C’est l’un des plus beaux lacs d’Europe, et sans doute le plus romanesque : le lac de Côme, dans son écrin alpin au nord de l’Italie. Cernobbio, Côme, Lezzeno, autant de lieux auréolés de mythe et de magie, mais de tous les villages qui habillent ses rives, je voulais par-dessus tout visiter Bellagio, et les jardins de la villa Melzi. Voir Bellagio nimbé de brume dorée à l’automne, le temps d’une escapade en amoureux sur le lac de Côme, comment rêver à mieux ?
Mythique Bellagio, nouvelle Cythère des amoureux.
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Automne romantique, un voyage spontané au nord de l’Italie
J’ai toujours associé mon histoire d’amour avec Mr Viking aux Alpes, et aux lacs. Avant de le rencontrer, je n’avais qu’une vision utilitaire de la montagne : j’y allais l’hiver pour dévaler les pentes en ski, la traitant plus comme un terrain de jeu que comme un paysage à part entière. C’est mon bavarois de mari qui m’a appris qu’on pouvait voyager à travers les Alpes au printemps, en été et en automne, non pas pour skier, mais pour contempler. Notre premier voyage en amoureux fut consacré aux Alpes suisses et bavaroises, et nous n’avons cessé d’y revenir. Cet automne, nous avions besoin de calme et d’évasion, et nous sommes partis pour un road trip alpin spontané, à travers les ors et les roux. La première étape ? Quitter Aix, longer la Côte d’Azur jusqu’à son terme, remonter le nord de l’Italie, et aller passer deux jours au bord du lac de Côme, à Bellagio. Bellagio, c’était mon mythe à moi.
Au coeur des Alpes, le lac de Bellagio.
Le plus beau lac d’Europe ? Lac de Côme en quelle saison visiter le lac de côme brouillard lac de côme
Il est si difficile de quantifier la beauté, et l’Europe compte tant de grands lacs sublimes, de celui d’Annecy au lac Majeur en passant par le lac de Constance et le Königsee. Mais peut-être pourrait-on prouver que le lac de Côme est le plus beau, le plus enivrant de tous.
Rêves d’Italie.
Il peut d’emblée compter sur la complicité du relief : ses parois sont raides, presque verticales par endroits. Comme les grands fjords de Norvège, le lac de Côme a été sculpté par l’avancée brutale des glaciers qui fendent la roche, et sa géographie accidentée est son plus bel atout. Les lacs invitent d’ordinaire au déploiement d’une douce horizontalité – le regard se perd dans le lointain, et on devine l’autre rive plus qu’on ne l’admire. Pas sur le lac de Côme. L’autre rive se redresse et se rengorge, tel un paon faisant la roue, pour que vous puissiez l’admirer dans toute sa splendeur. Le lac de Côme aime se voir si beau dans le miroir de vos yeux.
Pentes raides et routes tortueuses du lac de Côme.
Son deuxième privilège, c’est sa forme en Y. Quand vous roulez sur les routes minuscules et tortueuses qui épousent les rives du lac de Côme, vous avez toujours l’autre rive sous les yeux. Ce Y tissé de sommets multiplie les points de vue. Bellagio, à la croisée du Y, me paraît être son apothéose.
Son troisième privilège, c’est l’injustice fondamentale du monde et de l’amour : la beauté attire la beauté comme l’aimant attire la foudre. Parce que les hommes ont de tout temps reconnu la beauté de ce lieu, il a pu l’accumuler en avare, assis sur son trésor. La grâce de la nature a attiré les faveurs des hommes, qui ont voulu la souligner avec leurs belles villas, les belles villas ont attiré les princes, les ducs et les rois, qui ont à leur tour édifié des monuments plus splendides encore. On ne prête qu’aux riches. C’est une collection de merveilles, et il est difficile de dire laquelle des villas du lac de Côme est la plus belle.
Villa Melzi à Bellagio.
Son dernier avantage enfin, c’est aussi sa malédiction : le brouillard. La région des grands lacs italiens est la plus frappée par les nappes de purée de pois, comme je l’ai découvert lors de ma Saint Valentin ratée. Si vous me demandiez en quelle saison visiter le lac de Côme, je vous dirais : surtout pas l’hiver. De novembre à mars, le brouillard règne en maître, et cache souvent la visibilité au-delà de quelques mètres. Mais lors des intersaisons, un soupçon de brume dorée flotte sur le lac et l’auréole de magie – et c’est ce que nous avons vécu en cette fin octobre, une nébuleuse d’or qui confère aux perspectives la profondeur du rêve. Tout médecin sait que c’est la dose qui détermine le remède ou le poison.
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En quelle saison visiter le lac de Côme
Evitez absolument l’hiver, à cause du risque météorologique trop élevé. L’hôtelière chez qui nous avons dormi me l’a confirmé fin octobre : « on entre dans la saison des grands brouillards ». Evitez aussi l’été, où la fréquentation touristique surpasse largement les capacités de desserte de ces routes minuscules et sinueuses. Conduire le long du lac de Côme, c’est long et lent, ce qui n’est pas gênant quand vous êtes peu nombreux sur les routes, mais peut virer au cauchemar en plein mois d’août. La plupart des gens préfèrent venir au printemps, en évitant les pics de fréquentation (Pâques) : en avril-mai, les glycines sont en fleurs, et le charme du lac est incroyable. Mais comme vous le voyez, l’automne est aussi une jolie option, en couleurs dorées et prix doux…
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Visiter Bellagio, la ville la plus romantique du lac de Côme
J’ai visité Côme, j’ai visité Cernobbio et Menaggio, j’ai traversé Nesso et Lezzeno, je les ai toutes aimées. Mais je me doutais que Bellagio aurait mes faveurs. Au cœur du lac, à la croisée des deux rives, Bellagio est un décor de cinéma. C’est délicieusement kitsch, avec ses pilotis de bois peint plantés dans les eaux calmes, ses drapeaux, ses ferrys qui font sans cesse la navette d’une rive à l’autre (parce que le lac est vaste et la conduite laborieuse, Bellagio est aussi un excellent camp de base pour naviguer d’une villa à l’autre sans perdre des heures sur la route). A l’automne, la vigne vierge rougit sur les façades, et habille les rues du village et des petits ports des couleurs de l’incendie.
Mais ce qui m’a le plus fascinée, ce sont ces hommes qui montent dans leurs barques et naviguent sur le lac à la rame, sans que je puisse comprendre qui ils sont, ce qu’ils vont et où ils vont, comme si leur mission dans l’existence était de tracer des orbes à la surface, et d’hypnotiser ceux qui suivent leur sillage peu à peu estompé. Ce sont des artistes à la rame, pour la beauté d’un geste éphémère qui ne semble avoir d’autre but que son esthétisme. Leur ballet silencieux accroît encore la poésie de Bellagio.
.Ferrys sur le lac
Bellagio à l’automne
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On se demande souvent quelle est la plus belle villa sur le lac de Côme. Le consensus porte souvent sur la villa Carlotta, pour ses forêts de glycines et d’hortensias. On évoque aussi parfois la villa del Balbianello, la villa Olmo à Côme, ou encore la villa Cipressi pour ses cyprès à la Böcklin. Lors d’un congrès à Cernobbio, j’avais eu aussi l’occasion de découvrir la villa Elba à Cernobbio, qui appartenait à mon réalisateur fétiche, Lucchino Visconti, et qui m’avait subjuguée. Elle n’est normalement pas ouverte au public, comme des dizaines d’autres villas secrètes sur le lac : nous les touristes, nous ne sommes que partiellement tolérés à cette assemblée de princes.
Mais beaucoup d’entre elles sont des villas de printemps, notamment la Carlotta, qui révèle toute sa beauté luxuriante en avril-mai. La plus belle villa du lac de Côme à l’automne, c’est la villa Melzi à Bellagio. Ses célèbres jardins contiennent des espèces végétales que la saison sublime, notamment des érables du Japon qui m’ont rappelé ces images d’automne sur le mont Fuji, et des plantes dont je ne connais hélas pas le nom qui revêtent une teinte presque fuchsia à cette période. J’aurais pu passer des heures à me perdre dans les jardins.
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Un monopteros avec vue sur le lac commémore de vieilles familles nobles italiennes, et une galerie célèbre le passage de Napoléon à la villa au début du XIXe siècle. Mais j’avoue qu’au-delà de l’histoire, de l’empreinte des siècles, c’est avant tout la beauté des jardins qui m’a conquise, et je comprends qu’ils soient fréquemment cités comme « les plus beaux du nord de l’Italie », en concurrence avec ceux de la villa Carlotta.
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Un hôtel bon marché avec vue sur le lac de Côme hôtel pas cher lac de côme – hôtel pas cher vue sur le lac de côme
Nous n’avions rien réservé pour ce road trip improvisé – nous voulions être libres de suivre nos envies, et la belle météo. Bellagio étant très chic, ses hôtels sont souvent exagérément chers. Nous avons trouvé en dernière minute, un peu par hasard, un hôtel bon marché et très confortable à Nesso : l’auberge Tre Rose. Pour 55 euros la nuit, un prix bas pour la région, nous avions une vue sublime sur le lac, une chambre petite, mais agréable, et une propriétaire chaleureuse. L’hôtel fait aussi restaurant, et j’ai adoré leurs spécialités de poissons du lac, notamment la spécialité de la maison, des pâtes à la sauce tomate et au poisson pêché dans le lac de Côme, un régal.
Un petit moment de dolce vita à l’italienne, à deux au bord de l’eau. J’ai adoré ce séjour.
Vue depuis notre chambre à l’hôtel Tre Rose.
Nous avons ensuite continué notre road trip alpin à travers l’Italie, la Suisse, la Bavière et l’Autriche… mais ce sera une autre histoire. Inscrivez-vous à la newsletter pour la connaître ? Prochain article : Forcalquier ! Je vous parlerai aussi bientôt des Alpes, et d’Oman, où je suis en ce moment…
Au milieu du Massif central s’élève un haut plateau : l’Aubrac. Ici trois départements – Aveyron, Lozère et Cantal – se touchent et se mélangent sur vingt-cinq mille hectares de solitude bucolique. C’est un pays de grands espaces, où on goûte le délicieux silence des chemins sinuant à travers les collines, et la clameur des chants sauvages dans les forêts de sapins. Le voyageur en quête de calme et de sérénité se sentira chez lui dans cette immensité paisible. Ici les cerfs brâment dans les bois, les vaches paissent autour des burons, et le paysage tout entier inspire la douce solennité des lieux riches d’une très longue histoire. Nous sommes entrés dans le vieux cœur d’une France éternelle. Bienvenue sur l’Aubrac, côté Aveyron. Voyage en aubrac – découvrir l’aubrac – que voir en aubrac – aubrac blog – village d’aubrac – que voir à laguiole – laguiole blog – aubrac blog – que voir sur l’aubrac
L’Aubrac et ses vaches emblématiques
Calme du soir à Laguiole, célèbre pour ses fromages et ses couteaux
Dans les forêts profondes de l’Aubrac.
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Voyage en Aubrac, un petit goût de très loin
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En roulant sur les routes désertes des monts de l’Aubrac, j’ai pensé à l’Ecosse, à l’Irlande, à la Norvège, autant de rivages lointains et nordiques. Un étrange sentiment d’insularité vous gagne ici, alors que vous ne pourriez être plus loin de la mer, dans ce paysage de moyenne montagne étrangement brute. On m’a dit qu’ici poussaient des fleurs qu’on ne voit qu’en Sibérie, et que des créatures rares et fascinantes subsistaient dans les tourbières, comme la belle loutre d’Europe. Ici se côtoient un monde façonné par les hommes – les pâturages des vaches Aubrac, les grandes étendues déboisées qui ont valu à ce massif le surnom de « tête chauve » –, et un monde sauvage et secret.
Je suis amoureuse des routes immenses de l’Aubrac, de cette sensation de solitude et d’infini.
Des airs d’Ecosse sur ce lac proche du village d’Aubrac.
Vache Aubrac au milieu des fleurs d’automne.
Colchique d’octobre. Au printemps, des fleurs plus rares couvrent la prairie.
Oui, nous sommes déjà en montagne, je le sens dans l’air du soir, dans les craquelures des pierres malmenées par le gel. Les monts émoussés par les millénaires d’érosion ne montent pas très haut, de 1100 à 1400 mètres d’altitude, mais le climat est rude en hiver. Nous sommes à la fin de l’automne, les vaches ne sont pas encore redescendues des estives. Mais je sais que bientôt, la neige recouvrira tout. Je vois les gens commencer à s’activer dans les stations de ski de l’Aubrac, à Laguiole et à Brameloup, tester les remontées au milieu des tranchées de sapins.
Brameloup, quel mot évocateur. Je suis dans un roman médiéval, plein d’animaux sauvages et d’ombres napées de brume. J’ai changé de monde. Dans les vallées du Lot et du Dourdou, j’étais dans un paysage de contes de fées, doux et policé, à la recherche des plus beaux villages du nord Aveyron, qui ressemblaient souvent à des villages de poupées. Mais désormais, sur ces routes entre Laguiole, Aubrac et Brameloup, je suis perdue au cœur d’immenses solitudes bosselées, je ne croise plus personne et un vent de liberté me grise. Je suis dans les grands espaces, au cœur du cœur de la France et pourtant déjà très loin. L’aventure frémit sous mes pas.
La station de ski de Laguiole.Pierres du village d’Aubrac
Le village d’Aubrac dans le soir.
Entre champs et forêts.
Le soir tombe sur les montagnes.
Le brame du cerf dans les forêts de l’Aubrac
Fin septembre, les cerfs Elaphes entrent en rut dans les bois de l’Aubrac. Ils brâment dans la forêt obscure pour séduire les biches, frappent leurs bois contre ceux de leurs rivaux dans d’impressionnants combats. En fin d’après-midi, je me suis enfoncée dans les bois avec un guide de la Maison de l’Aubrac et un petit groupe de passionnés, espérant entendre ces bruits de passion et de lutte qu’on décrit comme spectaculaires : brames puissants, chocs brutaux, tumulte dans la pénombre… Malheureusement, je suis arrivée trop tard dans la saison – mi-octobre, beaucoup de cerfs se sont tus. Mais j’ai aimé cette aventure presque clandestine, ce petit groupe qui se perd dans le labyrinthe sylvestre sous les dernières lueurs du jour en quête de la cérémonie secrète… j’avais l’impression de vivre une initiation.
...Dans les bois…
Entendre le brame du cerf en Aveyron : la Maison de l’Aubrac, à Aubrac (le village), propose des sorties accompagnées, en général les deux dernières semaines de septembre et la première semaine d’octobre. Le guide est passionnant et érudit. Habillez vous chaudement, vous attendrez immobiles dans la pénombre fraîche, à la nuit tombante – pensez à vous munir de gants. Petite mise en garde importante : pensez bien à inspecter votre corps après la sortie. J’ai eu la mauvaise surprise de découvrir une tique fichée sur ma jambe. Les forêts françaises sont hélas touchées par des maladies liées aux tiques, il est donc important de vérifier qu’aucun insecte n’est resté accroché à votre peau quand vous vous êtes promenés dans les sous-bois (pas seulement en Aveyron, mais partout).
La belle Maison de l’Aubrac.
Autour du village d’Aubrac, le pays des burons
Les pierres noires évoquent le volcan qui a longtemps rugi dans cette région aujourd’hui si paisible. Ce fut une terre de feu. Traînées de basalte qui forment les murs séparant les prés, lauzes noires et pierres cendrées dans les maisons, les teintes du village d’Aubrac sont sombres comme un incendie éteint. Depuis le XIIe siècle, ces vieux murs accueillent les pèlerins sur les chemins de Compostelle. Je m’imagine cheminer en silence parmi ces terres si solitaires et solennelles – difficile d’être plus près de Dieu que sur l’Aubrac, la terre se met sur la pointe des pieds pour l’approcher.
Aubrac est tout petit, et d’une grande beauté. La Maison de l’Aubrac accueille des expositions et conférences sur ce pays singulier. Mais surtout, ce qui frappe le regard, ce sont les vaches. Les magnifiques vaches de race Aubrac, paissant au bord des étangs, se parant de roux au couchant. De mai à octobre, elles sont sur les estives, et leurs transhumances sont de grandes fêtes populaires. Le 25 mai, on les pare de fleurs pour les monter aux pâturages, et la manifestation semble superbe.
Ici, c’est le pays des burons, ces maisons de pierres noires où on fabriquait le fromage. Au XIXe siècle, tous les burons étaient actifs, habités par des pâtres gardant les troupeaux ; aujourd’hui un seul subsiste. J’ai un seul regret en Aubrac : ne pas avoir eu le temps de visiter le dernier buron en activité, le Buron de Camejane, où on vous sert l’aligot préparé au feu de bois dans une délicieuse ambiance d’auberge d’antan.
Vaches près du village d’Aubrac
Le dernier buron.
Colchiques et vaches paisibles..Une transhumance dans la vallée du Lot
Mais même si les burons ont disparu, la tradition fromagère se perpétue malgré tout en Aubrac.
Laguiole, ses fromages et ses couteaux
Laguiole (prononcez Layole), c’est la porte de l’Aubrac, le village seuil qui vous fait entrer dans le domaine montagnard. C’est aussi le cœur d’activité de cette région aux grands talents agricoles et artisanaux, réputée pour ses deux spécialités : ses fromages de lait de vache AOP, et ses couteaux. Je suis très curieuse des territoires qui parviennent à allier savoir faire traditionnel et techniques innovantes, et j’étais très heureuse d’aller à la rencontre des fromagers de Jeune montagne.
Laguiole le soir.
Laguiole de jour.
Sur la place du village, le taureau emblématique.
Les fromages de l’Aubrac à la coopérative Jeune montagne que faire à laguiole que voir à laguiole blog aubrac
Jeune montagne, c’est un exemple impressionnant d’un modèle agricole à la fois traditionnel et performant, qui parvient à défendre l’héritage ancestral, protéger ses agriculteurs, et produire suffisamment pour pouvoir faire bénéficier toute la France de ses produits. La coopérative naît en 1960 dans les burons de l’Aubrac, là où on a produit depuis le XVIIIe siècle la fourme et la tome, où on file l’aligot à la main dans de grands chaudrons. Son fondateur, c’est le paysan visionnaire André Valadier, « l’homme qui a sauvé l’Aubrac ». A l’heure de la modernisation agricole accélérée, il comprend qu’il faudra innover pour sauver le modèle aveyronnais, sans renoncer pourtant à la tradition. Il convainc une trentaine de paysans de vendre leur lait à la coopérative, et permet par cette union de sauvegarder le mode de production traditionnel. Le fromage Laguiole reçoit l’AOC en 1961, avec un cahier des charges très strict que la coopérative Jeune montagne respecte scrupuleusement. Il s’agit du lait de vaches Aubrac et Simmental, tout le lait provient du plateau de l’Aubrac exclusivement, les vaches sont aux pâturages tout l’été, au minimum quatre mois par an, nourries par les fleurs et les foins du plateau de l’Aubrac, sans aucun ensilage durant l’hiver afin de préserver le goût fruité du lait. Les veaux sont élevés avec la mère avec une alternance de traites par le veau et de traites manuelles pour le lait, et la production laitière de chaque vache ne doit pas dépasser 6000 litres par an.
La coopérative participe à la revalorisation laitière de la vache Aubrac – qu’on avait eu tendance à élever pour la viande exclusivement, lui faisant perdre ses qualités laitières – en encourageant financièrement les producteurs qui augmentent la part de vaches Aubrac dans leur cheptel. Jeune montagne, premier producteur de fromage Laguiole AOC, veut soutenir de façon active et engagée ses agriculteurs aveyronnais et leur permettre de perpétuer cette tradition pastorale, ce mode de production où la qualité passe avant tout. Encore une fois, les Aveyronnais montrent le chemin.
Mais cette exigence de qualité ne signifie pas rareté, et elle ne les empêche pas d’avoir démocratisé les produits aveyronnais, désormais accessibles dans tout le pays. Ce sont eux qui ont inventé, avec le soutien du chef étoilé Michel Bras, une technique afin de proposer l’aligot au rayon frais. Si vous trouvez des barquettes d’aligot dans votre supermarché, elles viennent de Jeune montagne. Ils m’en ont offert une dans un sac isotherme, que j’ai mangée avec Mr Viking à mon retour à Aix, et j’ai été impressionnée par la qualité du produit et son goût délicieux, presque aussi bon que celui qu’on déguste en direct dans les restaurants aveyronnais.
Vous pouvez visiter la coopérative, voir un film très touchant sur son histoire et les agriculteurs qui la font vivre, et assister au processus impressionnant de fabrication du fromage. Le lait cru venu des exploitations de l’Aubrac va d’abord être caillé dans de grandes cuves, égoutté et modelé plusieurs fois pour enlever le petit lait. Le produit qu’on obtient à ce stade est la tome fraîche, qui peut être consommée telle quelle. A travers de grandes parois en verre, vous pouvez voir les fromagers travailler, et soulever les énormes fourmes de cinquante kilos. Pour obtenir le Laguiole, la pâte sera salée, moulée et placée en salle d’affinage pour 4 mois minimum (et jusqu’à 24).
Et bien sûr, la visite finit à la boutique… Vous y trouverez l’aligot, la brouillade, plusieurs sortes de laguiole aux durées d’affinage différentes, le petit buronnier, et surtout mon nouveau fromage préféré : le petit Ecir. Si j’avoue que le Laguiole est un peu trop fort pour moi qui ai des goûts de bébé, le petit Ecir crémeux m’a totalement séduite. Je laisserai Jeune Montagne le décrire pour moi : « L’Ecir, vent glacial qui soulève la neige légère sur les montagnes d’Aubrac, a donné son nom à cette spécialité fromagère à pâte molle et à croûte fleurie. » Ca fait envie, non ? Je pense qu’on peut le comparer au Saint Marcellin ou au Saint Félicien (pardon aux puristes si jamais cette comparaison est impie). Je vous conseille vraiment de le goûter si vous passez par l’Aveyron.
Jeune montagne est devenu non seulement un moteur pour l’agriculture aveyronnaise, mais aussi un pôle touristique, et j’étais impressionnée par le nombre de touristes venus visiter la fromagerie. Moi qui avais été seule pendant tout le séjour en Aveyron, j’avais l’impression que tous les voyageurs s’étaient donné rendez-vous ici ! C’est devenu un incontournable des itinéraires sur l’Aubrac, un peu comme les caves de Roquefort au sud de l’Aveyron.
L’emblème de la coopérative.
Mon chouchou, l’Ecir.
Assortiment de spécialités produites par Jeune MontagneDégustation.Fromage Laguiole.
Aveyron, pays du fromage – cela tombe bien, car novembre est le mois du fromage pour les blogueurs d’#EnFranceAussi, et vous retrouverez (presque) tous les fromages de France dans leurs articles collectés par Chacha Aventurière.
Les couteaux de Laguiole, un savoir faire qui mériterait d’être protégé vrai couteau de laguiole laguiole authentique
Le village de Laguiole a donné son nom à ce type de couteau pliant produit ici depuis le XIXe siècle, au point de spécialiser le village dans la coutellerie. Les plus belles pièces sont de vraies œuvres d’art, et en même temps des produits pratiques fiables et utiles, témoignant d’un travail méticuleux et rigoureux. Si vous vous promenez dans les rues de Laguiole, vous serez marqué par le nombre de boutiques de couteliers, l’autre grande attraction touristique de l’Aubrac. Là où le bât blesse, c’est que contrairement aux fromages qui sont protégés par une appellation contrôlée, les couteaux ne le sont pas… et c’est donc une foire un peu décevante pour le touriste en quête d’authenticité : les vrais couteaux de Laguiole, façonnés avec passion et savoir-faire par des artisans talentueux, côtoient les imitations bas de gamme made in China… Les artisans authentiques cherchent aujourd’hui à être protégés par une IGP qui réserverait l’appellation « laguiole » aux couteaux de la région, mais le chemin est encore long. Ne vous faites pas piéger, et n’hésitez pas à poser des questions précises aux marchands.
Dans cette jungle, une institution garantit la qualité du produit et l’ancrage local : La Forge de Laguiole. Chacun de leurs couteaux est une pièce faite main ici à Laguiole, au prix de longues heures d’un travail précis et exigeant. Ils sont à la pointe du combat pour la défense du couteau non seulement made in France, mais surtout made in Laguiole, et leurs pièces sont de toute beauté. Vous pouvez visiter leurs ateliers et apprécier le travail de l’acier, du manche en bois ou en corne finement ciselé, l’assemblage fiable et sûr.
