Nous sommes à 350km au sud d’Agadir, aux portes du Sahara. Le paysage tout entier s’achemine vers le désert, les premières dunes de sable émergent au milieu du reg caillouteux. Ici, c’est Tan-Tan, dans le grand Sud marocain. Chaque année en mai, les peuples du désert viennent se retrouver ici, avec leurs caravanes de chameaux, leurs danses traditionnelles et leur artisanat, pour célébrer le Moussem de Tan-Tan, grande fête de la culture sahraouie, inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Entre l’Atlantique et les immensités sablonneuses, le monde des « hommes bleus » déploie ses mille couleurs.
Le fabuleux moussem de Tan-Tan, patrimoine de l’humanité.
Je suis partie au Moussem de Tan-Tan pour un reportage pour le magazine La Revue, dans lequel j’évoque la signification culturelle et géostratégique très puissante du Moussem de Tan-Tan, à l’heure où le Maroc met cap au Sud et s’ancre résolument au Sahara. Cet article sera bien entendu réservé à La Revue. Mais son rédacteur en chef m’a gentiment donné la permission de partager mes photos ici, sur Itinera Magica – merci à lui ! Voici donc non pas un article, mais une collection d’impressions, de souvenirs de ces moments hors du temps, entre désert et océan.
Au cap Draâ, où le fleuve des oasis vient se jeter dans l’océan
Couleurs du Maroc pluriel.
La lagune de Chbika
Tan-Tan. Le nom me faisait rêver. Voici la porte du Sahara, la ville qui ouvre aux provinces du grand Sud. Autour des puits et des ksour, quelques villes ont grandi au milieu des regs à perte de vue, et partout ailleurs c’est l’immense et le vide, des troupeaux de chèvres et de cailloux au milieu des étendues rases.
Capturée en passant depuis le bus des journalistes, une vision typique du pastoralisme du Sud : un berger et son âne
Premières dunes sahariennes le long de la côte
Pour accueillir les délégations d’invités venus des quatre coins du monde, un camp de tentes bédouines a été monté dans la lagune de Chbika.
Le camp de Chbika, au-dessus de l’oued.
Imaginez ma surprise lorsque je suis arrivée ici, de nuit, au milieu de nulle part, et que j’ai vu se dresser dans la tempête ce camp de tentes cramoisies dressées sur les dunes, au-dessus de l’Atlantique.
Arrivée de nuit à Chbika
L’oued Chbika rejoint ici l’océan. De grands oiseaux peuplent les sables et les matins brumeux.
L’oued au matin
Oiseaux de Chbika
L’intérieur des tentes est luxueux, mais la nuit, tout bouge, le vent s’engouffre sous les tentures, secoue les tissus comme il gonflerait les voiles d’un navire, et on croirait voguer sur une mer des sables, sans savoir si ce sont les vagues ou les bourrasques qui hurlent si fort.
La tempête s’immisce et secoue les tentures
Avec des pierres et des morceaux de fer, je bloque l’entrée.
Ce sont des nuits et des aurores de bout du monde, magiques.
Matin à Chbika.
Tan-Tan et El Ouatia Beach
Trait d’union entre le Nord du Maroc et le grand Sud, Tan-Tan est une ville neuve, qui a cherché à préserver son identité saharienne. Dans les rues de la ville défile la parade des régions du Maroc et de leurs peuples, sahraouis à dos de chameaux, processions nuptiales où la mariée trône, comme une princesse, sur un palanquin, groupes d’enfants et chants de fête.
Parade dans les rues de Tan-Tan, mariée bédouine sur son chameau.
Chameaux dans les rues de Tan-Tan
La station balnéaire de Tan-Tan, c’est El Ouatia Beach, une belle plage qui m’évoque le sud du Portugal : j’y reconnais ces côtes projetées dans l’océan Atlantique, plus âpres et plus froides que dans les régions où un golfe vient adoucir les eaux et protéger les rivages – l’océan est profond et les vagues sont traîtres. Tan-Tan est une ville de pêcheurs et de marins, tournée vers ces horizons périlleux.
El Ouatia Beach, station balnéaire de Tan-Tan
Tan-Tan, port de pêche
Le moussem de Tan-Tan, réunion des peuples du Sahara
Depuis des siècles, les peuples nomades du désert et du sud de l’Atlas se retrouvent ici au mois de mai, pour le commerce et le plaisir des célébrations. C’est un tourbillon de danses, de chants et de chevauchées, sur le dos des immenses chameaux ou des chevaux de fantasia. Berbères vêtus de blancs, Sahraouis vêtus de bleus, tous font vivre l’héritage culturel du sud du Maroc dans cette fête hors du commun.
Femmes sahraouies à la cérémonie d’ouverture du Mossem de Tan-Tan
Sahraoui sur son chameau
Danses berbères.Chant des femmesFantasia.Cérémonie d’ouverture, avec la délégation émirienne
Traversée de chameaux
Moukkhalas, fusils d’apparat traditionnels, levés face au ciel
Fête à Tan-Tan.
Délégation émirienne et portrait du roi du Maroc, Mohammed VI.Chevaux de fantasiaDrapeaux marocains dans le ciel nuageux.
Aujourd’hui, la plupart de ces peuples sont sédentarisés, mais le moussem fait revivre la tradition nomade – des tentes de toiles brune abritent les familles durant la semaine de la fête, renouant avec l’époque des grandes migrations.
Les tentes des familles sahraouies.Marchand ambulant.
A quelques kilomètres du site du Moussem a lieu une course de chameaux, sur un camélodrome fraîchement inauguré. Nous sommes si loin de Casablanca – Tan-Tan, c’est déjà un autre monde.
Au camélodrome de Tan-Tan
Le Cap Draâ
Le Draâ, c’est ce fleuve mythique qui alimente toute la ceinture des oasis, au coeur des montagnes de l’Atlas, de Rachidia à Ouarzazate. Chargé des rêves des vallées, il vient finir sa course ici, au cap qui porte son nom, et se fond dans l’Atlantique. Ce sont des paysages vertigineux, un hymne à la beauté du grand Sud marocain.
Eclaircie au cap Draâ.
Dunes et embruns
L’embouchure du Draâ
Au Cap Draâ, songeant aux voyages à venir
Je quitte le Maroc heureuse de savoir que j’y reviendrai avant la fin de l’année 2016. Plus au nord, cette fois, à la découverte des villes magiques, Essaouira et ses remparts, Marrakech et ses jardins, Ouarzazate et son chapelet d’oasis au cœur des montagnes. Ce sera un voyage sentimental, car le Maroc est le pays où mon père a grandi, et je partirai avec lui sur les traces de son enfance… Mais ceci est une autre histoire… à suivre !
Road trip dans le désert d’Arizona. Que voir à Phoenix et Tucson : Saguaro National Park, Organ Pipe National Monument, Arizona Sonora Desert Museum, Desert Botanical Gardens Que dit un homme mordu par un serpent à sonnette avant de mourir ? Pourquoi certains cactus ont-ils des cornes ou une coupe afro ? Qu’est-ce qu’un monstre de Gila ? Les oiseaux d’Arizona sont-ils masochistes ? Mais bon Dieu, pourquoi aller vivre dans un endroit où il fait 50 degrés le jour, 0 la nuit, et où il ne pleut que deux fois par an ? Monde rugueux et ébouriffé, le désert d’Arizona fascine par son côté brut de décoffrage. Les plantes, les animaux, tout le monde ici semble se préparer au tournage du prochain Star Wars : les cactus, les oiseaux, les reptiles sont des guerriers prêts à tout pour survivre à l’aridité. Le désert d’Arizona regorge d’histoires extraordinaires et de personnages hauts en couleur – ils méritent bien une présentation.
Cactus, crotales et coyotes : le désert d’Arizona regorge de créatures extraordinaires. Rencontrez les Saguaro, les serpents à sonnette et les colibris sur Itinera Magica !
Road trip dans le désert d’Arizona : c’est parti
Dans le précédent épisode du road trip, je vous avais parlé de l’Apache Trail, la piste la plus mythique de l’Ouest (vous n’avez pas vu cet article ? allez le voir, c’est aussi l’article le plus cool de l’Ouest), et d’un coucher de soleil merveilleux dans les Montagnes de la Superstition, où j’avais vu serpents, biches et pécaris… Mon exploration des déserts de l’Arizona s’est poursuivie au Saguaro National Park, dans les montagnes de Tucson, au fabuleux jardin botaniquedu désert de Phoenix (Desert Botanical Garden), et à l’Arizona-Sonora Desert Museum de Tucson.
Le désert d’Arizona, paysage de film
Que voir dans le désert d’Arizona ? Des CACTUS !
Le désert d’Arizona est une partie du désert de Sonora, la plus grande zone désertique d’Amérique du nord, et aussi la plus chaude – les températures approchant 50 degrés Celsius ne sont pas rares. Pourtant, la végétation y est étonnamment abondante : l’Arizona est le paradis des superhéros végétaux de la sécheresse, les cactus. Près d’une soixantaine d’espèces de cactus ont fait de la fournaise leur maison, et y survivent grâce à leur pouvoir spécial, la succulence. (Rien à voir avec leur qualité gustative, même si les fruits de nombre de cactus sont délicieux, et que j’ai mangé des sorbets de cactus à mourir.) La succulence, c’est la faculté de retenir l’eau dans leurs feuilles charnues, de créer un véritable système de stockage interne, et de pouvoir survivre durant des mois sans pluie. Mais cela ne va pas sans un inconvénient majeur : tous les animaux du désert, assoiffés eux aussi, cherchent à dévorer les cactus pour trouver de l’eau. Voilà pourquoi ils se bardent d’épines, ont plus de pics et de pointes sur le corps qu’un ado gothico-punk de quinze ans, et transpercent férocement tout ce qui s’approche : il en va de leur survie.
Cactus « prickly pear » (ceux en forme d’oreille de Mickey) et, au sol, « diable rampant » (celui qui ressemble à un boudin épineux), le cactus le plus dangereux du désert de Sonora.
La popstar du désert sonoran, c’est le Saguaro (prononcez sawaro s’il vous plaît, sinon les locaux se paieront votre tronche #vécu), un cactus monumental de plusieurs mètres de haut qui semble né pour décorer les bouteilles de bière, et dont les bras ouverts lui donnent une dégaine de hippie cool qui fait un shaka ou un signe V. Yeah man.
Saguaros et ocotillo (avec les fleurs rouges, au premier plan).Parfois, il a même des cornes, ce qui le rend encore plus cool.
Le Saguaro survit dans le désert d’Arizona grâce à un système de côtes, qui se contractent ou s’étendent en fonction de la quantité d’eau disponible (regardez le dessin ci-dessous, ça sera plus clair je crois).
Jusqu’à six tonnes d’eau stockées dans le tronc du Saguaro.
Parce qu’il stocke d’énormes réserves d’eau (jusqu’à six tonnes !), le Saguaro est attaqué de tous les côtés. Rongeurs, oiseaux, reptiles, tous rêvent de lui prendre son butin, et ils n’hésitent pas à affronter son épiderme tranchant.
« Hotel Saguaro », ou tous les hôtes indésirables
Mais le Saguaro est résilient. Quand un rongeur dévore son tronc, il produit une véritable armure, une résine noire et dure impossible à traverser. Quand un oiseau vient creuser son nid au cœur de ses branches, il développe une coque dure qui l’isole des germes transmis par les volatiles.
A gauche : la coque formée par le Saguaro pour isoler les nids d’oiseau
Quand un épisode de gel rompt une partie des tuyaux qui l’irriguent, la branche ne meurt pas, mais continue à pousser tordue, biscornue – c’est pour ça que certains Saguaro ont des cornes ou des coupes afro.
Autre dégât causé par le gel : les branches tordues. (Pour la coupe afro, voir la première image de l’article !)
Et si une sécheresse extrême ou un incendie le tue, il essaiera de fleurir une dernière fois avant de rendre l’âme, afin de perpétuer l’espèce. Le Saguaro, c’est mon héros. Et c’est aussi l’emblème de l’Etat d’Arizona. Au Saguaro National Park, une véritable forêt de Saguaros recouvre les montagnes de Tucson, et dessine un fabuleux paysage hollywoodien.
Coucher de soleil cinématographique au Saguaro National Park, au coeur du désert d’Arizona
Voici les autres sujets qui vivent à la cour du prince :
(Note : j’ai fait deux musées des cactus et lu un bouquin sur le sujet, The Cacti of Arizona, pour préparer cet article, donc je me sens vachement calée, mais tout de même, je ne suis pas botaniste. Lecteur de ce blog, si tu es présentement en train de préparer un exposé, un TPE ou autre devoir sur les cactus et que Google a eu la gentillesse de t’emmener ici, ça me fait très plaisir, mais ne m’utilise pas comme source. Ou ne viens pas te plaindre si on t’accuse de confondre le cactus « queue de castor » et le cactus « poire piquante ». Merci.)
