Caen en trois heures : découvrez Caen avec quelqu’un qui n’y connaît strictement rien (moi) et qui ignorait jusqu’à l’existence du Calvados il y a trois semaines ! Ça n’est pas Caen pour les nuls, c’est Caen par la nulle. Mais vous allez voir, ça va être bien quand même. Promis. Caen en une journée

Caen, le trou noir en haut à gauche de la carte
Quand j’ai été invitée à venir parler de mes recherches à Caen, j’ai dit oui tout de suite, et afin de souligner mon enthousiasme, j’ai rajouté : « Je rêve de découvrir la Bretagne ! » Mon honorable interlocuteur m’a répondu : « J’en suis ravi. Mais nous sommes en Normandie ».
Je raconte à mon cher et tendre que je vais à Caen. Il me répond : « Prends ton parapluie, tu vas te prendre une averse dès la descente du train, comme dans Bienvenue chez les chtis ». Je lui dis que les Chtis, c’est dans le Nord-Pas-de-Calais. Il me répond : « Ah oui, mais en Bretagne aussi, il flotte tout le temps. »
Nous sommes pitoyables.
Mais lui est allemand, il a une excuse.
Et moi je suis une vraie sudiste, du pays des calanques et des cagoles.
Pour moi, le nord-ouest de la France, c’est le blanc de la carte. L’inexploré. Niveau conquête de l’Ouest, Christophe Colomb mettant les voiles vers le Nouveau Monde était probablement plus calé sur sa destination que moi recevant un billet pour Caen. Je n’avais ni boussole, ni sextant, ni bénédiction du pape. Je me suis lancée dans l’inconnu sans réserves de bouffe et sans crucifix. Héroïque. Caen en une journée que voir ?
« Je rêve de Caen »
Je raconte à une amie que je vais à Caen. Elle me répond : « oh Caen, j’en rêve depuis des années, c’est tellement beau, toutes ces églises et cette vieille ville ! » Je découvre qu’il y a des gens qui rêvent de Caen, comme moi des Samoa ou du Groenland. Je tape Caen dans Google et découvre que le Calvados est un département (pour de vrai, il s’appelle comme ça), et que Caen est précisément dedans. J’ai tellement la honte que je m’attends à ce que la police vienne réclamer mon passeport français parce que franchement, c’est pas croyable.
10h de train plus tard
Je prends le train à Munich (-20 degrés, brouillard), et je débarque 10h plus tard à Caen (4 degrés, soleil). Bon point météo pour toi, la Normandie. J’ai une heure de libre avant mon intervention, je traverse la ville à toute vitesse en roulant mon bagage à main sur les pavés (schblang schblang schblang) et en balançant mon gros Canon autour du cou, c’est mon truc de blogueuse à moi pour me fondre à la population et ne pas faire touriste.
Dentelles et coquillages
Il y a des églises et des chapelles partout et elles sont de toute beauté. On dirait une ville en dentelle, piégée dans une tempête de sable. Le soleil descend et la lumière d’hiver se patine.

Au cœur de Caen, une immense forteresse médiévale datant du XIe siècle, le Château Ducal. L’ensemble est majestueux, avec ses hauts remparts et ses tours massives. Je monte à l’esplanade, traverse le pont levis et rentre dans l’enceinte. Que voir à Caen en une journée ?

J’ai l’impression d’avoir trouvé une ville cachée dans un coquillage. Comme avec les Polly Pockets de quand j’étais gamine : un monde entier à l’intérieur de la boîte. Entre les murs du château, on trouve le musée d’art contemporain de Caen, une chapelle, un jardin à la française, des sculptures, un square pour enfants, et tout un tas d’autres bâtiments que je n’ai pas le temps d’identifier car le temps presse. Des dizaines d’églises glissent leurs têtes pointues au-dessus des remparts, dans la lumière dorée.

Le soir à Caen, ambiance estudiantine
A la nuit tombée, après mon intervention, nous allons manger dans les petites rues du cœur médiéval. Vieilles façades ornées de gargouilles, chapelles innombrables, virages étroits, petites boutiques, cela m’évoque un peu le Vieux Lyon. Il y a même des maisons à colombage, ce qui me perturbe beaucoup, car il n’y a ici ni choucroutes ni cigognes.


Je repère des petits bars aux noms qui me plaisent – L’Ecume des Nuits, La Cour des Miracles, Les Déserteurs… Je mange un dessert aux pommes et au caramel beurre salé, je me sens définitivement en Normandie. C’est délicieux. Puis je goûte le Calvados. Je déteste le Calvados (pas le département, cette fois, la boisson).

Caen est une ville étudiante, insomniaque. Mon collègue me raconte qu’il a fallu instaurer un couvre-feu, il y a quelques années. « Après tout, les Normands descendent des vikings, ils ont la fête dans le sang. » Je trouve l’ambiance dans les rues charmante.
Le soir à Caen, ambiance estudiantine #bis #jenpeuxplus
Une heure du mat.
Mais bon Dieu, il est où ce couvre-feu ?
Laissez-moi dormir, bande de barbares à tresses, remontez dans vos drakkars du IXe siècle, remballez votre marteau de Thor et fichez la paix aux braves gens qui se sont tapés 10h de train aujourd’hui.
Deux heures du mat. Tiens, ils ont trouvé une nouvelle chanson.
Trois heures du mat. L’invasion normande cesse.
Baraque à frites
7h, le réveil sonne. Je suis légèrement de mauvais poil. Mais Caen a décidé de se faire pardonner, le soleil rosé du matin commence à faire fondre les clochers. Caen en golden hour, celle du matin, cette fois.