Dans tous les autres domaines, les Aveyronnais ont su protéger leurs produits, leur identité, leur terroir – j’espère vraiment que les couteaux seront la dernière pièce du puzzle !
Un superbe couteau de la Forge de Laguiole avec un manche volcanique.
Les ateliers de la Forge.
Paysage de Laguiole
Un bel hôtel à Laguiole : le Best Western Relais de Laguiole où dormir à laguiole hôtel aubrac
Vous le savez, j’ai d’ordinaire tendance à privilégier les hôtels indépendants aux chaînes, car je regrette la standardisation de l’hôtellerie. Mais pour avoir dormi dans plusieurs Best Western ces derniers mois, notamment en Allemagne et à Chamonix, j’ai eu l’occasion de constater que la marque signifie la garantie d’un certain standing, mais non l’uniformisation des hôtels. Chaque hôtelier reste maître de son concept, de sa décoration, de ses installations, et vous n’avez absolument pas l’impression de vous retrouver dans le même hôtel décliné à l’infini (contrairement à d’autres chaînes connues). Je peux dire en toute honnêteté qu’après avoir eu des petites déceptions dans d’autres Best Western, le Relais de Laguiole m’a réconciliée avec l’enseigne, ou du moins convaincue de retourner dans cet hôtel-là à Laguiole : c’est mon Best Western préféré à ce jour. C’est un 3 étoiles qui en mérite davantage, le standing me paraît plutôt au niveau d’un 4 étoiles. Ma chambre était parfaite : spacieuse, lumineuse, avec une grande salle de bain et une literie extrêmement confortable. Le restaurant de l’hôtel proposait des spécialités aveyronnaises authentiques et un buffet des desserts qui n’a clairement pas arrangé le bilan calorique du séjour. Mais surtout, surtout, argument qui a conquis mon petit cœur d’aspirante sirène, le Relais de Laguiole comporte une fabuleuse piscine intérieure. Sincèrement, c’est une des plus belles que j’ai vues dans un hôtel : beaucoup trop d’hôtels appellent « piscine couverte » une espèce de pataugeoire minuscule sans intérêt, pas celui-là. La piscine est immense, presque 25 mètres de long, ce qui permet de faire de vraies longueurs, et ses horaires d’ouverture sont suffisamment étendus pour qu’on en profite vraiment (7h30-22h). L’espace compte également un spa proposant des massages et soins, un sauna et un grand jacuzzi chaud et bouillonnant. J’ai adoré ma nuit dans cet hôtel, qui a tout pour qu’on s’y détende et s’y sente bien – encore une belle expérience hôtelière en Aveyron, après mon merveilleux séjour au Castel d’Alzac en juin.
.Parfois, on me demande si ça n’est pas trop dur d’être seule en voyage, de passer mes soirées en tête à tête avec moi-même. Je prends un air digne et résigné et je dis que je supporte.
Je reviendrai en Aveyron en avril, pour le salon des blogueurs de voyage WAT18 à Millau, et je m’en fais déjà une joie. Retrouvez mes autres articles sur ce pays magique : les merveilles du sud de l’Aveyron, les plus beaux villages du nord Aveyron, le gîte 5 étoiles unique en son genre qu’est le Castel d’Alzac.
Prochain article : la Haute Provence, autour de Forcalquier ! Inscrivez-vous à ma newsletter ?
Merci au CDT de l’Aveyron, et notamment à Jackie Bru et Jean-Luc Calmelly, de m’avoir permis de découvrir votre pays magnifique et si attachant. Vivement que j’y revienne !
Epinglez moi sur Pinterest ? A la découverte de l’Aubrac !
Si quelqu’un ignore encore combien la France est belle, je lui prescris immédiatement un voyage à la découverte du nord Aveyron. C’est ici le pays de Cendrillon et de Peau d’Âne. Un chapelet de villages beaux comme les enluminures des vieux grimoires, de Conques à Espalion, de Saint Côme d’Olt à Salles-la-Source, de Bozouls à Estaing, dessine ici un pays magique à la beauté jalousement préservée à travers les siècles. Difficile de vous dire combien j’ai été éblouie par ces merveilles architecturales, par ce patrimoine médiéval au bord de l’eau qui vous fait aimer follement la France et ses légendes. L’Aveyron a définitivement conquis mon cœur, et je vais vous le faire aimer à votre tour.
Salles la Source.Conques
L’addiction au voyage en Aveyron
Revenir en Aveyron, j’en rêvais depuis juin dernier. J’étais alors partie à la découverte des merveilles du Sud de l’Aveyron, et j’étais revenue en état de transe. Je commençais toutes les conversations par « tu connais l’Aveyron ? », il ne me fallait surtout pas me demander comment j’allais, sinon je dégainais direct la Dourbie et le Larzac, et j’expliquais à d’innocents inconnus que le grand chef d’œuvre du XXIe siècle, c’était le viaduc de Millau, et qu’un jour on y ferait un pèlerinage comme à Notre Dame ou à la Tour Eiffel. On aurait dit que j’avais épousé le chaos rocheux de Montpellier le Vieux ou le kayak sur le Tarn. Bref, j’étais incurablement dingue de l’Aveyron, et je n’avais qu’une obsession : y retourner pour voir cette fois le nord du département, les pays du Rouergue et de l’Aubrac. Mais pourquoi l’Aveyron avait su me fasciner à ce point ?
Dans les forêts aveyronnaises.
Liberté, égalité, Aveyron : un nectar de France
Imaginez que vous vouliez révéler l’âme de la France à un étranger en quelques jours, où l’emmèneriez-vous ? J’ai ma réponse : j’irais en Aveyron. Chaque image, chaque sensation, chaque conversation revêtait une étrange nature éminemment française, et je n’avais jamais eu la sensation d’un lieu qui incarnait tellement bien tout ce qui fait que le monde aime notre pays. Non pas parce que tout le monde se baladait avec des baguettes, des bérets et des coqs (les Aveyronnais sont des gens normaux, promis), mais parce que c’était un équilibre subtil entre l’authenticité et la modernité, la fierté d’être soi et l’ouverture vers l’autre. Au premier regard, on découvrait la beauté séculaire des villages anciens, intacts depuis le Moyen-Âge, on voyait les moutons et les vaches dans les champs, emblèmes d’une ruralité fière de ses traditions. Et pourtant, on ressentait aussi l’audace de la modernité, une très grande technicité dans l’agriculture et l’artisanat, une création architecturale à l’avant-garde du nouveau millénaire à Millau, et une culture en éveil, attentive au monde. Tous les restaurants servaient des produits locaux, produits dans un rayon de cent kilomètres. Chaque Aveyronnais était l’ambassadeur de son pays et en parlait avec une immense fierté. Chacun inventait des projets audacieux pour concilier l’héritage des siècles passés et l’exigence de renouveau. Fidèles à la vieille devise viscontienne (« il faut que tout change pour que rien ne change »), ils se battaient pour introduire les innovations nécessaires à la préservation de leur culture et leur mode de vie. L’Aveyron était beau et inspirant. Il fallait que je revienne. Et c’est par un bel automne coloré que j’ai repris les chemins des Cévennes, et rejoint la région qui va de Rodez à Laguiole, le nord aveyronnais.
Bozouls, une des perles du nord aveyronnais
Le château d’Estaing
Nord Aveyron, qui es-tu ?
Aux portes du Massif central
L’Aveyron est un carrefour culturel entre le midi, l’ouest et le Massif central. Si j’avais perçu très fort l’influence de Montpellier et du midi dans le sud Aveyron, j’ai cette fois ressenti que le centre de gravité tirait la région vers le nord, vers l’Auvergne. Les premières stations de ski me prouvaient que j’entrais dans le Massif central, le vieux cœur paisible de France. Les chênes cédaient le terrain aux sapins et aux mélèzes, la température descendait avec l’altitude. Les pierres avaient changé, les formes des maisons aussi. Ici l’ardoise recouvrait les toits et donnait aux villages sa brillance capricieuse, les clochers et les tourelles avaient ce noir de merle qu’aucun brouillard n’éteint jamais vraiment. Au sud de l’Aveyron les ovins, au nord les bovins : plus de moutons du Larzac ici, mais de magnifiques vaches de moyenne montagne au milieu de paysages âpres et solennels qui me rappelaient l’Ecosse. Tout au nord de l’Aveyron, j’étais déjà aux portes du Cantal, et je sentais combien je m’étais éloignée de mon midi natal.
Au coeur de l’AubracToit d’ardoise
Le pays des prêtres et des pèlerins
Mais le Nord Aveyron, c’est d’abord et surtout le pays de Compostelle. Un des quatre grands chemins français, la Via Podiensis (celle qui part du Puy-en-Velay), passe par Saint-Côme-d’Olt, Espalion, Estaing et la sublime Conques. Je ne le savais pas en arrivant, mais je l’ai découvert dès la première heure. Je suis arrivée à Conques, et un prêtre souriant m’a approchée en me demandant « Qu’est-ce qui vous amène ici, mon enfant ? ». Choc intense, catapultage des siècles, j’étais complètement désarçonnée : je croyais qu’on ne parlait comme ça que dans les films. J’ai commencé par lui dire « Bonjour Monsieur », je me suis miraculeusement souvenue qu’on ne disait pas Monsieur à un prêtre, j’ai repris « Bonjour mon père » et il m’a donné du « ma fille », j’étais dans un autre monde. Je n’avais jamais vécu une ambiance pareille. Partout, des pèlerins cheminaient, coquillage sur leur bâton ou leur sac à dos, venaient solliciter la bénédiction des prêtres ou se recueillir dans la sublime abbaye. J’étais revenue au cœur du Moyen-Âge doré, gorgé de foi et de miracles, et j’avais un sentiment d’irréalité totale. Personne ne m’avait dit que j’allais entrer dans un roman de Victor Hugo, et j’adorais cette sensation de bascule dans le mythe. Il faut aussi dire que c’était un grand changement par rapport au Larzac, « dernière réserve naturelle de gauchistes en France », ou vous avez plus de chances de croiser un zadiste qu’un curé – oui, on avait définitivement changé d’ambiance. Dans tous les villages, même ceux qui ne figuraient pas « officiellement » sur le tracé, je croisais des pèlerins, chaussures usées, regard profond, démarche assurée, cheminant vers le Sud-Ouest. Les saints étaient à l’écoute. Moi qui ne suis pas vraiment chrétienne, je me suis signée en entrant dans chaque église, tellement cette atmosphère de recueillement tranquille me touchait et m’émeuvait. (Et parce que le prêtre me regardait, aussi.) Mais je vous arrête tout de suite : le chemin de Saint Jacques, moi je veux bien le faire… en bagnole. Y a des limites à ma piété toute neuve, et aux ampoules sur mes orteils.
Sur le chemin de CompostellePrêtre devant le tympan de l’abbatiale de Conques
Le pays des perles sur rivière
Entre deux chaînes de montagne, l’Aubrac au nord et les Causses au sud, coulaient les vallées du Lot et du Dourdou, comme un répit verdoyant entre les mondes minéraux. Affluent de la Garonne, le Lot, à qui certains villages donnent encore le vieux nom occitan d’« Olt »(Saint Côme d’Olt…), semblait charrier les merveilles. Sur ces fleuves, je jouais à la marelle de village sublime en village sublime, le long de ces cours d’eau où les hommes amassent les richesses et édifient les cathédrales depuis la nuit des temps. Ce sont des circuits touristiques d’une beauté rare, une carte postale grandeur nature de la France éternelle. Mais d’autres rivières plus secrètes, comme le Créneau qui traverse Salles-la-Source, ou le Dourdou qui sculpte le canyon de Bozouls, m’enchantaient au plus haut point par leur caractère capricieux et mystérieux. Le Nord Aveyron, c’est le pays de l’eau qui se faufile, des sources miraculeuses, des méandres et des reflets, et il est facile de peupler ses puits d’ondines.
EspalionEstaingSaint Geniez d’Olt
Les plus beaux villages du Nord Aveyron
C’est par mes quatre grands coups de cœur que je commencerai cet article, mes éblouissements : Salles-la-Source, Conques, Bozouls et Estaing. Mais en vérité, les autres mériteraient tout autant mon élection. J’y ai simplement passé moins de temps, trop éparpillée par les multiples beautés du nord Aveyron, mais j’espère que mes photos vous convaincront de leur consacrer plus de temps. Nous passerons donc ensuite plus rapidement à Espalion, Saint Côme d’Olt, Sainte Eulalie d’Olt et Saint Geniez d’Olt.
Saint Côme d’Olt
Salles-la-Source, le pays des ondines
Il n’était pas prévu que je m’arrête à Salles-la-Source : mon programme devait me conduire directement à Conques, ce matin-là. J’avais traversé des vallées remplies de brume épaisse, dans une ambiance ourlée comme un capuchon de vieux moine. Soudain le soleil a traversé les nappes grises, et au détour d’un virage, j’ai vu un village apparaître, avec une cascade en son cœur. J’ai su immédiatement que je devais m’arrêter à Salles-la-Source : je n’avais jamais vu ça de ma vie. Le village était divisé en deux parties, en bas un bourg environné de forêts dont les tours carrées me faisaient terriblement penser à une illustration XVIIe d’un livre de Perrault, et en haut la source, bondissante, magnifique, comme un javelot au cœur du village. Au-dessus de la source, des habitations troglodytes et d’étranges terrasses venaient habiter la roche imbibée d’eau calcaire, ouvragée par l’érosion. C’était une vision d’une poésie parfaite.
J’ai lu que les habitants s’étaient battus pour sauver la cascade, menacée par l’exploitation hydroélectrique, arguant la beauté patrimoniale du site. En arrivant à Salles, je n’ai pu que leur donner raison : cette cascade au cœur du village est un spectacle magique, une vision rare.
Salles la Source......
En me promenant le bourg, je suis tombée sur un mélomane au sourire contagieux, qui écoutait Bach fenêtres ouvertes au milieu des vignes grimpantes. Kamel, c’est son nom, est un inventeur et un artiste, installé à Salles-la-Source depuis vingt-cinq ans. Il m’a dit à quel point il aimait ce territoire aveyronnais, le bouillonnement d’énergie créative, tous les projets innovants qui couvaient sous l’allure paisible du petit village. Il m’a permis de lui tirer le portrait, et j’adore cette photo souvenir.
Kamel Smaïn, à Salles la Source
Conques, l’éblouissement mystique
« Conques ». Le nom me faisait penser à celui d’un coquillage, concha en latin, et j’imaginais les pèlerins de Compostelle, avec leur Saint Jacques au cou, donnant leur nom au village qu’ils traversaient. En réalité, la confluence de deux rivières, le Dourdou et l’Ouche, formait ici une forme de coquille, d’où le nom donné au site par Louis le Pieux : Conques, coquillage en ancien français. Mais au fond, peu importe : il reste ce beau nom, Conques, un nom clair et désaltérant comme la torsade marine, un nom de trésor exhumé du fond des âges. Conques, Concas en occitan, promesse de perle au cœur de l’huître. Je sais que beaucoup de villages se targuent d’être « les plus beaux de France » et que notre pays regorge de joyaux, mais sincèrement, je connais peu de villages qui atteignent le niveau d’éblouissement que suscite Conques. (J’accepte comme concurrents Gordes, Cordes sur Ciel et le Mont Saint Michel, autant dire qu’on est dans du high level.) Conques, c’est sans aucun doute une des plus belles stations du Chemin de Compostelle, et elle a toute la collection de badges Pokémon pour le prouver : Patrimoine mondial de l’UNESCO, Grand Site de France, Plus beaux villages de France, tout ce qu’il faut pour vous convaincre que c’est un incontournable absolu.
La beauté du site est exceptionnelle. Lové entre la rivière et les collines, véritablement recroquevillé dans sa coquille de pierre, le village est projeté dans une verticalité gracieuse par les tours de la mythique abbaye Sainte Foy. Son tympan saisissant, figure du jugement dernier, de la damnation des mauvais et de l’élection des justes, est un chef-d’œuvre de l’architecture romane. C’est ici que sont conservées les reliques de la jeune martyre d’Agen, Sainte Foy, faisant de la belle abbaye un des plus grands centres de pèlerinage du Moyen-Âge. Au XIe siècle, la puissance de l’abbaye et de ses reliques s’étendait jsuqu’au fin fond des déserts espagnols et des tourbières germaniques.
Conques..Détail du tympanSublimes vitraux par Pierre Soulages.........
Le trésor de l’abbatiale est considéré comme la plus belle collection d’orfèvrerie médiévale de France, avec des pièces d’une valeur inestimable, forgées du IXe au XIVe siècle, époque d’apogée de Conques – la pièce majeure est bien évidemment le reliquaire en majesté de Sainte Foy, en bois d’if recouvert d’or, avec son étrange regard bleu perçant. Conques, c’est le Moyen-Âge dans ce qu’il a de plus éblouissant, l’architecture, la sculpture et l’orfèvrerie en majesté, jalousement préservées depuis des siècles dans ce lieu hors du monde. Prosper Mérimée aurait pleuré d’émotion en découvrant le trésor en 1837, disant qu’il n’était « nullement préparé à trouver tant de richesse dans un pareil désert » (désert, faut pas exagérer, sois poli Prosper steuplé). Moi, je me suis demandé si sa Vénus d’Ille n’avait pas emprunté à Sainte Foy son regard marmoréen et meurtrier – les yeux de la statue m’ont hantée. J’ai lu ensuite que le visage de la statue avait probablement été volé à la dépouille mortuaire d’un empereur romain : il s’agirait d’un masque funéraire…
La pièce dite « le A de Charlemagne ».Le visage de la sainte
En arrivant à Conques, j’ai vu l’Auberge Saint Jacques en face de l’abbaye, son pèlerin en bois sculpté à l’entrée et sa terrasse avec vue imprenable sur l’église, et je me suis dit « j’aimerais bien manger là ». Bonne surprise de blogueuse, ça tombait très bien car mon programme m’y envoyait, et je n’ai pas été déçue. La terrasse ensoleillée était idyllique, et le repas aussi typique, local et bon que je l’espérais. Sachez que c’est aussi un joli hôtel aux tarifs abordables.
L’auberge sur la gauche.
Mais t’as pas vu Bozouls ?! Le canyon de Bozouls, bientôt incontournable Que faire à bozouls – blog bozouls – que voir nord aveyron – circuit nord aveyron – blog averyon
Bozouls, jamais entendu parler j’imagine, sauf si vous êtes Aveyronnais (veinard) ? Vous avez tort. Bozouls, c’est the next thing to be, une merveille touristique en pleine ascension. Un jour dans les cours de récré, les gamins crâneront en disant qu’ils ont vu le canyon de Bozouls pendant l’été, et ils se moqueront de leurs petits camarades, en leur disant « toi tes parents t’ont même pas emmené à Bozouls, t’es vraiment un gros boloss » (ou l’insulte équivalente dans le langage du futur. A mon époque on disait loser). Mais alors, qu’est-ce qu’il y a à Bozouls ? Dit comme ça, je ne vais pas vous faire rêver : un trou. Oui, en Aveyron, on parle du « trou de Bozouls ». Mais moi je vous dis, amis Aveyronnais, faut vraiment revoir votre nomenclature touristique, parce que ce n’est pas un trou, et on devrait bien plutôt parler de canyon de Bozouls. Vous voyez Horseshoe Bend en Arizona ? Bozouls, c’est pareil : un fabuleux méandre en fer à cheval creusé par le Dourdou dans la roche du Causse Comtal, dessinant une magnifique gorge en forme d’omega. J’ai vraiment regretté de ne pas avoir sous la main mon drone pour prendre une photo aérienne du canyon – si vous êtes droniste, ne loupez pas ça, c’est une vision hallucinante, et je rêve de le faire en montgolfière.
J’ai été obligée de piquer cette vue aérienne à la mairie de Bozouls pour vous montrer....
Un petit panorama à peine biscornu.
Bon, une gorge en fer à cheval, c’est tout ? NON. Le caractère exceptionnel et hallucinant de Bozouls va au-delà de la géologie brute : imaginez maintenant qu’on ait construit un village sur les bords de Horseshoe Bend, et une église au milieu. Bozouls, c’est l’alliance sidérante de la merveille naturelle et de la prouesse architecturale. Le village est au bord du canyon, surplombant le vide, comme un conte de fées suspendu aux caprices de la gravité, mais aussi au cœur du canyon, sur un îlot de part et d’autre de la rivière. C’est une des choses les plus étonnantes que j’ai vues, un site exceptionnel qui ne ressemble à aucun autre et qui m’a complètement fascinée.
Maisons au dessus de la gorge
Alors, que faire à Bozouls ?
Beaucoup de choses, et vous pouvez sans problème passer une journée et une nuit à Bozouls sans vous ennuyer.
Vous garer dans le cœur de ville, et avancer sur l’esplanade qui a été construite avec vue sur le canyon à côté de la mairie et des commerces. La municipalité de Bozouls a fait de fabuleux efforts de mise en valeur touristique, et la ville est prête à accueillir ses visiteurs dans les règles de l’art. L’esplanade offre une vue fabuleuse sur le canyon, et se prolonge sur une très jolie rue circulaire aux maisons coquettes, qui invite à vous balader en surplomb du trou.
Randonner dans le canyon. C’est un poumon vert, un environnement préservé qui invite à la découverte en famille. La rivière est redevenue si propre que les truites et les loutres sont revenues (je n’ai pas vu de loutres, hélas !), et le calme bucolique du lieu est assuré par l’entretien écologique du site : chèvres, ânes et lamas assurent le débroussaillage des parois. Du coup, vos gamins auront un tour à la ferme en prime.
..Au dessus du Dourdou.
Visiter l’église Sainte Fauste, au cœur du canyon. Cette église est un chemin alternatif de Compostelle, pleine d’histoire, de secrets et… de chauve-souris : dans ce village décidemment ami des animaux, on a décidé d’offrir le clocher en refuge aux créatures ailées, ce qui me réjouit au plus haut point. L’église est fascinante avec ses chapelles latérales au-dessus du vide, ses arcs qui semblent s’appuyer sur l’air lui-même. Et à ses pieds, vous trouverez un ravissant jardin où pique-niquer sur l’herbe.
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Visiter le musée géologique Terra Memoria. Dans un endroit aussi spectaculaire et unique que Bozouls, il était normal que la tectonique des plaques, l’histoire du magma et des couches terrestres, soit à l’honneur. Et en bonus de cette passionnant virée géologique, vous aurez une plate-forme avec vue imprenable sur le canyon.
Un vol en montgolfière au-dessus du canyon. Bon, contrairement à toutes les activités précédentes, ça n’est pas donné : 220 euros par adulte, 150 par enfant avec la société Les Montgolfières à Bozouls. Mais ça m’a l’air de valoir tellement le coup de s’envoler en montgolfière au-dessus du méandre dans le soleil levant… (C’est pareil qu’à Bagan en Birmanie, sauf qu’à Bozouls on ne massacre pas de minorité persécutée et on ne soutient pas un régime sanguinaire. Aveyron, tu gagnes ce match haut la main.) J’imagine la vue sublime sur toute la gorge du Dourdou et le village féerique, et je rêve de faire ça.
Un resto fabuleux sur le canyon de Bozouls : le Belvédère
C’est mon plus beau souvenir gastronomique en Aveyron à ce jour. L’Aveyron est vraiment une terre de saveurs et de cuisine authentique : je vous l’ai dit, je n’ai pas mangé dans un seul restaurant qui ne soit pas engagé dans une démarche locale militante, et qui ne tienne pas à proposer des produits du terroir. C’est quelque chose qui m’a vraiment marquée là-bas : ce pays affirme fièrement sa différence, son identité culinaire. En Aveyron, on ne mange pas comme partout ailleurs, on célèbre un terroir, des traditions, une culture paysanne exigeante. De grands chefs comme Michel Bras à Laguiole ont éduqué toute une génération de chefs à cette cuisine qui allie à la simplicité de l’approvisionnement local un très grand raffinement : on cuisine avec délicatesse et attention, pour révéler chacune des saveurs de produits exceptionnels. Le chef du Belvédère, Guillaume Viala, est un ancien élève de Michel Bras, et il marche dans les pas du maître en ayant déjà obtenu sa première étoile au Michelin. J’ai été complètement conquise par ce repas, qui a su conjuguer raffinement et originalité avec le respect du produit, dans le refus de toute prétention inutile, de toute course vaine au spectaculaire. (Je déteste la cuisine où on ne comprend ni ne reconnaît ce qu’on a dans l’assiette – quand on a des produits d’immense qualité, il faut les mettre en valeur sans les défigurer.)
