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Auteur/autrice : Itinera Magica

  • Pourquoi vous devez voir Sedona, Arizona

    Que faire à Sedona ? Que voir à Sedona ?
    Sedona : l’étape incontournable d’un road trip en Arizona

    Peut-être n’avez vous jamais vu entendu parler de Sedona. Mais la ville rouge, capitale du yoga, des ovnis et des vortex cosmiques, est légendaire pour les américains. Et c’est une étape fabuleuse dans tout road trip en Arizona. Laissez-moi vous convaincre de l’ajouter à votre itinéraire…

    Surplombée par d’immenses monolithes aux allures de cathédrale, bâtie sur la pierre rouge et envahie de cactus, Sedona frappe aussitôt l’imaginaire du visiteur. Plus de soixante westerns hollywoodiens ont été tournés dans ces paysages en Technicolor, et nombre de stars ont jeté leur ombre sur les mesas. Mais l’attraction exercée par Sedona ne se limite pas à sa géologie et à la beauté des panoramas. Les hippies du monde entier accourent ici, car des vortex d’énergie cosmique métamorphosent les hommes, et des ovnis signalent la présence toute proche des extraterrestres… Venez découvrir la capitale américaine du « new age ».

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Sedona rugueuse, sauvage.

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    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Ambiance de Sedona : new age, hippies, cristaux et ovnis.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Vision de Cathedral Rock à Crescent Moon Ranch. Sedona fascine par sa géologie cinégénique.

    Sedona : cinéma et ovnis

    Connaissez-vous Sedona ? De notre côté de l’Atlantique, peu de voyageurs ont déjà entendu parler de la petite ville qui colore le cœur dru de l’Arizona, si ce n’est peut-être les cinéphiles, qui viennent ici rejouer les scènes cultes de Johnny Guitar, Midnight run ou, plus récemment, 3h 10 pour Yuma, tourné en 2007 dans ce décor de western parfait. Mais aux Etats-Unis, Sedona est aussi et surtout devenue une destination incontournable pour des touristes d’un genre bien particulier : hippies et mystiques en quête de révélation, chasseurs d’extraterrestres, Californiennes adeptes de yoga et de cristaux, de médecines alternatives et holistiques, rêveurs aspirant à la communion avec l’énergie de la Mère Nature.

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Un bon résumé de Sedona : rochers rouges, smoothies bio, eau alcaline et cristaux.

     

    Cet article fait partie d’une série consacrée à l’Arizona, qui va durer tout le mois d’avril sur Itinera Magica, et qui est associée à un jeu concours, « Avril en Arizona ». Pour lire l’introduction générale et participer au concours, c’est par ici.
    Bell Rock, un des monolithes les plus célèbres.

    Si les premiers habitants de ces contrées ont laissé des traces de leur passage il y a presque douze mille ans, la Sedona moderne est une ville neuve, fondée en 1902, et dont l’essor véritable ne commence que dans les années 70. Plusieurs dizaines de films seront tournés ici, car Hollywood raffole des énormes rochers au pied desquels s’arriment les maisons, et dont les formes découpées évoquent des navires géants, des monstres assoupis et des nuages capricieux.

    Les vortex cosmiques de Sedona, capitale du New age

    De telles visions sont dignes d’inspirer les fantasmagories les plus échevelées. C’est ainsi qu’en 1978, la vague new age déferle sur Sedona avec la parution du livre Vies antérieures, futures amours. Dick Sutphen y raconte une expérience ésotérique extraordinaire vécue près de l’aéroport de Sedona, où un vortex d’énergie pure s’est emparé de lui et l’a transfiguré. A partir de ce moment-là, ses lecteurs commencent à entendre l’appel. Des anges, des extraterrestres, des créatures de lumière leur apparaissent en rêve, et leur soufflent une injonction prophétique : abandonne tout ce que tu as et rends-toi à Sedona. Par dizaines, par centaines, ils accourent à Sedona, des filles et des garçons dans des minivans, le rétroviseur accablé par le poids des colifichets, des artistes, des voyants, des chiromanciens, de doux illuminés qui parlent la langue des cristaux et du marc de café.

    Ils appellent à leur rescousse la science et des légendes rescapées de la nuit des temps. Un biologiste fasciné par le surnaturel affirme que le champ magnétique terrestre connaît des perturbations significatives à trois endroits sur Terre, le triangle des Bermudes, une obscure localité campagnarde dans le Sussex, en Angleterre, et Sedona. Des anthropologues du dimanche viennent à Sedona après s’être enivrés de Mai-Tai sur la plage d’Honolulu, Hawaii. Soucieux de combiner leurs deux grandes passions dans une même « convergence harmonique », ils affirment que les Indiens reconnaissent deux puits d’énergie fondamentale dans l’univers : Kauai (Hawaii) et Sedona. (Note : les Amérindiens de Sedona et les Polynésiens d’Hawaii n’appartiennent absolument pas au même groupe culturel et linguistique et n’ont jamais été en contact avant l’ère des avions. Il est totalement invraisemblable qu’un Hawaïen soit venu sur sa pirogue à balancier au coeur des Etats-Unis, dans le désert rouge, et se soit dit « oh tiens alors, il y a les mêmes vortex que chez ma mamie à Kauai, je vais l’écrire dans mon livre de légendes, pardi ».) D’autres affirment qu’aux premiers temps du monde, Sedona était une île de cristal lumineux.

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    Magnifique Sedona.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Boutique new age à Sedona, représentant un vortex d’énergie.

     

     https://www.facebook.com/itineramagica/posts/1589765021314248
    Boutique d’art.

    Pour en savoir plus sur les croyances new age à Sedona et l’histoire du mouvement, suivez ce lien et recevez la lumière.

    Yoga, kombucha et caniches

    Les ésotéristes continuent de prospérer à Sedona, qui est devenue une petite ville huppée, pleine de galeries d’art et de Californiens en quête d’air pur et de révélation. La carte des restaurants reflète leurs obsessions : ici on ne jure que par le kale, un chou paré de mille vertus, et par le thé au kombucha, un champignon blanc qu’on fait macérer dans l’eau afin qu’il libère ses propriétés miraculeuses. (Et qu’on sucre très fort, de préférence avec de la stevia ou un autre ersatz naturel, parce que c’est tout bonnement infect).
    Tôt le matin, on voit des femmes sportives et joviales se lancer à l’assaut des rochers, tapis de yoga sous le bras, et dérouler leurs asanas acrobatiques au sommet des montagnes.

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    Yoga haut perché.

    Je prends au vol la photo d’une décapotable immatriculée en Californie, d’où dépassent la chevelure blonde d’une quinquagénaire et la fourrure duveteuse de deux gros golden retrievers. Quelques heures plus tard, je la retrouve dans un très bon snack bio et sans gluten, et j’admire ses deux nounours. « Ils sont fidèles, eux ! » Je sens qu’elle meurt d’envie de rajouter « plus fidèles que mon connard d’ex-mari », mais qu’elle a peur de se boucher les chakras avec tant de négativité.

    Cet article fait partie d’une série consacrée à l’Arizona, qui va durer tout le mois d’avril sur Itinera Magica, et qui est associée à un jeu concours, « Avril en Arizona ». Pour lire l’introduction générale et participer au concours, c’est par ici.
    Golden coupé.

     

    http://www.lovesedona.com/history1.htm
    Commerce typique à Sedona. Artisanat local : le vortex.

    Si payer (très cher) un massage qui libère les énergies psychiques ou une séance de cartomancie ne comble pas votre soif d’absolu, rendez-vous donc au Centre New Age, tout de violet revêtu et orné de statues d’aliens aux yeux hypertrophiés. Ici, on vous proposera des tours d’observation nocturne des ovnis, « avec un taux de réussite de 100% », sans doute guidés par des mediums, que leur prescience ultra-lucide conduit naturellement vers nos amis d’ailleurs. Si vous vous rendez en Finlande pour voir les aurores boréales, ou au Canada pour approcher les baleines, on ne vous promettra jamais un taux de 100% d’observation – misez sur les ovnis, c’est une valeur sûre.

     https://www.facebook.com/itineramagica/posts/1589765021314248
    Ovnis et cristaux au centre du New Age.

    Le restaurant le plus romantique d’Arizona : Cucina Rustica

    J’aurais aimé voir le miracle, mais malheureusement, recevoir les clins d’œil de l’univers et passer à une sphère de connaissance supérieure avait son prix. La mécréante que je suis a fermé son troisième œil et préféré investir dans de délicieuses lasagnes végétaliennes à Cucina Rustica, le restaurant le plus romantique et charmant de Sedona. Ca restera le souvenir le plus romantique de ce voyage.

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    Cucina Rustica, le restaurant qui m’a coûté l’initiation sidérale. Désolée de vous avoir posé un lapin, citoyens des autres galaxies, mais la voix du chanteur et la sauce aux noix valaient toutes les constellations.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Serait-ce un ovni ? Ou juste un oiseau ? Le mystère s’épaissit.

    Chapel of the Holy Cross, le Dieu des rochers

    Les religions établies ne sont pas en reste : flâner dans Sedona, c’est traverser un supermarché des croyances. Nombre de groupes confessionnels – catholiques, Juifs, protestants de diverses obédiences – ont établi ici des communautés, dont la succession le long des routes remplace les drive-in des fast-foods dans d’autres villes américaines, que l’amour de la vie saine bannit ici. Seuls les Amérindiens manquent à l’appel. (Ils ont dû aller se réfugier sur Kauai.) Le lieu de culte le plus célèbre de Sedona, c’est la majestueuse Chapelle de la Sainte Croix (Chapel of the Holy Cross), dont la pyramide blanche se glisse entre deux blocs rocheux, comme une icône que surélèverait un autel de pierre rousse. A défaut de croire aux vortex, tous les religieux semblent avoir pourtant ressenti eux aussi l’attrait presque magnétique du lieu. Inutile d’imaginer d’autres dimensions pour être happé par le caractère inouï de Sedona.

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    Chapel of the Holy Cross de Sedona.

    Malgré l’afflux touristique, et la richesse des visiteurs, la petite ville a gardé une forme d’authenticité rugueuse qui sied à la majesté du cadre naturel. Ce n’est pas une ville au sens conventionnel du terme, c’est un chapelet de hameaux disséminés au milieu des monolithes, entrecoupés d’espace de nature sauvage et préservée. La géographie déconcerte, et il faut escalader l’une des buttes rouges pour s’offrir un panorama et mieux comprendre la nature pointilliste de l’organisation urbaine. Au sud, le village d’Oak Creek est la porte d’entrée pour les voyageurs arrivant par l’autoroute depuis Phoenix, et que saisissent aussitôt la splendeur des rochers Bell Rock et Cathedral Rock. Puis c’est le désert, plusieurs miles de solitude géologique et épineuse, avant d’arriver au cœur de Sedona. Qui continue vers le nord, vers le Grand canyon, traverse à nouveau des étendues inhabitées et a la surprise de quitter les paysages arides pour tomber sur des forêts de pin dans la gorge d’Oak Creek Canyon, au nord de Sedona.

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    Sedona, la ville au milieu des roches et brouissailles

     

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    Panorama de Sedona.

    Sedona, aux marges de la wilderness

    Dans cet aménagement approximatif et décousu, les maisons des hommes semblent être venues s’installer sur la pointe des pieds, par crainte de déranger la vie sauvage. Toute une partie de Sedona est consacrée zone de wilderness, ce mot américain par excellence qui dit la fascination des grands espaces intacts. Tel est le paradoxe des Etats-Unis : certaines zones sont sacrifiées à la laideur fonctionnelle, immenses enfilades de parkings et de pavillons sans âmes, et d’autres sont sanctifiées, soustraites à toute construction humaine. L’écologie américaine est ségrégative. Contrairement à la Scandinavie, où on considère que les hommes doivent vivre au cœur de la nature, les Américains pratiquent une forme d’apartheid entre le territoire des hommes, où il est permis de tout saccager, et celui de la wilderness, où il est interdit de déplacer le moindre caillou. Etrange dualisme qui a le mérite d’offrir, en marge des tentacules des mégalopoles, des espaces de beauté drue. « Tout le monde a autant besoin de beauté que de pain. Il nous faut des endroits où nous pouvons jouer et prier, où la nature peut guérir et conférer sa force au corps et à l’âme », théorisait John Muir.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Paysages sauvages de Sedona.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Egarée sur un mauvais sentier, je me retrouve dans un océan de cactus, au bord du vide… Surprises de Sedona. Mais la vue vaut tous les périls.

    Randonner à Sedona

    Sedona propose des dizaines de chemins de randonnée dans l’Ouest, mal balisés, où on se perd aisément et se retrouve malgré soi sur le parapet d’une falaise inattendue, et où on croise des serpents à sonnette sous les rochers. A tous les marcheurs, on remet un livret d’information sur la wilderness, qui enjoint au respect, met en garde contre les dangers de la déshydratation, et demande de « ne pas former des groupes de plus de douze cœurs qui battent ». Que signifie l’étrange formule ? Pas plus de douze créatures ensemble, humains, chevaux, bétail et chiens confondus. Le funeste chiffre 13 porte atteinte au fragile équilibre de la wilderness. Si la ville a un charme fou, avec ses cabinets de voyance, ses ateliers d’artistes, ses façades acidulées qui contrastent avec les couleurs rugueuses du désert, je lui préfère les ocres des rochers, le ciel aveuglant, les sentiers broussailleux.

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Sedona m’enthousiasme.

     

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Même les cactus sont dans le thème new age : les opuntias sont d’un violet surréaliste.

    Toutes les décoctions de kombucha du monde n’ont pas su émousser un certain caractère brut de décoffrage. Hollywood ne s’y est pas trompé, Sedona reste aussi une ville de cow-boys. Et parfois, le télescopage entre les yogis de la côte Ouest en pantalon Lululemon et les nostalgiques du bon vieux temps est surprenant. Un dimanche matin à Crescent Moon Ranch. Sous les bouleaux qui bordent la rivière Oak Creek, où se reflètent les flèches rouges de Cathedral Rock, je vois une famille chrétienne traditionnaliste. Sont-ils des mormons, des baptistes littéralistes, ou des fidèles d’un autre mouvement ultraconservateur ? Le jour et l’heure me font décider qu’il s’agit d’adventistes du septième jour : ce sont les seuls à célébrer la messe le samedi, selon la prescription biblique, et non le dimanche – voilà pourquoi ils sont au bord de l’eau, et non à l’église. On jurerait une scène tirée d’un film des années 50. Les femmes soucieuses de « modesty » portent des petits fichus et de grandes robes en popeline. Un groupe de jeunes garçons jouent dans la rivière, vêtus de leur jean, car il serait indécent de s’exposer en maillot de bain. Je sais pour y avoir héroïquement perdu deux orteils transis, le temps d’une photo, que l’eau est absolument glacée. Jamais des enfants normaux d’aujourd’hui n’iraient s’aventurer là-dedans, jamais les parents ne leur permettraient. Eux jouent dans cette source qui descend des montagnes gelées comme si c’était le plein d’été. Comme des enfants de l’après-guerre, échappés d’un vieux film. Et j’ai soudain l’impression que Sedona, avec toutes ses contradictions, est un fidèle condensé d’Amérique.

    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Enfants qui sautent dans la rivière.

     

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    Pierres à Crescent Moon Ranch

     

    Pourquoi vous devez découvrir Sedona, Arizona. Que faire à Sedona ?
    Une des visions les plus célèbres de Sedona : Cathedral Rock se reflétant dans Oak Creek

    Découvrir Sedona : carnet pratique

    Comment aller à Sedona ?

    Le plus simple est d’atterrir à Phoenix et de rejoindre Sedona en voiture. La ville est à deux-cent kilomètres au nord de Phoenix (un peu moins de deux heures d’autoroute). Elle est une étape pratique pour les voyageurs en route vers le Grand Canyon, à peu près à équidistance entre Phoenix et Grand Canyon Village.

    Que faire à Sedona ? Randonnées et points de vue

    En arrivant depuis Phoenix, passez au centre d’information Red Rock Country Visitor Center, où les rangers vous remettront la carte des belles routes (« scenic roads »), des randonnées à faire, et vous indiqueront comment accéder aux points de vue les plus célèbres. (Carte générale en ligne ici.) Vous pourrez également y acheter le macaron obligatoire pour accéder à un certain nombre de parkings et de points d’accès.

    Pour de superbes points de vues sur Sedona et ses rochers, vous pouvez :

    – Prendre la route de l’aéroport (Airport Road), d’où vous aurez un panorama surplombant sur la ville
    – Faire une des boucles de randonnées les plus célèbres, par exemple Airport Loop ou Bell Rock Trail
    – Aller au bord de la rivière à Crescent Moon Ranch, pour voir Cathedral Rock se refléter dans l’eau
    – Vous rendre à la chapelle (Chapel of the Holy Cross), d’où la vue est imprenable
    – Depuis la terrasse d’observation du Red Rock Country Visitor Center, voir le soleil se coucher sur Bell Rock
    Si vous rêvez de rencontrer les extraterrestres ou d’obtenir la carte des vortex d’énergie, allez plutôt au Center for the New Age. Des excursions centrées sur les vortex (ou les ovnis) sont organisées.

    • Un souvenir de Sedona

    Un bijou plein d’énergies. Un cristal ou une pierre fine. Une oeuvre d’art d’inspiration indienne et hippie. Un panneau de signalisation à Guillermo Gardens. Du thé au kombucha.

