Les plus beaux sites amérindiens d’Arizona
Les peuples ancestraux des grandes plaines vous fascinent, et vous voulez découvrir la culture de ces nations amérindiennes ? Un voyage en Arizona s’impose. Tuzigoot, Heard Museum, San Francisco Peaks, Mission San Xavier, Montezuma Castle… autant de sites amérindiens fascinants qui vous permettront de mieux comprendre les premiers Américains.
Un quart du territoire de l’Arizona est occupé par des réserves, et les premiers habitants des Etats-Unis ont su préserver leur culture et l’adapter aux défis de la modernité, malgré les terribles violences subies lors de la colonisation. Ici, sur le gré rouge du Sud-Ouest, ils ont pu reconquérir des pans de cette terre immense. La ville de Phoenix accueille le plus grand et le plus beau musée consacré à l’art et la culture amérindiens, le musée Heard. Et partout dans l’Etat, des ruines monumentales racontent l’histoire des peuples Amérindiens qui ont apprivoisé ces terres arides, il y a si longtemps…

Avant les Blancs, les Amériques ont connu des millénaires d’histoire amérindienne. Les premières traces d’une occupation humaine sur le sol de l’Arizona datent d’il y a treize mille ans – imaginez ce que cela représente, et tout ce que nous ignorons de l’odyssée humaine à travers les âges. Partout sur le continent américain, des empires ont soumis des terres immenses, puis se sont effondrés, des hommes ont bâti, combattu, cultivé, chanté, peint et regardé le ciel. On connaît les civilisations des Mayas ou des Aztèques, les ruines de Chichen Itza ou du Machu Picchu. Mais saviez-vous qu’en Arizona aussi, une civilisation monumentale a vu le jour bien avant notre ère, construit des villes et des canaux au cœur du désert ? On les a nommés les Sinagua, les « sans eau », car ils ont vécu au cœur de la chaleur aride. Mais leur monde n’était pas sans eau, bien loin de là : il avait appris à la dompter, à la faire jaillir là où le sol est sec. En allant en Arizona, j’ai découvert l’histoire de ces peuples, et de leurs descendants. Et leur histoire m’a fascinée.

Commençons par la plus incroyable : savez-vous comment Phoenix est née ?
Phoenix, une civilisation renaît d’une autre
Il y a plus de mille ans, un peuple ingénieux et puissant occupait la « vallée du soleil », la vallée de Phoenix. Alors que l’été la change en fournaise, que le sol est sec et nu, ces gens avaient su mettre au jour les sources cachées dans la terre rouge, et la « Rivière salée » qui la traverse. Et ils les avaient domptées. Les Hohokam – tel est leur nom – avaient bâti un gigantesque système de canaux d’irrigation, qui s’étendait dans toute la vallée, et était devenu le berceau d’une civilisation florissante. Ces ingénieurs des temps anciens nourrissaient plus de huit mille personnes par leur maîtrise de l’eau, cultivant maïs, haricots, courges et coton.

Autour de 1450, les Hohokam ont quitté la vallée du jour au lendemain, abandonnant leur ville prospère, leurs temples et leurs canaux, et personne ne sait pourquoi. Leurs descendants disent que les étoiles leur avaient intimé de poursuivre leur destinée ailleurs, et qu’ils suivaient les commandements des constellations. La ville des Hohokam abandonnée a somnolé durant quatre siècles.
En 1867, les colons commencent à occuper l’Arizona, et Jack Swilling, un pionnier aventureux, découvre la vallée… et les canaux. Rendez-vous compte : cela faisait quatre cent ans que ces canaux végétaient dans le désert, mordus par les vents, le sable et l’érosion – et ils étaient toujours là. Swilling comprend l’ampleur et la qualité du système hydrographique qu’il a sous les yeux, et le potentiel de l’endroit. Il décide alors de réparer et de rouvrir les canaux. Quatre siècles plus tard, la ville verte des Hohokam reprend vie. Des récoltes spectaculaires ont lieu l’année suivante. Swilling venait de prouver, grâce au savoir des premiers peuples, qu’une vie florissante était possible au sud de l’Arizona. La colonie prospère, et il faut lui donner un nom. « Phoenix », suggèrent les lettrés, « Phoenix », car tel l’oiseau qui plonge dans les flammes et renaît de ses cendres, la nouvelle ville américaine est le miracle d’une très ancienne civilisation qu’on ramène à la vie.

Aujourd’hui, Phoenix est la cinquième ville américaine. Les retraités sont venus chercher le soleil, puis les investisseurs ont suivi, et aujourd’hui, familles, étudiants, jeunes ambitieux continuent à la faire grandir. Phoenix est une ville jeune et neuve, propre et fonctionnelle, toute en rues perpendiculaires, façades pastel impeccables et palmiers. Une ville en croissance, où il y a du travail et des opportunités. Le rêve américain se perpétue dans la vallée du soleil, béni par des millénaires de sagesse amérindienne.