Sur cette photo : cactus tonneau, organ pipe, saguaro, cholla
Il existe plus de trente espèces de Cholla, mais les plus connues sont celles qui ont un air tendre et duveteux (ne vous y fiez surtout pas), et portent le nom adorable de « teddy bear cholla », ou « cholla nounours » (je vous répète, n’y touchez pas). Elles ressemblent beaucoup aux « cholla sauteuses » (jumping cholla), qui s’accrochent à tout ce qui passe pour être transportées sur des kilomètres, et conquérir de nouveaux territoires.
Chollas sauteuses et fleurs de printemps.
L’Organ pipe cactus (cactus tuyau d’orgue), nommé ainsi en raison de son allure très ecclésiastique, façon orgue de cathédrale, ne vit à l’état sauvage que dans une zone, tout au sud de l’Arizona, à la frontière mexicaine : Organ Pipe National Monument. L’endroit est loin de tout et strictement contrôlé en raison du passage de clandestins – les cactus que vous voyez ci-dessous sont ceux du jardin botanique de Phoenix (j’avoue #tricheuse).
Organ pipe cactus
La famille des « poires piquantes » (prickly pear) est très étendue aussi : ce sont tous les cactus à larges feuilles en forme d’oreille de Mickey, qui ont des noms tous aussi suggestifs les uns que les autres : queue de castor (beavertail), poêle à crêpes (pancake), oreilles de lapin (bunny ears)… Mes préférées sont les violettes (violet prickly pear), car elles revêtent, tu l’auras deviné, une couleur irrésistible, tout particulièrement quand elles sont en période de floraison.
Et début avril est la période idéale pour voir les cactus du désert d’Arizona, car ils sont tous en fleurs.
Violet prickly pear.Pancake prickly pear
C’est aussi le cas de l’ocotillo, qu’on pourrait appeler le cactus zombie. Durant 90% du temps, l’ocotillo ressemble à un tas de branches mortes, qu’on aurait presque envie de ramasser pour faire du feu et griller des chamallows, s’il n’était pas bardé d’épines extrêmement épaisses et dangereuses. Mais quand la pluie vient, l’ocotillo reprend vie. Les branches toutes sèches se font verdoyantes et se couvrent de fleurs rouges.
Ocotillo et chollas
Ocotillo, saguaro et barrel cactus
J’aime aussi beaucoup toute la famille des petits tonneaux (non, je n’en fais pas partie), ou barrel cactus, dont les formes ventripotentes se couronnent de fleurs roses ou jaunes au printemps – comme un bouquet de cerises sur une grosse pièce montée. Les « hérissons » (hedgehog) sont aussi très sympathiques.
Hedgehog cactus en fleurs
Je finis avec l’ennemi public numéro un, le salopard du désert de Sonora : le « diable rampant », en VO « creeping devil », dont le nom scientifique est Stenocereus eruca. Eruca signifie chenille : aussi dangereux qu’un troupeau de chenilles processionnaires, le diable rampant forme une colonie de longs boudins qui poussent à l’horizontale sur le sol, et peuvent couvrir de très larges étendues, formant un véritable tapis d’épines. Et ces épines sont les pires de toutes. Elles transpercent sans aucun mal une semelle de chaussure (je ne vous parle pas de tongs de piscine, je vous parle de grosses semelles de cuir épais), et résistent à nombre d’outils de jardinage. Un terrain envahi par les diables rampants est une zone minée, inaccessible.
Diables rampants
Son caractère peu sympathique a sauvé Stenocereus eruca de l’extinction : comme son inoffensif cousin le peyotl, le diable rampant contient de la mescaline, substance hallucinogène que tout le monde adorait prendre dans les années 70. Le pauvre peyotl n’avait rien pour se défendre, il avait une tête de gros cerveau sans épines, c’est pourquoi il a presque disparu à l’état sauvage, et ne survit plus que dans les jardins botaniques. Derrière des vitres, pour le protéger de tous les apprentis chamans et autres candidats à la rencontre cosmique avec des entités de lumière fluorescente. Comme dirait le gardien du jardin botanique de Tucson : Fucking hippies !
Barrel cactus et saguaro
Je ne parviens pas à identifier celui-ci – help ?
Les animaux du désert d’Arizona au Desert Museum de Tucson
Il existe aux Etats-Unis quarante-et-une espèces de crotales, ou serpents à sonnettes. La fameuse sonnette, une série d’anneaux qui rentrent en vibration quand on les secoue, s’appelle en français « cascabelle », ce que je trouve ravissant (je n’irais pas leur faire un câlin pour autant). Commençons par démonter quelques mythes au sujet de ce serpent : non, il ne prévient pas toujours en faisant tintinbuler son cascabelle avant d’attaquer. Ce n’est pas comme le cycliste berlinois, qui met un coup de sonnette impérieux avant de te foncer dessus sans ménagement (ne croyez jamais que le cycliste berlinois va freiner : c’est un hipster, il a un vélo sans freins). Le crotale n’a pas signé de convention de guerre qui l’oblige légalement à faire un petit ding ding avant de planter ses crocs.
Il n’est pas vrai non plus que les plus jeunes sont plus dangereux, parce qu’ils « contrôlent moins leur venin ». Le jeune crotale n’est pas un ado éjaculateur précoce, il contrôle très bien son engin, merci pour lui. La dose de venin administrée dépendra de la situation et d’à quel point vous l’avez énervé. Le crotale n’attaque pas – j’en ai vu un traverser le chemin tout à fait pacifiquement devant moi quand je randonnais dans les montagnes de la Superstition –, mais il sait se défendre.
Crotale, en VO rattlesnake
Certaines sont plus venimeuses que d’autres, et ceux qui concentrent le plus de venin appartiennent aux familles dites « diamondback » (dos de diamant) et « tiger » (tigre). Leur venin cause de terribles nécroses et hémorragies, et peut conduire à un arrêt cardiaque. Mais qui sont les plus dangereux ? La réponse est très simple : ceux qu’on va emmerder. Le gardien du jardin botanique de Tucson (vous savez, monsieur Fucking Hippies) m’a sorti la statistique suivante, et juré qu’elle est vraie : « en moyenne, la personne mordue par un serpent à sonnette aux Etats-Unis est de sexe masculin, a entre 20 et 30 ans, des tatouages, et un taux d’alcoolémie de 0,8 grammes. » La partie suivante n’entre pas dans la statistique officielle, mais « sa dernière phrase avant la morsure est : Tiens moi ma bière, je vais faire un selfie avec le serpent. » (Cette supposition est apparemment basée sur une histoire vraie). Dix-huit personnes ont succombé à une morsure de serpent depuis 2010 aux Etats-Unis.
Le désert d’Arizona compte également parmi ses rangs le seul lézard venimeux au monde : le monstre de Gila. La morsure n’est pas mortelle, mais très douloureuse, et très angoissante, car la bestiole ne lâche pas prise, et s’enfonce très profondément dans la chair avec ses dents recourbées. On a beau secouer dans tous les sens, il ne lâche pas prise – vous imaginez la scène.
Monstre de Gila
Un autre animal typique du désert d’Arizona est le pécari, en anglais « javelina ». Bien qu’ils nous évoquent la famille des cochons et des sangliers, ils n’ont en réalité rien de commun avec eux. Ces animaux sont extrêmement grégaires, présentent une structure sociale complexe, et adorent s’empiler en tas pour faire la sieste ensemble.
Les javelinas n’ont jamais daigné se réveiller pour que je fasse une photo correcte.
Un de mes animaux coups de cœur a été « l’écureuil antilope », ou Ammospermophilus leucurus, qu’on voit gambader au milieu des cactus.
Ecureuil antilope
De façon générale, les animaux du désert d’Arizona sont des masochistes. Les oiseaux et les rongeurs se posent au milieu des cactus, entre les épines. Leur faible poids empêche la pointe de rentrer trop profondément (façon de dire que si vous vous asseyez sur un cactus avec vos grosses fesses humaines, ce sera une autre histoire). Les oiseaux tissent des nids en toiles d’araignée entre les branches des Saguaro. Phoenix, ton univers impitoyable.
Oiseau fakir.Oiseau sur un saguaro
Parmi les oiseaux, deux mentions honorables. Au printemps, le désert d’Arizona se remplit de colibris qui viennent butiner les cactus en fleurs. Le record du jour : un colibri peut battre des ailes jusqu’à 200 fois par SECONDE.
Colibri d’Arizona
Le colin de Gambel (« Gambel’s quail ») ne pourrait certainement pas en faire autant. Ce gros oiseau joufflu vit principalement au sol, et vole très mal. Mais je trouve qu’il ressemble à un Pokémon, ce qui lui vaut mes suffrages. Petit dodu, je te veux dans mon équipe.
Colin de Gambel
Dans les régions montagneuses du désert d’Arizona vit aussi le mouflon du désert (« desert bighorn sheep »), dont l’agilité est légendaire.
Mouflon du désert d’Arizona
Enfin, à tout seigneur tout honneur , et je me dois de terminer cet article par l’animal le plus iconique du Sud-Ouest des Etats-Unis, celui que les Amérindiens nomment « le chien de Dieu » : le coyote. Intelligent, peu farouche, intrépide, on le croise sur les routes à la tombée de la nuit, ou fouillant dans les poubelles. J’en ai vu plusieurs entre chien et loup dans le Saguaro National Park, et c’est toujours une vision jubilatoire, qui nous rappelle pourquoi nous aimons tant les Etats-Unis.
Coyote.
Terre sauvage, terre immense. J’y reviens encore et toujours.
Soir au Saguaro National Park
La nuit tombe et les animaux surgissent, une vie fantastique sort de l’ombre…
Prochain article sur Itinera Magica, blog amoureux du Sud-Ouest des Etats-Unis : la fin du roadtrip en Arizona.
Vous verrez les dernières photos : une installation artistique fabuleuse dans le désert, la route 66 et son allure rétro, la ville fantôme de Jerome, devenue repaire des artistes, l’influence mexicaine à Tucson…
Où voir le désert d’Arizona ?
Deux camps de base parfaits : Phoenix ou Tucson. Tucson est sans doute mon coup de coeur, pour l’ambiance extraordinairement vibrante et colorée de cette ville, et la proximité immédiate du Saguaro National Park.
Les parcs naturels d’Arizona
Vous pouvez admirer le désert d’Arizona en différents endroits à l’état naturel :
– à l’Est de Phoenix, sur l’Apache Trail, qui passe par le Superstition Mountains State Park
– à Tucson, au Saguaro National Park
– tout au sud de l’Arizona, à l’Organ Pipe National Monument. Que vous soyez à Tucson ou à Phoenix, vous aurez environ 3h de route pour l’atteindre, car ce parc est vraiment au milieu de nulle part, à la frontière mexicaine. Il est déconseillé d’y rester la nuit, en raison de la lutte entre passeurs et garde nationale américaine…
Les jardins botaniques d’Arizona, pour un nectar de désert
Il existe également deux jardins botaniques merveilleux :
– Le Desert Botanical Garden de Phoenix est la plus grande collection de plantes du désert d’Amérique. L’entrée coûte 22 dollars.
– L’Arizona-Sonora Desert Museum se trouve dans la partie ouest du Saguaro National Park, et n’est pas seulement un musée, mais aussi un zoo et un jardin botanique. L’entrée coûte 20,50 dollars.
Organiser votre voyage en Arizona : Saguaro National Park ou Organ Pipe National Monument ?
Le Saguaro National Park est divisé en deux parties : une à l’Ouest de Tucson, dont l’entrée est gratuite, et l’une plus étendue à l’Est de Tucson, qui est payante.
Il est facile de combiner Phoenix et Tucson : les deux villes sont à 1h45 de route l’une de l’autre, et le trajet s’inscrit naturellement dans l’itinéraire de tout road trip en Arizona, d’autant qu’il y a énormément de choses à voir et à faire à Tucson.
En revanche, Organ Pipe National Monument est excentré : depuis Tucson, il vous faudra 2h15 (bien que la distance à vol d’oiseau soit faible), idem depuis Phoenix. Il est plutôt difficile de combiner ce parc avec d’autres points d’intérêt, il faut choisir d’y aller spécialement. En raison du passage de clandestins par le désert, il est déconseillé de s’y rendre entre le coucher et le lever du soleil.
Sommets blancs et cerisiers : promenade sur le Ventoux
Sa silhouette argentée se détache des terres rieuses de Provence et se repère à plus d’une centaine de kilomètres de distance, comme une vigie trônant au-dessus des lavandes et des cerisiers. Montagne des tempêtes et des héros, le Mont Ventoux est une légende du Sud. Voyage à la conquête du géant pâle. Je vous raconterai ma plus belle randonnée sur le Mont Ventoux, et vous révèlerai où voir les fameux cerisiers du Ventoux…
Au sommet du Mont Ventoux, un univers minéral où souffle le vent.
