Itinéraires magiques au sud de l’Aveyron, autour de Millau
Connaissez-vous le sud de l’Aveyron, le pays des grands causses, des brebis par milliers et du roquefort, des rivières translucides serpentant au pied des chaos rocheux, des villages templiers, des fleurs sauvages sur le Larzac et des ponts qui s’envolent vers le ciel ? J’ai découvert avec enchantement ce territoire resté profondément authentique, où les hommes et les femmes fiers de leurs traditions s’inscrivent dans une nature grandiose et préservée. Il y a tant d’expériences à vivre dans le sud de l’Aveyron : descendre en kayak dans des gorges sauvages, chevaucher ou pédaler sur le plateau du Larzac, goûter le « roi des fromages », ou jouer avec le vertige sur le fabuleux viaduc de Millau. Voici une collection d’idées et d’itinéraires pour organiser votre voyage dans le sud de l’Aveyron.

Que faire, que voir dans le sud de l’Aveyron ?
Que savez-vous du sud de l’Aveyron, du pays de Millau et de Roquefort, frontalier de l’Hérault et de la Lozère ? Commençons par une collection d’anecdotes et de chiffres emblématiques de ce territoire niché au cœur de l’Occitanie.
Le sud de l’Aveyron, c’est le fascinant viaduc de Millau, un emblème du génie technique, « viaduc de tous les records », et une merveille de construction harmonieuse s’inscrivant dans le paysage.


Avec plus d’un million de moutons, le sud de l’Aveyron concentre la plus grande population ovine de France. Si vous cherchez un territoire bucolique, où il y a « plus de moutons que d’habitants », où les troupeaux blancs déroulent leur laine dans le vent des hauts plateaux, et où les fromages sont à se damner, vous serez comblé. D’ailleurs, le roquefort, produit dans les caves du village du même nom, bénéficie de la plus ancienne appellation d’origine de France.

Le sud de l’Aveyron, c’est aussi le plus grand chaos rocheux d’Europe à Montpellier le Vieux : un paysage fantasmagorique, où des roches dolomitiques dardent leurs têtes de chimères au cœur de la forêt. C’est l’extase géologique, j’ai passé des heures à me perdre dans ce labyrinthe de conte de fées.

Si vous êtes féru d’histoire, sachez que le sud de l’Aveyron compte le plus bel ensemble de villages templiers et hospitaliers, avec cinq sites médiévaux exceptionnels sur et autour du Larzac.

Enfin, si vous êtes comme moi amoureux des activités de plein air, sachez que Millau se revendique « capitale du sport en pleine nature », et que j’ai rarement vu une telle concentration d’expériences outdoor : parapente, vélo, vélorail, saut à l’élastique, escalade, via ferrata, kayak, parachute, canyoning, paddle, accrobranche… vous pouvez TOUT faire en Aveyron. Ma journée sportive, qui a commencé par de grands galops sur le plateau du Larzac avec les chevaux du fabuleux Domaine de Gaillac et s’est achevée par la descente des gorges de la Dourbie en kayak, restera sans doute mon plus beau souvenir de ce voyage.



Sachez que ce territoire mérite d’être découvert au fil de l’eau, avec trois rivières sublimes se faufilant entre les grands causses et dessinant des gorges spectaculaires : celles du Tarn, de la Dourbie et de la Jonte.


Sud Aveyron, qui es-tu ?
Mais cet éventail d’activités ne vous dit pas encore grand-chose de l’âme du pays. J’ai rarement ressenti de façon aussi immédiate et profonde l’identité d’un territoire qu’au sud de l’Aveyron, sur les grands causses, au milieu de ceux qui aiment et façonnent ce territoire fier de ses traditions. Partout, on ne vous sert et ne vous propose que des produits locaux, et de l’entrée au dessert, c’est une farandole de spécialités que je n’avais jamais goûtées ailleurs auparavant. Partout, on voit des bergers avec leurs chiens, attentifs aux mouvements des troupeaux et aux changements du ciel. Des fleurs sauvages qui n’existent nulle part ailleurs, telles la grande cardabelle ou l’orchidée du Larzac, viennent colorer les points de vue. Les roches elles-mêmes ont de la personnalité : dans ces paysages dolomitiques, elles s’élancent fièrement au-dessus des rivières, biscornues, capricieuses, vivantes. L’eau des rivières est incroyablement pure et claire, et tous les villages semblent s’accrocher aux rochers, comme pour ne pas déranger les pâtures des moutons. Je suis fascinée par ce pays tellement entier, uni, où l’identité propre du territoire semble affleurer sous chaque pierre et chaque brindille.



