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Catégorie : Divers

  • Influenceurs : une bulle qui va éclater ?

    Ils sont devenus incontournables. Les blogueurs et les influenceurs au sens large (instagrameurs, youtubeurs, etc) se sont professionnalisés et font désormais partie de tout plan de communication, qu’il s’agisse de vendre du thé, des jeans ou des voyages. Des études récentes assoient leur nouvelle suprématie : 75% des sondés ont déjà acheté un produit sur les conseils d’un influenceur, 87% s’informent essentiellement sur internet quand ils préparent un voyage. Mais de récents scandales ont ébranlé le milieu et beaucoup se demandent aujourd’hui : ce phénomène de mode n’est-il qu’une nouvelle « bulle » sur le point d’éclater ?

    L’influenceur, un phénomène victime de son succès ?

    Gloire et décadence d’Instagram

    Instagram est le réseau social qui a fait la gloire des influenceurs il y a cinq ans, et reste le premier chiffre que beaucoup d’agences de communication regardent quand ils sélectionnent quelqu’un : combien de followers sur Instagram ? Dans le milieu de la mode et du lifestyle, 250 000 followers n’est aujourd’hui plus un chiffre si impressionnant, et les influenceuses les plus puissantes tutoient le million. Elles travaillent avec les plus grandes marques et ont été au cœur de campagnes de communication dont le budget et la portée équivaut à ceux des grands magazines. Mais aujourd’hui, le doute s’immisce.

    La question de la portée réelle des posts Instagram

    Instagram est un réseau étrange : au-delà d’un certain stade, votre nombre d’abonnés augmente de façon exponentielle, mais votre engagement décroît. A cette constatation mathématique s’ajoute le fait que les influenceurs ont moins le temps d’interagir avec une communauté grandissante, d’où un relatif désintérêt des followers moins engagés. On se retrouve ainsi avec des comptes à 500 000 abonnés… avec 50 commentaires par photo. Carsten Pfefferkorn, rédacteur en chef du magazine allemand Funke et pionnier du travail avec les influenceurs, estime que sur un très gros compte à un million de followers, le taux d’engagement est de 0,4% et le taux de conversion (clics effectifs sur le produit mis en valeur) de… 0,04%. Le taux de conversion étant le nerf de la guerre, on peut estimer que le ROI (= Return on investment) est catastrophique. Les agences de communication heureuses de travailler avec de très gros instagrameurs voient le nombre réel de personnes qui interagissent avec la publication, et perdent confiance.

    Pub incessante et partenariats mal choisis : la défiance du public vis-à-vis des influenceurs

    Certains comptes Instagram ne sont plus composés que de pub plus ou moins discrète. Partenariats à gogo, promotion de montres, d’ustensiles de cuisine, de chaussures, de sacs… chaque post contient un placement produit. Les instagrameurs, qui avaient fait leur fortune sur la proximité et l’authenticité, deviennent des panneaux publicitaires ambulants. Certains créent de plus la polémique à cause de partenariats malvenus : récemment, une importante influenceuse française a causé le scandale en collaborant avec Cetelem, et a été accusée de promouvoir le surendettement de façon irresponsable.
    Même sans créer la polémique, certains partenariats semblent être en décalage avec l’audience de l’influenceur. On voit de plus en plus d’agences envoyer en voyage des blogueuses mode & beauté, ce qui me laisse songeuse : cette pose en petite robe et talons hauts à côté du Taj Mahal va-t-elle vraiment inciter la communauté de l’influenceuse à visiter l’Inde ? Ne prive-t-on pas les influenceurs de leur impact en les éloignant de leur cœur de cible ?

    Devenir pro et rester authentique, le défi acrobatique

    De façon plus générale, la question de l’authenticité des influenceurs se fait lancinante quand sa célébrité augmente et qu’on lui propose davantage de partenariats. Le blogueur voyage reconnu a de plus en plus de belles opportunités, mais ses followers commencent à lui reprocher de « ne plus faire que des voyages sponsorisés » et de se déconnecter de leurs attentes. Telle est la difficulté d’un métier qui aspire à se professionnaliser, mais qui a fondé son capital de sympathie sur le fait de ne pas être un pro – et de pouvoir donc proposer une approche plus authentique et spontanée, qui n’est pas celle des agences de communication et des offices du tourisme. Quand un blog se met à ressembler à un catalogue publicitaire, à multiplier les articles sans âme, faire du copier-coller des éléments de langage qu’on lui a suggérés, et présenter uniquement les produits qu’on lui a proposés sans aucune recherche sur les alternatives, le désintérêt de son public est rapide.

    L’influenceur enfermé dans son rôle

    C’est un phénomène plus pernicieux qui guette l’influenceur à succès : la standardisation de son travail, de plus en plus uniforme et sans surprises. Les partenaires (agences, marques et destinations) ont une vraie responsabilité là-dedans.
    Ce sont ces marques qui demandent des posts Instagram calibrés au millimètre et toujours construits de la même manière, « anecdote sur la vie quotidienne – présentation du produit – coupon de réduction ». Le public s’est immunisé contre ce type de déroulés marketing et n’y réagit plus.
    Ce sont ces destinations qui n’acceptent plus de travailler qu’avec des blogueurs vidéastes, et nous resservent inlassablement le même type de vidéos calibrées pour les réseaux sociaux, avec des transitions acrobatiques et spectaculaires qui font dire « wah ! » au début et lassent complètement au bout de la troisième, avec des monuments qui se retournent, des accélérations et ralentis, des plans aériens rapides. Toutes les destinations se mettent à ressembler à un clip MTV, une succession de belles images sur fond de musique pop sans aucune profondeur, et on en retient strictement rien.
    Ce sont ces agences qui demandent à leurs blogueurs de mettre en valeur une destination avec les mots clefs et arguments fournis, et imposent un matraquage uniforme sur les mêmes thèmes.
    Ce sont ces blogueurs qui ont fait de l’humour la clef de leur succès, et se retrouvent condamnés à être drôles, à répéter toujours les mêmes sketchs, réduits par l’attente collective au rôle de sympathiques histrions.

    J’en suis persuadée : si les blogueurs et influenceurs acceptent de se conformer à ce moule, ils décrocheront peut-être les grosses campagnes de communication de 2018, mais ils seront has been en 2019. La standardisation forcée de notre travail nous rapproche de notre date de péremption, et nous réduit au rang de gadgets dont il faudra tôt ou tard se débarrasser.

    L’avenir de l’influenceur : la création de contenu

    Je ne parle pas ici des blogueurs qui ont choisi de ne pas en faire leur métier (voir mon article Peut-on vivre de son blog de voyage ?, où j’abordais déjà ces questions) : le problème ne se pose pas pour eux, puisqu’ils ne vivent pas de leur activité sur le blog et les réseaux sociaux. Je parle de l’avenir du blogueur/influenceur professionnel. A mon sens, la pérennité de son métier passera par la création de contenu de grande qualité pour des tiers. Sans cela, la question du modèle économique me paraît irrésoluble.

    Garder son authenticité sans perdre ses revenus

    En septembre dernier, la blogueuse lifestyle française Elles en parlent avait publié un article très personnel, « Quand l’inspiration s’envole », dans lequel elle parlait de la terrible pression ressentie par la blogueuse professionnelle d’aujourd’hui. En réponse, certaines de ses followeuses lui répondaient qu’elle s’était éloignée d’elles, qu’elle était moins authentique, qu’elles se sentaient abandonnées. Ce qui ressortait de ce moment de sincérité, c’était l’équation impossible que l’influenceuse pro doit résoudre chaque jour : satisfaire ses partenaires (et gagner de l’argent) et satisfaire son public (sans qui tout s’écroule). Les influenceurs sont dans une situation très particulière et délicate, que connaissent peu de gens qui ont un métier classique : leurs revenus ne dépendent pas seulement de ceux qui leur versent (les commanditaires), mais de la satisfaction de la cible (le public).
    Et pour garder son public, j’en suis convaincue, il faut savoir dire non. Refuser des partenariats, refuser des opportunités, refuser les choses qui s’éloignent trop de votre identité ou qui trahissent les meilleurs intérêts de votre public. On a parlé de Cetelem, mais je pourrais aussi dire combien je suis choquée par tous ces blogueurs voyage qui font la pub des sites tiers qui proposent l’ESTA (visa simplifié pour entrer aux USA) à 80 dollars, au lieu de 14 sur le site officiel du gouvernement américain. Je sais combien ils touchent en moyenne pour ça, puisqu’on me l’a proposé à moi aussi : 500 euros. Et je sais que ce n’est pas facile de dire « non, je renonce à ces 500 euros », pour ne pas trahir un lectorat qui lui, ne me les versera pas. Etre un blogueur éthique, c’est faire passer chaque jour les intérêts de ceux qui ne vous paient pas devant les intérêts de ceux qui vous paient, et c’est pour cela que c’est parfois si difficile.
    Bien sûr, on ne propose pas aux blogueurs que des choses crapuleuses – encore heureux. Il y a aussi les opérations de qualité, où vous êtes libres de vos choix éditoriaux, de votre programme, de ce que vous décidez de mettre en valeur ou non, et où vous êtes véritablement payé pour faire ce qui vous passionne. Ce genre de partenariats qui conjuguent passion et authenticité rendent les blogueurs infiniment heureux. Pour ne citer que le tout dernier exemple, j’adore ma collaboration avec le CDT de l’Aveyron, qui m’a permis de découvrir cette région sublime en toute liberté, et de revenir trois mois après pour continuer mon exploration. J’ai eu beaucoup d’autres belles opportunités dans ce style, avec des interlocuteurs respectueux attachés à la promotion de lieux et de marques qui méritent qu’on s’y intéresse, et je n’ai aucun mal à en parler avec passion à ma communauté, sans cacher qu’il s’agit d’un partenariat, parce que mon enthousiasme est authentique et cela se sent. Mais vous ne pouvez souvent pas assurer l’ensemble de vos revenus avec ce type d’opérations, car vous ne pouvez pas faire reposer sur les partenaires éthiques la responsabilité de votre subsistance et le luxe de refuser les opérations douteuses.

    Faire payer ses lecteurs ?

    Certains pensent que la solution serait, justement, de demander une contribution à nos lecteurs. Certains blogueurs ont un tipee sur leur site (où vous pouvez leur verser quelques euros de « pourboire »), d’autres font du crowdfunding pour s’acheter un nouvel appareil photo, d’autres réfléchissent à un abonnement annuel, sur le principe du magazine, ce qui permettrait de garantir la pleine indépendance du blogueur : les commanditaires seraient les lecteurs, et non plus les partenaires commerciaux. Personnellement, je trouve l’idée de l’abonnement intéressante, mais je doute grandement de sa faisabilité (le principe d’un blog est justement d’être accessible à tous via une recherche Google), et je l’avoue, je suis très gênée quand je vois un blogueur demander de l’aide pour payer un voyage ou du matériel. Nous avons choisi cette carrière excitante mais hasardeuse de notre plein gré, et nous n’avons pas à demander à autrui de financer notre épanouissement. Même si nous travaillons dur, voyager reste un immense privilège. Je sais que j’ai parmi mes lecteurs des gens qui voyagent beaucoup moins que moi, qui ont du mal à boucler les fins de mois, et l’idée de leur demander l’aumône me mettrait infiniment mal à l’aise.
    Mais alors, comment gagner de l’argent sans perdre son âme ?

    Etre un vrai créateur de contenu

    Le blogueur professionnel a dû développer des talents multiples : écriture, photo, vidéo, graphisme, design web… C’est un couteau suisse, qui sait tout faire, a son propre matériel, est indépendant, autonome et efficace. Ce sont des qualités précieuses. Aujourd’hui, nombre de blogueurs très talentueux mettent leurs compétences au service de tiers.
    Les vidéastes réalisent des vidéos qui seront utilisées directement par la destination qui les achète – on a vu par exemple Alex Vizeo réaliser ce type de travaux.
    Les photographes cèdent leurs photos aux offices du tourisme, à la presse, aux agences : de nombreux blogueurs sont aussi des photographes de talent.
    Les auteurs écrivent pour les supports de communication de leurs partenaires, et pour la presse.
    Les blogueurs se rapprochent des médias traditionnels. Ils assurent ainsi leurs revenus sans passer nécessairement par leur blog, en utilisant ce dernier comme un tremplin pour montrer leurs compétences. Ces autres engagements leur permettront peut-être de retrouver plus de liberté, plus de fraîcheur sur leur blog, dont ils dépendent moins pour vivre.
    Il faut considérer les blogs comme un viviers de talents qui ne demandent qu’à être découverts. Je suis frappée par la qualité de la blogosphère voyage francophone, par le nombre de blogs dont l’exigence en matière de texte et d’image est impeccable, et qui font porter une voix originale dans cette grande chambre d’échos qu’est le web. Les médias traditionnels ont tout intérêt à les reprendre à leur compte.

    Un blog vitrine et tremplin pour exposer son travail : mon cas personnel

    A titre personnel, je viens des médias traditionnels, et je ne les ai jamais quittés longtemps. Journaliste et blogueuse, je tiens à cette double casquette. Ma carrière a commencé en 2004 avec la publication de mon livre d’ado énervée Dieu est une femme. Je me suis alors mise à écrire pour la presse, notamment en tant que chroniqueuse pour Métro. J’ai lancé mon premier blog « public » (les Skyblogs d’ado ne comptent pas…) en 2007 pour disposer d’une plate-forme d’expression libre qui me soit propre. Mes blogs ont évolué avec le milieu, passant du simple passe-temps au blog professionnel. Après quelques années d’éclipse pour me consacrer à mes études, j’ai lancé Itinera Magica à la fin de ma thèse en littérature allemande. Je rêvais de devenir journaliste voyage, mais puisque je n’avais aucune expérience dans ce domaine, on ne me donnait pas la chance de faire mes preuves. Pour moi comme pour beaucoup d’autres, le blog a été ce fabuleux tremplin permettant d’exposer mon travail sans intermédiaire, sans devoir convaincre qui que ce soit de me laisser essayer. La Revue a été le premier magazine à me donner ma chance en tant que journaliste voyage, en me confiant notamment des reportages texte et photos sur le Maroc et les Seychelles, et je collabore désormais régulièrement à la rubrique voyages de Version Femina – le premier féminin français, avec 3 millions d’exemplaires tous les dimanches. (Et j’ai vraiment hâte de vous montrer mes prochains reportages pour Version Femina, qui m’a donné la chance de faire ce que j’adore.) D’autres collaborations occasionnelles me font également très plaisir, par exemple la publication d’une nouvelle sur le Luberon dans le numéro spécial Vacances du Un à l’été 2017, ou de trois de mes photos de Camargue dans le Figaro. Cela n’aurait jamais été possible sans Itinera Magica. Je sais que je ne suis pas la seule blogueuse à aimer passionnément la presse, et à rechercher ce type de collaborations. L’époque y est propice.

    Influenceurs : quel avenir ?
    Cette photo a été en pleine page dans le Figaro du 23.11, ce qui m’a réjouie.

    Collaborer avec les médias traditionnels, une tendance qui monte…

    La presse a pris conscience de la valeur des blogueurs, et de l’intérêt qu’ils présentent pour elle. Depuis 2015, le magazine As you like (renommé en 2017 Ohmymag) fait la part belle aux contenus des blogs, et propose des conseils cuisine, mode, beauté, lifestyle émanant de la blogosphère. Le magazine Geo créé sa propre plateforme, Geo Blogs, qui est un agrégateur de contenus bloguesques, et met régulièrement un blogueur en valeur dans le magazine. Le groupe allemand Burda, éditeur de nombre de magazines de cuisine, utilise très régulièrement les recettes et les photos des blogueuses food ; la rédactrice en chef de Burda Home, Gabriele Mühlen, explique que la collaboration avec les influenceurs est devenue un pilier de la création de contenu du groupe.

    Les défis à relever pour qu’influenceurs et médias collaborent efficacement

    Toutefois, on observe que les médias traditionnels ont parfois du mal à exploiter tout le potentiel des blogs, et qu’il faut encore apprendre à éviter certains dangers.

    • Beaucoup de médias ont du mal à utiliser les blogueurs autrement qu’en « one shot », c’est-à-dire, sur une occasion unique et non réitérée. Collaborer efficacement avec un blogueur de talent, ce n’est pas faire une fois un encadré sur lui, lui accorder une interview ou une opération unique du type « Visiter Lyon avec la blogueuse lyonnaise XXX », c’est lui proposer de créer régulièrement du contenu, lui acheter ses photos ou lui faire régulièrement tenir la plume. Il faut intégrer les blogueurs au monde des médias, et normaliser la relation avec eux: ne pas les considérer comme des curiosités qu’on expose une fois avant de les ranger dans leur boîte, mais utiliser leurs compétences réelles en les faisant travailler sur le long terme.

     

    • Certains médias ont du mal à rémunérer les blogueurs. Ils prétendent ne pas avoir de budget. Ils savent que les blogueurs sont avides de collaborations avec la presse, car elle leur confère l’aura de la légitimité, et ils comptent sur le fait que le blogueur sera tellement heureux et honoré de cette mise en valeur qu’il renoncera à une rémunération, acceptant d’être payé en « visibilité » et en baume pour l’ego. C’est profondément injuste, car le blogueur est un indépendant qui a investi seul et sans le soutien d’une entreprise dans un matériel photo et vidéo de grande qualité, qui a payé son voyage, et consacré beaucoup de temps et d’énergie dans la création de ce contenu qui a su séduire le média intéressé. De plus, cela met en danger les photographes et vidéastes traditionnels, et instaure un climat de prédation sur les contenus et de dévalorisation du travail. Si les médias veulent continuer à disposer de contenus de qualité, ils ne doivent pas participer à la destruction de ceux qui les créent. La règle d’or devrait être : s’il y a cession de contenu, il y a rémunération.
    • Certains médias ont du mal à exploiter tout le potentiel créatif des blogueurs, bien qu’ils affirment faire appel à eux justement pour insuffler du sang neuf et proposer un renouveau. Si vous faites appel à un blogueur, mais que vous lui demandez de respecter scrupuleusement le ton, le format, l’organisation traditionnelle de la rubrique, et qu’il fait in fine exactement le même travail que les journalistes maison, vous ne l’avez peut-être pas utilisé au maximum de son potentiel. Pour faire entrer la « bouffée d’air », il faut accepter d’ouvrir un petit peu la fenêtre.

    Au-delà du phénomène de mode, l’évolution profonde du milieu

    Si on l’enferme dans son bocal et le maintient en milieu fermé, le phénomène des blogueurs et influenceurs va s’essouffler : les mutations profondes des réseaux sociaux (mutations de l’algorithme de Facebook et Instagram, changements de monétisation sur YouTube), la plus grande vigilance du public lassé des subterfuges publicitaires, la surmultiplication des prétendants, va rendre le métier d’influenceur professionnel toujours plus difficile. Cette bulle va éclater, et a déjà commencé. Peut-être pourrons-nous enfin arrêter avec cette course aux chiffres, aux faux followers, aux statistiques gonflées. Peut-être que les blogueurs qui résisteront seront ceux qui s’illustrent par la qualité de leur travail, l’authenticité et la pérennité de leur communauté, et qu’on comprendra enfin qu’il vaut mieux travailler avec un blogueur doté d’une petite communauté ultra engagée et bien ciblée qu’avec une grosse machine à brasser du vide, dont l’investissement est minimal et l’influence massacrée par une mécanique publicitaire répétitive et sans âme. Les influenceurs continueront à faire partie du paysage, mais je prédis que l’époque des ponts d’or offerts aux illusionnistes touche à sa fin.  Peut-être doit-on considérer ce phénomène comme une mutation profonde du milieu du marketing, de la promotion touristique, et de la presse. En ce sens, je prédis un bel avenir aux créateurs de contenu prêts à saisir ces opportunités et à utiliser leurs compétences pour accompagner et précipiter ces bouleversements. N’enterrez pas tout de suite les influenceurs : ils sont déjà parmi vous.

    Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

    Ce texte est issu de mon intervention à la VZB (Verband der Zeitschriftenverlage in Bayern) à Munich le 23.11.2017, qui m’a invitée à parler des relations entre presse et influenceurs. Il a été enrichi par les discussions avec les autres intervenants.

  • Comment j’ai découvert que j’étais Espagnole (ou presque)

    Un test ADN pour découvrir ses origines

    Faire un test ADN pour révéler votre héritage génétique et découvrir de quelle région du monde venaient vos ancêtres, cela vous tente ? J’ai eu le plaisir de tenter l’expérience, et de décrypter mon ADN pour mieux comprendre mon identité. Je me suis imaginée descendante d’îles lointaines, de peuples conquérants et d’exotismes multiples. J’ai remonté l’écheveau obscur  du temps à la recherche d’indices. Voici finalement les résultats – olé.

    puits quinta dela regaleira sintra
    Plongeons ensemble dans les profondeurs du temps – comme dans le puits initiatique de la sublime Quinta de la Regaleira à Sintra, Portugal. En plus, ça ressemble (un peu) à une hélice d’ADN.

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    Un test génétique, pourquoi faire ?

    J’ai toujours été attristée par le peu d’informations dont nous disposons sur les femmes et les hommes qui ont forgé la chaîne conduisant à notre existence. Au-delà de mes arrière-grands-parents, voire arrière-arrière-grands-parents pour quelques-uns, je n’ai plus ni image ni nom, et le secret de mes racines se noie dans l’oubli.  J’ai toujours envié aux familles aristocratiques non pas leurs titres et leurs armes, mais bien leurs arbres généalogiques ancrant la vie de chacun dans une histoire séculaire, leurs portraits d’ancêtres et leurs reliques précieusement conservées. J’aurais adoré mettre des noms, des lieux de naissance et de décès sur des morceaux d’ADN, chercher un bout de moi dans les traits d’une trisaïeule, et imaginer leurs vies. L’éternel néant dans lequel sont retombés ceux dont je descends me plonge parfois dans un vertige métaphysique.
    Et puis, j’ai appris qu’un test génétique proposait de lever une part du voile, et d’identifier dans notre ADN les segments qui nous associent à telle ou telle région du monde.

    broch of gurness, orcades, écosse
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    broch of gurness, orcades, écosse
    J’ai toujours été fascinée par les témoignages des temps oubliés. Ici le Broch of Gurness (2e siècle avant notre ère), Orcades, Ecosse.

    Pour un voyageur, c’est une grande source de fantasme, et j’avoue que je me suis imaginé des ascendances vikingo-polynésiennes, dans un grand combo de tout ce qui me fait rêver : navigations au long cours, constellations bienveillantes et mythologie océanique.

    J’avais lu des histoires hallucinantes suite à des tests ADN de ce type.
    Une Canadienne qui se croyait descendante de migrants européens à 100% s’est découvert une part de sang amérindien. En faisant des recherches généalogiques poussées, elle a appris que son arrière-grand-mère, prénommée « Jeanne » et qu’elle croyait française, était en réalité une Amérindienne convertie et rebaptisée de force par les colons.
    Une Américaine d’origine asiatique, qui pensait son ascendance limitée à cette partie du monde, s’était découvert un héritage africain lié à la douloureuse histoire de l’esclavage dans le Sud des Etats-Unis.

    Je m’imaginais bien me découvrir une origine exotique et bouleversante, aller voir ma famille en leur expliquant que nous étions en réalité les descendants de Gengis Khan, d’Erik le Rouge ou de Daenerys Targaryen.

    dunnottar castle écosse
    S’imaginer une lignée de guerriers et de princes. Dunnottar Castle, Ecosse.

     

    Un test génétique pour s’ouvrir au monde

    Vous avez peut-être déjà vu passer sur Facebook les vidéos touchantes où des jeunes gens se découvrent des origines qui remettent en cause leur vision du monde, par exemple celle d’un jeune Anglais un peu raciste qui n’aime pas les Allemands et voit son ascendance germanique révélée. Ces vidéos ont été réalisées dans le cadre du concours The DNA Journey  de la société Momondo. C’est aussi eux qui m’ont offert ce test.

    Puisque les voyages ouvrent sur le monde, l’idée est d’aller plus loin encore, et de comprendre quel part d’altérité culturelle et géographique nous portons en nous. Le concours se veut porteur de valeurs humanistes, de tolérance et d’acceptation de l’autre. Je me dis souvent que j’aimerais l’offrir à tous les identitaires qui clament haut et fort être « Français de souche », pour leur montrer l’inanité de ces fantasmes. Trop de gens ignorent de quel brassage l’immense majorité d’une population européenne est issue, et les vidéos du DNA Journey mettent souvent en scène ce type d’épiphanie antiraciste.