Mont Ventoux, père du mistral
J’ai grandi au nord de la Provence, sur les bords du Rhône, à l’endroit où il se fait le plus rapide et profond. Mais aussitôt que je m’arrachais aux séductions du fleuve et quittais la vallée, dès qu’une colline, une falaise ou une tour de château-fort me servait de promontoire, je le voyais surgir au loin : le Mont Ventoux. Immense et blafard, tel l’œil de Dieu qui jamais ne se referme, il veillait sur sa Provence. Si je prenais la route du sud pour rejoindre la Méditerranée, il me fallait longer le gardien silencieux, passer au crible de sa blancheur ; jusqu’en Camargue, il était impossible de lui échapper. Les jours où l’absence de nuages agrandit le ciel, je le voyais me guetter à l’horizon.
Cerisiers du Mont Ventoux, fin avril sur la route de Bédoin à Flassan
Les montagnes sont toujours hypnotiques – refuge des Dieux et des saints aux pieds écorchés, monde escarpé du silence qui préfigure les cieux. Mais le Mont Ventoux m’a toujours paru plus inquiétant et majestueux encore. En toute saison, il revêtait cette couleur blanche éblouissante, et tous les enfants croyaient qu’il s’agissait de neige, qu’un hiver éternel régnait sur ses sommets. Et il y avait ce nom. Ventoux. L’étymologie était explicite. Chaque fois que le mistral crachait sur ma vallée du Rhône son souffle glacé, nos regards se portaient vers le Mont Ventoux, comme s’il était ce Dieu courroucé qui concocte les bourrasques et lâche sur nos offenses ses armées incisives.
Les enfants n’ont pas si tort. Le vent a bâti son empire au sommet du mont, et n’y trouve jamais de répit. Un jour de 1967, une vitesse de 320 km/h y a été enregistrée à la station météorologique, et chaque jour de tempête semble s’ingénier à poursuivre le record. Il est notre monstre tutélaire, celui qui a enfanté le fléau de la Provence, le vent froid et tranchant qui s’immisce.
Sur les pentes du Ventoux.
Neige ou pierre ? Les sommets du Mont Ventoux
Mais il est aussi le Dieu des cailloux, ces cailloux qui règnent sur le sol de Provence et en font cette rocaille aride et peu fertile, où les plantes qui veulent conquérir les plateaux calcaires doivent nicher leurs racines à même la pierre. Ce n’est pas la neige qui blêmit la face immense du Mont Ventoux, ce sont les pierres. La plus haute partie de ses versants est recouverte d’une mer de pierres blanches, un royaume du minéral, où plus rien ne pousse et plus rien ne vit, ni arbres, ni eau, ni bêtes, juste ces pierriers susceptibles qui cherchent le moindre prétexte pour dévaler les pentes raides dans un tonnerre de roches entrechoquées, et propager plus bas leur dévastation.
Le Ventoux est un monde hostile, dévolu aux ermites, aux illuminés et aux poètes. C’est un paysage biblique, le désert où le diable vient tenter l’âme fragile du croyant. Partir à l’assaut du Ventoux, c’est toujours un pèlerinage.
Vue sur la Provence intérieure depuis les flancs du Mont Ventoux.
Pétrarque sur le Ventoux
La première ascension dont nous ayons conservé la trace est celle du poète toscan Pétrarque, l’un des plus grands écrivains médiévaux, qui cherchait sur la Terre entière les traits de sa Laura bien aimée. C’est en 1335 qu’il est parvenu jusqu’au sommet du géant tutélaire de Provence, et la légende dit qu’il lui donna son nom : Mons Ventosus, le mont venté. Il raconta dans une lettre au moine Dionigio Da Borgo San Sepolcro la mer de nuages qui roulait à ses pieds, la lute de l’ombre et de la lumière et l’âpreté sublime de ces visions. D’autres écrivains et artistes ont suivi ses traces, comme Rilke ou Camus, qui raconte : « Nuit sur le sommet du Vaucluse. La Voie lactée descend jusque dans les nids de lumières de la vallée. Tout se confond. Il y a des villages dans le ciel et des constellations dans la montagne.»
La forêt cède à la pierre
Randonnée sur le Ventoux
Il existe trois voies d’accès au vénérable patriarche, une au nord, deux au sud. J’ai choisi celle de Pétrarque : par le nord, depuis le joli village de Malaucène. Je suis montée en voiture jusqu’au camp du Mont Serein, doublant des armadas de cyclistes kamikazes, lancés pour vingt kilomètres de montée constante. Chaque année sous le soleil d’été, le Ventoux anthropophage prélève son tribut. Ce mythe du cyclisme attire des dizaines de coureurs insuffisamment préparés ; infarctus et coups de chaleur terrassent les imprudents. Mon ascension sera plus modeste : une randonnée de seize kilomètres, depuis le camping du Mont Serein. Le Mont Serein, c’est le dernier îlot de verdure avant la blancheur éclatante du vide, avant la planète désolée.
Camping du Mont Serein
Le sentier s’élance dans la forêt, parmi les chênes et les pins. Mais aussitôt que l’altitude augmente, la végétation recule. Les arbres se font clairsemés. Quelques racines et buissons. Puis viennent les océans de pierre. Tout est sec et aveuglant – des murailles, aussi loin que porte le regard. Il n’y a encore aucun vent. C’est une journée chaude et immobile, une torpeur de fin d’été.
Puis la pente augmente, le sommet approche. Et je sens comme un frémissement. L’air s’impatiente, quelque chose se prépare. J’atteins la crête, et je m’envole. Un vent insoupçonnable jusqu’alors abrase le sommet, déferle sur la station météorologique, combat les cyclistes épuisés. Il n’y a plus rien, plus un arbre ou une fleur. Les pierres ont vaincu et un mistral furieux s’acharne sur les pentes nues. Bienvenue sur la surface de la lune.
Sur la lune, au sommet du Ventoux.
Toutes les familles qui imaginaient pouvoir pique-niquer remballent leurs chips et leurs alus et vont se réfugier plus bas. Il est impossible de rester exposé. Un chemin blanc serpente sur la crête, flotte au-dessus des pentes abruptes – une piste parmi les contrées extraterrestres. Je le suis vers le sud.
Sur les crêtes.
Quand l’altitude diminue, la vie revient. Chardons et troupeaux de moutons apparaissent. Je marche longtemps parmi ce paysage de bout du monde, avant de retraverser la forêt verticale et de revenir peu à peu au monde ordinaire, comme on revient d’un voyage spatial. Je rêve d’eau et de verdure.
Fleurs courageuses du Ventoux
Au sud du Ventoux : le pays de Carpentras
Un autre versant. Au Sud du Mont Ventoux, c’est le pays de Carpentras et des monumentales dentelles de Montmirail, ces pitons érodés qui se découpent sur le ciel de Provence. C’est le Vaucluse des petits villages, tel que le ravissant Pernes-les-Fontaines, où les eaux chuchotent.
Au sud du Ventoux, vignes et villages provençaux
Où voir les cerisiers du Ventoux au printemps ?
Autour de la mi-avril, une grâce éphémère vient rehausser encore le charme de la région : c’est l’époque où les cerisiers en fleurs reflètent l’éclat de la montagne albâtre. Sur la route de Bédoin à Flassan, le printemps dessine des cartes postales. Les fruitiers sont en procession nuptiale et l’habit fantomatique du Mont Ventoux se change en jupon de mariée. Je me promets de revenir, d’explorer tous les petits villages lovés au creux des collines, et de goûter les cerises du Ventoux. Fille de Provence, je reviens toujours à la cour de son roi blanc…
Cerisiers du Ventoux
Avril nuptial.
Mont Ventoux Located at: 44.1727243, 5.277299900000003
Se rendre au Mont Ventoux
Le Mont Ventoux se situe dans le Vaucluse, au nord-est d’Avignon. Trois routes d’accès existent : au nord, par Malaucène, au sud, par Bédoin ou par Sault.
Le Mont Ventoux, au coeur de la ProvenceLe Mont Ventoux de plus près.
Par quel chemin accéder au Mont Ventoux ? Les trois voies d’accès
Si vous êtes cycliste (ou randonneur), et que vous voulez tenter l’ascension, préparez-vous bien ! Le Ventoux est un défi violent pour les cyclistes : 20 km de montée sans répit… L’accès le plus ardu des trois est celui par Bédoin, au sud. C’est le pire, celui qui doit vraiment être réservé aux athlètes. En deuxième position vient l’accès par Malaucène, au nord. Un petit peu plus facile, il exige néanmoins une excellente condition physique. Le « plus facile » (rappelez-vous, nous parlons de l’ascension d’une montagne de 1911 mètres aux pentes raides…) est au sud : par Sault.
Que voir aux alentours du Mont Ventoux ?
Au nord, ce sont les paysages de la Drôme provençale qui s’offrent à vous : les vestiges antiques de Vaison-la-Romaine, les oliviers de Nyons, les collines des Baronnies et le charme de leur village le plus célèbre, Buis-les-Baronnies.
Au sud, vous êtes dans le Vaucluse, dans le pays de Carpentras. Carpentras, jolie ville au milieu des collines, les villages de Bédoin, Montreux, Pernes-les-Fontaines méritent le détour.
Village de Bédoin
C’est aussi le pays des célèbres dentelles de Montmirail – entre vignobles et collines couronnées de crêtes majestueuses, le pays de Gigondas, Beaumes-les-Venises, Lafare promet de belles promenades. Ne manquez pas le village perché de la Roque-Alric.
Villages et vins au pied des dentelles de Montmirail.
Si vous poussez encore un peu plus au sud, vous trouverez le palais des papes et le pont d’Avignon, ainsi que le fabuleux pays secret du Lubéron, avec ses villages perchés, dont Gordes est emblématique.
Gordes, porte d’entrée vers le Lubéron
A deux pas de Gordes, la majestueuse abbaye de Sénanque
La Provence à l’état pur
Quand et où voir les cerisiers du Ventoux en fleurs ?
C’est sur la route de Bédoin à Flassan que vous pourrez faire votre photo de carte postale. On m’avait dit « fin avril, début mai », mais je conseillerais plutôt de venir à la mi-avril : ces photos ont été prises le 29 avril, et la floraison était déjà presque terminée.
Où dormir sur le Mont Ventoux ?
Je sais que de jolis campings existent aussi au sud, mais j’ai eu un coup de cœur pour celui du Mont Serein, sur la face nord, côté Malaucène. Un endroit parfaitement bucolique et aux prix très acceptables.
Vous trouverez des hôtels de charme parmi les vignes côté sud, autour de Carpentras. Et pour une folie : je n’y ai encore jamais dormi, mais Carpentras compte deux hôtels de luxe, l’hôtel Crillon le Brave et le château de Mazan, qui me paraissent absolument superbes !
Epinglez moi !
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Connaissez-vous l’ Apache Trail ? Pour les Américains, cette piste qui serpente à travers les montagnes et les cactus de l’Arizona est aussi mythique que la route 66. Un road trip dans l’Ouest se doit d’inclure cette boucle sablonneuse et défoncée, qui nous ramène au temps des diligences, des bandits et des chercheurs d’or. Voyage jubilatoire entre légendes et superstitions, au pays des cow-boys. Accrochez-vous à vos santiags.
Paysages grandioses de l’Apache Trail, une des plus belles routes de l’Ouest
Si vous évoquez l’Apache Trail en compagnie d’un Américain, vous l’entendrez devenir lyrique. L’Apache Trail ? La plus belle route de l’Ouest ! Peut-être citera-t-il Roosevelt, qui était très enthousiaste : « l’Apache Trail combine la grandeur des Alpes, l’éclat glorieux des Rockies, et la magnificence du Grand Canyon ». Mais de ce côté-ci de l’Atlantique, nous sommes peu nombreux à la connaître. A vrai dire, je n’en avais jamais entendu parler avant de planifier ce road trip en Arizona, et j’ai hésité à l’emprunter. 120 km de piste non bitumée au milieu de nulle part, des heures et des heures de cahots ? Celui qui m’a convaincue, c’est un vieux cow-boy de Scottsdale.
Goldfield Ghosttown, sur l’Apache Trail
Scottsdale, « la ville la plus western de l’Ouest »
Scottsdale est un faubourg de Phoenix où l’on cire ses santiags, ajuste son Stetson et défend farouchement l’identité cow-boy de la ville. « The most western town in the West », tel est le slogan de Scottsdale, et elle s’ingénie à en être digne. Calèches, saloons, magasins d’articles western, clubs de country et looks à la Chevauchée fantastique cultivent l’esprit pionnier, tandis que d’innombrables galeries d’art font de la ville le repère des artistes huppés et des collectionneurs. C’est le genre d’endroit où des millionnaires enfilent un jean, ouvrent une Budweiser et jouent au fermier qui cultive les plaisirs simples. Où les touristes en chapeau de cow-boy bon marché côtoient les Californiennes méchées venues dénicher le dernier sculpteur à la mode. Et pourtant, une curieuse authenticité naît de ce mélange des genres – une espèce de liberté tellement américaine. Ici tout est possible.