C’est Michel Arnal, le propriétaire du domaine de Gaillac, qui me dit : « Les hommes sont définis par le territoire sur lequel ils grandissent. Les qualités du sol, les caprices du climat, les modes de vie imposés par les ressources disponibles, tout cela façonne la culture et l’état d’esprit des gens. » Qui es-tu, Sud de l’Aveyron, pays de Millau et du Larzac ? C’est encore le midi, mais c’est déjà la moyenne montagne. Le soleil méridional est mordu par la rudesse des hivers cévenols. La maison caussenarde est basse, son toit est long, comme les ailes d’un oiseau qui protège son nid du froid. L’eau s’infiltre partout sous le calcaire – on a construit des citernes sous les maisons, où ruisselait l’eau de pluie, pour abreuver les bêtes pendant les mois de fournaise. L’été, les moutons sont sur les hauts plateaux, l’hiver, on les redescend au fond des vallées. C’est encore le sud, mais c’est déjà l’ouest. A mi-chemin entre Montpellier et Toulouse, l’Aveyron a parlé un occitan qui n’est plus celui de ma Provence, car c’est déjà un autre pays.


Pourtant, il ne faut pas figer l’Aveyron dans cette image d’Epinal. Car c’est aussi le pays des grandes innovations et des initiatives originales. Sur le plateau du Larzac, un passionné a réhabilité une ancienne voie de chemin de fer pour proposer un vélorail unique en son genre. Au Castel d’Alzac, un village tout entier s’est uni pour réhabiliter un château médiéval en ruines et le transformer en gîte de luxe avec panneaux solaires et chauffage écologique. A Millau, le viaduc de tous les records enjambe les causses sans défigurer le paysage, chef-d’œuvre de l’architecture moderne. Entre grande technicité et désir de préserver la tradition, l’agriculture aveyronnaise est un modèle de l’excellence française. Comme je le disais dans mon précédent article, l’Aveyron, c’est l’alliance de l’ancrage authentique dans le terroir et de la grande modernité des idées, l’amour du pays et l’ouverture sur le monde. C’est le roquefort et le viaduc, les brebis et les éoliennes, la fierté d’être soi et la curiosité de l’autre. Je suis vraiment tombée amoureuse de ce pays. Pour tout vous dire, je me suis dit que si je voulais montrer à un étranger un concentré de la France, je l’emmènerais en Aveyron, qui incarne tellement cet équilibre délicat entre nature et culture, tradition et modernité.


A savoir pour préparer votre intégration aveyronnaise : l’Aveyron est le pays du « Y ». Millau se prononce « Miyau », Laguiole, « Layole », Peyre, « Peillre », et ainsi de suite. Sauf qu’on dit « Avéron », pas « Aveilleron ». Eh oh, les Aveyronnais, vous nous facilitez pas la tâche.
Après cette présentation générale, voici un détail des activités possibles dans le Sud de l’Aveyron – l’article est très long, je suis devenue aveyromaniaque et me suis lâchée, n’hésitez pas à aller directement à ce qui vous intéresse !
Que faire et que voir dans le Sud de l’Aveyron : en détail !
Visiter le viaduc de Millau, qui caresse les nuages
Commencez la visite du pays du Y par ce gigantesque trait d’union déployé comme une aile au-dessus de la vallée. Depuis son ouverture en décembre 2004, je suis complètement fascinée par le viaduc de Millau. (A l’été 2005, j’avais même demandé à mes parents un détour de 300km en allant en vacances à Hossegor pour le voir. Ils sont vraiment sympas, ils avaient accepté. Avoir une gamine junkie des ponts, c’est pas facile.) Pour moi, c’est le chef d’œuvre de l’architecture française contemporaine. Le XIIe siècle a eu Notre Dame, le XIXe la Tour Eiffel, et le XXIe, le viaduc de Millau. Je n’exagère pas. Allez le voir, vous comprendrez. C’est un pont serpent, il vous hypnotise. Comme me dit l’adorable hôtesse de l’office du tourisme : « Je suis amoureuse de ce viaduc. Je lui ai même donné un nom : Jean-Luc. Parce que Jean-Luc le viaduc. »

Et franchement, Jean-Luc vaut le détour. Pour la première fois, on a imaginé un pont qui enjambe une vallée monumentale, saute d’un causse à l’autre par-delà le vide et le vent, et supporte toutes les tempêtes et des milliers de voiture chaque année. Sa forme hypnotise. 14 ans d’étude, 3 ans de travaux, un tablier à 270 mètres de hauteur, un point culminant à 343 mètres (deux records mondiaux), des appuis en béton grands comme un court de tennis et épais de 6 mètres sous chaque pile, 14 tonnes de peinture, une structure capable de résister à des vents de 200km/h… (J’ai demandé : pour détruire le viaduc, il faudrait des rafales de 350 km/h. A priori, c’est impossible dans cette région de France, mais par fierté provençale, je tiens à vous rappeler qu’on a eu du vent à 320 km/h sur le Mont Ventoux, eh ouais.) Je vous conseille vraiment de suivre la visite guidée pour comprendre comment une telle prouesse est possible, comment le tablier fut avancé de pile en pile, les deux tronçons de route se rejoignant peu à peu au-dessus du vide. A ce niveau-là, ce n’est plus de la technique, c’est de la poésie du mouvement.