    • Un restaurant romantique à Sedona

    Une famille italienne possède deux restaurants qui sont souvent décrits comme étant les plus romantiques de Sedona. Je dirais : les plus romantiques d’Arizona. Ils m’ont complètement fascinée. Dahl DeLuca est la version la plus huppée, trop chère pour mon budget de road trip, mais essayez d’y jeter un coup d’oeil (c’est beau !), Cucina Rustica est plus abordable, mais pas moins magique : j’y ai adoré les treilles couvertes de glycine, les braseros, l’ambiance rouge et or, le jardin enchanteur, la musique…

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    La route continue…
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    Sedona, jardin de bric à brac façon road trip
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    Chevaux de fer et couleurs.
    Surplombée par d’immenses rochers rouges, Sedona est un décor de western parfait. Mais au-delà de la beauté de ses paysages, Sedona cache un secret. Ici, des vortex d’énergie tourbillonnent, des ovnis clignotent dans le ciel, et on guette les extraterrestres. Découvrez les secrets de l’Arizona sur Itinera Magica.
    Dans la rivière Oak Creek.

    A suivre sur Itinera Magica : le Grand Canyon, Antelope Canyon, Horseshoe Bend, les déserts d’Arizona, le lac Powell, Tucson, Phoenix…

    Que faire à Sedona ? Road trip en Arizona
    Pourquoi vous devez découvrir Sedona. Epinglez moi !

     

  • Itinéraire d’un roadtrip en Arizona : la vie sans limites

    Blog Arizona
    Que voir en Arizona ? Itinéraire du road trip parfait 

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’ Arizona est un rêve éveillé. Vertige et immensité des grands espaces rouge crépuscule, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes sans fin, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona, c’est traverser l’écran, entrer dans ce décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites.

    Blog Arizona : itinéraire d'un road trip en Arizona
    Vertige de l’immensité au Grand Canyon.

    Je rentre de ce road trip comme on sort d’un songe, éblouie et hébétée. Tout au long du mois d’avril, je vais revivre ce voyage sur Itinera Magica, et vous y emmener avec moi si le cœur vous en dit. Je rapporte dans ma valise trop lourde la poussière des plaines ocres et des dizaines d’images et de souvenirs, et je veux les partager.

    C’est pourquoi je lance un jeu concours Avril en ArizonaJ’enverrai à cinq personnes des morceaux du pays des rêves, cinq enveloppes pleines de jolies choses qui célèbrent la magie de l’Ouest. Pour en savoir plus et participer, suivez le lien.

    Blog Arizona : itinéraire d'un road trip en Arizona. Que voir en Arizona ? Les incontournables du road trip parfait
    Fantômes et mirages d’Antelope Canyon

    Un voyage en Arizona : remonter le temps 

    Arizona. Personne ne sait vraiment d’où vient le beau nom qui sonne comme une formule magique. Certains évoquent un toponyme emprunté aux Indiens Pima, signifiant « lieu où jaillit la source », et d’autres, plus prosaïques, disent que le mot désigne tout simplement la « zone aride » où le soleil et le vent mettent le sol à vif. Les deux sens siéent à l’Arizona, terre cousue de déserts aux couleurs hallucinées, et creusée pourtant par de profondes rivières que les hommes ont appris à maîtriser depuis la nuit des temps, permettant la vie au cœur de la fournaise. Il y a treize mille ans déjà, les Amérindiens peuplaient cette contrée âpre et sublime, où la terre semble plus vaste encore que le ciel.

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Lever du jour sur le grand canyon.

    Qu’est-ce qui aimante ici les hommes dans le désert ? J’ignore pourquoi les peuples d’autrefois ont choisi de faire de leur vie un défi de tous les jours, mais je sais ce qui fait aujourd’hui venir les touristes par milliers. Comme moi, vous avez tous été bercés par des visions d’Arizona, et par les films, les cartes postales, les fonds d’écran Windows et les magazines d’aventure, ses merveilles vous sont devenues familières. C’est ici le pays du Grand Canyon : l’Arizona est traversée de part en part par ce délire géologique, cette faille profonde de deux kilomètres et large de quinze qui écartèle le manteau de la Terre. Les mesas érodées de Monument Valley  au cœur de la plaine nue, les méandres orange et pourpre d’Antelope Canyon, où semblent s’élever des fantômes de poussière, Horseshoe Bend, où le fleuve Colorado fait une boucle à 180 degrés au milieu des falaises ocre, les paysages de cactus à l’infini, les villes hantées du Far West à l’abandon, tout ça, c’est l’Arizona.

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    Le Far Ouest à Goldfield Ghosttown.

    Road trip en Arizona : l’itinéraire

    Ce sera un roadtrip entre déserts et montagnes, canyons et méandres. Voici ce qui vous attend si vous voulez bien me suivre, tout au long du mois d’avril :

    Sedona, la ville bâtie entre d’immenses monolithes rouges aux airs de cathédrale du désert, et où convergent les illuminés et hippies du monde entier, car ils y ressentent des vortex d’énergie cosmique qui les bouleversent. Au programme, rochers spectaculaires, ovnis, yoga et ondes magiques.

    – Le Grand Canyon, sans doute la plus saisissante, la plus démentielle des merveilles du monde, la gorge de tous les superlatifs.

    – Le méandre d’Horseshoe Bend sur la rivière Colorado, curiosité émeraude et or.

    – L’héritage amérindien qui vit en Arizona, à Tuzigoot, Montezuma Castle, au musée Heard et au cœur des Nations indiennes

    – Le lac Powell, où les mesas jaillissent des eaux, et les fabuleuses concrétions rocheuses sur ses bords

    Antelope Canyon, le canyon le plus photogénique du monde, comme le jupon entortillé d’une danseuse de pierre chatoyante

    – L’héritage hispanique en Arizona, avec Tucson et Mission San Xavier

    – L’histoire de l’Ouest, des cowboys et de la frontière, avec Scottsdale, Tortilla Flat et Goldfield Ghosttown

    – Les fabuleux déserts d’Arizona, avec leur incroyable richesse botanique et animale, à Saguaro National Park, Organ Pipe National Monument, et dans les jardins du désert de Tucson et Phoenix

    – La route, la route, la route ! L’espace infini et le vertige de l’horizon ouverte, les routes mythiques d’Arizona, telle que la route 66, mais aussi …

    – L’Apache Trail, l’autre route de légende, une piste sublime au cœur du désert, et où les montagnes de la Superstition sont hantées par la légende d’un trésor enfoui.

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Cactus dits prickle pear et rochers à Sedona la mystique

     

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Déserts d’Arizona : sur cette photo, quatre sortes de cactus différents. Organ pipe, cholla, Saguaro, barrel cactus.

     

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Sur la route 66 à Williams, AZ…

    L’histoire de l’Arizona

    Au-delà de la beauté renversante des paysages, j’ignorais la fabuleuse diversité culturelle de cet état, et c’est ce qui a achevé de me conquérir. Je suis entrée dans une carte postale, et j’ai trouvé une âme.
    Il y a bien sûr l’héritage des cow-boys, le culte de la piste poussiéreuse à travers la plaine, du saloon, du cheval et des bottes, défendu ici avec fierté – l’Arizona se targue d’être « l’Etat le plus western de l’Ouest ». Mais d’autres influences enrichissent considérablement la vie culturelle de ce territoire profondément attachant.
    Avant qu’elle ne devienne un Etat américain en 1912, l’Arizona a été espagnole, puis mexicaine. Au Sud, la continuité du désert de Sonora efface la frontière : ce sont les mêmes montagnes couvertes de cactus, et ce sont les mêmes gens, perpétuant la vie de communautés hispanophones établies bien avant que la bannière étoilée ne flotte sur ces terres. A Tucson, on vous parle espagnol avant de vous parler anglais, et tous les panneaux sont bilingues. Partout en Arizona, la culture et l’art mexicains sont florissants. Les couleurs des maisons, les Santa Muerte et autres squelettes joviaux qui fêtent le Jour des Morts, les portraits de Frida Kahlo, tout converge vers le Sud. En Arizona, tortillas, guacamole, tacos et fajitas semblent être le plat national.
    Il y a des siècles déjà, les premiers habitants d’Arizona étaient venus d’Amérique centrale, poussés par l’immense rayonnement des cultures précolombiennes. Leurs lointains descendants portent aujourd’hui encore la culture amérindienne en étendard. Dans aucun autre Etat des Etats-Unis, la présence des Natives – les habitants originels des Amériques – n’est aussi forte et vivace qu’en Arizona. Il y a plus d’Amérindiens ici que partout ailleurs aux USA. Un quart du territoire de l’Etat est occupé par des réserves indiennes, et il compte cinq des dix plus grandes réserves du pays, dont la plus étendue de toutes, celle du peuple Navajo, dont je raconte l’histoire ici. Ce sont des Nations indépendantes, régies par leurs propres lois, qui ont survécu au génocide et à l’oppression, et qui se battent aujourd’hui pour que vive leur culture millénaire. Nombre des merveilles géologiques qui rendent l’Arizona célèbre dans le monde entier font partie d’une réserve ; l’afflux de touristes amoureux de ces territoires mythiques assure aux Nations une source de revenus bienvenue. Mais ici, les Amérindiens ne sont pas cantonnés aux réserves, ils sont intégrés à la société américaine, d’une façon que je n’ai vue nulle part ailleurs. Dans les grandes villes, à Phoenix, à Tucson, à Falstaff, ils font pleinement partie du tissu économique et social. Ils sont là, et leur seule présence est un acte de résistance. Phoenix accueille le plus beau musée de la culture amérindienne au monde, le musée Heard. Cette renaissance m’a incroyablement émue.
    Nombre de lieux en Arizona sont un témoignage vivant du mariage des cultures, et d’une histoire partagée. Je vous raconterai l’histoire étonnante de la mission San Xavier del Bac à Tucson, et celle de la ville de Phoenix, peut-être plus incroyable encore. J’ai des centaines d’histoires, des milliers de photos, et des ampoules à tous les orteils. Au-delà de l’Atlantique, à des milliers de kilomètres de l’Arizona, elle continue à m’envoûter. La magie d’une rencontre longtemps attendue continue d’opérer.

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    Montezuma Castle, ou les traces d’une fabuleuse civilisation disparue.

     

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    Syncrétisme entre Amérindiens et jésuites à la Mission San Xavier del Bac, la « colombe du désert ».

    J’avais déjà plusieurs fois frôlé l’Arizona, sans jamais l’explorer vraiment. Cela a toujours été une histoire de famille. Il y a quelques années, ma mère, ma sœur, ma cousine et moi avons traversé l’Utah en compagnie d’une famille mormone, pour une chevauchée fantastique. Nous avions campé à Monument Valley, au cœur d’une tempête de sable qui jetait une aube furieuse sur les grands rochers solitaires. L’air abrasif, le soleil levant, la majesté éblouissante du lieu – tout conspirait à mouiller nos yeux. Ma mère, Sylvie Brunel, a tiré de ce voyage un beau roman américain, Un escalier vers le paradis

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    Ombre et lumière à Monument Valley.

    Retour dans le rêve

    L’été dernier, je suis venue assister au mariage de mon père à Las Vegas, et la cérémonie a eu lieu au fond de la gorge du Grand Canyon, au bord du fleuve brun. Quand notre hélicoptère a survolé au coucher du soleil la faille gigantesque, j’ai compris « qu’avoir le souffle coupé » n’était pas qu’une expression : ce paysage défiait tout ce que j’avais connu jusqu’alors. Tandis que les pétales de rose tombaient sur la pierre nue et dans les eaux du Colorado, moi je tombais amoureuse de ce lieu, et je me jurais de revenir. L’étoile rouge et or qui illumine le drapeau de l’Arizona avait rejoint mon zodiaque ; dans le ciel de mes voyages rêvés, je lisais le présage du retour. Au printemps 2016, la promesse s’est accomplie.

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    L’arrivée sur le Grand Canyon.

    Première nuit à Phoenix. Je suis arrivée à minuit, usée par plusieurs vols successifs et de longues escales, et pourtant je ne peux pas fermer l’œil. Mon cœur se jette sur les freeways, j’ai l’impression d’être un saumon dans l’asphalte, mu par un appel invisible. La nuit vibrionne, dense et électrique, et je sens dans tout mon corps son emprise qui croît, la lumière et le poison. Chaque fois que je reviens dans le Sud-Ouest des USA, c’est une intoxication. Toute lumière est hallucination dans les villes frémissantes, et plus encore à leurs franges, là où s’éteignent les constellations de néons, et s’esquisse un ciel infini. Tout est redevenu possible. L’ardoise magique a été secouée sur mon cœur à vif, tout est vierge et tout est immense. C’est comme si un courant puissant parcourait tous mes membres, que mes rêves se décuplaient. Il suffit de prendre une route à travers la plaine, n’importe quelle direction, et je peux tout réinventer. La vie en XXL. La vie sans limites.

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    Même les stations service me mettent en transe, dans l’aube toxique.

    Je dors dans un motel tiré tout droit du catalogue des icônes, un vrai motel défraîchi en bordure d’autoroute, où on gare la voiture devant sa chambre et dort dans le bruit mat des climatiseurs et des distributeurs de Coca. Dans mon mauvais sommeil, le klaxon assourdissant des camions qui passent sur le freeway m’évoque une corne de brume déchirant une mer déchaînée. Au petit-déjeuner, il y aura des donuts décongelés recouverts d’un rose gluant, et des céréales aux couleurs d’essai nucléaire. Personne ne risque un orteil dans la minuscule piscine bleu dentifrice, au bord de la station essence, mais un homme aux airs de crapaud buriné a conquis l’unique chaise longue, et se cache les yeux avec deux gobelets en polystyrène. J’ai l’impression d’être revenue dans les années 90. C’est le pays des clips que me vendait MTV l’été de mes neuf ans, quand j’étais une future superstar en Cadillac et cheveux de Barbie. Je connais toutes les enseignes et toutes les images – c’est la terre promise des fantasmes. Les villes américaines me rendent ivre, et pourtant cette fois, je n’aspire qu’à les quitter. Je rêve de voir les étoiles s’allumer dans le grand ciel vide et froid, entre les branches des cactus. La terre à vif et les âmes à nu.

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    Here I go again on my own… Le coucher de soleil sur les routes ouvertes d’Arizona.

    La route commence ici, mon blog Arizona se lance sur la route poussiéreuse. Venez avec moi ?

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    Horseshoe Bend au lever du jour.

     

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    Cactus et illumination nocturne dans les jardins botaniques du désert, à Phoenix

     

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    Montagnes de la Superstition au Lost Dutchman State Park. La légende du « hollandais perdu » mérite qu’on la raconte…

     

    Pour tout amoureux de l’Ouest américain, l’Arizona est un rêve éveillé. Vertige des grandes espaces, folies géologiques, canyons titanesques, cactus à perte de vue, cow-boys et routes filant vers le crépuscule, tout est à la hauteur de l’imaginaire. Parcourir l’Arizona c’est entrer dans un décor de cinéma où l’horizon est infini et la vie, sans limites. Itinera Magica
    Majestueux Antelope Canyon…
  • Porquerolles, l’azur en hiver

    La plus grande des îles d’or, Porquerolles, enchante par la beauté exotique de ses plages et les visions saisissantes qu’offrent ses côtes découpées, à qui les flots patients ont arraché une myriade d’îlets effilés. C’est un paysage d’île au trésor, qui invite au rêve d’aventure, et que subliment les soleils d’hiver. Se rendre à Porquerolles hors saison, c’est conquérir l’île pour soi, retrouver la solitude et la magie sur la côte d’Azur. Voyage dans l’archipel d’Hyères.

    Porquerolles, la plus grande des îles d'Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d'île au trésor. Voyage sur la côte d'Azur sauvage.
    Porquerolles, la plus grande des îles d’Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d’île au trésor. Voyage sur la côte d’Azur sauvage.

    Je l’ai raconté ici : je l’avoue, l’élue de mon cœur parmi les îles d’Or n’est pas Porquerolles, c’est Port-Cros. Sa découverte a été pour moi une illumination. Au cœur d’une des régions les plus touristiques de France, j’étais tombée sur un trésor sauvage, une île où les hommes ne sont tolérés qu’au compte-gouttes, sans véhicule, sans feu et si peu de constructions, et où des centaines d’oiseaux nichent au creux des falaises. L’enchantement était total. Superbe aussi, Porquerolles est cependant plus marquée par la présence humaine, moins farouche : ce n’est pas une île de solitude rugueuse et embroussaillée, contrairement à Port-Cros. Mais j’ai lu le bel article d’Anne-Lise sur le blog Besoin d’ailleurs,  et son récit et ses photos m’ont donné envie. Je voulais retourner à Porquerolles, cette fois en hiver, sans les joies de la baignade, mais pour le plaisir d’avoir l’île pour moi.

    Porquerolles, la plus grande des îles d'Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d'île au trésor. Voyage sur la côte d'Azur sauvage. I Itinera Magica
    Porquerolles vue depuis les hauteurs.

    Dès que mon arrivée à l’embarcadère de la Tour fondue, sur la péninsule de Giens, les couleurs et la lumière me semblent hospitalières et accueillantes – c’est comme si la mer voulait me récompenser de m’être levée tôt un dimanche, et d’avoir pris la route au lever du soleil. Encore une fois, je suis éblouie par l’éclat du ciel et des eaux de février : tout semble plus vif, plus frémissant qu’en été. La mer tremble, l’air est froid et mes yeux brillent, la journée sera magnifique.

    Porquerolles, la plus grande des îles d'Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d'île au trésor. Voyage sur la côte d'Azur sauvage. I Itinera Magica
    La tour fondue.

    Dans le port de Porquerolles où accoste le bateau, les couleurs semblent plus éclatantes encore, et je me mets à songer à Gauguin, comme si j’abordais à des rivages autrement lointains et dépaysants. C’est le charme des îles en hiver : l’inédit est restauré, et on tombe amoureux à nouveau.