Dès l’arrivée dans cette grande salle claire et chaleureuse avec vue majestueuse sur le canyon, on se sent bien. Christine Viala a aménagé le restaurant avec beaucoup de goût et de convivialité, et parle avec passion de sa carte des vins originale et passionnée. Le repas est exquis et régale sans alourdir, et on se sent entre de bonnes mains de bout en bout. C’est vraiment une belle expérience gastronomique, à la rencontre d’un terroir qui vaut le détour. Le Belvédère est aussi un hôtel ; je ne l’ai pas testé, mais je serais prête à parier que c’est merveilleusement romantique et beau aussi, étant donné la beauté de la décoration du restaurant et la qualité des prestations. Les chambres ont vue sur le canyon. J’adorerais y revenir un jour.
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Une autre belle table à Bozouls : La Route d’Argent
C’est simple : Bozouls est une superbe destination gastronomique. Mon deuxième repas à Bozouls a été à La Route d’Argent, l’autre restaurant par lequel les voyageurs adorent faire un crochet en Aveyron. C’est un restaurant de qualité qui a su se faire une solide réputation au fil des ans – tout le monde m’en a dit du bien – et garder le cap qu’il s’était fixé : les produits régionaux, le respect des saisons, les spécialités aveyronnaises cuisinées avec subtilité. J’y ai mangé le meilleur aligot de mon séjour. Les tarifs sont très abordables, à partir de 20 euros pour le menu : c’est une excellente adresse pour se faire plaisir et découvrir la cuisine aveyronnaise sans grever son budget. Le rapport qualité-prix est impressionnant, car c’est de la vraie cuisine maison préparée avec de bons produits et beaucoup de soin.
C’est aussi un hôtel propre et confortable, à partir de 52 euros la nuit. Un bon plan à retenir pour intégrer Bozouls aux vacances en famille.
Maintenant, vous savez tout sur Bozouls, en solo, en couple ou en famille, pour tous les budgets, alors plus d’excuse : il faut voir Bozouls avant que le monde entier se l’arrache ! que faireà bozouls où manger à bozouls blog bozouls
Estaing, son château et son pont magiques
J’entre ici dans la collection des merveilleux villages aveyronnais sur le Lot. Si je les ai tous adorés, Estaing a été mon coup de cœur. J’aime les ambiances à la Belle et la Bête, les endroits où tu ne serais pas étonné de voir les citrouilles se faire carrosse et les petites cuillers danser le french cancan, et Estaing mériterait de figurer dans un Disney. Dès l’arrivée, je suis éblouie par ce beau pont gothique du XVe siècle, avec ses arches qui enjambent le fleuve, et son Saint qui veille sur les pèlerins. Nous sommes de retour sur les chemins de Compostelle, et la croix se reflète dans les eaux. L’église d’Estaing, Saint Fleuret, m’a enchantée avec son climat de ferveur chaleureuse. Le château, emblème de la ville, la plonge dans une atmosphère de conte de fées avec ses hautes tours coiffées d’ardoise. Il héberge aujourd’hui un musée sur l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing – j’avoue ne pas avoir pris le temps de le visiter, trop impatiente de continuer mon périple avant que le soleil se couche.
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Espalion, façades superbes sur le Lot
Contrairement à Conques et Estaing, qui sont de petits villages bijoux dont la perfection touristique n’est entachée par rien, Espalion est une vraie ville, plus active et plus étendue. Bien sûr, la carte postale est du coup moins impeccable (je n’ai pas retrouvé à Espalion la sensation d’entrer dans un conte de fées, que j’avais ressentie à Conques et Estaing), mais en même temps, il faut aussi que les gens vivent, travaillent, fassent bouger le territoire, et Espalion a la caractéristique intéressante d’allier un vrai dynamisme à un cœur de ville sublime et riche en monuments. Le lieu incontournable où faire une promenade au soleil couchant, ce sont les deux ponts sur le Lot, dont le merveilleux Pont-Vieux médiéval en pierre rose, inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Les façades d’anciennes tanneries se reflètent dans la rivière, avec leurs colombages et encorbellements, et c’est un régal visuel – j’ai adoré ce vieux cœur de ville autour du Lot.
J’ai un grand regret à Espalion : être arrivée trop tard pour visiter le Musée du Scaphandre, qui est situé dans une sublime église avec beffroi, Saint Jean Baptiste, et nourrit tout mon imaginaire steampunk avec son évocation rétro et futuriste des aventuriers des profondeurs. Les scaphandriers m’ont toujours fascinée et terrifiée à la fois, et je découvre qu’ils ont été inventés à Espalin en 1860. Dans le même bâtiment se trouve le musée Joseph Vaylet, grand défenseur de la culture occitane, Majoral du mythique Félibrige. Si vous y êtes allé, racontez-moi ?
...Le pont médiéval.
Saint Côme d’Olt et son clocher tors
Je voulais passer à Saint Côme d’Olt (=Lot, vous avez compris, l’occitan pratique l’anagramme) pour une curiosité architecturale qui m’intriguait : le clocher tors. Il s’agit d’une performance technique audacieuse, où le clocher est bâti selon un plan hélicoïdal qui donne l’impression qu’il tournoie, qu’il est tordu. J’adore l’autre terme officiel pour le décrire : « clocher flammé ». L’effet est fabuleux – on imagine bien la flamme s’emparant de l’église, dans un miroitement d’ardoise. Mais j’ai découvert que Saint Côme d’Olt avait bien plus à offrir : c’est là encore un « village bijou », merveilleusement conservé dans son apparence médiévale, avec cœur de ville étroits, remparts et tours majestueuses, inscrit aux Plus beaux villages de France. Certains pans du tissu urbain sont vieux de six siècles. La vue sur le village depuis sur le pont au-dessus du Lot est superbe, et j’ai été éblouie non seulement par le clocher, mais par les portes Renaissance de l’église, une œuvre d’art superbe. Vous l’aurez deviné, nous sommes là encore sur la mythique Via Podiensis. Aveyron, tu as tellement de beaux villages qu’on ne parvient plus à leur rendre justice : Saint Côme d’Olt aurait mérité que je m’y attarde.
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Sainte Eulalie d’Olt, village de poupée
Sainte Eulalie d’Olt est ma jolie surprise, l’endroit où je n’avais pas prévu de m’arrêter, mais à qui je n’ai pas su résister. Depuis la route, Sainte Eulalie ressemblait à un village de poupées, avec ses tourelles au milieu d’une prairie verdoyante. Et hop, encore un village inscrit aux Plus beaux villages de France, encore une merveille… et à ce stade mon chauvinisme provençal a commencé à trembler. J’avais toujours cru que les Plus beaux villages de France étaient concentrés en PACA, que ma Provence était sur la plus haute marche du podium. Mais je n’avais jamais vérifié…
Et je n’aurais pas dû, mes amis, car maintenant la vérité s’est révélée à moi et je ne peux plus ignorer la douloureuse réalité. 44 en Occitanie. Quarante-quatrePlus beaux villages de France en Occitanie. C’est même plus la médaille d’or, là, c’est la pulvérisation méthodique des adversaires. Aucune autre région française ne peut rivaliser, l’Occitanie a pété les dents de tout le monde. Aveyron, Tarn, Lozère, Tarn et Garonne, Hérault, Gers… ils écrasent tout. La Provençale que je suis est humiliée.
Il faut que vous sachiez que depuis le Roi René, les Provençaux ont un petit complexe de supériorité sur leurs voisins de l’Ouest, et considèrent qu’ils sont la place forte du midi authentique. Mais je dois bien reconnaître que je suis ébranlée dans mon chauvinisme. Tant de beauté, de richesse, d’histoire… j’ai rarement (= jamais) eu le sentiment d’une telle perfection villageoise que durant ce séjour dans le nord Aveyron. Je crois que tu vas me revoir, Occitanie. Il faut que je vérifie si ta suprématie est méritée, je n’ai pas le choix. Vous avez vu comme l’Aveyron ébranle mes certitudes existentielles les plus profondes.
Bon, et Sainte Eulalie d’Olt, alors ? Ben c’est magnifique, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise. C’est fabuleusement pittoresque et fleuri, la rivière coule sous les vieux murs et tout est beau comme dans un décor de film. Je ronchonne, mais j’admets.
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Saint-Geniez-d’Olt, une dernière étape sur le Lot
Il n’a pas son inscription au « Plus beaux villages de France » (ouf, je suis soulagée, faut arrêter à un moment l’Aveyron !), mais j’avoue que c’est ravissant quand même, notamment les places très 3e République sous les platanes, et les maisons sur le Lot. J’ai su après que j’aurais dû aller visiter le beau couvent des Augustins et son cloître gothique. C’est au bord du fleuve que je me suis arrêtée pour un dernier pique-nique aveyronnais avant de rentrer sur Aix. Je suis allée me poser sur un banc au soleil, près des arches du pont, et j’admirais la beauté des maisons posées sur le fleuve. C’était beau, apaisant. C’était l’Aveyron : un petit morceau de France parfaite. Et je n’avais plus envie de partir.
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Dans le prochain épisode, je vous emmènerai dans les monts de l’Aubrac, au milieu des vaches et des sapins, à la recherche du cerf dans les bois, à la rencontre des couteaux et des fromages de Laguiole, et à la découverte du sublime village d’Aubrac. Inscrivez-vous à la newsletter pour ne pas manquer la fin du périple nord-aveyronnais ?
Merci infiniment au CDT de l’Aveyron, et notamment à Jackie Bru, de m’avoir permis de revenir dans votre pays magique avec un programme de toute beauté qui correspondait à toutes mes envies et me laissait beaucoup de liberté. Un immense merci à Jean-Luc Calmelly, maire de Bozouls, d’avoir pris le temps de me faire découvrir sa commune magnifique – son engagement sincère et passionné m’a beaucoup touchée. J’ai tellement hâte de revenir en Aveyron en avril pour le Salon des blogueurs de voyage WAT18 à Millau. J’ai été émerveillée, et l’Aveyron est profondément entré dans mon cœur.
Faire un test ADN pour révéler votre héritage génétique et découvrir de quelle région du monde venaient vos ancêtres, cela vous tente ? J’ai eu le plaisir de tenter l’expérience, et de décrypter mon ADN pour mieux comprendre mon identité. Je me suis imaginée descendante d’îles lointaines, de peuples conquérants et d’exotismes multiples. J’ai remonté l’écheveau obscur du temps à la recherche d’indices. Voici finalement les résultats – olé.
Plongeons ensemble dans les profondeurs du temps – comme dans le puits initiatique de la sublime Quinta de la Regaleira à Sintra, Portugal. En plus, ça ressemble (un peu) à une hélice d’ADN.
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Un test génétique, pourquoi faire ?
J’ai toujours été attristée par le peu d’informations dont nous disposons sur les femmes et les hommes qui ont forgé la chaîne conduisant à notre existence. Au-delà de mes arrière-grands-parents, voire arrière-arrière-grands-parents pour quelques-uns, je n’ai plus ni image ni nom, et le secret de mes racines se noie dans l’oubli. J’ai toujours envié aux familles aristocratiques non pas leurs titres et leurs armes, mais bien leurs arbres généalogiques ancrant la vie de chacun dans une histoire séculaire, leurs portraits d’ancêtres et leurs reliques précieusement conservées. J’aurais adoré mettre des noms, des lieux de naissance et de décès sur des morceaux d’ADN, chercher un bout de moi dans les traits d’une trisaïeule, et imaginer leurs vies. L’éternel néant dans lequel sont retombés ceux dont je descends me plonge parfois dans un vertige métaphysique.
Et puis, j’ai appris qu’un test génétique proposait de lever une part du voile, et d’identifier dans notre ADN les segments qui nous associent à telle ou telle région du monde.
.J’ai toujours été fascinée par les témoignages des temps oubliés. Ici le Broch of Gurness (2e siècle avant notre ère), Orcades, Ecosse.
Pour un voyageur, c’est une grande source de fantasme, et j’avoue que je me suis imaginé des ascendances vikingo-polynésiennes, dans un grand combo de tout ce qui me fait rêver : navigations au long cours, constellations bienveillantes et mythologie océanique.
J’avais lu des histoires hallucinantes suite à des tests ADN de ce type.
Une Canadienne qui se croyait descendante de migrants européens à 100% s’est découvert une part de sang amérindien. En faisant des recherches généalogiques poussées, elle a appris que son arrière-grand-mère, prénommée « Jeanne » et qu’elle croyait française, était en réalité une Amérindienne convertie et rebaptisée de force par les colons.
Une Américaine d’origine asiatique, qui pensait son ascendance limitée à cette partie du monde, s’était découvert un héritage africain lié à la douloureuse histoire de l’esclavage dans le Sud des Etats-Unis.
Je m’imaginais bien me découvrir une origine exotique et bouleversante, aller voir ma famille en leur expliquant que nous étions en réalité les descendants de Gengis Khan, d’Erik le Rouge ou de Daenerys Targaryen.
S’imaginer une lignée de guerriers et de princes. Dunnottar Castle, Ecosse.
Un test génétique pour s’ouvrir au monde
Vous avez peut-être déjà vu passer sur Facebook les vidéos touchantes où des jeunes gens se découvrent des origines qui remettent en cause leur vision du monde, par exemple celle d’un jeune Anglais un peu raciste qui n’aime pas les Allemands et voit son ascendance germanique révélée. Ces vidéos ont été réalisées dans le cadre du concours The DNA Journey de la société Momondo. C’est aussi eux qui m’ont offert ce test.
Puisque les voyages ouvrent sur le monde, l’idée est d’aller plus loin encore, et de comprendre quel part d’altérité culturelle et géographique nous portons en nous. Le concours se veut porteur de valeurs humanistes, de tolérance et d’acceptation de l’autre. Je me dis souvent que j’aimerais l’offrir à tous les identitaires qui clament haut et fort être « Français de souche », pour leur montrer l’inanité de ces fantasmes. Trop de gens ignorent de quel brassage l’immense majorité d’une population européenne est issue, et les vidéos du DNA Journey mettent souvent en scène ce type d’épiphanie antiraciste.
Personnellement, je n’ai pas eu de grande révélation existentielle, car je n’avais aucun délire de pureté raciale, je ne me suis jamais imaginée « de souche » quoi que ce soit. Née en France de deux parents français, élevée en France et y ayant fait la majeure partie de mes études, j’ai toujours ressenti naturellement mon identité française. Mon appartenance cette culture, mon identification à mon pays, est spontanée, intuitive et logique. Mais j’ai toujours su être un produit hybride sur le plan génétique, et je me doutais bien que le test ADN ne dirait pas forcément « France ». J’ai grandi en Drôme provençale et je me suis toujours pleinement identifiée à la Provence. Il s’agit d’une conviction culturelle profonde, mais je savais qu’elle ne serait que très peu validée par l’ADN.
Cela ne me perturbe pas : depuis Renan, on sait que la nation est « un plébiscite de tous les jours », et qu’être français n’est pas un label ethnique, mais un assentiment du cœur et de l’esprit à la communauté nationale.
Au coeur de ma belle Provence
Là où j’ai grandi : le défilé de Donzère, entre Drôme provençale et Ardèche méridionale
Un test ADN pour identifier son ascendance ethnique – comment ça marche ?
Momondo travaille avec Ancestry DNA, une importante compagnie américaine (les tests génétiques étant illégaux en France), leader sur le marché du test ADN. Ancestry DNA propose un test dit autosomal, qui tient compte à la fois des marqueurs paternels et maternels. Comme l’explique cet article de la Revue française de généalogie, il est également possible de tester l’ADN mitochondrial (maternel) et, pour les hommes seulement, l’ADN porté par le chromosome Y (paternel). Ancestry DNA possède une très large banque d’échantillons ADN de toutes origines, en permanence enrichie par les nouveaux tests de ses clients, et permet ainsi de retracer l’origine ethnique avec une précision toujours accrue. Dans mon cas particulier, un élément précis m’a convaincue de la fiabilité du test – je vous en dis plus à la fin de l’article.
Minute glamour : comment on fait, concrètement, pour tester son ADN ? Je vous préviens, c’est peu ragoûtant : il faut cracher dans un petit tube jusqu’à ce que la salive atteigne une quantité suffisante, matérialisée par un trait transparent. Ensuite, on mélange à la salive un produit bleu qui la conserve, et on envoie cette charmante mixture traverser les océans par transporteur. Voilà, c’était le moment sexy.
Je vous sors un lever de soleil à Lurs pour oublier ce que vous venez de lire. Ceci est une preview d’un prochain article, consacré au pays de Forcalquier.
Ce que je savais de mon ascendance génétique, avant le test ADN
Ma mère a grandi dans le Nord, à Douai, mon père à Marrakech.
Douai.
Marrakech.
Ma grand-mère paternelle vient du Liban, et j’ai toujours su que ce sang moyen-oriental était très présent dans mon cocktail génétique. Groupe sanguin, forme du visage, association des yeux bleu-vert, des cheveux clairs et des sourcils sombres, beaucoup de détails m’associent à un type physique libanais – plus que mon frère et ma sœur. En Turquie, où j’ai voyagé avec eux, tout le monde pensait que j’étais la guide turque d’un petit groupe français. A Paris, un serveur libanais m’avait longuement dévisagée avant de me demander si j’avais des parents au Liban. En lisant les consignes du test ADN sur le site d’Ancestry, j’ai lu qu’il n’était pas rare que les résultats d’ethnicité varient légèrement au sein d’une même fratrie, que certains pourcentages soient plus élevés pour un des enfants, car tout dépend de la sélection d’allèles hérités de vos ancêtres. Voilà pourquoi mon frère et ma sœur ont la peau très claire et les yeux très bleus, et je suis plus mate, plus méditerranéenne. J’ai probablement sélectionné le menu falafel et houmous au MacChromosome.
Méditerranéenne, mais version tâches de rousseur : une allégorie. (Photo Pixabay, j’avais pas ça dans le frigo.)
Ma mère est blonde aux yeux bleus, d’apparence très « nordique », mais a priori son ascendance n’est pas scandinave. Son père vient du midi – c’est la seule partie de ma famille qui me rattache « génétiquement » à ma Provence adorée, à laquelle je m’identifie pleinement. Au petit cimetière de Murviel-lès-Montpellier, nombre de caveaux portent le nom de famille de ma mère : c’est le berceau de cette branche enracinée comme les ceps de vigne parmi les vieilles pierres du Languedoc.
Quant à sa mère, ma grand-mère maternelle, emportée trop tôt par un terrible accident, elle était du Massif central par sa mère, et des Flandres par son père, lui douaisien. Mon arrière-grand-mère avait grandi en Polynésie, aux Marquises et aux Gambiers, d’où ma fascination extrême pour les îles du Pacifique. Mais je savais que cet ancrage de l’enfance n’était pas une ascendance – même si j’espérais secrètement que mon arrière-arrière-grand-mère ait fauté avec un beau surfeur de Nuku Hiva et que le test me révèle du sang de Vaiana.
C’était aux Bahamas, mais ça existe aussi en Polynésie. J’illustre comme je peux, ok ?
Résultats du test ADN : Yo Soy Español
Le test ADN est revenu environ un mois après mes méticuleux crachats dans la fiole.
On m’a expliqué qu’il se décomposait en deux parties : l’ethnicité, basée sur l’origine de mes ancêtres il y a des milliers d’années, et la communauté génétique, révélant où mes ancêtres vivaient il y a des centaines d’années.
La première surprise a été une petite déception : mon ethnicité était bornée par le Caucase à l’Est, par la Méditerranée au sud, presque superposable aux frontières physiques de l’Europe, avec juste une touche d’Asie mineure et d’Afrique du nord (via l’Espagne). Quitte à ne pas être française de souche, autant être Maori, Mongole ou Seychelloise – j’avais secrètement rêvé à une ascendance plus exotique. J’en ai pris mon parti. Profondément Européenne de cœur, du genre à chanter l’Hymne à la joie (en allemand s’il vous plaît) sous la douche, je me suis dit que ça n’était pas si mal d’être une décalcomanie de sa carte.
La deuxième surprise, c’était la prépondérance de la péninsule ibérique dans mon ethnicité. Voici son détail :
36% péninsule ibérique
22% Grande Bretagne
17% Italie-Grèce
9% Caucase
7% Europe de l’Ouest (= France)
Ces pourcentages-là sont qualifiés de fiables à 98% par Ancestry.
A cela s’ajoutent des petits % plus incertains, qu’Ancestry appelle « low confidence regions » : un peu de sang juif européen, irlandais, scandinave et moyen-oriental.
Résultats du test ADN Ancetry.
Il m’est difficile d’associer ces fragments d’ADN millénaire à ma brève histoire familiale, dont la mémoire s’arrête à la fin du XIXe. Même si je connais mieux le Portugal et l’adore, je me dis que mon sang ibérique a plus de chances d’être espagnol que portugais. Il peut venir à la fois de mon grand-père maternel, ancré dans le midi (les rois d’Aragon ont longtemps régné sur le Languedoc), et de mon arrière-grand-père maternel (mais de l’autre branche), originaire des Flandres longtemps espagnoles.
Séville
D’où vient la Grande-Bretagne ? Des cheveux et des yeux clairs de ma mère ? Je n’en sais rien. Mais d’une certaine façon, je reconnais dans mon ADN le mélange qui constitue mon phénotype : un très fort influx méditerranéen (Espagne, Italie, Grèce), tempéré de blondeur nordique (Grande-Bretagne).
Capri, Italie
Météores, Grèce
Nord de l’Ecosse, vers John O’Groats
Château de Dunrobin, nord de l’Ecosse
Mais j’avoue que le test m’a forcément frustrée, puisqu’on ne le livre pas avec des livres généalogiques, des histoires, des récits qui construisent un roman familial à travers les siècles – les pourcentages ne peuvent aboutir que sur le rêve et la spéculation.
Sans doute pourrais-je affiner en faisant tester ma mère, mon père, et mes deux grands-parents biologiques encore vivants. Je suis tentée de le faire – à voir ce qu’ils en pensent.
Mais j’ai l’impression que la généalogie est un trou d’Alice, un gouffre dans lequel le temps et l’espace sont aspirés et où on pourrait chuter sans fin à travers les siècles et les échos. J’ai peur de trop m’approcher du bord.
..Quinta de la Regaleira à Sintra, puissante métaphore du mystère métaphysique et du voyage intérieur.
Communauté génétique libano-syriaque, la confirmation
Aux pourcentages d’ethnicité s’ajoute une autre information plus directement lisible pour moi : ce qu’Ancestry appelle la communauté génétique. Il ne s’agit plus cette fois d’ethnicité, mais de localisation géographique : où vivaient mes ancêtres au cours des derniers siècles.
C’est l’élément qui m’a confirmé la véracité du test, qui a rattaché l’ADN à l’histoire connue. Ancestry DNA ne savait rien de moi, je n’avais rien renseigné quant à mes parents ou grands-parents, et pourtant, le test a visé juste en me plaçant avec une certitude de 99,9%, soit quasi absolue, dans la communauté génétique libano-syriaque. Ce sont les origines de ma grand-mère paternelle, celle à qui je dois mon groupe sanguin. Cela signifie qu’au XIXe siècle et avant, mes ancêtres vivaient dans cette région du monde, et que des connexions génétiques avec d’autres membres de cette communauté sont avérées.
Communauté génétique.
La base de données d’Ancestry me sort soudain des visages, des visages de gens vivant aujourd’hui au Liban, en Europe, aux Etats-Unis, et des pourcentages de certitude.
« Il est certain à 98,5% que vous avez un arrière-grand parent commun avec XXX. » Je vois apparaître le visage d’un homme de 35 ans, souriant, vivant au Liban.
« Il est certain à 92% que vous avez un arrière-arrière-grand-parent commun avec XYZ. » Visage d’une femme, 26 ans, vivant à New York.
Cela a du sens pour moi. Ma grand-mère originaire du Liban, cette sélection des chromosomes qui me donne l’allure moyen-orientale, cette prépondérance de l’Est de la Méditerranée dans mon physique – le test le confirme et noue des liens presque tangibles.