Scottsdale, Arizona
Je prends en photo une Harley Davidson bleu turquoise, richement décorée. Aussitôt, une bikeuse surgit, toute de cuir vêtue, avec bracelets de force, dents de loups et bottes épaisses. Bien que je n’aie pas effleuré la moto, je crains instinctivement de me faire casser la gueule, mais la dame est chaleureuse. Elle me dit s’appeler Hippie, et me raconte spontanément son histoire. Elle appartient au gang Bikers Against Child Abuse. Leur mission ? En résumé : défoncer et terroriser les pédophiles, harceleurs et autres bourreaux d’enfants, et former une armée privée de protection des mineurs en danger. « Nous faisons ce que la justice ne peut pas faire. Les procédures judiciaires sont trop lentes. Tu te fais taper ou tripoter par ton beau-père ? Il te faut contacter un avocat, rassembler des preuves, attendre le procès. Comment tu peux faire tout ça, quand tu es un gosse de treize ans ? Si personne ne te protège, tu risques juste de finir enterré dans un chantier. Nous, on protège le gamin. On intimide l’agresseur. On monte la garde la nuit devant la maison du gamin. On l’accompagne au tribunal, on fait une muraille humaine qui l’entoure et le protège du regard de son agresseur. On l’accueille dans le gang. Et à dix-huit ans, s’il le veut, il devient un biker à son tour. » Elle me raconte des histoires de pédophiles tabassés, de voitures brûlées, d’héroïques combats de rue. Je suis à la fois fascinée et horrifiée. C’est le Far Ouest. Tu n’attends rien de l’Etat, tu te fais justice toi-même, avec tes guns et ta grosse moto. Tu deviens une femme tellement musclée et forte en gueule que même le dernier des caïds réfléchirait à deux fois avant d’égratigner ta carrosserie. Tu deviens une espèce de justicier hors-la-loi, un ange à munitions et grosse cylindrée. Scottsdale, pour moi, c’est Hippie. Les USA pur jus, pour le meilleur et pour le pire.
La moto de Hippie
Je m’assois sur un banc à côté d’une statue de cow-boy et me mets à étudier le plan de la ville. Soudain, la statue me tape sur l’épaule. Je fais un bond digne du mustang non débourré à l’ouverture du rodéo. Je me suis fait avoir comme une débutante. Mr Statue est un homme d’un certain âge, entièrement barbouillé de noir. « Tu visites l’Arizona ? Tu ne peux pas partir d’ici sans avoir fait l’Apache Trail. Ce serait un crime. » Il a un flingue, je décide donc d’obtempérer.
Le coupable.
Moi à Scottsdale.
Apache Junction & Superstition Mountains, le début de la piste
Tôt le lendemain matin, je quitte Phoenix et roule une heure vers l’Est, jusqu’à Apache Junction, petite ville de motels et stations essences où la fresque d’un cow boy sur son cheval fougueux signifie le début de l’Apache Trail.
Début de l’Apache Trail
On est tout de suite dans l’ambiance.
Les panneaux m’orientent vers l’Est, au milieu de plaines désertiques envahies de Saguaro, ce cactus géant dont l’Arizona a fait sa mascotte. Ça et là se détachent des massifs montagneux aux crêtes abruptes et à la couleur étrangement sombre – un brun presque noir qui leur confère une menaçante majesté. Ce sont les Superstition Mountains, nommées ainsi en raison de la crainte que les Amérindiens en concevaient. Fantômes et monstres auraient peuplé les cavernes obscures, et quand le couchant allongeait son ombre, la montagne ouvrait ses crocs.
Superstition Mountains !
La première étape sur la route est le Superstition Mountain Museum, où une ville pionnière a été reconstituée autour de la chapelle de bois blanc, et où des chollas – petits cactus buissonnants – sournois transpercent les chaussures des voyageurs imprudents. Leurs fruits rouges voguent sur une mer d’épines tranchantes. Le musée retrace l’histoire épique de l’Apache Trail, autrefois empruntée par les Amérindiens lors des grandes migrations, et devenue un itinéraire incontournable pour les diligences postales, puisqu’elle était la seule piste permettant de couper à travers les montagnes. On changeait de chevaux à Tortilla Flat, et s’accrochait à son revolver et son crucifix dans la terreur des attaques des Indiens postés sur les hauteurs, parmi les cactus et les rochers fantastiques. Puis on décida qu’il fallait mieux maîtriser le flux de la Salt River, la rivière capricieuse qui coule au fond de la vallée, et qui hésitait sans cesse entre inondations destructrices et sécheresses calamiteuses. La maîtrise de l’eau dans le désert, voilà toute l’histoire de l’Arizona, depuis les Hohokam jusqu’à Roosevelt. Le président fit construire le barrage qui porte aujourd’hui son nom, et agrandir la route afin de permettre le passage des véhicules du chantier. C’est ainsi que l’Apache Trail devint un itinéraire touristique plébiscité par tous, sans pourtant être jamais goudronnée dans son intégralité. C’est un snobisme de cow boy : l’Ouest authentique, ça se mérite…
Musée de l’Apache Trail
Goldfield Ghosttown
Goldfield appartient à la longue lignée américaine des villes fantômes. Ce sont des villes qui jaillissent tout à coup au milieu de nulle part, comme le désert qui fleurit soudain après l’averse, parce qu’un aventurier a trouvé un filon d’or, de cuivre ou de borax. Tous les ambitieux et les optimistes accourent soudain, creusent des mines, bâtissent des maisons, des marchés, des salles de bal et des lampadaires, fondent une ville, qu’ils déserteront tout aussi vite une fois le minerai épuisé. La ville est alors laissée en plan, comme une épave échouée. De Goldfield, il ne restait pas grand-chose. Mais elle était le rêve d’un petit garçon devenu grand, qui avait passé sa vie à jouer aux cow-boys, et a ressuscité la ville oubliée. Goldfield est un Disneyland de l’Ouest. Les tunnels miniers ont été rouverts, bars, saloons, boutiques et maisons du sherif, reconstitués. Une ligne de chemin de fer entoure même le village 1900. Un attrape-touriste, Goldfield ? Ou plutôt un rêve qui a repris vie ? L’entrée est libre et gratuite, à chacun le loisir de se faire une idée. J’ai été conquise.
Welcome to the Wild West
Tout comme Jeff, dont le caniche vient me lécher les chevilles, me poussant à engager la conversation avec son propriétaire. Jeff a une quarantaine d’années – il en fait plus, entre soleil et cigarettes – et vient de New York. Un jour, il a quitté son job, acheté un camping-car et s’est mis à arpenter le pays. Après plusieurs années d’errance et de petits boulots, il s’est posé ici à Goldfield, où il s’occupe d’entretenir le village. On lui a aménagé un emplacement pour sa caravane, et on ne l’empêche même pas de boire une bière pendant le boulot. Jeff se sent libre ici. « C’est un des endroits les plus américains que je connaisse. Tu vas aimer. »
Saguaro à Goldfield.
Lost Dutchman State Park : sur la piste de l’or perdu
Au cœur des montagnes de la Superstition, certains chemins de randonnée sont plus populaires que d’autres : ceux du « parc du Hollandais perdu ». Le Hollandais était en vérité un Allemand, Jakob Waltz, né en 1810 dans un petit village du Baden-Würtenberg. Il appartient à cette génération d’Européens qui n’ont rien à perdre, traversent l’Atlantique en haillons, et deviennent chercheurs d’or, pionniers, bandits, aventuriers rafistolés dans tous les sens, avec une affinité prononcée pour le goulot et la gâchette. Après des années de combines et de crimes divers, Jakob devient soudain une célébrité locale. Plusieurs fois par an, il s’enfonce dans les montagnes de la Superstition, et revient chargé d’or brut. La rumeur se répand à toute vitesse : le vieux scélérat a trouvé une mine dans les montagnes. Mais tous ceux qui tentent de le suivre lors de ses excursions rocailleuses se font descendre vite fait. Jakob est riche, et personne n’a pu percer son secret. Mais même les bêtes les plus féroces de l’Ouest finissent par passer l’arme à gauche. Sur son lit de mort, l’Allemand confie l’emplacement de sa mine à la jeune femme qui le soigne, et celle-ci griffonne une carte d’après ses indications. Accompagnée d’un ami, elle part à la recherche du trésor… en vain.
Lost Dutchman State Park
Hello, montagne iconique !
Le mystère dure depuis plus d’un siècle. Des centaines, des milliers d’aventuriers, de géologues amateurs et de fous de codes secrets ont échafaudé des théories les plus folles les unes que les autres. Les scientifiques disent qu’il n’y a pas d’or dans les montagnes de la Superstition, et qu’il n’y en a jamais eu. Pourtant Jakob revenait toujours à Tortilla Flat chargé d’or brut, qu’il s’empresser de dépenser de toutes les façons les plus dispendieuses et immorales possibles – d’où venait alors cet or ? Aujourd’hui encore, on croise des chercheurs d’or armés d’un détecteur de métaux et de documents ésotériques dans les montagnes. A la boutique du parc, on peut acheter la carte au trésor établie selon les indications de Jakob à l’agonie, et toutes sortes de babioles commémorant une des énigmes les plus célèbres de l’Ouest.
Du haut de la montagne
Bien qu’elles n’enrichissent pas le voyageur, les Montagnes de la Superstition ne le décevront pas. Le sommet le plus célèbre, le mont dans lequel disparaissait Jakob, se nomme « l’aiguille du tisserand » – Weaver’s Needle. Ce groupe de pitons brun doré a des airs d’île au mort, avec ses arrêtes tranchantes et ses pentes recouvertes de cactus – les grands saguaros majestueux, les chollas au traître duvet, les « cactus tonneaux » qu’avril couvre de fleurs. Une petite boucle de randonnée propose de partir à l’ascension du plateau, et la vue sur les étendues d’Arizona récompense de la côte gravie en plein soleil.
Panorama de la superstition…
Jolie collection de cactus : saguaro, cholla, barrel cactus.
Tortilla Flat
Tortilla Flat : j’ai entendu les explications les plus incongrues au sujet de ce nom loufoque. Le paysage serait « plat comme une omelette ». Il n’y aurait ici que des tortillas à manger. Un cow boy aurait mis des œufs dans sa sacoche et, les trouvant écrasés (quelle surprise, ce cow boy me semble bien peu au fait des lois de la physique en vigueur sur la planète Terre), se serait exclamé « it’s a flat tortilla ». Bref. Le Plat de l’Omelette était une halte sur la route des coursiers de poste, où on changeait de chevaux avant de poursuivre son chemin poussiéreux.
Ambiance accueillante à Tortilla Flat.
Tortilla Flat est un minuscule village western très orienté sur l’absorption d’alcool. On y trouve toutes les curiosités habituelles des attractions touristiques western : un pendu, un bar couvert de billets d’un dollar, et un groupe de country, Tortilla Flat Band, qui joue là depuis vingt ans en enfilant des blagues d’ivrogne (ils m’ont bien plu). Je mange des tacos au fromage fondu en écoutant du Johnny Cash à côté d’une famille mormone très sympa. Tout ceci est outrageusement cool.
The Tortilla Flat Band !
Tortilla Flat était le repère de Jakob, l’Allemand perdu.
Quand je reprends la route, le bitume cède la place à la piste sablonneuse. La véritable aventure commence.
La route !
Fish Creek et la route jusqu’au Roosevelt Dam
Voici donc les paysages sauvages qu’on m’avait promis – les routes coupe-gorge qui serpentent au milieu des canyons, les forêts de cactus ondulant jusqu’à l’horizon, les falaises abruptes, les points de vue vertigineux. Seule sur l’Apache Trail, cahotant dans des nuages de poussière au milieu de paysages en Technicolor, hurlant à tue-tête les standards country repris par le Tortilla Flat Band dont j’ai acheté le CD, j’ai complété ma check list de l’Ouest. J’envisage de faire comme Jeff, d’acheter un camping-car et un caniche, et de ne jamais repartir. Je me dis le vrai road trip qui tâche, c’est l’Apache Trail, et je bénis Mr Statue qui m’a fait renverser mon smoothie sur mon sac.
Grandiose Apache Trail
Sur la route
Fish Creek Canyon fut la portion de route la plus ardue : il fallut créer une route à flanc de falaise, en creusant la roche – des mois d’effort et des tonnes de dynamite. Cela reste la partie la plus dangereuse de la piste : extrêmement étroite, serpentant au-dessus du vide.
Portion de route ardue
Petite pause à Fish Creek, le camping le plus paumé de l’Ouest. Au fond de la gorge, au bord du lac, des gens pêchent et somnolent dans des chaises pliables. Tout est un peu déglingué et antique.
La Salt river
La route est interminable, mais de plus en plus belle. Peu avant l’arrivée au barrage, c’est un canyon rouge vif, aux parois couvertes de cactus géant, entourant la Salt River. Je voudrais m’arrêter tous les mètres.