    Porquerolles
    Port de Porquerolles.

     

    Le port vu d'en haut.
    Le port vu d’en haut.

    Au bout du port, l’office de tourisme ouvre pour cinq minutes montre en main, le temps de fournir à tous les visiteurs débarqués du bateau la carte de randonnée, puis les portes se referment. Munie de mon viatique, je mets le cap vers la plage d’Argent, sous une allée de pins parasols dont les branches m’évoquent les ondulations des anémones sous les vagues. Je suis d’humeur maritime. Le chemin sent le sel et la sève.

    En chemin, des cyprès et la lumière joueuse.
    En chemin, des cyprès et la lumière joueuse.

     

    Vilages et forts de Porquerolles.
    Vilages et forts de Porquerolles.

     

    Pins parasols.
    Pins parasols.

     

    Porquerolles, la plus grande des îles d'Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d'île au trésor. Voyage sur la côte d'Azur sauvage. I Itinera Magica
    Noeuds des branches.

    J’ai lu que la plage d’Argent avait été élue plusieurs fois plus belle plage de la côte d’Azur. Je ne sais pas si on peut quantifier et classer la beauté du monde, mais je comprends aussitôt son attrait. Les plages de Hyères, de sa péninsule et de ses îles, partagent les mêmes caractéristiques qui les rendent irrésistible : un sable très clair et une profondeur très faible, ce qui rend l’eau parfaitement translucide, et permet de s’avancer très loin dans l’eau sans perdre pied, comme si on pouvait traverser l’océan sur un pont de sable, et retrouver l’Atlantide. Ces étendues de sable sans décrochage et sans submersion, c’est le tremplin du rêve. La Madrague à Giens, la plage du Sud à Port-Cros, la plage d’Argent à Porquerolles : toutes ont en commun ces caractéristiques idéales, qui me font adorer Hyères et ses villes voisines, comme Bormes-les-Mimosa et Le Lavandou. Avec sa forme d’anse en demi-lune, sa pâleur bleutée et les formations rocheuses qui la bordent, la plage d’Argent a de faux airs de Seychelles. Au loin, les rochers des Deux frères se dressent comme des lances au milieu des vagues.

    Porquerolles, la plus grande des îles d'Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d'île au trésor. Voyage sur la côte d'Azur sauvage. I Itinera Magica
    Sublime plage d’argent à Porquerolles.

     

    Douceur des vagues sans profondeur.
    Douceur des vagues sans profondeur.

    Retour au village, pour déjeuner au milieu de la vigne vierge et des façades acidulées.

    Façades du village de Porquerolles.
    Façades du village de Porquerolles.

     

    A l'heure du déjeuner.
    A l’heure du déjeuner.

    Puis je reprends ma marche dans l’autre direction, le long de la plage Courtade et de la plage du Lequin, plus enrochées et abruptes.

    Couleurs de Porquerolles.
    Couleurs de Porquerolles.
    Plage Courtade.
    Plage Courtade.

     

    Porquerolles, la plus grande des îles d'Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d'île au trésor. Voyage sur la côte d'Azur sauvage. I Itinera Magica
    Fort Ste Agathe vu depuis la plage.

     

    Porquerolles, la plus grande des îles d'Hyères, enchante par ses plages paradisiaques et ses paysages d'île au trésor. Voyage sur la côte d'Azur sauvage. I Itinera Magica
    Racines et rochers.

     

    Criques rocheuses.
    Criques rocheuses.

    Sur les hauteurs trônent les ruines du fort de l’Alycastre, vestige du passé militaire stratégique des îles d’Or : à l’époque de Richelieu, elles sont l’avant-poste de la France en mer, les sentinelles lancées en première ligne pour défendre le continent. Toutes les îles d’Hyères sont jalonnées de fortifications imposantes, souvenir des temps de guerre et de conquête.

    Fort de l'Alycastre.
    Fort de l’Alycastre.

     

    Fort de l'Alycastre.
    Fort de l’Alycastre.
    Silhouettes lunaires.
    Silhouettes lunaires.

    Je reviens vers l’intérieur de l’île, par le fort de la Repentance, occupé par des moines orthodoxes de l’ordre du Mont Athos, et par le chemin du Sémaphore. Au sommet des côtes se dévoilent quelques vues plongeantes sur le port et la plaine, et c’est alors que je comprends la beauté propre à Porquerolles. Elle n’est pas l’île sauvage et épineuse, contrairement à Port-Cros. Elle est l’île apprivoisée, avenante. Ses charmes sont plus doux, façonnés par la main de l’homme, qui a planté les vignes et les oliviers croissant sur les terres fertiles, et tracé les chemins lumineux au milieu des champs. Porquerolles, l’île fertile, rappelle les anciens temps de l’histoire des Îles d’Or. Les Grecs furent les premiers à les découvrir. Ce sont eux qui y tracèrent les lignes de ceps et y apportèrent les oliviers ; Porquerolles est le miroir de l’ancienne civilisation méditerranéenne, entre voiles et amphores. Les différentes cultures dessinent des aplats de couleur, que me révèlent le point de vue surplombant.

    La pointe de l'île.
    La pointe de l’île.

     

    Chemins de fin d'après midi.
    Chemins de fin d’après midi.

     

    Fleurs de printemps.
    Fleurs de printemps.

    Le soleil descend peu à peu et le dernier bateau me ramène à la Tour fondue, usée par le vent et la marche, mais émerveillée par la chance que j’ai eue : une île à moi, par un dimanche radieux.

    Port de Porquerolles.
    Port de Porquerolles.
    Sédiments sur le sol rocheux de l'île.
    Sédiments sur le sol rocheux de l’île.

     

    Oiseaux dans le ciel, parfum de liberté. Azur d'hiver.
    Oiseaux dans le ciel, parfum de liberté. Azur d’hiver.

    Office du tourisme de Hyères
    Horaires des ferrys 

    A suivre sur Itinera Magica : Innsbruck et le Tyrol, et surtout, l’Arizona ! Cet article est rédigé depuis l’aéroport de Detroit, où j’attends ma correspondance pour Phoenix… N’hésitez pas à suivre Itinera Magica sur les réseaux sociaux pour m’accompagner dans ce roadtrip américain…

  • Hintertux, son glacier et son lac souterrain

     

    Perchée sur l’un des plus hauts sommets des Alpes tyroliennes, en Autriche, la ville d’ Hintertux cache une merveille unique en son genre. Une immense crevasse permet aux visiteurs de descendre à l’intérieur du glacier, à trente mètres sous la surface… à condition de ne pas craindre le froid ou l’enfermement. Au cœur de cette cathédrale souterraine, ornée de concrétions translucides, on découvre alors un lac d’eau liquide serti dans un lit de glace, mais qui lui ne gèle jamais… Voyage à la découverte d’un phénomène naturel extraordinaire.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    La fabuleuse grotte au coeur du glacier d’Hintertux, dans les Alpes du Tyrol.

     

    Au sommet du glacier d'Hintertux, le plus haut domaine skiable autrichien.
    Au sommet du glacier d’Hintertux, le plus haut domaine skiable autrichien.

    Début mars, à la fin d’un hiver particulièrement doux et tiède, la neige a déjà déserté la plupart des stations de ski célèbres du Tyrol. La vallée de la Ziller (Zillertal), il y a quelques semaines encore un paradis des sports d’hiver, a revêtu les teintes boueuses de la fonte des glaces. Pour se réfugier encore dans la blancheur et le froid, il faut prendre de l’altitude, et remonter à la source des rivières grossies par le dégel : vers le glacier d’Hintertux, à 3250m. La plus haute station de ski autrichienne est aussi la seule à proposer du ski toute l’année, même en plein cœur de l’été, grâce à cette réserve de glace prodigieuse qui façonne ses cimes.

    Découvrez les Alpes du Tyrol sur Itinera Magica.
    Rivières suspendues entre hiver et printemps, dans la vallée de la Ziller.

     

    Rivière de montagne, sur la route menant à Hintertux.
    Rivière de montagne, sur la route menant à Hintertux.

    La route vers Hintertux m’enchante, car de lacet en lacet, je crois remonter les saisons. Les branches et les berges des ruisseaux se mettent à scintiller, et les croix couvertes typiques du Tyrol protègent bien mal des Jésus de bois, grelottant de froid sous l’épaisse couche de neige.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Jésus frigorifié sous sa croix couverte, dans les Alpes autrichiennes.

    Une fois arrivée à Hintertux, trois télécabines successives m’emmèneront au sommet du glacier, vers ma destination du jour : la grotte sous la glace, surnommée Natureispalast – le palais de glace naturel.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Hintertux, et ses chalets tyroliens traditionnels, surmontés d’une tourelle de bois sculpté.

     

    Altitude 3250.
    Altitude 3250.

    En effet, contrairement à la plupart des féeries hivernales qui surgissent sur les plus hauts sommets des stations (comme la belle grotte de glace de l’Alpe d’Huez, ou celle du Zugspitze), la grotte d’Hintertux n’a pas été sculptée par l’homme, et ne capitule pas à la chaleur de l’été. C’est un skieur et alpiniste originaire de la région, Roman Erler, qui la découvre par hasard en 2007, lorsqu’une faille béante dans la muraille de glace attire son regard. Lorsqu’il glisse la tête à l’intérieur, il ne voit rien : l’immense cavité, qu’il pressent à l’écho de sa voix tombant dans le noir, se cache dans une obscurité épaisse. Mais la curiosité l’emporte, et Roman agrandit l’ouverture avec son pic à glace… Aujourd’hui, c’est lui qui conduit la visite : depuis la découverte de ce lieu magique, il lui a voué sa vie.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Au coeur de la grotte de glace d’Hintertux.

    Depuis, des scientifiques sont venus du monde entier explorer cette grotte, qui semble collectionner les phénomènes naturels rares et remarquables. Malgré les variations de température et les précipitations, l’endroit semble invulnérable aux caprices climatiques : la glace ne s’enfonce pas, ne disparaît pas, et préserve été comme hiver sa beauté angoissante. Seules les déformations des colonnes transparentes révèlent la pression croissante du glacier : au lieu de rompre, la glace se tord, ondule, indulgente face aux caprices d’en haut. Un puits de 52 mètres de profondeur, creusé dans le glacier, a permis de révéler des molécules prisonnières de l’hiver depuis des centaines d’années, comme une capsule temporelle livrée à la curiosité scientifique.

     

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Au coeur de la crevasse.

     

    Chapelle ardente sous la terre, en mémoire des alpinistes fauchés en haute montagne. La semaine dernière encore, une avalanche a fait huit morts dans la vallée de la Ziller.
    Chapelle ardente sous la terre, en mémoire des alpinistes fauchés en haute montagne. La semaine dernière encore, une avalanche a fait huit morts dans la vallée de la Ziller.
    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Le puits vers les profondeurs.

    Des spots de lumière colorée révèlent la splendeur fantasmagorique de cette grotte hors du temps ; la statue d’un géant pris dans les glaces rend hommage à l’une des plus célèbres légendes tyroliennes, celle d’un ogre vorace et terrifiant vaincu par la bonne fée protectrice des montagnes, la Salige Fräulein, qui l’emprisonne sous la neige.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Humains au coeur de la glace.

     

    Le géant puni par la Salige Fräulein.
    Le géant puni par la Salige Fräulein.

    Roman raconte que Bollywood s’est pris de passion pour la grotte et que des équipes de tournage ne cessent d’affluer à Hintertux. J’ai pourtant du mal à imaginer stars et techniciens de plateau dans ces boyaux gelés. La visite est éprouvante : c’est un parcours d’échelle en échelle, dans ces cavités froides et étroites qui ruissellent sur nous quand notre souffle dérange la glace, et qui feraient blêmir un claustrophobe. Mais le caractère inouï du lieu et sa beauté de livre de contes y attire même les familles.

    Glaces merveilleuses.
    Glaces merveilleuses.

     

    Découvrez la fabuleuse grotte souterraine d'Hintertux sur Itinera Magica : plongée au coeur du glacier !
    Dans les profondeurs…

    Sa particularité la plus exceptionnelle, celle qui m’aura réellement fascinée, c’est le lac d’eau liquide enchâssé dans son lit de glace. Pourquoi cette eau ne gèle-t-elle pas ? Les mécanismes thermodynamiques qui œuvrent à ce petit miracle souterrain dépassent mes facultés de compréhension. Roman nous invite à prendre place un bord d’un petit bateau de rafting, et ses coups de pagaie nous transportent le long d’un couloir de glace, tandis que l’eau obscure des profondeurs envahit notre embarcation et nous transit. Je suis hypnotisée par cette eau immémoriale et immobile, que seule la lampe du bateau de Roman éclaire – la scène a des airs de traversée vers le pays des morts.

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Traversée du fabuleux lac souterrain, au coeur du glacier d’Hintertux.

    A la fin de la visite, je retrouve avec joie le soleil des cimes. Au plus haut point du glacier d’Hintertux, la vue est vertigineuse : un océan de brumes roule sous mes pieds, au milieu des crêtes innombrables.

    Au sommet du glacier.
    Au sommet du glacier.

     

    Océan de nuages.
    Océan de nuages.

     

    Dans les Alpes du Tyrol, en Autriche, se cache un secret: Hintertux, son glacier skiable toute l'année, sa grotte de glace fabuleuse et son lac souterrain. I Itinera Magica
    Vertige alpin.

     

    J’ai toujours adoré la Bavière toute proche, et les paysages fabuleux de ses Alpes – je retrouve avec bonheur les mêmes beautés dans le Tirol. Si vous cherchez une destination proche et infiniment exotique, n’hésitez pas à aller découvrir cette région féerique, dont le charme semble venu d’un autre temps… comme ces créatures figées dans les glaces d’Hintertux.

    N’hésitez pas à aller voir mes articles sur la Bavière, qui sauront vous convaincre : la Bavière en automne, et la Bavière en hiver.

    Merveilles des Alpes bavaroises et tyroliennes, à découvrir sur Itinera Magica.
    Photo tirée de mon article sur la Bavière en hiver : calèche au pied de Neuschwanstein.

    A suivre : d’autres impressions tyroliennes, Kirchberg, Kitzbühel, Innsbruck et Salzburg !

  • Plus haut que les nuages, Dubaï

    Dubaï est la ville de tous les superlatifs. Sa démesure défie le climat, la gravité et l’imagination humaine : tout ce dont vous avez rêvé se trouve à Dubaï, mais aussi tout ce que vous n’aviez jamais pensé un jour désirer. Dubaï est mégalomane et sans limite – visite entre sable et vertige.

    Skyline de Dubai nocturne
    Dubai à la nuit.

    Cet article est le dernier d’une série consacrée aux Emirats Arabes Unis. Retrouvez ici l’article sur Abu Dhabi et ici celui sur l’oasis d’Al Ain.

    Arriver à Dubaï, c’est tomber dans le ciel. Au-dessus des sables s’élève la silhouette vertigineuse de la Burj Khalifa, haute de 828 mètres, dont la démesure semble miniaturiser tout le reste de la skyline. Par temps brumeux, quand les brouillards du désert nappent Dubaï d’une couche opaque et vaporeuse, elle est la seule à émerger des nuages, et à signifier l’infinie ambition émirienne. C’est une nouvelle tour de Babel, construite par des centaines de travailleurs immigrés dont les langues se mélangent, et lancée à l’assaut des cieux.

    La Burj Khalifa illuminée de fleurs, la nuit.
    La Burj Khalifa illuminée de fleurs, la nuit.

     

    burj khalifa fazza dubaï
    La Burj Khalifa émergeant des nuages, photo prise par « Fazza » en personne, alias Son Altesse Hamdane ben Mohammed Al Maktoum, prince héritier de Dubaï. Entre chevaux, faucons et faune sauvage, son compte Instagram nous permet de jeter un coup d’œil à la dérobée dans l’Olympe émirien.

    Si Abu Dhabi, en sa qualité de capitale des Emirats Arabes Unis, se veut garante de la culture traditionnelle et d’un certain sens de la mesure infusé par son fondateur, le bien-aimé Sheikh Zayed, Dubaï ne connaît aucune limite. Ici tout est possible. Vous pouvez surfer des vagues artificielles et skier en plein désert, dormir dans un hôtel 7 étoiles pour 7000 euros la nuit, sauter en montgolfière sur des îles façonnées par la main de l’homme, et acheter tout ce qui dans l’univers peut se monétiser.

    Luxueuse marina de Dubaï.
    Luxueuse marina de Dubaï.

    La caste minuscule et infiniment puissante qui tient Dubaï a les pouvoirs d’un démiurge, sculptant océans et montagnes au milieu du désert. Ici vivent les nouveaux Dieux. Comme à Asgard, comme sur l’Olympe, ils vivent ici dans un palais suspendu au-dessus des nuages construit d’une main de géant et sourd aux tumultes des mortels qui grouillent à ses pieds. Le fluide magique qui parcourt leurs villes électriques, qui fait jaillir les merveilles le long des artères rugissantes, c’est l’or qui dort dans les profondeurs. Comme les Dieux des mythologies autrefois, ils ont triomphé des rages martiales de leurs frères ennemis, renvoyé Titans et monstres à l’abîme et préfèrent la paix aux croisades. Jusqu’à peu, ils brandissaient leur pacifisme en étendard, et soulignaient qu’ils ne mènent aucune guerre nulle part, et que les hélicoptères militaires qui traversent parfois les villes se contentaient de s’entraîner dans leurs déserts. L’irruption de Daech a tout changé : les Emirats eux-mêmes sont allés s’engager dans le maelström. Cette guerre contre l’hydre jihadiste a des airs d’apocalypse.

    skyline de dubaï
    Ces deux tours, vues au crépuscule, imitent le Chrysler Building de New York.