Bon à savoir : c’est bien la première fois que je recommande de la nourriture de station d’autoroute sur Itinera Magica, mais c’est aussi la première fois que je mange une création de chef 3 étoiles pour 10 euros sur une aire d’autoroute. Arrêtez-vous à l’aire du viaduc de Millau pour goûter les capucins. Ils ont été inventés par l’immense chef Michel Bras. Ce sont des cornets de farine de seigle, sarrazin et riz, remplis avec des produits 100% aveyronnais – le rêve des locavores. Goûtez le aligot-truffe, c’est à tomber par terre.

Visiter Millau, la capitale des grands causses
Lovée dans la vallée entre deux hauts plateaux, Millau est le seuil entre l’Ouest et le midi. Son spectaculaire beffroi, ou tour des rois d’Aragon, rappelle qu’un jour la ville fut dans le giron du pouvoir espagnol. Il y a en vérité deux tours : la tour des rois d’Aragon, qui date du XIIe siècle, et le beffroi octogonal, tour de l’horloge, qui date du XVIIe. L’ensemble est somptueux. Depuis la plateforme d’observation, vous avez une vue plongeante sur la ville, les causses et le viaduc. C’est l’emblème de Millau.

Mais l’atmosphère de la ville, ses belles places couvertes de platanes et de fontaines, ses cafés en terrasse, montre que nous sommes bien dans le sud. J’ai particulièrement aimé la grande place de la Capelle, où les enfants jouent dans les fontaines, la petite place Maréchal Foch, tellement typique de la vie à l’ancienne, avec ses estaminets et son église, le dédale des ruelles, et le superbe lavoir du XVIIIe siècle.

Au-dessus de nos têtes, on voit les parapentes s’élancer des hauts plateaux et les parachutistes flotter entre les nuages. Il paraît que Millau est la ville idéale pour s’y initier. C’est mon seul regret : ne pas avoir profité de l’Aveyron pour faire mon baptême de l’air.
Découvrir le roi des fromages à Roquefort
Il faut que je vous avoue quelque chose, amis lecteurs. J’ai la phobie des fromages bleus. Tu m’en mets dans une pizza ou une salade, et je vais lâcher ma fourchette, faire le signe de croix et asperger la table d’eau bénite pour exorciser tout ça. Ce n’est pas juste un manque de goût : j’ai peur des fromages bleus. Mais en Aveyron, le roquefort est une institution. C’est un des plus vieux fromages de France : on retrouve des chroniques qui le vantent dès le haut Moyen-Âge, et c’est la première des appellations protégées. On le nomme « roi des fromages », et la visite des caves de Roquefort, un magnifique village accroché au rocher du Combalou, est un incontournable.

Ce plateau du Combalou à demi effondré, créant de profondes failles qu’on nomme fleurines, est indissociable de la fabrication du roquefort. Le roquefort, c’est du fromage de brebis, ensemencé avec un champignon qui pousse sur le pain moisi dans les conditions idéales crées par ces fleurines typiques de la région. Le roquefort ne peut être affiné qu’ici, durant trois mois minimum, dans l’humidité obscure de ces caves-cathédrales spectaculaires.

Petit point pratique : Vous trouverez plusieurs caves à Roquefort, et les plus célèbres sont Papillon et Société. J’ai visité Société car ce sont, paraît-il, les plus impressionnantes visuellement, avec leurs hautes salles voûtées et leurs décors à l’ancienne. La visite est magnifique, mais hélas compliquée pour les photographes, car l’obscurité est quasi-totale, et les conditions de visite ne laissent pas la possibilité d’amener un trépied et de faire des poses longues. Je vous conseille d’oublier la photo ( !!! si si), et de profiter de ce décor somptueux à la Seigneur des Anneaux avec vos petits yeux.

J’ai donc tenté de surmonter ma phobie. Mais malgré la beauté visuelle indéniable de ces caves voûtées où sont entreposés des centaines de fromages ronds, l’odeur du roquefort dans cette atmosphère sombre et moite a failli me faire tomber dans les pommes, et j’ai été totalement incapable de profiter de la dégustation qui clôt la visite. C’est un peu la honte d’aller en Aveyron sans aimer le roquefort. J’ai mangé au renommé restaurant des Caves Société, La Cave des saveurs, et lorsque j’ai demandé à la serveuse « vous avez un plat sans roquefort ? », je me sentais légèrement pouilleuse. Pardon, pardon, amis aveyronnais. Mais si vous êtes moins poule mouillée que moi, vous allez adorer.