    Personnellement, je n’ai pas eu de grande révélation existentielle, car je n’avais aucun délire de pureté raciale, je ne me suis jamais imaginée « de souche » quoi que ce soit. Née en France de deux parents français, élevée en France et y ayant fait la majeure partie de mes études, j’ai toujours ressenti naturellement mon identité française. Mon appartenance cette culture, mon identification à mon pays, est spontanée, intuitive et logique. Mais j’ai toujours su être un produit hybride sur le plan génétique, et je me doutais bien que le test ADN ne dirait pas forcément « France ». J’ai grandi en Drôme provençale et je me suis toujours pleinement identifiée à la Provence. Il s’agit d’une conviction culturelle profonde, mais je savais qu’elle ne serait que très peu validée par l’ADN.
    Cela ne me perturbe pas : depuis Renan, on sait que la nation est « un plébiscite de tous les jours », et qu’être français n’est pas un label ethnique, mais un assentiment du cœur et de l’esprit à la communauté nationale.

    Champ de coquelicots, Provence
    Au coeur de ma belle Provence

     

    monts d'ardèche défilé de donzère
    Là où j’ai grandi : le défilé de Donzère, entre Drôme provençale et Ardèche méridionale


    Un test ADN pour identifier son ascendance ethnique – comment ça marche ?

    Momondo travaille avec Ancestry DNA, une importante compagnie américaine (les tests génétiques étant illégaux en France), leader sur le marché du test ADN. Ancestry DNA propose un test dit autosomal, qui tient compte à la fois des marqueurs paternels et maternels. Comme l’explique cet article de la Revue française de généalogie, il est également possible de tester l’ADN mitochondrial (maternel) et, pour les hommes seulement, l’ADN porté par le chromosome Y (paternel). Ancestry DNA possède une très large banque d’échantillons ADN de toutes origines, en permanence enrichie par les nouveaux tests de ses clients, et permet ainsi de retracer l’origine ethnique avec une précision toujours accrue. Dans mon cas particulier, un élément précis m’a convaincue de la fiabilité du test – je vous en dis plus à la fin de l’article.

    Minute glamour : comment on fait, concrètement, pour tester son ADN ? Je vous préviens, c’est peu ragoûtant : il faut cracher dans un petit tube jusqu’à ce que la salive atteigne une quantité suffisante, matérialisée par un trait transparent. Ensuite, on mélange à la salive un produit bleu qui la conserve, et on envoie cette charmante mixture traverser les océans par transporteur. Voilà, c’était le moment sexy.

    Lever de soleil à Lurs
    Je vous sors un lever de soleil à Lurs pour oublier ce que vous venez de lire. Ceci est une preview d’un prochain article, consacré au pays de Forcalquier.

    Ce que je savais de mon ascendance génétique, avant le test ADN

    Ma mère a grandi dans le Nord, à Douai, mon père à Marrakech.

    Douai.

     

    Marrakech.

    Ma grand-mère paternelle vient du Liban, et j’ai toujours su que ce sang moyen-oriental était très présent dans mon cocktail génétique. Groupe sanguin, forme du visage, association des yeux bleu-vert, des cheveux clairs et des sourcils sombres, beaucoup de détails m’associent à un type physique libanais – plus que mon frère et ma sœur. En Turquie, où j’ai voyagé avec eux, tout le monde pensait que j’étais la guide turque d’un petit groupe français. A Paris, un serveur libanais m’avait longuement dévisagée avant de me demander si j’avais des parents au Liban. 
    En lisant les consignes du test ADN sur le site d’Ancestry, j’ai lu qu’il n’était pas rare que les résultats d’ethnicité varient légèrement au sein d’une même fratrie, que certains pourcentages soient plus élevés pour un des enfants, car tout dépend de la sélection d’allèles hérités de vos ancêtres. Voilà pourquoi mon frère et ma sœur ont la peau très claire et les yeux très bleus, et je suis plus mate, plus méditerranéenne. J’ai probablement sélectionné le menu falafel et houmous au MacChromosome.

    Méditerranéenne, mais version tâches de rousseur : une allégorie. (Photo Pixabay, j’avais pas ça dans le frigo.)

    Ma mère est blonde aux yeux bleus, d’apparence très « nordique », mais a priori son ascendance n’est pas scandinave. Son père vient du midi – c’est la seule partie de ma famille qui me rattache « génétiquement » à ma Provence adorée, à laquelle je m’identifie pleinement. Au petit cimetière de Murviel-lès-Montpellier, nombre de caveaux portent le nom de famille de ma mère : c’est le berceau de cette branche enracinée comme les ceps de vigne parmi les vieilles pierres du Languedoc.
    Quant à sa mère, ma grand-mère maternelle, emportée trop tôt par un terrible accident, elle était du Massif central par sa mère, et des Flandres par son père, lui douaisien. Mon arrière-grand-mère avait grandi en Polynésie, aux Marquises et aux Gambiers, d’où ma fascination extrême pour les îles du Pacifique. Mais je savais que cet ancrage de l’enfance n’était pas une ascendance – même si j’espérais secrètement que mon arrière-arrière-grand-mère ait fauté avec un beau surfeur de Nuku Hiva et que le test me révèle du sang de Vaiana.

    C’était aux Bahamas, mais ça existe aussi en Polynésie. J’illustre comme je peux, ok ?

     

    Résultats du test ADN : Yo Soy Español

     

    Le test ADN est revenu environ un mois après mes méticuleux crachats dans la fiole.

    On m’a expliqué qu’il se décomposait en deux parties : l’ethnicité, basée sur l’origine de mes ancêtres il y a des milliers d’années, et la communauté génétique, révélant où mes ancêtres vivaient il y a des centaines d’années.

    La première surprise a été une petite déception : mon ethnicité était bornée par le Caucase à l’Est, par la Méditerranée au sud, presque superposable aux frontières physiques de l’Europe, avec juste une touche d’Asie mineure et d’Afrique du nord (via l’Espagne). Quitte à ne pas être française de souche, autant être Maori, Mongole ou Seychelloise – j’avais secrètement rêvé à une ascendance plus exotique. J’en ai pris mon parti. Profondément Européenne de cœur, du genre à chanter l’Hymne à la joie (en allemand s’il vous plaît) sous la douche, je me suis dit que ça n’était pas si mal d’être une décalcomanie de sa carte.

    La deuxième surprise, c’était la prépondérance de la péninsule ibérique dans mon ethnicité. Voici son détail :

    36% péninsule ibérique
    22% Grande Bretagne
    17% Italie-Grèce
    9% Caucase
    7% Europe de l’Ouest (= France)
    Ces pourcentages-là sont qualifiés de fiables à 98% par Ancestry.

    A cela s’ajoutent des petits % plus incertains, qu’Ancestry appelle « low confidence regions » : un peu de sang juif européen, irlandais, scandinave et moyen-oriental.

    blog test adn
    Résultats du test ADN Ancetry.

    Il m’est difficile d’associer ces fragments d’ADN millénaire à ma brève histoire familiale, dont la mémoire s’arrête à la fin du XIXe. Même si je connais mieux le Portugal et l’adore, je me dis que mon sang ibérique a plus de chances d’être espagnol que portugais. Il peut venir à la fois de mon grand-père maternel, ancré dans le midi (les rois d’Aragon ont longtemps régné sur le Languedoc), et de mon arrière-grand-père maternel (mais de l’autre branche), originaire des Flandres longtemps espagnoles.

    Séville
    Séville

    D’où vient la Grande-Bretagne ? Des cheveux et des yeux clairs de ma mère ? Je n’en sais rien. Mais d’une certaine façon, je reconnais dans mon ADN le mélange qui constitue mon phénotype : un très fort influx méditerranéen (Espagne, Italie, Grèce), tempéré de blondeur nordique (Grande-Bretagne).

    Capri, Italie

     

    Météores, Grèce

     

    highway 501 ecosse
    Nord de l’Ecosse, vers John O’Groats

     

    Château de Dunrobin, nord de l'Ecosse
    Château de Dunrobin, nord de l’Ecosse

    Mais j’avoue que le test m’a forcément frustrée, puisqu’on ne le livre pas avec des livres généalogiques, des histoires, des récits qui construisent un roman familial à travers les siècles – les pourcentages ne peuvent aboutir que sur le rêve et la spéculation.
    Sans doute pourrais-je affiner en faisant tester ma mère, mon père, et mes deux grands-parents biologiques encore vivants. Je suis tentée de le faire – à voir ce qu’ils en pensent.
    Mais j’ai l’impression que la généalogie est un trou d’Alice, un gouffre dans lequel le temps et l’espace sont aspirés et où on pourrait chuter sans fin à travers les siècles et les échos. J’ai peur de trop m’approcher du bord.

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    sintra puits quinta blog test adn
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    Quinta de la Regaleira à Sintra, puissante métaphore du mystère métaphysique et du voyage intérieur.

    Communauté génétique libano-syriaque, la confirmation

    Aux pourcentages d’ethnicité s’ajoute une autre information plus directement lisible pour moi : ce qu’Ancestry appelle la communauté génétique. Il ne s’agit plus cette fois d’ethnicité, mais de localisation géographique : où vivaient mes ancêtres au cours des derniers siècles.

    C’est l’élément qui m’a confirmé la véracité du test, qui a rattaché l’ADN à l’histoire connue. Ancestry DNA ne savait rien de moi, je n’avais rien renseigné quant à mes parents ou grands-parents, et pourtant, le test a visé juste en me plaçant avec une certitude de 99,9%, soit quasi absolue, dans la communauté génétique libano-syriaque. Ce sont les origines de ma grand-mère paternelle, celle à qui je dois mon groupe sanguin. Cela signifie qu’au XIXe siècle et avant, mes ancêtres vivaient dans cette région du monde, et que des connexions génétiques avec d’autres membres de cette communauté sont avérées.

    test adn blog
    Communauté génétique.

    La base de données d’Ancestry me sort soudain des visages, des visages de gens vivant aujourd’hui au Liban, en Europe, aux Etats-Unis, et des pourcentages de certitude.
    « Il est certain à 98,5% que vous avez un arrière-grand parent commun avec XXX. » Je vois apparaître le visage d’un homme de 35 ans, souriant, vivant au Liban.
    « Il est certain à 92% que vous avez un arrière-arrière-grand-parent commun avec XYZ. » Visage d’une femme, 26 ans, vivant à New York.

    Cela a du sens pour moi. Ma grand-mère originaire du Liban, cette sélection des chromosomes qui me donne l’allure moyen-orientale, cette prépondérance de l’Est de la Méditerranée dans mon physique – le test le confirme et noue des liens presque tangibles.

    Aux résultats du test s’ajoute une histoire de la région libano-syriaque depuis le début du XIXe. Je lis avec le cœur serré l’histoire de ces communautés rurales, Druzes, chrétiens, musulmans, promenant leurs troupeaux nomades sur les terres fertiles, vivant en bonne harmonie dans le vieux berceau biblique.
    Je pense aux conflits atroces qui ravagent la région, aux morts et aux plaies béantes. Depuis le début de la guerre en Syrie, je ressens une immense colère et une immense solidarité vis à vis de ce peuple supplicé. Ma peine augmente en comprenant soudain que peut-être, parmi les milliers de morts, j’avais un lointain cousin. Mes ancêtres ont vécu là en paix pendant des centaines d’années, là où il n’y a plus que cendres et sang. La mélancolie m’assaille, tout me semble soudain si proche. Le soupçon prend corps, et ce corps est douloureux. Et je me dis que finalement, contre toute attente, le test m’aura marquée. Non pas parce qu’il aurait ébranlé une identité fantasmée (je n’imaginais rien), non pas parce qu’il aurait contenu une révélation, mais parce qu’il renforce encore ma conscience de citoyenne du monde, ma conviction profonde de l’inanité de tout conflit basé sur l’ethnie ou la religion.

    Et maintenant ?

    Je me dis que je devrais retourner en Espagne, que je connais si mal – je n’ai vu que Séville et Barcelone.

    Je me dis qu’il faudrait refaire un tour en Angleterre, moi qui ne connais vraiment que l’Ecosse.

    Je veux continuer d’explorer la Méditerranée et ses îles, imaginer les sillages de ces bateaux chargés d’amphores qui traçaient les contours du monde antique. J’ai envie de retourner au MUCEM.

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    Temple de Delphes

    Je me dis surtout qu’un jour, j’irai au Liban, m’asseoir sous l’ombre d’un cèdre à Beyrouth, renouer le fil.
    Un jour, un jour, je ne sais pas quand, j’espère ne pas être trop vieille, j’irai en Syrie pleurer les fantômes, et retrouver un peu mes très anciens.

    Et vous ? Est-ce qu’un tel test vous tente ?

     

    Merci à Momondo de m’avoir permis de vivre cette expérience. Le test ADN m’a été offert.
    Pour faire à votre tour cette expérience : le test coûte 79 dollars sur Ancestry DNA. Vous commandez un kit, et recevrez chez vous le matériel nécessaire au test, que vous renvoyez ensuite avec une enveloppe pré-payée comprise dans le kit.

     

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    Epinglez moi !

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  • Un mot après la tempête

    Il y a trois jours, j’ai posté sur ce blog un article intitulé #moiaussi dans lequel je témoignais de trois agressions sexuelles que j’ai subies entre l’âge de treize et vingt ans. La première a été commise par un ami, la deuxième par un inconnu, la troisième par un ancien ministre. C’est cette dernière qui a été particulièrement reprise et commentée par un grand nombre de médias français.

    Happée par une déferlante

    Au moment où j’ai écrit ce texte, mue par une colère trop longtemps cadenassée et portée par le courage immense des femmes qui ont témoigné, ces dix derniers jours, des violences qu’elles ont subies, je ne pouvais pas imaginer la portée qu’il aurait. Mais à partir des indices que je donnais dans mon texte, la rédaction de l’Express a rapidement trouvé le nom de mon agresseur. J’ai accepté de confirmer son identité, parce que je ne voulais plus vivre dans ce silence honteux.

    Mon témoignage a déclenché une véritable déferlante médiatique, que je n’avais pas anticipée et qui m’a submergée. J’ai été très secouée, mais je ne regrette pas. Je crois que nous vivons un moment très important pour la cause des femmes, où l’omerta se craquèle et la honte change de camp. C’est une lutte pour le respect et la dignité en laquelle je crois profondément. Je n’ai pas voulu me dérober, d’autant que je me sais dans une position plus privilégiée que beaucoup de femmes qui ne peuvent pas dénoncer ce qu’elles ont subi, parce que leur agresseur continue d’avoir un impact direct sur leur vie et qu’elles ont tout à perdre, ou parce que personne ne les écoute. J’ai eu la chance d’être écoutée, et j’ai pu dire la vérité. Tout ce que je raconte est vrai et s’est déroulé exactement comme je l’ai dit dans mon précédent article. Cette certitude de vérité m’a permis de ne plus avoir peur.

    J’ai choisi de m’exprimer une seule fois à la télévision, sur le plateau de Quotidien, où Yann Barthès et son équipe de chroniqueurs m’ont accueillie avec beaucoup de respect et d’empathie. Si vous voulez entendre mon témoignage sur cette affaire, je vous invite à regarder cette séquence : première partie de l’émission Quotidien du 20 octobre 2017 . J’ai pu y dire tout ce que j’avais à dire : le récit des faits, pourquoi j’ai parlé alors que je m’étais tue jusqu’ici, et mon espoir pour le monde à venir, où le respect mutuel permettrait des relations saines et amicales entre les hommes et les femmes.
    Si mon agresseur m’attaque en diffamation, j’irai porter cette parole devant un tribunal. Mais il n’est pas question pour moi de revenir inlassablement sur ces évènements et je ne souhaite désormais plus m’exprimer, ni dans les médias ni sur ce blog, au sujet de cette agression.
    Ces deux dernières journées ont été émotionnellement intenses pour moi. Revivre ces évènements en les racontant à plusieurs reprises, subir un déferlement de réactions et de sollicitations, c’est épuisant. J’ai maintenant besoin de me protéger, de couper un peu mon portable et de penser à autre chose. Il était prévu de longue date que je parte quelques jours en Allemagne, et cela tombe très bien : c’est ce que je vais faire.

    La souffrance et la solidarité

    Je voudrais remercier du fond du cœur celles et ceux qui m’ont témoigné leur soutien et dont les messages m’ont portée tout au long de la journée d’hier. J’étais dans un état de stress intense, et vos mots, le fait de sentir que vous me croyez, que vous me soutenez, m’ont permis de tenir debout et de porter mon témoignage avec confiance. Merci, merci, merci, je vous le dis avec émotion.

    Au-delà de mon histoire à moi, ce qui m’a profondément bouleversée, c’est la vague de témoignages que j’ai reçus, en commentaire de mon article et par e-mail. De nombreuses femmes, mais aussi des hommes, sont venus me confier des souffrances si grandes que j’ai souvent eu les larmes aux yeux en lisant ces actes de violence glaçants et l’impact immense qu’ils ont eu sur leurs vies. Ce qui est fou avec le hashtag #moiaussi et la révolte des victimes à laquelle nous assistons, c’est la cascade de douleur et de secrets que libère chaque témoignage, comme si nous ouvrions la boîte de Pandore d’une souffrance trop longtemps refoulée. Je voulais dire à toutes celles et tous ceux qui m’ont confié ce qui les ronge depuis trop longtemps que je les crois, que leur peine me touche profondément, et les assurer de ma pleine solidarité.
    Beaucoup disent ne pas pouvoir en parler à la police, ou même à leurs proches, par peur des conséquences, et je regrette vivement que certains nient cette impossibilité de la parole et pressent les victimes de reproches quant à leur silence. Gardez-vous de blâmer la victime qui craint d’empirer sa souffrance en la révélant. Mais j’espère que celles et ceux qui peuvent parler puiseront dans l’incroyable moment de vérité que nous vivons en ce moment la force de le faire. Je vous souhaite beaucoup de courage, et le soutien de vos proches.

    Repartons en voyage

    Après quelques jours de silence, le blog de voyage Itinera Magica reprendra son activité normale : célébrer la beauté du monde et la magie de l’instant. Evoquer la majesté des paysages naturels et la richesse du patrimoine culturel, inspirer à l’évasion en parlant de beaux hôtels originaux, de restaurants exigeants et d’expériences à vivre tout près ou très loin de chez soi, c’est ma passion et mon métier. Je suis journaliste et blogueuse voyage, et je vais continuer à faire ce que j’aime.

    Vous avez été nombreux hier à me suivre sur Twitter, Instagram ou Facebook, ou à vous inscrire à ma newsletter. J’en suis évidemment heureuse, mais je ne voudrais pas vous décevoir quant au type de contenu que je publie : le voyage avant tout. Si je réfléchis à intégrer une dimension « société » plus importante sur Itinera Magica, la majorité des articles restera fidèle à ce qui a été ma ligne jusqu’ici, et je vous promets évasion, plaisir des lointains, légèreté. Si vous regrettez de ne pas m’entendre sur d’autres sujets, sachez que je suis en train d’écrire un essai pour les éditions Jean-Claude Lattès (dont le thème a été décidé avant le témoignage de mes agressions et qui ne sera pas un récit de ce type).
    Mais sur ce blog, il sera toujours avant tout question de voyage. Mes prochains articles vous emmèneront à Saint-Tropez, en Aveyron, à Forcalquier, dans les Alpes, et au-delà de nos frontières. Le monde est vaste et la vie est courte, et je veux célébrer la beauté et le bonheur partout où on les cueille.

    Il faut s’astreindre à la joie de vivre.

  • #Moiaussi : pour que la honte change de camp

    #Moiaussi, ou #metoo : c’est le hashtag qui fédère en ce moment les femmes dont la parole se libère enfin. Des femmes de tous âges, de toutes origines et de tous milieux sociaux témoignent avoir été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement, de la part d’hommes de leur entourage ou d’inconnus. Chaque témoignage est glaçant, mais ce qui est pire que tout, c’est leur nombre, leur déferlement ininterrompu. Toutes les femmes, ou presque, ont connu cela. Le bâillon est tombé, et les récits pleuvent.

    Et j’ai l’espoir que ce soit le grand soir de la cause féministe, le séisme qui ébranlera enfin le vieux monde misogyne.

    Ceci n’est pas une confession

    Cela fait plusieurs jours que j’hésite. Mais moi aussi, #moiaussi, j’ai besoin de vous raconter.
    Pas sur Twitter, pas en 140 caractères. Je vous raconterai ici, dans cet espace qui m’appartient, où j’ai le temps de vous livrer à mon rythme ce récit et cette réflexion.
    J’ai failli écrire « cette confession ». Mais non : la confession, c’est l’aveu du coupable. Et moi, je ne suis coupable de rien.

    La première agression, ou le « malentendu »

    J’ai treize ans. En vacances, je suis sortie avec un garçon bien sous tous rapports, gentil et intelligent. Sexuellement, nous ne sommes pas allés plus loin que ce qu’on appelait à mon époque une « pelle ». Ce stade-là me convient très bien.
    Une fois rentrée chez moi à la fin du séjour, j’insiste pour aller lui rendre visite. Ce n’est pas le grand amour, mais je l’aime bien, et la ville dans laquelle il habite me tente beaucoup. Il m’a promis qu’on ferait du tourisme, qu’on irait à un concert. Ma mère hésite, puis appelle sa mère à lui, une femme très bien. « Aucun problème, je serai à la maison, elle peut venir. »
    La journée se passe à merveille. Et puis le soir, nous nous retrouvons dans sa chambre. Sa mère est sortie. Nous sommes seuls. Que dire, si ce n’est que je ne contrôle plus rien ? Que les choses vont plus loin que ce que je voulais ? Je dis non, je lui dis « je préfèrerais garder mes vêtements », il réinsiste. Je me tortille, je me détourne, je me lève, je dis « ça te dirait qu’on aille regarder un film dans le salon ? », je passe du lit au canapé. Il m’y suit. Il n’y a aucune violence, juste ma passivité, ma froideur pétrifiée qu’il ne comprend pas. Je n’ai pas hurlé « lâche-moi », j’ai juste attendu. Je crois qu’il ne sait même pas que je n’étais pas d’accord. Je l’ai revu par hasard des années plus tard. J’étais glacée, lui très chaleureux. Charmant.

    La deuxième agression, ou l’enfer du métro

    J’ai dix-neuf ans, je suis à la fac à Paris. C’est le mois de septembre et l’été dure, il fait chaud, je suis en jean et chemisier blanc, un joli chemisier avec un col en dentelle, façon héroïne romantique. Je n’ai pas de veste. Je rentre de cours dans le métro bondé, quelqu’un me bouscule involontairement. Un mouvement brusque pour me rattraper, et mon chemisier craque. Deux boutons, pile sur la poitrine. Je porte un soutien-gorge, mais j’ai toujours eu beaucoup de poitrine, et ma mésaventure vestimentaire ne peut échapper à personne, tout le monde voit que je suis à moitié dépoitraillée. Je suis cramoisie. Je n’ai rien pour me couvrir.
    Et ça commence. Un homme de cinquante ans, en tenue de cadre, passe sa langue sur ses lèvres en me regardant lubriquement. J’essaie de croiser mes bras, de me tourner vers le bord du wagon. Un homme d’une trentaine d’années vient se coller contre moi. Au début, je crois qu’il veut me cacher aux regards. Puis je sens quelque chose de tout dur contre ma cuisse. Son sexe en érection. Je suis paralysée, je ne bouge pas. J’attends que les stations passent, j’ai les larmes aux yeux. Je ne réagis pas, je ne repousse pas ce salaud, sans doute parce qu’au fond de moi je me dis que c’est ma faute. Parce que quand ton chemisier craque, c’est bien fait pour toi, tu mérites qu’on te colle une bite contre la cuisse. Evidemment.

    La troisième agression, ou comment j’ai été agressée par un ancien ministre

    Ce n’est pas la « pire », mais celle qui m’a intellectuellement le plus ébranlée. Parce que les deux premières fois, je me disais que c’était peut-être ma faute. Je n’avais pas su dire non. Je n’avais qu’à prendre une veste.

    Mais cette fois-là, j’ai compris que ça pouvait arriver à n’importe quelle femme, dans n’importe quelle circonstance, que personne n’était à l’abri.

    Il faut que je vous détaille le contexte, pour que vous compreniez à quel point c’était inouï, à quel point cela révèle le sentiment d’impunité des prédateurs, et tout particulièrement, des prédateurs puissants.