    Mais l’écume des tempêtes géologiques ne touche pas encore ces rivages dorés. Dubaï est un monde parallèle où tout n’est que luxe, calme et volupté. Au Dubai Mall, le plus grand centre commercial du monde, des dizaines de plongeurs en polystyrène bodybuildé font le saut d’Icare dans une cascade artificielle, et disent l’ivresse d’une vie illimitée. Les aquariums sont hauts comme les remparts d’un château fort, et on peut faire du ski et du patin à glace au milieu des chalets et des sapins sous une voûte d’acier. Dans la marina de Dubaï, l’éclat immaculé des yachts infiniment luxueux reflète le soleil descendant, et promet aux ultra riches une vie où on ne touche jamais terre, où les avions, bateaux et les tours vertigineuses vous libèrent de la malédiction du sol.

    Les plongeurs du Mall of the Emirates;
    Les plongeurs du Dubai Mall.

    Tout le quartier de Palm Jumeirah semble illustrer la victoire de la volonté humaine sur les éléments. Les images satellites révèlent la forme du gigantesque palmier que forme un réseau d’îles artificielles, gagnées sur la mer. Sur les branches du palmier magique s’étalent des plages douces et claires, bordées de mosquées et de villas aux jardins fleuris.

    Vision satellite du Palm Jumeirah. Source : Wikipedia Commons.
    Vision satellite du Palm Jumeirah. Source : Wikipedia Commons.

    Les hôtels les plus emblématiques de Dubaï se tiennent sur ce continent jailli des eaux, comme la Burj-Al-Arab, dont la silhouette de voilier rappelle les traditions nautiques émiriennes, et dont les chambres comptent parmi les plus chères et les plus opulentes de la planète. A ses pieds s’étendent de belles plages de sable blanc, dessinées pour rappeler les paradis exotiques dont rêve la planète entière.

    Dubaï
    Coucher de soleil sur la Burj Al Arab.

    L’Atlantis trône en roi du palmier artificiel. Ma passion aquatique me pousse à préférer cet hôtel colossal et fantasmatique à tous les autres : pousser les portes dorées de l’Atlantis, serties de conques et d’hippocampes, c’est descendre vingt mille lieues sous les mers. Je me souviens de la Petite sirène de Disney, du palais sous-marin du roi triton et de ses filles, et je replonge dans mes rêves de gamine. Un lustre de verre coloré semble dresser une colonne de lumière entre les mondes, des aquariums géants au décor de naufrage et d’Atlantide portent l’imagination vers des rivages lointains, et chaque détail évoque les trésors d’Arielle. La vie des Dieux est si douce.

    Dubaï crépuscule sur l'Atlantis
    L’Atlantis vu depuis l’une des plages du Palm Jumeirah, au soleil couchant.

     

    Porte de l'Atlantis Dubaï
    Les portes magiques de l’Atlantis.

     

    Dubaï aquarium Atlantis voyage
    Le fabuleux aquarium de l’Atlantis.

     

    dubaï atlantis lustre
    Le lustre mirifique dans le hall d’accueil de l’Atlantis

    Dubaï est belle comme un mirage, surtout là où son âme d’antan transparaît. Le vieux quartier de Deira raconte l’Arabie des marins et des marchands, les horizons lointains distillés dans les épices et les étoffes précieuses empaquetées dans les grandes barques à fond plat. Le long des docks de The Creek, le ballet permanent des bateaux continue de parler la langue du petit commerce, et ouvre une fenêtre sur le passé. Dans le souk aux épices, créé à l’arrivée des Perses au XIXe siècle, on vous met sous le nez le saffran, la badiane, le ras el hanout, le cumin et la coriandre, on ouvre sous vos yeux des citrons séchés et débite les publicités de Leclerc, Carrefour ou Intermarché pour vous faire sourire et vous vanter des prix imbattables. Des petits stands proposent tous les délices de l’Orient riche et ondoyant qu’on a tous fantasmé, pain pita, labneh, hoummous, fromage halloumi et taboulé. Au cœur de Dubaï, il est possible de retrouver l’Orient des mille et une nuits.

    Deira the creek à dubaï
    Minaret et navires, ambiance du soir sur les docks de The Creek, Deira.

     

    spice market dubaï
    Souk aux épices de Dubaï.

     

    dubai the creek boat
    Bateau traditionnel.

    De tous côtés, la ville continue de grandir. A JBR The Walk, un quartier balnéaire construit de toute pièce pour évoquer l’ambiance douce et nonchalante des villes de la côte Ouest des Etats-Unis, on peut s’asseoir à la terrasse d’un café et voir les attractions de demain prendre forme dans la baie. De nouveaux hôtels, toujours plus délirants. Le grand 8 le plus gigantesque et le plus rapide du monde, pour vous propulser définitivement dans la stratosphère. Avant que le pétrole vienne à manquer, avant que le monde bascule, Dubaï bâtit de quoi aimanter le monde entier. Il faut parer à l’inévitable et l’incertain, car toujours point l’angoisse du crépuscule des Dieux. Quand je vois la Burj Khalifa émerger à des kilomètres de distance, immense et fantomatique, un frisson me parcourt. Une cime si audacieuse semble appeler la foudre. Dubaï évoque toutes les légendes médiévales sur la folie des hommes et le châtiment divin qui menace ceux que la vie a trop gâtés.

    JBR The walk Dubai
    Ambiance californienne à JBR The Walk.

     

    JBR Dubai
    Café de plage à JBR

    Partout, le désert menace de reprendre ce qu’on lui a arraché. Le sable dont Dubaï et Abu Dhabi ont jailli autrefois a déjà envahi le World, ce pharaonique projet de reproduction du globe au large de Dubaï. Et il n’est pas difficile de se laisser gagner par un rêve de mort et de ruines, d’imaginer la ville jaillie des sables, rendue aux sables, les gratte-ciels enlisés dans des dunes toujours plus hautes, les jardins asphyxiés par son emprise insidieuse, et le désert qui recouvre tout. Peut-être que dans deux cent ans, les Emirats Arabes Unis seront un nouveau Pompéi où l’on grattera au pinceau et à la truelle parmi les vents brûlants pour mettre à jour les traces de la folie des hommes. Peut-être que des collectionneurs et des mécènes, venus de la nouvelle nation ascendante, entreprendront de restaurer ces palaces, et que les générations futures viendront visiter l’Atlantis, ses mille figures marines, ses aquariums au décor de Nautilus chaviré, ses fresques de Poséidon, comme on visite aujourd’hui Versailles, dans une étrange mise en abyme. Peut-être que cet opulent simulacre d’Atlantide sera englouti comme son modèle, puis sauvé une nouvelle fois des profondeurs, et arpenté par des amoureux des ruines. J’imagine sa grande arche sinueuse, aujourd’hui ouverte sur les eaux turquoises, alors replongée dans l’indéfini, ses sculptures érodées par le temps, et les méditations mélancoliques des romantiques de demain, fascinés par l’histoire de ces princes qui fondèrent un empire à nul autre pareil au cœur du désert hostile, à la force du songe et de la démesure.

    atlantis dubaï
    Décor fantasmagorique de l’Atlantis.
    Marina de Dubaï.
    Marina de Dubaï.

    Nous les enfants des démocraties occidentales fatiguées, nous sommes ambivalents face aux princes du désert. Nous qui avons aboli les privilèges depuis cette nuit du Quatre août, nous qui sommes libres et égaux dans notre uniformité, qui bâtissons des prisons et des hôpitaux au lieu de cathédrales et de châteaux, nous allons en masse le week-end visiter Notre-Dame et Chambord, les châteaux de Louis II de Bavière et le palais des Doges, commémorer les folies d’autrefois. Quand nous voyons des centaines de milliers d’hommes assujettis au rêve d’un seul, et nous ne savons si nous sommes horrifiés ou envieux. Face aux sublimes lubies des émirs, nous hésitons de même entre l’invective et la fascination, la peur et la jalousie, et nous, peuple démocratique, syndiqué, revendicateur, ironique, gréviste, débatteur. Nous pointons du doigt tout ce qui ne correspond pas à nos valeurs, puis nous supplions les nouveaux dieux de nous corrompre, et il est si doux de leur céder.

    dubaï burj khalifa fontaine
    Jeu de lumières et d’eau au pied de la vertigineuse Burj Khalifa – 828m de vertige.
    skyline dubai night
    Skyline de Dubaï, la nuit, avec la silhouette de la Burj al Arab au premier plan, la Burj Khalifa au loin, et toutes les grues signifiant la construction de nouvelles merveilles.

    Nous avons toujours eu besoin d’heureux élus, plus beaux, plus riches, plus puissants que nous tous, qui font jaillir l’argent comme une source vive dans notre quotidien aride, et qui construisent les piscines de jade, les restaurants avec vue imprenable sur des lieux d’une beauté à couper le souffle, les fontaines immenses, les tours plus hautes que les nuages, les hôtels plus beaux que les rêves, pour nous offrir des miettes de ce paradis si ardemment désiré, et que nous suspectons de ne pas voir s’ouvrir après notre mort, puisque nous n’avons jamais été certains de croire en Dieu. Alors nous cherchons sur terre les minutes de douceur, d’harmonie, de joie sans partage, les minutes où l’eau chante dans un jardin luxuriant à la tombée de la nuit, et où nos corps se reposent du tumulte de la vie normale et laborieuse. Vendons-nous notre âme ? Mais qu’avons-nous d’autre à proposer ?

    sunset atlantis dubai
    Crépuscule sur l’Atlantis, avec des nuées d’oiseaux dont nul auspice n’a su déchiffrer la constellation.
  • L’oasis d’Al Ain, jardin dans le désert

    Au cœur du désert d’Arabie, une ville de fontaines et de jardins émerge des dunes de sable brûlant. Depuis des siècles, Al Ain est un havre de vie au cœur de la fournaise, où un système d’irrigation ancestral exploite les précieuses sources du sol et fait pousser les dattiers. La ville se lit comme une histoire des peuples du désert, portant la mémoire des Emirats Arabes Unis avant la richesse du pétrole.

    Cet article s’inscrit dans une série consacrée aux Emirats Arabes Unis. Vous pouvez voir ici l’article sur Abu Dhabi – le prochain explorera Dubaï. N’hésitez pas à aimer la page Facebook  ou à vous inscrire à la newsletter pour suivre les prochains articles !

    Fontaine dans le jardin du palais royal d'Al Ain.
    Fontaine dans le jardin du palais royal d’Al Ain.

    Au bout de quelques jours à l’ombre des gratte-ciels d’Abu Dhabi, où se dessine la métropole du futur, le voyageur est saisi d’une envie irrépressible : explorer les immensités qu’il devine au-delà des limites de la ville, voilées par la brume de chaleur qui flotte à l’horizon, aller là où les constructions s’enlisent dans les sables, et où le vide brûle les pieds. Aux Emirats Arabes Unis, s’éloigner des côtes, c’est remonter dans le temps. Al Ain est située à l’intérieur des terres, à cent cinquante kilomètres de la mer environ, à équidistance entre Dubaï et Abu Dhabi. Tout autour d’Al Ain, des dunes de sable profond perdent les hommes assoiffés, et durant des siècles, les squelettes des voyageurs imprudents ont jonché les pentes brûlantes, mais l’oasis a toujours été le refuge providentiel, le jardin d’Eden au cœur du brasier.

    Palmeraie d'Al Ain.
    Palmeraie d’Al Ain.

     

    Al Ain, vue depuis la montagne Jebel Hafneet. A droite, la ville, à gauche, les sables impitoyables, l'immensité du désert.
    Al Ain, vue depuis la montagne Jebel Hafneet. A droite, la ville, à gauche, les sables impitoyables, l’immensité du désert.

    D’ordinaire, je n’aime pas les excursions organisées. J’ai une vision cinématographique du voyage de découverte, car j’aime m’imaginer que ma vie ressemble à un road movie américain : une voiture, la liberté totale de la route qu’on choisit soi-même, et le soleil qui se couche sur les méandres de l’asphalte dévoré à pleins poumons. Sans doute ai-je eu tort (le pays est très sûr), mais je n’ai pas osé louer une voiture aux Emirats, en tant que femme seule, et dont les cheveux blonds et l’appareil photo hurlent à dix mille kilomètres à la ronde « touriste » ! Je suis partie en excursion avec Emirates Tour, et malgré la gentillesse du guide, la beauté des sites et le confort de se laisser trimballer, j’ai passé la journée à me dire que seule, j’aurais organisé les choses autrement. Si c’était à refaire, j’aurais loué une voiture, et j’aurais passé plus de temps à me perdre dans l’ombre fraîche des jardins, je n’aurais pas mangé dans un palace sans âme et climatisé, j’aurais attendu le coucher du soleil au milieu des dunes. Vous qui voyagez aux Emirats, sachez-le : Al Ain mérite qu’on lui accorde son temps et qu’on laisse la place au rêve.

    La palmeraie.
    La palmeraie.

    La rencontre de la journée, ce fut le dromadaire. C’est la première fois que je côtoie d’aussi près cet herbivore immense, dont l’allure dégingandée et les pieds immenses, dépourvus de sabots, m’évoquent autant la girafe que l’éléphant. Ses lèvres dolentes révèlent une denture immense et désordonnée, ses yeux sont doux et curieux, et ses mimiques permanentes lui donnent un air facétieux qui le rend terriblement attachant. Je savais son endurance incroyable, la réserve d’eau et de gras contenue dans sa bosse lui permettant de survivre à l’âpreté du désert, mais je ne savais pas son caractère joueur et familier, sa proximité avec les hommes. Je pense aux chevaux que j’aime tant. Le dromadaire a des airs de poulain.

    Dromadaires au marché d'Al Ain.
    Dromadaires au marché d’Al Ain.

    Je vois mes premiers dromadaires quelque part entre Abu Dhabi et Al Ain, sur la piste d’Al Wathba, où des hommes les entraînent à la grande course qui tient tout le pays en haleine. Ceux-là sont des bêtes de course, dont les prix atteignent des dizaines de milliers de dirhams, sélectionnés et soignés avec un soin à la hauteur des passions qu’ils inspirent. Autrefois, on juchait des jeunes garçons légers et agiles sur le dos des grands camélidés pour la grande course, mais ceux qui tombaient étaient piétinés par la mêlée furieuse, et la liste des morts effroyables ne cessait de s’allonger. Alors aujourd’hui, ce sont de petits robots lestés qu’on place sur les selles, à la place des enfants. Etrange fusion de la tradition et de l’hyper-modernité : des courses de dromadaire dans le désert, guidées par des robots.

    Entraînement des dromadaires.
    Entraînement des dromadaires.

     

    La vitesse de pointe du camélidé peut atteindre 65km/h.
    La vitesse de pointe du camélidé peut atteindre 65km/h.

    L’arrivée à Al Ain est saisissante : soudain le sable cède, et les ronds-points se couvrent de fleurs, l’eau jaillit du sol, et les fontaines célèbrent le miracle des trésors souterrains. Au cœur de la vieille ville se dresse le fort d’Al Jahili, qui ressemble aux illustrations des vieux livres d’aventure, à des visions de Milles et une nuits dans un Orient fabuleux et ourlé d’étoiles. A l’époque où les guerres tribales faisaient rage, le grand père du fondateur des Emirats Arabes Unis, Sheikh Zayed Ier, a fait ériger ses murs épais et sa haute tour de défense.

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    Entrée d’Al Jahili

     

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    La tour de défense

    Le fort abrite aujourd’hui les photographies de l’explorateur Wilfred Thesiger, celui qui disait de lui-même « être un des derniers aventuriers de l’ancien temps ». Dans les années 50, Thesiger a voyagé à travers l’Arabie à une époque où presque aucun occidental n’en connaissait les contours, a entrepris au péril de sa vie des traversées odysséennes d’un bout à l’autre du désert ardent, en craignant que son dromadaire s’effondre sous lui et signe son arrêt de mort.

    voyage arabie désert émirats
    Le fort Al Jahili

    « Vingt jours sans eau, c’était l’extrême limite de ce que les chameaux pouvaient supporter, eux qui marchent de longues heures dans des sables profonds, et ils ne pourraient tenir que si nous trouvions de quoi les nourrir. Trouverons-nous quelques herbes ? C’était le problème auquel les Bédouins étaient chaque jour confrontés. Si nous ne trouvions rien, les chameaux s’écrouleraient et ce serait notre fin à tous. Ce n’est pas la fin ou la soif qui effraie les Bédouins, ils affirment pouvoir survivre à sept jours de chevauchée sans eau ni nourriture. Ce qui les hante, c’est la peur de voir leur chameau s’effondrer sous eux. Si cela se produit, la mort est certaine. » (Wilfred Thesiger, Le désert des déserts)

    Il faut imaginer ce jeune Anglais maigre et pâle rêvant de tracer des routes imaginaires au cœur des sables, cherchant les protections successives de tribus ennemies qui lui offraient pourtant toutes une hospitalité inespérée. C’est ainsi qu’il a rencontré le jeune Sheikh Zayed, cavalier et fauconnier hors pair, et s’est noué avec lui d’une amitié qui durera jusqu’à la fin de leur vie. Thesiger sait qu’il « découvre l’Arabie juste à temps », avant que les traditions anciennes ne disparaissent à jamais. « Je voulais la couleur et la sauvagerie, les épreuves et l’aventure ». Thesiger est le dernier héraut d’un exotisme à l’ancienne, et il conçoit une nostalgie inépuisable de ces paysages redoutables.