Un gîte sublime à deux pas de Roquefort
Dans le pays de Roquefort, je vous recommande sans l’ombre d’une hésitation un gîte 5 étoiles exceptionnel, le Castel d’Alzac : un château médiéval rénové collectivement par une commune toute entière, qui appartient au village, et propose un luxe incomparable avec la chaleur humaine en plus. Retrouvez mon article sur le Castel d’Alzac, le plus beau gîte que je connaisse.

Que faire sur le plateau du Larzac ?
Le plateau du Larzac ? C’est un mythe, le symbole de l’agriculture pastorale millénaire et du combat de la France rurale pour préserver son mode de vie et ses traditions. Comme dit Jean-Paul, le propriétaire du vélorail du Larzac, c’est « la dernière réserve naturelle protégée de gauchistes en France », mais c’est aussi une flore extraordinaire, et un fabuleux ensemble de villages fortifiés datant de l’époque des templiers. Petit tour d’horizon.
Les fleurs du Larzac : cardabelle et orchidées
Le Larzac, c’est un écosystème unique au monde, et une variété exceptionnelle de fleurs rares. C’est vraiment le moment de jouer au petit herboriste et de descendre au ras des pâquerettes. Deux coups de cœur à vous signaler, toutes deux protégées : on regarde, mais on ne cueille pas.
La cardabelle, c’est la plante emblématique du Larzac : on la mangeait en salade, on utilisait ses épines pour trier la laine, on s’en servait de baromètre, on l’accrochait aux portes des maisons. Ouvrez l’œil, vous en trouverez quelques unes sur le plateau. N’y touchez surtout pas, elle est aujourd’hui en voie de disparition.

Le Larzac est célèbre pour ses orchidées, dont une espèce en particulier qui ne pousse qu’ici et nulle part ailleurs. Elle est difficile à repérer (je n’ai pas cherché assez longtemps), mais demandez à Jean-Paul du vélorail si vous rêvez de la voir, il saura vous dire où la trouver. (Indice : c’est un champ sur le parcours du vélorail, encore une bonne raison d’y aller.)

Découvrir le Larzac en vélorail
L’Aveyron est plein de surprises et d’activités insolites et originales. J’ai adoré l’histoire rocambolesque du vélorail du Larzac, ancienne voie de chemin de fer que Jean-Paul est parvenu à racheter à l’armée française pour créer cette activité familiale surprenante : dans un sens, on pédale sur des vélos fixés à la voie, en suivant les rails, et dans l’autre, on revient en petit train à toute blinde dans les tunnels où vivent d’étranges monstres légendaires. C’est complètement folklorique, avec les anciennes petites gares qui scandent le parcours et ramènent dans la France de 1900, les tunnels effrayants que Jean-Paul peuple de créatures mythiques, et la locomotive au retour, mais c’est aussi une succession de paysages magnifiques, avec une série de viaducs superbes qui offrent des points de vue fabuleux sur les villages perchés. On pédale sans effort, ce n’est pas fatigant du tout, et c’est très pittoresque. J’ai trouvé ça vraiment sympa et si j’avais eu huit ans, j’aurais carrément été extatique. Les gamins avaient tous l’air de s’éclater un maximum, je le recommande vraiment aux familles en particulier. Et si vous avez l’occasion de discuter avec Jean-Paul, surtout ne vous privez pas : c’est un personnage adorable et haut en couleurs, un héros de romans, plein d’histoires extraordinaires et d’anecdotes truculentes. Vous avez peut-être vu mes stories sur Instagram, où il imite les monstres des tunnels ? Et si vous avez raté ça… désolée, c’était collector, il faudra aller au vélorail pour le vivre en vrai ;-).

L’extraordinaire Domaine de Gaillac : cheval et traditions du Larzac
Je veux vous parler d’un lieu magique, au cœur du Larzac. Un lieu où j’ai eu l’impression de toucher l’âme aveyronnaise authentique, où la tradition de l’accueil chaleureux est exceptionnelle, et où mon amour des chevaux a été comblé. S’il est important pour vous de comprendre l’esprit des lieux et l’histoire des gens, que vous voulez toucher au cœur du sud de l’Aveyron et découvrir les grands causses avec ceux qui les habitent chaque jour, il faut que vous veniez au Domaine de Gaillac. C’est à la fois un gîte, restaurant, musée des traditions du Larzac et centre équestre, qui appartient à trois frères, également passionnés par leur pays et par les chevaux. J’ai rencontré l’un des frères, Michel Arnal, véritable mémoire vivante de l’Aveyron, toujours prêt à raconter son Larzac aux voyageurs curieux qui ont soif d’authenticité, et j’en garderai le souvenir d’une rencontre extrêmement forte et belle.
Plantons le décor : un domaine au milieu des champs de luzerne, sur le plateau du Larzac, où paissent des dizaines de chevaux. Des chats dorment sur les chaises en osier. Entrez dans la grande salle, et vous trouverez une cheminée monumentale, des photos de chevaux et de cavaliers, des images de l’Aveyron d’antan, et une collection impressionnante d’outils agricoles, de selles et de curiosités. Montez l’escalier : vous remonterez dans le temps.