Un marché se déploie en cœur de ville, sur la Place Saint Sauveur. Un commerçant installe sa … baraque à frites (mais comment vous voulez que j’explique que la Normandie, c’est pas le Nord-Pas-de-Calais, hein ?). Il sert ses premiers clients. A 9h du matin.

Je prends en photo la statue d’un mec dont le nom n’est pas indiqué, mais qui semble important. (C’était juste Louis XIV, en fait.)

Cette place est un délice architectural, avec ses hautes façades XVIIe à œil de bœuf, ses volumes clairs, et… et… (en fait je ne connais pas d’autre mot savant sur le sujet, mais vous avez les photos).

L’abbaye aux hommes dans la lumière du matin
Puis je traverse la place et arrive face à l’abbaye aux hommes, et je comprends pourquoi mon amie m’a dit « rêver de Caen ». Cette abbaye est un chef d’œuvre. Au fond d’une esplanade de jardin à la française, avec des conifères taillés comme de petites pyramides obéissantes, l’église déploie son choeur hérissé de tourelles et de contreforts graciles comme une robe de bal qui tournoie. C’est une vision fantastique.

Sous les voûtes gothiques aux arches démultipliées dort le fondateur de Caen, l’illustre Guillaume le Conquérant.


Saint Etienne le vieux, l’église en ruines
En face de l’abbaye aux hommes se tient l’église Saint Etienne le Vieux, en ruines, mutilée lors du bombardement de Caen en 1944. Lors de mes recherches sur Caen, j’étais tombée sur cette photo qui m’avait fascinée :

J’aurais adoré faire pareil, mais je vous spoile tout de suite : ça n’est pas possible. L’accès est barricadé, sans doute pour des questions de sécurité. Je n’ai pas voulu faire ma rebelle au point de passer outre et me prendre une brique sur la tête, mais j’ai opté pour une « demi illégalité » en escaladant (toujours avec ma valise à roulettes, je vous rappelle) une espèce de cordon d’enceinte du haut duquel j’avais une vue surplombante sur l’église abandonnée.

Le lieu m’a touchée. Caen la belle, la médiévale, a été durement touchée par la guerre, et ces quelques ruines laissées telles quelles sont autant de cicatrices mélancoliques.

Plus loin dans les rues, je tomberai sur une autre église bombardée, Saint Gilles le Vieux. Celle-ci a été presque réduite à néant – seules quelques arches encore debout témoignent de la beauté incendiée… J’aurais aimé te voir en 1900, Caen aux chapelles par milliers.

Mon marathon normand
Si jamais vous connaissez un peu Caen, vous êtes en train de vous dire « attends, Saint Gilles le Vieux ? c’est pas à l’autre bout de la ville par rapport à l’abbaye aux hommes ? » Ben si. Caen en 3h, ça veut dire 13km (Iphone faisant foi) en tirant Super-valise et sprintant sur les pavés comme un husky découvrant la neige. Même les Japonais me diraient total respect.
Après l’abbaye aux hommes, je voulais voir l’abbaye aux dames. Sauf que Guillaume et sa reine, Mathilde, ont décidé de faire mausolée à part pour l’éternité. Monsieur est enterré chez les hommes, Madame à l’autre bout de la ville, c’est un couple moderne.

Sur Instagram, on voit tout le temps des mariées dans la cour de l’abbaye aux dames, le couvent féminin étant devenu temple de l’amour et des jolies photos. Je n’ai pas eu de chance, cette fois : le soleil ne touchait pas encore la belle cour carrée, et la fontaine était en sommeil. L’abbaye aux dames, c’était encore mieux sur Instagram.
Les mouettes de Caen
Un dernier sprint le long de l’Orne pour rejoindre la gare me permet de clarifier une question que vous vous posez peut-être aussi, amis du Calvados : il n’y a pas la mer à Caen. (Vous le saviez ? D’accord, je reste seule avec ma honte.) La mer est à Ouistreham, là où l’Orne se jette dans la Manche. Mais les mouettes remontent le long du fleuve et se perchent sur les bateaux du port de plaisance. L’Orne est gelée par endroits, les mouettes patinent sur l’eau, ou plus exactement, font du kung-fu sur glace (la mouette, cet animal pacifique).

Je me dépêche de regagner la gare pour traverser l’Europe en TGV dans l’autre sens, et retrouver les Alpes bavaroises. J’ai aimé ce premier contact avec Caen et la Normandie, cette ville toute rayonnante d’églises.
Je retourne « en haut à gauche » de l’hexagone bientôt : en avril, je participe au Salon des blogueurs de voyage, à Saint-Malo. C’est en Bretagne. Si, si, je vous jure – c’est vraiment en Bretagne ce coup-ci. J’ai vérifié.
Promis, la prochaine fois, je vous emmène dans un endroit que je connais. Vous vous inscrivez à la newsletter ?

Que voir à Caen en une journée, le récapitulatif
Mes incontournables à Caen, par ordre décroissant de priorité : que voir à caen en une journée
1. L’abbaye aux hommes
2. Juste à côté, le coeur de ville : place Saint Sauveur, rue Froide, et rues adjacentes du coeur médiéval
3. Le château
4. L’abbaye aux Dames
5. En face de l’abbaye aux hommes, les ruines de Saint Etienne le Vieux
6. Ce que je n’ai pas eu le temps de voir : le mémorial de Caen
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