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    Sheikh Zayed et son faucon. Photo Wilfred Thesiger

     « Un nuage se forme, la pluie tombe, les hommes vivent ; le nuage se dissipe sans averse, les hommes et les animaux meurent. Dans les déserts de l’Arabie du sud, il n’y a pas de rythme des saisons, pas de montée de sève, juste des étendues vides où seules les températures changeantes marquent le passage des années. C’est une terre amère, desséchée, qui ne connaît ni douceur ni facilité… Les hommes y vivent car c’est le monde dans lequel ils sont nés ; ils mènent la vie que menaient leurs ancêtres avant eux, ils acceptent les épreuves et les privations ; ils ne connaissent pas d’autre vie. Lawrence a écrit : « Les mœurs des Bédouins étaient rudes, même pour ceux qui les connaissaient depuis l’enfance, et terribles pour les étrangers : une mort dans la vie. » Aucun homme ne peut vivre cette vie et en ressortir inchangé. Il portera avec lui l’empreinte du désert, la brûlure qui marque le nomade, et il sera possédé par le besoin de revenir, plus ou moins ardent selon sa nature. Car ce pays cruel jette un sort auquel aucun climat tempéré ne peut se mesurer. » (Wilhelm Thesiger, Le désert des déserts)

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    Al Ain dans les années 50. Photo de Wilfred Thesiger

    Je comprends la fascination du désert depuis que je suis allée dans la Vallée de la Mort, en Californie – une expérience bouleversante, que je raconte ici. Mais à Al Ain, ce qui m’a séduite, c’est la luxuriance et la douceur, le contraste des immensités et de la vie qui fleurit, dans les jardins du palais royal d’Al Ain, une des résidences de Sheikh Zayed, et surtout, au cœur de la palmeraie, où le système d’irrigation ancestral noue un réseau de falaj (canaux) dans lesquels on place des tissus et des sacs de sable pour réguler et orienter le flux, et permettre la culture des fruits. Des hommes montent pieds nus en haut des palmiers pour cueillir les dattes, aidés par une corde qu’ils font glisser sur le tronc. La lumière est verte et fraîche.

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    Dans la palmeraie.

     

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    Homme qui monte au tronc d’un palmier pour cueillir les dattes.

     

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    Palais royal d’Al Ain.

    Au musée national d’Al Ain, une exposition retrace les temps reculés de l’histoire de nos mondes. Nous parlons de l’âge de bronze et de fer, des hommes et des femmes qui peuplaient l’Asie mineure il y a plus de cinq ou six mille ans. La culture moderne a germé quelque part en Mésopotamie, entre les rives du Tigre et de l’Euphrate ; à Sumer, on trace dans la glaise les caractères cunéiformes qui constituent la première écriture ; en Egypte s’élèvent les pyramides. De l’Indus au Nil, le berceau de notre civilisation se trouve ici, dans ce croissant fertile que l’Arabie borde de déserts. Déjà il y a cinq mille ans, des hommes et des femmes bravaient la rudesse du climat et avaient trouvé refuge dans l’oasis d’Al Ain. A Hili, on a retrouvé des tombes gigantesques, véritables cathédrales mortuaires dans lesquelles des dizaines d’hommes étaient ensevelis, génération après génération, au côté d’urnes et de poteries fabriquées en Mésopotamie. Le secret des mondes dort sous les sables.

    Les tombes néolithiques du site d'Hili.
    Les tombes néolithiques du site d’Hili.

     

    L'Arabie d'autrefois.
    L’Arabie d’autrefois.

    Au marché aux chameaux d’Al Ain, les bêtes sont traitées avec bien moins d’égards que ceux qui se livrent aux courses. Des dizaines de chameaux, élevés principalement pour le lait, le cuir et la viande, attendent leur acquéreur. Les stabulations permettent de les toucher ; ils sont joueurs, tendres et curieux, et j’ai le cœur serré quand les acheteurs viennent embarquer un grand chameau noir d’Arabie Saoudite avec qui notre groupe venait de jouer, direction l’abattoir. Incapable de manger un cheval, un cochon, une vache ou un agneau, j’ai toujours de la peine quand on emmène au couteau des créatures aux yeux tendres. Vous avez sans doute vu les terribles reportages de L214, ces derniers jours – ici ou ailleurs, la mort des animaux d’élevage soulève le cœur…

    Marché aux chameaux d'Al Ain.
    Marché aux chameaux d’Al Ain.
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    Choix du chameau.

    La journée s’achève au sommet de la montagne Jebel Hafeet, au pied de laquelle jaillissent à l’air libre ces sources sans lesquelles Al Ain ne pourrait vivre. Le paysage est extraterrestre, des crêtes de roches agglomérées qui semblent avoir fondu au soleil, jetées au-dessus des nombreux lacets de la route qui mène en haut.

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    Sources au pied de Jebel Hafeet.

     

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    Fleurs éclatantes au coeur du désert.

     

    Roches de Jebel Hafeet.
    Roches de Jebel Hafeet.

    Au sommet, la vue fascine, et permet de prendre conscience du caractère exceptionnel d’Al Ain : à perte de vue, le désert, brouillé par la chaleur qui monte des sables, raviné comme un front qui se plisse, et soudain Al Ain, comme une île au milieu de la tempête.

    Vue surplombante sur les sables du désert.
    Vue surplombante sur les sables du désert.

     

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    Les dunes vues au zoom…

     

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    Résidence princière au sommet de la montagne, avec de faux airs de Star Wars.

    Il est déjà temps de retourner vers Abu Dhabi. Les dunes sont partout autour de nous, à portée de main ; je rêve de m’arrêter juste un instant, de voir le soleil descendre sur le désert, mais le programme l’interdit, probablement parce que le privilège de fouler les sables est soumis à l’achat d’une autre excursion, à laquelle je n’ai pas participé. Mais un ami l’a faite pour moi, Florian Colomb de Daunant, propriétaire du merveilleux Mas Cacharel, auquel j’ai consacré cet article, et il a eu la gentillesse de me permettre d’utiliser ses photos. Je l’en remercie très chaleureusement : les images qui suivent sont de lui, et me font regretter de ne pas avoir, moi aussi, vécu un crépuscule désertique. Là où mes photos sont écrasées par la lumière de la pleine journée, lui a su capturer la lumière dont je rêvais, enfermée dans la voiture nous ramenant à Abu Dhabi, celle de la dernière heure du soir… Il me faudra revenir à Al Ain, vivre la fin du jour au milieu d’une telle splendeur.

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    Vertige du désert.
    Chameaux accomplissant leur fonction ancestrale, portant des voyageurs parmi les dunes.
    Chameaux accomplissant leur fonction ancestrale, portant des voyageurs parmi les dunes.

     

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    Au sommet d’une dune.

     

    travel blog voyage reise
    Beauté fulgurante du désert.

     

    blog voyage arabie désert coucher de soleil
    Coucher de soleil sur les dunes…

     

  • L’île de Port-Cros, le bonheur à portée de main

    J’ai toujours passionnément aimé la Côte d’Azur, mais j’ai attendu vingt-cinq ans avant de découvrir le plus parfait de ses paradis : Port-Cros, l’île sauvage, le fantasme absolu du Robinson moderne. Avec ses visions de bout du monde, Port-Cros est un rêve à portée de bateau, à quarante minutes à peine du port de Hyères. Voyage dans la plus secrète des îles d’or.

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    La plage du sud, sur Port-Cros.

    On a mille raisons de revenir à Hyères, ce grand boulevard rieur de la côte d’Azur, avec ses centaines et centaines de palmiers. Elle est la porte vers l’Estagnol et le Lavandou, le seuil vers les azurs éblouissants. Sur les deux tombolos de la presqu’île de Giens, elle dévoile des plages aux airs de lagon tropical, en transparence et sans profondeur, des idylles blanches et horizontales à l’infini – certes prises d’assaut l’été, contrairement à Port-Cros la sauvage, la déserte.

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    Depuis Notre Dame de la Consolation, vue sur la presqu’île de Giens, reliée au continent par un phénomène naturel très rare : un double tombolo, soit deux cordons de sable, au creux desquels s’étendent des marais salants.

     

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    Une des plages de la presqu’île de Giens.

    Au jardin d’acclimatation, toute la flore de la Méditerranée est réunie, une véritable synthèse de ses multiples rives. J’aime y retrouver les cactus qui brandissent leurs petits poings sur les bas-côtés, les agaves froissées aux airs d’Ursula échouée sur la rive, mais qui fleurissent en feu d’artifice, projetant leurs hampes plusieurs mètres au-dessus de ce désordre de tentacules immense, pour une explosion de jaune radieux.

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    Agave, sur l’île du Levant.

    J’aime y retrouver les merveilleuses ipomées bleues et violettes qui couvrent les façades, les badlands et les à-pics, les jacarandas exquis, et cette plante que j’associerai toujours aux Antilles et aux Caraïbes, aux lointains fantasmagoriques de ma petite enfance, le bougainvilliers, avalanche de fuchsia hypnotique. Au-dessus de la presqu’île de Giens se dresse Notre Dame de la Consolation, une chapelle moderne, fuselée dans des teintes de blanc et de bleu très clairs par Lambert-Rucki, et cette étrange alliance de la modernité et de la pastorale est infiniment séduisante.

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    Chapelle Notre Dame de la Consolation, sur les hauteurs au dessus de Giens.

    Et surtout, Hyères est la porte des ailleurs insulaires. Depuis Giens, on embarque vers les mirifiques îles d’or, Porquerolles, la plus grande et la plus célèbre, le Levant, la naturiste, et la plus belle, la plus chavirante, Port-Cros.

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    Arrivée sur Port-Cros, le port et ses bateaux blancs.

    Port-Cros fut ma révélation de l’été 2015, et j’en suis tombée éperdument amoureuse. J’avais aimé Porquerolles, et je ne pensais pas Port-Cros digne de l’éclipser.

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    Plage du Langoustier, à Porquerolles, et l’un de ces nombreux forts qui font des îles d’or une carte d’état major à demi abandonnée.

    Le charme de cette île secrète et escarpée est indescriptible, et il opère dès l’arrivée dans le port minuscule tout de rouge et de jaune, surmonté par un fort épais qui rappelle l’histoire tumultueuse des trois Iles d’Or d’Hyères – Porquerolles, Port-Cros et Le Levant.

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    Le village de Port-Cros

    Découvertes par les marins grecs, les îles furent le sanctuaire de moines cultivateurs, avant d’être abandonnées aux tumultes des âges obscurs et de devenir un repaire de pirates et de malfrats, véritables Tortugas de la Méditerranée, coupe-gorges d’où s’élançaient une nuée de meurtriers et de pilleurs à l’assaut des navires qui voulaient rejoindre Hyères ou Toulon. La population littorale excédée appela à l’aide les rois, et Richelieu puis Louis XIV firent édifier ces forts qui jalonnent leurs côtes, épaisses murailles aux sommets de ces falaises ravinées qui dessinent des paysages d’une beauté surnaturelle.

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    Iles secrètes.

     Il faut recourir aux clichés pour raconter Port-Cros, il faut parler d’éden, de paradis perdus, de Robinson Crusoé, d’idylle insulaire – chaque vue donne envie d’enterrer ses pieds dans le sable et prendre racine ici pour toujours. Parc national depuis 1963, réserve de faune aviaire incroyablement sauvage et intacte, refuge des derniers grands herbiers de posidonie, pointe occidentale du sanctuaire marin Pelagos, où vivent baleines et dauphins, Port-Cros donne l’illusion d’être le premier homme. Nous sommes mi-juillet, et nous randonnons pendant trois heures sans voir âme qui vive. Le statut de Port-Cros est unique en son genre ; si les îles adjacentes de Bagaud et de la Gabinière sont des réserves intégrales, Port-Cros est accessible au public, dans la stricte limite des trois bateaux qui y viennent chaque jour. Voitures, chiens, vélos et surtout flammes y sont strictement interdits, une cigarette coûte cent-trente-cinq euros d’amende ; toute l’île est un tapis d’aiguilles sèches, forêt méditerranéenne dans son état le plus naturel, si ce n’est les indispensables débroussaillages opérés par le personnel du parc. Plus d’une centaine d’espèces aviaires nichent ici, notamment le puffin yelkouan – yelkouan, en turc « âme en peine », pour ses cris éplorés – qui ne pond qu’un œuf par an.

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    Eaux cristallines.
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    Bras tendu vers les flots.

     L’histoire de la conservation me fait secouer la tête : je suis toujours consternée par la haine aveugle que les scientifiques ont des chats – combien de fois ai-je lu des histoires de biologistes qui capturent et exécutent des chats, au nom d’une espèce de fanatisme anti-prédateur qui, à Port-Cros, s’est retourné violemment contre eux. L’histoire est édifiante. A Port-Cros vivaient des chats sauvages, jusqu’à ce que dans leur zèle protectionniste, les conservateurs décident de les éradiquer. Aussitôt que les chats eurent disparu, la population d’oiseaux se mit à souffrir terriblement et à diminuer – les chats prélevaient peut-être un oiseau de temps en temps, mais ils ne pouvaient pas accéder aux nids à flanc de falaise, et supprimaient un prédateur bien pire encore : les rats. Depuis le départ des chats, l’île est envahie de rats énormes qui, eux, ne sont pas mis en échec par les hauteurs les plus vertigineuses, vont dans les nids et dévorent l’unique œuf du puffin yelkouan, et toutes les couvaisons des dizaines d’espèces qui se réfugient ici. Les rats sont en train de tuer la réserve, donc on rivalise de pièges et d’astuces pour se débarrasser de cette plaie qu’on a libérée de son prédateur naturel le plus efficace, le chat. Qui viendra manger l’herbe-aux-chats qui pousse partout sur l’île ?

    Ile sanctuaire.
    Ile sanctuaire.

     

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    Sur ces falaises nichent des dizaines d’espèces aviaires.

    Après l’ascension d’une longue côte, on conquiert le droit de découvrir au fort de la Vigie l’histoire littéraire de Port-Cros. Elle dit son irrésistible attraction sur des foules de poètes vagabonds et dandys, qui cherchent des paradis perdus en hiver sur la côte d’Azur, et qui abordent à ces îles si lointaines et si proches. L’éblouissement leur inspire recueils de poèmes et romans sur la fascination inextinguible des îles ; les titres me donnent envie de tous les lire au sommet d’une falaise abrupte, à l’ombre d’un pin parasol – L’île fée, L’âge où on croit aux îles…

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    Au fort de la Vigie, chapelet de titres fulgurants.

    A la fin du 19e siècle, Charles-Albert Costa de Beauregard, membre de l’Académie française, invite ses amis immortels à venir jouer aux Robinson ; au début du 20e, le directeur de la NRF, Jean Paulhan, vit au fort de la Vigie, Jules Supervielle s’installe au fort du Moulin ; Malraux, Valéry, Gide, Saint-John Perse viennent sans cesse jeter l’ancre ; les anglais se prennent de passion pour l’île, D.H. Lawrence y séjourne, ainsi que Vivienne de Watteville, l’aventurière qui a découvert les Vivienne Falls kenyanes.

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    Terres vierges pour les imaginaires des conquérants, aventuriers et poètes.

    Tous vivent dans une atmosphère très flower power avant l’heure, bohémienne et libre, comme Marceline Henry, qui quitte son sous-préfet de mari pour fuir vers Port-Cros avec le poète Claude Balyne, avant d’inviter son mari à les y rejoindre – pas rancunier, le serviteur de l’état s’établira sur l’île, et y construira un très beau manoir. On le comprend quand on emprunte la route des crêtes, sans croiser âme qui vive en plein mois de juillet, pour une série de foudroiements esthétiques ; criques perdues, camaïeu de turquoise, de blanc et de ciel, pins torturés arrachés à la roche, à pics vertigineux, concert assourdissant des cigales.

    Paysages à vivre de folles passions.
    Paysages à vivre de folles passions.

    A chaque détour de la route se dessine un réseau d’îles comme on n’en voit que sur les cartes au trésor, un territoire de forbans et de pirates, tracé à l’encre noire sur des parchemins. Je repense à la mauvaise réputation des îles d’or au dix-septième, leur aura de stupre, de brigandage et d’alcool : c’est un décor de films d’aventures, que l’imagination peuple aisément de galions échoués, de coffres du mort et de squelettes suppliciés. Mais aucun fantôme ne trouble la quiétude – les cris plaintifs du puffin yelkouan sont les seuls à hanter les hautes falaises de calcaire.

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    Eblouissements.

     Sur la plage du sud, l’eau est si claire, si chaude, que toute la baie se change en un gigantesque bain. Les fonds transparents grouillent de poissons sans méfiance qui viennent nous frôler. Ici toute femme devient sirène.

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    Plage du sud.

    Je quitte Port-Cros à regret, j’aurais voulu rester dormir dans le port rouge et jaune coiffé de palmiers et de fleurs d’agave, rester encore dans ce morceau d’idylle fait terre, comme Vivienne, comme Marceline. Un hôtel surplombe cette petite crique colorée – je reviendrai, c’est certain, et je verrai le lever du jour sur Port-Cros.

    Dans le port, couleurs de vacances.
    Dans le port, couleurs de vacances.

     

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    Pins noueux, île vivante.

    Un autre paradis sur la Côte d’Azur : découvrez Le Lavandou sur Itinera Magica.

    Pour en savoir plus : Office du tourisme de Hyères.

  • Abu Dhabi, la perle jaillie des sables

     

    Singulière et déroutante, Abu Dhabi fascine. Là où le désert régnait en maître il y a encore un demi-siècle, la découverte du pétrole et la volonté d’un leader charismatique ont su faire émerger des sables un fabuleux jardin de culture et de raffinement, qui se veut vitrine d’une Arabie souriante et paisible. Visite de la capitale des Emirats Arabes Unis, le pays qui entend séduire le monde entier.