Le musée des traditions du Sud-Aveyron au domaine de Gaillac
Au premier étage du domaine de Gaillac, me voici ramenée un siècle en arrière. Nous sommes dans les années 1900, au sud de l’Aveyron. Meubles anciens, objets de la vie courante, mannequins en costume d’époque, la vie d’antan est minutieusement reconstituée par des mises en scène saisissantes. Ici, c’est une place de village, avec les hommes attablés aux cafés, l’épicerie et le barbier. Là, c’est une famille paysanne attablée dans sa maison caussenarde. Plus loin, une salle de cinéma du début du siècle, avec les fauteuils d’époque, vous invite à prendre place pour un film sur le monde d’autrefois, tout en cartes postales anciennes. Mais ce que j’ai préféré, c’est la collection de charrettes, de carrosses, de selles, de jougs, de tout le matériel qui dit la culture équestre de cette société sans automobiles. Michel Arnal me raconte quelle énergie il a mise à rassembler tous ces objets, le temps passé dans les brocantes et les greniers des arrière-grands-mères pour dénicher le costume parfait, l’ustensile qui manquait à la collection. Le résultat est très émouvant.


Le domaine de Gaillac : le paradis des cavaliers
Impossible de compter les crinières et les sabots qui vivent au domaine de Gaillac : ici, les équidés sont rois. Les amoureux des chevaux viennent ici pour trois raisons. Les familles se régalent du spectacle équestre proposé en saison touristique, où chevaux, poneys et ânes enchaînent les numéros avec talent. Les cavaliers professionnels viennent pour les chevaux lusitaniens, que les frères Arnal importent du Portugal, débourrent et dressent avec soin pour les proposer aux troupes de spectacles en quête de montures exceptionnelles. Et les cavaliers de loisir viennent pour les randonnées équestres sur le Larzac, avec des chevaux sûrs et merveilleusement bien dressés. J’ai adoré cette chevauchée au milieu des fleurs multicolores du Larzac, avec une jument parfaite et un guide amoureux de son pays et de son métier. Nous sommes allés à cheval jusqu’au plus beau village médiéval du Larzac, La Couvertoirade (je vous en parle davantage plus bas). J’ai adoré cette sensation très chevaleresque : voir les remparts du village apparaître au loin entre les oreilles de ma jument, comme si je revenais d’un long et périlleux voyage et que l’aventure s’achevait enfin.

Un repas aveyronnais authentique
Le domaine de Gaillac, c’est aussi un gîte et un restaurant. Bon allez, je vais tout vous dire, rien que la vérité toute la vérité : même si le gîte est parfaitement propre, pratique et fonctionnel, j’étais un peu la princesse au petit pois qui se retrouve lâchée dans une usine Bonduelle. Je venais de passer deux nuits au Castel d’Alzac, sublime gîte avec jacuzzi privé, piscine couverte et lit impérial, et j’imaginais naïvement que ça allait être tout pareil, en mode « où sont mon peignoir et mes chaussons ? », quand Michel m’a expliqué qu’ici, « c’est pas comme au château de Jérôme ». Le domaine de Gaillac, c’est un gîte parfait pour les groupes (de cyclistes, cavaliers, scolaires, etc), avec de grandes chambres avec plusieurs lits, et y a pas une collection de produits de beauté dans la salle de bain. En voyant un (très sympathique) groupe de motards, j’ai eu un peu la trouille et j’ai prié très fort pour qu’on partage pas un dortoir, mais heureusement ils ont senti ma veine impératrice prout prout et j’ai eu une chambre pour moi (amen). C’est pas exactement mon univers, comme ils disent dans The Voice, mais en revanche, j’ai adoré le repas aveyronnais au restaurant du domaine. Spécialités typiques, portions généreuses, cuisine maison, service attentionné, c’était une très belle soirée. Il est temps pour moi de vous faire un petit point sur la nourriture aveyronnaise traditionnelle.
L’Aveyron est une destination gastronomique de grande qualité. Ceux qui disent qu’avec la mondialisation, on mange la même chose partout, sont vite détrompés. On vous propose ici des fromages fabuleux, et des spécialités qu’on ne trouve nulle part ailleurs, comme la fouace, une sorte de brioche très fine, ou la flaune, un gâteau de lait caillé de brebis à la fleur d’oranger. Mais aussi des choses plus détonnantes encore, plus… costauds. Comme me l’explique Michel, en Aveyron, on ne jette rien. « Quand on a des restes qu’on ose pas mettre à la poubelle, on en fait un farçum. » Et le degré ultime du farçum, c’est le farçou, qui intègre à une tarte les feuilles de salade gâtées, les queues de radis, le vert de blette, les épinards fatigués… Etonnamment, c’est vraiment très bon (je vous assure). Mais il y a aussi du plus hardcore, comme le lapet, un « yaourt pourri » mariné 6 semaines avec du sel, ou le pire du pire : la reubarbe. Pour situer le contexte : le roquefort, c’est déjà une épreuve en soi, avec ses champignons bleus du pain moisi. Mais imaginez ramasser toutes les brisures de roquefort après chaque repas, et les plonger dans un pot d’eau de vie qu’on laisse mariner pendant un an. Quand Michel a sorti le pot de reubarbe, je lui ai dit « c’est pas possible, tu me fais les Bronzés font du ski ». Imaginez une pâte rouge qui bouge toute seule à cause des vapeurs contenues, dégageant une odeur à tuer tous les monstres du vélorail du Larzac. Je n’ai pas pu. J’ai été lâche. Pardon, Michel. Mais cela ne doit pas vous dissuader de manger à Gaillac : c’est vraiment bon, et il ne sortira la reubarbe que si vous le lui demandez, promis.