Le mystère des villes abandonnées : Tuzigoot et Montezuma Castle
Mais pourquoi les Hohokam ont-ils quitté Phoenix ? Le mystère est entier. Mais ils ne sont pas les seuls. Au quinzième siècle, avant l’arrivée des premiers colons européens, sans cause extérieure identifiable, des villes entières ont été désertées. Tout l’Arizona – ainsi que les états limitrophes, notamment le Colorado – porte le souvenir d’un monde enfoui, disparu sans livrer ses secrets. Au sud de Sedona, la ville de Camp Verde compte deux sites archéologiques exceptionnels.
Perché sur une colline, Tuzigoot était une ville Sinagua, composée de maisons de pierre de deux ou trois étages. Quelques centaines de personnes vivaient ici, et le musée présente les objets qui ont été retrouvées, bijoux, poteries, paniers tissés en yucca, vestiges d’une vie agricole et citadine fourmillante.

Plus au sud, Montezuma Castle fascine.
Les premiers explorateurs ont cru que Montezuma Castle avait été bâti par le grand empereur aztèque Moctezuma II, d’où le nom – mais en réalité, le monarque n’est jamais venu ici, et la ville troglodyte a été construite bien avant sa naissance par le peuple Sinagua. Seules certaines ont survécu à huit-cent ans de solitude tempétueuse, mais ce sont des dizaines, des centaines de maisons qui avaient été construites à même la pierre, de véritables immeubles de plusieurs étages arrachés à la falaise. Les reconstitutions montrent une vie sociale riche et complexe, des villes laborieuses, agitées, vivantes. Le lieu m’émeut extraordinairement.


Au bord de la rivière poussent de grands arbres au tronc blanc, des sycomores d’Arizona, à qui l’écorce claire confère une silhouette ectoplasmique sous le ciel d’orage. C’est une assemblée de fantômes, venue au chevet des murmures.


San Francisco Peaks : les monts des esprits
Car le monde amérindien est peuplé de voix et d’esprits. Dans ces cultures, les points cardinaux ne sont pas des signes arbitraires placés dans le ciel : ce sont des Dieux du monde, chargés de symboles et de sens, associés à des couleurs, des pierres, des formes et des époques de la vie. Aller vers le nord ou vers l’ouest, c’est accomplir un chemin spirituel, une épopée intime. Je me souviens de cela en parcourant l’Arizona dans les plaines immenses. Les Dinés – peuple amérindien vivant en Arizona, New Mexico et Utah – placent la beauté du monde au cœur de leurs chants rituels, tels que le Sitsijj’ Hozhoo doo : Beauté devant moi, Beauté derrière moi, Beauté sous moi, Beauté au-dessus de moi, Beauté autour de moi… Les monts San Francisco, au nord de Falstaff, font partie des lieux les plus sacrés d’Arizona. On les aperçoit depuis le parc du Grand Canyon, émergeant entre les ruines des pueblos, ordonnant aux temples de s’orienter vers eux. Ce sont les montagnes des morts et des esprits, et leurs cimes enneigées, hautes de près de quatre mille mètres, sont des portes vers les mondes multiples. Dans le soir, je vois les monts jaillir des longues herbes grises, et emprisonner le couchant. La route semble dérouler les millénaires.



Les Amérindiens d’aujourd’hui : le musée Heard, à Phoenix
Mais la disparition des Hohokam et Sinaguas ne doit pas faire oublier que leurs lointains descendants peuplent toujours les plaines et les villes d’Arizona. Les nations Hopi, Navajo, Hapache, Hualapai, Diné, Havasupai, et bien d’autres encore, ont survécu aux horreurs du 19e siècle et se battent pour que vive leur culture et leur peuple.

Dans l’article consacré à Antelope Canyon, je racontais la façon dont le tourisme permet aux Amérindiens de rester sur leurs terres ancestrales, et de maintenir une présence traditionnelle dans des territoires enclavés et isolés. Mais l’Arizona est un des rares Etats où les Amérindiens sont aussi intégrés au tissu urbain, citoyens des grandes villes, intégrés, participant à la fabuleuse mosaïque ethnique de ce territoire neuf et ouvert.
Phoenix abrite le plus grand et le plus beau musée d’art « Native » au monde : le musée Heard. On y retrouve le savoir-faire traditionnel des nations indiennes, les fabuleux bijoux sertis de turquoises – la pierre précieuse du Sud-Ouest, au cœur de la joaillerie amérindienne –, les objets tissés en fibre de yucca ou de cactus, couverts de motifs géométriques, les poteries ornées d’arabesques noires et blanches symbolisant la pluie, les coiffes solennelles, un art de toute beauté et méconnu. Mais on trouve aussi l’art des Natives d’aujourd’hui – les créations des sculpteurs, peintres, plasticiens contemporains, qui se réapproprient leur héritage, et interrogent la modernité. Je lis ce poème Navajo : « Les Navajos qui quittent la réserve / Et viennent à Phoenix / Ne comptent jamais rester. / Dans leurs valises, ils cachent les rêves / Du retour ». Et pourtant, Phoenix est devenue un nouveau berceau de culture amérindienne.