Vue sur la vallée
Cactus en fleur, joies du mois d’avril en Arizona
Floraison de l’Ouest
L’Apache Trail s’achève au barrage. Il est possible de continuer en direction de Globe, ou de revenir sur ses pas – ce qui est mon choix. Je suis prête à affronter à nouveau la piste pour la joie de voir les montagnes de la Superstition au soleil couchant.
Juste avant le barrage
Roosevelt Dam
Coucher de soleil sur l’ Apache Trail
Je reprends donc ma route poussiéreuse.
Saguaro étrangement cornu
Retour au Lost Dutchman State Park, en compagnie du fantôme de Jakob. Couverte de poussière, la voix rauque d’avoir trop chanté, je me retrouve toute seule parmi les ombres. Le parc est déserté et j’ai la certitude de vivre un des plus beaux moments de solitude sauvage de ce voyage. Je m’assois sur un banc au pied d’un saguaro immense, et j’attends en silence. Je sais que quand le soleil descend, le désert prend vie, et j’espère en être témoin.
De retour au coeur des Superstition Mountains
Au bout de deux minutes, je suis exaucée au-delà de mes espérances. Un serpent à sonnette jaillit des buissons et traverse le chemin, dessinant une série de S appuyés dans le sable. Je ne bouge pas. Je ne prends pas de photo. J’attends la suite du spectacle.
Au loin, un troupeau de biches fourrage parmi les buissons épineux, à la recherche de quelques pousses comestibles. Leurs postérieurs sont blancs et dessinent des petits points lumineux dans le couchant.
Soudain, à quelques mètres de moi, la plus jolie surprise. Je n’espérais pas en voir : des javelinas, ou pécaris, petits pachydermes du Nouveau Monde, qui ressemblent vaguement à des sangliers, mais n’en sont pas. C’est toute une petite famille qui sort de sa cachette et s’active tout près, tandis que je cherche à me statufier.
Je resterai longtemps ainsi, sans bouger, jusqu’à ce que l’obscurité monte et que je sente venu le moment de continuer ma route. Un mouvement, et la faune s’égaille.
Esprits des Superstition.
Ce coucher du soleil vivant sur les montagnes noires restera mon plus beau souvenir de l’Apache Trail – peut-être même du voyage tout entier.
Vous voulez voir les serpents, les javelinas, les coyotes et toute la foule du désert ? Prochain article sur Itinera Magica : la faune et la flore du désert d’Arizona !
Epinglez moi !
En pratique : road trip sur l’Apache Trail, les détails
L’Apache Trail est une piste dans le désert, à environ une heure de route à l’Est de Phoenix. L’Apache Trail, la vraie, l’historique, va d’Apache Junction à Roosevelt Dam. Une fois arrivé au barrage, vous avez deux possibilités : finir la boucle en direction de Globe, ou revenir sur vos pas. La portion qui part vers Globe est beaucoup plus banale, mais a l’avantage de vous éviter de reprendre la piste.
Carte globaleCarte détaillée. La partie historique est en haut (Apache Junction jusqu’au barrage), le reste de la boucle en bas. Source de l’image
Quel que soit votre choix, il vous faudra la journée pour parcourir l’Apache Trail, surtout si vous voulez prendre le temps de visiter Goldfield Ghosttown, faire une petite randonnée à Lost Dutchman State Park, manger des tacos à Tortilla Flat…
Faut-il un 4 x 4 pour prendre l’Apache Trail ?
Non. De Tortilla Flat au barrage, il s’agit de piste non bitumée, mais de bonne qualité : relativement lisse et stable. Je l’ai empruntée avec la plus petite voiture de l’agence de location sans souci. En revanche, soyez extrêmement vigilant sur la météo : comme toutes les routes dans le désert, mais de façon plus aigüe et dramatique encore, l’Apache Trail est sujette à ce qu’on appelle les « flash floods » (inondations éclair). Ces torrents soudains de boue tuent des automobilistes imprudents chaque année en Arizona. N’empruntez jamais ce type de route s’il existe un risque de pluie. De plus, j’imagine que la piste doit être beaucoup plus difficile par temps humide : choisissez un jour ensoleillé où elle sera sèche et bien dure.
Peut-on manger sur l’ Apache Trail ?
Oui, au tout début à Goldfield Ghosttown, et au milieu, à Tortilla Flat. Au camping de Fish Creek, on peut également acheter quelques boissons, biscuits, etc.
Combien de temps pour faire l’Apache Trail ?
Il faut compter une journée entière, ne prenez pas moins, vous n’en profiteriez pas.
Combien ça coûte ?
L’Apache Trail est une route publique et gratuite. L’entrée au Lost Dutchman State Park coûte 7 dollars par personne. Il existe également un site de camping dans le parc : 15 dollars sans électricité, 25 avec.
L’Apache Trail, est-ce que ça vaut le coup ?
Absolument ! Cela restera un de mes plus beaux souvenirs d’Arizona.
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Les peuples ancestraux des grandes plaines vous fascinent, et vous voulez découvrir la culture de ces nations amérindiennes ? Un voyage en Arizona s’impose. Tuzigoot, Heard Museum, San Francisco Peaks, Mission San Xavier, Montezuma Castle… autant de sites amérindiens fascinants qui vous permettront de mieux comprendre les premiers Américains.
Un quart du territoire de l’Arizona est occupé par des réserves, et les premiers habitants des Etats-Unis ont su préserver leur culture et l’adapter aux défis de la modernité, malgré les terribles violences subies lors de la colonisation. Ici, sur le gré rouge du Sud-Ouest, ils ont pu reconquérir des pans de cette terre immense. La ville de Phoenix accueille le plus grand et le plus beau musée consacré à l’art et la culture amérindiens, le musée Heard. Et partout dans l’Etat, des ruines monumentales racontent l’histoire des peuples Amérindiens qui ont apprivoisé ces terres arides, il y a si longtemps…
Montezuma Castle, vestige d’une ville amérindienne troglodyte.
Avant les Blancs, les Amériques ont connu des millénaires d’histoire amérindienne. Les premières traces d’une occupation humaine sur le sol de l’Arizona datent d’il y a treize mille ans – imaginez ce que cela représente, et tout ce que nous ignorons de l’odyssée humaine à travers les âges. Partout sur le continent américain, des empires ont soumis des terres immenses, puis se sont effondrés, des hommes ont bâti, combattu, cultivé, chanté, peint et regardé le ciel. On connaît les civilisations des Mayas ou des Aztèques, les ruines de Chichen Itza ou du Machu Picchu. Mais saviez-vous qu’en Arizona aussi, une civilisation monumentale a vu le jour bien avant notre ère, construit des villes et des canaux au cœur du désert ? On les a nommés les Sinagua, les « sans eau », car ils ont vécu au cœur de la chaleur aride. Mais leur monde n’était pas sans eau, bien loin de là : il avait appris à la dompter, à la faire jaillir là où le sol est sec. En allant en Arizona, j’ai découvert l’histoire de ces peuples, et de leurs descendants. Et leur histoire m’a fascinée.
Ce pays est notre maison : Arizona, terre amérindienne
Commençons par la plus incroyable : savez-vous comment Phoenix est née ?
Phoenix, une civilisation renaît d’une autre
Il y a plus de mille ans, un peuple ingénieux et puissant occupait la « vallée du soleil », la vallée de Phoenix. Alors que l’été la change en fournaise, que le sol est sec et nu, ces gens avaient su mettre au jour les sources cachées dans la terre rouge, et la « Rivière salée » qui la traverse. Et ils les avaient domptées. Les Hohokam – tel est leur nom – avaient bâti un gigantesque système de canaux d’irrigation, qui s’étendait dans toute la vallée, et était devenu le berceau d’une civilisation florissante. Ces ingénieurs des temps anciens nourrissaient plus de huit mille personnes par leur maîtrise de l’eau, cultivant maïs, haricots, courges et coton.
Représentation de la ville des Hohokam, à l’emplacement actuel de Phoenix. Source
Autour de 1450, les Hohokam ont quitté la vallée du jour au lendemain, abandonnant leur ville prospère, leurs temples et leurs canaux, et personne ne sait pourquoi. Leurs descendants disent que les étoiles leur avaient intimé de poursuivre leur destinée ailleurs, et qu’ils suivaient les commandements des constellations. La ville des Hohokam abandonnée a somnolé durant quatre siècles.
En 1867, les colons commencent à occuper l’Arizona, et Jack Swilling, un pionnier aventureux, découvre la vallée… et les canaux. Rendez-vous compte : cela faisait quatre cent ans que ces canaux végétaient dans le désert, mordus par les vents, le sable et l’érosion – et ils étaient toujours là. Swilling comprend l’ampleur et la qualité du système hydrographique qu’il a sous les yeux, et le potentiel de l’endroit. Il décide alors de réparer et de rouvrir les canaux. Quatre siècles plus tard, la ville verte des Hohokam reprend vie. Des récoltes spectaculaires ont lieu l’année suivante. Swilling venait de prouver, grâce au savoir des premiers peuples, qu’une vie florissante était possible au sud de l’Arizona. La colonie prospère, et il faut lui donner un nom. « Phoenix », suggèrent les lettrés, « Phoenix », car tel l’oiseau qui plonge dans les flammes et renaît de ses cendres, la nouvelle ville américaine est le miracle d’une très ancienne civilisation qu’on ramène à la vie.
Phoenix aujourd’hui. Le drapeau bleu, rouge et or est celui de l’Arizona. Il représente une étoile qui se lève dans le ciel…
Aujourd’hui, Phoenix est la cinquième ville américaine. Les retraités sont venus chercher le soleil, puis les investisseurs ont suivi, et aujourd’hui, familles, étudiants, jeunes ambitieux continuent à la faire grandir. Phoenix est une ville jeune et neuve, propre et fonctionnelle, toute en rues perpendiculaires, façades pastel impeccables et palmiers. Une ville en croissance, où il y a du travail et des opportunités. Le rêve américain se perpétue dans la vallée du soleil, béni par des millénaires de sagesse amérindienne.
Phoenix, ville moderne, sagesse ancestrale
Le mystère des villes abandonnées : Tuzigoot et Montezuma Castle
Mais pourquoi les Hohokam ont-ils quitté Phoenix ? Le mystère est entier. Mais ils ne sont pas les seuls. Au quinzième siècle, avant l’arrivée des premiers colons européens, sans cause extérieure identifiable, des villes entières ont été désertées. Tout l’Arizona – ainsi que les états limitrophes, notamment le Colorado – porte le souvenir d’un monde enfoui, disparu sans livrer ses secrets. Au sud de Sedona, la ville de Camp Verde compte deux sites archéologiques exceptionnels.
Perché sur une colline, Tuzigoot était une ville Sinagua, composée de maisons de pierre de deux ou trois étages. Quelques centaines de personnes vivaient ici, et le musée présente les objets qui ont été retrouvées, bijoux, poteries, paniers tissés en yucca, vestiges d’une vie agricole et citadine fourmillante.
Tuzigoot.
Plus au sud, Montezuma Castle fascine.
Les premiers explorateurs ont cru que Montezuma Castle avait été bâti par le grand empereur aztèque Moctezuma II, d’où le nom – mais en réalité, le monarque n’est jamais venu ici, et la ville troglodyte a été construite bien avant sa naissance par le peuple Sinagua. Seules certaines ont survécu à huit-cent ans de solitude tempétueuse, mais ce sont des dizaines, des centaines de maisons qui avaient été construites à même la pierre, de véritables immeubles de plusieurs étages arrachés à la falaise. Les reconstitutions montrent une vie sociale riche et complexe, des villes laborieuses, agitées, vivantes. Le lieu m’émeut extraordinairement.
Montezuma Castle
Habitations troglodytes à demi effacées par le temps
Au bord de la rivière poussent de grands arbres au tronc blanc, des sycomores d’Arizona, à qui l’écorce claire confère une silhouette ectoplasmique sous le ciel d’orage. C’est une assemblée de fantômes, venue au chevet des murmures.
Sycomores d’Arizona
Arbres fantômes.
San Francisco Peaks : les monts des esprits
Car le monde amérindien est peuplé de voix et d’esprits. Dans ces cultures, les points cardinaux ne sont pas des signes arbitraires placés dans le ciel : ce sont des Dieux du monde, chargés de symboles et de sens, associés à des couleurs, des pierres, des formes et des époques de la vie. Aller vers le nord ou vers l’ouest, c’est accomplir un chemin spirituel, une épopée intime. Je me souviens de cela en parcourant l’Arizona dans les plaines immenses. Les Dinés – peuple amérindien vivant en Arizona, New Mexico et Utah – placent la beauté du monde au cœur de leurs chants rituels, tels que le Sitsijj’ Hozhoo doo : Beauté devant moi, Beauté derrière moi, Beauté sous moi, Beauté au-dessus de moi, Beauté autour de moi… Les monts San Francisco, au nord de Falstaff, font partie des lieux les plus sacrés d’Arizona. On les aperçoit depuis le parc du Grand Canyon, émergeant entre les ruines des pueblos, ordonnant aux temples de s’orienter vers eux. Ce sont les montagnes des morts et des esprits, et leurs cimes enneigées, hautes de près de quatre mille mètres, sont des portes vers les mondes multiples. Dans le soir, je vois les monts jaillir des longues herbes grises, et emprisonner le couchant. La route semble dérouler les millénaires.