    Entre deux palmiers, la marina d'Abu Dhabi, et la skyline en arrière plan.
    Entre deux palmiers, la marina d’Abu Dhabi, et la skyline en arrière plan.

     

    Sublime mosquée Cheikh Zayed.
    Sublime mosquée Sheikh Zayed.

    Quand on regarde les cartes postales d’Abu Dhabi prises depuis la mer, on retrouve une vision bien connue, dupliquée mille fois dans toutes les grandes villes littorales, de Miami à Sydney : une skyline vertigineuse qui étincelle dans le ciel bleu, les palmiers et la mer turquoise, le fourmillement du business et les délices du tourisme balnéaire. Mais il suffit de tomber sur l’image, plus rare, de la même ville vue de dos, depuis le désert, pour que le vertige surgisse. La ville émerge d’une immensité brûlante et vaporeuse, où la chaleur des sables réfléchit le soleil sur des centaines de kilomètres de vide, et elle apparaît soudain pour ce qu’elle est vraiment : un mirage devenu pierre et acier, une vision sortie du désert.

    Abu Dhabi vue du désert.
    Abu Dhabi vue du désert.

    Il y a cinquante ans encore, Abu Dhabi n’était qu’un village entre les dunes et la mer, habité par un peuple fruste et fier, rompu à la violence de ce climat et à la rareté des ressources. Ces gens traversaient les étendues ardentes à dos de dromadaire, et dressaient des faucons à la chasse. Le long des littoraux, ils se faisaient pêcheurs de perles, et risquaient leur vie pour descendre dans les fonds où dorment les précieux coquillages. Ils exportaient ces bijoux rares et dangereux à travers le monde, et revendaient eux-mêmes les étoffes et les épices venues d’Inde et de Perse, transportées dans leurs bateaux à fond plat. Le dromadaire, la voile, le faucon et la perle : tels étaient les piliers de cette vie rude et traditionnelle, et ce sont aujourd’hui encore les emblèmes d’Abu Dhabi. Car malgré la course effrénée qui les entraîne vers l’ultra-modernité, toujours plus haut, plus vite, plus fort, les habitants d’Abu Dhabi n’ont pas oublié d’où ils viennent. L’ivresse futuriste se teinte d’une profonde révérence envers l’Arabie d’autrefois.

    Abu Dhabi en 1960, un village posé sur, les sables - photo exposée à l'Heritage Village.
    Abu Dhabi en 1960, un village posé sur, les sables – photo exposée à l’Heritage Village.

     

    Patiemment née du métier à tisser, cette oeuvre rassemble les symboles d'Abu Dhabi : le faucon, la voile, le dromadaire, le palmier.
    Patiemment née du métier à tisser, cette oeuvre rassemble les symboles d’Abu Dhabi : le faucon, la voile, le dromadaire, le palmier.

     

    Abu Dhabi dans les années 60, une vie rude et une société traditionnelle.
    Abu Dhabi dans les années 60, une vie rude et une société traditionnelle.

    A l’Heritage Village, sous l’immense drapeau des Emirats et face aux gratte-ciels, Abu Dhabi célèbre le monde d’autrefois. Le village est une reconstitution d’une oasis, avec sa tour de guet, son fort et ses murailles, ses dromadaires et ses tentes rustiques, dressées à même le sable. On y trouve l’artisanat traditionnel d’Arabie, les dagues ouvragées, les lampes à huile, les tapis tissés fil par fil sur le métier, avec une patience infinie.

    Dromadaire de l'Heritage Village.
    Dromadaire de l’Heritage Village.

     

    La lampe à huile, qu'on retrouve sur les pièces de monnaie (dirhams).
    La lampe, qu’on retrouve sur les pièces de monnaie (dirhams).

     

    Dague traditionnelle.
    Dague traditionnelle.

    La culture de l’eau, cruciale dans ces contrées arides, organise la vie autour des puits, des fontaines et des falaj, système d’irrigation traditionnelle qui permet la culture des dattes et d’autres fruits dans les oasis. Comme partout dans le monde arabe, les chats, révérés par l’islam et symbole de pureté, sont omniprésents, et font leur toilette au bord de l’eau vivante.

    Fontaine.
    Fontaine.

     

    Jeux d'eau.
    Jeux d’eau.

     

    Système d'irrigation traditionnel.
    Système d’irrigation traditionnel.

     

    La barque à fond plat.
    La barque à fond plat.

    Entre ce village des temps anciens et la métropole verticale et opulente d’aujourd’hui, le contraste est saisissant – quelques décennies seulement ont précipité la métamorphose.

    Choc des époques.
    Choc des époques.

    Au début des années 60 émerge un leader visionnaire, qui sera le père de la nation émirienne : Sheikh Zayed. Cet homme élevé en prince du désert, cavalier, fauconnier, guerrier émérite, mais pétri de culture et lucide quant à la marche du monde, comprend que la manne du pétrole pourra changer le visage du pays. Il parvient à convaincre les émirats de se rallier à son commandement, et fait naître en 1971 les Emirats Arabes Unis, dont il devient le premier président, et Abu Dhabi, la capitale. A la force du poing, il bâtit cet Etat moderne et performant, dont les hôpitaux et les universités sont réputés dans toute la région. Parce qu’il décide qu’il faut que des jardins émergent du désert, et que les oiseaux qui contournaient jusqu’alors ces terres arides viennent s’y poser, palmeraies, fontaines et jardins jaillissent du sol, grâce au dessalement de l’eau de mer. Selon son vœu, chaque émirien doit pouvoir contempler depuis sa fenêtre le feuillage d’un palmier, et le minaret d’une mosquée, alors les deux sortent partout de terre. Le jour, le vert des palmiers illumine les bordures des routes et des plages ; la nuit, le vert des mosquées éclairées dessine dans l’air chargé de sable des oasis de lumière phosphorescente.

    Cheikh Zayed, le père de la nation.
    Sheikh Zayed, le père de la nation.

     

    La mosquée qui porte le nom de Cheikh Zayed.
    La mosquée qui porte le nom de Sheikh Zayed.

     

    Parterre de fleurs devant l'Emirates Palace. Ses jardins sont remplis d'oiseaux.
    Parterre de fleurs devant l’Emirates Palace. Ses jardins sont remplis d’oiseaux.

     

    La skyline et le palmier.
    La skyline et le palmier.

     

    Non content d’attirer à lui les oiseaux d’Afrique et d’Asie dans son Arabie enchantée, Sheik Zayed veut aussi séduire les visiteurs du monde entier. L’hôtellerie de luxe réinterprète la légendaire hospitalité arabe selon les critères du XXIe siècle, et la construction effrénée de centres commerciaux, musées, et parcs d’attraction doit transformer les Emirats en nouveau carrefour incontournable du tourisme mondial. Un jour, le pétrole se tarira, et les Emiratis y pensent nuit et jour. C’est pour cela qu’ils multiplient les distractions, créent d’immenses parcs aquatiques et centres commerciaux, fabriquent les plus belles plages, et se veulent une sorte de Las Vegas halal : le temple du divertissement, le péché en moins. C’est pour cela qu’ils achètent à ce monde occidental, dont ils déplorent la décadence, ses plus belles réussites, la Sorbonne, le Louvre, et le Guggenheim – Abu Dhabi est plus culturelle que Dubaï la mégalomane, plus soucieuse de préserver le passé et d’édifier des tours de livres à côté des buildings futuristes. Sur l’île de Saadiyat naît le tourisme de demain, où on célèbre la mémoire du monde et en construit un autre. Sur le plan culturel, Abu Dhabi est en train de devenir le centre névralgique du Moyen-Orient, avec les trois musées dessinés par des architectes de renom qui se construisent sur l’île de Saadiyat : le Louvre, le Guggenheim, et le musée Sheikh Zayed, qui déploie ses ailes de faucon. Le site web de Saadiyat permet de prendre la mesure de l’ambition qui anime ce projet. Des gazelles ont été relâchées sur l’île de demain, et l’un des animaux emblématiques des Emirats reconquiert ainsi le terrain, symbolisant les inquiétudes écologiques d’un monde bâti sur le pétrole, mais qui sait qu’il lui faudra un jour en sortir.  Le siège de l’IRENA, l’Agence internationale de l’énergie renouvelable, qui compte 139 membres et promeut la transition écologique, est à Abu Dhabi. A quelques encabulures de l’aéroport émerge au milieu du désert Masdar, la ville zéro émissions, toute en panneaux photovoltaïques, tramways et centres de retraitement des eaux. Les quinze milliards de dollars de sa construction sont pris en charge par le gouvernement émirien, et d’ici 2030, plusieurs milliers de personnes pourront aménager dans la ville verte du futur. Ils dessinent un jardin d’Eden au milieu des sables.

    Le luxueux Emirates Palace, l'un des hôtels les plus chers du monde.
    Le luxueux Emirates Palace, l’un des hôtels les plus chers du monde.

     

    We have it all, pub pour un centre commercial : cela pourrait être la devise d'Abu Dhabi.
    We have it all, pub pour un centre commercial : cela pourrait être la devise d’Abu Dhabi.

     

    A Saadiyat, le futur Louvre émerge.
    A Saadiyat, le futur Louvre émerge.

     

    Une des plages de la Corniche.
    Une des plages de la Corniche.

     

    Le portrait de Sheik Zayed, le père de la nation, est omniprésent, et personne ne prononce ou écrit son nom sans ajouter la pieuse formule « que Dieu ait son âme ». Les chauffeurs de taxi me racontent avec enthousiasme des tonnes d’histoires fabuleuses sur lui, sans que je puisse discerner le vrai du faux. Sheik Zayed offre des maisons, rembourse des crédits, distribue des lingots d’or, sauve la veuve et l’orphelin. J’ai l’impression d’entendre des légendes médiévales, célébrant la geste mythique d’un roi infiniment puissant et bienveillant. Les grands du monde entier, de la reine d’Angleterre aux présidents européens, célèbrent eux aussi ses mérites, son intelligence et sa clairvoyance. Il appartient à ce club très select des dirigeants qui ont su relever le défi d’une croissance fulgurante, avec l’irruption soudaine de millions de dollars dans un pays pauvre, et dont le développement impeccable pourrait donner des leçons au monde entier.

    A gauche : Cheikh Zayed avec une rose. A droite : Cheikh Zayed avec de super lunettes.
    Sheikh Zayed dans tous ses états.

    Ce mirage auquel Sheikh Zayed a su donner corps force l’admiration. J’y pense en marchant le long de la Corniche, la plus célèbre avenue d’Abu Dhabi, corsetée de plages de sable fin, parée de milliers de fleurs et de palmiers, j’y pense en regardant les édifices qui sortent de terre, le Louvre qui ouvrira bientôt ses portes, les hôtels toujours plus luxueux, j’y pense en regardant la foule qui déambule dans les gigantesques centres commerciaux et occupe les terrasses des cafés. Ici, c’est l’Arabie riante, musulmane et accueillante, riche et paisible, une bulle de paix et de prospérité au bord du détroit d’Ormuz. Il est difficile de croire que nous sommes dans l’œil d’un cyclone géopolitique, au cœur d’une des régions les plus impétueuses du monde. A quelques centaines de kilomètres, le Yémen se déchire et l’Arabie Saoudite s’embarque dans la guerre fratricide. Nous sommes ici si près de l’Iran et du Pakistan, de l’Irak et de l’Ethiopie, de l’Egypte et de la Syrie, et rien ne perturbe le chant des fontaines.

    Marina Mall, avec son restaurant tournant.
    Marina Mall, avec son restaurant tournant.

     

    Immeubles iconiques à gauche, Emirates Palace au centre, palais présidentiel à droite.
    Immeubles iconiques à gauche, Emirates Palace au centre, palais présidentiel à droite.

    A nos yeux européens, le bonheur des Emirats est presque une provocation. A l’heure où nos démocraties à bout de souffle sont tiraillées par des tentations autoritaires et se claquemurent dans l’état d’urgence, à l’heure où nombre de printemps arabes ont tourné en catastrophe obscurantiste, le succès éclatant de cette monarchie autoritaire, mais éclairée, semble nous narguer. Tous les postes clefs du gouvernement sont occupés par des membres de la famille du chef, même si celui-ci vient tout juste de s’élargir et d’intégrer des personnalités issues de la société civile, dont plusieurs femmes. L’une d’elles est une jeune femme de vingt-deux ans, qui a fait ses études à Oxford, porte un voile aux couleurs chatoyantes et le titre incongru de « ministre du bonheur ». Elle a été élevée au rang de ministre d’Etat, tout comme sa consoeur ministre de la tolérance. Le titre est éminemment symbolique. Le bonheur, telle est la quête des Emirats, figure de proue de ce paternalisme bienveillant qui voit des rois riches et sages prodiguer leurs trésors et leurs vertus à un peuple de mains tendues.

    Sur la jetée face à Lulu Island, île qu'on recouvre de jardins et de palmiers, un homme et une femme marchent. L'homme est en blanc et la femme en noir, selon la tradition émirienne.
    Sur la jetée face à Lulu Island, île qu’on recouvre de jardins et de palmiers, un homme et une femme marchent. L’homme est en blanc et la femme en noir, selon la tradition émirienne.

    Les Emiratis ne représentent que 15% de la population, et ils appartiennent à la race des Seigneurs – tels les Dieux de l’Olympe, ils construisent les palais au-dessus des nuages et les jardins des Hespérides, se parent d’or et de lumière, et consentent à se mêler aux affaires des simples mortels. A eux, tout est dû. Le gouvernement leur a offert des maisons afin de développer les villes nouvelles, et des études brillantes dans les plus grandes universités de la planète, pour former l’élite de demain. Le reste, ce sont les artisans du miracle, les travailleurs aimantés par la prospérité infinie des villes de demain. Je demande aux chauffeurs de taxi et aux serveurs d’où ils viennent. « Inde, Pakistan », répondent-ils le plus souvent, « Philippines, Ouganda, Kenya ». Ils racontent que l’Europe et les Etats-Unis ont refusé leurs demandes de visa, mais que les Emirats les ont accueillis à bras ouverts. Certains font vivre des dizaines de personnes restées au pays avec l’argent qu’ils envoient, d’autres ont pu faire venir leur famille, et bâtissent leur vie ici, dans ce pays qu’ils louent et qu’ils apprennent à aimer, bien qu’il leur fasse perpétuellement sentir la différence qui existe entre eux et les citoyens émiriens. Tous les postes dans l’administration, l’enseignement, l’armée, etc, leur sont interdits. The National, le journal des Emirats, qui célèbre les mille succès du pays prodigue, raconte aussi qu’un Pakistanais a menti sur sa nationalité pour intégrer la police ; lorsqu’au bout d’un an, sa fausse identité a été éventée, il a dû rembourser l’intégralité des salaires perçus en douze mois de travail. Il avait usurpé la place de l’un des seigneurs. Sous les vitres fumées des tours tentaculaires et des lunettes de grand prix, cette société aux allures d’Ancien Régime assigne à chacun un rôle précis, et la félicité appartient à ceux qui joueront le jeu.

    Marina Mall. La sculpture fait référence à la culture marine d'Abu Dhabi : la voile, et le coquillage contenant des perles.
    Marina Mall. La sculpture fait référence à la culture marine d’Abu Dhabi : la voile, et le coquillage contenant des perles.

     

    Billets d'Abu Dhabi, avec le faucon et l'oryx.
    Billets d’Abu Dhabi, avec le fort, le faucon et l’oryx.

    Les expatriés louent une société cosmopolite et ouverte – les 85% d’étrangers me font penser à la chanson de Starmania, Monopolis : « Il n’y aura plus d’étrangers/ On sera tous des étrangers/ Dans les rues de Monopolis… » Aux Emiratis en tenue traditionnelle, les hommes en blanc, la tête ceinte de la coiffe rouge des bédouins, les femmes en longue abaya noire, se mêlent Asiatiques et Occidentaux en jean et chemise. Je constate dans les rues, et lis dans le supplément mode de The National, que les abayas s’allègent et se transforment, se parent de couleurs vives et gaies. Abu Dhabi change.
    L’islam est bien sûr la religion d’Etat, mais les autres cultes sont respectés et protégés : les Indiens hindous ont leurs temples, et les Européens chrétiens leurs églises.

    Mannequins portant la tenue traditionnelle. En réalité, toutes les Emiriennes que je vois ont le visage découvert : l'abaya couvre seulement leurs cheveux.
    Mannequins portant la tenue traditionnelle. En réalité, toutes les Emiriennes que je vois ont le visage découvert : l’abaya couvre seulement leurs cheveux.

     

    Discover Abu Dhabi, the dazzling city risen out of Arabian sands!
    Femmes dans la sublime mosquée Sheikh Zayed.

    La plus célèbre mosquée du pays porte le nom du chef bien aimé, Sheik Zayed. Je crois que c’est la plus belle que je connaisse à ce jour, plus belle encore que la mosquée bleue d’Istanbul, plus belle encore que celle de Casablanca avec ses fabuleuses mosaïques – il paraît que les plus belles du monde sont à Ispahan, mais je n’ai pas encore osé m’aventurer en Iran, même si la situation semble aujourd’hui s’apaiser. La mosquée Sheikh Zayed me fascine avec ses innombrables dômes de marbre blancs, la multiplicité parfaite de ses ovoïdes, et les mille reflets des bassins et des fontaines, qui m’évoquent le Taj Mahal. Quand le soir s’avance, le chant du muezzin et l’ombre marine qui monte des eaux et colore de nuit les coupoles immaculées plonge le spectateur dans une transe infiniment douce. Quatre immenses minarets surmontés de croissants dorés clignotent à tout heure du jour et de la nuit comme une vigie en haute mer, et lui donnent des airs de palais céleste. A l’intérieur, d’immenses lustres colorés et des océans de fleurs sculptées célèbrent le souffle d’Allah habitant la création, et les déclinaisons de sa grandeur en mille expressions de beauté. Musulmans venus en prière ou non-musulmans curieux, tous sont éblouis par la beauté des lieux, et une grande quiétude baigne le coucher du soleil.