Mission San Xavier del Bac : l’église des Amérindiens
Tout comme Phoenix, construite sur les ruines d’une ancienne cité Hohokam, l’histoire de la mission San Xavier del Bac, au sud de Tucson, est un magnifique témoignage de dialogue interculturel et d’harmonie entre deux mondes. Je ne me voile pas la face : je sais ce que la colonisation européenne a signifié pour les peuples amérindiens. Massacre, génocide, anéantissement d’un monde, relégation, spoliation de leur propre pays, voilà ce qu’a signifié la conquête de l’Ouest. Mais certains lieux, certaines histoires portent un fabuleux message de concorde. Ce n’est pas un hasard si on nomme San Xavier « la colombe du désert » : elle ne le doit pas qu’à sa beauté, mais aussi à la promesse de paix qu’elle a su incarner.

A l’époque où le Mexique est espagnol, les jésuites envoient vers le nord des missionnaires en terre inconnue, venus évangéliser les territoires qui sont aujourd’hui la Californie, l’Arizona ou le Nouveau-Mexique. Ces prêtres et ces moines viennent en paix, sans armes autres que leur Bible et leur crucifix, et sont dépendants de l’aide amérindienne pour survivre dans ces environnements rudes qu’ils ne connaissent pas. Malgré eux, ils sont porteurs de malheur : ils introduisent les maladies européennes chez ces peuples jusqu’alors préservés, et que nos germes et virus déciment. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Mais ces missionnaires émeuvent par leur foi kamikaze, leur dévouement à bâtir des églises sur la pierre nue de ces déserts par-delà l’océan, loin du vieux monde, à la merci de tout.

San Xavier est établie en 1692. Elle est un des plus beaux exemples d’architecture coloniale espagnole, mais comme ailleurs, les missionnaires tentent d’inclure des éléments de culture locale traditionnelle à la décoration de l’église : ainsi, ils empruntent aux Indiens Tohono O’odham les motifs géométriques colorés qui ornent les murs, et parmi les Saints européens classiques, on trouve un Indien de bois sculpté, tenant un crucifix.


Lorsque le Mexique obtient son indépendance, en 1822, la région de Tucson se nomme Alta California et est sous juridiction mexicaine. Soucieux d’asseoir son influence, le gouvernement mexicain décide d’expulser tous les prêtres nés en Espagne – la mission San Xavier est alors désertée de ses prêtres jésuites. L’église est abandonnée.

Mais elle ne tombe pas en ruine. Les Tohono O’odham veillent sur elle. San Xavier, c’est désormais leur église, une église amérindienne, où on vénère le Christ et d’autres Dieux plus anciens, un lieu sacré et syncrétique. Un demi-siècle plus tard, les Jésuites obtiennent le droit de revenir. Ils retrouvent San Xavier vivante et intacte, animée par la foi Amérindienne.

Ce lieu est magique. Dans les bâtiments adjacents à l’église, on vend des chapelets et des attrape-rêves, des médailles et de l’artisanat amérindien. Ce sont des Indiens qui veillent sur San Xavier, cultivent les cactus roses et déposent des cierges à la grotte miraculeuse, et continuent de faire vivre cet extraordinaire symbole. Au cimetière de la mission reposent les Tohono O’odham sous des croix de bois coloré, où les saints côtoient les figures profanes.


Moi qui suis sans religion, j’ai quitté ce lieu étrangement apaisée, nourrie de beauté. Beauté devant moi, beauté autour de moi… beauté dans le monde quand les hommes bâtissent des églises dans le désert.


A suivre sur Itinera Magica : l’Apache Trail.
Nous partirons sur une des pistes les plus légendaires de l’Ouest, avec les chercheurs d’or au cœur des montagnes hantées !
En pratique : un roadtrip autour des sites amérindiens d’Arizona
Pour explorer les différents lieux évoqués dans cet article, partez de Phoenix.
Si vous voulez explorer le Grand Canyon, je vous conseille de faire une halte à Sedona, et d’en profiter pour explorer Tuzigoot et Montezuma Castle, à deux heures de voiture au nord de Phoenix.
Les monts San Francisco sont au nord de Sedona et Falstaff, sur la route vers Page.

Côté sud, la visite de la mission San Xavier del Bac est incontournable quand on visite Tucson. Vous pouvez l’associer à un road trip dans le sud de l’Arizona, à la découverte du Saguaro National Park, parc des cactus, de la belle Tucson, ville mexicaine au sud de l’Arizona, et de la ville cowboy de Tombstone.
Plus de détails sur le sud de l’Arizona à suivre sur Itinera Magica !
Visiter les sites amérindiens d’Arizona : budget
L’entrée à Tuzigoot et à Montezuma Castle coûte 20 dollars, mais il s’agit d’un même billet, donnant accès aux deux sites.
Le musée Heard coûte également 20 euros. La librairie est fabuleuse, une mine d’or !
San Xavier del Bac est une église ouverte – le don est apprécié, mais nullement obligatoire.











































































































































































































































