Aux résultats du test s’ajoute une histoire de la région libano-syriaque depuis le début du XIXe. Je lis avec le cœur serré l’histoire de ces communautés rurales, Druzes, chrétiens, musulmans, promenant leurs troupeaux nomades sur les terres fertiles, vivant en bonne harmonie dans le vieux berceau biblique.
Je pense aux conflits atroces qui ravagent la région, aux morts et aux plaies béantes. Depuis le début de la guerre en Syrie, je ressens une immense colère et une immense solidarité vis à vis de ce peuple supplicé. Ma peine augmente en comprenant soudain que peut-être, parmi les milliers de morts, j’avais un lointain cousin. Mes ancêtres ont vécu là en paix pendant des centaines d’années, là où il n’y a plus que cendres et sang. La mélancolie m’assaille, tout me semble soudain si proche. Le soupçon prend corps, et ce corps est douloureux. Et je me dis que finalement, contre toute attente, le test m’aura marquée. Non pas parce qu’il aurait ébranlé une identité fantasmée (je n’imaginais rien), non pas parce qu’il aurait contenu une révélation, mais parce qu’il renforce encore ma conscience de citoyenne du monde, ma conviction profonde de l’inanité de tout conflit basé sur l’ethnie ou la religion.
Et maintenant ?
Je me dis que je devrais retourner en Espagne, que je connais si mal – je n’ai vu que Séville et Barcelone.
Je me dis qu’il faudrait refaire un tour en Angleterre, moi qui ne connais vraiment que l’Ecosse.
Je veux continuer d’explorer la Méditerranée et ses îles, imaginer les sillages de ces bateaux chargés d’amphores qui traçaient les contours du monde antique. J’ai envie de retourner au MUCEM.
.Temple de Delphes
Je me dis surtout qu’un jour, j’irai au Liban, m’asseoir sous l’ombre d’un cèdre à Beyrouth, renouer le fil.
Un jour, un jour, je ne sais pas quand, j’espère ne pas être trop vieille, j’irai en Syrie pleurer les fantômes, et retrouver un peu mes très anciens.
Et vous ? Est-ce qu’un tel test vous tente ?
Merci à Momondo de m’avoir permis de vivre cette expérience. Le test ADN m’a été offert.
Pour faire à votre tour cette expérience : le test coûte 79 dollars sur Ancestry DNA. Vous commandez un kit, et recevrez chez vous le matériel nécessaire au test, que vous renvoyez ensuite avec une enveloppe pré-payée comprise dans le kit.
Epinglez moi !
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« Les plus grosses vagues du monde ». La ville de Nazaré, au nord de Lisbonne, vous accueille avec ce slogan, et ce n’est pas un mensonge. En raison d’une géologie sous-marine exceptionnelle, cette station balnéaire portugaise voit régulièrement déferler de véritables montagnes d’eau : des vagues hautes de trente mètres. Oui, vous avez bien lu, trente mètres. Fin février 2017, une tempête dans l’Atlantique nord a envoyé une houle spectaculaire sur Nazaré, et j’ai décidé en dernière minute que je ne pouvais pas manquer ce spectacle.
Voici le récit de cette expérience inoubliable, et quelques conseils pratiques : quand et comment voir les vagues géantes de Nazaré ? Petit guide pour apprivoiser les monstres.
Les monstres sont de sortie.Beauté des vagues de Nazaré, quand leur forme se fond aux éruptions vaporeuses…Déflagration d’écumeCa va éclabousser !
Le Portugal en dernière minute
Nazaré, je la gardais au coin de l’œil depuis longtemps déjà. En 2014, Garrett McNamara y a battu le record du monde de la plus grosse vague jamais surfée, en chevauchant une hydre de 34 mètres. Et rien au monde ne me fascine autant que l’océan déchaîné. Quand j’avais huit ans, je collais des posters de vagues géantes et de surfeurs de l’extrême au plafond au-dessus de mon lit, et je m’endormais en rêvant de mers qui rugissent. Voir un jour une telle explosion de puissance océanique était mon fantasme ultime, mon Graal à moi.
Mais les vagues géantes ne viennent jamais sur commande : il faut guetter les grandes tempêtes dans l’Atlantique nord, et espérer pouvoir sauter dans un avion à la dernière minute.
Le week-end dernier, le monde du surf s’est mis à frémir. J’ai commencé à voir les hashtags #nazaré surgir sur les réseaux sociaux. Une tempête née au Groenland descendait vers la côte lusitanienne. Mardi 28 février 2017, les monstres s’étaient donné rendez-vous à Nazaré.
J’avais du travail, j’étais fatiguée et fauchée. Un aller-retour au Portugal ne faisait vraiment pas partie de mes plans. La flemme ou la raison ont failli me retenir. Et puis mon rêve d’enfance, couvé depuis toujours en secret, est venu me taper sur l’épaule : « Cela fait vingt ans que tu veux voir ça… Tu vas vraiment y renoncer maintenant ? » Alors j’ai suivi mon impulsion, et me suis résolue à manger des coquilettes quelques temps. Lundi à dix heures, j’ai réservé mon vol pour Lisbonne. J’ai entassé quelques tee-shirts et mon matériel photo dans un unique bagage à main, pour me plier aux règles de Ryanair, et j’ai mis un tour de clef.Lundi à onze heures, j’étais en route pour l’aéroport. La gamine de huit ans qui sommeille en moi applaudissait à pleines mains.
Arrivée à Lisbonne, j’ai loué une voiture et j’ai pris la route vers le nord, frémissante d’appréhension. J’ai allumé la radio une seconde, et j’ai entendu parmi un flot de portugais, que je ne comprends malheureusement pas, deux mots : « ondas… Nazaré… ». Le pays tout entier semblait en parler. Je suis arrivée à Nazaré à la nuit, et j’ai entendu l’océan mugir dans le noir. C’était un cri de guerre, un bruit plus menaçant que tout ce que j’avais entendu dans ma vie. La nuit était noire comme l’abysse. Sans rien voir, j’imaginais les monstres accourir dans les ténèbres.
Et je n’avais qu’une seule hâte : que le jour se lève enfin.
Rêver de vagues…
Les plus grosses vagues du monde à Nazaré ?
Je me suis levée dans l’aube grise, dopée à l’adrénaline pure. J’ai pris la route qui descend vers la plage nord, et soudain un mur d’eau s’avançait face à moi, comme s’il était à la hauteur de la route en surplomb, comme s’il me dévisageait. J’en ai presque eu le souffle coupé. C’était là. C’était vrai.
Le dos de la créature.
Qu’est-ce qui rend la côte de Nazaré si exceptionnelle ? Un canyon sous-marin profond de cinq-cent mètres. Ici, la houle venue du large se heurte à de gigantesques falaises immergées, et remonte comme un serpent courroucé vers la surface. Les vagues de Nazaré sont des apparitions qu’invoque la géologie secrète des fonds marins, comme un sorcier qui murmurerait une incantation. Face à ces pyramides mouvantes que coiffe l’écume, je pense aux estampes japonaises d’Hokusai, aux tempêtes d’encre et de légende.
Souvenir d’Hokusai. Les scooters dans la mer fournissent l’échelle.
« Les plus grosses vagues du monde », c’est le blason glorieux de Nazaré. Certains diront qu’elle partage ce record avec d’autres lieux : on a déjà vu des vagues de trente mètres à Jaws (Maui, Hawaï) ou sur la Cortes Bank (au large de San Diego, Californie). Mais Nazaré a deux particularités qui la rendent réellement unique.
La ville peut se targuer de voir de telles vagues plus souvent que tout autre spot de surf. Chaque hiver ou presque, c’est le sabbat des géants.
Et surtout, c’est l’endroit au monde où les vagues géantes sont les plus accessibles au public avide de mystère et de magie.
Nombre de vagues gigantesques surgissent dans des endroits reculés, au large, inaccessibles aux curieux. Pas à Nazaré. Il suffit de venir sur la plage nord, Praia do Norte, de garer votre voiture, marcher cinquante mètres, et d’ouvrir grand les yeux. C’est l’explosion, tout autour de vous, les murs d’eau se fracassent dans un vacarme de décollage de fusée, si proches que vous sentez leur haleine salée sur votre visage. A Nazaré, les monstres viennent vous manger dans la main.
Surf extrême, à deux pas du rivageProximité fabuleuse de la vague
Les vagues du 28 février 2017 à Nazaré – inoubliable
J’ai du mal à décrire le sentiment d’euphorie, d’exaltation extrême qui m’a envahie tout au long de cette journée où la mer semblait vouloir décrocher le ciel. Nazaré un jour de tempête, c’est une drogue visuelle, un long trip où on chevauche un dragon d’écume à travers les nuages.
Le ruissellement de l’écume sur les rochers : hypnotique
Il y avait des gens venus de partout, du Brésil à la Californie, des surfeurs professionnels espérant tenter leur chance, des photographes sportifs munis d’énormes téléobjectifs, ou des passionnés partageant ma fascination pour les vagues XXL. Des dizaines de campings cars couverts d’autocollants de surf faisaient face à la plage. J’ai discuté avec des Allemands qui me racontaient être venus de Bavière ou de Berlin, traversant l’Europe en camping car, juste pour passer le mois de février à Nazaré et espérer voir LA vague.
Ce qui m’a le plus impressionnée, c’est le ballet des jet-skis qui tractent les surfeurs sur la crête, puis assurent leur sécurité en allant les repêcher au cœur de l’écume bouillonnante quand ils ont le malheur d’être piégés par les mâchoires de l’océan. Je les suivais des yeux quand ils s’élançaient depuis la plage, slalomant entre les avalanches de mousse pour remonter jusqu’à la zone où la vague cassait, flirtant avec la lèvre qui s’abat, fonçant au cœur du tourbillon pour sauver un malchanceux. Un des scooters a été piégé par l’eau furieuse, et s’est renversé dans la vague, une scène terrifiante qui s’est heureusement bien terminée. A ce jour, Nazaré n’a pas volé de vie humaine… mais le spot compte plusieurs blessures effrayantes, comme ce surfeur défiguré par l’aileron de sa planche, et de quasi-noyades évitées de justesse. Seuls les « big wave surfers » chevronnés, surentraînés, bien équipés, entrent dans l’eau en des heures pareilles.
Au début de la journée, certains étaient un peu inquiets : les plus gros swells avaient déferlé autour de quatre heures du matin, comme si l’océan avait voulu révéler ses plus noirs secrets à huis-clos, dans le conclave de la nuit sans lune. Vers midi, les vagues atteignaient dix-quinze mètres, et c’était déjà plus extraordinaire que tout ce que j’ai vu dans ma vie. Mais beaucoup craignaient de ne pas voir les colosses tant espérés.
Vagues de 10 mètres environ.Superbes aussi, non ?
Et puis vers seize, dix-sept heures, à l’heure où le soleil descendait, l’océan a décidé d’être généreux. La plus grosse série de toutes s’est levée, et nous avons franchi un nouveau cran dans la fascination. J’ai vu les surfeurs hésiter, commencer à s’engager dans la vague, et en ressortir vite, intimidés par tant de violence. Puis l’un d’eux a osé. Le surfeur Francisco Porcella s’est élancé sur l’une des plus grosses vagues de la saison. Au pied du phare, le public s’est mis à frapper des pieds et des mains et à hurler des encouragements. Plus personne ne clignait des yeux tandis que Francisco plongeait au coeur du tube, disparaissait sous l’écume et ressortait triomphant. Le public exultait. Un pan de l’histoire du surf s’était écrit sous nos yeux.
Puis le soleil a plongé dans les nuages qui tapissaient l’horizon, et soudain l’obscurité s’est faite. Ce crépuscule anticipé sonnait le glas de la session de surf : aucun big wave surfer ne prendra le risque de tomber dans la pénombre, et de devenir invisible aux yeux de ses sauveteurs. Imaginez être englouti par la nuit, et mourir dans l’océan sans que personne ne puisse repérer votre main tendue… Les surfeurs et les jet-skis sont sortis de l’eau.
Aux derniers rayons du jour, alors que l’océan s’était vidé de ses aventuriers, une série plus spectaculaire encore a déferlé. Personne n’a pu la chevaucher et elle est venue rouler, narquoise et invaincue, sur les rochers assombris par le soir. Quelle était la taille de ces vagues ? Vingt mètres, vingt-cinq, davantage encore ? Sur les réseaux sociaux, les surfeurs débattent, et appliquent le théorème de Thalès à leurs photos.
Session incroyable.
Sur les images, il est parfois difficile de montrer à quel point la vague est énorme, car vous n’avez pas d’échelle. Alors guettez les petits points noirs sur mes photos. Les minuscules fourmis qui dépassent de l’eau, ce sont des hommes, en planche ou en scooter.
Regardez la taille des vagues par rapport à ces hommes microscopiques. Regardez la taille des vagues par rapport au phare et à la falaise. Regardez mes photos d’ensemble, ou mes photos prises au sommet de la colline, où je suis à plus d’un kilomètre des vagues, et où leur hauteur reste absolument spectaculaire. Alors vous comprendrez : ces vagues sont comme un immeuble qui court, comme une montagne en fuite, comme un morceau de ciel tombé dans la mer.
Nazaré : un spectacle incroyable. Repérez le surfeur sur la vague…Vous voyez la traînée blanche ? C’est un surfeur sur une vague de quinze ou vingt mètres.
Je serais bien incapable de définir leur taille exacte, je sais juste une chose : leur puissance est au-delà des mots. Je tremblais de terreur et d’exaltation, j’avais envie de hurler de joie ou de pleurer, mon sismographe émotionnel avait explosé l’échelle.
Je sais que je suis droguée à vie. Que je vais continuer à chasser les monstres, à Nazaré, à Maui, à Teahupoo, à Shipstern, partout où l’océan crache ses enfants maudits, et que je sacrifierai tout à mon obsession.
Ce ne sera pas la dernière fois. L’océan m’appelle, et je dois y aller.
Porte sur l’ailleursCoucher de soleil à Nazaré
Guide pratique – comment et quand voir les vagues de trente mètres à Nazaré ?
Quand voir les vagues géantes de Nazaré
D’octobre à mars environ, à l’heure des tempêtes hivernales. C’est la période où il faut surveiller les balises qui prévoient la houle à Nazaré.
Explosion.
Aller à Nazaré
Nous avons de la chance : Nazaré est facile d’accès. Cette station balnéaire est située à environ 1h30 de route au nord de Lisbonne, et 2h30 au sud de Porto. Ces deux aéroports sont très bien desservis depuis la France : la TAP, Ryanair et Easyjet assurent de nombreux vols. J’ai pris un Marseille-Lisbonne avec Ryanair, j’aurais pu aussi prendre un Lyon-Lisbonne avec Easyjet, un Paris-Lisbonne avec la TAP, etc. Réservez votre vol pour Lisbonne.
Puis j’ai loué une voiture à l’aéroport de Lisbonne et j’ai roulé vers le nord.
Nazaré : meilleurs points d’observation de la vague
Le cœur de ville de Nazaré fait face à une grande et belle plage principale, Praia da Nazaré. Tous les hôtels sont situés sur cette plage là – la jolie allée en front de mer s’appelle Marginal da Nazaré. Quand vous êtes sur la plage principale de Nazaré, vous trouverez, en hauteur sur votre droite, une falaise et un promontoire au bout duquel se dresse un phare rouge, Farol da Nazaré. La plage Nord, Praia do Norte, est de l’autre côté : les vagues géantes se brisent face au phare et sur cette plage. On les devine depuis la ville (on voit les rochers sous le phare auréolés d’écume), mais on ne peut vraiment admirer les vagues qu’en montant sur ce promontoire et en gagnant le phare.
Du promontoire au dessus du phareVue aérienne (Google Maps)
Depuis le centre-ville, vous pouvez accéder à la plage nord par un funiculaire qui vous emmène au sommet de la colline. Vous arrivez alors sur une jolie esplanade, où se trouve la cathédrale de Nazaré, et vous pouvez marcher quelques centaines de mètres jusqu’à la plage nord. Ou vous pouvez tout simplement prendre votre voiture, et vous garer au sommet du promontoire qui surplombe la plage.
Quelques images de Nazaré, depuis l’esplanade de la cathédrale qui surplombe la ville. Sur la plage centrale, les vagues font 3/4 mètres environ – rien à voir avec la furie qui se déchaîne plage nord.
Tous les points de vue sont exceptionnels. Sur la colline au-dessus du phare, sur le phare, en dessous du phare où une corniche a été aménagée, sur la plage… tout est magique. Nazaré est le paradis de l’observation des vagues géantes.
Sur la plage, les vagues sont un peu cachées par l’écume des précédentes, mais l’ambiance brumeuse est magique.
Balles d’écume qui roulent sur le sable.La plage se couvre de mousse
Sous le phare, des escaliers descendent vers une corniche, d’où on voit les vagues se fracasser sur les rochers.
En quelques instants…Depuis cette corniche, une très belle vue sur la ville de Nazaré et la plage centrale.
Mais le plus beau point de vue reste au niveau du phare.
Une créature infernale se faufile derrière le phare…Coucou, une vague géante
Comment savoir quand viennent les vagues géantes à Nazaré ?
Durant tout l’hiver, il vous faut surveiller les sites de prévision des vagues, et attendre un « forecast » (bulletin de prévision) favorable. En général, les prévisions sont fiables environ 3 jours avant l’arrivée de la vague. J’ai commencé à entendre parler de la vague de mardi 28 dans la journée de samedi.
Ces sites sont nombreux, à vous de choisir votre préféré : Windguru est sans doute le plus célèbre, mais vous avez aussi Surfline, Surfreport, Allosurf, etc. Celui que j’utilise personnellement est Magicseaweed. C’est en suivant la page Facebook de Magicseaweed que j’ai entendu parler de la prévision pour mardi. (Je suis aussi son fondateur, un expert en tempêtes et grosses vagues, sur Twitter et Instagram : Ben Freeston).
Concernant Nazaré en particulier, un autre site vous sera très utile : Nazare Waves. Vous y trouverez des tonnes d’informations utiles, les prévisions, et une webcam montrant la plage nord en direct.
Surfeur solitaire
Mais qu’est-ce qu’un bon forecast pour voir des vagues géantes à Nazaré ?
* Une houle au-dessus de six mètres. Le canyon de Nazaré amplifie considérablement les vagues, on considère qu’il peut les tripler… voire davantage. Une houle de six mètres peut potentiellement donner naissance à des vagues de 18 mètres, et à quelques vagues maximales de plus de vingt mètres. Le 28 février, la houle était de 8 mètres, rendant possible la naissance de vagues énormes.
* Une longue période, au-dessus de 14 secondes. La période est l’intervalle qui sépare deux vagues successives. Plus la période est longue, plus la mer se creuse, et plus les vagues gagnent en puissance et en hauteur. On considère que doubler la période double la taille des vagues. Le 28 février, la période était de 19 secondes.
* Une houle orientée vers l’Ouest. Pour que des vagues géantes déferlent sur la plage, il faut que la houle se dirige sur elle : à Nazaré, cela signifie une direction Ouest ou Nord-Ouest.
* Un vent assez faible, allant de la terre vers le large, creusant les vagues. C’est l’élément qui a manqué à Nazaré le mardi 28 : le vent était « de travers », et désordonnait les vagues au lieu de les creuser. Certains surfeurs disent qu’avec un vent parfait, tous les records auraient été battus. Mais la naissance des monstres procède d’une alchimie subtile… et l’océan aime nous tenir encore en haleine.
Voilà les éléments qu’il vous faut guetter pour assister au spectacle !
Avec un vent plus favorable, la session aurait été légendaire.
Hébergement à Nazaré
La plupart des personnes venues à Nazaré pour voir les vagues étaient des voyageurs en camping car, van ou caravane. Vous trouverez des emplacements de stationnement sur la plage nord.
Je ne suis pas passée par Air BnB (que j’ai tendance à éviter quand je voyage seule, car je veux limiter tout facteur de stress), mais j’ai vu que plusieurs étaient disponibles en centre-ville.
Les hôtels sont eux aussi situés sur la plage centrale et en centre-ville. Vous n’en trouverez aucun sur la plage nord, très sauvage. Je vous recommande l’hôtel Praia, situé à 50 mètres de la plage centrale, qui dispose d’une terrasse panoramique avec piscine et vue sur la mer. J’ai payé 55 euros pour des conditions quasi luxueuses.
Location de voiture
Je suis arrivée à l’aéroport de Lisbonne, et j’ai loué une voiture le temps de mon périple. Nazaré est à un peu plus d’une heure de route au nord de Lisbonne (2h si vous partez de Porto), la majorité du trajet sur autoroute, cela se fait facilement. Je suis passée par Discover Cars pour la location de ma voiture et tout s’est bien passé.
Avertissement de sécurité fondamental pour qui veut voir les vagues XXL
Les vagues obéissent à un modèle mathématique capricieux et complexe. Elles sont capables de se voler mutuellement de l’énergie, potentialisant leur puissance et leur danger. Parfois, une vague va « dévorer » ses voisines et se transformer en véritable ogre, devenant beaucoup plus haute que toutes les autres vagues de la série. C’est comme ça qu’au milieu de vagues de 12 mètres, on va soudain trouver un géant de plus de 30 mètres. (Si le sujet vous intéresse, cherchez sur Google « vagues scélérates », cela va vous passionner.) Cela vaut dire qu’il faut se montrer d’une prudence extrême face aux vagues géantes. Une vague énorme peut succéder à une série calme. L’océan peut soudain monter beaucoup, beaucoup plus haut que ce que vous avez imaginé, et balayer un point d’observation qui demeurait jusqu’alors au sec. Tous les ans, des gens meurent en observant les grosses vagues, surpris et emportés par une déferlante plus violente que les autres. Etablissez une distance de sécurité à partir de vos observations des vagues précédentes, et doublez ou triplez-la. Je vous garantis que quelqu’un qui se ferait emporter sur la corniche de Nazaré et tomberait au milieu des rochers sous des déferlantes de 15 mètres n’aurait aucune chance de survie. Veillez à votre sécurité, et retenez ce truc que mon père me répète depuis que je suis toute petite : sur le rivage, et particulièrement les jours de grosses vagues, on ne tourne jamais le dos à l’océan.
Ne vous retrouvez pas là dessous… regardez la taille minuscule du petit point noir, derrière la vague : c’est un surfeur !
Bonne chance, les chasseurs de vague.
Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager ou à l’épingler, merci ! Et si vous voulez suivre mes aventures, au bord de la mer ou au sommet des montagnes, inscrivez-vous à la newsletter.
Des châteaux infestés par la peste, des glacières aux allures transylvaniennes, la demeure du sulfureux marquis de Sade, voilà le programme de cet article d’octobre : je ne veux vous laisser aucune chance d’oublier qu’Halloween approche. Ce mois-ci, le RDV #EnFranceAussi sera gothique – bienvenue à cette exploration des ruines de France !
Mettez vous dans l’ambiance Halloween.
Châteaux hantés et cieux menaçants.
#EnFranceAussi passe du côté obscur
Le rendez-vous En France Aussi, c’est une idée (géniale) de la blogueuse Sylvie : chaque mois, des blogueurs suivent un thème donné et évoquent des lieux qui lui correspondent. Une seule contrainte, tous ces lieux doivent se trouver en France. Il s’agit de redécouvrir le patrimoine de notre joli petit hexagone dans tout ce qu’il a de plus inattendu. Et chaque mois, un blogueur enfile ses lunettes noires et dégaine sa limousine pour devenir le big boss de la mafia #EnFranceAussi.
En ce mois d’octobre, saison fétiche de toutes les fêtes païennes chelou de l’histoire de l’humanité (Samaïn, Jour des Morts, Halloween, tout ça), la gothique de service (moi) a sorti le sujet « Ruines ». (J’aurais bien sorti « fantômes » ou « vampires », mais je craignais qu’il y ait des réticences chez mes collègues.)
Vous le savez peut-être, amis lecteurs fidèles, j’ai peut-être rangé mes Demonia, mais je reste gothique dans l’âme. En matière d’esthétique panda qui pleure, j’ai un gros casier judiciaire. (Il se peut que j’aie écrit un jour des phrases du genre « Marilyn Manson est le Mozart du XXe siècle », « j’étais gothique dès ma naissance » ou encore « j’adorerais avoir un lit cercueil ça serait trop stylé » sur un Skyblog plein de majuscules anarchiques et de couleurs épileptiques.) Tous les ans, Mr Viking et moi, on fête Halloween de façon spectaculaire et grandiloquente.