    J’avais vingt-ans. A cette époque, mon père était ministre. Il était très exposé médiatiquement, et je souffrais beaucoup de cette attention extrême, de ce climat polémique qui rôdait tout le temps autour de lui, de ma famille, et j’aurais mille fois préféré l’anonymat. Mais le seul privilège de ministre qui me consolait, le seul dont lequel j’étais heureuse de bénéficier, c’était l’opéra. Le merveilleux opéra de Paris invitait régulièrement les ministres à assister aux représentations, et mon père, qui connaît mon amour pour l’art lyrique, me faisait souvent bénéficier de la deuxième invitation. L’y accompagner était une joie immense. Ce soir-là, nous allions voir un Wagner à l’opéra Bastille (était-ce Parsifal ? était-ce le Ring ?), et j’étais aux anges. Mais mon père a eu une urgence à gérer, et n’a pu me rejoindre qu’à l’entracte. Du coup, les sièges étaient rebattus, et quelqu’un s’est assis à ma droite, là où mon père aurait dû être.

    Je ne sais pas si vous connaissez l’opéra Bastille. Dans cette immense et magnifique salle, une rangée est considérée comme la « rangée VIP ». C’est la catégorie Optima, la première rangée du premier balcon, en plein milieu de la salle (et non pas devant la scène), avec personne devant vous sur plusieurs mètres. C’est la rangée la plus exposée, où on voit aussi bien qu’on est vu. Les ministres, les hautes personnalités, les stars, sont toujours placés là, et c’était un immense bonheur pour moi de pouvoir en bénéficier. J’insiste là-dessus pour expliquer que ce ne sont pas des places discrètes, où on serait caché dans l’ombre. Ce sont des places où tout le monde sait qui vous êtes et voit ce que vous faites.

    Un vieux monsieur à l’air éminemment respectable s’assoit donc à ma droite. Son épouse est à sa droite à lui. J’insiste. Son épouse est là. La représentation commence. Et au bout de dix minutes, le vieux monsieur a sa main sur ma cuisse. Je me dis qu’il doit être très âgé, perturbé. Je le repousse gentiment. Il recommence. Rebelote. Une troisième fois. Il commence à remonter ma jupe. Il glisse sa main à l’intérieur de ma cuisse, remonte vers mon entrejambe. J’enlève sa main plus fermement et je pousse un cri d’indignation étouffé, bouche fermée. Tout le monde me regarde. Il arrête. Dix minutes plus tard, il recommence. Je lui plante mes ongles dans la main. C’est un combat silencieux, grotesque, en plein opéra Bastille. Wagner sur scène, le vieux pervers contre la gamine en pantomime dans la salle.

    A l’entracte, mon père arrive. Je le vois soucieux, je ne veux pas le stresser davantage. J’ai peur qu’il aille casser la gueule du type en plein opéra et qu’on ne puisse pas finir la représentation. C’est bête, mais je me tais aussi par respect pour sa femme assise à côté de lui – je ne veux pas l’exposer à cette humiliation. Je ne dis rien à mon père. Mais je change de place, et je demande à son officier de sécurité : « Pouvez-vous me dire qui est cet homme ? » Cinq minutes plus tard, il me donne la réponse, je cherche sur Google, je vérifie. C’est bien lui. Et je suis estomaquée.

     C’est un ancien ministre de Mitterrand, membre de plusieurs gouvernements, qui a occupé des fonctions régaliennes, qui est une grande figure de gauche, décoré de l’Ordre national du mérite et de plusieurs autres Ordres européens. Une statue vivante. La représentation recommence, je suis tranquille, mais je n’arrive pas à me concentrer sur la mort des Dieux et les vocalises de la cantatrice.
    Je repasse en boucle ce qui vient de se passer. Je suis fille d’un ministre en exercice, dans la rangée VIP d’un des lieux les plus huppés de la capitale, en pleine lumière. L’homme assis à côté de moi a occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, est unanimement respecté, et accompagné de son épouse. Et il m’a agressée pendant tout un premier acte, malgré ma résistance vigoureuse.

    Je mesure soudain ce que cela signifie, et j’ai le vertige. Si cela m’arrive ici, maintenant, à moi, par lui, c’est que cela peut arriver à n’importe quelle femme, partout. Que personne n’est à l’abri.

    Dans la voiture en rentrant, je raconte à mon père et à son officier de sécurité. Passé le moment de fureur, nous décidons de ne rien faire. Je ne supporte plus sa surexposition médiatique, qui m’affecte aussi par ricochet. Je sais que si je « balance mon porc », pour reprendre l’autre hashtag en vigueur actuellement, tous les regards seront braqués sur moi. Je ne dis rien.
    Mais cela fait huit ans que j’ai envie de lui mettre une droite, et que parfois la nuit, je rêve que je l’ai fait, en pleine représentation, devant sa femme, devant tout le monde. En être réduite à rêver de tabasser un vieux, si ça ne l’est pas de l’impuissance.
    Vous allez peut-être me dire « donne son nom ». Un reste de peur me retient, mais je crois avoir donné beaucoup d’indices. Et s’il se reconnaît et qu’il lui prend l’envie saugrenue de m’attaquer en diffamation, qu’il sache que mon père et son officier de sécurité d’alors pourront témoigner contre lui. Qu’il sache que je le méprise profondément, et que je plains sa femme.

    La quatrième, la cinquième et la centième fois : une femme qui voyage

    Je suis une voyageuse, une journaliste, une blogueuse voyage professionnelle. Je voyage souvent seule, loin de chez moi. C’est ma passion et mon métier. La plupart du temps, les gens sont bienveillants et chaleureux. Je fais de belles rencontres, sans arrière-pensée, avec des femmes et des hommes amicaux.

    Mais parfois, cela dérape. Je racontais dans mon dernier article sur la Californie comment tout le monde m’avait proposé du sexe, tout le temps. Je l’ai raconté avec humour. C’est devenu mon mode de défense. La politesse et l’humour. Je souris, je dis « non merci » comme si on m’avait proposé une tasse de thé, je fais une blague, parce que je suis petite, une femme, qui n’a jamais fait d’art martial et qui préfère la stratégie d’évitement au conflit frontal. J’ai peur de me faire casser la gueule, violer, tuer. Donc je plaisante. Je suis mignonne, inoffensive. A un homme qui me demande de but en blanc, dans les rues de Nancy, si je veux un « bukkake » (terme japonais qui signifie l’éjaculation simultanée de plusieurs hommes sur une femme placée au centre de leur cercle), je réponds « non merci, je viens déjà de manger des sushis ». Il rigole, il me laisse tranquille. Et moi, je normalise ça. Je ne fais plus attention, je m’habitue.

    Aujourd’hui, en voyant déferler les #moiaussi, je me dis que je ne veux plus accepter. Je ne veux plus normaliser. A chaque agression, j’ai été passive, je n’ai pas voulu déranger, j’ai pris la honte sur moi au lieu de la renvoyer sur celui qui méritait de la ressentir. Mais je ne suis pas coupable. Nous ne sommes pas coupables, et rien ne justifie le harcèlement.

    Peu à peu, le monde commence à comprendre que, si tous les hommes ne sont évidemment pas des agresseurs, toutes les femmes ou presque ont un jour été agressées par un homme. Que c’est grave, et qu’il faut réagir.
    Je ne me suis pas mise à haïr les hommes, j’en connais des tas de bien. Je ne crains pas les inconnus, j’ai fait des dizaines de rencontres paisibles et chaleureuses. J’aime les gens. Je n’ai pas une nature méfiante. Mais j’aspire à un monde amical et sain, où la confiance et l’amitié sont permises par le respect mutuel. Où personne ne vous touche, ne commente votre corps, ne vous scrute, sans votre consentement. Et je crois que cette semaine, nous avons fait un pas dans la bonne direction. Continuons le combat.

    Mise à jour en novembre 2022 : Suite à la parution de cet article, Pierre Joxe m’a attaquée en diffamation en janvier 2018. Cinq ans de procès ont suivi. J’ai perdu en première instance. J’ai fait appel. J’ai gagné en appel. Pierre Joxe en a appelé à la Cour de Cassation, qui a confirmé la décision de la cour d’appel en ma faveur. Pierre Joxe ayant renoncé à contester devant la CEDH la décision de la Cour de Cassation, il a définitivement perdu le procès en diffamation qu’il m’avait intenté.

  • Où voir les couleurs d’automne en voyage ?

    L’automne est là, avec sa farandole de couleurs flamboyantes. Partout dans l’hémisphère Nord, les feuilles des arbres se parent de fantastiques tons rouge et or pour un éphémère incendie. Profitons de la saison magique, partons en voyage à la recherche des plus belles couleurs de l’automne ! Où voir les teintes automnales, les feuilles mordorées, les forêts orange et sang ? Où voir les couleurs d’automne ?

    J’ai demandé à d’autres blogueurs de voyage de partager avec moi leurs destinations et leurs plus belles photos des couleurs de saison. Et j’ai complété avec mes propres coups de cœur, des souvenirs des voyages automnaux de ces dernières années. Vous le savez déjà, le Québec est une destination prisée pour admirer les couleurs d’automne, et il sera abondamment représenté – mais nous irons aussi dans les Alpes, au Japon, dans plusieurs villes européennes, et ailleurs en Amérique du Nord, à la recherche des plus beaux plaisirs visuels.

    Ne nous voilons pas la face, l’hiver approche, avec son cortège de grippes, charentaises pas sexy, nez qui coulent, patates à la crème et ciels de craie, alors avant l’hibernation et la déprime, profitons du bouquet final que nous offrent les beaux jours moribonds : les couleurs de l’automne ! Nous partons pour un tour du monde des forêts embrasées par la saison. Où voir les couleurs d’automne, partout autour du globe ?

    Où voir les couleurs d'automne, en Europe, au Japon, au Québec et ailleurs ? Les plus belles couleurs de l'automne par les blogueurs de voyage, pour des voyages chatoyants. #automne
    Les couleurs du Nouveau Brunswick, par Audrey du blog Arpenter le chemin

     

    Où voir les couleurs d'automne, en Europe, au Japon, au Québec et ailleurs ? Les plus belles couleurs de l'automne par les blogueurs de voyage, pour des voyages chatoyants. #automne
    Couleurs d’automne en Bavière.

     

    Couleurs d’extrême Orient : l’automne au Japon

    Commençons cette série par une destination qu’on a plus souvent l’habitude de voir associée au printemps qu’à l’automne, le pays du soleil levant. Je ne pensais qu’aux cerisiers en fleurs… mais maintenant, je pense aussi aux érables rougeoyants.

    Vue flamboyante sur le Mont Fuji à Kawaguchiko, Japon 

    Marine et Alex racontent : « Au pied du Mont Fuji au Japon se trouve le lac Kawaguchiko. Le meilleur moyen de le découvrir est d’en parcourir la rive à vélo. Le tour du lac est très prisé au printemps pour la floraison des cerisiers roses. Mais beaucoup ne pensent pas qu’à l’automne les couleurs chaudes aux nuances de rouge et d’or des arbres le rendent encore plus magnifique, contrastant avec le franc bleu du ciel et la blancheur de la montagne. Si le paradis existe, Kawaguchiko au mois d’octobre en est très proche ! »

    Où voir les couleurs d'automne, en Europe, au Japon, au Québec et ailleurs ? Les plus belles couleurs de l'automne par les blogueurs de voyage, pour des voyages chatoyants. #automne
    Sublime photo du Mont Fuji par Marine et Alex.

    Retrouvez-les sur le blog What made you happy today 

    Sublimes érables japonais à Niigata

    Solange raconte : « Au Japon, la saison des cerisiers en fleurs au printemps est très célèbre tout autour de la planète et les curieux se précipitent en avril pour pique-niquer sous les arbres. L’automne est une saison magique où tout se transforme. Quand le chaud soleil d’août laisse la place à plus de fraicheur, les arbres en profitent pour modifier leurs parures. Et les Japonais, grands amoureux de la Nature ne l’oublient pas. A partir de mi-octobre, les feuilles rougissent et les couleurs se multiplient pour le plaisir de tous. J’ai eu le bonheur de les admirer en novembre dernier quand l’automne résistait à l’avancée du froid, dans la région de Niigata, région principalement agricole. Les enceintes des châteaux de samouraïs s’ornent d’érables flamboyants dans lesquels jouent les écureuils. Les jardins japonais dont le calme et la sérénité n’est plus à démontrer se parent de nouveaux atours. Mes yeux ne savaient plus où se poser devant de telles merveilles. Les plans d’eau où se reflète la végétation accentuent encore cette beauté.
    Si vous souhaitez vous rendre dans cette région pour y admirer cette saison des couleurs, je vous conseille d’y séjourner durant la seconde quinzaine d’octobre. Et profitez-en pour prendre le célèbre Shikansen, le TGV local,  qui vous y emmènera très vite. »

    Où voir les couleurs d'automne, en Europe, au Japon, au Québec et ailleurs ? Les plus belles couleurs de l'automne par les blogueurs de voyage, pour des voyages chatoyants. #automne

    Où voir les couleurs d'automne, en Europe, au Japon, au Québec et ailleurs ? Les plus belles couleurs de l'automne par les blogueurs de voyage, pour des voyages chatoyants. #automne
    Belle estampe d’automne par Solange.

    Retrouvez l’automne à Niigata sur le blog Seniors en Vadrouille

    Les couleurs d’automne en Amérique du Nord, Canada et USA

    A tout seigneur, tout honneur : chacun pense à l’Amérique du Nord quand il entend « automne », aux forêts du Québec, de l’Ontario ou de l’Oregon. Voici les paysages automnaux mythiques. En général, l’automne en Amérique du Nord est précoce, et les couleurs sont visibles fin septembre/début octobre. Mais comme ces récits le prouvent, de jolies surprises restent possibles plus tard, jusque début novembre…

    Le parc d’Oka dans les Laurentides, Québec

    Marie et Michaël racontent : « Le Parc national d’Oka dans les Laurentides au Québec est surtout connu pour sa plage. Pourtant, lors de notre visite en novembre dernier, on avait du mal à l’imaginer bondé de monde. Seuls les filets de volley-ball toujours debout témoignent de l’été qui venait de se terminer. En fait, cherchant à fuir la grisaille de novembre, on s’était retrouvé à Oka dans l’espoir d’y apercevoir les dernières couleurs d’automne. Le pari était toutefois risqué. Les couleurs d’automne étant éphémères, elles n’ont pas l’habitude de s’éterniser trop longtemps en novembre. On aurait très bien pu se heurter à encore plus de gris ! Mais comme pour nous prouver qu’on avait eu tort de parler en mal de lui, novembre nous réservait une surprise. Plus belle que jamais, la forêt avait revêtu son habit d’or, celui qu’elle ne sort que quelques jours par année. Partout, le vert avait fait place au jaune, nous donnant ainsi l’impression de pénétrer une forêt enchantée (il ne manquait que les créatures magiques!). Au final, on a eu droit à l’un des plus beaux tableaux automnaux qu’on ait vus à ce jour. »

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    Ambiance feutrée dans le parc d’Oka, par Entre 2 escales.

    Retrouvez le parc national d’Oka au Québec sur le blog Entre 2 escales 

    Admirer Portland en automne

    Eve raconte : « Comme c’est le cas un peu partout en Amérique du Nord, l’automne se décline en différentes couleurs à Portland. C’est dans cette ville du Maine que nous avons célébré l’Action de grâce en famille l’an dernier. Avant d’entrer dans la grisaille de novembre et d’être dépouillés de leurs feuilles, les arbres affichaient des teintes allant du vert au rouge, en passant par le jaune et l’orangé. Au sol, les feuilles mortes formaient un tapis coloré que les enfants s’empressaient d’entasser ou de soulever dans les airs. La ville propose de nombreux parcs qui permettent de profiter des couleurs automnales en faisant d’agréables promenades. Nous avons particulièrement aimé nous balader le long de la Eastern Promenade et sur les rives du parc Fort Williams, où nous avons pu admirer le phare de Portland Head sous différents angles. Même en automne, les rues du vieux Portland demeurent animées. Flâner dans ce quartier permet de découvrir différentes boutiques de vêtements, d’art et d’artisanat. On y retrouve aussi de nombreux cafés, des pubs et des restaurants qui laissent échapper des odeurs alléchantes. C’est l’endroit parfait pour découvrir les spécialités réconfortantes du Maine, notamment le sandwich au homard (Lobster roll) et la chaudrée de palourdes (clam chowder). Rien de tel pour se réchauffer et accueillir la fraîcheur automnale avec le sourire ! »

    Où voir les couleurs d'automne, en Europe, au Japon, au Québec et ailleurs ? Les plus belles couleurs de l'automne par les blogueurs de voyage, pour des voyages chatoyants. #automne
    Les couleurs du Maine et de l’Atlantique, par Nos racines sur 4 continents

    Retrouvez Portland en automne sur le blog Nos racines sur 4 continents

    L’automne au Nouveau-Brunswick

    Audrey raconte : « Quand on pense à l’automne, le Canada arrive souvent en tête des destinations de rêve, sur un fond de Joe Dassin. Si le Québec et l’Ontario sont des superstars chez les chasseurs de feuilles flamboyantes, le Nouveau-Brunswick n’est pas en reste, loin de là : niché contre le Québec et le Maine, il bénéficie des mêmes couleurs surnaturelles que ses prestigieux voisins, la foule en moins.
    Dans le sud, ma préférence va à la baie de Fundy, incontournable en cette saison entre les demoiselles coiffées de roux des rochers Hopewell et le parc national de Fundy, aux falaises âpres version Technicolor. Dans la péninsule acadienne, l’île Miscou se couvre d’un tapis écarlate quand ses tourbières prennent le virage de l’automne. Le long de la Miramichi, de la Restigouche et du fleuve Saint-Jean, les trois grands cours d’eau de la province, c’est l’heure des dernières virées en canot parmi les reflets enflammés. Plus au nord, on dit que du haut du Mont Carleton, point culminant de la province, on voit dix millions d’arbres : l’automne est l’occasion d’aller le vérifier, et je compte bien le faire cette année. L’automne, c’est aussi la saison des activités en famille, et chaque localité a son festival des récoltes, son labyrinthe de maïs, son verger où aller cueillir des pommes à même les arbres et ramasser les citrouilles à la brouette… La douceur de l’automne se cache aussi dans ces petites fêtes villageoises, à l’ombre des arbres multicolores, évidemment !
    Pour apprécier l’automne dans toute sa splendeur au Nouveau-Brunswick, mieux vaut venir entre la dernière semaine de septembre et la première quinzaine d’octobre

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    Vue sur le Nouveau Brunswick, par Arpenter le chemin.

    Retrouvez l’automne au Nouveau-Brunswick sur le blog Arpenter le chemin 

    Le Mont Saint Sauveur, Québec

    Amélie raconte : « Le Québec est bien connu pour ses belles couleurs d’automne et ce n’est pas pour rien. Si j’adore l’hiver pour les paysages enneigés et les activités hivernales, j’apprécie encore plus l’été pour la chaleur et les festivals. Mais l’automne est sûrement ma saison préférée. J’ai l’impression de vivre dans un tableau impressionniste. Les couleurs vont du jaune au rouge en passant par l’orange et le vert. Je conseille à tout le monde de faire un tour dans les Laurentides pour le “festival des couleurs”. Au programme, randonnées, chalet entre amis, camping pour les moins frileux, pêche et pique-nique. C’est l’occasion d’en prendre plein la vue.

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    Sur le Mont Saint Sauveur, par Ameloche Voyage.

    Retrouvez le Mont Saint Sauveur au Québec sur le blog Ameloche Voyage 

    Virée automnale en Ontario, Canada

    Vincent raconte : « On parle souvent du Québec lorsqu’on aborde le Canada… Mais plus rarement de l’Ontario. À environ une heure de Toronto, le nord de l’Ontario est pourtant l’endroit rêvé pour tous les amateurs de nature. On y trouve des réserves naturelles avec une centaine de cascades, des sentiers comme le Bruce Trail, des stations de ski de fond ou à raquettes… Autant dire qu’il y a de quoi se ressourcer dans les environs pendant toute l’année !
    En été comme en automne, j’adore partir camper pour le weekend ou même pour une journée pique-nique et randonnée. La plupart des réserves naturelles au nord de l’Ontario offrent même la possibilité de faire un feu dans des espaces réservés. Beaucoup viennent en famille ou entre amis pour organiser des barbecues en plein air… Il faut dire que les couleurs de l’automne dans la région sont incroyables ! La végétation est très diverse. Au pic de l’automne, vers la fin octobre les températures sont encore douces, et toute une palette de couleurs du vert au rouge se côtoie sur quelques kilomètres !
    L’année dernière, j’ai eu la chance de pouvoir photographier les magnifiques couleurs de la réserve de Hilton Falls. J’ai hâte d’y retourner dans quelques semaines avec ma famille ! L’Ontario est vraiment une destination surprenante en automne. J’espère que mes quelques photos vous donneront l’envie d’y voyager… »

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    Sentiers d’Ontario, par Vincent, du blog Regard nomade.

    Retrouvez une randonnée d’automne au cœur de l’Ontario sur le blog Regard Nomade.

    Je finis cette série nord-américaine avec un territoire qui me fait complètement fantasmer : le Yukon.

    L’automne au bout du monde : le Yukon

    Cédric raconte : « Le Yukon, ce territoire mystérieux situé aux confins du Canada, à la frontière de la Dernière Frontière (l’Alaska, surnommé “The Last Frontier State ») ne cesse de faire rêver. Il y a de quoi, en effet : des paysages somptueux, une Histoire riche et, surtout, l’impression d’être dans l’un des derniers endroits loin de toute civilisation, avec les ours pour compagnons de nuitée et la Voie Lactée comme toit. Pourtant, il y a quelque chose d’encore plus merveilleux, à un moment précis de l’année : l’automne !
    Lorsque commencent à jaunir les feuilles et que les forêts se parent de mille et unes couleurs différentes, le voyageur ne peut faire qu’une seule chose : contempler. Que ce soit pendant un roadtrip de Whitehorse à Dawson, pendant une randonnée à Tombstone ou Kluane ou même lors d’une simple promenade, il est impossible de passer à côté de ce spectacle enchanteur. Du rouge au jaune en passant par l’ocre, toute la palette des couleurs automnales est présente dans le décor. Il suffit alors de laisser errer son regard et de se perdre dans l’immensité des forêts boréales, là-haut, dans ce bout du monde qu’on nomme le Yukon…»

    Où voir les couleurs d'automne, en Europe, au Japon, au Québec et ailleurs ? Les plus belles couleurs de l'automne par les blogueurs de voyage, pour des voyages chatoyants. #automne
    Mosaïque du bout du monde, par From Yukon

    Si vous rêvez maintenant de savoir comment aller au Yukon, c’est sur le blog From Yukon.

    Où voir les couleurs d’automne en Europe ?
    Destinations automnales Europe – voyages d’automne Europe

    Tout le monde vous a parlé du Québec dans la partie précédente, à croire que l’empereur incontesté de la feuille qui rougit hante les rêves de toute une génération biberonnée à Joe Dassin. Mais les voyages d’automne en Europe, ça peut être sublime aussi. Voici une petite démonstration.
    Commençons notre voyage par la Scandinavie, des forêts de Finlande aux paysages plus lunaires d’Islande.

    Islande, l’automne chez les elfes et les trolls

    Mali raconte : « L’an dernier, je suis allée en Islande au tout début de l’automne, et déjà, c’était beau à voir… quand il ne pleuvait pas 😉 Car oui, l’Islande en automne, ça donne une météo souvent incertaine, de la grisaille, de la pluie, il peut faire aussi très froid et il vaut mieux venir avec de quoi voyager comme pour un séjour en plein hiver.
    Mais un road-trip en Islande en automne, c’est aussi de magnifiques couleurs, moins de touristes, des étendues sauvages et les aurores boréales la nuit tombée si vous avez de la chance. L’automne est la saison idéale pour partir en Islande si vous voulez voir les aurores boréales sans (trop) risquer de tomber sur une tempête de neige de plusieurs jours. En prime, vous avez déjà les belles couleurs fauves de l’automne sur la végétation, ce qui donne encore plus de charme aux sites naturels. Bref, j’ai été conquise par cette saison, même si le printemps est souvent plus clément si vous y voyagez pour la première fois. »

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    Laves et mousses dorées.
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    Le pays des trolls et des elfes en automne, par Un pied dans les nuages

    Pour retrouver ce road trip en Islande en septembre, rendez-vous sur le blog Un pied dans les nuages. 