Les villages templiers du Larzac
Le Larzac est une terre chevaleresque. Parce que le comte de Toulouse leur a donné des terres, l’ordre des Templiers s’installe sur le plateau, fonde des villages et des commanderies, organise la défense et cultive les champs. Pour protéger la population des routiers et écorcheurs (des anciens chevaliers devenus mercenaires, pillent et tuent), ils font monter de hautes murailles et des systèmes de défense ingénieux. Plus tard, à la dissolution de l’ordre des Templiers, leurs biens seront attribués aux Hospitaliers (l’ordre de Malte), qui continuera à faire du Larzac un remarquable exemple d’architecture médiévale militaire.


Le fort de Saint Jean d’Alcas
Ce fort du XII-XIVe siècle est résolument féministe : il appartenait à l’abbesse de Nonenque, qui était la maîtresse des lieux, rendait la justice et commettait occasionnellement quelques actions sanglantes, du genre, inviter les protestants à dîner et les faire tous égorger (ambiance Game of Thrones). Au sein de ses hauts murs, il contient un véritable village aux belles maisons caussenardes, et la vue sur le Larzac du haut des remparts de douze mètres est superbe.

Le fort du Viala du Pas de Jau
Ce logis hospitalier du XIVe siècle montre bien que les moines soldats ont vite oublié leurs vœux de chasteté, obéissance et pauvreté. C’est une construction opulente, énorme, qui montre combien ils étaient les seigneurs de la région. Au XVe siècle, on a même installé un atelier de faux-monnayeurs, qui, craignant d’être découverts, ont jeté toutes leurs pièces dans les latrines… et on les a retrouvées au XXe siècle lors des fouilles. Le fort contient des expositions passionnantes sur l’histoire et la culture de l’Aveyron, et la vue au sommet de la tour refuge est impressionnante.

La Cavalerie
C’est un fabuleux exemple de restauration d’un village médiéval fortifié, avec des remparts du XVe siècle entourant tout le cœur, et un beau chemin de ronde allant de tourelle en tourelle. La Cavalerie fut une importante commanderie templière, puis hospitalière, et la Place des Templiers est somptueuse – une démonstration de puissance efficace.

Sainte Eulalie de Cernon
Ce fut des plus importantes commanderies templières de la région, et la visite est passionnante. Mais ce qui m’a séduite par-dessus tout, c’est plutôt l’influence Renaissance qui règne sur Sainte Eulalie : le charme incroyable de ces ruelles, la place principale du village aménagée au XVIe siècle, avec son église, ses platanes et sa fontaine – un monument de pittoresque. C’est un de mes grands coups de cœur en Aveyron, d’autant que j’ai mangé dans une auberge délicieuse, La Cardabelle.


Bon à savoir : c’est à deux pas du vélorail, vous pouvez facilement combiner.
La Couvertoirade
Je termine avec mon préféré des cinq villages templiers et hospitaliers : La Couvertoirade ! Ce village bénéficie d’un avantage déloyal, j’y suis allée à cheval, ce qui donne forcément des points « amour » en bonus. Mais il est époustouflant. On parle souvent de lui comme de la petite Carcassonne de l’Aveyron, et c’est pleinement justifié. Remparts hollywoodiens, cimetière médiéval, vues ébouriffantes sur un passé fantasmé… magnifique. Et en bonus, vous y trouverez la plus grande lavogne de l’Aveyron.