Ruine d’un pueblo Amérindien, de la culture dite Sinagua. On aperçoit les monts San Francisco au fond.
La route vers les montagnes sacrées
Coucher de soleil sur les monts San Francisco
Les Amérindiens d’aujourd’hui : le musée Heard, à Phoenix
Mais la disparition des Hohokam et Sinaguas ne doit pas faire oublier que leurs lointains descendants peuplent toujours les plaines et les villes d’Arizona. Les nations Hopi, Navajo, Hapache, Hualapai, Diné, Havasupai, et bien d’autres encore, ont survécu aux horreurs du 19e siècle et se battent pour que vive leur culture et leur peuple.
Peuples amérindiens d’Arizona. Carte tirée du fabuleux livre Home, consacré aux nations indiennes du sud-Ouest des USA.
Dans l’article consacré à Antelope Canyon, je racontais la façon dont le tourisme permet aux Amérindiens de rester sur leurs terres ancestrales, et de maintenir une présence traditionnelle dans des territoires enclavés et isolés. Mais l’Arizona est un des rares Etats où les Amérindiens sont aussi intégrés au tissu urbain, citoyens des grandes villes, intégrés, participant à la fabuleuse mosaïque ethnique de ce territoire neuf et ouvert.
Phoenix abrite le plus grand et le plus beau musée d’art « Native » au monde : le musée Heard. On y retrouve le savoir-faire traditionnel des nations indiennes, les fabuleux bijoux sertis de turquoises – la pierre précieuse du Sud-Ouest, au cœur de la joaillerie amérindienne –, les objets tissés en fibre de yucca ou de cactus, couverts de motifs géométriques, les poteries ornées d’arabesques noires et blanches symbolisant la pluie, les coiffes solennelles, un art de toute beauté et méconnu. Mais on trouve aussi l’art des Natives d’aujourd’hui – les créations des sculpteurs, peintres, plasticiens contemporains, qui se réapproprient leur héritage, et interrogent la modernité. Je lis ce poème Navajo : « Les Navajos qui quittent la réserve / Et viennent à Phoenix / Ne comptent jamais rester. / Dans leurs valises, ils cachent les rêves / Du retour ». Et pourtant, Phoenix est devenue un nouveau berceau de culture amérindienne.
Le musée Heard de Phoenix
Monument à la gloire des combattants Amérindiens
Femme amérindienne au musée Heard
Présence et partage
Mission San Xavier del Bac : l’église des Amérindiens
Tout comme Phoenix, construite sur les ruines d’une ancienne cité Hohokam, l’histoire de la mission San Xavier del Bac, au sud de Tucson, est un magnifique témoignage de dialogue interculturel et d’harmonie entre deux mondes. Je ne me voile pas la face : je sais ce que la colonisation européenne a signifié pour les peuples amérindiens. Massacre, génocide, anéantissement d’un monde, relégation, spoliation de leur propre pays, voilà ce qu’a signifié la conquête de l’Ouest. Mais certains lieux, certaines histoires portent un fabuleux message de concorde. Ce n’est pas un hasard si on nomme San Xavier « la colombe du désert » : elle ne le doit pas qu’à sa beauté, mais aussi à la promesse de paix qu’elle a su incarner.
Sublime église de San Xavier del Bac
A l’époque où le Mexique est espagnol, les jésuites envoient vers le nord des missionnaires en terre inconnue, venus évangéliser les territoires qui sont aujourd’hui la Californie, l’Arizona ou le Nouveau-Mexique. Ces prêtres et ces moines viennent en paix, sans armes autres que leur Bible et leur crucifix, et sont dépendants de l’aide amérindienne pour survivre dans ces environnements rudes qu’ils ne connaissent pas. Malgré eux, ils sont porteurs de malheur : ils introduisent les maladies européennes chez ces peuples jusqu’alors préservés, et que nos germes et virus déciment. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Mais ces missionnaires émeuvent par leur foi kamikaze, leur dévouement à bâtir des églises sur la pierre nue de ces déserts par-delà l’océan, loin du vieux monde, à la merci de tout.
Au sud de Tucson, la colombe est posée au coeur du désert
San Xavier est établie en 1692. Elle est un des plus beaux exemples d’architecture coloniale espagnole, mais comme ailleurs, les missionnaires tentent d’inclure des éléments de culture locale traditionnelle à la décoration de l’église : ainsi, ils empruntent aux Indiens Tohono O’odham les motifs géométriques colorés qui ornent les murs, et parmi les Saints européens classiques, on trouve un Indien de bois sculpté, tenant un crucifix.
Saint Indien à San Xavier del Bac
Motifs géométriques amérindiens.
Lorsque le Mexique obtient son indépendance, en 1822, la région de Tucson se nomme Alta California et est sous juridiction mexicaine. Soucieux d’asseoir son influence, le gouvernement mexicain décide d’expulser tous les prêtres nés en Espagne – la mission San Xavier est alors désertée de ses prêtres jésuites. L’église est abandonnée.
Sublime église baroque
Mais elle ne tombe pas en ruine. Les Tohono O’odham veillent sur elle. San Xavier, c’est désormais leur église, une église amérindienne, où on vénère le Christ et d’autres Dieux plus anciens, un lieu sacré et syncrétique. Un demi-siècle plus tard, les Jésuites obtiennent le droit de revenir. Ils retrouvent San Xavier vivante et intacte, animée par la foi Amérindienne.
Fabuleux exemple de mélange culturel : un ostensoir en fibre de catctus
Ce lieu est magique. Dans les bâtiments adjacents à l’église, on vend des chapelets et des attrape-rêves, des médailles et de l’artisanat amérindien. Ce sont des Indiens qui veillent sur San Xavier, cultivent les cactus roses et déposent des cierges à la grotte miraculeuse, et continuent de faire vivre cet extraordinaire symbole. Au cimetière de la mission reposent les Tohono O’odham sous des croix de bois coloré, où les saints côtoient les figures profanes.
Cimetière de San Xavier. Je n’y suis pas rentrée et n’ai pas fait de plan rapproché des tombes, conformément au voeu des habitants.
Tombes colorées, devinées à travers la grille.
Moi qui suis sans religion, j’ai quitté ce lieu étrangement apaisée, nourrie de beauté. Beauté devant moi, beauté autour de moi… beauté dans le monde quand les hommes bâtissent des églises dans le désert.
Jardins de la mission
N’est-elle pas éblouissante ?
A suivre sur Itinera Magica : l’Apache Trail.
Nous partirons sur une des pistes les plus légendaires de l’Ouest, avec les chercheurs d’or au cœur des montagnes hantées !
En pratique : un roadtrip autour des sites amérindiens d’Arizona
Pour explorer les différents lieux évoqués dans cet article, partez de Phoenix.
Si vous voulez explorer le Grand Canyon, je vous conseille de faire une halte à Sedona, et d’en profiter pour explorer Tuzigoot et Montezuma Castle, à deux heures de voiture au nord de Phoenix.
Les monts San Francisco sont au nord de Sedona et Falstaff, sur la route vers Page.
Carte des sites amérindiens d’Arizona
Côté sud, la visite de la mission San Xavier del Bac est incontournable quand on visite Tucson. Vous pouvez l’associer à un road trip dans le sud de l’Arizona, à la découverte du Saguaro National Park, parc des cactus, de la belle Tucson, ville mexicaine au sud de l’Arizona, et de la ville cowboy de Tombstone.
Plus de détails sur le sud de l’Arizona à suivre sur Itinera Magica !
Visiter les sites amérindiens d’Arizona : budget
L’entrée à Tuzigoot et à Montezuma Castle coûte 20 dollars, mais il s’agit d’un même billet, donnant accès aux deux sites.
Le musée Heard coûte également 20 euros. La librairie est fabuleuse, une mine d’or !
San Xavier del Bac est une église ouverte – le don est apprécié, mais nullement obligatoire.
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Nous sommes en 1800. Le soleil se lève sur un nouveau siècle et quelque chose d’extraordinaire se produit en Thuringe. Deux petites villes au cœur de l’Allemagne, Weimar et Iéna, deviennent le centre du monde. Tous les intellectuels, philosophes, poètes, artistes, musiciens de cette époque viennent déferler sur leurs façades à colombages, et façonner à l’ombre des saules pleureurs des idées qui vont changer le monde. C’est une véritable éruption volcanique, un tourbillon d’intelligence et de créativité extraordinaire – l’aube de la modernité. Voyage à travers l’Allemagne romantique.
Calèche passant devant le château de Weimar.
L’histoire de l’humanité ressemble à une journée de printemps en Ecosse : entre deux averses torrentielles percent de sublimes éclaircies. Nous connaissons tous les heures les plus sombres de notre histoire. Mais il nous faut aussi célébrer ces instants où la lumière jaillit, où le génie humain rayonne et donne foi au progrès. Les Allemands appellent ces instants là les « Sternstunden » : les heures étoilées. La Renaissance italienne en fait partie, ainsi que le Grand siècle français, ou le Siècle d’or espagnol, mais il y a une période et un lieu qui ont su toucher mon cœur plus que tout autre : l’Allemagne romantique.
Si j’ai décidé d’apprendre l’allemand, c’est parce qu’à l’âge de onze ans, j’ai lu sous un grand chêne, un jour d’avril, les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Quatre ans plus tard, au lycée, j’ai découvert les Hymnes à la nuit de Novalis, et j’ai choisi d’étudier la littérature allemande. Les éblouissements romantiques m’avaient frappée à mon tour, et ont déterminé ma vie. L’Allemagne est devenue ma seconde patrie. J’ai une belle-famille au nord de la Bavière, et j’ai consacré ma thèse de doctorat à la littérature romantique.
Dans le jardin de la maison de campagne de Goethe, à Weimar
J’ai passé le 8 mai dernier en Thuringe, où j’ai reçu des mains de l’université de Iéna et de la société Novalis le prix Novalis 2016 pour ma thèse, « Novalis et la théologie négative, Le gouffre et le rêve dans le romantisme européen ». J’ai eu droit à un diplôme signé par des tas de gens infiniment plus importants que moi, à un chèque géant, et à un bouquet de fleurs très nuptial, qui me faisait l’effet d’être la fiancée de Novalis. Pour une spécialiste du romantisme, être décorée par l’université de Iéna, c’est le saint Graal. C’est un peu comme si j’étais footballeuse et que je recevais un prix de dribbles et jongles dans le stade Maracaña à Rio. Je n’en reviens toujours pas. Et je me suis dit qu’il fallait que je vous raconte l’Allemagne romantique, que je vous raconte ce qui s’est passé en Thuringe autour de 1800, et pourquoi cette époque continue de fasciner.
Moi dans le jardin de Schiller, à Iéna, après la remise du prix Novalis
L’Allemagne de Goethe en cinq minutes
Imaginez la fin du 18e siècle en Europe. La révolution française a été un séisme sans précédent. Un peuple a décapité son roi, et décidé d’écrire lui-même une constitution. Dans leur zèle iconoclaste, les armées révolutionnaires ont même destitué le pape : pour la première fois depuis des siècles, la chrétienté n’a plus de chef. Le Saint Empire romain germanique, qui existait depuis plus de mille ans, est dissous. Toutes les idoles sont déboulonnées. C’est la fin du monde, et l’aube d’un nouveau.
L’Allemagne en mai : des champs de colza à perte de vue
A cette époque, les Allemands ne font pas de politique. Leur pays est un enchevêtrement de petits royaumes et duchés emperruqués, tellement farci de frontières qu’on ne peut faire deux pas sans se prendre les pieds dedans. C’est dans le domaine des arts et des idées qu’ils se lancent à la conquête de la modernité.
Le château de Weimar, la rivière Ilm et un saule pleureur.
Immanuel Kant, le reclus de Königsberg, a écrit : Aie le courage de te servir de ta propre raison ! Avec sa Critique de la raison pure, il met à bas deux mille ans de métaphysique et change à jamais l’histoire des idées : après Kant, plus aucun philosophe ne pourra faire comme s’il ne l’avait pas lu. Dans son sillage viennent une flopée de penseurs géniaux, comme Hegel, qui font de l’idéalisme allemand l’Himalaya insurpassé de la philosophie.
Un café à Weimar.
En littérature, c’est l’heure des tempêtes. Avec les Souffrances du jeune Werther, le jeune Johann Wolfgang von Goethe a écrit le premier bestseller de l’histoire de la littérature. L’histoire de ce jeune homme fou amoureux d’une femme mariée et qui en vient à se suicider déchaîne les foules. Pour la première fois, un roman inspire des produits dérivés : il y aura des tasses et des assiettes Werther, et tous les hommes se mettent à copier son costume (gilet jaune et veste bleue). Une vague de suicides romantiques parcourt l’Europe – à Weimar, une actrice de dix-sept ans se jette dans la rivière Ilm, Werther dans la poche…
Le pont sous lequel on a retrouvé le corps de l’infortunée.