    L’automne dans une cabane en Finlande

    Jenny raconte : « À partir de fin septembre, les couleurs d’automne en Finlande sont vraiment très prononcées et superbes. La région des Grands Lacs est à environ deux heures de route de Helsinki. J’y étais en 2016, et à certains endroits, on avait l’impression d’être au Canada. En tout cas, si vous aimez cette ambiance automnale, c’est l’endroit idéal pour y séjourner. Louer un chalet (Mokki en finlandais) au bord des lacs et profiter. Vous pouvez aussi aller faire une randonnée dans le parc Repoveden Kansallispuisto. »

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    La cabane au fond des bois, par Jenny. Copyright JD Roadtrip.

    Retrouvez Jenny sur le blog JDroadtrip – Voyager au féminin.

    Il manque à ma liste scandinave rêvée la Norvège, que j’adorerais voir à l’heure où les fjords se dorent…

    La Pologne haute en couleurs

    Connaissez-vous la Pologne ? C’est un pays que je n’ai fait que traverser, et où j’ai désormais très envie de retourner en automne…

    Varsovie sublimée 

    Aurore raconte : « Varsovie a la chance de connaître un climat continental. Les quatre saisons y sont donc très marquées ! Lors de ma venue en novembre, j’ai tout de suite été subjuguée par les magnifiques couleurs d’automne qui avaient recouvert la ville. Dans les parcs, les rues, des dégradés de jaune, de rouge et d’orange habillaient les arbres et le sol. Varsovie est une magnifique destination peu importe la saison. Mais je trouve que l’Automne se marie particulièrement bien avec la personnalité de la ville ! Une ville pleine de dynamisme et de vie malgré les épreuves qu’elle a subies par le passé. Pour admirer Varsovie en Automne, je vous recommande le mois d’octobre ! »

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    La belle Varsovie avec On my tree.

    Pour retrouver Varsovie, quatre jours dans la capitale de la Pologne, c’est sur le blog On my Tree.

    Promenade automnale à Lublin

    Julie raconte : « L’automne arrive plus tôt qu’en France. Il y dépose ses dégradés orangés dès la fin du mois de septembre, semant des paillettes au creux de mes yeux émerveillés. Ce n’est pas ma saison préférée mais ça pourrait le devenir, ici, à Lublin.
    Il y a les dernières journées ensoleillées au bord du lac Zemborzycki et, dans le même temps, les premiers crépuscules dorés. La rue Lubartowska, artère centrale  du quartier juif que j’emprunte tous les matins, me salue d’un air nouveau. Le parc de l’hôpital numéro un lui aussi se pare d’un manteau étincelant. Si beau que j’y retourne une fois ma matinée de stage terminée, capturer ces tons étrangers avant qu’il ne soit trop tard. J’en tire cette photo juste avant que les feuilles ne soient ramassées et je pense à l’intérieur, ça y est, l’hiver arrive. De nouvelles surprises sont à découvrir et l’automne à Lublin annonce toute la beauté de la saison à venir.
    Il faut ici, maintenant, profiter de cette ambiance si particulière, encore chaude la journée mais si froide à la nuit tombée. Il faut se rassembler autour des délicieuses bières chaudes, sirotées à la paille dans les bars de la vieille ville, autour de la Rynek. Il faut profiter des derniers après-midis ensoleillés pour arpenter ces rues colorées et surtout il y a cet événement à ne pas manquer : la Toussaint, où tous les cimetières de la ville s’éclairent à l’unisson, portés par des milliers de flammes d’espoir. Lublin, comme de nombreuses villes en Pologne, traîne un lourd passé de répression et de massacres, en témoigne le camp de Majdanek que l’on peut visiter, pour la mémoire. Mais Lublin, avec l’aide de l’Europe, se relève tant bien que mal. C’est maintenant une petite ville rassemblant des milliers d’étudiants chaque année, polonais autant qu’étrangers. C’est une ville pleine d’énergie, portée par sa population estudiantine ; c’est une cité en pleine renaissance, et c’est elle qui m’a réappris à vivre. »

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    Tenir le trésor de l’automne au creux de sa main… par Julie la Blogtrotteuse. Magnifique photo qui fait la couverture de cet article – merci et bravo, Julie !

    Retrouvez une promenade automnale à Lublin sur le blog de Julie la Blogtrotteuse

    Allemagne, Autriche, la beauté automnale des Alpes germaniques

    Vous le savez, on arrive là à mon sujet de prédilection : la Bavière ! le Tyrol ! le pays des cygnes, des châteaux et des Spätzle au fromage ! cette contrée de conte de fées est plus fabuleuse encore à l’automne. Je laisse Léa vous parler d’un moment magique en Autriche, puis je squatte mon propre article collaboratif pour laisser libre cours à mes obsessions germaniques. Il va notamment être question de lacs – fabuleux miroirs des incendies éphémères.

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    Automne en Franconie (Nord de la Bavière), ici à Volkach.

    Cygnes d’automne à Seewalchen, entre Vienne et Innsbruck

    Léa raconte : « Novembre. Le pouce est engourdi par le froid lorsque je le tends au bord de la route. Direction l’Autriche. Après les couleurs des façades de la belle Innsbruck, enfoncée au milieu de ses montagnes, ce sont celles de la route qui m’attendent.
    J’y rencontre Wolfgang, perle de bonté brute. Une année est passée et je souris toujours en pensant à lui. Il va directement à Vienne. Nous pouvons donc fuir l’autoroute. C’est sur les petites routes sinueuses de montagne, entre Innsbruck et Vienne, que la voiture de Wolfgang s’enfonce. Nous montons et quelques flocons transpercent l’épaisse forêt qui nous enveloppe. Deux saisons se rencontrent ici, les feuilles orange et rouges des arbres se blanchissent petit à petit.
    Plus loin, Wolfgang s’arrête au bord d’un lac sur lequel quelques dizaines de cygnes et de canards se laissent porter. « C’est ici que mes grands-parents avaient l’habitude de m’emmener enfant. ». Le jour tombe déjà et le ciel se pare de nuances roses et violètes qui font toute la magie des soirs d’automne. Nous restons là, un moment, à contempler le spectacle. J’ai oublié que j’avais froid.
    Vienne, la route est déjà terminée. Je quitte Wolfgang, un goût de gâteau à la pomme et à la cannelle encore en bouche, et le sentiment d’avoir vécu un moment d’exception sur cette route autrichienne.»

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    Automne pourpre à Seewalchen, par Bon baisers.

    Retrouvez la lettre de Léa à Wolfgang sur le blog Bon baisers

    Le château d’Hohenwerfen entre automne et hiver

    Fin novembre sur les routes autrichiennes. Les derniers feux-follets s’éteignent dans les premières neiges, l’altitude réduit les brasiers en cendres d’argent. Nous nous sommes lancés dans un de ces week-ends d’amoureux à la faveur de la saison, où on mange trop de chocolat et flotte dans ces merveilleux spas germaniques. Soudain, le château d’Hohenwerfen surgit comme une vision et détrône mes autres amours, les Neuschwanstein et autres Königswinter. A cet instant, c’est pour moi le plus beau château du monde, dans cette lumière à bascule, entre la flamme et le froid. Il ne manque plus que les éperviers qui strient le ciel d’été, quand la fauconnerie d’Hohenwerfen organise ses spectacles. Et je me le redis pour la millième fois : Allemagne, Autriche, vous êtes magiques.

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    Vie de château en Autriche : Hohenwerfen

    Mon article sur cet itinéraire romantique en Autriche, entre Innsbruck et Salzburg

    Les lacs bavarois, féerie automnale

    Bien sûr, le Canada, c’est merveilleux. Lacs immenses, sapins enluminés d’or et de rubis, plats roboratifs qu’on déguste dans des cabines en bois, kayak au milieu des feuilles virevoltantes… l’idylle automnale. Mais si je vous disais qu’on peut vivre tout ça sans traverser l’Atlantique ? La Bavière en automne, c’est paradisiaque aussi. Les lacs de Bavière sont un chapelet d’émerveillements chromatiques. Le kayak au milieu des sapins ? Pas de problème, ça sera sur l’Hintersee à Ramsau. Le bateau ? Au Königsee. La bronzette des derniers soleils ? Sur les transats du Schliersee. Pour moi, c’est la destination automnale parfaite : proche, abordable, avec un excellent rapport qualité-prix dans l’hébergement et la nourriture, et incroyablement belle.

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    Königsee
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    Neuschwanstein.

    Mon article sur les plus beaux lacs de Bavière à l’automne
    Mon article sur les châteaux de Bavière en automne

    Les couleurs des villes européennes à l’automne

    Vous êtes d’humeur plus urbaine, et l’automne pour vous, c’est le Pumpkin Spice Latte chez Starbucks et les boucles d’oreille citrouille ? Pas de problème, restons dans les grandes villes européennes, et continuons le festival.

    Munich, automne couleur bière dorée

    Les Bavarois sont perturbants. La célèbre Oktoberfest a lieu non pas en octobre, mais en septembre, soit avant l’arrivée des couleurs dorées. Tant mieux : l’Oktoberfest, c’est trop bruyant à mon goût, trop rempli d’Américains ivres morts qui claquent le popotin de la serveuse en Dirndl. Venez à Munich après l’Oktoberfest, quand le calme est revenu et les prix sont redescendus, mi-octobre, et savourez une bière dans la convivialité ultra typique du Viktualienmarkt, au milieu de vrais Bavarois du cru. Vous verrez combien la ville est belle et douce, combien elle est facile à vivre. J’y ai passé deux ans de ma vie et j’y retournerais sans hésiter.

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    Munich chaleureuse.

    Mon article sur Munich insolite, activités de malade en Bavière

    Amsterdam, reflets dorés dans les canaux

    Cora raconte : « Pas trop loin de chez nous et sans surprise, la ville d’Amsterdam est belle toute l’année ! Mais, en automne, quand les feuilles rouges et or s’envolent au-dessus des fameux canaux, il y a vraiment de quoi rêver. Pendant le mois d’octobre (en général jusqu’à la mi-novembre), visitez Amsterdam pour les couleurs qu’on retrouve en centre ville, sur le fameux Marché aux Fleurs et dans le grand Vondelpark.
    Le reste des Pays-Bas n’est pas à oublier non plus ! Dans le Waterland le long de la côte nord, l’automne se manifeste aussi par la couleur toute particulière de la mer et du ciel, une ambiance poétique au possible à explorer à vélo. »

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    Amsterdam et ses canaux par The Path She Took.

    Pour découvrir les Pays-Bas et plein de bons plans sur Amsterdam, c’est sur le blog The Path She Took

    Promenade d’automne à la citadelle de Lille

    Chacha raconte : « Pour beaucoup de Lillois, la braderie de Lille annonce la fin des vacances et la rentrée. En ce qui me concerne, elle annonce l’arrivée de l’automne.  Quand la fraîcheur du matin nous accueille en sortant de chez nous, nous savons que les routes de campagne se pareront de brume, et nous présenterons un spectacle de toute beauté où chaque représentation est unique.  Tandis qu’enfin de journée le soleil jouera avec les nuages dans le ciel et nous offrira une palette de couleurs allant du rose jusqu’à l’orange vif, et tout ça pour notre plus grand bonheur.  Avant de tirer leurs révérences pour l’hiver, les arbres centenaires du Parc de la Citadelle quant à eux nous offrirons tout un éventail de teintes qui donneront un caractère unique à chacune de nos balades.  Après s’être dégourdi les jambes dans le Central Park made in Lille, s’installer en terrasse sur la grand place pour profiter du soleil couchant qui met en valeur les belles façades des hauts lieux de Lille est vrai un régal. Il ne faudra que quelques pas pour trouver un estaminet et se laisser séduire par les délices de la gastronomie régionale. Là aussi, tous nos sens sont mis en éveillent, et on ne demande qu’une chose, remettre ça le lendemain. »

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    Les aventures de Chacha à Lille, ça commence avec une vache écossaise.

    Retrouvez la citadelle de Lille à l’automne sur le blog de Chacha Aventurière

    L’automne dans les montagnes, forêts et landes françaises

    Promenades bucoliques à la saison des kaléidoscopes chamarrés.

    Couleurs d’automne à Fontainebleau

    Nicolas raconte : « Où profiter au mieux des sublimes couleurs d’automnes quand on est en région parisienne ? Je vous proposerais d’aller visiter la forêt de Fontainebleau. Celle-ci est située à 30mn de Paris en train, et donc facilement accessible. On y trouve de superbes coins, entre zones sablonneuses, blocs de gré très prisés des passionnés d’escalade, et de nombreux points de vue.
    Pour vous y rendre, descendez dans le petit village de Bois le Roi, puis suivez le GR jusqu’à la Forêt. Déjà dans ce village typique vous pourrez profiter au mieux des couleurs automnales, vous pouvez même longer la Seine et admirer les affolantes (des sublimes demeures).
    Vous pouvez également vous arrêter – uniquement le week-end – à l’arrêt « Forêt » situé dans la forêt entre le village et Fontainebleau-Avon, qui est le troisième arrêt que je vous conseillerais. Si vous êtes véhiculés, je ne peux que vous inciter à aller vous promener aux Gorges de Franchard, découvrir le village des peintres de Barbizon et la Caverne des Brigands, aller du côté de la Faisanderie à Fontainebleau. Enfin, les parking de Rocher Cassepot ou Rocher Cuvier vous permettront là aussi de belles balades entre les rochers, et d’atteindre de jolis points de vues sur toute la forêt.
    Et pourquoi pas juste vous arrêter sans but précis et aller chercher des champignons sous les couleurs orangées ? »

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    Les fougères dorées de Fontainebleau, par The Good Troll.

    Retrouvez cette promenade dorée à Fontainebleau sur le blog The Good Troll 

    La saison des rouges et des roses en Camargue

    Il est une saison où la Camargue culmine en beauté : novembre. Les salicornes et les saladelles qui couvrent les marais salés revêtent leurs teintes rouges, et les flamants roses font leur mue, pour une rose plus intense encore. La Camargue en cette saison est une explosion de couleurs décuplées par les marais qui reflètent le ciel, où les crépuscules purifiés de la brume de chaleur estivale sont plus éclatants que jamais.  Le grand évènement à ne pas manquer, ce sont les abrivades du 11 novembre : des centaines de chevaux envahissent la plage Est des Saintes Maries de la Mer.

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    Rouge Camargue.

    Mon guide complet de la Camargue

    Le Vercors drapé d’automne

    Céline raconte : « J’ai vécu près de dix ans en région grenobloise et s’il y a une saison que j’affectionne vraiment c’est l’automne. Grenoble est entourée de quatre massifs montagneux : la Chartreuse, le Vercors, Belledonne et la Matheysine. Les montagnes et la nature sont proches ce qui permet d’admirer l’automne dans toute sa splendeur depuis la ville.
    Mais, si on veut profiter un peu mieux de l’automne, direction le Vercors à seulement quelques minutes de Grenoble pour un festival de couleurs. De là, on peut s’adonner à la randonnée et profiter de l’automne pendant plusieurs semaines. Pour moi, cette région a tout d’un petit Québec tant les couleurs sont intenses. Selon les années, les couleurs sont plus ou moins marquées mais c’est souvent fin septembre – début octobre que l’automne explose. Et si le soleil est de la partie, c’est encore plus beau ! »

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    Sublime Vercors automnal par Je Papote.

    Retrouvez l’automne autour de Grenoble sur le blog Je papote

    Le parc naturel du Vexin : verdure automnale en Île de France

    Solène raconte : « L’Île-de-France n’a pas à rougir de ses paysages. Le département offre de bien jolis dégradés de couleurs lorsque l’automne prend doucement ses quartiers. Niché aux portes de Paris mais à des années lumières du bitume de la capitale (une cinquantaine de kilomètres), le Parc naturel régional du Vexin français est un véritable poumon au cœur de l’une des régions les plus peuplées de France. A cheval sur le Val d’Oise et les Yvelines, il rassemble 99 communes dont la plus grande accueille 6943 habitants (Auvers-sur-Oise) et la plus petite… 27 âmes (Charmont). Dès que l’été se retire sur la pointe des pieds, l’orange devient le new vert. Peu à peu, les milliers de feuilles se parent de cinquante nuances d’orangés. A découvrir à pied grâce à ses mille sentiers balisés ou à vélo avec l’avenue verte London-Paris. Patrimoine naturel, bâti, paysager, culturel… Les prémisses de l’automne sont sans nul doute l’une des périodes les plus propices à la découverte du coin… et à son terroir ! Du 2 septembre au 22 octobre, les agriculteurs, restaurateurs et guides professionnels proposent une trentaine d’animations autour de la gastronomie dans le cadre de l’événement « Goûtez le Vexin ». A savourer sans modération. »

    Retrouvez l’île de France et d’autres belles destinations sur le blog de Solène, Solcito.

    Parc naturel régional du Vexin à l'automne
    Le parc naturel régional du Vexin paré des lumières de l’automne. Copyright des photos : Julie MA Photographie.

    La tête à l’envers : l’automne dans l’hémisphère Sud

    Finissons par une petite pirouette : l’automne, de l’autre côté du monde, coïncide avec notre printemps. Et là-bas aussi, le festival multicolore bat son plein à l’heure où nous fêtons les bourgeons.

    Les couleurs d’El Chalten : la Patagonie argentine en mars

    Seb et Laura racontent : « Alors que l’hémisphère Nord ronge son frein en attendant le printemps, la Patagonie glisse lentement vers l’hiver, faisant exploser les couleurs des forêts de « lengas ». Dans les contreforts des Andes, au pied de majestueux glaciers et du mythique Fitz Roy, le panorama devient surréel.
    El Chalten en Argentine en mars est pour moi une acmé de la nature : une avalanche de couleurs flamboyantes dans un décors glacé. Un moment de basculement, où la splendeur de l’été décline superbement vers un hiver bleuté.
    Randonner dans ce drame magnifique est une expérience d’humilité euphorisante. Certes, c’est un spectacle de déclin de la nature qui cède au froid, mais un déclin rassurant. Il n’est pas signe de mort, mais d’un repos annonciateur d’un nouveau cycle

    Où voir les couleurs d'automne, en Europe, au Japon, au Québec et ailleurs ? Les plus belles couleurs de l'automne par les blogueurs de voyage, pour des voyages chatoyants. #automne
    L’automne austral par les Globe Blogueurs.

    Retrouvez l’automne en Patagonie chez les Globeblogueurs

    Sur ces bonnes paroles pleines d’optimisme biologiste, je vous laisse affronter les premiers frimas. A vos citrouilles, châles et soupes fumantes. La saison des longues nuits vient de commencer…

    Pour survivre à l’hiver, je vais vous sortir tous mes souvenirs d’été sur le blog. On ira en Grèce, en Haute-Provence, à Disneyland.. vous vous inscrivez à la newsletter pour suivre tout ça ?

    Merci à  tous les blogueurs participants pour ces superbes textes et photos !

     

    Où voir les plus belles couleurs d'automne ? Destinations automnales en Europe, au Québec, au Japon et ailleurs, avec les blogueurs voyage. Toutes les teintes de l'#automne !
    Epinglez-moi !

     

    Les couleurs de l'automne autour du monde : où voir les plus belles feuilles d'automne ? 20 blogueurs de voyage partagent leurs destinations automnales.
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  • Les blogueurs voyage font-ils tous les mêmes voyages ?

    Les blogueurs voyage font-ils tous les mêmes voyages ? Dans leur quête d’histoires fortes et d’images de rêve, les blogueurs disent aimer marcher « hors des sentiers battus ». Pourtant, ils ont tendance à revenir encore et toujours vers les mêmes destinations et à en négliger d’autres. Le blogueur voyage est-il un défricheur de terres nouvelles, ou un routier des deux fois quatre voies du tourisme mondial ? Le prétexte de cette discussion est l’Islande, autrefois destination difficile pour aventuriers, aujourd’hui prise d’assaut par les voyageurs émerveillés et toujours plus nombreux. A l’heure où les blogs de voyage ont toujours plus de succès, comment être original ? Et surtout, faut-il l’être ? Petit billet d’humeur, et débat ouvert.

    Rêver d’Islande en hiver, du désir au vertige

    J’ai reçu une alerte en me réveillant ce matin. On vendait des vols à prix cassés pour l’Islande en janvier, des allers-retours à moins de 200 euros par personne pour retourner frôler le cercle polaire et tutoyer les glaces éternelles.
    Je suis allée deux fois en Islande, en été, et ces deux voyages comptent parmi mes plus beaux, mes plus inoubliables. Quand le fluide magique qui crée la beauté du monde s’est renversé sur notre planète, il s’est concentré sur l’Islande : aucun autre endroit n’offre un tel catalogue de merveilles en un si petit espace. Volcans, geysers, fjords, plages, glaciers, montagnes, landes lunaires, faites trois pas, vous êtes dans un autre monde.

    L'Islande est le pays des cascades. Découvrez les plus belles cascades d'Islande sur le blog de voyage Itinera Magica.
    Canyon de Fjaðrárgljúfur

    Chez un drogué du voyage, l’envie d’ailleurs est aussi fulgurante et irrépressible que le désir amoureux. Ça m’a pris comme un coup de foudre, je me suis dit que cet hiver, je retournerais en Islande. Je m’imaginais déjà entrer au cœur des grottes glaciaires, dans ce miroitement de transparence mortelle. J’imaginais le froid qui suspend la fureur des cascades, et les geysers qui fendent les épaisseurs neigeuses. La machine à rêves était enclenchée.
    Et puis, pour me donner des idées, pour chercher mon itinéraire, j’ai tapé « Islande en hiver ». J’ai vu que beaucoup de blogueuses talentueuses et que j’adore y étaient allées avant moi, j’ai trouvé une profusion d’articles merveilleux. L’Islande en hiver, je l’ai trouvée chez Carnets de Traverse, chez Lovetrotters, chez Vie Nomade, chez Hellolaroux, chez d’autres encore. De fabuleuses variations de la beauté glacée des pôles, et des soleils roux qui frôlent l’horizon, des photos sublimes et des histoires exaltées comme je les aime – l’Islande, pays du cœur qui bat la chamade.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Imaginez entrer au coeur de la glace…

    Au premier article, mon désir était décuplé. Au cinquième, au sixième, il avait laissé place au vertige. L’Islande en hiver ? Mais tout a été dit, photographié par des virtuoses, cartographié au centimètre près, raconté à merveille par d’autres que moi. Que me reste-t-il à découvrir ? Je ne ferais que marcher dans les pas des autres. Je me suis dit que mes envies de grand nord, de longue nuit, de glace monumentale, n’avaient vraiment rien de spécial, et que d’autres m’avaient précédée depuis longtemps. C’est idiot, mais à cet instant, j’ai réalisé que j’étais très formatée dans mes désirs et mes envies d’ailleurs, et j’ai eu un peu honte de mes rêves.
    La première fois que je suis allée en Islande, quand j’avais onze ans, nous avions dormi dans des lycées car il n’y avait pas d’hôtels, et eu la sensation de découvrir un eldorado inexploré. Aujourd’hui, la moitié des logements islandais abritent un Air BnB. Mes fantasmes sont devenus mainstream.

    Glacier des Pélerins, Chamonix
    Chamonix.

    J’en ai parlé sur Twitter avec les copines blogueuses. Elles me disaient des choses très justes. « Tout voyage est unique, tu ne retrouveras jamais le même moment, la même lumière, la même atmosphère. Ce voyage t’appartiendra. » Elles me disaient « tu voyages pour toi, pas pour les autres. Pourquoi t’intéresser autant à ce que font les autres blogueurs ? ». Mais j’avais du mal à expliquer ce que je ressentais. Ce n’était pas juste un calcul de blogueuse, un besoin maladif de se démarquer.
    C’est que si j’allais en Islande cet hiver, j’allais forcément refaire plus ou moins ce que les autres avaient fait, car c’était le plus beau : marcher sur le glacier, entrer dans les grottes, voir Jökulsarlon, etc. J’allais marcher dans les pas des autres. Or on va en Islande en hiver pour la sensation d’être hors du monde, plongé dans les glaces, seul sur Terre, et que si je refaisais plus ou moins l’itinéraire des autres, cette sensation d’exceptionnel et d’unique allait s’amenuiser. Aller en Islande, ce n’est pas comme aller à Palavas les Flots ou à Paris : tu t’en fiches que tout le monde ait vu la Méditerranée et la Tour Eiffel avant toi, ce sont de toute façon des destinations de masse et c’est très bien comme ça. Mais l’Islande, tu as froid, tu paies cher, tu te sens partie pour une aventure – est-ce vraiment la même chose quand l’aventure est devenue une destination de masse et que tout le monde a vécu pareil ? J’aime raconter des histoires, et que je ne sais plus quoi dire de neuf, de différent, d’autre, après tant de magnifiques récits. Et ces derniers temps, j’ai l’impression que nous sommes nombreux, nous blogueurs voyage, à faire les mêmes voyages, dans les mêmes hôtels, avec les mêmes itinéraires et les mêmes expériences.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Le Vestrahorn, un lieu d’Islande (légèrement) moins connu, et où j’ai eu le plaisir d’une découverte : je n’avais jamais vu aucune photo de cette montagne avant de la voir de mes propres yeux.

