orgues de basalte qui me fascinent tant sur la plage de Vik, au sud-est de l’île, tout près du fabuleux lagon glaciaire de Jökulsarlon. Près de Vik toujours, une autre cascade me ravit, Skogafoss, dont le nom signifie la hauteur. « Entre les berges verdoyantes s’enfonce la lame étincelante de la cascade en une myriade d’arcs-en-ciel auréolés de brume ». Les cascades me rendent manifestement lyrique. Mais malgré sa splendeur, je boude un peu Gulfoss, la chute d’or, car « je me casse la figure sur les pierres » et me fais mal. Je consentirai tout de même à admettre que c’était « la plus belle de toutes ».

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    La sublime plage de Vik, vue par Florence.

    Le voyage s’est achevé sur le cercle d’or, là où explosent les deux geysers d’Islande, Geysir, celui qui a donné son nom à tous les phénomènes géologiques de ce type dans le monde, et son petit frère Strokkur, moins puissant, mais plus fréquent. Geysir ne crache que toutes les six heures, et nous n’espérions pas le voir, quand soudain… « Au moment de partir, Papa se met devant Geysir et nous demande : Vous voulez le voir exploser, les enfants ? Nous crions tous : Oui ! Et dans la seconde, Papa sursaute, à cause de la soudaine colonne d’eau qui se dresse derrière lui… » L’Islande, atelier de développement des pouvoirs magiques.

    geyser geysir islande strokkur
    Strokkur, capturé par ma mère.

     

    geyser islande
    Strokkur, capturé au bon moment par ma tante Florence, au coeur de l’hiver islandais.

    Il me tarde de retourner en Islande, de revoir Vik, le cratère de Viti, les champs de fumerolles du Mytvatn, Jökulsarlon, Detifoss, Gulfoss, Skogafoss, Selfoss et Godafoss, et de découvrir les lieux où le premier voyage ne nous avaient pas conduits : les deux cascades célèbres pour leurs orgues de basalte, Aldeyjarfoss et Svartifoss, la péninsule de Snaefells, avec le cône parfait du volcan Kirkjufell au pied duquel jaillit une autre cascade, le canyon de Fjardrargljufur, dont les images me transportent – c’est le paysage que je vois dans mes rêves quand je ferme les yeux –, la route sinueuse qui mène au fjord de Siglufjorðür, les trolls d’Anarstapi. Et de remanger des myrtilles… Thorgal, mon amour, je reviens.

    chat voyage
    Préparation de l’itinéraire, avec mon conseiller voyage, Jettatura.

     

    Cascades d'Islande.
    Cascades d’Islande.

    Pour préparer mon retour en Islande, j’ai consulté des dizaines de sites et de blogs, et quatre d’entre eux m’ont émerveillée. Sur les blogs de voyage, l’Islande offre souvent aux auteurs leur plus bel article et leurs photos les plus réussies, car tout est cinématographique, la lumière, les paysages inouïs, l’inventivité de la nature. Je voudrais en citer quatre, notamment pour la qualité des photos qui m’ont fascinée :

    • Le plus touchant : les magnifiques photos de Marion et Vincent sur La Faute au Graph, qui ont même su saisir, au milieu des lumières d’orage et des landes féeriques, une portée de jeunes renards arctiques qui jouent.
    • Le plus spectaculaire : les images extraordinaires du photographe islandais Gardar Olaf, qui s’est notamment spécialisé dans les aurores boréales. Vous pouvez le suivre sur Instagram
    • Le plus original : le parcours de la Californienne Kristin, sur Be my travel muse, dont les photos automnales, qui l’entraînent parfois hors des sentiers battus, m’ont ravie.
    • Le plus complet : pour un road trip de quinze jours en Islande, jour par jour, avec une mine d’infos pratiques utiles, j’ai consulté Au bout de la route 

     

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    Jökulsarlon, le lagon glaciaire.

     

     

    islande
    Reykjavik en hiver

     

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    Soleil éphémère sur Jökulsarlon.