Un autre génie fait chavirer les cœurs : Friedrich Schiller. Avec ses pièces de théâtre tonitruantes, telles que Les brigands ou Cabale et amour, il fait voler en éclats le classicisme, et impose un théâtre des passions. Quand survient la révolution française, il compose l’Ode à la joie – ce texte qui, mis en musique par Beethoven, deviendra l’hymne européen.
Buste de Schiller.
Joie, belle étincelle divine, Fille de l’assemblée des dieux, Nous pénétrons, ivres de feu, Ton sanctuaire céleste !…
Les dieux sont partis et les rois s’écroulent, il reste les artistes, dont le génie doit changer la face du monde.
Au coeur de Weimar.
Puis Schiller et Goethe s’assagissent. Schiller s’installe à Iéna, devient professeur d’université et tente d’écrire une histoire universelle du monde, entreprise titanesque et alors radicalement nouvelle. A chacun de ses cours, les étudiants se précipitent par centaines, comme s’il était une rockstar. Entre deux apparitions, il se repose dans sa maison de campagne, aux plafonds percés de larges fenêtres pour mieux observer le ciel, et où il se fait construire un observatoire astronomique. Les poètes de cette époque connaissent deux infinis : le cosmos et le cœur humain. Il faut tout explorer, tout découvrir.
L’observatoire de Schiller à Iéna.
Weimar, l’Allemagne romantique par excellence
Goethe est l’exemple même de l’homme accompli, à qui aucun domaine humain ne doit rester inaccessible. A Weimar, il se noue d’amitié avec le jeune duc, qui le charge d’une pléthore de fonctions officielles. Goethe devient directeur de théâtre, géographe, astronome, passionné d’optique et de minéralogie, ministre chargé de la culture, et continue pourtant d’écrire. Entre deux réunions ou deux rimes, il découvre un nouvel os dans le corps humain. Et il veut faire de Weimar la nouvelle Athènes, le centre du monde cultivé. Partout à Weimar, palais, théâtres, universités sortent de terre et célèbrent le nouvel âge d’or de l’intelligence. Goethe devient un Dieu vivant, qui ne peut faire trois pas sans croiser une statue de lui. Aujourd’hui, on appelle en Allemagne la période 1770-1830 « die Goethezeit » : le temps de Goethe. Jamais un homme n’aura autant incarné l’esprit d’une époque. Wilhelm Meister, Faust : chacune de ses œuvres semble inventer un genre.
La maison d’été de Goethe, à Weimar – son refuge bucolique.Orage sur le jardin et le palais de Goethe, au coeur de Weimar
Si vous voulez remonter dans le temps et ressentir ce qu’a pu être cette époque, allez à Weimar. Des calèches passent sur les rues pavées, entre les maisons à colombages couvertes de fresques et de vers. Glycines, fontaines et saules pleureurs gémissent doucement dans les jardins des palais.
Coeur de Weimar. Sur la façade : « Si vous connaissez la vie, donnez moi son adresse ».Château de WeimarPlace du marché
Tous les deux mètres, vous trouverez des panneaux « Goethe est venu ici » et des bustes de grands hommes. La bibliothèque Anna Amalia – du nom de la duchesse qui régentait Weimar à l’heure de l’âge d’or – est la plus belle d’Allemagne, et des dizaines de musées vous plongent dans l’ébullition 1800. A cette époque, il n’y a pas un écrivain, pas un musicien, pas un artiste, pas un philosophe, pas un lettré, qui ne soit venu séjourner quelques temps à Weimar. (Sauf Kant. Kant n’a jamais quitté son refuge prussien de Königsberg, où il a fait tous les jours de sa vie la même promenade, toujours à 17h, sauf le jour de la révolution française – il a préféré aller acheter le journal. Disons que tous les lettrés et artistes non extraterrestres sont venus à Weimar.)
Maison d’été de Goethe.
Weimar a un charme inouï. Pour tout amoureux de l’Allemagne, c’est une destination incontournable : le vieux cœur du pays bat ici.
Quand la tonnelle est en fleurs, c’est une vision idyllique.Au coeur des ruelles de l’Allemagne romantiqueL’Herderplatz.Cimetière de Weimar sous la neige – tant de grands noms reposent ici.Fontaine dans l’un des parcs de Weimar
Iéna, le berceau du romantisme
Iéna n’est qu’à une demi-heure de route de Weimar ; ce sont deux villes sœurs, la ville de Goethe et celle de Schiller.
Iéna.Café à Iéna
En 1798 se noue à Iéna un cercle de jeunes gens géniaux et mégalomanes : les premiers romantiques. Les frères Schlegel, leurs épouses Dorothea et Caroline, Novalis, Tieck et d’autres rêvent de rompre avec le style antique que Goethe a imposé à Weimar, et d’inventer la littérature du nouveau siècle. Une littérature où on transcende les genres, où on écrit à plusieurs, dans un dialogue permanent, où la poésie est « progressive et universelle », et où chaque roman reflète l’histoire du monde entier. C’est un feu d’artifice théorique et poétique extraordinaire, une efflorescence de talents frémissants. C’est la naissance du romantisme.
Coeur de IénaMaison de Schiller à IénaPrintemps chez Schiller
Parmi eux, un jeune homme deviendra le symbole du romantisme allemand : Friedrich von Hardenberg, dit Novalis. Sa vie est celle d’une comète. En quelques années, il édifie une œuvre poétique et théorique monumentale, puis meurt à l’âge de 29 ans, quelques années après sa fiancée Sophie, emportée par la tuberculose. Cette expérience du deuil et de l’espoir des retrouvailles lui inspirera le plus beau texte du romantisme, les Hymnes à la nuit. C’est lui qui donne son âme au mouvement, et écrira son manifeste :
“Le monde doit être romantisé. C’est ainsi que l’on retrouvera le sens originel. Cette opération est encore totalement inconnue. Lorsque je donne à l’ordinaire un sens élevé, au commun un aspect mystérieux, au connu la dignité de l’inconnu, au fini l’apparence de l’infini, alors je les romantise.”
« Nous rêvons de voyages à travers l’univers, mais l’univers n’est-il pas en nous ? C’est vers l’intérieur que va le chemin mystérieux ».
J’ai découvert l’œuvre de Novalis à quinze ans, et elle ne m’a jamais quittée. Et c’est pourquoi je vous invite à quitter la Thuringe, et à me suivre en Saxe, sur les premiers contreforts du massif du Harz : à Wiederstedt, où Novalis est né.
Le château de Novalis, à Wiederstedt. A son anniversaire, début mai, les cerisiers sont en fleurs.
Oberwiederstedt, le château de Novalis
En 1772, Friedrich von Hardenberg, dit Novalis, est né au château d’Oberwiederstedt, à l’heure où les cerisiers sont en fleurs. Il a été baptisé dans la chapelle attenante, et a grandi ici, isolé dans la nature. C’est un château vieux de plusieurs siècles, qui appartenait à la famille Hardenberg depuis la Réforme luthérienne, et qui est resté entre leurs mains jusqu’à ce que les soviétiques s’emparent de l’Europe de l’Est et exproprient les descendants de la famille de Novalis.
Château d’Oberwiederstedt à l’automne
En 1989, le château laissé à l’abandon était en ruine, et les autorités de RDA voulaient le raser. C’est alors que le peuple du village s’est soulevé contre cette décision. Plus que l’héritage de Novalis, c’était le patrimoine de Saxe qu’ils voulaient sauver de l’arbitraire de l’Etat, et signifie la résistance des cultures locales contre le mépris utilitariste. Il s’est passé quelque chose de prodigieux : charpentiers, menuisiers, maçons, carreleurs et autres volontaires se sont unis et sont venus bénévolement restaurer le château. Ce lieu est un petit miracle.
Après la réunification, la société Novalis y a été fondée, et elle est devenue un lieu de culture et de recherche unique en son genre. Durant ma thèse, je suis venue ici à maintes reprises, au fin fond de la Saxe, au beau milieu des collines minières, dans ce château à qui d’étranges lucarnes semblent donner des yeux.
Les yeux du château
J’ai travaillé sur des livres et des manuscrits qui dataient du XVIIIe siècle, et vu fleurir la rose Novalis. La rose Novalis ? Peut-être ne le savez-vous, mais l’expression « être fleur bleue » est inspirée de lui. Dans son roman Henri d’Ofterdingen, Novalis mettait en scène un personnage obsédé par la quête d’une fleur bleue aperçue en rêve, et qui symbolise l’absolu. La fleur bleue, pour Novalis, ce n’est pas un symbole de mièvrerie, contrairement à ce que l’expression française laisse suggérer – c’est une fleur des profondeurs, née de l’ivresse et du vertige, qui détient la clef vers d’autres sphères. La société Novalis a voulu créer une rose violette, la plus proche possible de la fleur bleue rêvée – elle devient bleue quand on la fait sécher…
Rose Novalis à l’automne, hélas déjà fânée…
Nous sommes tous les enfants du romantisme. Il nous a appris à chercher l’absolu non pas dans le ciel, mais sur la Terre et dans le cœur des hommes. Il nous a soufflé à l’oreille que nous étions tous des génies, et que le bonheur résidait dans la créativité, que nous avions tous au fond de nos cœurs un diamant brut à extraire et à tailler. Il nous a enseigné à aimer à la folie, jusque dans la mort, à cultiver chaque passion comme une fleur fragile, à nous enorgueillir de nos excès, à être nous-mêmes jusqu’au délire. Il nous aura fait aimer la nuit, le vertige et l’amour.
Automne dans le jardin de Novalis
J’ai passé des heures et des heures au château de Novalis, à guetter en silence les secrets de jadis, veillée par les grands yeux du toit. La première fois que je suis venue, une bannière s’étendait au-dessus de la porte : « La poésie guérit des blessures qu’inflige la raison ». N’est-ce pas le plus beau des slogans ?
Lors de la remise du prix Novalis, mon bouquet de mariée (ou presque) – merci à Susanne Bayerlipp pour la photo !
Antelope Canyon ? Même si le nom ne vous dit rien, l’image vous est familière. Antelope Canyon, c’est une brèche de lumière au creux de dunes de sables pétrifiées, des vagues de pierre patinées par les millénaires, et qui revêtent d’extraordinaires tons d’ocre, de rouge et de pourpre. Ce trésor que le monde entier s’arrache appartient au peuple Navajo, qui gère un afflux de touristes sans précédent, et notamment de photographes à qui on vend très cher la promesse d’une image de rêve.
Récit d’une étrange visite au cœur de la pierre, là où la guerre des trépieds fait rage. Aujourd’hui, Antelope Canyon est une manne touristique usée jusqu’à la corde. Antelope Canyon, est-ce que ça vaut encore le coup ?
Visiter Antelope Canyon, la perle géologique d’Arizona
Nous savons tous que l’eau ronge les pierres, que la patience des millénaires dessine les arches, les gorges et les aiguilles rocheuses, et que la nature est créative. Mais que se passe-t-il quand elle se fait soudain virtuose ? Quand l’érosion décide de bâtir sa chapelle Sixtine ? Le résultat de tant d’ingéniosité, c’est Antelope Canyon.
Le décor spectaculaire d’Antelope Canyon
Antelope Canyon est une faille ouverte dans l’immense plateau rouge qui occupe le nord de l’Arizona, le sud de l’Utah et l’est du Nevada : le « Navajo sandstone », le grès des Navajos. Dans ce paysage de sable fossilisé, dont le spectre chromatique évoque une incursion sur Mars, l’eau dessine parfois des arches, des ponts, des mesas, et d’autres formations cosmiques. Et parfois, elle transperce le plafond d’un bloc de roche, s’infiltre au cœur de la brèche, et ouvre une large faille au gré des pluies torrentielles, qui lissent les parois et dessinent des ondulations fantastiques. C’est ce qu’on appelle les « slot canyons », ou canyons en fente, et Antelope Canyon est sans aucun doute le plus beau d’entre tous. Le grain parfait de ses voussures aux couleurs tendres évoque la chevelure dénouée d’une sirène. L’obscurité est chaude, presque charnelle – on croirait presque s’être perdu dans les cavités palpitantes d’un grand cœur de pierre.
La lumière et l’eau entrent par ces interstices.
Et quand le soleil au zénith vient tomber au cœur de la gorge et des faisceaux de lumière au cœur de l’alcôve, les photographes deviennent fous. Les nuées de poussière dessinent des spectres dans la clarté, et la pénombre prend vie.