    Sur Twitter, mes copines blogueuses me répondaient : « Tu raconteras d’autres histoires, tu feras d’autres photos, nous allons toutes aux mêmes endroits et nous ne vivons jamais la même chose. » Elles ont raison. Au fond, c’est le principe de la vie : racontées en une phrase, toutes les existences se ressemblent. Elle est née, elle a grandi, elle est tombée amoureuse, elle a connu des abysses et des cimes, elle a vieilli, elle est morte. Et pourtant, personne n’accepterait d’échanger son amoureux, sa maison ou son travail avec celui ou celle de la voisine. Le sel de la vie, ce sont les détails, les secrets, les moments dont on a cassé le moule.
    Toutes les vies sont pareilles et pourtant aucune ne ressemble à une autre.
    Et pourtant. Si on vous disait que vous alliez partir sur la Lune, puis qu’on précisait que vous seriez la toute dernière de votre village à y aller, comment réagiriez-vous ?

    Le fantasme de la carte vierge

    N’avez-vous jamais rêvé de raconter une histoire que personne n’a encore entendue ? De prendre une photo que personne n’a jamais vue ? De fouler de la neige vierge ?

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Lors de son deuxième voyage, Christophe Colomb arriva en Guadeloupe, à La Désirade.

    J’ai toujours été fascinée par les navigateurs et les grandes découvertes. Non pas pour l’établissement colonial, que j’abhorre – la destruction des cultures, l’exploitation des populations, la ruine des mondes –, mais pour l’acte inouï de celui qui plonge dans le blanc de la carte. Ado, je harcelais mon prof d’histoire-géo avec la Sibérie. L’étendue de vide dans la carte me hantait. « Mais là où il n’y a pas de routes ? Il y a des gens ? Le sol ne dégèle jamais ? On peut y vivre ? Il y a des villages ? » Je regardais ces vidéos où, par des températures de moins 50 degrés, l’eau bouillante se métamorphose en tempête glacée au contact de l’air.

    Puis mon obsession s’est tournée vers le Pacifique, cet océan gigantesque où affleurent des confettis de terres où personne ne va jamais. J’adorais lire les histoires des îles coupées du monde, comme celle de Palmerston, au large des îles Cook : pour y accéder, comptez 9 jours de navigation solitaire depuis Tahiti, et il n’y a pas d’autre moyen. Le Pacifique sud reste un mystère. Mon arrière-grand-mère, qui a grandi aux Marquises (Polynésie française), racontait avoir connu le dernier cannibale. En vérité, il n’était sans doute pas le dernier de son espèce : en 2011, un navigateur allemand qui entreprenait un grand tour du Pacifique a été dévoré par un cannibale sur l’île de Nuku Hiva (si vous lisez l’allemand, l’histoire est ici , et elle est vraie).

     

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    La côte de Na’Pali à Kauai, Hawaï.

    Je prétends rêver d’aller me geler en Sibérie ou de me faire dévorer par les cannibales aux Marquises, mais en vérité, je ne suis pas une grande aventurière. J’aime les douches, les matelas, le wifi, ces petites choses qui rendent la vie meilleure. Pourquoi cette attraction (fantasmée) pour le froid, le loin, l’inconfortable ? Par goût de l’inouï.

    La recherche de l’inouï

    Entendons-nous bien. Je ne suis pas de ceux qui font la course au toujours plus spectaculaire, qui escaladent le Kilimandjaro à cloche-pied, traversent l’Irak en trottinette ou dorment suspendus à des sangles au-dessus des chutes de Salto Angel. Je souris gentiment face au snobisme du voyageur qui se croit plus pur et plus malin que tout le monde parce qu’il a parcouru en trois semaines à dos de coléoptère volant ce que tout le monde fait en voiture en deux heures. J’estime que les merveilles touristiques du monde sont connues pour de bonnes raisons, et qu’on serait bête de s’en priver juste pour le plaisir de marquer sa différence. Comme tout le monde ou presque, je rêvais de voir le Grand Canyon, les rochers mythiques de Capri ou les tortues et les plages des Seychelles.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Antelope Canyon, ou aller dans un lieu censé être magique et mystique, mais surexploité par le tourisme de masse. Expérience mitigée.

    Je suis une blogueuse de voyage « bourgeoise », comme la plupart d’entre nous : je cherche des soleils d’hiver proches, des liaisons aériennes faciles, un bon rapport qualité/prix. Je vais en Guadeloupe en décembre et dans le Verdon en juin, mes vacances sont souvent celles de Mr et Madame Tout le Monde. C’est aussi pour ça que nos lecteurs nous lisent : parce que comme nous, ils n’ont pas forcément beaucoup de temps et beaucoup d’argent, et ils cherchent des voyages faciles à reproduire, de l’inspiration accessible.
    Mes articles de blog sur la France ont souvent plus de succès que ceux sur le bout du monde, et je le comprends tout à fait. Notre pays regorge de merveilles et j’ai vécu des moments de surprise extrême sans quitter nos frontières. J’ai eu de véritables éblouissements esthétiques à deux pas de chez moi, et je suis heureuse de montrer qu’on peut vivre une intense évasion à coups de TGV ou d’autoroute A7.

    La France, c’est pas mal non plus.

    Mais parfois, nous sommes saisis par le frisson de l’inouï quand nous rencontrons ceux qui osent l’incongru. Mon amie Amandine alias La lykorne illettrée est allée au Groënland il y a deux ans, sur le lac Baïkal gelé l’hiver dernier, et ses voyages m’éblouissent. Un des blogs de voyage les plus puissamment originaux qui existent, c’est probablement celui de Laurent One Chaï, le mec qui prend un cargo pour Cotonou, traverse le Pakistan et le Tadjikistan en moto ou en bus défoncé, apprend l’arabe au Caire et m’a donné follement envie de découvrir l’Ouzbékistan. Je suis devenue allergique à l’expression « hors des sentiers battus », mais j’estime que s’il y a bien quelqu’un qui a le droit de l’utiliser, c’est lui.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Mon expérience « hors des sentiers battus » (pour le coup, c’est vrai) : camp dans le désert à Tan-Tan, Maroc, pour une conférence hautement surveillée aux portes du Sahara.

    A ma modeste échelle (je ne suis pas Laurent, moi, je n’ai pas fait 90h de train entre Moscou et Ürümqi), mon hiver 2016/2017 a été pour moi l’hiver de l’inouï. Déjà, je vivais à Munich, et c’était extrêmement dépaysant : j’ai pu descendre dans des canyons de glace, nager à poil au milieu de la neige, devenir pote avec des chèvres humanoïdes et réaliser toutes sortes d’expériences insolites en Bavière en hiver. Mais surtout, j’ai réalisé deux rêves de gamine, deux projets un peu fous qui me tenaient vraiment à cœur. En janvier, mon voyage aux îles Shetland m’a permis d’assister au festival viking Up Helly Aa, la fête du feu dans le grand Nord. Fin février, j’ai vu se lever la plus grosse vague du monde à Nazaré, Portugal : 30 mètres de furie écumante qui déferle sur la falaise brune.

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Expérience puissante à Shetland, tout au nord de l’Ecosse, entre la Norvège et les Féroé

     

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    L’hiver à Munich, on s’amuse beaucoup.

    J’ai ressenti une immense exaltation, une joie extrême. Je n’avais pas fait grand-chose, mais j’avais l’impression d’être une aventurière, une pionnière des temps anciens, celle qui va là où personne ne va. Ça n’était pas une question d’égo, de guéguerre ridicule à « qui c’est qui a le voyage le plus ouf ». C’était cette ivresse de l’inconnu qu’on éprouve à vivre des choses que peu de gens de votre entourage ont vécues, à être sans repères, sans jalons, sans guide (il n’y avait même pas de guide touristique digne de ce nom pour Shetland ! à peine trois pages dans le Michelin), de tout découvrir par soi-même. Je n’étais pas influencée par les histoires et les images des autres, mon inspiration était première, spontanée, et je me sentais libre. Aucun risque de vouloir reproduire les voyages des autres, aucun dilemme « j’ai vu ça comme super photo sur Instagram et j’ai envie de le faire moi aussi, je copie ou pas ? ». En repensant à mes voyages de l’hiver dernier, et en constatant avec surprise mon hésitation face à l’Islande à l’hiver, dont j’avais pourtant rêvé, j’ai ressenti pour la première fois le poids des voyages des autres, et la façon dont ils transformaient les miens, que ce soit parce que je les copiais inconsciemment ou, au contraire, parce que je cherchais à m’en démarquer, que je me disais « pas cet hôtel, pas cette photo, pas cet itinéraire, parce que Machin a fait ça et je ne veux pas qu’on me prenne pour une copieuse ».

    Comment un blogueur voyage peut-il se démarquer ? Blog de voyage et originalité
    Bien le bonjour des monstres de Nazaré. (Les fourmis dans la photo ? Des scooters des mers. Pour vous donner l’échelle.)

    On est d’accord, ce sont des problèmes de riches. Voyager est un privilège, un luxe, et mes états d’âme quant au fait de copier ou non les voyages des copains sont dérisoires au regard de l’état du monde. Ca fait caprice de petite fille gâtée de dire « je ne veux pas aller en Islande parce que tout le monde l’a fait avant moi », j’en suis consciente. Mais ceci est un blog de voyage, et ceci est ma rubrique Réflexions voyage, et j’avais envie d’engager le dialogue avec vous sur l’originalité en matière de blog voyage. 

    Les comparateurs de vols, ou la restriction du champ des possibles ?

    Tous les blogueurs de voyage sont drogués aux comparateurs de vols, moi la première. Skyscanner, Easyvoyage, Expédia, Liligo… ils sont nombreux à faciliter notre addiction aux ailleurs en offrant en quelques secondes des tableaux de comparaisons des vols pour la Terre entière. Sur Skyscanner, je suis fascinée par la fonction « partout ». Vous rentrez un mois de l’année, par exemple janvier 2018, un aéroport de départ, et la liste de toutes les destinations possibles se déroule sous vos yeux émerveillés, par ordre de prix croissants. Je pense que je ne suis pas la seule blogueuse voyage à avoir un rapport un peu compulsif aux comparateurs de vol : presque tous les jours, je fais des tests. « Et février depuis Marseille, et mars depuis Lyon, et avril depuis Nice ?… » Je regarde. Je fantasme. Je rêve. J’imagine. Au début, j’ai eu l’impression que le monde était à mes pieds. Aujourd’hui, je me demande si ce n’est pas en train de restreindre notre imagination. Trépignant sur les starting blocks, nous attendons la bonne offre, le tarif intéressant, pour foncer. Mais est-ce que nos envies du monde ne sont pas en train de rapetisser à la mesure des hubs bien desservis par les compagnies aériennes ? Les comparateurs de vol et les compagnies low cost ont domestiqué nos désirs : des city trips proches, des connexions directes, pourquoi chercher autre chose ? Ce n’est absolument pas un reproche, car je suis la première à plaider coupable (la preuve), mais je ne compte plus le nombre d’articles de blog sur un citytrip à Prague, un week-end à Lisbonne, à Edimbourg (très envie d’y retourner, d’ailleurs, j’attends un vol pas cher ;-)), à Rome, à Budapest, à Porto, etc. Je continue moi-même à en écrire, je ne compte pas m’arrêter, et je lis ceux des autres avec toujours le même plaisir. Car oui, ces villes sont belles, et on aurait bien tort de s’en priver. Mais je l’avoue, je rigole doucement (avec bienveillance, amis blogueurs, ne m’en voulez pas) de nos prétentions à l’originalité dans des circuits ultra balisés. Quand je vois passer un énième post ayant pour titre « Reykjavik / Barcelone / Londres hors des sentiers battus », je me dis que nous sommes d’infatigables jardiniers, ratissant jusqu’à la racine les bas-côtés des autoroutes touristiques mondiales.

    Blog voyage et originalité : comment se démarquer ?
    Prague.

     

    Blog voyage et originalité : comment se démarquer ?
    Florence.


    Je pense à mes vieux amis allemands qui, comme les pantins du running gag, me demandent « et pourquoi tu ne vas pas à Majorque ? » chaque fois que je mentionne la recherche d’une destination nouvelle, parce que tous les vieux Allemands d’Allemagne vont à Majorque deux fois par an, et je me demande à quel moment nous allons finir par nous lasser. Nous exploitons une destination jusqu’à la lie, puis nous nous lassons et passons à la suivante. Ce qui était nouveau l’an dernier ne l’est plus cette année : en 2016, j’étais allée aux Açores et aux Seychelles, et naïvement, je me sentais un peu pionnière. Cette année, plusieurs amis blogueurs y sont allés à leur tour, et je suis ravie pour eux. Mais je me demande où je pourrais tenter ma chance, cette fois – acheter l’illusion de la découverte.  Je ne sais pas si nos vies nous permettent d’oser si souvent l’inouï.

     

    Vous ne connaissez pas les Açores? Une grande histoire d'amour vous attend. Découvrez le diamant de l'Atlantique, entre volcans, vagues et jardins. Que faire aux Açores, que voir ? Tout sur Itinera Magica, blog de voyage amoureux des lointains.
    Magiques Açores. Le plaisir d’aller dans un endroit dont on ne sait pas encore grand chose.

    Souvent, l’inouï est cher, pas pratique, se paie par douze escales et des nuits dans des salles d’attente d’aéroport, demande trois semaines de vacances successives, beaucoup de débrouillardise ou beaucoup d’argent. Je rêve de Samoa et de Tonga, de Groenland, de Belize, d’Iles Vierges britanniques, de Russie, d’Ouzbékistan, d’Iles turques et caïques, de Vanuatu, de Zanzibar, de Tasmanie. Et puis je cherche les vols, et je renonce. Trop cher, trop loin, trop compliqué. En revanche, cette super offre pour la République Dominicaine… Difficile de résister à la tentation du pas cher et du pratique, et il n’y a aucune honte à sauter sur une bonne affaire. Au coeur de l’hiver, je crois que je n’en aurai plus rien à faire de l’originalité, et que j’irai n’importe où, pourvu que je trouve du soleil. La vie est courte, et Punta Cana et la Martinique sont superbes. Mais je me demande si nous ne nous illusionnons pas quant à notre statut de « voyageurs », nous qui piétinons souvent sur les mêmes chemins, croyant découvrir le monde alors que nous ne faisons que le traverser sur des rails.
    Je me dis parfois que je vais essayer de me désintoxiquer des comparateurs de vol, pour voyager par rêve et non par aubaine. Pour tenter de me demander où je veux vraiment aller, indépendamment des occasions qui s’offrent à moi. J’hésite sur le type de voyage que je veux, le genre d’histoires que je voudrais raconter – faire rêver en allant très loin ou aider à explorer autour de soi en restant tout près. Mais plus profondément, je me demande où j’irais si je n’avais pas de blog, s’il n’y avait aucune mode, aucun phénomène d’influence et a contrario, aucune pression de l’originalité à tout pris? Irais-je chercher l’inouï ou le facile ? Sincèrement, je ne sais pas. Je crois que les blogs ont profondément modifié notre comportement de voyage, et que nous avons parfois du mal à nous reconnecter avec nos vrais désirs.

    Pourquoi et comment aller aux Bahamas ? Quelle île choisir ? Guide du pays de Pirate des Caraïbes
    Partir, où ?

    Alors, l’Islande l’hiver prochain ? Je n’ai pas décidé.

    Les blogs de voyage et l’originalité

    Et vous ? Après avoir commencé à discuter sur Twitter, je serais curieuse d’avoir votre avis sans la limite des 140 caractères. Pensez-vous que l’originalité est un critère important ? Est-ce que les voyages des autres blogueurs vous influencent dans un sens ou dans l’autre – pour s’inspirer ou se démarquer ? Si un blogueur voyage vous parlait d’un coin ultra secret et difficile d’accès, iriez-vous, ou bien vous diriez-vous que ce lieu lui appartient ? Etes-vous drogué des comparateurs de vol ? Choisissez-vous par opportunité ? Pensez-vous que les blogs de voyage doivent se démarquer à tout prix ? Diriez-vous que nos blogs se ressemblent trop ?

    Les blogueurs voyage font-ils tous les mêmes voyages ? Blog et voyage et originalité
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  • Ma vie semi-nomade : stop ou encore ?

    Blogueuse de voyage et freelanceuse, pour toujours ? Dans mon dernier article, Peut-on vivre de son blog de voyage ?, j’évoquais le succès actuel des blogs de voyage, les limites du modèle, et les défis que peut représenter la vie nomade. Contre les discours un peu simplistes du type « quitte ton job, lâche tout, vis tes rêves et sois payé pour ça », j’essayais d’engager la discussion sur les limites du rêve. Le débat qui a suivi est passionnant. Vos commentaires sont très nombreux, et vous êtes nombreux à avoir parlé de vous, ce dont je vous remercie : j’ai lu vos témoignages avec énormément d’intérêt. Après vous avoir fait parler de vous – merci d’avoir répondu présents ! -, j’ai envie de vous parler de moi, de mon parcours, et d’où j’en suis aujourd’hui.

    Je crois qu’un blog est intrinsèquement personnel et subjectif, et que c’est bien pour ça qu’on le lit. Je ne lis pas ou peu de blogs qui essaient de se dissimuler derrière un format « magazine », où on ignore qui écrit, où la personnalité de l’auteur, son originalité et son authenticité ne transparaissent pas. Je défends l’idée du blog associé à une voix, un visage, une histoire. Et c’est pour ça que je vais maintenant vous parler de moi. Vivre de son blog ? Etre free-lanceuse ? Voilà où j’en suis.

    L’écriture pour premier moteur

    Tenir un blog, c’est répondre à une passion, un besoin. J’aime par-dessus tout écrire, sur tous les supports et dans des genres différents. Trois exercices font mon bonheur : le carnet de voyage, la chronique humoristique, et la nouvelle gothique.
    J’ai commencé à tenir des carnets de voyage quand j’avais sept ans, en Guadeloupe. J’ai publié mon premier recueil de chroniques, Dieu est une femme, à l’âge de quatorze ans. J’ai aussi commencé à cette époque à contribuer de façon irrégulière à différents médias (presse et télévision), et à tenir des blogs consacrés aux livres et à la musique. J’ai eu plusieurs blogs, j’ai publié d’autres livres. Le voyage a toujours été le fil rouge, le lien constant entre tous mes projets épars. Mais à vrai dire, quand je réfléchissais à ma trajectoire, je n’envisageais pas une vie de free-lanceuse. Je me voyais prof et écrivain, comme ma mère.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    En train d’écrire mon premier carnet de voyage, en Guadeloupe.

    Le grand saut par accident : la bonne élève devenue nomade

    Par ma famille, j’ai hérité de l’obsession du voyage : mes parents étaient acharnés à parcourir le globe en long en large et en travers, et ils nous emmenaient partout avec eux.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    J’ai eu l’immense chance d’avoir des parents fous de voyage. En Australie, à 15 ans, lors de notre tour du monde en famille – une expérience fondatrice pour moi.

    Mais j’avais autant de plaisir à partir qu’à revenir chez nous, en Provence. L’évasion se conjugait à toutes les distances. A une époque de ma vie, ado, j’ai rêvé d’être cinéaste et de partir en école de cinéma en Californie. Mais je n’ai pas eu le cran de quitter ma vie française, à laquelle j’étais (et je reste) très attachée. Après le bac, j’ai renoncé à traverser l’océan à la recherche de l’or hollywoodien, et j’ai pris une décision beaucoup plus conventionnelle : une prépa littéraire dans un grand lycée parisien.

    J’ai toujours été une bonne élève, et une angoissée en quête de structure. J’ai naïvement cru que l’excellence me protègerait de l’incertitude, et je me suis acharnée à devenir une bête à concours : je me disais que si j’étais la meilleure, rien ne pourrait m’arriver. J’ai eu 19,65 au bac, j’ai réussi le concours de l’ENS Ulm du premier coup à la 9e place, j’ai été reçue première à l’agrégation d’allemand, ma thèse en littérature allemande a reçu un prix prestigieux. Sur le papier, un parcours parfait. Bête à concours, machine, tout ça. En réalité, j’étais juste morte de peur.

    Ma génération sait aujourd’hui que même les meilleurs élèves ne sont pas à l’abri, et qu’un diplôme ne garantit aucune sécurité. C’est peut-être pour cela que nous sommes si nombreux à rêver de nous barrer très loin, de faire le tour du monde et de ne jamais revenir : parce qu’aujourd’hui, on est plus récompensé à être bien sage.  Ce n’est plus l’époque des bons élèves.

    Au bout de neuf ans d’études, je me suis retrouvée face au vide. L’allemand s’était effondré dans l’enseignement supérieur (les mauvais jours, je dis que je suis Docteur ès Titanic), et il n’y avait plus aucun poste. Ma thèse ne servait, de facto, à rien. Côté enseignement en collège/lycée, l’Education Nationale voulait m’envoyer à l’autre bout de la France, loin de mon compagnon, de ma famille et de mes amis, en remplaçante sur trois lycées dans un endroit où je n’avais jamais mis les pieds et n’avais aucune attache. Je trouvais ça injuste d’être punie ainsi après tant d’efforts. Alors j’ai pris le large.

    Pour être tout à fait sincère, je n’avais pas décidé de sauter dans le vide, disons que le destin m’a poussée du haut du grand plongeoir. Le voyage était ma passion, mon bonheur, mon trésor, mais je n’avais pas imaginé qu’il serait mon métier.
    Beaucoup de gens de ma génération sont comme moi. Les situations sont diverses – burn out au bureau, chômage, diplôme inutile, etc. Mais ce sont toutes des personnes qui étaient prêtes à rester dans le rang, et qu’on a poussées à bout ou mises au pied du mur. Alors elles se sont barrées.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Quand on m’énerve trop.

    Blogueuse voyage, par passion 

    Parce que j’ai deux grandes passions depuis toujours, l’écriture et les voyages, j’ai ouvert Itinera Magica en 2015. Ce n’était pas par effet de mode : Itinera Magica s’inscrivait dans la continuité de mes blogs précédents, et des cahiers de voyage que j’accumulais depuis toute petite.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Un de mes carnets préférés : en Islande, à l’âge de 10 ans

    Je suis une semi-nomade : je suis free-lanceuse (journalisme et traduction) et blogueuse, volatile et toujours par monts et par vaux, mais toujours ancrée en Provence. Je ne fais pas le tour du monde en sac à dos, je ne vis pas en caravane, j’ai une adresse postale. Je suis une demi nomade qui a choisi de garder une ancre.

    C’est toujours en voyage que je me sens la plus inspirée, la plus libre, que je me renouvelle et me régénère. C’est aussi pour cela que je n’ai jamais envisagé d’être une « vraie » nomade, une déracinée à long terme. J’ai besoin de préserver le caractère unique du voyage, le choc de la nouveauté et du lointain. Je suis beaucoup en déplacement, mais je repasse toujours par la case maison (ma Provence). Les éblouissements du midi me sont aussi chers que les sirènes des lointains, et je ne veux pas que le voyage devienne une contrainte ou une cage.

    A Salvation Mountain, sur les traces de mon vieux rêve californien.

    Je réserve toujours un billet aller-retour

    Beaucoup de voyageurs ont le fantasme de l’aller-simple, je ne l’ai plus.

    Mais j’ai beaucoup de  rêves de voyages encore inassouvis, et rien ne me fait autant frisonner que l’appel du large.

    Je rêve de deux ou trois mois à travers le Pacifique. Le plus grand océan du globe, l’éternité capturée sur Terre, m’a toujours hypnotisée. Je rêve de retourner à Hawaï, le lieu qui m’a le plus marquée à ce jour. De découvrir les Samoa, les Iles Cook, le Vanuatu. De partir aux Marquises et aux Gambiers sur les traces de mon arrière grand-mère, qui y a grandi et m’a transmis la fascination polynésienne.