    Abu Dhabi
    Mosquée Sheikh Zayed, la nuit.

     

    Dômes et minarets de la mosquée blanche.
    Dômes et minarets de la mosquée blanche.

     

    Lustre monumental, éclairé par des diodes multicolores.
    Lustre monumental, éclairé par des diodes multicolores. La mosquée contient également un tapis persan de 47 tonnes, le plus grand du monde.

     

    Abu Dhabi
    Beauté paisible de ce lieu.

    Il est si facile d’être séduit par Abu Dhabi, et les touristes qui accourent par milliers ne s’y trompent pas. Un séjour ici est une virée dans la caverne aux merveilles : c’est comme si le génie d’Aladin avait choisi de réaliser tous nos vœux. Les hôtels rivalisent d’inventivité, de luxe et de charme, le soleil est radieux, les plages sont belles et les piscines chauffées, il est possible d’acquérir tout ce qu’on a un jour pu rêver d’acheter, tout est propre, beau, accueillant. La nourriture est exquise : si l’inspiration orientale prédomine, avec des plats de type libanais, la très forte communauté indienne a aussi su importer sa cuisine, et le cosmopolitisme est là encore de mise. Je suis à Abu Dhabi pour la Saint Valentin, et je vois les rues se couvrir de cœurs en pétales de roses, et le Beach Rotana Hotel installer des ballons rouges et des fontaines de champagne, et déplier des chaises longues sur la pelouse pour une projection de Love actually. Il semble si facile d’être heureux au pays de l’abondance.

    Soirée de Saint Valentin : Love Actually, champagne, ballons.
    Soirée de Saint Valentin : Love Actually, champagne, ballons.

     

    Au milieu des boutiques de grandes marques, un magasin traditionnel à l'Abu Dhabi Mall.
    Au milieu des boutiques de grandes marques, un magasin traditionnel à l’Abu Dhabi Mall.

     

    Saint Valentin à l'Abu Dhabi Mall.
    Saint Valentin à l’Abu Dhabi Mall.

    Mais je suis une femme, profondément féministe, et je ne peux pas oublier l’inégalité profonde de cette société traditionaliste, où une femme hérite moitié moins que son frère, où la parole d’un homme vaut le témoignage de deux femmes, et où il est légal de battre sa femme « dans la mesure du raisonnable ». Sheikh Zayed, le monarque éclairé, avait quatre femmes, et ses nombreuses filles ne figurent pas sur les arbres généalogiques. Ce n’est pas l’Arabie Saoudite, ici, bien loin de là – les femmes font de la politique, possèdent des yachts et des immeubles, conduisent, choisissent de se voiler ou non, et à la télévision, les présentatrices en abaya côtoient celles en tailleur et cheveux libres. Le pays s’occidentalise et se transforme, les droits des femmes progressent, mais je ne partage pas les envies d’expatriation des Allemandes que je rencontre un soir, qui me disent leur rêve de vivre et travailler ici. Je ne vivrai jamais dans un pays où ma voix a moins de valeur que celle d’un homme, et où je risque d’être condamnée pour relation sexuelle hors mariage si je vais dénoncer à la police un viol. Les reliquats de l’ordre ancien sont autant d’épines qui m’empêchent de serrer la belle, la riante, la palpitante Abu Dhabi contre mon cœur.

    Touriste heureuse mais féministe tourmentée à Abu Dhabi.
    Touriste heureuse mais féministe tourmentée à Abu Dhabi.

    Malgré la religion de l’amour et la célébration des couples, dont la Saint Valentin est le symbole le plus éclatant, hommes et femmes continuent d’évoluer souvent dans des sphères séparées, ce qui crée une étrange atmosphère de gynécée. Je décide d’aller prendre un cours de zumba dans un club de fitness, et j’assiste à une scène surprenante à mes yeux. Nombre de femmes arrivent entièrement voilées dans leur abaya noire, et je me demande si elles comptent danser ainsi, jusqu’à ce que la prof obscurcisse les vitres de la salle avec des panneaux noirs. Libérées du risque des regards masculins, les femmes se déshabillent et révèlent des shorts et petits hauts de couleur, et dansent avec abandon, joyeuses, rieuses, presque lascives, entre femmes. Le jour de la Saint Valentin, elles mettent du rouge à lèvre rose et se couvrent mutuellement de baisers, et j’ai l’impression d’avoir été entraînée dans un clip de Katy Perry. Ce sont les paradoxes de ce pays catapulté dans le XXIe siècle, infiniment soucieux d’offrir au monde un visage progressiste et accueillant, mais aussi de ne pas oublier qui il est, et qui ne cesse de redéfinir son identité, au gré de l’expansion galopante et des mille métamorphoses d’Abu Dhabi. Partout, des grues, des graines et des crayons esquissent la ville de demain, encore plus belle et plus étourdissante. Abu Dhabi est un lieu étonnant, en proie à mille défis, environnementaux, sociétaux, politiques, économiques, comme un catalyseur des enjeux de demain, et dont je continuerai de scruter les mille métamorphoses – en croisant les doigts pour qu’il continue de prendre le bon chemin.

    Jardins de la mosquée, le soir.
    Jardins de la mosquée, le soir.

     

    A suivre : je continue d’explorer les Emirats Arabes Unis, avec Al Ain, l’oasis au cœur du désert, et Dubaï, la ville mégalomane. N’hésitez pas à aimer la page Facebook pour suivre les prochains articles !

  • La porte des mondes : retour en Islande

    A l’âge de dix ans, j’ai découvert l’Islande avec un émerveillement qui ne s’est jamais démenti. Difficile de trouver un autre territoire qui concentre, sur une aussi petite surface, autant de curiosités spectaculaires et de paysages divers : volcans en éruption, lacs de souffre, glaciers immenses, geysers crachant dans le ciel, plages de sable noir, cascades rugissantes, fjords profonds, canyons, landes désertes, cathédrales de basalte ou de lave. L’Islande rassemble toutes les curiosités géologiques du monde dans une succession de paysages sublimes, dont la démesure et l’étrangeté donne du crédit aux légendes et aux sagas scandinaves. Ici s’ouvre la porte qui mène aux neuf mondes magiques, aux sphères de brume, de neige et de lave. L’été prochain, j’y retourne enfin. Voyage au pays du feu et de la glace, entre les souvenirs d’enfance et l’excitation du retour proche.

    Le lagon glaciaire de Jökulsarlon sous le soleil d'hiver, vu par ma tante Florence.
    Le lagon glaciaire de Jökulsarlon sous le soleil d’hiver, vu par ma tante Florence.

    Une fois n’est pas coutume, cet article n’est pas illustré par mes propres photos, car je n’avais alors pas d’appareil. Comme je le raconte ici, je tiens des carnets de voyage depuis l’âge de neuf ans, que j’utilise pour me souvenir du périple entrepris en famille. Cet article est illustré par des scans de ce journal d’enfance, par des photos tirées de l’album constitué après le voyage par ma mère, Sylvie Brunel, à qui je dois le goût de l’exploration et des carnets de bord, et enfin, par des photos prises par ma tante, Florence Brunel, qui a fait un fabuleux voyage d’hiver islandais en janvier 2016, et a eu la gentillesse de me permettre d’utiliser ses images. Un grand merci à elles – voici donc un article estampillé « exploitation familiale » !

    Ma mère, devant Skogafoss.
    Ma mère, devant Skogafoss.

     

    Seize ans plus tard, ma cousine Ambre devant Skogafoss.
    Seize ans plus tard, ma cousine Ambre devant Skogafoss.

     

    Début de mon carnet d'Islande, avec un herbier.
    Début de mon carnet d’Islande, avec un herbier.

    J’ai toujours pensé que pour l’homme soudain mis face à la démesure et à l’incroyable, le surnaturel était la dernière clef qui permette d’apprivoiser le monde. Imaginez un pays où, six mois par an, le soleil ne se lève que quelques heures par jour, rôdant tout près de l’horizon comme un œil pâle épiant les hommes frigorifiés, et ne se couche presque jamais durant l’été, baignant sans cesse les paysages de cette lumière extraterrestre qu’on nomme soleil de minuit. Imaginez un pays dont le cœur est constitué d’un gigantesque glacier, transpercé de grottes translucides et de moraines profondes, et dont la bouche froide s’ouvre sur une lagune où des blocs de glace dérivent le long des eaux bleutées. Imaginez un pays où le sol s’ouvre soudain béant et crache un geyser de près de quatre-vingt mètres de haut, où de l’eau brûlante bouillonne au fond des cratères rouges, où les sources sentent le souffre, où la fumée sort du sol, et où les éruptions volcaniques sont si titanesques qu’elles peuvent paralyser le ciel européen pendant des semaines. Imaginez des canyons creusés par des millénaires de glaces, des landes de lave noire, des étendues qui semblent refléter la surface de la Lune ou de la planète Mars, le ciel d’hiver embrasé par les miroitements des aurores boréales, comme les voiles d’un vaisseau fantôme glissant parmi la solitude infinie de ces paysages déserts, où on peut rouler des heures à travers l’incroyable sans jamais rencontrer âme qui vive. Ne seriez-vous pas enclin, vous aussi, à peupler un tel pays de créatures fantasmagoriques, de le croire au cœur d’une lutte acharnée entre les forces du bien et du mal, d’y voir la clef des mondes, la porte magique à travers laquelle on passe d’une sphère à l’autre, et touche aux royaumes des elfes, des fées, des nains, des morts et des Dieux ?

    Ambre dansant sur la glace, à Reykjavik.
    Ambre dansant sur la glace, à Reykjavik.
    Cratère de Viti, photographié par ma mère.
    Cratère de Viti, photographié par ma mère.

    Nous devons à l’Islande les fabuleux récits de l’Edda, la bible de la mythologie germanique, rédigée au XIIe siècle par le moine Snorri Sturluson. L’Edda est la source de toutes les légendes scandinaves qui ont nourri notre imaginaire, le marteau de Thor embrasant le ciel, Odin retranché dans son palais de brumes, le Walhalla, les valkyries qui vont chercher les morts sur le champ de bataille, l’arbre des mondes, Yggdrasil, sur qui toute repose, le brasier terrible du Ragnarök, crépuscule des dieux. On doit aussi à l’Islande les fabuleuses épopées reprises dans la Chanson des Niebelungen et les opéras de Wagner, la walkyrie Brünhild déposée dans un cercle de feu, Siegfried baigné du sang du dragon qui l’embrasse et lui vole sa toute-puissance divine, la trahison de Siegfried à qui un filtre d’amour fait oublier Brünhild, et l’éclat sournois de l’or des nains, caché dans les profondeurs du fleuve. Bien avant de découvrir Wagner, je baignais déjà dans cet imaginaire apocalyptique, tout de flamboiements, de nuits sans fond et de sortilèges : petite, j’étais une inconditionnelle de la BD Thorgal, et je me régalais d’histoires de glaces éternelles, de géants vengeurs et de vikings courageux. L’Islande est la terre promise vers qui tous les êtres de légende convergent, leur berceau et leur refuge. Le fantastique ici ne se tient pas sagement enfermé dans les livres et les écrans de télé, il affleure partout, il imprègne ce sol gorgé de fumerolles, ces cratères bouillonnants, ces nuits de lumière ambiguë où les hommes deviennent fous et les dieux s’échappent de la prison des siècles. Le peuple magique qui continue de peupler la terre islandaise, gnomes, elfes, fées, nains, mignons, esprits de la montagne, anges et peuple caché sont là, tout près, dans une anfractuosité de la roche malmenée par les tempêtes géologiques, sous une vieille maison aux toits couverts de mousse, ou au creux d’une roche en forme de dragon. Partout en Islande, on croise des tumulus, tas de pierres solitaires au milieu de la lande : on dit que ce sont des créatures enchantées pétrifiées par le premier rayon de l’aurore. Fermez les yeux un instant, la magie vous guette ; ouvrez-les, c’est plus incroyable encore.

    Cascades, geysers, féeries d'Islande.
    Cascades, geysers, féeries d’Islande. (Et la description d’un pantalon que je trouvais super cool. J’avais dix ans, je rappelle.)

     

    Curiosités volcaniques.
    Curiosités volcaniques.

    Déjà à l’âge de dix ans, j’avais été fascinée. Mais je dois bien l’avouer, la lecture de mon cahier me renseigne sur d’autres obsessions plus prosaïques qui taraudaient mon âme d’enfant. Dans mon cahier d’Islande, il est beaucoup question des choses suivantes :

    • La nourriture. A l’époque de ce premier voyage, à l’été 2000, l’Islande commençait à peine à s’ouvrir au tourisme, et les infrastructures manquaient. Au fil de notre séjour, nous dormions souvent non pas dans des hôtels ou des auberges, mais dans des internats de lycée, transformés en gîte durant la saison estivale. Il n’y avait évidemment pas de restaurant. Il était possible de parcourir cinquante, cent kilomètres, sans tomber sur un seul lieu proposant de la nourriture. Et quand enfin on trouvait le Graal, il n’était pas rare d’attendre plus d’une heure le plat que nous avions commandé. A dix ans, je n’étais pas contente. Au milieu de mes exclamations d’émerveillement face à la splendeur de l’Islande, je dois bien confesser qu’on trouve dans le cahier plusieurs annotations du type « J’ai attendu ma pizza tellement longtemps que j’ai eu le temps de battre trois fois la ligue Pokémon, et en plus elle était un peu dégueulasse. » « On a pas eu le choix, donc on a de nouveau mangé au resto de la pomme pourrie, et j’ai de nouveau détesté. » En revanche, nous nous régalions des myrtilles, énormes, juteuses, délicieuses, qu’on pouvait acheter dans les supermarchés – nous en dévorions des barquettes à la chaîne. Elles poussaient partout, au pied des cascades, au bord des routes. Elles permettaient aux touristes affamés de survivre.

     

    Mais aujourd'hui, l'Islande a pitié des touristes égarés dans les mois d'hiver, comme en témoigne cette collection de gants dépareillés qui attendent de retrouver l'âme soeur, à Reykjavik.
    Mais aujourd’hui, l’Islande a pitié des touristes égarés dans les mois d’hiver, comme en témoigne cette collection de gants dépareillés qui attendent de retrouver l’âme soeur, à Reykjavik.

    Pour avoir planifié le voyage à venir, l’été prochain, je sais que l’Islande n’est toujours pas une destination « facile » sur le plan des infrastructures. Rien à voir avec les Etats-Unis, par exemple, où vous trouvez où dormir et quoi manger même au milieu de nulle part. Les hébergements sont rares, pris d’assaut durant la saison estivale, et très chers – il n’est pas rare qu’un hôtel demande 160 euros pour une chambre minuscule sans salle de bain ni WC. J’ai songé à me rabattre sur les campings, mais les récits d’horreur glanés sur différents blogs m’ont terrifiée : pas de douches, champ de boue sans équipement aucun en guise de camping, pluies diluviennes, ouragans qui arrachent les tentes, torrents de boue, averses de grêle qui déchirent les toiles, j’ai lu mille histoires qui ont définitivement dissuadé l’aventurière de proximité que je suis. A force d’écumer les différents sites de réservation, Air BnB, les guides de voyage et les blogs, je crois avoir déniché des hébergements corrects – je vous raconterai après y être allée. Mais une chose est sûre : le budget d’un voyage d’une dizaine de jours en Islande excède ce que j’avais prévu initialement, et se révèle bien supérieur à ce que j’aurais dépensé dans n’importe quel autre pays, ou presque, pour la même durée. Songez-y, amis voyageurs : l’Islande est peut-être le plus beau pays de la Terre, mais c’est aussi un des plus onéreux.

    Quand tu trouves un resto ouvert en Islande, tu te sens tellement VIP.
    Quand tu trouves un resto ouvert en Islande, tu te sens tellement VIP.
    • Faire pipi. A force de traverser des paysages sublimes, mais vides de toute présence humaine et donc de toute commodité, cette question devient cruciale. Il y a dans ce cahier un certain nombre d’histoires de pipi sauvage au bord de la route, dans des champs de terre brûlée sans aucun arbre ou rocher pour se cacher, en espérant que personne ne passe (mais personne ne passait). Le gros hit de la catégorie « pipi », c’est l’histoire suivante : « Guillaume [mon frère] va faire pipi contre un rocher qui se met à fumer, faire des bruits bizarres et sentir le souffre. Les parents sont un peu inquiets. » Voilà pourquoi il faut aller en Islande : c’est le seul endroit au monde où vous pouvez réveiller le diable et déclencher la fin du monde juste en faisant pipi.
    Cascades d'Islande, illustration appropriée de ce qui précède.
    Cascades d’Islande, illustration appropriée de ce qui précède.

     

    islande paysage
    Paysages d’Islande.
    • Les vêtements. Même en plein été, le temps est froid, humide, changeant. J’ai dix ans, je suis cavalière, amoureuse des équidés et passionnée par les petits chevaux islandais aux robes multicolores et aux allures rares (le tölt, ou amble en VF, cadence incroyablement confortable que les chevaux islandais possèdent de façon innée) que nous croisons partout. Je tanne les parents pour obtenir un pull islandais en laine de mouton, un pull énorme à l’effigie d’un cheval et couvert de traces de sabot, et une fois mon vœu exaucé, je ne le quitterai plus de la semaine, comme le prouve l’album photo : je l’arbore fièrement sur TOUTES les images à partir du jour de son achat. Une fois revenue en France, je refuserai obstinément de le porter en collège, parce ce que « c’est la honte ». Saleté d’ado. (Mais j’ai toujours le pull, et je compte bien le rapporter en Islande cet été, histoire de prouver à mes parents, seize ans après, que le caprice n’en était finalement pas un.)
    Le pull, le cheval et moi.
    Le pull, le cheval et moi.