Edition 2016.
Je vous l’avoue, toutes mes ruines n’ont pas cette qualité grand-guignolesque. J’ai eu le mauvais goût d’en photographier un certain nombre sous le soleil (la France, ce pays pourri où il ose faire beau). Voici néanmoins ma petite collection de ruines françaises. Ensuite, vous trouverez les liens vers toutes les publis des amis blogueurs participants. Aiguisez vos canines, ça va être sympa.
Les glacières du lac de Sylans dans l’Ain
On a tout avec le lac de Sylans : allure nosferatique, glaces éternelles et ruines en décrépitude. Ce bâtiment déglingué, Mesdames et Messieurs, fut une glacière, ou bâtiment de stockage de la glace. Au XIXe, avant l’invention du frigo et de la glacière portable pour pique-niquer à Palavas, ces glacières de pierre épaisse étaient à la pointe du progrès. Bien isolées, elles permettaient de stocker la glace qui recouvre chaque hiver le lac de Sylans, près de Nantua, afin de jouir des glaces au cœur de l’été. Il paraît qu’elles sont en réhabilitation.
Ruines gothiques des glacières de Sylans, Ain
Les montagnes environnantes vous mettent dans l’ambiance.
Sublime ambiance automnale sur les ruines des glacières.
L’église bombardée de St Etienne le Vieux à Caen
Petite parenthèse plus historique et solennelle : cette église éventrée par les obus commémore les terribles bombardements de l’été 44 sur la ville de Caen et fut laissée en l’état, béante et nue, pour dire l’horreur de la guerre. Plus d’infos dans mon guide de Caen.
L’église détruite.
La batterie des Mèdes, à Porquerolles
Cet ensemble défensif date de la Seconde guerre mondiale et tout particulièrement, de la lutte contre Mussolini. Aujourd’hui en ruines, cette batterie a un côté Star Wars très prononcé. Je vous aurais bien fait des photos inquiétantes, façon guerre des étoiles et lutte apocalyptique, mais même au coeur de l’hiver, il fait beau à Porquerolles.
Le château de Sade à Lacoste, Provence
On arrive à la légende noire du plus grand pervers de l’histoire littéraire française, le Marquis de Sade. Peu de monde le sait, mais Sade comptait à son kamasutra mental l’amour de la Provence : sa famille possédait plusieurs propriétés en Vaucluse, notamment le château de Lacoste, auquel Sade était très attaché et où il s’est plusieurs fois réfugié entre deux incarcérations pour atteinte à toutes les morales imaginables. On sait aussi peu que Sade a tenté d’apprendre le provençal en correspondant avec une noble locale, Milli de Rouet, qui le réprimande moins sur sa grivoiserie que sur sa grammaire (des lettres rigolotes, pleines de syntaxe approximative et de blagues de cul modérément subtiles).
Sade a tellement aimé le château de Lacoste qu’il l’a représenté sous le nom de château de Silling dans les « 120 journées de tes fesses Sodome ». Le château a été détruit à la Révolution par un peuple que scandalisait la débauche aristocratique. Aujourd’hui, il accueille des œuvres d’art d’un goût incertain, entre hymne à la liberté et godemichet géant, ainsi qu’une population constante de profs de lettres entre deux âges, vêtus d’un col roulé noir, qui jettent des regards lubriques à la ronde en déambulant parmi des ruines dévastées que leur imagination ramène à (au) la vie(t). Les profs de lettre sont tous des tordus, comme chaque parent d’élève le sait.
Le village a été racheté presque tout entier par Pierre Cardin, le Dieu du slip, ce qui me semble très approprié. Dans ce village-musée, les bobos vont l’été admirer des bidules transgressifs dans des vitrines arty, et il n’y a pas un rat l’hiver. Bienvenue en Provence momifiée.
Château du marquis de Sade à Lacoste, Vaucluse.
Le village de Lacoste, une collection de galeries d’art que l’hiver dépeuple.
L’archange de Viviers en Ardèche
Une créature effroyable surplombe le défilé du Rhône : un Lucifer reptilien, terrassé par l’archange Michel qui plante sa lance dans les écailles du malin. La ruine a rongé l’archange et l’a rendu presque aussi terrifiant que l’Adversaire, étrange oiseau de malheur qui coiffe la montagne de mélancolie. Au pied de l’ange, un cachot fendillé a autrefois servi à isoler les lépreux. J’ai grandi en face, dans une maison hantée à Donzère, comme je vous le racontais – ça marque.
Archange de Viviers en Ardèche, surplombant la vallée du Rhône.
Archange rongé.
Salut, j’ai une bonne tête.
La maladrerie des Templiers, en Ardèche toujours
L’Ardèche est décidément super dark. Au cœur du plus beau méandre de l’Ardèche, la maladrerie templière est un lieu de sinistre mémoire : c’est ici que les chevaliers parquaient les pestiférés et ceux qu’on soupçonnait de l’être. Ce mouroir semble ne jamais avoir expié les stigmates de la pestilence, et c’est aujourd’hui une ruine fantomatique sur la rivière qui harasse les kayakeurs.
Le plus célèbre méandre des Gorges de l’Ardèche et les ruines de la maladrerie des templiers.
Ceci est une petite preview d’un gros article sur la descente des gorges de l’Ardèche à venir – teaser. Si vous voulez retrouver mes aventures ardéchoises bientôt, abonnez vous à la newsletter. Et en attendant, voici les ruines de mes camarades blogueurs.
Les ruines du château de Grimaud
Ce château majestueux trône au coeur du Golfe St Tropez (qu’on appelait Golfe de Grimaud avant que Brigitte Bardot se mette toute nue sur la plage de Pampelonne et renverse une hégémonie qui durait depuis le Moyen-Âge), ancienne forteresse des Seigneurs de Grimaud. C’est du blogging live : à l’heure où je publie cet article, le 1er octobre 2017, je suis à Grimaud et je m’émerveille. Article à suivre – faudra vraiment s’inscrire à ma newsletter, cher lecteur à qui je force à peine la main. Au-delà du bling bling, la région de St Tropez est une merveille de culture authentique, et Grimaud le prouve mille fois !
Château de Grimaud.
Forteresse en ruines, témoin de la grandeur médiévale.
Lever de soleil épique au château en ruines.
Ciel de cauchemar.
Collection de ruines en France
Les articles des autres blogueurs participant au rendez-vous #EnFranceAussi seront ajoutés ici au fur et à mesure. Allez voir, il y a vraiment des billets sublimes, les blogueurs ont répondu à l’appel avec virtuosité ! Happy Halloween !
Le Vercors, la forteresse aux mille secrets Que voir dans le Royans Vercors?
Forteresse minérale, royaume du vertige, le Vercors fascine par ses panoramas solennels. Larges cirques auréolés de crêtes claires, routes creusées à même la roche, cascades bondissant des à-pics moussus : c’est un décor de tableau romantique, un paysage âpre et bucolique à la fois. On pourrait passer une vie à explorer le Vercors, ses sentiers escarpés et les méandres que trace l’eau bondissante. Pénétrer ses hauts contreforts, c’est entrer dans un monde que nos pas semblent décupler au lieu de le rétrécir, et nombreux sont ceux qui ont su y disparaître, cachés au creux de la montagne magique. que voir dans le vercors et le royans
Les alpages de Font d’Urle, ou le Vercors du vertige.
La Chute de la Druise
La résonnance du beau nom de « Vercors » aux oreilles de l’histoire, vous la connaissez : le Vercors fut la terre suppliciée des résistants, la forteresse France imprenable. Je vous en parlais ICI, dans un article plus grave et douloureux. Mais aujourd’hui, je veux seulement vous raconter la beauté de cette contrée poétique, des marmottes et des cascades, des maisons suspendues au-dessus des eaux, des falaises crayeuses et des arrêtes tranchantes, et de l’eau qui ruisselle. Et au Vercors, j’associe toujours le pays de Royans, son flan Ouest, la porte d’entrée du pays magique pour qui arrive du Sud.
Saint Nazaire en RoyansCascade au creux de Combe Laval
Chute de la Druise
Pour moi qui ai grandi au sud de la Drôme, dans les plaines alluviales du Rhône, le Vercors était la contrée dangereuse et sublime, la montagne altière qu’on voyait se détacher au loin, quand on roulait vers le Nord, et dont les cimes abruptes m’attiraient comme le danger aimante le héros des livres d’aventure. Je suis bien loin de connaître tous les secrets de ce pays unique entre tous – mais ceux que j’ai vus m’ont fait jurer d’y revenir encore et encore. que voir dans le vercors et le royans
Reliefs majestueux du Vercors.
Les reliefs caractéristiques du massif, ici à Perrin, tout au sud du Vercors
Routes effrayantes du Vercors.
Venez avec moi, nous entrons au cœur de la forteresse.
Le pays de Royans, sublime porte du Vercors
Entre Drôme et Isère, le pays de Royans est la porte qui ouvre sur les hauts sommets du Vercors, une contrée qui s’achemine vers les hauteurs, et que gouvernent les eaux. Le Royans, ce sont des villages infiniment pittoresques posés sur les eaux, tels que Saint Nazaire en Royans, que son aqueduc jeté au-dessus de la rivière Bourne a rendu célèbre. Si l’aqueduc date du XIXe siècle, les hommes ont peuplé cette région depuis la nuit des temps, et les grottes de Thaïs gardent les traces des Cro-Magnon. C’est un des multiples secrets du Vercors : ce réseau de grottes tracées par l’eau obstinée à travers le calcaire et le tuft, qui ont préservé loin de la lumière la mémoire du monde. que voir dans le vercors et le royans
Saint Nazaire et son aqueducReflets de l’aqueduc
Remontons la Bourne jusqu’au village que je préfère dans le pays de Royans, Pont-en-Royans, le village qui a trouvé mille manières de déclarer son amour à l’onde vive.
Pont-en-Royans, mon coup de coeur dans le Vercors
Des fontaines somptueuses peuplent les rives de la Bourne, le Musée de l’eau la loue dans tous ses états, et les maisons l’aiment tant qu’elles se penchent dangereusement au-dessus de la rivière, comme si elles voulaient y plonger. Ces maisons suspendues au-dessus de la Bourne font la renommée de la ville, et souvent, quand je vois des photos d’autres endroits magnifiques où on trouve ce genre de constructions acrobatiques qui défient le vertige, comme les Cinqueterre ou la Côte Amalfitaine, j’ai une petite bouffée de chauvinisme : chez nous aussi, dans ma région, nous avons des architectes funambules, des gens qui rêvaient de vivre sur la pointe des pieds au-dessus de l’eau. que voir dans le vercors et le royans
Les iconiques maisons suspendues de Pont en Royans.
Pont en Royans, ou l’amour de l’eau vive
que voir dans le Royans Vercors Mon amie Marion, auteur du très beau blog La Faute Au Graph, a grandi dans le Vercors et connaît les beautés de Pont-en-Royans par cœur – et notamment les gorges qui se révèlent en remontant la Bourne, plus haut que le village, derrière le pont. C’est elle qui a pris la fabuleuse photo ci-dessous :
Combe Laval, le vertige au coeur du pays de Royans
Combe Laval. A lui seul, ce cirque minéral immense justifie qu’on aille se perdre dans le pays de Royans. Imaginez un immense amphithéâtre de pierre, profond de 4km et haut de 600m, coiffé de crêtes comme autant de vagues qui se brisent, où des falaises immenses encerclent le fond de la vallée comme une herse.
Vue des hauteurs de Combe Laval
Une route spectaculaire a été creusée à flanc de falaise, et offre des vues fabuleuses sur la combe. C’est ici qu’on le comprend vraiment : le Vercors est un château fort, et de telles murailles préservent forcément quelque secret.
Route surplombante.
Au fond, à l’ombre des montagnes dressées comme autant de guerriers, là où l’air est frais et le soleil s’aventure peu, ils se découvrent peu à peu. Les hommes qui vécurent ici furent toujours d’une trempe extraordinaire – des ermites, des mystiques, des acharnés. Ils ont tracé des routes dans la montagne, superposé les pierres de tuf pour bâtir les ponts qui désenclavaient un peu cette vallée profonde que l’hiver encerclait de glace. Le Pont des Chartreux, surplombé de la cascade de Frochet, témoigne de cette longue histoire.
Eau bondissante sous le pont des Chartreux
Vue depuis la cascade de Frochet.
Si on remonte le ruisseau qui court au fond de la vallée, le Cholet, on parvient à un endroit étrange et unique en Europe occidentale : le monastère Saint-Antoine-le-Grand. L’ordre monastique orthodoxe qui peuple le Mont Athos, en Grèce (un des endroits les plus reculés et mystérieux du monde), a fondé en 1978 Saint-Antoine, et choisi le Vercors pour y vivre leur idéal d’isolation solennelle. C’est dire combien ce pays est sauvage et beau, quelle solennité l’habite, pour que ces ermites sublimes le jugent digne d’égaler le Mont Athos !
Monastère Saint Antoine le Grand. Hélas, il est interdit de prendre des photos à l’intérieur… mais croyez moi, c’est absolument fabuleux.
Il est malheureusement interdit de prendre des photos à l’intérieur du monastère, et je le regrette beaucoup, car c’est absolument sidérant. Je n’ai jamais vu ça en dehors de Russie, de Bulgarie, bref, d’Europe de l’Est : des murs de bois entièrement couverts de fresques et d’icônes, une Apocalypse à donner la chair de poule, un jugement dernier saisissant, un art iconique d’une beauté exceptionnelle, réalisé par un artiste russe. Croyez-moi sur parole, ce lieu mérite le détour…
En pratique : Saint Antoine le Grand est situé sur la commune de Saint Laurent en Royans et accessible en voiture uniquement – aucun transport en commun ne dessert les profondeurs de Combe Laval. Les horaires des visites varient selon les jours et la saison, consultez les ici .
Randonnée secrète dans Combe Laval
Voici maintenant la randonnée secrète, au cœur de Combe Laval : ne vous arrêtez pas à St Antoine, mais prenez le chemin qui longe le monastère sur la gauche, et remontez le cours du Cholet jusqu’aux cascades. L’eau jaillit de la paroi rocheuse après un long parcours souterrain, glaciale et empreinte des obscurités caverneuses, et cataracte en une série de piscines naturelles qui m’évoquent les « piscines des fées » de l’île de Skye, en Ecosse. C’est un lieu magique, où on imagine fées et elfes assoupis sur les mousses.
Entrons au coeur de Combe Laval…
A l’assaut de la cascade…
Pour les plus aventureux, l’épopée ne s’arrête pas au pied de la paroi : Combe Laval est un lieu d’escalade aussi dangereux que prisé, avec cette paroi immense, parfaitement lisse et raide…
Paroi verticale de Combe Laval
La source du Cholet, au fond de Combe Laval : fin de la randonnée secrète
La cascade et la falaise
J’ai bravé le froid glacial, je me suis baignée dans les piscines du Cholet. Leur couleur profonde, leur éclat d’émeraude avaient une qualité presque hypnotique. Mais l’eau était plus froide que tout ce que j’ai connu dans ma vie. C’était comme sauter dans un bain de glace, et j’ai eu l’impression d’être transpercée par mille petites lames… que voir dans le royans vercors
Baignade glaciaire dans les bassins de la cascade secrète…
En pratique : Cette randonnée est réservée aux personnes aguerries et empruntée à vos risques et périls, car elle est potentiellement dangereuse : il faut remonter la cascade, en escaladant les roches glissantes. Suivez le chemin qui part à gauche du monastère St Antoine le Grand en suivant la canalisation d’eau jusqu’au barrage, puis continuez en escaladant la cascade, jusqu’au sommet, jusqu’à la source du Cholet jaillissant de la Combe. Des voies d’escalade ont été aménagées pour ceux qui veulent s’aventurer ensuite à la paroi – mais je m’en suis bien gardée !
Fabuleuses piscines naturelles tout au long de la cascade
La chute de la Druise, plus belle cascade du Vercors
Mais sans doute devrais-je vous dire un mot de la plus belle cascade du Vercors. Elle demeure étonnamment confidentielle, compte tenu de sa grande beauté et de sa relative accessibilité (30 minutes de randonnée environ pour atteindre le fond du canyon où jaillit la chute), et pourtant cette chute m’a rappelé les plus belles cascades d’Islande et d’Ecosse. Tout au sud du parc du Vercors, tout au nord de la Drôme, elle se précipite au coeur d’une grande faille de calcaire blanc et doré, et a quelque chose de féerique.
La plus belle cascade du Vercors ? La chute de la Druise, au nord de la Drôme
Elle nous rappelle que le Vercors est le pays des cascades, et qu’elles sont innombrables dans ce territoire calcaire où la roche cède à la pluie – la cascade blanche de Sainte Eulalie, la cascade de la Fauge, le canyon des Ecouges sont autant de cascades en Vercors que je rêve de voir ou de revoir, et que je vous encourage à explorer.
Après la randonnée vers la chute de la Druise, arrêtez vous dans l’un des plus anciens restaurants de la région, le Moulin de la Pipe, un lieu dont l’authenticité et la beauté vous feront remonter le temps.
Moulin de la Pipe.
Les alpages de Font d’Urle
J’ai skié à Font d’Urle quand j’étais toute petite, en voyage scolaire. Pour nous, les Drômois de la plaine, cette station (située sur la commune de Bouvante) était le seuil du froid et de la verticalité, la première découverte du ski alpin et des paysages implacables de la montagne.
Des années plus tard, je l’ai revue à la fin de l’été, quand les troupeaux paissent encore dans les alpages.
Le calme des alpages de Font d’Urle – Chaud Clapier.
Troupeaux de mouton à Font d’Urle
Des chevaux et des moutons broutaient l’herbe épargnée par les arrêtes pierreuses. Plus loin, là où seuls les chamois s’aventurent, la montagne s’ouvrait et se plissait comme une lame fondue, révélant la profondeur des vallées du Vercors, et le dédale des cimes.
Le Vercors ouvre son coeur
Pays sauvage et âpre.
Arrêtes effrayantes du Vercors
J’ai vu des marmottes profiter des derniers dons de l’été. Je n’ai pas vu de chamois, hélas – mais on m’a promis qu’ils étaient là, tout près. Je reviendrai à leur rencontre…
Oui, il y a des tas de marmottes dans le Vercors !
Souvenirs d’autres randonnées en Vercors
Le reste n’est qu’un fouillis de souvenirs dans la mémoire d’un vieux téléphone, des instantanés au vol, des merveilles en vrac.
Au hasard d’une route, au coeur du Vercors
Je me souviens d’avoir traversé le Vercors par la route du sud vers le nord par la route d’Autrans. Par endroits, le paysage s’ouvrait en grand et de grandes étendues se révélaient quelques centaines de mètres sous nos roues – parapentes et deltaplanes s’élançaient vers ces contrebas faramineux.
Je me souviens m’être pris un sapin en skiant à Lans-en-Vercors, parce que j’avais détourné la tête pour regarder un écureuil qui sautait de branche en branche. La station était une petite merveille à l’écart des grands axes, à taille humaine et boisée.
Je me souviens d’être partie, à Villard-de-Lans, à la recherche du Pont de l’Amour, une balade merveilleuse à travers des forêts moussues et des clairières remplies de fleurs sauvages, jusqu’à une petite cascade au milieu des bois.
Je me souviens avoir été fascinée par les Grottes de Choranche, où une rivière souterraine a dessiné des décors d’une beauté rare, et où vivent des protées, des salamandres cavernicoles d’une étrangeté stupéfiante, lointaines cousines de l’axolotl qui ne vieillit jamais. Sous la terre, dans la lumière tremblante des eaux mouvantes, ces créatures des abysses révèlent leurs corps de dragon.
Collections d’instantanés du Vercors et du pays de Royans. En haut : la cascade blanche, à Ste Eulalie ; les crêtes au dessus de Choranche. 2e ligne : Combe Laval ; la cascade du Pont de l’Amour à Villard de Lans. 3e ligne : une clairière à Villard de Lans ; la route d’Autrans. 4e ligne : cascades de Choranche ; Combe Laval. 5e ligne : Grotte de Choranche ; Pont en Royans. En bas : Grotte de Choranche ; cascades de Choranche.
Je suis bien loin d’avoir tout vu dans le Vercors. Je n’ai vu ni les gorges du Nan, ni les Ecouges, ni la grotte de la Draye Blanche. Je sais qu’ici l’espace se dilate, que chaque caverne et chaque vallée semble ouvrir sur des profondeurs inconnues, que le massif est comme un espace-temps à part, où chaque randonnée est une descente dans l’inouï. Je sais qu’ici, la France est plus brute et belle qu’ailleurs, qu’un vent d’extraordinaire souffle sur les sommets. Je sais que je reviendrai.
La cascade secrète, clef du mystère…
Et vous ? Connaissez-vous le Vercors et le Royans ? Racontez-moi.
Epinglez-moi !
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L’automne est là, avec sa farandole de couleurs flamboyantes. Partout dans l’hémisphère Nord, les feuilles des arbres se parent de fantastiques tons rouge et or pour un éphémère incendie. Profitons de la saison magique, partons en voyage à la recherche des plus belles couleurs de l’automne ! Où voir les teintes automnales, les feuilles mordorées, les forêts orange et sang ? Où voir les couleurs d’automne ?
J’ai demandé à d’autres blogueurs de voyage de partager avec moi leurs destinations et leurs plus belles photos des couleurs de saison. Et j’ai complété avec mes propres coups de cœur, des souvenirs des voyages automnaux de ces dernières années. Vous le savez déjà, le Québec est une destination prisée pour admirer les couleurs d’automne, et il sera abondamment représenté – mais nous irons aussi dans les Alpes, au Japon, dans plusieurs villes européennes, et ailleurs en Amérique du Nord, à la recherche des plus beaux plaisirs visuels.
Ne nous voilons pas la face, l’hiver approche, avec son cortège de grippes, charentaises pas sexy, nez qui coulent, patates à la crème et ciels de craie, alors avant l’hibernation et la déprime, profitons du bouquet final que nous offrent les beaux jours moribonds : les couleurs de l’automne ! Nous partons pour un tour du monde des forêts embrasées par la saison. Où voir les couleurs d’automne, partout autour du globe ?
Les couleurs du Nouveau Brunswick, par Audrey du blog Arpenter le chemin
Couleurs d’automne en Bavière.
Couleurs d’extrême Orient : l’automne au Japon
Commençons cette série par une destination qu’on a plus souvent l’habitude de voir associée au printemps qu’à l’automne, le pays du soleil levant. Je ne pensais qu’aux cerisiers en fleurs… mais maintenant, je pense aussi aux érables rougeoyants.
Vue flamboyante sur le Mont Fuji à Kawaguchiko, Japon
Marine et Alex racontent : « Au pied du Mont Fuji au Japon se trouve le lac Kawaguchiko. Le meilleur moyen de le découvrir est d’en parcourir la rive à vélo. Le tour du lac est très prisé au printemps pour la floraison des cerisiers roses. Mais beaucoup ne pensent pas qu’à l’automne les couleurs chaudes aux nuances de rouge et d’or des arbres le rendent encore plus magnifique, contrastant avec le franc bleu du ciel et la blancheur de la montagne. Si le paradis existe, Kawaguchiko au mois d’octobre en est très proche ! »
Solange raconte : « Au Japon, la saison des cerisiers en fleurs au printemps est très célèbre tout autour de la planète et les curieux se précipitent en avril pour pique-niquer sous les arbres. L’automne est une saison magique où tout se transforme. Quand le chaud soleil d’août laisse la place à plus de fraicheur, les arbres en profitent pour modifier leurs parures. Et les Japonais, grands amoureux de la Nature ne l’oublient pas. A partir de mi-octobre, les feuilles rougissent et les couleurs se multiplient pour le plaisir de tous. J’ai eu le bonheur de les admirer en novembre dernier quand l’automne résistait à l’avancée du froid, dans la région de Niigata, région principalement agricole. Les enceintes des châteaux de samouraïs s’ornent d’érables flamboyants dans lesquels jouent les écureuils. Les jardins japonais dont le calme et la sérénité n’est plus à démontrer se parent de nouveaux atours. Mes yeux ne savaient plus où se poser devant de telles merveilles. Les plans d’eau où se reflète la végétation accentuent encore cette beauté.