Le chaos rocheux de Montpellier le Vieux
Il mérite à lui tout seul un voyage en Aveyron. A la fin du XIXe siècle, le spéléologue E.A. Martel découvre ce site absolument exceptionnel – le plus grand chaos de roche dolomite d’Europe – et tombe amoureux de ses formes fabuleuses, sculptées par l’érosion fantasque dans la roche sédimentaire abandonnée autrefois par l’océan qui se retire. C’est une ville de rochers, une Atlantide minérale. Martel a donné des noms enchanteurs aux créatures immobiles, tels que la Porte de Mycènes, le Cénotaphe, la Chimère… La promenade décuple votre fantaisie. Vous avez quatre manières de découvrir ce site magique : à pied, en petit train, en via ferrata ou en accro-roc (comme l’accrobranche, mais avec des rochers). J’ai testé les deux premières. Le petit train est pratique pour avoir un aperçu d’ensemble du site, et permet aux jeunes enfants et aux personnes âgées d’en profiter aussi, mais pour atteindre le plus beau panorama de tous, il vous faudra user vos petites jambes et suivre le sentier rouge. Quatre sentiers sillonnent le site (chaque randonnée dure environ 2h/2h30), et tous ont leurs charmes. Du haut du Douminial, le plus beau des panoramas, vous verrez au loin, par-delà les rochers capricieux, s’ouvrir la fente verte des gorges de la Dourbie…



L’Aveyron au fil de l’eau : les trois rivières et gorges
A travers les grands causses calcaires, l’eau s’immisce, se fraie des chemins, et taille des gorges spectaculaires dans la roche tendre qui la filtre de ses impuretés et la rend plus transparente encore. J’ai été émerveillée par ces paysages, par ces gorges surmontées de cheminées de fées et de parois abruptes, où s’accrochent des villages troglodytes et où les eaux sont d’une clarté presque hallucinatoire (imaginez voir tous les fonds, tous les poissons, toute la vie secrète du monde marin). Petit tour au pays magique.


Descendre les Gorges de la Dourbie : l’incontournable
Ma descente des gorges de la Dourbie avec Roc et Canyon a changé ma vie. Non, je n’exagère pas. Depuis ce moment, je suis devenue kayakolique. Dès que le week-end arrive, je cherche une rivière à descendre. J’ai mis des posters de kayak dans les toilettes. J’envoie des SMS à tous mes potes pour leur demander s’ils veulent faire du kayak avec moi. On a glissé un flyer des Kayakoliques Anonymes dans mon sac pour me venir en aide. Je ne veux plus faire que ça de ma vie : du kayak dans des rivières. Et je crois que la Dourbie est la plus belle rivière que je connaisse.
Imaginez une gorge sauvage, surplombée par le chaos rocheux de Montpellier le Vieux et lui empruntant ses sommets délirants, ses roches sculptées, ses chimères que réveille le crépuscule.
Imaginez une eau incroyablement claire, gorgée de poissons et d’écrevisses, et des bordures ourlées d’herbe et de mousse épaisse. Je crois que j’ai saoulé Manu, l’adorable moniteur de Rock et canyon, en disant tous les demi mètres « ohlala c’est trop beau », « ohlala c’est magnifique », « ohlala je suis trop émue », mais comme il est gentil il n’a rien dit, il a juste essayé de me coller à la flotte à chaque rapide. Plus sérieusement : descendre cette rivière si propre et solitaire, si belle et sauvage, en kayak avec un moniteur expérimenté et passionné par son métier, était un moment magique. Je vous recommande mille fois cette expérience. Et sachez que Roc et Canyon, qui est basé à Millau, propose des tas d’autres activités sportives : via ferrata, canyoning, paddle, escalade, tyroliennes, saut à l’élastique, et vraiment plein d’autres choses, allez voir leur site. Ils sont pro, ils sont sympas, et ils adorent leur pays. Je voudrais vraiment revenir pour faire du canyoning avec eux.


En dehors du kayak (kayak kayak kayak… ok je me calme), sachez que la route des gorges de la Dourbie entre La Roque Sainte Marguerite et Nant est à tomber par terre. C’est beau, mais c’est beau ! Vous verrez le Moulin de Corp, un magnifique pont qui enjambe la Dourbie, et le sublime village perché de Cantobre qui vous donnera envie de devenir moine érémitique et de passer votre vie à prier dans les montagnes. Et au niveau de La Roque Sainte Marguerite, vous pouvez rejoindre le chaos rocheux de Montpellier le Vieux par une petite route acrobatique (prenez votre temps et n’ayez pas le vertige…) mais superbe.