     

    Robes infiniment variées des petits chevaux d'Islande.
    Robes infiniment variées des petits chevaux d’Islande.

     

    Typologie des chevaux islandais.
    Typologie des chevaux islandais.

    Mais j’ai aussi développé une obsession plus poétique, les cascades. C’est du voyage en Islande que date ma passion pour elles, confortée ensuite par d’autres pèlerinages vers les plus hautes et les plus belles chutes du monde : Niagara, à la frontière américano-canadienne, Iguaçu, entre l’Argentine et le Brésil, et Victoria, entre Zambie et Zimbabwe. Depuis l’Islande, je suis une véritable junkie, je collectionne les chutes d’eaux comme Casanova les femmes, et où que j’aille, je ne peux résister à une rando qui me promet une cascade comme récompense. A l’idée de retourner en Islande cet été, et de pouvoir non seulement revoir celles de mon enfance, mais aussi en découvrir de nouvelles, dûment repérées sur Instagram depuis des mois, mon cœur frétille. A l’époque, nous avions commencé par Godafoss, la chute des Dieux : en l’an 1000, lorsque l’Islande a choisi d’accepter le christianisme, le roi d’alors est venu précipiter dans les eaux grondantes toutes les statues à l’effigie des Dieux anciens, prouvant que la géographie islandaise est décidément chargée d’inspirations eschatologiques, et donnant son nom au lieu. A ce que je lis dans le cahier, mon père était très inquiet de la gestion islandaise de la sécurité, où l’on considère que chaque homme est responsable de son destin face aux pierres glissantes et à l’abîme rugissant. « Papa nous inonde de conseils : Ne courez pas ! Faites attention ! MARCHEZ ! Nous avons sauté un petit ruisseau large d’un mètre, à la réception glissante, pour nous approcher de la rive. Guillaume a failli tomber dans l’eau et Papa faire une crise cardiaque, mais Godafoss est encore plus belle de face. On y voit des dizaines de cascades, de nuages d’embruns et de grottes sous les chutes. » Ma cascade préférée, c’est Detifoss, au nord de l’île, sur le cercle de diamant. « Colossale ! Entre les gratte-ciels de basalte tombe un rideau d’écume de quarante-quatre mètres, le plus puissant d’Europe. Etre si petit à côté d’une lame blanche de remous est terrifiant. En remontant la rivière, nous arrivons à Selfoss. Dans un triangle inachevé d’orgues de basalte se rejoignent deux cascades, dans un nuage de brume élégante dont on imagine voir sortir une ondine… Godafoss est située sur la même rivière. »

    cascade islande voyage
    Godafoss. J’ai toujours le pull.

    Je retrouverai les orgues de basalte qui me fascinent tant sur la plage de Vik, au sud-est de l’île, tout près du fabuleux lagon glaciaire de Jökulsarlon. Près de Vik toujours, une autre cascade me ravit, Skogafoss, dont le nom signifie la hauteur. « Entre les berges verdoyantes s’enfonce la lame étincelante de la cascade en une myriade d’arcs-en-ciel auréolés de brume ». Les cascades me rendent manifestement lyrique. Mais malgré sa splendeur, je boude un peu Gulfoss, la chute d’or, car « je me casse la figure sur les pierres » et me fais mal. Je consentirai tout de même à admettre que c’était « la plus belle de toutes ».

    vik islande voyage
    La sublime plage de Vik, vue par Florence.

    Le voyage s’est achevé sur le cercle d’or, là où explosent les deux geysers d’Islande, Geysir, celui qui a donné son nom à tous les phénomènes géologiques de ce type dans le monde, et son petit frère Strokkur, moins puissant, mais plus fréquent. Geysir ne crache que toutes les six heures, et nous n’espérions pas le voir, quand soudain… « Au moment de partir, Papa se met devant Geysir et nous demande : Vous voulez le voir exploser, les enfants ? Nous crions tous : Oui ! Et dans la seconde, Papa sursaute, à cause de la soudaine colonne d’eau qui se dresse derrière lui… » L’Islande, atelier de développement des pouvoirs magiques.

    geyser geysir islande strokkur
    Strokkur, capturé par ma mère.

     

    geyser islande
    Strokkur, capturé au bon moment par ma tante Florence, au coeur de l’hiver islandais.

    Il me tarde de retourner en Islande, de revoir Vik, le cratère de Viti, les champs de fumerolles du Mytvatn, Jökulsarlon, Detifoss, Gulfoss, Skogafoss, Selfoss et Godafoss, et de découvrir les lieux où le premier voyage ne nous avaient pas conduits : les deux cascades célèbres pour leurs orgues de basalte, Aldeyjarfoss et Svartifoss, la péninsule de Snaefells, avec le cône parfait du volcan Kirkjufell au pied duquel jaillit une autre cascade, le canyon de Fjardrargljufur, dont les images me transportent – c’est le paysage que je vois dans mes rêves quand je ferme les yeux –, la route sinueuse qui mène au fjord de Siglufjorðür, les trolls d’Anarstapi. Et de remanger des myrtilles… Thorgal, mon amour, je reviens.

    chat voyage
    Préparation de l’itinéraire, avec mon conseiller voyage, Jettatura.

     

    Cascades d'Islande.
    Cascades d’Islande.

    Pour préparer mon retour en Islande, j’ai consulté des dizaines de sites et de blogs, et quatre d’entre eux m’ont émerveillée. Sur les blogs de voyage, l’Islande offre souvent aux auteurs leur plus bel article et leurs photos les plus réussies, car tout est cinématographique, la lumière, les paysages inouïs, l’inventivité de la nature. Je voudrais en citer quatre, notamment pour la qualité des photos qui m’ont fascinée :

    • Le plus touchant : les magnifiques photos de Marion et Vincent sur La Faute au Graph, qui ont même su saisir, au milieu des lumières d’orage et des landes féeriques, une portée de jeunes renards arctiques qui jouent.
    • Le plus spectaculaire : les images extraordinaires du photographe islandais Gardar Olaf, qui s’est notamment spécialisé dans les aurores boréales. Vous pouvez le suivre sur Instagram
    • Le plus original : le parcours de la Californienne Kristin, sur Be my travel muse, dont les photos automnales, qui l’entraînent parfois hors des sentiers battus, m’ont ravie.
    • Le plus complet : pour un road trip de quinze jours en Islande, jour par jour, avec une mine d’infos pratiques utiles, j’ai consulté Au bout de la route 

     

    islande voyage travel iceland
    Jökulsarlon, le lagon glaciaire.

     

     

    islande
    Reykjavik en hiver

     

    glacier islande hiver jökulsarlon
    Soleil éphémère sur Jökulsarlon.
  • Féeries de Durance, la Provence secrète

    Entre le Lubéron et la Durance, parmi les premiers contreforts des Alpes, se nichent des villages reculés qui regorgent de roches magiques et de féeries naturelles. Loin des grands axes, voici la Provence secrète, dont je ne me lasse pas d’explorer le silence et le mystère. Visite aux pénitents des Mées et aux formes étranges du plateau des Mourres, près de Forcalquier. Visitez les coins secrets de Provence.

    Crépuscule sur le plateau des Mourres. Coins secrets de Provence. Durance, Lubéron, Haute Provence sur Itinera Magica
    Crépuscule sur le plateau des Mourres.

     

    Au bord de la Durance, les silhouettes colossales des Pénitents des Mées. Coins secrets de Provence. Durance, Lubéron, Haute Provence sur Itinera Magica
    Au bord de la Durance, les silhouettes colossales des Pénitents des Mées.

    Du Verdon au Lubéron, les coins secrets de Provence

    Si vous êtes déjà venu sur Itinera Magica, peut-être savez-vous déjà l’amour que je porte à ma région natale, la Provence, et à tous les recoins de sa géographie accidentée. J’aime les formes que dessine l’eau coulant lentement à travers les massifs de calcaire et d’argile, l’empreinte des millénaires au creux des anfractuosités, et les légendes dont la mémoire populaire revêt ces paysages solitaires. Si j’aime infiniment la Méditerranée et ses rives lumineuses, j’aime aussi l’autre Provence, la Provence secrète, plus âpre et accidentée, la Provence des pentes, des combes et pierriers.  Et la région la plus mystérieuse à mes yeux, c’est ce labyrinthe d’arrêtes froissées et de vallées profondes qui s’étend au nord d’Aix-en-Provence, à l’est d’Avignon et au sud de Digne et Sisteron, ce triangle magique qui comprend le Lubéron, la Durance et le Verdon. Celle-là n’est plus la Provence amène des cigales et du tropisme maritime. C’est une région où l’ombre descend vite sur les vallées encaissées, où les soirées sont froides et les hivers rudes, et où se perpétue le rythme plus lent d’une vie pastorale, paysanne et montagnarde, dans de petits villages qui protègent jalousement le secret de leurs panoramas à couper le souffle. Jean Giono a vécu au cœur de la Provence intérieure, à Manosque, ville cernée par le cercle lointain des Alpes enneigées, et son œuvre a su capturer la rudesse majestueuse de ces contrées.

    Orage d'automne dans le Verdon.
    Orage d’automne dans le Verdon.

    Si vous connaissez la version anglaise de ce blog, peut-être avez-vous lu cet article consacré aux montagnes de Provence et de la Côte d’Azur, à l’Estérel, à la Sainte-Victoire, au Ventoux, et au massif du Verdon, mon paradis montagnard au cœur de la Provence intérieure. Le bleu laiteux, presque extraterrestre, des eaux du lac Sainte-Croix me fait rêver à des mondes inconnus ; les sept-cent mètres de profondeur du grand canyon du Verdon, la verticalité terrifiante de ses parois abruptes, surplombées par des colonies de vautours, m’inspirent un vertige incomparable.

    Lac de Sainte Croix. Coins secrets de Provence. Durance, Lubéron, Haute Provence sur Itinera Magica
    Lac de Sainte Croix.

     

    Grand canyon du Verdon.
    Grand canyon du Verdon.

     

    Lac de Sainte Croix, vu depuis Aiguines.
    Lac de Sainte Croix, vu depuis Aiguines.

     

    Une cascade dans la gorge du lac de Sainte Croix.
    Une cascade dans la gorge du lac de Sainte Croix.

    Si vous connaissez la version allemande de ce blog, peut-être avez-vous lu cet article qui propose d’explorer les petits villages perchés du Lubéron. Dans un paysage profondément médiéval, qui évoque les heures les plus tumultueuses de la féodalité, les villages agrippés aux sommets des collines ressemblent à des rochers émergeant d’une mer agitée ; leurs murailles, leurs châteaux forts, leurs pierres jointes disent les terreurs et les tempêtes d’autrefois. Puis au sud de Lubéron, près d’Aix-en-Provence, c’est la Renaissance qui fait irruption le long des canaux et des allées jardinières, et le paysage adouci me rappelle la Toscane.

    Merveilleux Lourmarin, mon coup de coeur au sud du Lubéron.
    Merveilleux Lourmarin, mon coup de coeur au sud du Lubéron.

     

    Gordes, le village le plus célèbre du Lubéron, au répuscule.
    Gordes, le village le plus célèbre du Lubéron, au crépuscule.

     

    Bonnieux.
    Village perché de Bonnieux.

     

    Rues désertes de Lacoste.
    Rues désertes de Lacoste.

    Les Mées, un village provençal plein de mystère

    C’est une région que je ne me lasse pas d’arpenter, et par un beau dimanche de janvier, j’ai mis le cap sur Les Mées, en quête de deux féeries géologiques que je voulais voir de mes propres yeux. Au-dessus du lit caillouteux de la Durance, et adossé aux contreforts du plateau de Valensole, le village des Mées est réputé pour les formations rocheuses étranges qui le surplombent, et qu’on appelle les « pénitents des Mées ». Des monolithes de près d’une centaine de mètres de hauteur semblent veiller sur le village, et leurs formes émoussées par l’érosion évoquent une procession de moines repentants.

    Le village des Mées, surplombé par les Pénitents.
    Le village des Mées, surplombé par les Pénitents.

     

    La silhouette monumentale des Pénitents se glisse derrière la place du village.
    La silhouette monumentale des Pénitents se glisse derrière la place du village.

     

    Les Mées, nectar de Haute Provence : derrière moi, la Durance, devant moi, le plateau de Valensole, au loin, les Alpes.
    Les Mées, nectar de Haute Provence : derrière moi, la Durance, devant moi, le plateau de Valensole, au loin, les Alpes.

    La vision est saisissante, presque menaçante quand le soleil descend et que l’ombre coiffe de noir ces silhouettes gigantesques. J’ai lu qu’il s’agissait de « poudingue érodé » ; à cette caractérisation prosaïque, je préfère la légende des pénitents, que vous pouvez lire en entier sur ce site merveilleusement poétique.

    Jeux d'ombres sur les Pénitents.
    Jeux d’ombres sur les Pénitents.

    La légende remonterait au temps des croisades, et raconte l’histoire d’un Seigneur en guerre contre les Sarrasins, qui découvre un groupe de jeunes femmes maures dont la beauté et la détresse l’émeuvent. Il leur offre refuge dans son château, où des moines tombent à leur tour sous le charme de leurs beaux yeux… Saint-Donat, l’ermite de Lure, choisit alors de les pétrifier afin de les préserver de la tentation, et c’est ce défilé de moines amoureux, figés à tout jamais dans leur bure, qui jette son ombre sur les Mées.

    Fin d'après midi.
    Fin d’après midi.

    Le sentier des Pénitents permet de les surplomber et offre quelques jolis panoramas, mais c’est vus du sol que je les trouve plus impressionnants. L’impression est écrasante, surtout quand s’avance la nuit. Grand maître du fantastique, expert de la mémoire des ruines, Marcel Brion rapporte une tradition orale qui se perpétue, la peur de rester à proximité des Pénitents quand le soir tombe, par peur d’être à son tour changé en pierre…

    Les Mées vus d'en haut, depuis le sentier des Pénitents.
    Les Mées vus d’en haut, depuis le sentier des Pénitents.

    Le soleil descend, et ma route se poursuit à une vingtaine de kilomètres des Mées, à Forcalquier, village perché, comme nombre de ses jumeaux dans le Lubéron, qui se targue d’avoir « le ciel et l’air le plus pur de France ». La place du village est délicieusement surannée, avec ses airs de livre d’images de la Belle Epoque. On y trouve l’ancien couvent des Visitandines, édifié en 1630 suite à une promesse faite par les habitants accablés par la peste noire, soudain soucieux d’expiation et de grâce. Je trouve l’ancien couvent et l’église qui lui fait face envahis par des nuées d’oiseaux noirs qui dessinent des tornades dans le ciel, et m’évoquent quelque chasse infernale – fantômes ailés, souvenir des âmes qui hantent les lieux ?

    Place du village de Forcalquier, avec l'ancien couvent des Visitandines sur la gauche.
    Place du village de Forcalquier, avec l’ancien couvent des Visitandines sur la gauche.

     

    Nuées d'oiseaux sur les façades rétro.
    Nuées d’oiseaux sur les façades rétro.

     

    Eglise de Forcalquier dans une tempête d'ailes.
    Eglise de Forcalquier dans une tempête d’ailes.

    Le plateau des Mourres

    C’est sur le plateau des Mourres que je veux voir le coucher du soleil. Les Mourres, « museau » en provençal, ce sont ces cheminées de fées aux formes baroques, sculptées par les caprices de l’érosion mordant le calcaire. La vue sur la vallée de la Durance, les Alpes et les hauts contreforts du Verdon, par-delà une immensité de collines rongées par l’hiver, est éblouissante.

    Beautés à perte de vue.
    Beautés à perte de vue.

     

    Arches énigmatiques.
    Arches énigmatiques.

     

    Coins secrets de Provence. Durance, Lubéron, Haute Provence sur Itinera Magica
    Au loin, le Verdon et les Alpes.

     

    Formes fantastiques.
    Formes fantastiques.

    Les silhouettes fantasmagoriques des Mourres, les têtes et les cous de bête sous-marine, les arches de pierre, les fleurs de roche, les dentelles de pierre, se détachent sur ce panorama inouï dans la lumière rasante. coins secrets de Provence

    Dernières lueurs.
    Dernières lueurs.

     

    Curiosités géologiques, féeries de pierre.
    Curiosités géologiques, féeries de pierre.

    Assis en cercle, un groupe de musiciens est venu profiter des derniers rayons pour jouer en pleine nature. Ils ont des instruments dont je ne connais pas le nom et répètent une mélopée entêtante et un peu triste, dans une langue qui m’est inconnue, et dont la mélodie m’évoque une atmosphère de foire médiévale, avec les gitans et les fous. C’est étrange, n’est-ce pas, comme la musique peut nous faire nous souvenir de ce que nous n’avons jamais connu ? Je reste longtemps à les écouter, saisie par la beauté de ce moment, par cette musique de bal d’antan, tandis que les ombres grandissantes animent et métamorphosent les Mourres. Leurs instruments sont comme les oiseaux, ils se taisent une fois le soleil couché. Et je cherche déjà à fixer dans ma mémoire cet instant magique, la beauté infinie du monde et la mélancolie du temps qui passe.

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    Joueur de trompette au crépuscule.

     

    Le jour s'achève.
    Le jour s’achève.

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