    J’aime les océans et les peuples navigateurs – les Polynésiens, donc, et les Vikings. Après être partie sur leurs traces à Shetland et en Islande, je rêve du Groenland. Les fjords démesurés, envahis par des icebergs plus grands que tous mes rêves, me donnent le vertige. Quand on me parle du Groenland, je ressens des frissons d’exaltation dans tout le corps, et je sais que j’irai.

    Je rêve de continuer ma quête des plus belles cascades. Je rêve d’îles perdues, dans l’océan Indien ou aux Caraïbes. Je rêve des lumières des villes, des rivières au fond des gorges, des azurs éblouissants. J’ai des milliers d’envies et une vie pour les assouvir. Mais j’assume désormais la profondeur de mon amour pour ma Provence, et mon impossibilité à rester trop longtemps loin d’elle.

    Ariane Fornia, blogueuse de voyage
    A Giens, avec L’Ile au trésor de Stevenson, un de mes livres culte. Stevenson a écrit n’avoir été heureux qu’une fois, à Hyères. Mon palmarès du bonheur est heureusement plus étoffé, mais je partage son amour pour Hyères, la ville la plus au sud de la côte d’Azur.

    Blogueuse de voyage, mon modèle hybride

    Mes proches disent toujours de moi que je suis « intense« . (Cela peut vouloir dire que je les fatigue, je sais. J’ai été livrée sans bouton pause. Je suis le genre de fille qu’on envoie courir ou lancer des poids quand elle devient trop insupportable.) Je suis obsessionnelle dans mes engouements, follement enthousiaste. Je renoncerais au blog de voyage si je ressentais de la froideur, du cynisme ou de l’ennui. Et c’est pour ça que je reste suspendue sur le fil – pro ou amatrice passionnée ?

    Itinera Magica me rend heureuse et répond à un besoin fondamental d’expression et de partage. Je suis une extravertie, une passionnée à l’enthousiasme presque obsessionnel, qui étouffe quand elle ne s’exprime pas. Et je suis follement curieuse des autres, de toutes les vies que je ne vivrai pas. Grâce à Itinera Magica et aux réseaux associés, j’ai pu tisser des relations que je sais aussi vraies, profondes et enrichissantes que celles qu’on rencontre dans la vie réelle. Des milliers de coeurs et d’intelligences à portée de clic, une myriade de gens fascinants et divers, c’est le miracle d’internet et je ne m’en lasserai jamais.

    Itinera Magica a de plus en plus de succès, grâce à vous, ce dont je vous suis infiniment reconnaissante. Est-ce que je gagne de l’argent avec mon blog ? C’est une de mes sources de revenus, mais ce n’est pas la principale. Mon blog est une belle vitrine et un tremplin pour les autres projets que je porte, mais sur ma fiche d’impôts, je suis plus journaliste et traductrice que blogueuse.
    Parce qu’Itinera Magica est en train de prendre de l’importance, je suis de plus en plus obligée de me mettre dans la « catégorie 1 » que j’évoquais dans mon dernier article. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas de salaire fixe, et que quand je voyage, je ne peux pas me consacrer à mes travaux en freelance. Et quand on revient d’un merveilleux voyage, il y a toujours les impératifs de la vraie vie qui se manifestent, les factures, les assurances et les courses. Je n’envisage pas de vivre de mon blog – comme je le disais dans l’article précédent, je doute de la viabilité du modèle économique. Mais je suis obligée de veiller à ce qu’il m’apporte aussi des revenus si je veux garder la tête hors de l’eau.
    Comme je le disais dans l’article précédent, les voyages évoqués sur mon blog appartiennent tantôt aux trois catégories : opérations de promotion (payées), invitations et blog trips, voyages personnels. Je les vis toujours avec le même enthousiasme, car je ne vais que dans les lieux qui font battre mon cœur plus fort.  Je cherche à cultiver des relations de confiance avec les destinations qui choisissent de travailler avec moi, et j’ai pu vivre des choses merveilleuses grâce à ceux qui m’ont fait l’honneur de me choisir. Ce sont des moments très précieux, non formatés, que je choisis par instinct et par amour. Si je n’étais plus à même de réunir ces conditions, je renoncerais. Je me méfie de la boulimie du « toujours plus », ou du voyage à tout prix. Et c’est pour ça que j’oscille toujours entre les trois catégories, que je zigzague entre les différentes options.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Et je suis profondément attachée à ma Provence natale. Ici, le pont d’Arc, au sud de l’Ardèche

    La fatigue du funambule et l’amour du monde

    Je me sens funambule. Devenir une vraie pro ou revenir à une vie plus normale ? Je suis à la croisée des chemins. J’espère être encore là dans vingt ans, et inscrire ce blog dans une très longue durée. Et à ce stade, je ne sais pas quelle est la meilleure option pour me permettre de le faire.

    Depuis deux ans, je suis devenue traductrice et journaliste free-lance à plein temps – ce qui n’avait été qu’un à côté durant les dix années précédentes. Ma vie est belle, riche et passionnante. J’ai beaucoup de chance. Mais je ne montre que le côté solaire sur le blog et les réseaux sociaux, pas les déceptions, les contrats loupés, les factures en retard et les moments d’épuisement. Je ne suis pas sûre d’être faite à long terme pour cette vie très précaire. Je sens bien que je me fatigue d’être suspendue dans le vide, et je regrette de ne pas pouvoir mettre en valeur mes longues années d’études. Revenir à un métier plus stable ? J’y pense souvent. J’ai parfois envie d’avoir des collègues, un salaire qui tombe à date fixe, une distinction claire entre mon temps de travail et mon temps de loisir. J’ai parfois la nostalgie de ma vie d’avant, plus simple. Mais je rêve de garder le temps et l’énergie nécessaires pour pouvoir écrire et voyager. Allier sa passion et son métier : la chance d’une vie, ou le meilleur moyen de se gâcher les deux ? Beaucoup d’entre vous êtes ambivalents sur le sujet dans vos réponses, et je le comprends tout à fait.

    Un voeu au génie de la lampe

    Si vous êtes le génie d’Aladdin, ou que votre carnet d’adresses est la caverne d’Ali Baba, laissez-moi faire un vœu : mon rêve absolu, ce serait d’écrire un jour pour le magazine d’Air France. Il est pour moi le Graal du magazine de voyage, follement littéraire et inspirant. Qui sait. Les rêves sont notre combustible à tous.

    Et quoi qu’il en soit, je vais continuer à tracer mon chemin, et à laisser des petits morceaux de mon cœur aux quatre coins du globe, pétale après pétale, jusqu’à ce que la nuit vienne.
    La Terre est si vaste, et la vie est si courte. Les blogs de voyage ne seront peut-être qu’une mode, qui sait ? Mais l’acharnement à parcourir la Terre avant de la quitter nous restera toujours.

     

    Peut-on rester blogueuse de voyage toute sa vie ? Mon parcours et mes réflexions aujourd'hui.
    Epinglez moi !

     

    Ariane Fornia blogueuse de voyage – Ariane Fornia écrivain – Ariane Fornia journaliste free lance – Peut on vivre de son blog de voyage ? Peut on rester blogueur de voyage pour toujours ?

  • Peut-on vivre de son blog de voyage ?

    Peut-on vivre de son blog de voyage ?
    Etre payé pour voyager, vivre de son blog et de ses vidéos… voilà un rêve qui gagne du terrain. Le blog de voyage est à la mode. De plus en plus nombreux, les blogueurs de voyage se sont imposés comme des acteurs essentiels de la promotion touristique. Et le succès de certains, qui ont « tout plaqué pour vivre leur rêve », en incite d’autres à tenter le grand saut. Blogueur de voyage, un métier bientôt proposé par les conseillers d’orientation ? Deviendrons-nous tous nomades ? Une petite réflexion, et un débat ouvert.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    « Je suis partie vivre mes rêves, vous m’embarquez ? »

    Le blog : nouvel acteur incontournable de la promotion touristique

    A l’heure où les réseaux sociaux ont pris une place énorme dans nos vies, nous avons plus tendance à consulter Google et Instagram qu’un guide papier pour prévoir nos vacances. 87% des voyageurs consultent principalement internet pour planifier un voyage, selon une étude récemment citée par le collectif We are travel. Et les blogs de voyage ont le don de faire rêver, inspirer, guider, de donner des conseils fouillés et précis à leur public cible. Que vous soyez à la recherche du plus beau 5 étoiles de Saint Barth, d’un hébergement le moins cher possible à Chiang Mai, ou des plus belles randonnées dans le Périgord, il y aura forcément un blogueur pour répondre à votre demande.

    Les offices de tourisme et les marques l’ont bien compris. Plus vivant, plus personnel, plus précis qu’une simple campagne de pub, le recours au blogueur permet une véritable identification : « cela pourrait être mon voyage ». Le blogueur incarne le rêve, le rend tangible. Les offices du tourisme sont donc toujours plus nombreuses à organiser blogtrips, instameets, ou partenariats individuels avec des blogueurs pour mettre en valeur leur destination. Face à tous ces blogueurs qui deviennent les ambassadeurs du rêve d’ailleurs, et qui semblent s’amuser comme des fous, difficile de ne pas être tenté d’en être.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Pose de blogueuse aux Açores

    De plus en plus de blogueurs de voyage

    Combien de blogs de voyage francophones y-a-t-il aujourd’hui ? Impossible d’apporter une réponse précise, mais c’est un nombre à quatre chiffres au moins. Les 250 blogueurs de voyage présents au WAT 2017, le Salon des blogueurs de voyage, ne sont qu’une petite partie de l’iceberg. Cherchez le hashtag #blogvoyage sur Instagram, vous trouverez des milliers de publications.

    Telle la boule de neige qui roule sur une pente alpine, la mode des blogs s’auto-alimente. Nous sommes nombreux à encourager le mouvement avec des articles du type : « Comment j’ai tout quitté pour faire le tour du monde », « Vivez vos rêves, lâchez votre job », « N’attendez pas la retraite : partez maintenant ». Ces articles expriment un enthousiasme authentique, mais ils sont aussi une bonne stratégie pour augmenter son trafic : ils font cliquer les gens. Nous sommes nombreux à nous sentir enfermés dans le quotidien, coincés dans un open space à faire rentrer nos rêves de gamin dans les cases d’un tableau Excel, à rêver de liberté, d’autonomie et de plages lointaines. Tracer son propre chemin, cap sur l’aventure, gagner sa vie en voyageant : le rêve ultime ? Alors beaucoup se jettent à l’eau, lancent leur blog de voyage, et espèrent bâtir leur succès sur les ailes d’un avion.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    On met les voiles (ou le kayak) ?

    Avoir un blog à succès : pas si facile

    Beaucoup de jeunes blogueurs déchantent vite. Construire un blog de voyage et animer les réseaux sociaux qui l’accompagnent, c’est effroyablement chronophage. Ceux qui persévèrent sont les vrais passionnés. Mais les obstacles sont nombreux.

    •  L’épreuve des réseaux sociaux : Facebook et Instagram, les réseaux sociaux phares, ont souvent changé leur algorithme au cours des dernières années, et l’ont rendu chaque fois moins bénéficiaire aux blogueurs. Il était bien plus facile d’obtenir très vite des milliers d’abonnés il y a trois ou quatre ans qu’aujourd’hui : afin de maximiser leurs profits, Instagram et Facebook limitent volontairement l’audience des publications, pour forcer les usagers à payer des publicités. Avoir un compte viral, qui explose du jour au lendemain, est devenu très rare. Les impatients tentent de compenser en achetant des milliers de faux followers, rendant la tâche plus difficile encore aux jeunes blogueurs honnêtes. Heureusement, les OT sont aussi devenues plus promptes à démasquer les tricheurs, et préfèrent de plus en plus un engagement réel à de gros chiffres gonflés. (Au cas où vous me lisez, chers offices du tourisme, chères marques : vérifiez toujours que les followers sont authentiques, particulièrement sur Instagram, et qu’il y a une adéquation entre le nombre de followers et l’engagement. Mieux vaut 1000 followers de chair et de sang, intéressés par les publis, que 10 000 ou 100 000 robots !)
    • L’exigence technique toujours plus élevée : Les premiers blogs, il y a dix ans, étaient souvent très artisanaux. Il n’était pas rare de tomber sur des sites en hébergement gratuit, bricolés à la va-vite, avec des typographies moches, des photos floues et des textes bâclés. Avant, le blog ressemblait à une lettre à ta grand-mère. Aujourd’hui, il ressemble à un magazine de mode. Pour être blogueur aujourd’hui, il faut être web designer, graphiste, journaliste, photographe, vidéaste et community manager à soi tout seul. Les sites sont de plus en plus beaux et léchés, les photos moches n’ont plus droit de cité, et la montée en puissance de la vidéo oblige à acquérir une débauche de matériel sophistiqué. Un site professionnel, un appareil photo reflex, des tas d’objectifs, une caméra, des logiciels de retouche et de montage, un drone, des tonnes d’accessoires photo et vidéo…  Le blogueur à succès d’aujourd’hui, c’est une petite entreprise audiovisuelle, avec du matos qui vaut vingt mille euros. L’investissement de base est toujours plus élevé.
    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Après avoir hésité pendant un an, j’ai acheté un drone.
    • La concurrence : Le nombre grandissant des blogs impose à chacun de faire toujours mieux, toujours plus original. Difficile de se démarquer et de construire sa propre « niche » dans un paysage toujours plus concurrentiel.

    Mais le problème majeur est plus fondamental encore : celui du modèle sur lequel se base le blog de voyage.

    Tensions entre les blogueurs de voyage : pourquoi le modèle s’essouffle

    On voit maintenant affleurer dans la blogosphère de petites tensions entre trois grands groupes de blogueurs, qui ont des approches divergentes … et surtout, des attentes différentes quant à la rémunération de leur travail.

    Je tiens à préciser que ma distinction des trois groupes ne se fait pas sur la qualité de leur travail, ni sur l’ampleur de leur audience, mais uniquement sur le modèle économique selon lequel ils fonctionnent.

    • Le groupe des blogueurs professionnels: Pour eux, le blog est un job à plein temps. Ils sont autoentrepreneurs et vivent de la production de contenus textuels et audiovisuels. Lorsqu’ils montent une opération de promotion d’une destination, avec articles, photos, vidéos, publications sur les réseaux sociaux, etc, ils ne sont pas seulement invités, mais aussi payés pour le faire. Car il ne suffit pas de se faire offrir des voyages : il faut aussi pouvoir vivre. Et payer le matériel sophistiqué mis à la disposition des destinations bénéficiaires. C’est comme quand on embauche un vidéaste / photographe / chargé de comm’ / publicitaire : on ne se contente pas de lui rembourser ses frais de transport et d’hébergement, on le paie.
    • Le groupe des blogueurs invités, mais pas payés: Ces blogueurs ont peut-être quelques petites rentrées d’argent par leur blog, mais celui-ci ne constitue pas leur revenu principal. Le blog leur permet de dépenser moins pour voyager plus : ils acceptent de rédiger des articles et de produire des contenus en échange d’une invitation, sans paiement supplémentaire. Par exemple, deux nuits d’hôtel contre un article sur l’établissement en question, un tour en traîneau contre deux photos sur Instagram, etc. C’est un échange de bons procédés.
    • Le groupe des blogueurs qui paient eux-mêmes: Ces blogueurs ont un travail « normal », et ne dépendent pas du blog pour vivre. Ils rédigent des articles sur leurs voyages personnels, qu’ils ont payé de leur poche. Ils ne font pas partie des carnets d’adresses des offices du tourisme, ne participent pas à des blog trips, ne demandent pas de contrepartie. Mais ils produisent tout de même du contenu, pour le plaisir et par passion. Et s’ils sont enthousiastes, ils œuvrent eux aussi à la promotion d’une destination… sans avoir rien reçu en échange.

    Je ne critique, ni ne préfère aucun de ces trois groupes. J’ai du respect pour les trois, et à vrai dire, j’ai un pied dans les trois. (Oui, j’ai trois pieds, ça rend les métaphores moins bancales, non ?) Il m’arrive, au cours d’un même itinéraire, d’être successivement dans le groupe 1), 2) et 3). Je comprends les points de vue de tout le monde.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Et la passion est la même pour tous : partir !

    Mais vous voyez tout de suite le problème que cela représente pour la pérennité du métier de blogueur de voyage sur le long terme. Comment un blogueur professionnel peut-il convaincre une destination de le payer, quand d’autres sont prêts à faire un travail similaire sans aucune contrepartie ? D’autant que la concurrence globale entre blogueurs et la multiplication des blogs pousse à l’élévation du niveau général, et qu’il arrive de plus en plus souvent que les blogueurs du groupe 3) soient aussi bien équipés et aussi doués que ceux du groupe 1), ou presque.

    Les dilemmes insolubles du blogueur voyage

    Un autre problème fragilise les blogueurs de voyage : le fait que, par passion et goût de la découverte, nous voyageons même quand on nous refuse les partenariats, ce qui, dans toute autre profession, reviendrait à se suicider commercialement.
    Imaginons un vendeur ambulant de glaces. Il propose à un passant un cornet chocolat pour 2 euros, le passant refuse. Dans le monde normal, le vendeur continue son chemin. Mais si le vendeur est blogueur de voyage… il va dire « ok, je te le donne quand même, et je vais même te payer pour que tu le prennes, et te faire une publi Instagram en bonus ». C’est ce que beaucoup d’entre nous font en permanence. Nous rêvons de visiter telle destination, nous ne parvenons pas à obtenir un partenariat, nous nous disons « tant pis, j’ai trop envie d’y aller, je le fais quand même en payant de ma poche. » C’est ce que j’ai fait en Islande, qui a été officiellement mon plus gros échec de blogueuse à ce jour : TOUTES mes demandes de partenariat ont été rejetées, pourquoi ? Parce que l’Islande est littéralement débordée de touristes en juillet, date de mon voyage, et qu’ils n’avaient pas besoin d’une blogueuse venant faire de la promotion à ces dates où tout est blindé. Nous n’avons pas renoncé, car nous rêvions de ce voyage, et il a été merveilleux. Mais économiquement et logiquement parlant, c’est une très mauvaise décision.
    Et comme nous sommes blogueurs de voyage, nous n’allons pas nous priver de mettre ça en ligne sur notre blog, car nous avons envie de partager ces images, ces expériences, ces secrets. Et nous avons besoin d’alimenter notre blog avec du contenu sexy susceptible de parler à nos lecteurs, et l’Islande fait rêver (presque) tout le monde. J’ai écrit toute une série d’articles de blog sur l’Islande. Totalement compréhensible mais… sur le plan de la stratégie business, c’est un peu comme se faire hara kiri avec un pic rouillé.
    Du coup, certains blogueurs professionnels ne font plus que des voyages sponsorisés, et se privent de destinations dont ils rêveraient car ils n’ont pas le bon contact, la bonne opération. Sur le plan du business, je comprends totalement : quand le voyage devient un métier et qu’on travaille dur pour vivre de son blog, on a plus envie de faire ça sur ses propres deniers. Mais sur le plan de l’épanouissement personnel… je trouve ça triste à pleurer. Doit-on vraiment faire du voyage son métier si on veut garder intacte la flamme ?

    La menace fantôme : les faux blogs commerciaux

    Enfin, un dernier phénomène vient mettre en danger les blogueurs : la création de simili-blogs par les marques elles-mêmes. Soucieuses de surfer sur le phénomène, elles peuvent ainsi rester maîtresses de leur communication, sans dépendre d’un blogueur qui voudra garder son indépendance éditoriale et risque de ne pas se plier exactement à leurs souhaits promotionnels. On voit de plus en plus de marques et destinations (compagnies aériennes, comparateurs, hôtels, etc) créer des blogs « corporate » qui imitent le style et le ton des blogueurs… sans les avis plus négatifs, bien sûr. Sous l’apparence d’un blog, ce sont bien des publicités, rédigées par un salarié de l’entreprise. Celui-ci reçoit un salaire fixe pour ce travail, et dispose des moyens et du budget de l’entreprise, contrairement à l’électron libre qu’est le blogueur. Comment lutter ? A mon sens, en soulignant la dimension personnelle et subjective des blogs. Si je lis un blog, et non un guide classique, ou le site web d’un office de tourisme, c’est que je veux lire l’histoire de quelqu’un, l’histoire d’un voyage, d’une expérience, d’un regard. On se lasse vite des « 10 trucs à voir » et autres « Top machins » : ce qui fait qu’on revient sur un blog, c’est qu’on s’attache à une voix, à une personnalité.

    Le risque d’une saturation de blogs de voyage

    Les avis sont très partagés quant à l’avenir des blogs. Actuellement, le succès des blogs est indéniable, et tous les indicateurs montrent leur succès et leur efficacité en matière de promotion touristique. Certains blogueurs, notamment anglo-saxons, construisent de véritables empires, et parviennent non seulement à vivre de leurs blogs, mais à devenir riches. J’ai lu récemment l’article d’un blogueur de voyage américain qui se vantait de dégager, sur l’année, un salaire net à six chiffres. A ma connaissance, les blogueurs francophones sont loin de ces chiffres mirobolants, mais certains ont réussi à construire de belles choses.

    Mais d’autres craignent qu’il s’agisse d’une bulle qui finira par exploser, que le public saturé de blog trips remette en question l’honnêteté des blogueurs et se détourne d’eux, et que l’attrait de la vie nomade s’estompe avec la concurrence croissante.  D’autres encore critiquent notre tendance à l’escapisme, et demandent « qui construira les maisons et soignera les malades quand on sera tous partis backpacker en Thaïlande ? » Ils pensent qu’il s’agit d’une phase, sans pérennité.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Vivre comme ça, éternellement ?

    Peut-on vivre de son blog ?

    Aujourd’hui, certains blogueurs ont su conjuguer un grand talent, beaucoup de persévérance et un peu de chance, et sont parvenus à « percer ». Ils vivent de leur blog et des campagnes de promotion touristique associées.

     Je n’en cite ici que quelques uns que je suis avec plaisir et que j’apprécie, mais la liste est bien entendu plus longue : Carnets de Traverse, World Else, Taxi-Brousse, Madame Oreille, Vie Nomade, ou encore le blogueur/youtubeur Votre tour du monde.

    Ils collaborent avec des destinations prestigieuses, font des voyages de rêve, et sont payés pour ça – le rêve absolu ? Oui, mais… Outre le fait que leur parcours reste rare et exceptionnel, beaucoup ne font pas mystère des difficultés qu’ils rencontrent, et de la dose de travail impressionnante que cela représente. Tout n’est pas toujours rose : Corinne, de Vie Nomade, a raconté sur son blog avec beaucoup de courage et de sincérité les terribles difficultés financières qu’elle a traversées. Cela reste un métier de funambule, où on ne cesse de jongler avec les courants contraires. Le blog seul permet rarement de vivre : beaucoup complètent avec nombre de travaux en free-lance, qui sont rarement bien payés, et par définition précaires.

    La vie nomade, accessible à tous ?

    Les « gros blogueurs » qui ont des dizaines de milliers de followers sur Instagram ne sont pas les seuls à mener une vie de globe-trotter. Si votre rêve est de vivre sans attaches, il vous faut un métier qui puisse s’exercer à distance, partout où vous trouverez une bonne connexion Internet : graphiste, web designer, traducteur, rédacteur web, et bien d’autres choses encore. Le blog est bien loin d’être la seule option. C’est possible, et si tel est votre souhait, je vous conseille vivement le blog de Corinne, Vie nomade, qui est plein de ressources précieuses pour ceux qui veulent conjuguer travail et mobilité. J’ai parmi mes amies blogueuses plusieurs jeunes nomades qui ont choisi cette voie, et qui le font avec beaucoup de talent et d’audace. Je pense par exemple à Stéphanie du blog Voyage road trip.

    Mais la vie nomade ne convient pas forcément à tout le monde : accepterez-vous de ne pas savoir au début du mois comment vous allez le finir ? De ne pas avoir de contrat fixe, et de fonctionner au coup par coup, toujours à la recherche d’opportunités, et dépendant du bon vouloir de vos interlocuteurs ? De subir parfois des retards de paiement de plusieurs semaines, et vous demander comment vous allez payer les factures qui continuent de tomber ? De déménager loin de France pour bénéficier d’une vie moins chère ? De travailler toujours seul, de ne dépendre que de vous-même ? De ne pas avoir de séparation claire entre le travail et le loisir ?
    Aujourd’hui, le grand saut est à la mode. Mais ne vous laissez pas culpabiliser par les injonctions faciles, les jolies citations sur Instagram qui sous-entendent que si vous avez un job de bureau au lieu de dormir dans des bus au Rajasthan, vous êtes un gros loser qui rate sa vie. L’épanouissement ne vient pas en taille unique. Il n’y a pas de honte à se dire qu’on est pas fait pour ce mode de vie, et on peut aussi mener des vies heureuses et épanouissantes sans tout plaquer.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    En voyage de presse au Maroc, me demandant 1) quel est le sens de la vie 2) si c’est possible de mener une vie nomade sur le long terme 3) s’il y aura du couscous au dîner.