Si vous souhaitez vous rendre dans cette région pour y admirer cette saison des couleurs, je vous conseille d’y séjourner durant la seconde quinzaine d’octobre. Et profitez-en pour prendre le célèbre Shikansen, le TGV local, qui vous y emmènera très vite. »
Les couleurs d’automne en Amérique du Nord, Canada et USA
A tout seigneur, tout honneur : chacun pense à l’Amérique du Nord quand il entend « automne », aux forêts du Québec, de l’Ontario ou de l’Oregon. Voici les paysages automnaux mythiques. En général, l’automne en Amérique du Nord est précoce, et les couleurs sont visibles fin septembre/début octobre. Mais comme ces récits le prouvent, de jolies surprises restent possibles plus tard, jusque début novembre…
Le parc d’Oka dans les Laurentides, Québec
Marie et Michaël racontent : « Le Parc national d’Oka dans les Laurentides au Québec est surtout connu pour sa plage. Pourtant, lors de notre visite en novembre dernier, on avait du mal à l’imaginer bondé de monde. Seuls les filets de volley-ball toujours debout témoignent de l’été qui venait de se terminer. En fait, cherchant à fuir la grisaille de novembre, on s’était retrouvé à Oka dans l’espoir d’y apercevoir les dernières couleurs d’automne. Le pari était toutefois risqué. Les couleurs d’automne étant éphémères, elles n’ont pas l’habitude de s’éterniser trop longtemps en novembre. On aurait très bien pu se heurter à encore plus de gris ! Mais comme pour nous prouver qu’on avait eu tort de parler en mal de lui, novembre nous réservait une surprise. Plus belle que jamais, la forêt avait revêtu son habit d’or, celui qu’elle ne sort que quelques jours par année. Partout, le vert avait fait place au jaune, nous donnant ainsi l’impression de pénétrer une forêt enchantée (il ne manquait que les créatures magiques!). Au final, on a eu droit à l’un des plus beaux tableaux automnaux qu’on ait vus à ce jour. »
Ambiance feutrée dans le parc d’Oka, par Entre 2 escales.
Eve raconte : « Comme c’est le cas un peu partout en Amérique du Nord, l’automne se décline en différentes couleurs à Portland. C’est dans cette ville du Maine que nous avons célébré l’Action de grâce en famille l’an dernier. Avant d’entrer dans la grisaille de novembre et d’être dépouillés de leurs feuilles, les arbres affichaient des teintes allant du vert au rouge, en passant par le jaune et l’orangé. Au sol, les feuilles mortes formaient un tapis coloré que les enfants s’empressaient d’entasser ou de soulever dans les airs. La ville propose de nombreux parcs qui permettent de profiter des couleurs automnales en faisant d’agréables promenades. Nous avons particulièrement aimé nous balader le long de la Eastern Promenade et sur les rives du parc Fort Williams, où nous avons pu admirer le phare de Portland Head sous différents angles. Même en automne, les rues du vieux Portland demeurent animées. Flâner dans ce quartier permet de découvrir différentes boutiques de vêtements, d’art et d’artisanat. On y retrouve aussi de nombreux cafés, des pubs et des restaurants qui laissent échapper des odeurs alléchantes. C’est l’endroit parfait pour découvrir les spécialités réconfortantes du Maine, notamment le sandwich au homard (Lobster roll) et la chaudrée de palourdes (clam chowder). Rien de tel pour se réchauffer et accueillir la fraîcheur automnale avec le sourire ! »
Les couleurs du Maine et de l’Atlantique, par Nos racines sur 4 continents
Audrey raconte : « Quand on pense à l’automne, le Canada arrive souvent en tête des destinations de rêve, sur un fond de Joe Dassin. Si le Québec et l’Ontario sont des superstars chez les chasseurs de feuilles flamboyantes, le Nouveau-Brunswick n’est pas en reste, loin de là : niché contre le Québec et le Maine, il bénéficie des mêmes couleurs surnaturelles que ses prestigieux voisins, la foule en moins.
Dans le sud, ma préférence va à la baie de Fundy, incontournable en cette saison entre les demoiselles coiffées de roux des rochers Hopewell et le parc national de Fundy, aux falaises âpres version Technicolor. Dans la péninsule acadienne, l’île Miscou se couvre d’un tapis écarlate quand ses tourbières prennent le virage de l’automne. Le long de la Miramichi, de la Restigouche et du fleuve Saint-Jean, les trois grands cours d’eau de la province, c’est l’heure des dernières virées en canot parmi les reflets enflammés. Plus au nord, on dit que du haut du Mont Carleton, point culminant de la province, on voit dix millions d’arbres : l’automne est l’occasion d’aller le vérifier, et je compte bien le faire cette année. L’automne, c’est aussi la saison des activités en famille, et chaque localité a son festival des récoltes, son labyrinthe de maïs, son verger où aller cueillir des pommes à même les arbres et ramasser les citrouilles à la brouette… La douceur de l’automne se cache aussi dans ces petites fêtes villageoises, à l’ombre des arbres multicolores, évidemment !
Pour apprécier l’automne dans toute sa splendeur au Nouveau-Brunswick, mieux vaut venir entre la dernière semaine de septembre et la première quinzaine d’octobre.»
Vue sur le Nouveau Brunswick, par Arpenter le chemin.
Amélieraconte : « Le Québec est bien connu pour ses belles couleurs d’automne et ce n’est pas pour rien. Si j’adore l’hiver pour les paysages enneigés et les activités hivernales, j’apprécie encore plus l’été pour la chaleur et les festivals. Mais l’automne est sûrement ma saison préférée. J’ai l’impression de vivre dans un tableau impressionniste. Les couleurs vont du jaune au rouge en passant par l’orange et le vert. Je conseille à tout le monde de faire un tour dans les Laurentides pour le “festival des couleurs”. Au programme, randonnées, chalet entre amis, camping pour les moins frileux, pêche et pique-nique. C’est l’occasion d’en prendre plein la vue.
Vincent raconte : « On parle souvent du Québec lorsqu’on aborde le Canada… Mais plus rarement de l’Ontario. À environ une heure de Toronto, le nord de l’Ontario est pourtant l’endroit rêvé pour tous les amateurs de nature. On y trouve des réserves naturelles avec une centaine de cascades, des sentiers comme le Bruce Trail, des stations de ski de fond ou à raquettes… Autant dire qu’il y a de quoi se ressourcer dans les environs pendant toute l’année !
En été comme en automne, j’adore partir camper pour le weekend ou même pour une journée pique-nique et randonnée. La plupart des réserves naturelles au nord de l’Ontario offrent même la possibilité de faire un feu dans des espaces réservés. Beaucoup viennent en famille ou entre amis pour organiser des barbecues en plein air… Il faut dire que les couleurs de l’automne dans la région sont incroyables ! La végétation est très diverse. Au pic de l’automne, vers la fin octobre les températures sont encore douces, et toute une palette de couleurs du vert au rouge se côtoie sur quelques kilomètres !
L’année dernière, j’ai eu la chance de pouvoir photographier les magnifiques couleurs de la réserve de Hilton Falls. J’ai hâte d’y retourner dans quelques semaines avec ma famille ! L’Ontario est vraiment une destination surprenante en automne. J’espère que mes quelques photos vous donneront l’envie d’y voyager… »
Sentiers d’Ontario, par Vincent, du blog Regard nomade.
Je finis cette série nord-américaine avec un territoire qui me fait complètement fantasmer : le Yukon.
L’automne au bout du monde : le Yukon
Cédric raconte : « Le Yukon, ce territoire mystérieux situé aux confins du Canada, à la frontière de la Dernière Frontière (l’Alaska, surnommé “The Last Frontier State ») ne cesse de faire rêver. Il y a de quoi, en effet : des paysages somptueux, une Histoire riche et, surtout, l’impression d’être dans l’un des derniers endroits loin de toute civilisation, avec les ours pour compagnons de nuitée et la Voie Lactée comme toit. Pourtant, il y a quelque chose d’encore plus merveilleux, à un moment précis de l’année : l’automne !
Lorsque commencent à jaunir les feuilles et que les forêts se parent de mille et unes couleurs différentes, le voyageur ne peut faire qu’une seule chose : contempler. Que ce soit pendant un roadtrip de Whitehorse à Dawson, pendant une randonnée à Tombstone ou Kluane ou même lors d’une simple promenade, il est impossible de passer à côté de ce spectacle enchanteur. Du rouge au jaune en passant par l’ocre, toute la palette des couleurs automnales est présente dans le décor. Il suffit alors de laisser errer son regard et de se perdre dans l’immensité des forêts boréales, là-haut, dans ce bout du monde qu’on nomme le Yukon…»
Mosaïque du bout du monde, par From Yukon
Si vous rêvez maintenant de savoir comment aller au Yukon, c’est sur le blog From Yukon.
Où voir les couleurs d’automne en Europe ? Destinations automnales Europe – voyages d’automne Europe
Tout le monde vous a parlé du Québec dans la partie précédente, à croire que l’empereur incontesté de la feuille qui rougit hante les rêves de toute une génération biberonnée à Joe Dassin. Mais les voyages d’automne en Europe, ça peut être sublime aussi. Voici une petite démonstration.
Commençons notre voyage par la Scandinavie, des forêts de Finlande aux paysages plus lunaires d’Islande.
Islande, l’automne chez les elfes et les trolls
Mali raconte : « L’an dernier, je suis allée en Islande au tout début de l’automne, et déjà, c’était beau à voir… quand il ne pleuvait pas 😉 Car oui, l’Islande en automne, ça donne une météo souvent incertaine, de la grisaille, de la pluie, il peut faire aussi très froid et il vaut mieux venir avec de quoi voyager comme pour un séjour en plein hiver.
Mais un road-trip en Islande en automne, c’est aussi de magnifiques couleurs, moins de touristes, des étendues sauvages et les aurores boréales la nuit tombée si vous avez de la chance. L’automne est la saison idéale pour partir en Islande si vous voulez voir les aurores boréales sans (trop) risquer de tomber sur une tempête de neige de plusieurs jours. En prime, vous avez déjà les belles couleurs fauves de l’automne sur la végétation, ce qui donne encore plus de charme aux sites naturels. Bref, j’ai été conquise par cette saison, même si le printemps est souvent plus clément si vous y voyagez pour la première fois. »
Laves et mousses dorées.Le pays des trolls et des elfes en automne, par Un pied dans les nuages
Jenny raconte : « À partir de fin septembre, les couleurs d’automne en Finlande sont vraiment très prononcées et superbes. La région des Grands Lacs est à environ deux heures de route de Helsinki. J’y étais en 2016, et à certains endroits, on avait l’impression d’être au Canada. En tout cas, si vous aimez cette ambiance automnale, c’est l’endroit idéal pour y séjourner. Louer un chalet (Mokki en finlandais) au bord des lacs et profiter. Vous pouvez aussi aller faire une randonnée dans le parc Repoveden Kansallispuisto. »
La cabane au fond des bois, par Jenny. Copyright JD Roadtrip.
Il manque à ma liste scandinave rêvée la Norvège, que j’adorerais voir à l’heure où les fjords se dorent…
La Pologne haute en couleurs
Connaissez-vous la Pologne ? C’est un pays que je n’ai fait que traverser, et où j’ai désormais très envie de retourner en automne…
Varsovie sublimée
Aurore raconte : « Varsovie a la chance de connaître un climat continental. Les quatre saisons y sont donc très marquées ! Lors de ma venue en novembre, j’ai tout de suite été subjuguée par les magnifiques couleurs d’automne qui avaient recouvert la ville. Dans les parcs, les rues, des dégradés de jaune, de rouge et d’orange habillaient les arbres et le sol. Varsovie est une magnifique destination peu importe la saison. Mais je trouve que l’Automne se marie particulièrement bien avec la personnalité de la ville ! Une ville pleine de dynamisme et de vie malgré les épreuves qu’elle a subies par le passé. Pour admirer Varsovie en Automne, je vous recommande le mois d’octobre ! »
Julie raconte : « L’automne arrive plus tôt qu’en France. Il y dépose ses dégradés orangés dès la fin du mois de septembre, semant des paillettes au creux de mes yeux émerveillés. Ce n’est pas ma saison préférée mais ça pourrait le devenir, ici, à Lublin.
Il y a les dernières journées ensoleillées au bord du lac Zemborzycki et, dans le même temps, les premiers crépuscules dorés. La rue Lubartowska, artère centrale du quartier juif que j’emprunte tous les matins, me salue d’un air nouveau. Le parc de l’hôpital numéro un lui aussi se pare d’un manteau étincelant. Si beau que j’y retourne une fois ma matinée de stage terminée, capturer ces tons étrangers avant qu’il ne soit trop tard. J’en tire cette photo juste avant que les feuilles ne soient ramassées et je pense à l’intérieur, ça y est, l’hiver arrive. De nouvelles surprises sont à découvrir et l’automne à Lublin annonce toute la beauté de la saison à venir.
Il faut ici, maintenant, profiter de cette ambiance si particulière, encore chaude la journée mais si froide à la nuit tombée. Il faut se rassembler autour des délicieuses bières chaudes, sirotées à la paille dans les bars de la vieille ville, autour de la Rynek. Il faut profiter des derniers après-midis ensoleillés pour arpenter ces rues colorées et surtout il y a cet événement à ne pas manquer : la Toussaint, où tous les cimetières de la ville s’éclairent à l’unisson, portés par des milliers de flammes d’espoir. Lublin, comme de nombreuses villes en Pologne, traîne un lourd passé de répression et de massacres, en témoigne le camp de Majdanek que l’on peut visiter, pour la mémoire. Mais Lublin, avec l’aide de l’Europe, se relève tant bien que mal. C’est maintenant une petite ville rassemblant des milliers d’étudiants chaque année, polonais autant qu’étrangers. C’est une ville pleine d’énergie, portée par sa population estudiantine ; c’est une cité en pleine renaissance, et c’est elle qui m’a réappris à vivre. »
Tenir le trésor de l’automne au creux de sa main… par Julie la Blogtrotteuse. Magnifique photo qui fait la couverture de cet article – merci et bravo, Julie !
Allemagne, Autriche, la beauté automnale des Alpes germaniques
Vous le savez, on arrive là à mon sujet de prédilection : la Bavière ! le Tyrol ! le pays des cygnes, des châteaux et des Spätzle au fromage ! cette contrée de conte de fées est plus fabuleuse encore à l’automne. Je laisse Léa vous parler d’un moment magique en Autriche, puis je squatte mon propre article collaboratif pour laisser libre cours à mes obsessions germaniques. Il va notamment être question de lacs – fabuleux miroirs des incendies éphémères.
Automne en Franconie (Nord de la Bavière), ici à Volkach.
Cygnes d’automne à Seewalchen, entre Vienne et Innsbruck
Léa raconte : « Novembre. Le pouce est engourdi par le froid lorsque je le tends au bord de la route. Direction l’Autriche. Après les couleurs des façades de la belle Innsbruck, enfoncée au milieu de ses montagnes, ce sont celles de la route qui m’attendent.
J’y rencontre Wolfgang, perle de bonté brute. Une année est passée et je souris toujours en pensant à lui. Il va directement à Vienne. Nous pouvons donc fuir l’autoroute. C’est sur les petites routes sinueuses de montagne, entre Innsbruck et Vienne, que la voiture de Wolfgang s’enfonce. Nous montons et quelques flocons transpercent l’épaisse forêt qui nous enveloppe. Deux saisons se rencontrent ici, les feuilles orange et rouges des arbres se blanchissent petit à petit.
Plus loin, Wolfgang s’arrête au bord d’un lac sur lequel quelques dizaines de cygnes et de canards se laissent porter. « C’est ici que mes grands-parents avaient l’habitude de m’emmener enfant. ». Le jour tombe déjà et le ciel se pare de nuances roses et violètes qui font toute la magie des soirs d’automne. Nous restons là, un moment, à contempler le spectacle. J’ai oublié que j’avais froid.
Vienne, la route est déjà terminée. Je quitte Wolfgang, un goût de gâteau à la pomme et à la cannelle encore en bouche, et le sentiment d’avoir vécu un moment d’exception sur cette route autrichienne.»
Fin novembre sur les routes autrichiennes. Les derniers feux-follets s’éteignent dans les premières neiges, l’altitude réduit les brasiers en cendres d’argent. Nous nous sommes lancés dans un de ces week-ends d’amoureux à la faveur de la saison, où on mange trop de chocolat et flotte dans ces merveilleux spas germaniques. Soudain, le château d’Hohenwerfen surgit comme une vision et détrône mes autres amours, les Neuschwanstein et autres Königswinter. A cet instant, c’est pour moi le plus beau château du monde, dans cette lumière à bascule, entre la flamme et le froid. Il ne manque plus que les éperviers qui strient le ciel d’été, quand la fauconnerie d’Hohenwerfen organise ses spectacles. Et je me le redis pour la millième fois : Allemagne, Autriche, vous êtes magiques.
Bien sûr, le Canada, c’est merveilleux. Lacs immenses, sapins enluminés d’or et de rubis, plats roboratifs qu’on déguste dans des cabines en bois, kayak au milieu des feuilles virevoltantes… l’idylle automnale. Mais si je vous disais qu’on peut vivre tout ça sans traverser l’Atlantique ? La Bavière en automne, c’est paradisiaque aussi. Les lacs de Bavière sont un chapelet d’émerveillements chromatiques. Le kayak au milieu des sapins ? Pas de problème, ça sera sur l’Hintersee à Ramsau. Le bateau ? Au Königsee. La bronzette des derniers soleils ? Sur les transats du Schliersee. Pour moi, c’est la destination automnale parfaite : proche, abordable, avec un excellent rapport qualité-prix dans l’hébergement et la nourriture, et incroyablement belle.
Vous êtes d’humeur plus urbaine, et l’automne pour vous, c’est le Pumpkin Spice Latte chez Starbucks et les boucles d’oreille citrouille ? Pas de problème, restons dans les grandes villes européennes, et continuons le festival.
Munich, automne couleur bière dorée
Les Bavarois sont perturbants. La célèbre Oktoberfest a lieu non pas en octobre, mais en septembre, soit avant l’arrivée des couleurs dorées. Tant mieux : l’Oktoberfest, c’est trop bruyant à mon goût, trop rempli d’Américains ivres morts qui claquent le popotin de la serveuse en Dirndl. Venez à Munich après l’Oktoberfest, quand le calme est revenu et les prix sont redescendus, mi-octobre, et savourez une bière dans la convivialité ultra typique du Viktualienmarkt, au milieu de vrais Bavarois du cru. Vous verrez combien la ville est belle et douce, combien elle est facile à vivre. J’y ai passé deux ans de ma vie et j’y retournerais sans hésiter.
Cora raconte : « Pas trop loin de chez nous et sans surprise, la ville d’Amsterdam est belle toute l’année ! Mais, en automne, quand les feuilles rouges et or s’envolent au-dessus des fameux canaux, il y a vraiment de quoi rêver. Pendant le mois d’octobre (en général jusqu’à la mi-novembre), visitez Amsterdam pour les couleurs qu’on retrouve en centre ville, sur le fameux Marché aux Fleurs et dans le grand Vondelpark.
Le reste des Pays-Bas n’est pas à oublier non plus ! Dans le Waterland le long de la côte nord, l’automne se manifeste aussi par la couleur toute particulière de la mer et du ciel, une ambiance poétique au possible à explorer à vélo. »
Amsterdam et ses canaux par The Path She Took.
Pour découvrir les Pays-Bas et plein de bons plans sur Amsterdam, c’est sur le blog The Path She Took
Promenade d’automne à la citadelle de Lille
Chacha raconte : « Pour beaucoup de Lillois, la braderie de Lille annonce la fin des vacances et la rentrée. En ce qui me concerne, elle annonce l’arrivée de l’automne. Quand la fraîcheur du matin nous accueille en sortant de chez nous, nous savons que les routes de campagne se pareront de brume, et nous présenterons un spectacle de toute beauté où chaque représentation est unique. Tandis qu’enfin de journée le soleil jouera avec les nuages dans le ciel et nous offrira une palette de couleurs allant du rose jusqu’à l’orange vif, et tout ça pour notre plus grand bonheur. Avant de tirer leurs révérences pour l’hiver, les arbres centenaires du Parc de la Citadelle quant à eux nous offrirons tout un éventail de teintes qui donneront un caractère unique à chacune de nos balades. Après s’être dégourdi les jambes dans le Central Park made in Lille, s’installer en terrasse sur la grand place pour profiter du soleil couchant qui met en valeur les belles façades des hauts lieux de Lille est vrai un régal. Il ne faudra que quelques pas pour trouver un estaminet et se laisser séduire par les délices de la gastronomie régionale. Là aussi, tous nos sens sont mis en éveillent, et on ne demande qu’une chose, remettre ça le lendemain. »
Les aventures de Chacha à Lille, ça commence avec une vache écossaise.
L’automne dans les montagnes, forêts et landes françaises
Promenades bucoliques à la saison des kaléidoscopes chamarrés.
Couleurs d’automne à Fontainebleau
Nicolas raconte : « Où profiter au mieux des sublimes couleurs d’automnes quand on est en région parisienne ? Je vous proposerais d’aller visiter la forêt de Fontainebleau. Celle-ci est située à 30mn de Paris en train, et donc facilement accessible. On y trouve de superbes coins, entre zones sablonneuses, blocs de gré très prisés des passionnés d’escalade, et de nombreux points de vue.
Pour vous y rendre, descendez dans le petit village de Bois le Roi, puis suivez le GR jusqu’à la Forêt. Déjà dans ce village typique vous pourrez profiter au mieux des couleurs automnales, vous pouvez même longer la Seine et admirer les affolantes (des sublimes demeures).
Vous pouvez également vous arrêter – uniquement le week-end – à l’arrêt « Forêt » situé dans la forêt entre le village et Fontainebleau-Avon, qui est le troisième arrêt que je vous conseillerais. Si vous êtes véhiculés, je ne peux que vous inciter à aller vous promener aux Gorges de Franchard, découvrir le village des peintres de Barbizon et la Caverne des Brigands, aller du côté de la Faisanderie à Fontainebleau. Enfin, les parking de Rocher Cassepot ou Rocher Cuvier vous permettront là aussi de belles balades entre les rochers, et d’atteindre de jolis points de vues sur toute la forêt.
Et pourquoi pas juste vous arrêter sans but précis et aller chercher des champignons sous les couleurs orangées ? »
Les fougères dorées de Fontainebleau, par The Good Troll.
Il est une saison où la Camargue culmine en beauté : novembre. Les salicornes et les saladelles qui couvrent les marais salés revêtent leurs teintes rouges, et les flamants roses font leur mue, pour une rose plus intense encore. La Camargue en cette saison est une explosion de couleurs décuplées par les marais qui reflètent le ciel, où les crépuscules purifiés de la brume de chaleur estivale sont plus éclatants que jamais. Le grand évènement à ne pas manquer, ce sont les abrivades du 11 novembre : des centaines de chevaux envahissent la plage Est des Saintes Maries de la Mer.
Céline raconte : « J’ai vécu près de dix ans en région grenobloise et s’il y a une saison que j’affectionne vraiment c’est l’automne. Grenoble est entourée de quatre massifs montagneux : la Chartreuse, le Vercors, Belledonne et la Matheysine. Les montagnes et la nature sont proches ce qui permet d’admirer l’automne dans toute sa splendeur depuis la ville.
Mais, si on veut profiter un peu mieux de l’automne, direction le Vercors à seulement quelques minutes de Grenoble pour un festival de couleurs. De là, on peut s’adonner à la randonnée et profiter de l’automne pendant plusieurs semaines. Pour moi, cette région a tout d’un petit Québec tant les couleurs sont intenses. Selon les années, les couleurs sont plus ou moins marquées mais c’est souvent fin septembre – début octobre que l’automne explose. Et si le soleil est de la partie, c’est encore plus beau ! »
Le parc naturel du Vexin : verdure automnale en Île de France
Solène raconte : « L’Île-de-France n’a pas à rougir de ses paysages. Le département offre de bien jolis dégradés de couleurs lorsque l’automne prend doucement ses quartiers. Niché aux portes de Paris mais à des années lumières du bitume de la capitale (une cinquantaine de kilomètres), le Parc naturel régional du Vexin français est un véritable poumon au cœur de l’une des régions les plus peuplées de France. A cheval sur le Val d’Oise et les Yvelines, il rassemble 99 communes dont la plus grande accueille 6943 habitants (Auvers-sur-Oise) et la plus petite… 27 âmes (Charmont). Dès que l’été se retire sur la pointe des pieds, l’orange devient le new vert. Peu à peu, les milliers de feuilles se parent de cinquante nuances d’orangés. A découvrir à pied grâce à ses mille sentiers balisés ou à vélo avec l’avenue verte London-Paris. Patrimoine naturel, bâti, paysager, culturel… Les prémisses de l’automne sont sans nul doute l’une des périodes les plus propices à la découverte du coin… et à son terroir ! Du 2 septembre au 22 octobre, les agriculteurs, restaurateurs et guides professionnels proposent une trentaine d’animations autour de la gastronomie dans le cadre de l’événement « Goûtez le Vexin ». A savourer sans modération. »
Retrouvez l’île de France et d’autres belles destinations sur le blog de Solène, Solcito.