Les Gorges de la Jonte, entre Aveyron et Lozère
Elles forment la frontière entre les deux départements : une rive aveyronnaise, une rive lozèroise. Bien évidemment, j’ai tout de suite demandé à Manu si on pouvait pas aller faire du kayak kayak kayak kayak là-bas, mais il m’a dit qu’elles n’étaient navigables qu’en crue, pas le reste du temps. (Je suis sûre qu’il voulait se débarrasser de moi.) Mais la route des gorges de la Jonte, entre le beau village de Peyreleau et la célèbre Maison des vautours, est somptueuse elle aussi. Si vous rêvez de voir tournoyer les lugubres rois des airs, ne cherchez plus, c’est ici qu’il faut venir. J’en ai vu des dizaines nicher au sommet des crêtes, surplomber la gorge et fendre les airs. C’est une route très sauvage, vraiment belle.




Les célèbres Gorges du Tarn
La majeure partie des Gorges du Tarn se trouve en Lozère (j’avais vu il y a quelques années le Point Sublime à Saint Georges de Lévéjac, et j’en garde un souvenir merveilleux), mais le sud de la gorge est en Aveyron, et ce tronçon est tout aussi beau. Ce qui m’a particulièrement marquée sur ce tronçon, ce sont les habitations troglodytes à flanc de falaise, à des hauteurs terrifiantes, logées sous des dents rocheuses monumentales. J’ai été très impressionnée par le village de La Sablière, auquel on accède par un bac tyrolienne suspendu au-dessus du Tarn – à ce que j’ai compris, c’est un projet alternatif et solidaire, un hameau où on vit en communauté et s’investit dans des initiatives collectives. Le Tarn est bien sûr lui aussi une rivière navigable, et il faut que je revienne en Aveyron pour vivre cette descente réputée à juste titre. Là encore, l’eau si claire et la roche si docile conspirent à dessiner des paysages complètement psychédéliques, nuages fossilisés et eau d’un bleu perçant. Ce coin de France est MAGNIFIQUE. C’est tout ce qu’il faut retenir.


Le Tarn en douceur à Peyre, un des plus beaux villages de France
Lorsqu’on continue à descendre le Tarn, on quitte le paysage de gorges abruptes et arrive dans la vallée de Millau, où les reliefs s’aplanissent et où le Tarn coule en douceur dans une prairie plus basse. Mais ne croyez pas que cela perd son intérêt : il faut que vous alliez voir le village de Peyre, qui mérite bien son classement aux plus beaux villages de France. C’est un village troglodyte lové sur un méandre du Tarn, au creux d’une falaise – son église est sculptée dans la roche, ainsi que nombre de ses maisons. L’atmosphère est douce, bucolique. Des terrasses de Peyre, on a une vue merveilleuse sur le viaduc de Millau qui s’endort dans la lumière du soir.


Mon voyage a commencé au viaduc de Millau, il s’y achève désormais. Il est temps de redescendre les montagnes de l’Hérault vers la mer, et retourner chez moi, des étoiles plein le cœur, avec une promesse : je reviendrai en Aveyron.
Pour découvrir encore plus d’activités et de belles choses à voir : Tourisme Aveyron.

Cet article participe au rendez-vous #EnFranceAussi du mois de juillet, dont le thème est « Au fil de l’eau ». Pour avoir une chance de gagner un guide Gallimard de la Seine, laissez un commentaire sur cet article et sur le groupe Facebook En France Aussi !
Un grand, grand merci à tous ceux et toutes celles qui ont contribué à faire de mon voyage en Aveyron un merveilleux moment de bonheur et de partage. J’ai rencontré ici des gens vrais, passionnés, heureux de partager la richesse et la beauté de leur pays exceptionnel, et je n’ai été accueillie qu’avec gentillesse et générosité. Merci à Jérome et Emilie de m’avoir logée comme une princesse au Castel d’Alzac. Merci à Michel de m’avoir accueillie au Domaine de Gaillac, entre repas délicieux, traditions aveyronnaises et chevauchée fabuleuse sur le Larzac. Merci à Jean-Paul de m’avoir sauvée des monstres du Vélorail du Larzac et à Manu de Roc et Canyon de m’avoir rendue kayakolique sur la Dourbie. Merci aux restaurateurs – la Cave des Saveurs, la Cardabelle et l’aire du viaduc de Millau – qui m’ont fait découvrir les spécialités aveyronnaises, aux guides merveilleux qui m’ont fait aimer les villages du Larzac, les caves de Roquefort, le viaduc de Millau, le petit train du chaos rocheux de Montpellier le Vieux. Et plus que tout, MERCI au CDT de l’Aveyron et tout particulièrement à Jackie Bru de m’avoir permis de « vivre vrai » dans votre merveilleux pays ! L’Aveyron, quel coup de cœur !


Que voir dans le sud de l’Aveyron ? Que faire dans le sud de l’Aveyron ? Blog sud de l’Aveyron. Itinéraires sud de l’Aveyron. Meilleures activités sud Aveyron.




