    Si vous rêvez d’être blogueur…

    … faites-le avec passion, et sans attendre que cela change votre vie. Devenez blogueur parce que vous adorez ça, que vous aimez voyager, écrire, photographier et partager. Que vous partiez deux fois par an ou deux fois par mois, faites-le parce que le blog vous rend heureux. Ne vous dites pas que ça va vous permettre de lâcher votre job. N’espérez pas devenir riche. Soyez patient.
    Ne commencez pas à solliciter des offices de tourisme au bout de deux semaines pour avoir des trucs gratos, vous allez juste les exaspérer et dégrader la réputation des blogueurs. Une des grandes menaces pour l’avenir des blogs de voyage, ce sont les blogueurs profiteurs qui se font payer des trucs et ne livrent jamais l’article promis : j’entends de plus en plus d’OT et d’hôtels échaudés par de mauvaises expériences avec des gens sans éthique, qui se sont comportés de façon scandaleuse. Si vous obtenez une nuit d’hébergement contre un article (par exemple), vous publiez l’article dans les 10 jours qui suivent, pas trois mois après. Et vous faites ça bien.
    Sachez qu’il vous faudra du temps et du travail pour construire une communauté. Ne lâchez pas l’affaire si personne ne vous lit au début. Comme dirait Florent Pagny, « aimer sans attendre, ne rien faire qu’apprendre, rien que pour le geste, sans vouloir le reste ». (Je cite qui je veux, c’est mon blog. C’est ça, l’avantage numéro un du blog, pas le fric ou les freebies : c’est VOTRE espace à vous, et vous pouvez exercer « votre liberté de penser ». Ok, j’arrête avec Florent.)

    Sachez que vous n’avez pas besoin d’être blogueur à plein temps pour avoir du succès. Je suis beaucoup de blogs fabuleux, de très grande qualité et qui ont su trouver leur public, dont les auteurs ne sont pas uniquement blogueurs. Avoir gardé un job plus conventionnel à côté leur permet de s’affranchir des angoisses du free-lanceur, et cela ne les empêche pas d’avoir des blogs magnifiques, et de décrocher eux aussi des collaborations prestigieuses. Revers de la médaille : ils ont deux journées de boulot en une, et sont souvent des bourreaux de travail. Construire un blog à succès, c’est toujours être prêt à beaucoup de sacrifices, quel que soit votre modèle économique.

    J’en suis convaincue : l’avenir des blogs de voyage réside dans la sincérité et l’individualité. Nous ne résisterions pas à l’uniformisation, au formatage et à la course aux chiffres. A trop vouloir transformer une passion en métier lucratif, nous risquons de dénaturer et d’abîmer ce qui nous a rendu uniques. N’oublions pas de voyager par amour.

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Et de laisser le vent nous ébouriffer.

    Et vous ?

    Amis blogueurs et voyageurs, où en êtes-vous ? Vivez-vous de votre blog ? Rêvez vous d’ouvrir un blog de voyage ? Quels sont vos projets ? Parlez moi de vous, continuons la discussion.

    Et moi ? Je vous raconte ma vie de semi-nomade dans le prochain article. Abonnez-vous à la newsletter si vous voulez suivre mes histoires !

    Peut-on vraiment vivre de son blog de voyage ? Etre payé pour voyager ? Devenir un blogueur à succès ?
    Road trip solo en Californie.

     

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  • Les meilleurs restaurants en Drôme provençale

     Les meilleurs restaurants en Drôme provençale
    Où manger en Drôme provençale ? Voici ma sélection de restaurants authentiques dans le sud de la Drôme, mon pays natal. Lorsque vous filerez sur l’A7 en direction de la Méditerranée, « sur l’autoroute des vacances », n’hésitez pas à faire une halte de charme. Sortez à Montélimar Sud, et venez découvrir cette Provence méconnue et secrète, ses villages perchés, ses lavandes et ses séductions gourmandes. Bienvenue aux portes du midi ! meilleurs restaurants en Drôme provençale

    #EnFranceAussi : une bonne table en Drôme provençale

    Vous connaissez peut-être l’opération #EnFranceAussi : chaque mois, un groupe de blogueurs choisissent un thème précis, et publient une série d’articles visant à célébrer et faire connaître les richesses de notre beau pays. Et chaque mois, un guide Gallimard est mis en jeu et peut être gagné par un lecteur – plus de détails en fin d’article ! Le thème de ce mois-ci, choisi par Paul de Petits Voyageurs, était « Bonne table ». J’ai choisi de vous emmener dans la région où j’ai grandi et à qui mon cœur appartiendra toujours, la Drôme provençale.

    Connaissez-vous le défilé de Donzère, en Drôme provençale? Voici le pont du Robinet, les falaises du Rhône, et ma maison hantée. Histoires de fantômes.
    Ma belle Drôme Provençale. Ici, le défilé de Donzère, ma ville natale

    Petite précision : cet article n’est absolument pas sponsorisé, par aucun des restaurants cités.

    Les meilleurs restaurants en Drôme provençale : mes adresses

    Plusieurs restaurants auraient mérité que je les évoque de façon plus approfondie dans cet article :

    • Le Domaine du Colombier, à Malataverne, restaurant gastronomique d’un très bel hôtel quatre étoiles, connu pour être l’une des tables les plus raffinées de la région. J’y ai souvent mangé avec ma famille pour des occasions spéciales, telles que des anniversaires, et j’ai toujours adoré le cadre magnifique et la qualité du repas.
      Je n’ai malheureusement pas de photos des extérieurs sous la main, mais le domaine est superbe, avec ses jardins calmes, sa piscine et ses cyprès.
    Découvrez les meilleurs restaurants en Drôme provençale.
    Les beaux volumes de la salle de restaurant

     

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    Souvenir d’un petit déjeuner au domaine.
    • Elle et Lui, à Saint Paul Trois Châteaux. Un des restaurants les plus originaux que je connaisse, situé dans une très jolie cour avec jardin dans le cœur de ville de St Paul. On vous sert ici des plantes et des fleurs (oui oui !), cultivées dans le potager attenant au restaurant, et des spécialités de saison, travaillées avec beaucoup de goût et de surprises. Je suis conquise par le concept, j’adore cet endroit.
    • L’Absinthe, à La Garde Adhémar : bon marché et délicieux. Les deux restaurants ci-dessus représentent un certain budget, mais L’Absinthe est un resto abordable et délicieux. Pour un super rapport qualité-prix et une très jolie ambiance sur la place principale de la Garde Adhémar, un des plus beaux villages de France, ne cherchez plus. J’y vais très souvent avec des amis.
    Découvrez les meilleurs restaurants en Drôme provençale. Meilleur restaurant la Garde Adhémar
    L’Absinthe, à la Garde Adhémar, un des plus beaux villages de France.
    • On revient dans le haut de gamme avec Le Clair de la Plume à Grignan: un petit peu excessif niveau tarifs à mon goût, mais vraiment très bon et très fin, et dans un cadre absolument ravissant, qui vous ramène au Grand siècle tout en poésie !
    Découvrez les meilleurs restaurants en Drôme provençale. Meilleur restaurant Grignan
    Le Clair de la Plume, à Grignan
    • A Grignan et romantique toujours, mais un peu plus abordable : Le Poème de Grignan, un resto où j’ai fêté un jour la Saint Valentin et dont je garde un merveilleux souvenir. Ambiance boudoir, service attentionné et cuisine délicieuse.
    • Un resto pas cher et super sympa pour finir : mon italien préféré à Montélimar, c’est Al Dente. Simple, fait maison, pas cher, service rapide et chaleureux, un joli cadre facile d’accès depuis l’autoroute, j’y vais beaucoup avec des amis et je m’y sens comme à la maison.

    Oui, tous ces restaurants auraient mérité une présentation plus approfondie, mais voici notre vainqueur du jour, le Moulin de Valaurie, au pied du joli village perché de Valaurie.

    Le Moulin de Valaurie, et une histoire personnelle

    En juin prochain, j’épouse enfin mon cher Allemand blond, dont vous entendez souvent parler sur ce blog. Je voulais que le mariage ait lieu dans la région où j’ai grandi, ma belle Drôme provençale. Il voulait qu’il s’agisse d’un lieu « nouveau », où nous n’avions pas encore créé de souvenirs, afin d’associer notre mariage à un endroit qui resterait pour nous unique. Je voulais que cet endroit soit authentiquement provençal et champêtre, que les paysages et le cadre portent le visage de ma région de cœur. Je rêvais de lavandes, de cyprès, de vieilles pierres. Il rêvait d’un lieu authentique, pas « bling-bling ».

    Le lieu élu fut le Moulin de Valaurie, au pied du village perché du même nom.

    Découvrez les meilleurs restaurants en Drôme provençale. Meilleur restaurant Valaurie
    Au loin, le village de Valaurie. Imaginez les lavandes en fleurs. Photo prise depuis le Moulin de Valaurie

    J’y suis allée avec mon père par un beau samedi de novembre, afin de découvrir le cadre et la cuisine. Les lavandes étaient coupées, le jardin dénudé par l’automne. Il faut imaginer le lieu en plein été, tout de vert et de mauve. Mais j’ai été absolument charmée. J’ai aimé ces espaces ouverts sur un joli jardin, cette lumière, et la cuisine raffinée sans être trop compliquée, selon mes goûts. J’ai apprécié leur ouverture immédiate à mon souhait, « du poisson, mais pas de viande », et leur écoute. Le « repas de test » fut une réussite.

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    La cour du Moulin de Valaurie, lumineuse même en novembre

     

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    La terrasse du Moulin de Valaurie

     

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    Mon dessert, délicieux.

    Ce ne sont que quelques photos d’hiver, prises pour me souvenir de ce joli jour de décision. A vrai dire, je ne pensais pas les partager sur Itinera Magica, il s’agissait de photos « pour moi », sans doute peu spectaculaires, mais sentimentales, afin de me souvenir de ce joli jour où je suis allée avec mon père choisir le lieu de mon mariage.

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    Village de Valaurie depuis le restaurant et hôtel

    Mais vous vous en doutez, je vous reparlerai de cet endroit… très bientôt, à l’heure où les lavandes bourgeonnent !

    A deux pas : l’abbaye d’Aiguebelle

    A quelques kilomètres de Valaurie, dans le village de Réauville, se trouve la belle abbaye cistercienne Notre-Dame d’Aiguebelle, qui date du XIIe siècle. C’est un lieu entouré de sources et de roches dont j’ai toujours apprécié le calme et la sérénité.

    Abbaye Notre Dame d'Aiguebelle
    Abbaye Notre Dame d’Aiguebelle

     

    Abbaye Notre Dame d'Aiguebelle
    Vue sur l’abbaye

     

    Abbaye Notre Dame d'Aiguebelle
    Tout autour de l’abbaye, ce sont des ruisseaux, sources et ponts de pierre

     

    Abbaye Notre Dame d'Aiguebelle, Drôme provençale
    La vierge de l’abbaye.

     

    Route Drôme provençale vélo
    La fin d’une belle journée de novembre en Drôme provençale

    Autres adresses et restaurants en Provence

    Si vous voulez continuer de découvrir ma belle Drôme provençale, notamment les châteaux de Grignan, Suze-la-Rousse et la Garde Adhémar, c’est par ici : châteaux de la Drôme.

    Meilleur resto la Garde Adhémar
    Dans cet article sur les châteaux de la Drôme, je vous emmène par exemple à la Garde Adhémar.

    Si vous voulez d’autres bons restaurants en Provence, voici mon carnet de bonnes adresses à Aix-en-Provence.

    #EnFranceAussi : c’est un rendez-vous de blogueurs qui ont envie de partager leur amour de la France. Chaque mois, un guide Gallimard est à gagner. Pour participer au tirage au sort, c’est très simple:
    * Laissez un commentaire sur cet article, ou sur tout autre article participant à l’opération.
    * Signalez votre participation dans le groupe Facebook En France Aussi.

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    Les meilleurs restaurants en Drôme provençale, autour de Montélimar et Grignan, sur le blog de voyage Itinera Magica
    Meilleurs restaurants en Drôme provençale : épinglez moi sur Pinterest !

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  • Voyage et spiritualité : témoignages de foi et de doute

    Pèlerins à genoux à la poursuite d’une étoile, enfants qu’on vient plonger dans des fleuves sacrés, processions marchant vers des temples baignés de lumière : depuis la nuit des temps, la foi a toujours été associée au voyage. Dans presque toutes les religions, arpenter le globe pour rejoindre un sanctuaire fait partie du parcours initiatique du croyant, et le transforme. Le pèlerinage est un voyage vers Dieu et vers soi-même : parcourir le monde pour changer son cœur. Et même dans nos sociétés où les religions institutionnelles reculent, l’idée du voyage initiatique reste très puissante dans notre imaginaire. Nombreux sont ceux qui voyagent en quête d’une révélation, divine ou profane, cachée dans les cieux ou nichée au plus profond de l’âme.

    Voyage et spiritualité – j’ai demandé à des blogueurs, à des amis, ce que le sujet leur inspirait. Et j’ai adoré leurs témoignages. Voici des histoires de foi, de doutes, d’illuminations, de conversions ou de rejet brutal, égrenées au rythme des pas qui foulent les sentiers.

    Voyage et spiritualité. Californie
    Crépuscule à Joshua Tree. Le parc porte ce nom car les arbres qui le peuplent ressemblent à des pèlerins implorant le ciel.

    Marcher vers Dieu ou vers soi-même : le pèlerinage

    Rome pour les chrétiens, La Mecque pour les musulmans, Jérusalem pour les juifs, le Gange pour les hindous, le Gandhara pour les bouddhistes… toutes les religions ou presque ont sacralisé des lieux, comme s’il existait sur Terre des points de passage entre l’ici et l’au-delà, des creusets dans lesquels se révèle l’éternité. Certains lieux sont associés à des apparitions, d’autres, à la naissance de figures vénérables, mais ils ont tous en commun leur perméabilité au surnaturel. Ce sont des lieux où quelque chose se produit. Une vibration, une énergie. Et le cœur du croyant se sent aimanté vers cet endroit, comme le roi mage marchant vers la crèche de Jésus, à la poursuite d’une étoile plus brillante.
    Il y a dans l’idée du pèlerinage quelque chose de très beau et très profond, qui a inconsciemment marqué tous les voyageurs : certains lieux sur Terre sont sacrés, et nous grandissons en nous acheminant vers eux.

    Cathédrale de Sienne. Voyage et spiritualité
    Cathédrale de Sienne

    En Europe, l’une des routes de pèlerinage les plus célèbres et les plus empruntées est le « camino », le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Mon ami Florent l’a parcouru, traversant toute l’Espagne à pied, et garde le souvenir d’une expérience spirituelle puissante :

    Voyage et spiritualité
    Sur les chemins de St Jacques. (Photo de banque d’images.)

    « On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. » (Bouvier, Le poisson-scorpion)
    « Parfois on fait un voyage sans trop savoir pourquoi, en se mentant à soi-même et aux autres par honte de dire le réel but ou disons, le premier but, de notre entreprise. Dans une société bipolaire où le renouveau spirituel côtoie la critique et les railleries envers les « croyants », il est mieux de partir se chercher spirituellement sans vraiment le dire, pour ne pas passer pour un gentil illuminé.
    Voilà que mon expérience du chemin de St Jacques de Compostelle a été officiellement pour « découvrir à pied l’Espagne », alors que si évidemment c’était un des objectifs, le premier était de faire le point sur ma vie et sur ma spiritualité. Partir seul, sous un soleil de plomb qui recharge les batteries, son sac à dos sur les épaules, ses jambes endolories par 30km de marche quotidienne rencontrer des inconnus qui apportent un nouvel éclairage à nos questions et puis, enfin, avoir la révélation. Celle d’un monsieur qui me dit, de manière anodine, alors qu’il vient de changer ma vie, une simple phrase qui m’a fait comprendre pourquoi je faisais le chemin et autour de quoi ma spiritualité tournait. En une simple phrase, l’équivalent de jours entiers de réflexion m’était livré. Pour ma part, l’arrivée à St Jacques comptait peu, c’est surtout l’expérience dans son ensemble qui compte : les réflexions, les beaux paysages, les moments de solidarité avec les compagnons marcheurs, et le simple fait de prendre du temps pour soi, pour apprécier d’être en vie, seul avec soi-même, et d’en oublier le temps. Je ne me suis même pas arrêté à St Jacques, j’ai préféré continuer vers la mer, face à laquelle on ne peut plus avancer : là où le chemin vraiment s’arrête. 600 km à ne pas voir l’océan ni même le deviner quand on est en Castille, ou dans les montagnes de Galice, puis le découvrir là, et se dire que c’est une récompense et une si belle fin après tout ce temps à marcher, penser aux choses qui comptent dans la vie ou encore aux problèmes qu’on avait besoin de régler. Finir là dans l’eau de l’Atlantique, et remercier la Vie pour cette expérience unique, à laquelle on repense bien après notre retour lorsque l’occasion s’y présente ou dès qu’on voit une flèche inscrite sur un mur, telles celles qu’on a suivies pendant des semaines comme repère précieux vers notre destination. Je conseille à tous, croyant ou non, de faire une fois dans sa vie une expérience de pèlerinage car au final, peu importe, on a tous quelque chose à apprendre, à régler ou à demander à la Vie : peut-être que vous n’aurez pas les réponses aux questions posées, mais ce voyage apportera d’autres bienfaits et bien plus que ce à quoi vous vous attendiez. On a le temps, pendant des journées entières de marche, d’oublier nos problèmes, d’en régler certains, de découvrir beaucoup sur soi-même et d’oublier le temps.  Tous à vos sacs et bon voyage avec vous-mêmes ! »

    Voyage et spiritualité
    Statue du marcheur. Photo de banque d’images

    La révélation survient parfois en voyage sans même qu’on l’ait cherchée. Certains lieux semblent dotés d’une profondeur mystique qui nous place en état de suggestion, nous touche et nous bouleverse. Dans les années 1800, nombre de poètes et de peintres romantiques allemands, élevés dans le protestantisme, ont vécu des expériences mystiques en visitant Rome, en assistant à une messe au Vatican, et se sont convertis au catholicisme, vaincus par la puissance qui émanait des lieux. Certaines personnes ressentent quelque chose de si fort dans les lieux saints que leur vie est bouleversée et qu’une nouvelle foi s’impose à eux. Et même sans conversion, certaines expériences sont si puissantes qu’elles marquent profondément la vie du voyageur.

    Alexis, l’auteur du magnifique blog Le petit explorateur, raconte ainsi :

    « J’ai eu la chance de me trouver à Varsovie un dimanche. Poussé par un je ne sais quoi, je me suis laissé entraîner à l’église et j’ai assisté à la messe en polonais. Ma faible connaissance de cette langue ne me permettait pas de comprendre le prêche, mais les chants étaient magnifiques et chaque note d’orgue me traversait littéralement le corps et me donnait des frissons. Soudain, assis tout au fond de l’église, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps sans plus pouvoir m’arrêter. J’étais ému et apaisé. J’ai fondu en larmes et ça m’a fait un bien fou.
    Il ne s’agit pas d’une révélation, j’ai reçu de mes parents une éducation catholique et, enfant, j’allais à la messe le dimanche et au catéchisme après l’école plusieurs fois par semaine. J’ai même failli être enfant de chœur… Les années ont passé, j’ai changé, j’ai grandi mais j’ai toujours gardé un lien fort avec la Foi. Quand je voyage, j’aime fréquenter des églises. J’y vais pour prier ou tout simplement pour y trouver calme et sérénité. C’est comme un besoin. J’aime la sensation de sécurité qui s’en dégage. De même qu’au cours de mes voyages au Moyen-Orient, j’aime visiter les mosquées.  Là aussi, il se dégage de ces lieux une force, une énergie. Ces lieux, ces murs ne sont pas quelconques. Je sens une présence, une plénitude toute particulière.
    Voyager en Israël a été un périple particulier. Jérusalem, Nazareth, Bethléem sont autant de destinations qui ont une portée symbolique. Je n’ai même pas pu résister à l’envie de m’immerger dans le Jourdain, à l’endroit supposé du baptême du Christ, malgré l’eau d’apparence boueuse. »

    Varsovie
    Varsovie par Alexis. Retrouvez le sur Instagram

    Alexis n’a pas été foudroyé par son expérience mystique, et a continué à tenir la plume et prendre des photos, pour notre plus grand bonheur. Mais parfois, une véritable crise mystique submerge les voyageurs : on parle ainsi de « syndrome de Jérusalem » pour évoquer la transe qui s’empare de certains visiteurs dans la ville sainte. Mon amie Marie-Ange (prénom modifié à sa demande) raconte :

    « Je ne parle jamais de ce qui m’est arrivé à Jérusalem, car tout le monde me prend pour une folle. Dès que je suis entrée dans la ville sainte, j’ai senti quelque chose de grand et de beau s’emparer de moi. Il y avait comme un bourdonnement dans mes oreilles, le sang me battait aux tempes, j’étais fébrile. J’ai visité l’église du Saint Sépulcre avec une présence très douce qui m’accompagnait. Et sur le mont Sion, où Marie a rejoint les cieux, elle s’est révélée à moi et j’ai su qu’elle était là. J’entendais sa voix et je sentais une chaleur qui me baignait. La mère de miséricorde, qui me protégeait, veillait sur moi, et me serrait contre son cœur. Je pleurais toutes les larmes de mon corps, mais je n’avais jamais été aussi heureuse. Ma sœur m’a prise pour une folle. Pourtant, elle est catholique elle aussi, et je me demande à quoi cela sert de lire la Bible et de célébrer les miracles si on refuse d’admettre que Dieu et les saints sont toujours là, parmi nous, et qu’ils peuvent parler à chacun d’entre nous, à condition de bien vouloir les entendre. Depuis ce jour, je sais que Marie m’aime et veille sur moi, et cela m’aide à tenir debout. »

    Jérusalem
    Jérusalem, la ville sainte, par Alexis Le petit explorateur

    Les lieux de pèlerinage peuvent aussi toucher profondément des gens qui ne partagent pas cette foi, mais qui sont marqués par la ferveur et l’émotion qui émane de ces lieux.

    Samantha, la voyageuse infatigable du blog There she goes again, raconte :

    « J’ai été élevée dans le catholicisme, mais on m’a toujours appris à respecter toutes les religions. Avec une mère catholique modérée et un père juif, notre foyer gardait toujours un certain équilibre. Je ne réfléchissais pas vraiment au fait d’être catholique, et d’avoir une religion en général – cela faisait partie de ma vie.  La religion était une des choses qui composaient mon monde, mais je n’y prêtais pas vraiment attention.
    C’est en commençant à voyager que je me suis mise non seulement à respecter la religion, mais à comprendre son pouvoir et son influence dans le monde. En regardant les croyants en prière dans une église européenne magnifiquement décorée, ou les offrandes déposées chaque matin au pied des temples par les Balinais, j’ai compris que la religion touchait le cœur des gens de façon très particulière. Ma propre spiritualité grandit avec chaque nouveau pays que je découvre. Quand on assiste à des manifestations de dévotion si puissantes, si authentiques, qu’on voit quelqu’un se consacrer pleinement à son dieu, cela vous fait réfléchir, et vous rapproche sans doute du vôtre. »

    Chiang Mai by There she goes again
    Samantha à Chiang Mai, Thaïlande. Retrouvez la sur Instagram
    Bali.
    Temple à Bali, photo de banque de données.

    Comme Samantha, j’ai été très marquée par l’empreinte laissée par la spiritualité sur le monde, et notamment par les témoignages des civilisations anciennes, et de leurs dieux oubliés. Les temples à l’abandon en Grèce et en Italie, les pyramides mayas en ruine au cœur de la jungle mexicaine m’ont plongée dans une sorte de vertige, me faisant mesurer mon insignifiance à l’aune de l’éternité, puisque même les dieux peuvent mourir.

    Ville maya en ruines dans le Yucatan.
    Ville maya en ruines dans le Yucatan.