Le parc naturel régional du Vexin paré des lumières de l’automne. Copyright des photos : Julie MA Photographie.
La tête à l’envers : l’automne dans l’hémisphère Sud
Finissons par une petite pirouette : l’automne, de l’autre côté du monde, coïncide avec notre printemps. Et là-bas aussi, le festival multicolore bat son plein à l’heure où nous fêtons les bourgeons.
Les couleurs d’El Chalten : la Patagonie argentine en mars
Seb et Laura racontent : « Alors que l’hémisphère Nord ronge son frein en attendant le printemps, la Patagonie glisse lentement vers l’hiver, faisant exploser les couleurs des forêts de « lengas ». Dans les contreforts des Andes, au pied de majestueux glaciers et du mythique Fitz Roy, le panorama devient surréel. El Chalten en Argentine en mars est pour moi une acmé de la nature : une avalanche de couleurs flamboyantes dans un décors glacé. Un moment de basculement, où la splendeur de l’été décline superbement vers un hiver bleuté.
Randonner dans ce drame magnifique est une expérience d’humilité euphorisante. Certes, c’est un spectacle de déclin de la nature qui cède au froid, mais un déclin rassurant. Il n’est pas signe de mort, mais d’un repos annonciateur d’un nouveau cycle.»
Sur ces bonnes paroles pleines d’optimisme biologiste, je vous laisse affronter les premiers frimas. A vos citrouilles, châles et soupes fumantes. La saison des longues nuits vient de commencer…
Pour survivre à l’hiver, je vais vous sortir tous mes souvenirs d’été sur le blog. On ira en Grèce, en Haute-Provence, à Disneyland.. vous vous inscrivez à la newsletter pour suivre tout ça ?
Merci à tous les blogueurs participants pour ces superbes textes et photos !
Pour qui aime la montagne, un voyage à Chamonix-Mont Blanc relève du pèlerinage. C’est ici, pour la première fois, que les hommes se sont mis à conquérir les sommets. On a inventé ici l’alpinisme, et l’attrait hypnotique de la très haute montagne, de la glace éternelle et la lumière capricieuse des cimes. Chamonix, c’est une autre dimension, et ma plus belle révélation dans les Alpes françaises à ce jour.
Que faire, que voir à Chamonix ? Trop de choses, car chacune de ses attractions sont autant de mythes : la Mer de glace, ou le plus grand glacier de France, l’Aiguille du Midi, ou encore le Lac Blanc, considéré par beaucoup comme le plus beau de nos lacs alpins. Nous sommes ici sur le toit de l’Europe, avec le sommet légendaire du Mont-Blanc à 4810m, là où l’expérience humaine ordinaire cède à l’inouï. Les Alpes dans toute leur terrifiante majesté : Chamonix vous rendra mystique.
La mythique mer de glace, plus grand glacier français et deuxième d’Europe.
Coucher de soleil sur les Drus
Mon amie Marion face à l’immensité des Alpes.
Week end à Chamonix – week end romantique à Chamonix – blog Chamonix
Pour ce voyage dans l’hiver sans fin, nous allons commencer par un petit catéchisme de la haute montagne, avec toutes les merveilles dignes de votre vénération, et puis nous enchaînerons sur une série d’hébergements et de restaurants fabuleux pour profiter de votre voyage à Chamonix dans les plus belles conditions possibles. C’est parti pour le meilleur des Alpes françaises.
Merveilleux Lac blanc.
Un week-end à Chamonix, ou le tremplin vers la haute montagne
C’est quelque chose que j’ignorais avant de me perdre au milieu des lacs et des glaciers, environnée de bouquetins et de marmottes : Chamonix, c’est une autre dimension. Toutes les Alpes sont belles. Mais ici, la beauté est teintée de danger et de vertige, elle touche au sublime. C’est quelque chose que j’ai profondément ressenti à Chamonix : je suis aux portes d’un autre monde. L’alpinisme a commencé ici, à la fin du XVIIIe siècle, avec ces chercheurs de cristal lancés à l’assaut du plus haut sommet d’Europe. L’Everest, l’Annapurna, le Fitz roy, ça commence ici. C’est à Chamonix que les hommes ont apprivoisé la très haute montagne.
Et je me dis toujours qu’il faut une sacré dose de folie pour affronter la haute montagne…
J’ai partagé ce second séjour à Chamonix avec mon amie Marion, la talentueuse blogueuse de La faute au graph. Je l’ai récupérée chez elle dans le Vercors, et nous avons traversé par l’autoroute les vallées alpines, à travers la Chartreuse, les Bauges et les Aravis, en direction de Chamonix. Nous n’avons pas arrêté de nous extasier sur la beauté des Alpes. Nous nous disions que trop de voyageurs ignoraient les trésors que nous avons chez nous, rêvent des Rocheuses, du Canada, du Colorado, de la Patagonie, et ne savent pas combien les Alpes sont belles.
Bonheur de randonner avec une amie qui partage ma passion de la nature, de la glace et des animaux dans un cadre aussi exceptionnel.Comme souvent quand deux blogueuses voyagent ensemble, on a fait un petit troc : les photos de moi sont chez Marion, les photos de Marion sont chez moi.
Vous l’aurez deviné, cette magnifique photo de moi au-dessus des Lacs des Chéserys a donc été prise par Marion – La faute au graph !
Mais même nous, nous ne savions pas tout de nos montagnes familières. Marion m’a dit après la première journée à Chamonix : « J’ai grandi dans le Vercors, je croyais que je connaissais les Alpes. Mais ici… c’est différent. C’est encore un cran au-dessus.» Oui. Ici tout est encore plus. Plus loin, plus haut, au cœur du royaume du vertige.
Qu’est-ce qui change tout à Chamonix ? La glace.
Ils nous guettent…. Terrifiants et merveilleux glaciers de Chamonix
Chamonix – Mont Blanc ou l’empire des glaces Les glaciers de Chamonix
Ce qui m’a fascinée par-dessus tout à Chamonix, ce sont les glaciers. Imaginez Chamonix : une vallée profonde, sculptée par les âges glaciaires et les caprices des géants, entre deux chaînes de montagne colossales. Chamonix est encerclée par la glace. Dans le Massif du Mont Blanc, ils sont innombrables, ils descendent en langues d’un bleu mortel vers la vallée trappée, ils nichent sous les reliefs drus des plus hautes cimes, ils se drapent de brume et révèlent par éclipses leurs scintillements d’argent.
Langues des glaciers qui descendent vers la vallée.
Effrayante splendeur.
A Chamonix, l’histoire de l’alpinisme est associée à celle des cristaux. Si les hommes ont commencé à gravir les « Montagnes Maudites » (l’ancien nom du massif), c’est parce qu’aux plus hautes altitudes, la roche se fendait sur des fours à cristaux regorgeant de quartz et d’améthystes. Jacques Balmat, le premier à avoir vaincu le Mont Blanc en 1786, était un cristallier avide des trésors des cimes. Mais maintes fois à Chamonix, je me suis dit que le glacier lui-même était le plus beau cristal, et la vallée entière, un four aux merveilles. Accrochés aux aiguilles ou insinuant leurs traîtresses séductions vers la vallée, scintillants et drapés de brume et de magie, les glaciers de Chamonix sont autant de diamants.
Textures des glaciers. Ce qu’on voit sur la première photo, ce sont les bandes de Forbes, qui s’ajoutent d’année en année et indiquent l’âge du glacier, à la manière des cernes des arbres.
Vous aussi, vous rêvez de l’Islande, du Groenland, du Svalbard ? Vous aussi, vous aimez la Reine des Neiges et Game of Thrones ? Vous avez envie de devenir un White Walker aux yeux bleu perçant ou de hurler « Libérée, délivrée », au milieu des séracs ? Allez à Chamonix. Votre karma glaciaire se révèlera. Vous serez surpris et fasciné de voir la glace si proche, si accessible.
Après ces incantations, il est temps de vous donner le mode d’emploi : comment voir les glaciers à Chamonix ?
Approcher les glaciers à Chamonix Comment voir les glaciers à Chamonix ?
Voici une liste quelques expériences pour jalonner votre initiation glaciaire.
Visiter la Mer de glace et la grotte de Glace
La Mer de glace, évidemment. C’est le plus grand et le plus célèbre glacier de France, et c’est un immanquable de Chamonix. Vous prenez le train du Montenvers depuis Chamonix, un train à crémaillère rouge comme dans les livres pour enfants qui va réveiller le gamin qui est en vous (vous auriez dû me voir dans le train, j’avais huit ans et demi), et vous arrivez au plus beau panorama de France sur les glaciers alpins. J’étais en mode cocorico : « Y a ça chez nous ? C’est beau comme ça la France ? Plus jamais je vais ailleurs ! » En face de vous, les Drus s’élèvent, et vous rappelleront les Tre Cime des Dolomites ou le Fitz Roy de Patagonie par leur allure déchiquetée et majestueuse ; en dessous de vous, le glacier et ses séracs terrifiants. Descendez ensuite vers la grotte de glace, et entrez au cœur du monde bleu et froid.
Pendant longtemps, la grotte qui se referme chaque hiver était à nouveau creusée la main chaque printemps, à la pioche et à la sueur, par une équipe de héros qu’on appelait les « grottus ». (C’est classe en soirée, de dire « salut je suis grottu ».) Aujourd’hui, les grottus continuent de creuser une nouvelle grotte deux fois dans l’année… mais avec des machines. La magie du bleu et du froid se perpétue, mais leurs articulations sont épargnées.
Vous pouvez descendre vers la grotte de glace par un long escalier bordé de fleurs roses. La télécabine (les « œufs ») vous raccourcit la remontée, mais attention, sachez qu’une partie de la descente se fera forcément à pied, et qu’il ne faut pas avoir de soucis de locomotion.
La mer de glace et les Drus
Le célèbre train du Montenvers : l’ancienne locomotive
En descendant vers la mer de glaceTrain du Montenvers.Au coeur des glaces.
Un panorama sublime sur la Mer de glace : le Signal de Forbes
Si vous rêvez de vous élever au-dessus de la Mer de glace et d’avoir un panorama sublime sur le glacier, les Drus et les Grandes Jorasses, suivez à la descente du train les panneaux vers le Signal de Forbes. Vous cheminerez dans un paysage féerique jusqu’à ce point de vue exceptionnel, au milieu d’un chaos minéral presque extraterrestre.
Vous pouvez poursuivre cette randonnée par les Balcons Nord de Chamonix et les Alpages de Blaitière jusqu’au Plan de l’Aiguille du midi. Voici le détail du parcours. La montée du Montenvers au Signal de Forbes est un peu raide, bien sûr, nous sommes en haute montagne, mais je l’ai trouvée assez accessible. Attention, choisissez bien l’itinéraire conseillé et non le sentier alternatif escarpé, plus dur, plus dangereux et paraît-il moins beau.
Au signal de ForbesBalcons Nord de Chamonix, en quittant le Signal de Forbes et en direction du Plan de l’Aiguille du midiLe pays magiqueL’Aiguille se rapproche…
L’Aiguille du midi vous permet d’accéder en télécabine à une altitude de 3842m pour un panorama impérial sur les géants des Alpes, dont le Mont Blanc et plusieurs glaciers.
Vue sur les glaciers depuis l’Aiguille du midi
Un panorama sur cinq glaciers du Massif du Mont Blanc
Un autre point de vue qui m’a complètement fascinée, c’est celui qu’on conquiert quand on va des lacs des Chéserys au téléphérique de la Flégère. Le long de ce balcon qui surplombe Chamonix, cinq glaciers sont visibles, un panorama fantastique qui révèle bien le caractère exceptionnel de cette vallée, empire des glaces, ou comme dit Marion, la vraie « reine des neiges ».
Panorama des six glaciers visibles depuis les lacs des Chéserys
Aller au plus près des glaciers à la buvette du Cerro
C’est un de mes deux regrets à Chamonix : ne pas avoir pu monter à la buvette du Cerro, surprise par une pluie soudaine et torrentielle. Dans ce chalet, accessible en une vingtaine de minutes de marche depuis le parking, on surplombe le glacier des Bossons, et peut descendre marcher tout près des glaces. Plus de détails.
Le Cerro se trouve en dessous.
S’initier à la randonnée glaciaire
Un rêve que je compte bien réaliser un jour, tant Chamonix m’a révélé la passion des glaces et de l’hiver. Contemplant les glaciers, je rêvais de m’enfoncer dans leurs profondes moraines, au cœur du bleu, de fouler les géants au pied et de mesurer ma petitesse à l’aune de leur immensité. Mais attention, une randonnée glaciaire ne s’improvise pas. Il vous faudra impérativement le matériel adapté, et un guide qui saura vous éviter les crevasses et effondrements soudains. La compagnie des guides de Chamonix propose de nombreuses randonnées glaciaires. Mon nouveau fantasme : la traversée du Mont Blanc au Matterhorn par les glaciers…
Cette photo du glacier des Pélerins en hiver, que j’ai prise en mars dernier, résume bien ma fascination…
Mieux connaître les Glaciers de Chamonix au glaciorium
Au sommet du Montenvers, au-dessus de la Grotte de glace, se trouve un espace pédagogique qui m’a fascinée : le glaciorium, ou l’histoire des glaciers et des changements météorologiques depuis la nuit des temps. Cette visite vous déroute profondément. La France, que vous croyez connaître, vous apparaît soudain sous un jour terrible et inhospitalier, à l’époque du règne des glaces. Saviez-vous qu’il y a trente mille ans, à l’époque de la plus grande ère glaciaire, la Mer de glace faisait 200km de long et s’arrêtait aux portes de Lyon ? Que les vallées alpines étaient entièrement remplies de glace, dont le retrait a fracturé les roches et dessiné ces reliefs dramatiques ? Difficile d’imaginer notre pays dans sa chape gelée, froid et hostile à la vie humaine…
La Mer de glace est aujourd’hui un témoin du changement climatique, et on la voit reculer d’année en année à Chamonix : ceux qui l’ont visitée dans les années 60 disent combien son niveau a baissé, et déplorent sa fonte accélérée… Mais ce qui m’a fascinée au glaciorium, c’est de découvrir les cycles des ères glaciaires et des ères chaudes, d’apprendre qu’au Moyen-Âge, la Mer de glace avait beaucoup baissé jusqu’au « petit âge de glace » du XVIIIe siècle, et que peut-être, un jour, elle reviendra… Il se peut qu’un nouvel âge glaciaire s’abatte sur la Terre d’ici des milliers d’années. J’en avais des frissons et je me suis vraiment sentie comme dans Game of Thrones, avec les légendes du long hiver et des marcheurs blancs qui envahissent le monde… Le glaciorium est une belle école du vertige et de l’insignifiance – que sommes-nous face à l’hiver sans fin ?
Cauchemars de glace éternelle…
J’en arrive à ma petite illumination surnaturelle.
Devenir mystique dans les Alpes Blog sur Chamonix : week-end romantique à Chamonix
Attention les amis, danger de conversion imminente. J’ai passé quatre jours à Chamonix, et si j’étais restée quatre jours de plus, je crois que j’aurais eu une crise mystique. Tout d’un coup, j’ai compris les types qui vont planter des croix au sommet des montagnes, vivent dans des grottes, escaladent les sommets avec leurs ongles et leurs orteils à vif. La haute montagne, ça vous monte à la tête, et Chamonix m’a fascinée. J’ai vu des bouquetins à trois mètres de moi, approché des glaciers vieux de dix mille ans, me suis baignée dans un lac couleur turquoise où rien ne vit, ai dormi face à une cascade de glace, ai contemplé le ballet effrayant des nuages et des éclaircies sur des arrêtes plus verticales que les enfers. J’ai ressenti une exaltation qu’on ne connaît pas dans les plaines, je sentais le sublime rouler sur moi comme une vague, et j’ai compris l’addiction de la haute montagne, le mysticisme des alpinistes, la suggestion permanente du divin.
Oui Jésus, je te capte.
Au bout d’un moment, je me suis demandée si les bouquetins n’étaient pas les prophètes d’une nouvelle religion et n’allaient pas m’apporter le nouvel évangile, comme l’ange Mormon à son pote Joseph, bref, j’étais pas loin de me hisser sur un rocher et de proclamer que Dieu me parle. Bon, après j’ai mangé de la tarte aux myrtilles et ça allait mieux, je me suis reconvertie aux joies terrestres. Marion vous dira que j’avais probablement juste la dalle, ce qui est plausible (y en a qui sont énervés quand ils ont faim, moi je demande juste à ce qu’on me dicte des nouveaux commandements par voie de foudre). Mais toujours est-il que Chamonix est une expérience puissante, renversante. Voici quelques idées mystico-montagnardes.
Beauté des fleurs de montagne à ces altitudes inhospitalières.La blogueuse qui murmurait à l’oreille des bouquetins.
Et à l’oreille des fleurs, aussi.
Approcher les animaux de la montagne au plus près : où voir des bouquetins à Chamonix ?
Vous voulez faire comme Saint François d’Assise et parler aux animaux, dire aux oiseaux qu’ils sont vos frères et communiquer avec toute la création ? Allez aux lacs des Chéserys. Nous sommes au cœur de la réserve naturelle des Aiguilles rouges, et les bouquetins, préservés de la chasse, ne sont pas farouches. Quand Marion et moi avons aperçu le premier d’entre eux, nous avons presque fait une crise cardiaque et nous sommes mises à ramper comme des ninjas en chuchotant pour ne pas risquer de l’apeurer. Résultat, ça a donné ça :
Le bouquetin était s’était tellement rapproché que Marion n’arrivait plus à faire rentrer ses cornes dans le cadre avec son énorme zoom… ou comment un bouquetin trolle une photographe.
Les bouquetins n’ont absolument pas peur de vous et c’est le meilleur endroit pour les approcher dans leur milieu naturel, en pleine nature, en veillant bien sûr à ne pas les importuner.
Sur cette même randonnée, nous avons surpris trois marmottes effrayées de nous voir passer qui ont poussé un cri strident à ressusciter les morts, mais qui nous ont permis d’admirer leur belle fourrure dorée. (Regardez sur le blog de Marion, elle avait un super zoom et a fait des photos magnifiques).
Petit point débilos : Ne faites pas comme nous, ne confondez pas « lacs des Chéserys » et « Les Chéserys » (village). Notre bêtise nous a rallongé le parcours d’une heure de montée bien bien raide, et nous avons dû rebrousser chemin.
Le Parc Merlet, sortie familiale à Chamonix
Mais pour voir encore plus d’animaux de la montagne, rendez-vous au Parc Merlet, un lieu exceptionnel, grand parc des hauteurs où les animaux de la montagne évoluent en harmonie. Daims, cerfs, chamois, bouquetins, marmottes, et même quelques lamas pour la touche andine, c’est un parc de la montagne très respectueux des besoins des animaux, sans cage et sans enclos autre que la clôture extérieure qui délimite les 22 hectares dévolus aux pensionnaires. Le parc a été fondé en 1967 par un amoureux de la montagne qui avait apprivoisé un chamois et voulait lui offrir un espace de vie sûr, à l’abri des chasseurs. Chaque hiver, un soigneur apporte du foin aux bêtes prises dans des mètres de neige épaisse. L’ambiance du lieu est douce et sereine, et plaira à toute la famille.
Admirer les plus célèbres sommets alpins à Chamonix
Les Grandes Jorasses, l’Aiguille du midi, les Aiguilles de Chamonix, les Drus… si vous voulez tutoyer les sommets comme Moïse sur le Mont Sinaï, et espérer qu’on vous apporte des tablettes, il vous faudra vous tourner vers les cimes qui ont rendu Chamonix célèbres. L’alpinisme a été inventé ici par des héros et des fous, et si vous voulez tout savoir à ce sujet, je vous conseille de lire mon article Chamonix par mauvais temps rédigé en mars (car c’est bien connu, quand il fait moche dehors et qu’on ne peut pas crapahuter dans les alpages comme un cabri à cloche, on est forcé de devenir intelligent et d’aller dans les musées). Cette fois, en juillet, j’ai profité du soleil pour contempler les sommets en pleine nature.
Mes sommets adorés, ce sont les Drus, ces pics furieux sculptés par les avalanches et la glace qui rompt la roche. On aura une vue merveilleuse sur eux depuis la Mer de Glace et, plus haut, depuis le Signal de Forbes. Mais je vous réserve une idée plus extraordinaire encore… Dormir face aux Drus a été ma plus belle expérience montagnarde à ce jour, et je vous laisserai découvrir ça en seconde partie (teaser).
Les DrusOcéan de sommetsCrépuscule sublime aux bulles des Mottets
Randonnée au Lac Blanc, sans doute le plus beau lac alpin de France
Pour sceller toute expérience mystique, il faut un baptême. Et puisque l’immersion baptismale est une mort suivie d’une renaissance (là tu vois que j’ai fait de la théologie pendant ma thèse, hein ?), quoi de mieux qu’une petite expérience de mort imminente en nageant dans un lac d’altitude directement alimenté par un glacier ? Marion et moi n’avons pas résisté, nous avons plongé dans ce lac sublime, qui nous attirait autant l’une que l’autre. Nous sommes restés trois secondes chrono dans l’eau et ressorties en hurlant, mais nous l’avons fait, sous les yeux admiratifs des Japonais.
Le Lac blanc, j’en rêvais depuis un temps fou. Sans aucun parti pris, juste sur la base de mon rythme cardiaque qui explore l’emballomètre à son approche, je dirais que c’est le plus beau lac de haute montagne de France, et un des plus beaux d’Europe. Il s’agit en réalité de deux lacs accolés, l’un posé au bord du vide, avec vue imprenable sur les glaciers, l’autre caché dans le flanc de la montagne, surplombé par des aiguilles rouges qui accentuent encore le contraste avec ses eaux d’un bleu féerique.
J’y reviendrai un jour pour dormir au refuge du Lac blanc : il paraît que les chamois viennent s’abreuver dans le lac à la tombée de la nuit, et que le lever du soleil sur le lac est une vision inouïe… Mais faute d’avoir passé la nuit là-bas, nous avons eu d’autres expériences extraordinaires. Petit tour d’horizon.
Refuge du Lac BlancEn l’absence de vent, le lac est un miroir.Le lac du fond.Avouez qu’on a envie de piquer une tête.
Hébergements et restaurants exceptionnels à Chamonix
Hôtels mythiques, panoramas et nuit insolite, pour un week-end romantique ou entre potes sur le Mont Blanc
Je ne prétends pas être une experte en stations de haute montagne, mais pour en avoir fait quelques-unes, je me permettrai d’affirmer que l’offre touristique de Chamonix se démarque : nous sommes ici dans une station historique, mythique, qui fut véritablement pionnière en matière de voyage en haute montagne. Dès le début du XIXe, Goethe, Lord Byron, Victor Hugo, des dizaines d’auteurs et d’artistes que j’adore, sont venus chercher la démesure à Chamonix. Plusieurs établissements historiques perpétuent cet héritage glorieux. Mais Chamonix a aussi su se renouveler et proposer de l’insolite, de l’original, de l’inattendu. Petit tour d’horizon.
Terminal Neige, le mythique refuge du Montenvers hôtel historique Chamonix
Aucun lieu n’incarne mieux l’histoire exceptionnelle de Chamonix. C’est ici que viennent dormir, depuis 1880, ceux qui rêvent d’approcher au plus près la Mer de glace. L’hôtel réouvre en 2017 après une rénovation totale menée par le groupe Sibuet. Il s’appelle désormais Terminal Neige, et propose un concept original, à mi-chemin entre refuge et hôtel. Il existe toujours des chambres communes pour les randonneurs et aventuriers, mais j’aurais honte de les appeler dortoir : il s’agit d’une série d’alcôves en bois brut, offrant une vraie intimité et un confort rare en refuge. La nuit vous coûtera 80 euros, avec dîner au mythique Restaurant du Montenvers et petit-déjeuner. Dans le dortoir, qui peut accueillir 10 personnes, chaque lit se réserve individuellement.
