… ça se lit en deux minutes.
« Je déteste cette ville, mais on y parle français. Je parle pas un mot de flamand, d’ailleurs j’aime pas les Flamands. » Mon chauffeur de taxi est de très mauvais poil. J’essaie de remettre de l’ambiance.
« C’est ma première fois à Bruxelles. Je suis là pour le travail, j’ai 2h avant que la conférence commence. Qu’est ce que vous me conseillez de voir ? »
Long soupir. « Bouarf, rien…. vous savez, en 2h on ne peut pas connaître une ville. »
Je vois passer par la fenêtre des baraques à gaufre et d’énormes panneaux « chocolat belge », je ne suis donc pas prête à me résoudre à la déprime. Tant qu’il y a du sucre, il y a de l’espoir.
Et puis les affiches des tabloïds. « Laurent met en danger la monarchie ! » Ah oui, c’est vrai, il y a roi, reine, princes et princesses ici. Tout ceci est follement exotique. Non vraiment, je veux voir un bout de Bruxelles.
Je retente : » Vous savez, je ne compte pas écrire un guide touristique « Bruxelles secret et en profondeur, vu par une locale ». Mais je ne vais pas passer deux heures à jouer à Candy crush, quand même. Je peux aller voir quelques petites choses. Y a bien une cathédrale, une grande place, le bonhomme qui fait pipi, dans cette ville ? »
« Oui oui mais… »
« Amenez moi là, s’il vous plaît. »
Je descends devant la cathédrale Saint Michel. Le ciel est bleu et lumineux, le froid vif. Je marche vers la Grande place, et c’est le coup de foudre. La ville du Nord dans toute sa splendeur, comme je l’ai vue mille fois sur les peintures, claire, dorée, altière. Bruxelles est magnifique.
Il y a partout des chocolats : Bruyère, Godiva, « Bruxelles capitale du chocolat ». Je me jure de ne pas y toucher. « Vous voulez goûter, Madame ? » J’en mange un. Il est succulent. J’en achète deux paquets. Je me dis que c’est pour offrir. J’ouvre un paquet. Je le finis en 24h.
Il y a un marché de Noël place Sainte Catherine, des frites, des gaufres et des calèches. La Belgique comme dans les livres d’images. Et j’ai un coup de cœur pour ces hautes façades art déco, ce style « Renaissance flamande » qui fait souffler un vent d’années folles sur le cœur historique.
Je suis le flot touristique vers le Manneken-Pis, le bonhomme qui fait pipi. Une haie d’appareils photos entourent ce petit truc minuscule de 55 cm de haut. Je me joins docilement à la foule en me disant que quand même, le tourisme élit parfois des mascottes bizarres.
J’entends parler toutes les langues du monde. Je passe devant le parlement européen, grand comme un quartier de ville américaine, étincelant. Une émotion inattendue : je suis au cœur de l’Europe, elle est ici réunie toute entière. Je me dis que je veux travailler à Bruxelles, que je vais postuler aux institutions européennes, que j’ai envie de faire partie de tout cela.
Je suis venue ici avec des collègues germanistes pour parler de Novalis, l’auteur romantique allemand sur qui j’ai écrit ma thèse. Etant une Française venue à Bruxelles pour parler d’un Allemand, auf Deutsch bien sûr, je me sens follement cosmopolite et j’ai envie de me faire tatouer 25 étoiles dorées sur le front et de chanter l’Hymne à la joie. (Ou d’aller visiter la Belgique, de Bruxelles à Anvers, de Bruges à Liège, ce qui épargnera mon épiderme).
Bruxelles me plonge dans une transe cosmopolite. Je veux téléphoner à mon agent pour rebrander mon image et me faire appeler Madame France-Allemagne. Je me souviens que je n’ai pas d’agent. Du coup je remange un chocolat.
Je continue à traverser Bruxelles dans le soir qui tombe.
Je n’ai pas le temps d’aller à l’Atomium ou aux serres de Laeken, je me dépêche, mon temps imparti est écoulé. Juste quelques secondes pour capturer encore un coucher de soleil fabuleux sur l’avenue Montgomery. Demain avant de reprendre le train, j’aurai peut-être le temps de voir le Bozar (musée des beaux arts).
(PS du lendemain : j’aurai effectivement le temps de voir le Bozar et son super café plein de miroirs, qui ressemble à un Instagram dans la vie réelle. Cf photos ci-dessous.)
Bruxelles en deux heures, c’était court, mais c’était assez pour tomber amoureuse.



















Cet article, beaucoup plus bref et moins approfondi que d’habitude (effectivement…), ne ressemble pas aux autres articles d’Itinera Magica. Qu’en pensez-vous ? Je continue à en faire des comme ça de temps en temps, ou j’abandonne ce format ultralight ?
Dites, vous vous abonnez à la newsletter ? Ca me fera très plaisir. Presque autant qu’un chocolat.

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