    Voyage vers des lieux puissants et perturbants

    Le contact avec les autres spiritualités peut aussi profondément vous bouleverser. Le voyage peut être l’occasion de découvrir des lieux qui vous mettent face à face avec la condition humaine dans ce qu’elle a de plus nu et de plus brutal. Notre culture occidentale a oublié la mort, l’a mise sous clef et dérobée aux regards – d’autres traditions la conçoivent autrement.
    Ma mère m’avait raconté la cérémonie du retournement des morts à Madagascar : les morts sont exhumés, lavés, changés, et recouchés sous terre. L’idée de la confrontation avec la putréfaction et l’atroce déformation de ceux qu’on a aimés me terrifie, et je vous fais grâce d’une photo. Je sais que je ne voudrais pas y assister, pour rien au monde, et que je n’irai jamais à Varanasi. Mais Pierre-Luc, l’auteur talentueux du blog Explorer la planète, y est allé pour nous, et nous raconte ce lieu unique et dérangeant

    « Varanasi est l’une des villes qui m’a émotionnellement le plus touché. Ici, la vie et le trépas ne font qu’un. Pendant que les vivants prient et méditent sur les rives du Gange, les défunts y sont brûlés tout juste à côté. Une fois la crémation complétée, les cendres sont jetées dans le même fleuve où les pèlerins se lavent, nagent et se brossent les dents. Chaque jour, et ce depuis des millénaires, les corps bien en vie et les cendres des morts se mêlent. Ajoutez à cela l’odeur prenante des brasiers et vous obtenez une scène riche en émotion qui ne peut laisser personne indifférent. Varanasi est une ville qui vient chercher le voyageur occidental par les tripes. La spiritualité et les rites funéraires des lieux peuvent définitivement dérouter les cœurs sensibles. Cependant, lorsqu’on regarde toute l’action qui se déroule autour des ghats de crémation, on est forcé de se rendre à l’évidence que les Indiens de Varanasi sont bien en vie. Les jeunes y jouent au cricket, certains y font leur lavage alors que les vieux sages discutent tranquillement. En marchant sur les ghats le long du fleuve sacré, on croise beaucoup de sourires. Le quotidien hindou suit son cours normal. À Varanasi, la vie et la mort sont en symbiose. C’est ça le paradoxe de Varanasi qui la rend si prenante. »

    Varanasi.
    Varanasi par Pierre-Luc – retrouvez le sur la page Facebook Explorer la planète

    A Palerme, j’avais été très perturbée par le couvent des capucins, où depuis des siècles, on fait sécher les morts et les expose, habillés, endimanchés, dans de grandes galeries souterraines, comme s’ils continuaient à s’inscrire dans la comédie humaine. L’effarante vision de cette normalité de la mort m’avait bouleversée, et je l’avoue : j’avais presque regretté de m’y être rendue.

    Au couvent des Capucins, à Palerme
    Au couvent des Capucins, à Palerme

    D’autres regrettent leurs voyages pour des raisons toutes autres. Car parfois, au lieu d’insuffler la foi, le pèlerinage sème le doute.

    Crises de foi sur la route : le pèlerinage qui déçoit

    Pour certains, le pèlerinage est comme une rencontre amoureuse, depuis longtemps préparée et attendue… et l’aboutissement n’est pas toujours à la hauteur des espoirs placés sur ce moment. Claudia, la pétillante blogueuse de Zeeba Life, raconte le choc de sa découverte de Rome :

    Voyage et spiritualité
    Claudia face au paysage. Retrouvez la sur Instagram

    « J’ai grandi en Amérique du Sud dans une famille catholique. Nous allions à la messe, nous priions ensemble et participions à presque toutes les fêtes religieuses. Un été, lors d’un voyage en Europe, j’ai eu l’opportunité de visiter le Vatican, LE lieu dont tous les Catholiques rêvent de faire l’expérience. J’étais très enthousiaste à l’idée d’apprendre à mieux connaître ma religion, mes racines et notre héritage. Mais dès l’instant où je suis entrée au Vatican, un sentiment d’incrédulité m’a envahie, et plus j’en voyais, plus il grandissait. C’était sidérant pour moi de voir à quel point cet endroit était riche et luxueux. De voir quels trésors avaient été accumulés et dissimulés au sein de ces murs. De voir que le Vatican était barricadé, fermé aux gens dans le besoin. A chaque pas, je sentais la foi que j’avais en ma religion se dissiper. A la fin de ma visite, j’étais si surprise et intriguée par tout ce que j’avais vu que j’ai commencé à faire des recherches quant aux pièces exposées au Vatican, et j’étais choquée de découvrir combien parmi eux avaient été volés, utilisés pour intimider des peuples, ou comme symbole de pouvoir. Cette expérience qui aurait dû approfondir mon sentiment religieux a eu l’effet inverse sur moi. Mais je suis heureuse de ce que j’ai appris. Cela m’a aidée à comprendre ce en quoi je crois vraiment : il est possible de croire en Dieu sans s’attacher émotionnellement à une religion que beaucoup ne connaissent pas vraiment. »

    Vatican
    Vatican, image de banque de données

    Mon amie Drissia, qui est franco-algérienne et musulmane, a fait la même expérience décevante lors de son pèlerinage à La Mecque :

    « Quand tu es musulman, aller à La Mecque, c’est quelque chose que tu dois faire une fois dans ta vie. C’est très important pour tout croyant et d’une certaine façon, tu as l’impression que tu n’iras pas au paradis tant que tu ne l’auras pas fait. Mes parents voulaient faire le pèlerinage depuis des années, et je les ai accompagnés. Franchement ? La Mecque, c’était pas pour moi. Je n’ai pas aimé du tout l’Arabie Saoudite, les rues complètement vides, les femmes entièrement voilées, la sévérité de la police. Je me sentais totalement étrangère. La Mecque ne m’a rien fait, je n’étais pas touchée, émue, je voulais juste rentrer chez moi. Je me suis demandée si ça faisait de moi une mauvaise musulmane, mais en fait, non. Pour moi l’islam, c’est le rapport que j’entretiens moi avec Dieu, c’est très personnel. Et c’est aussi et surtout le ramadan avec ma famille et la rupture du jeûne tous ensemble, l’Aïd, des moments de fête et de partage. »

    Abu Dhabi
    Sublime mosquée Sheikh Zayed à Abu Dhabi. Rien à voir avec La Mecque, nous sommes d’accord, mais j’avais envie de repartager avec vous cette photo que j’adore. Plus de photos d’Abu Dhabi ici

    Le pèlerinage peut vous donner le sentiment de ne pas être à la hauteur. Je me souviens d’une amie catholique très croyante, qui m’avait avoué avec un sentiment de honte qu’elle n’avait rien ressenti à Lourdes, alors qu’elle en avait tant attendu, mais qu’elle avait été déçue par le côté industriel du lieu, les chapelets et les Vierges Maries baromètres qui brillent dans le noir à vendre partout, la grotte entourée de béton, les files d’attente organisées comme un concert de Johnny Halliday… La religion n’échappe pas à la disneylandisation du monde. J’en ai souri à Sedona.

    Le voyage vers soi-même

    Même les religions « new age » ont conservé une forme de pèlerinage. Pour le courant new age, la Terre est parcourue par des énergies puissantes, qui émanent des pierres, du sol, des montagnes et de la nature, et certains endroits sont des « vortex » particulièrement puissants, où l’énergie est si forte qu’elle en devient tangible. La ville de Sedona, en Arizona, est considérée comme l’un des trois lieux au monde où les vortex sont les plus puissants. Les gens accourent du monde entier pour entre dans l’énergie, ressentir la métamorphose, se disent transformés. Des « vortex tours » en 4×4 sont organisés pour les voyageurs pressés. Sedona est devenue la capitale du yoga, des cristaux, du kombucha et de la recherche de soi-même. Cette dernière peut sans doute se vivre de façon moins mercantile, et plus profonde.

    Sedona
    Sedona. Plus de photos et d’histoires sur cet endroit hors du commun : par ici

    Sedona incarne une tendance lourde des spiritualités modernes : placer la révélation non pas dans une divinité extérieure, ou dans une religion institutionnelle, mais en soi-même. L’idée n’est pas nouvelle. En 1799, le poète romantique allemand Novalis racontait dans Les disciples à Saïs l’histoire d’un jeune homme qui rêve de découvrir le secret du monde, la plus haute vérité, et qui brave l’interdit suprême : il soulève le voile qui dissimule la figure cachée de la déesse du temple de Saïs. « Et alors il vit – miracle des miracles ! – son propre visage. » Novalis faisait le lien avec des spiritualités très anciennes. Nombre de cultures millénaires ont développé l’idée selon laquelle la guérison et la révélation étaient en nous.

    Mike, l’un des deux auteurs du magnifique tandem Lovetrotters, nous raconte son initiation aux techniques de guérison énergétiques en voyage.

    « Dans nos sociétés modernes, nous avons pris l’habitude de gober un comprimé pour se débarrasser, ou du moins masquer, chacun de nos maux. En voyageant et en me frottant à d’autres croyances millénaires, j’ai petit à petit adopté une vision plus holistique sur le pouvoir de guérison du corps humain, qui prend en considération autant son bien-être physique, mais aussi son équilibre mental, émotionnel, social, culturel et spirituel. De passage en Amérique du sud, je me suis intéressé aux rituels de chamanisme à l’Ayahuasca sans toutefois avoir eu la chance de m’y adonner, ensuite j’ai appris plusieurs techniques de méditation en Indonésie, puis j’ai reçu des traitement ayurveda en Inde, avant d’être initié au Reiki. Le Reiki est une technique de thérapie énergétique ancestrale originaire du Japon, qui intervient sur le champ vibratoire de la personne pour libérer des énergies bloquées afin de rétablir un équilibre et un bien-être naturel.
    J’étais dorénavant convaincu qu’il existe une force vitale universelle en nous et autour de nous. On parle de cette énergie dans toutes les cultures et pratiques spirituelles ancestrales, mais sous des termes différents: Les Hindous l’appelle « prâna », les Quichuas la « Pachamama », les chinois le « Chi », les Grecs le « pneuma », et les chrétiens la « lumière » ou « l’Esprit-Saint », et plus récemment dans « Star Wars », on l’appelle « La Force ». Dans une séance de Reiki, le praticien est un medium de cette énergie universelle et, à l’aide de symboles ésotériques et de sons sacrés, la transmet en imposant ses mains sur différentes parties du corps du patient. Tandis que la médecine moderne considère le corps malade comme une machine brisée qu’il faut réparer par une intervention extérieure à travers des traitement chirurgicaux ou médicamenteux sans aucune participation active du « patient », la médecine énergétique cherche à stimuler les capacités naturelles de guérison, en rééquilibrant les énergies du corps pour atteindre un état d’harmonie global. Nous sommes tous capable de canaliser l’énergie, le réflexe d’apposer notre main sur un maux que nous avons provient peut-être de là.
    Après avoir reçu quelques traitements de Reiki qui m’ont miraculeusement guéri d’une douleur chronique aux genoux (entre autres), j’ai décidé de devenir praticien en suivant une série d’initiations ritualisées ou l’énergie se transmet de maître à disciple. J’ai passé mon premier stage en Inde, et mon 2ème niveau de Reiki au Maroc. Finalement, mon voyage autour du monde était, plus que tout, un voyage intérieur qui m’en a beaucoup appris sur moi-même et qui m’a ouvert l’esprit sur d’autres croyances et écoles de pensées diamétralement opposées à mon éducation, et le voyage se poursuit tous les jours. »

    Bagan, Birmanie
    Montgolfières au lever du jour en Birmanie, au milieu des temples de Bagan. Photo de banque de données

    Par le voyage et en s’éloignant de sa culture d’origine, Mike s’est tourné vers des formes de spiritualité plus anciennes, plus holistiques, qui recréent l’harmonie avec le monde. Pour d’autres, la notion de spiritualité se fait plus diffuse encore, sans lien avec une tradition précise, mais animée d’une foi en une sorte de magie du quotidien – correspondances, coïncidences, appels, la sensation que « cela devait se passer ainsi ». C’est ce que décrit Lucie, qui raconte ses jolis voyages sur le blog Worldtravelheart 

    « J’ai l’impression que tous mes voyages ont été des voyages spirituels.
    Pourtant, je ne suis jamais partie réellement pour cela, mais à chaque fois, j’en suis revenue changée.
    Je ne sais pas réellement si c’est les voyages qui m’ont fait développer ma spiritualité ou si c’est à cause de ce besoin de sens que j’ai pris le départ. En 2015, infirmière en soins palliatifs, mon cœur me murmurait chaque jour de remettre de l’ordre dans mes priorités. Un désir que j’ai fait taire, jusqu’au jour où je n’en pouvais plus. J’ai acheté mon premier guide de développement personnel, j’ai écris mes objectifs pour l’année à venir et noir sur blanc j’ai inscrit sur mon carnet : Partir vivre en Angleterre. Sur ma route, à cet instant, j’ai fait la rencontre de mon compagnon. Il revenait d’Australie et avait déjà vu plus de pays que je ne pouvais en compter… C’est le coup de pouce qu’il me fallait, la plus belle synchronicité que j’ai pu vivre. Avec lui, la décision s’est concrétisée avec une facilité déconcertante: j’ai rompu tous mes contrats, mon bail et on est partis. C’était loin d’être raisonnable, pas dans la norme mais tellement positif.  A ce moment, pour la première fois, je me suis donné le droit de vivre mes rêves, j’ai laissé de la place à mes aspirations profondes, un engrenage s’est enclenché.
    On a continué à voyager car c’est ce qui nous faisait vibrer. Au-delà des frontières, on s’est réellement ouvert l’un à l’autre, étape après étape, entre nos joies, nos larmes, nos déceptions. Je suis certaine qu’un quotidien plus tranquille ne nous aurait jamais permis une telle cohésion tous les deux. 
    Et puis il y a eu la Réunion, on voulait un endroit pour se poser un moment. Ça aurait pu être un échec car mes projets de recherche de travail n’ont jamais abouti, mais l’Univers en a décidé autrement. J’avais du temps, un temps fou que j’aurai pu laisser filer dans un autre contexte, mais à 10 000 km de mes habitudes, ça a été une occasion magique de renouer avec moi-même. Un voyage pour se découvrir. J’ai réfléchis énormément et j’ai fait avancer d’autres projets plus personnels, ceux qu’on garde dans un coin de notre tête quand on est trop pris par le train-train. J’ai avancé d’un bond en quelques mois, ce que ma vie en France ne m’a jamais permis. Je me suis reconnectée avec moi-même, comme si j’avais fait la paix avec une partie de moi que je voulais renfermer à tout prix. Aujourd’hui, je continue à développer cette part de spiritualité car le voyage m’a permis de renouer pleinement avec elle et je ressens que c’est vers là que je dois aller.  Il m’a permis de donner plus de sens à mon passage sur Terre. Désormais, j’ai l’intention de faire de mon mieux pour aider d’autres personnes à cette prise de conscience, maintenant que ça me semble tellement important dans ma vie. Je me suis éveillée et j’aimerai aider notamment mes lecteurs à en faire autant.  « 

    Retrouvez Lucie sur Instagram
    Retrouvez Lucie sur Instagram

    Déchristianisée, moins religieuse, mais toujours en quête de sens, notre génération a de plus en plus tendance à se bricoler sa propre spiritualité personnelle, un cocktail syncrétique qui mêle différentes influences et une bonne dose de création originale. Certains critiquent vertement cette tendance. Le pasteur Lilian Daniel adore se moquer des gens de notre époque, dénonçant le culte du Moi, le narcissisme de ceux qui « pensent que les religions conventionnelles sont ennuyeuses mais se trouvent eux-mêmes parfaitement fascinants ». L’oubli de soi, l’abnégation professée par les religions anciennes a été remplacée par une floraison d’egos en quête d’autorévélation. Mais les religions établies ont-elles vraiment rendu le monde meilleur ? Le repli sur soi, son propre destin, ses buts et ses rêves est compréhensible à l’heure où nous vivons de nouvelles guerres de religion. Et dans notre quête de nouveaux dieux profanes, une tendance lourde se dessine.

    Le voyage comme religion

    « Voir Naples et mourir ». L’expression consacrée, désignant le summum de l’extase esthétique, après quoi la mort devient plus acceptable, peut se décliner de mille manières. « Voir le Grand canyon et mourir », « voir Bora-Bora et mourir », « voir Angkor-Wat et mourir », et ainsi de suite. Nous sommes nombreux à avoir réinventé le pèlerinage et transformé la Terre en réseau de sanctuaires qui doivent être vus impérativement avant la fin de nos jours, sous peine de ne pas mourir en paix, et d’emporter d’amers regrets dans sa tombe. La beauté du monde s’est changée en urgence – nous sommes comme le musulman très croyant qui craint de mourir sans être allé à La Mecque. Etre Terrien et ne pas avoir vu le Machu Picchu, la grande barrière de corail, les montgolfières au-dessus de Bagan au lever du jour, ou les collines de Toscane, devient sacrilège. Nous rêvons de mille lieux que nous changeons en mythes, qui prennent à nos yeux les contours de la terre promise.

    grand canyon
    Moi face au grand canyon.

    Nous inventons des rituels. Nous nous levons avant le jour et escaladons des montagnes pour voir le soleil levant au sommet, car « il faut avoir vu ça », et nous sommes alors envahis d’un sentiment de plénitude et de vertige inexplicable – nous pensons ne croire en rien, mais c’est bien de la dévotion que nous ressentons alors. La Terre est devenue notre déesse. Comme les pèlerins qui marquent leur passage dans les temples en allumant des cierges, en déposant une offrande aux pieds du dieu ou en clouant un ex-voto sur le mur, les amoureux attachent des cadenas dans les lieux qui les ont marqués, pour laisser un morceau d’eux-mêmes et sanctifier leur amour, et d’autres emportent une photo, une poignée de sable, un caillou, comme autant de reliques. Le voyage n’est plus un hobby, c’est un état d’esprit, une philosophie, une religion.

    Voyage et spiritualité
    Coucher de soleil à Key West

    Nous parlons de nous perdre pour mieux nous retrouver, de donner un sens à notre vie, de nous sentir plus vivants, de rentrer en communion avec le monde. Nous ne sommes jamais à court de lyrisme pour évoquer la passion que nous inspire les paysages, et les révélations de la route. Nous imaginons que chaque voyage sera un « nouveau départ », une page blanche, comme Clovis qui reviendrait cent fois se plonger dans l’eau baptismale. Certains partent en voyage comme on entre dans les ordres : sans argent, sans date de retour, sans attaches. D’autres avouent pleurer la veille du départ, ressentir violemment l’arrachement, la perte de soi, mais persévérer malgré tout, avec une résolution presque masochiste, parce qu’il faut le faire, que la vraie vie est là. D’autres encore recherchent toujours plus loin le dépassement de soi – traverser l’Antarctique en kayak ou l’Asie centrale à pied –, et ceux qui réduisent cette pulsion de l’extrême à du m’as-tu-vu ne mesurent pas la soif de sens qui anime ces nouveaux ascètes, semblables au moine du Moyen-Âge qui jeûnait toujours plus longtemps, parcourait les chemins à genoux et dormait sur des chardons pour être plus proche de Dieu. Nos blogs et nos Instagrams seront peut-être un jour témoins de cette époque où nous vénérions les levers et les couchers de soleil, comme les païens d’autrefois.

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    Pompéi.

    Et nous en sommes certains : le voyage est une sorte de mission sacrée, où l’univers va nous envoyer des messages. Astrid, l’auteur du joli blog Histoire de tongs, nous parle du karma du voyageur :

    « Je n’ai jamais été une grande adepte des religions, je ne m’attendais donc pas à développer une quelconque forme de spiritualité durant mes trois années de voyage. Pourtant, au fur et à mesure que se déroulait mon aventure, j’ai découvert que je croyais en quelque chose de supérieur. J’ai mis du temps à identifier ce en quoi j’avais foi, d’ailleurs, cela ne m’intéressait pas tant que ça. Après avoir pris le temps d’y réfléchir, il m’a semblé qu’il existait un certain karma du voyageur.
    Plus le temps passait, et plus je m’apercevais que l’Autre était bon envers moi, bien que je ne méritais pas plus qu’autrui ces différents traitements de faveur. J’ai alors décidé de m’améliorer, et d’essayer de rendre au monde ce qu’il m’avait apporté. Mois après mois, j’ai eu la confirmation qu’en faisant de mon mieux, c’est toute une chaîne positive qui s’activait autour de moi. Pas une mauvaise rencontre n’a terni mon tour du monde : j’ai eu l’impression de recevoir le meilleur de chaque personne que je rencontrais.
    S’il est une activité qui m’a particulièrement transformée, c’est bien l’auto-stop. Chaque jour, je réalisais que c’était comme si la totalité de mon trajet était planifiée par ce fameux karma. Je crapahutais d’une voiture à l’autre comme si je jouais à saute-moutons, les conducteurs semblant arriver comme par magie au bon endroit, et au bon moment.
    J’ai également été très marquée par mes différentes expériences de voyage sans argent. Bien que j’en dépense parfois un peu, le glanage et la récupération ont été mes principales sources d’approvisionnement. Combien de fois ai-je été surprise de voir ce que je pouvais trouver sur ma route ! Nourriture, vêtements, pièces de monnaie, j’en venais presque à me demander qui avait déposé tous ces trésors sur mon chemin. Pour toutes ces raisons, je me suis donc mise à croire à ce prodigieux karma du voyageur. C’est en entretenant ce dernier du mieux possible que mon aventure autour du monde m’a rendue sereine, heureuse, et enrichie de toutes ces magnifiques rencontres. »

    Astrid, inépuisable baroudeuse. Retrouvez la sur Facebook
    Astrid, inépuisable baroudeuse. Retrouvez la sur Facebook

    Nous avons tous, en voyage, ressenti ces coïncidences magiques, ces rayons de soleil qui trouent les nuages au moment précis où nous étions lassés, ces rencontres fortuites qui nous révèlent un lieu secret, ces petits clins d’œil de la bonne étoile. Mais notre zèle de convertis peut parfois agacer notre entourage. Je retranscris librement le coup de gueule d’une amie proche (qui ignore que son agacement va se retrouver sur mon blog ;)) :

    « Vous nous faites chier avec vos voyages, avec vos petites phrases inspirées sur Facebook, il faut se perdre pour trouver son chemin ; si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine, elle est mortelle, et tous ces trucs dans le genre. Vous faites comme si on ne pouvait pas comprendre le sens de la vie sans être parti pieds nus en stop à Pétaouchnock et s’être fait bouffer par des punaises de lit, comme si vous étiez les seuls à avoir capté les SMS de l’univers, et que nous on était des nazes qui ont rien compris à la vie. Vous n’arrivez pas à concevoir qu’on puisse très bien vivre sans avoir grimpé des tas de cailloux ou nagé avec des crocodiles ou je ne sais quoi, qu’on puisse se passionner pour son job, son couple, ses enfants, ses bouquins, ou autre chose. Mais vous nous saoulez ! Vous êtes des espèces de talibans du voyage ! »

    Voyage et spiritualité
    Illumination mystique en maillot de bain aux Seychelles. La photo qui énerve tout le monde sur Facebook

    J’ai ri et je me suis un peu reconnue. Je l’avoue : les voyages sont devenus ma religion. J’ai rarement vécu le monde qui m’entoure avec une telle acuité, avec une telle prégnance que sur la route, comme si chaque sensation était décuplée, que le monde s’abattait sur moi comme une pluie de braises sur une peau nue, et que je me tenais face au grand miroir de l’éternité, mesurant la place qui échoit à chaque chose et louant chaque seconde qu’il m’est donné de passer sur Terre. En septembre dernier, je suis partie seule pour un road trip californien, et en voyant les vagues rouler sur le Pacifique, le soleil se coucher sur les yuccas décharnés de Joshua Tree, je me sentais follement vivante, submergée d’une indicible émotion. Je me suis dit que je ne voulais pas mourir sans avoir tout vu, le feu dans les cratères du Vanuatu et l’atoll de Kure, les îles blanches de Whitsundays et les glaciers de Patagonie, les immensités de Sibérie et le saut de l’ange au Venezuela. Je sais que voir la Terre tout entière est un fantasme de Sisyphe. Mais je ne peux pas renoncer.
    Sans devenir trop prosélyte. Sans devenir une talibane du voyage.

    Et vous ? Le voyage est-il votre religion ?

    Salvation Mountain
    Salvation Mountain

    Photo ci-dessus : Salvation Mountain, dans le désert de Californie. Un des endroits les plus mystiques et dérangeants que je connaisse. Je vous en parle très bientôt, dans ma série d’articles sur la Californie qui commencera la semaine prochaine.

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