Mais ce qui m’a le plus séduite, ce sont les sublimes chambres d’hôtel, elles aussi toutes de bois et d’ouate épaisse, un cocon au cœur de la montagne avec vue sur la Mer de glace et les Drus. Les tarifs commencent à 190 euros pour une chambre double avec salle de bain individuelle. Pour 270 euros, vous pouvez profiter d’une chambre tribu pour 7 personnes – une idée magnifique pour une grande famille ou un groupe d’amis. Les prix montent à 350 euros pour une des sublimes suites Altitude portant les noms des artistes qui ont fréquenté le Montenvers. La suite George Sand m’a fascinée, avec sa baignoire rétro et sa vue à se damner. Message subliminal /on Je rêve d’y revenir, et je crois c’est le lieu idéal pour une Saint Valentin follement luxueuse et romantique message subliminal/off.
Je me pose juste une petite question au sujet de Terminal Neige : que se passe-t-il en cas de grosse tempête de neige ? Quand je suis venue en mars dernier à Chamonix, le train du Montenvers est resté fermé trois jours durant pour cause de congères monstrueuses et d’avalanches. Les clients resteront-ils bloqués dans un remake d’Agatha Christie à la neige, ou seront-ils descendus en motoneige à la James Bond dans la vallée ? Le sujet m’intrigue. Si vous avez testé Terminal Neige par temps d’apocalypse, n’hésitez pas à me raconter ce qui se passe dans ce cas-là.
Ambiance fabuleuse de ce refuge historique au Montenvers
Un lieu de légende, associé à l’histoire de l’alpinisme.
Le restaurant Panoramique Mer de glace : la plus belle vue des Alpes resto avec vue Mont Blanc
Terminal Neige a deux restaurants : l’historique Restaurant du Montenvers, à l’intérieur de l’hôtel, et le Panoramique Mer de glace, une plate-forme suspendue au-dessus du glacier. C’est sans aucun doute le plateau de fromages avec la plus belle vue de ma vie. Imaginez manger au-dessus du vide, en plein soleil, face aux Drus et aux Jorasses, avec une délicieuse sensation de vertige et d’inouï. Des restaurants avec une vue aussi hallucinante, je les compte sur une doigt d’une main dans l’histoire de ma vie – je pense à la côte amalfitaine, à Monument Valley, c’est vous dire dans quelle catégorie on se situe. Et en plus, c’était bon. Le restaurant propose des verrines (sucrées et salées), des fromages savoyards, des spécialités simples mais réussies, à un prix abordable (carte de 9 à 32 euros). Et mon dieu, ça vaut tellement le coup de manger avec un tel spectacle sous les yeux !
Panoramique Mer de glace
Le restaurant 3842 à l’Aiguille du midi : le plus haut restaurant des Alpes
Et voilà mon second grand regret à Chamonix : un concours de circonstances catastrophique, alliant mauvaise orientation en rando et météo pourrie, qui nous a empêchées de découvrir ce restaurant exceptionnel qui aurait probablement mérité de figurer AUSSI à ma hit-list des vues fabuleuses. 3842 pour l’altitude de l’Aiguille du midi – ici, vous dégustez avec vue sur l’immense et le vide, au cœur des brumes et des glaciers, sur l’un des plus beaux panoramas des Alpes. Je crois que le destin cherche à me faire revenir encore et toujours à Chamonix, pour que ma fascination augmente et que l’histoire ne soit jamais achevée. Le chef du restaurant 3842, Cédric Lerin, a été décoré du titre de Maître restaurateur, et propose une cuisine authentique, mais pas caricaturale, bien loin des clichés de la restauration d’altitude. Je regrette vraiment de ne pas avoir pu tester.
La buvette du Cerro, resto avec vue sur le glacier des Bossons
Je vous en parlais plus haut : la pluie nous a empêché d’accéder à ce chalet avec vue sur le glacier des Bossons, d’où partent plusieurs promenades glaciaires. A ce que j’ai lu, il s’agit d’une restauration faisant la part belle au bio et au naturel, avec une ambiance festive, où des soirées originales sont souvent organisées. Je reviendrai y faire la fête 😉
Dormir dans une bulle face aux Drus : la Buvette des Mottets hébergement insolite Chamonix
Il faut maintenant que je vous raconte la plus belle expérience nature de ce voyage (et de mon été 2017 tout court) : notre nuit dans une « bulle » (tente transparente) au milieu des arbres, à la Buvette des Mottets, face aux majestueuses aiguilles des Drus. Difficile de dire l’exaltation que j’ai ressentie en découvrant ce lieu préservé au milieu de nulle part, suspendu à la montagne au-dessus de la vallée glaciaire et face aux cascades ruisselant sur les flancs des Drus, loin au-dessus de Chamonix, en pleine nature.
Impossible de tricher, la Buvette n’est accessible qu’à pied. Il vous faudra un peu plus d’une heure de marche en montée depuis Chamonix, et un peu moins en descente depuis le Montenvers-Mer de glace. Nous sommes descendues du Montenvers à travers un chemin forestier complètement elfique pour arriver dans un paysage de monolithes arrondis et de cascades bondissantes, avec l’impression d’avoir conquis un bout du monde secret.
Dormir dans les bulles des Mottets face aux Drus : le rêve
Cathy a repris la mythique Buvette des Mottets il y a quatre ans, bien connue des skieurs qui dévalent la Vallée blanche et viennent boire un verre chaud ici à la fin de l’aventure. Cathy est une vraie Chamoniarde, amoureuse de ses montagnes : elle nous montre avec émotion l’Aiguille de la République qui darde au-dessus de nos têtes, dont la voie a été ouverte en 1904 par son arrière-grand-père muni… d’une arbalète.
Voici la fameuse aiguille. Balèze, le papy de Cathy… Il fut l’un des 8 premiers guides de haute montagne.
Le frisson héroïque de la haute montagne résonne dans ses récits. Cela ne m’étonne pas que Cathy se soit elle-même lancée dans une épopée rare : un restaurant d’altitude sans accès motorisé, ni électricité. Les boissons et le gaz pour les frigos qui fonctionnent sans électricité arrivent par héliportage. L’hiver, elle descend à ski avec la poulka, une grosse luge sur laquelle on peut charger de la nourriture. L’été, elle déploie son concept insolite et fabuleux : ses bulles, tentes transparentes suspendues sur un support plat au milieu des arbres. Toutes les variations du ciel étoilé plongent dans vos nuits (c’est pour ça que j’ai réveillé Marion toutes les heures pour lui signaler les passages d’étoiles et autres nuages roses, je suis vigilante et sympa.) Cathy vous fournit les draps, coussins et couette confortable – elle descend ensuite le linge à laver dans la vallée lors de ses pérégrinations vespérales… A la Buvette, le dîner est excellent, plein de produits locaux et bio, puis les convives redescendent à la frontale vers Chamonix, et les hôtes des bulles restent seuls face au ciel infini… Voir les étoiles filer et le soleil se lever sur les Drus est une expérience puissante, inoubliable. C’est plus qu’un hébergement insolite, c’est un souvenir parfait.
Vue sur les Drus, du soir au matin, tout le cycle du ciel (que Marion a senti passer. Désolée, Marion !)Epinglez moi ça sur Pinterest pour vous souvenir d’y aller !
Le chemin qui conduit aux Bulles depuis le Montenvers : féerique
Le Rocky Pop Hotel : pour des vacances en famille aux Houches
C’est le dernier hôtel que nous avons testé, et si je ne savais pas quoi en penser avant d’arriver (« un hôtel pop et jeu vidéo, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »), j’ai été très séduite par le concept et la qualité des prestations à un prix abordable. Le Rocky Pop, c’est le paradis des enfants : immenses terrains de jeu à l’intérieur et à l’extérieur, babyfoot, ping pong, toboggan, il y a tout. Le Rocky Pop, c’est le paradis des geeks : déco de vieux cinéma américain, camion à burgers, déco très Lana Del Rey, ascenseur multicolore, arbre coloré géant, concerts en plein air, personnages de Star Wars, chaque détail est un ravissement pop rock. Les chambres sont propres et confortables, pleines de gadgets rigolos (boîte à mouchoirs Rubiks Cube, vieux téléphone rouge…), et ont une vue superbe sur les glaciers. Pour un séjour entre potes ou en famille, ou même en couple si vous êtes un peu geek et rockabilly, je vous le recommande sans hésiter. N’hésitez pas à tester le resto de l’hôtel : il est tellement bon qu’on y a mangé deux fois.
Rocky Pop : vue sur les glaciers, salle de dîner complètement fantasmagorique, concerts de rock en plein air, look génial, petit déjeuner à la japonaise…. bref, c’était génial.
En résumé, nous avons eu l’occasion de tester trois hébergements originaux et de qualité à Chamonix, et ils me paraissent correspondre à trois envies très différentes :
– Pour la Chamonix historique et mythique, le confort d’un hôtel luxueux, le cadre exceptionnel de la Mer de glace, et un romantisme fou, allez en couple à Terminal Neige, l’hôtel du Montenvers.
– Pour une expérience outdoor hors-normes, l’expérience fabuleuse d’une nuit sous les étoiles face aux Drus, la beauté stupéfiante du lieu et le goût de l’aventure, allez en solo ou à deux dans les Bulles des Mottets.
– Pour l’ambiance pop décalée, la multitude d’activités proposées, la restauration simple et bonne, le confort à prix abordable, la déco et les clins d’œil pop jubilatoires, allez en famille ou entre potes au Rocky Pop Hotel.
Rester encore un peu à Chamonix Blog Chamonix
Si vous avez encore envie de Chamonix… blog sur chamonix blog chamonix
Retrouvez sur le blog La faute au graph les articles de Marion sur ce voyage à Chamonix, sublimement illustrés et très différents des miens – super drôles, super pratiques, une autre vision du même voyage.
Retrouvez le récit de mon séjour en mars, par une météo catastrophique, qui vous dira que faire à Chamonix par mauvais temps : gastronomie, musées, visite de la ville, etc.
Merci, Marion, d’avoir partagé avec moi ces moments extraordinaires, je garderai un souvenir merveilleux de ce séjour avec toi au pays des glaciers et des bouquetins !
Et pour rester avec moi au pays des glaciers, je vous emmène au pays des glaces éternelles, l’Islande, ou au cœur du glacier d’Hintertux en Autriche ? Restez par là si vous aimez la montagne : fin octobre, je retourne dans les Alpes. Abonnez-vous à ma newsletter pour en voir davantage !
Un très grand merci à l’office du tourisme de Chamonix, et tout particulièrement à Salomé Abrial, pour l’organisation de ce voyage merveilleux qui restera ma plus belle expérience alpine à ce jour. Je n’arrête plus de penser à Chamonix, de rêver de glaciers et de chamois, et je sais qu’il me faudra revenir une 3e fois, car Chamonix vous hynotise ! Merci à tous les hôteliers et restaurateurs qui nous ont accueillies avec beaucoup de gentillesse, et tout particulièrement à Cathy de la Buvette des Mottets, dont la passion authentique nous a vraiment touchées.
blog sur chamonix – week end romantique chamonix – week end romantique mont blanc – glaciers de chamonix
Toutes les fées se sont penchées sur le berceau de Capri. Ruelles lumineuses, criques secrètes, grotte bleue, Faraglioni, jardins à fleur de falaise, visions vertigineuses sur le golfe de Naples, la perle de l’Italie du Sud mérite mille fois sa réputation mirobolante. Sans doute avez-vous déjà entendu monts et merveilles au sujet de Capri ? Mais vous ne serez pas déçus. Voyage sur l’île divine que le monde s’arrache, à la recherche des plus beaux sites de Capri et des secrets de la dolce vita.
Que voir à Capri ? Blog voyage Capri. Les plus beaux sites de Capri. Grotte bleue, Faraglioni, Mont Solaro. Que faire à Capri ? Week end à Capri ?
Au sommet du Mont Solaro, vue sur l’île des Dieux.
Capri, plus que jamais ! Vue sur la Via Krupp. Epinglez moi sur Pinterest ?
Capri, c’est fini ?
Peut-être pensez-vous que Capri n’est pas pour vous. Trop touristique, trop jet set, trop clinquant ? Peut-être vous êtes-vous approprié la chanson d’Hervé Vilard que tout le monde ne peut s’empêcher de fredonner, même si cette blague-là est plus antique encore que les ruines du temple de Jupiter : « Capri, c’est fini, je ne crois pas que j’y retournerai un jour… » Et puis le bateau s’approche de l’île.
Capri dans la lumière du soir… L’île magique surgit des flots.
Capri surgit, abrupte et escarpée, une montagne magique au milieu de la Méditerranée, un empire de roche criblée de fleurs, tortueuse, secrète, éblouissante, et le charme opère. Ne croyez pas ceux qui vous disent que Capri, c’est fini, que c’est superficiel et surfait, et tous les autres persiflages proférés par les jaloux. Elle est incomparable. Les gens sont beaux, les jardins débordent de couleurs, les gens mangent et boivent des choses exquises au pied des murs colorés et dans le dédale des petites rues, la mer est d’un bleu profond, joyeux, lourd de promesses. Tout est tel qu’on l’a laissé dans la bibliothèque des souvenirs imaginaires, la dolce vita, l’Italie riante et rêvée, l’été sans fin, car Capri ne connaît jamais le gel, jamais rien ne vient fendiller l’écorce épineuse de ses figuiers de barbarie… une certaine idée du bonheur. Capri, plus que jamais.
Coucher de soleil sur Capri
Port de Capri
Dans les rues de la ville
Sur la Piazzetta, centre névralgique de la vie nocturne
Se perdre dans les rues de Capri
Du port, on monte en funiculaire vers la ville haute, c’est une ascension directe au paradis. Là-haut, on découvre un balcon sur la Méditerranée, et l’ambiance nous happe aussitôt : sur la Piazzetta rouge et or, c’est le tumulte de l’été, du bonheur de vivre au soleil. Le coup de foudre est immédiat, mais le véritable enchantement opère petit à petit…
Se perdre dans les ruelles. Chercher les points de vue, la solitude, vers la Fenêtre d’Azur, la Villa Jovis ou le Mont Solaro. Découvrir que Capri n’est pas une île, mais un continent immense de six kilomètres sur trois, une forteresse secrète, où on ne se déplace qu’à pied, au rythme lent des découvertes, entortillé dans mille impasses et passages clandestins. J’ai l’impression que je pourrais passer trois mois à explorer cette île sans la connaître.
Derrière les grilles, des îles de félicité…
Chaque pan de côte révèle des criques, des calanques et des grottes profondes, chaque chemin conduit à un jardin secret, chaque ruine préserve le secret d’un Dieu déchu ou d’un roi fou. Derrière les portails, un regard à la dérobée révèle des oasis de luxe infini, des villas princières suspendues au-dessus de l’azur, qui ont cet aura de mystère que confère la très vieille richesse. J’imagine la vie des dynasties retranchées à Capri, la tristesse douce des conquérants frustrés – que peut-on encore atteindre dans la vie quand on hérite d’une maison au septième ciel ?
Capri au coucher du soleil
Sur les hauteurs de l’île, vers la villa Jovis, paysages du paradis ordinaire
Bonheurs à la dérobée : hôtel Floridiana
Promenade sur la Via Krupp
Capri a connu mille fous, mille bâtisseurs de châteaux de carte. Ses flancs sont couverts des ruines de la mégalomanie des hommes. L’empereur Tibère y a construit une dizaine de villas, afin de déjouer la vigilance de ses ennemis : il lui fallait dormir ailleurs chaque soir. La plus belle de toutes, la Villa Jovis, est un promontoire prodigieux au-dessus des falaises blanches, un nid d’albatros. Les Sarrasins ont édifié des forteresses, des tours de guet sur la mer qui scandent le tour de l’île. L’industriel allemand Krupp, qui passait ses hivers à Capri, était agacé de ne pas pouvoir accéder facilement à son bateau amarré à la Marina Piccola : il a donc fait construire une route délirante, la Via Krupp, un grand S à flanc de montagne. A Capri, on s’accoutume à la démesure tranquille.
Via Krupp, où quand tu en as assez de mettre des plombes à rejoindre ton bateau : tu construis une route, c’est réglé !
Vue depuis la villa Jovis
Trop de bonheur donne le vertige.
J’ai toujours craint de faire partie de ceux que la beauté – ou son souvenir – afflige. Si vous étudiez les visages des gens attablés, vous trouverez nombre de mélancoliques à Capri. La douceur de l’été, les rires des enfants et des amoureux, la beauté poignante des fleurs et de la mer, le soleil qui nous rappelle que nous ne sommes sur Terre que pour une saison – tout cela accable ceux qui ont été heureux et qui ne le sont plus, ou craignent de ne plus l’être. Il ne faut pas retourner à Capri si on a perdu l’amour ou la joie. Tant de douceur achève les cœurs blessés.
Au vol, dans le télésiège vers le sommet du mont Solaro
Paysages fantastiques, jungle méditerranéenne
L’île est plus belle encore depuis le bateau qui enlace sa côte comme un amant tenace, qui révèle tout le secret des calanques et des éperons rocheux. C’est un déluge de bleu ensoleillé. L’île est belle, si belle. L’italien dit « Isola », et on entend à nouveau l’étymologie : isolée, seule, loin du monde. Tout cœur est une île, et le mien appartient à la mer.
Capri en bateau
Les nombreux forts sarrasins qui font le tour de l’île
Port de Capri
Marina Piccola et Via Krupp
A mon retour de Capri, j’ai passé une journée chez des amis, dans une maison remplie d’enfants. Alors que je triais mes photos, Daphné, adorable gamine de dix ans, s’est glissée derrière moi. « Ton métier, c’est de regarder la mer ? » Elle visait trop juste, je n’ai pu que dire oui.
Vue sur les Faraglioni di Capri depuis la terrasse de l’Hotel Luna
« Adorazione del Mare », adoration de la mer, euvre de Karl Wilhelm Diefenbach exposée à Capri, dans la Certosa di San Giacomo
Carnet pratique – Organiser son voyage à Capri
Capri est située au sud de l’Italie, dans le golfe de Naples. On y accède par un ferry depuis Naples ou Sorrente. Pour aller à Capri, l’itinéraire est donc simple : vol direct depuis Paris pour Naples, puis bateau pour Capri.
Capri, au large de Naples
L’île se compose de deux villes principales : Capri, le cœur de l’action, et Anacapri, un peu plus tranquille, plus rurale. Autour des villes, de nombreux petits villages perpétuent un mode de vie pastoral îlien.
Capri et Anacapri
Se déplacer à Capri
En arrivant au port, on rejoint les hauteurs par un funiculaire. De là, on peut rester à Capri, ou prendre un bus ou un taxi pour Anacapri.
La route entre Capri et Anacapri est fabuleuse
Capri est une île tortueuse, pleine de routes minuscules et de chemins secrets. Il est interdit aux touristes de louer une voiture pendant la haute saison. On se déplace en bus, en taxi (taxi rétro, style années 50, décapotable et minuscule, la spécialité de Capri !) ou à pied : le fouillis des rues et les échappées vers la nature invitent à l’exploration.
Vue sur les Faraglioni
Se loger
Capri est chère, c’est la vérité. Mais je vous recommande vivement d’y passer une nuit. La journée, dès l’arrivée des ferrys, les rues sont prises d’assaut, la ville est bondée – le soir et le matin, elle retrouve son calme idyllique.
Si je décidais de faire une folie, je retournerais à Capri et je dormirais à l’Hotel Luna, qui offre une vue sublime sur les Faraglioni (les rochers iconiques de Capri).
Hotel Luna
Mais pour épargner son budget : l’astuce est de dormir à Anacapri, moins chère, et où on trouve plus de petites pensions, chambres d’hôtes, et autres logements bon marché. En revanche, il n’existe à ma connaissance pas de camping sur l’île.
Petite boutique à Anacapri
Que voir, que faire à Capri : les plus beaux sites de Capri
Je suis restée deux jours à Capri, après avoir vu Naples et la côte amalfitaine, et j’aurais voulu y passer deux mois. Je n’ai vu qu’une fraction des merveilles de l’île, centre archéologique extraordinaire, qui regorge de ruines, de temples, de palais, d’églises monumentales, et sur laquelle courent des centaines de chemins de randonnée éblouissants. Voici un petit aperçu – cette liste n’est pas exhaustive, elle n’est qu’un début ! Car contrairement à Hervé Vilard, je sais que je retournerai à Capri un jour.
Comme Grasse, Capri est un haut lieu de la création de parfum
Faire le tour de l’île, voir la Grotte Bleue et les Faraglioni
L’attraction incontournable, c’est le tour de l’île en bateau. Depuis la mer, on admire la Marina Piccola, les falaises, les nombreux forts sarrasins, et bien sûr les rochers les plus célèbres du monde, les Faraglioni di Capri.
Faraglioni di Capri !
Souvent le bateau s’arrête à la Marina Piccola pour un verre dans ce port un peu secret, au pied de la Via Krupp. On y accède également à pied par celle-ci.
Marina Piccola et tour sarrasine
A l’entrée du port, statue du « garnement de Naples », gamin qui fait signe au bateau. Un sémaphore porterait bonheur – j’ai gesticulé vigoureusement, bien sûr
La Grotte bleue de Capri
La grotte bleue est un phénomène naturel fabuleux : la réflexion des eaux sur les roches crée des teintes azurées surréalistes. Lors de mon tour en bateau, la grotte était inaccessible à la navigation, car la mer était trop haute, et l’espace qui permet aux barques de se faufiler dans la grotte est très étroit. Alors le capitaine m’a dit : « il est interdit de sauter à l’eau et d’y nager, mais si tu le fais, je fermerai les yeux »… J’ai nagé dans la grotte bleue et j’en garde le souvenir d’une expérience mystique, une communion océanique païenne. Je me suis sentie néréide, fille de l’Antiquité sur l’île des dieux.
Une autre grotte.Près de l’entrée de la Grotte bleue.
Je n’ai pas de photo de la grotte bleue, puisque j’y suis allée à la nage. Mais j’ai acheté ce petit tableau, pour me souvenir de l’émerveillement.
Grotte bleue de Capri, par un artiste de l’île
La Villa Jovis
A la pointe de l’île, sur un promontoire vertigineux, les ruines de la villa de l’empereur Tibère révèlent à quel point Capri a été aimée des Dieux et des hommes. Faites bien attention aux horaires : la villa est ouverte de 11h à 15h seulement, et j’ai deux fois trouvé porte close (d’où l’absence de photos…) … Assez ardue, la marche vers elle vaut toutefois le détour : une véritable plongée dans le Capri secret, loin de la ville, au cœur des jardins des élus.
Les jardins d’Auguste, la Via Krupp et la Marina Piccola
Des jolis jardins d’Auguste, où les nymphes de marbre se baignent au milieu des fleurs, part la Via Krupp, chemin anguleux et raide qui mène jusqu’à la « marine des riches », la Marina Piccola, ravissant petit port où les yachts sont amarrés. Les restaurants de la Marina Piccola donnent sur une crique turquoise et sont délicieux.
Via Krupp et Marina Piccola
Jardins d’Auguste
Le monastère San Giacomo et les tableaux de Diefenbach
La Certosa di San Giacomo, monastère en ruine, abrite les tableaux de Karl Wilhelm Diefenbach, un peintre allemand illuminé, pionnier du nudisme et du végétarisme, tenant d’une profonde mystique de la nature. Il a fini sa vie à Capri, où il meurt en 1913. Ses œuvres m’ont fascinée : mystiques, grandioses, se tenant au plus proche du mystère de la mer…
Certosa di San Giacomo
A travers les bougainvilliers…
Le Mont Solaro, à Anacapri
D’Anacapri part un télésiège (oui, comme au ski !) à une place, par lequel on monte jusqu’au sommet du Mont Solaro (589m). La vue sur Naples, Sorrente et les îles est un ravissement. Et l’ascension en télésiège en plein été a quelque chose de délicieusement exotique.
Au sommet du Mont Solaro, tout le golfe de Naples
Mont Solaro
Vue sur Anacapri depuis le télésiège
Continuer le voyage en Italie du Sud
Ne partez pas sans avoir vu la côte amalfitaine, de Sorrente à Amalfi, en passant par Positano. Pourquoi ? Regardez donc ici !
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