« Il y a trente ans, personne n’avait jamais entendu parler d’Antelope Canyon », me dit le guide Navajo qui entraîne notre petit groupe dans les entrailles poussiéreuses du canyon. « Nous avons ouvert le parc en 1997. Windows a mis une photo en fond d’écran, et les gens ont commencé à venir. Et depuis la photo de Peter Lik… c’est de la folie. » La photo de Peter Lik ? En décembre 2014, le photographe australien a vendu 6,5 millions de dollars une photo prise à Antelope Canyon, intitulée « Phantom ». Antelope Canyon est devenu un lieu de pèlerinage incontournable, qu’on accomplit avec trépied et cartes mémoires de rechange.
Les rais de lumière tant attendus.
La magie du zénith.
Arizona, le pays des Navajos
Antelope Canyon est au cœur du pays Navajo. Dans mon dernier article, j’évoquais la route sublime et déserte qui mène de Grand Canyon Village à Page. Elle traverse la plus grande réserve amérindienne de tous les Etats-Unis, la nation Navajo. Après avoir été martyrisé, déporté, décimé au 19e siècle, le peuple Navajo fait partie des rares à avoir pu se relever et reconquérir une partie de leurs terres. Le nord de l’Arizona leur a été restitué et leur appartient désormais. C’est une nation dans l’Etat, avec ses propres lois et coutumes – le peuple Navajo règne sur le royaume des canyons.
A la sortie du parc du Grand Canyon, un stand d’artisanat navajo au bord d’une gorge
Quand j’ai traversé la nation Navajo, j’ai été frappée par le vide et la déréliction. Un nombre incroyable de villages, de hameaux, de campements étaient désertés, laissés en plan au milieu des tempêtes de sable. Je pensais aux villes fantômes de Californie, après la ruée vers l’or, à ces lieux qu’on abandonne du jour au lendemain, comme si un cataclysme avait frappé. Certaines images m’ont marquée – des paniers de baskets au milieu de nulle part, des jouets d’enfants sur le sol rouge, des stands de vente de bijoux navajos vides, battus par les vents. Des familles avaient vécu ici, et étaient parties.
Campement navajo abandonné au coeur de la réserve.
Est-ce la perpétuation d’une longue tradition nomadique, qui remonte à la nuit des temps ? On peut voir en Arizona les ruines de villes immenses, bâties par les ancêtres des Amérindiens autour du 9e siècle de notre ère, et quittées cinq cent ans plus tard, bien avant l’arrivée des conquistadors, sans que personne ne puisse expliquer ce qui a poussé ces gens à abandonner leurs maisons. Les Amérindiens d’aujourd’hui disent qu’ils suivaient des signes qu’ils lisaient dans les étoiles, et qui les poussaient à poursuivre le voyage.
Tombe navajo au milieu des immensités – photo prise au vol, à un endroit où il était impossible de s’arrêter.
Quelles constellations impérieuses luisent encore dans le ciel moderne ? Les raisons des départs d’aujourd’hui sont sans doute plus prosaïques. Dans la réserve, les perspectives sont sombres – le chômage peut atteindre jusqu’à 50% de la population, les suicides des jeunes sont terriblement hauts. Nombre de Navajos ont aujourd’hui quitté ces sanctuaires d’un monde détruit à jamais, et ont rejoint les villes. L’Arizona compte plus d’Amérindiens que tout autre Etat américain. A Tucson, à Phoenix, à Falstaff, ils sont là, au cœur de la vie économique et sociale – quelque chose dont je parlerai dans la suite de cette série consacrée à l’Arizona. C’est une bonne nouvelle, le témoignage d’une renaissance. Mais le corollaire de ce regain, ce sont ces visions mélancoliques, ces maisons vides, ces stands désertés.
Un stand navajo abandonné sur la route de Page, au pied d’une des montagnes appartenant au massif des Vermilion Cliffs
Quelques lieux permettent encore à ces premiers Américains de préserver leur mode de vie traditionnel : ceux que visitent les touristes. Là où le tourisme afflue, les Natives restent. Aux cascades d’Havasupai, à Monument Valley, à Antelope Canyon, les visiteurs rapportent de l’argent à la réserve, et permettent à ses habitants de ne pas partir. Mais comme toujours dans la longue histoire de la colonisation et de ses conséquences, les rapports sont ambigus.
Station service tenue par les Navajos à Page.
Les mêmes. Je n’ai pas goûté les tacos Navajo, ils n’en avaient plus.
Budget pour visiter Antelope Canyon : une expédition chère
Antelope Canyon est en dehors de la ville, à quinze ou vingt minutes de route du centre, au bout d’une longue piste de sable très profond. Tout est fait pour que la gorge reste inaccessible à ceux qui n’ont pas payé une visite guidée, proposée exclusivement par des compagnies Navajo. Les prix varient en fonction de l’heure, de la période et du type de visite. En moyenne, une visite lambda coûte 40 dollars, et une « visite pour photographes », plus longue, et où il est permis de prendre son trépied, est plus chère, avec un pic à 85 dollars à l’heure du zénith – celle où les rayons tombent dans la gorge et créent ces visions fantomatiques. Tout se réserve des mois et des mois à l’avance, et j’ai miraculeusement obtenu eu le dernier ticket pour la « visite des photographes ». Dans le centre de Page, le bureau est rempli de gens désespérés à qui on crie « sold out, sold out », tout est plein. Je montre mon sésame, et le guide me houspille, m’ordonne de monter tout de suite dans le véhicule. C’est un spectacle incongru : d’énormes pick-ups bâchés qui ressemblent à des petits camions chargent les touristes à l’arrière, et les trimballent à toute vitesse sur la piste cahoteuse, dans un nuage de poussière suffocante.
Défilé de camions vers Upper Antelope CanyonL’arrivée à Antelope Canyon : ce sont ces bulbes de pierre rouge, aux faux airs de tortue revêche, qui se sont entrouverts pour dessiner Antelope Canyon
On se fait brinquebaler, secouer dans tous les sens, avant d’arriver au milieu du désert, là où les dômes de grès rouge s’entrouvrent et Antelope Canyon se révèle. C’est une sensation presque biblique : on entre dans le ventre d’un dinosaure.
L’entrée du canyon.
Comme un monde aquatique pétrifié…
Photographier Antelope Canyon : la guerre
L’illumination mystique se dissipe aussitôt, malgré la beauté du spectacle. C’est une scène de guerre, la guerre des photographes, une foire d’empoigne dans les entrailles de la terre. C’est l’heure fatidique, les rayons illuminent le canyon. Le spectacle ne durera qu’une trentaine de minutes, puis le soleil continuera sa course, et les fantômes repartiront. Il faut obtenir le cliché parfait MAINTENANT. Tout le monde est venu de loin et a payé cher, et une lutte sauvage gronde. Chaque petit groupe a droit à environ deux minutes à chaque emplacement, doit dégainer son matériel aussi vite qu’un soldat sur le champ de bataille recharge son lance-roquettes, mitrailler sauvagement, puis déguerpir. Un autre groupe attend déjà. Les simples mortels dépourvus d’appareil photo sophistiqué sont traités comme de la vermine (et s’en plaignent) : ils se font constamment engueuler par les guides des groupes de photographes, qui leur intiment de dégager fissa du champ de prise de vue. Des hurlements retentissent sans cesse : « J’ai un bonnet rouge dans mon image ! » « Japonais avec le tee-shirt jaune, dégage ! ». Les guides Navajos s’engueulent entre eux dans leur langue avec volubilité, preuve de la vitalité remarquable des idiomes amérindiens. Le pourboire est à la clef : chacun cherche à permettre à son groupe de prendre le cliché de ses rêves. Aussitôt le temps écoulé, d’autres trépieds viennent cogner ceux des prédécesseurs, et des colosses se chargent de vous faire replier bagage.
Au coeur du canyon. Je déclare solennellement d’avoir tué, éborgné, piétiné personne pour prendre ce cliché.
Au début de la visite, notre guide examine notre matériel. Parce que j’ai un grand angle, et donc la possibilité d’avoir plus de recul en me tenant plus près, je me retrouve toujours accroupie au premier rang, à ramper dans la poussière. Je frémis en voyant la dose de sable qui vient recouvrir mon appareil – le soir, je le démonterai soigneusement, et chercherai à déloger les moindres grains rouges infiltrés dans les chambres fragiles. L’atmosphère est irrespirable. Afin de créer ces hologrammes de lumière tant recherchés par les photographes, les guides soulèvent en permanence le sable du canyon. Ils portent un masque – je n’ai pas eu cette présence d’esprit. Pendant trois jours, je me moucherai couleur canyon.
Couchée dans la poussière, j’admire les fantômes.
Au bout d’un moment, j’en ai assez. Je n’ai plus envie de me battre avec la planète entière, de me prendre des objectifs dans la tête et de participer à la chasse aux malheureux Asiatiques qui osent s’aventurer dans le champ. J’essaie de parler avec le guide, mais l’affaire est mal barrée. Je le vois bien : il nous prend tous pour des cons, et il a raison. Nous sommes un troupeau de moutons surexcités, prêts à payer 85 dollars pour une photo qui nous vaudra des tas de commentaires sur Instagram, à nous entretuer pour exposer cinq secondes de plus, et nous ne savons rien de ce lieu magique. Nous ne savons rien de la jeune fille qui l’a découvert par hasard, dans les années 30, alors qu’elle recherchait un mouton égaré. Nous ne connaissons pas les esprits dont les religions amérindiennes le peuplent, et les légendes dont il est le héros. Je me mets à avoir honte. Que faudrait-il faire ? Le succès d’Antelope Canyon fait travailler des dizaines de personnes. Vendeurs, guides, gardiens, tous sont Navajo. Mais nous sommes des éléphants lancés dans un canyon de porcelaine. Oui, nous finançons les réserves amérindiennes, mais nous nous comportons comme des barbares. Mais eux sont responsables aussi, avec ces visites vendues toutes les quinze minutes, cette guerre des groupes, cette cohue étouffante, qui gâche la beauté surréaliste du canyon.
Quels dieux piétinons-nous ?
Le guide voit que j’ai arrêté de prendre des photos et que j’en ai assez d’être bousculée. Je ne sais pas s’il a pitié de moi ou s’il craint pour son pourboire, mais il commence à me raconter quelques histoires. Cela fait dix ans qu’il travaille ici. Il fait vivre toute sa famille, y compris les plus âgés, restés sur la réserve, avec leurs chevaux et leur bétail. Soudain, une bouffée de fierté : « Je pourrais prendre de meilleures photos que la plupart d’entre vous. Je connais mieux vos appareils que vous. Canon, Nikon, je connais tous les boîtiers, tous les objectifs, tous les réglages, tous les meilleurs angles. Ça fait dix ans que je vois ce canyon sous toutes les lumières. J’étais là quand Peter Lik a pris sa photo, et si j’étais un artiste blanc à la mode, moi aussi j’aurais pu faire des millions. » Il tend la main vers mon appareil : « Je peux ? » J’acquiesce. Il me montre un point de vue que je n’avais pas repéré, change mes réglages avec une rapidité bien supérieure à la mienne, et prend en une seconde la photo ci-dessous, avant de me rendre l’appareil. Je dois bien l’admettre : elle est meilleure que la plupart des miennes.
La photo prise par le guide Navajo.
Ensuite, il me propose de prendre une photo de moi dans la lumière étrange d’Antelope Canyon. C’est un souvenir que j’aime bien, malgré tout – mieux que le sable rouge dans mes poumons.
Souvenir d’Antelope Canyon
Visiter Antelope Canyon, ça vaut le coup ? Goût de poussière et d’amertume
Au bout de deux heures, nous repartons vers Page, dans les mêmes pétarades sablonneuses. J’ai ma série de photos d’Antelope Canyon (j’espère juste, à ce moment-là, qu’elle ne signifie pas la mort fangeuse de mon pauvre Canon chéri, qui s’en est heureusement remis). Avant de quitter Page, je repasse à la station essence au bord des tortues de grès, là où un vieux Navajo m’avait indiqué Horseshoe Bend.
La station des monstres assoupis.
Derrière la station, entouré d’une palissade, on trouve la reconstitution d’un village amérindien d’autrefois. Les maisons amérindiennes prennent différentes formes et différents noms selon les peuples ; celles des Navajos, qui connaissaient des hivers rudes, sont des cases aux murs très épais, tapissées de branchages, et se nomment hogans. Le village est vide : pas d’attraction touristique, de vente d’artisanat, juste les maisons désertes, et un panneau qui invite à explorer à sa guise, dans le respect des lieux.
Hogans des Navajos à Page.
Le vent de sable souffle. Les Navajos suivent désormais les lumières des villes, et seules des ombres hantent les hogans au bord des stations-service. Le jour s’achève. A la nuit tombée, Antelope Canyon s’endort enfin, libéré de nos pas.
Et la route au milieu des plaines rousses continue… Suivez le road trip, la suite arrive bientôt !
Visiter Antelope Canyon : organiser son voyage
Antelope Canyon se situe à Page, au nord de l’Arizona. Retrouvez mon article sur Page pour savoir comment aller à Page, où y dormir, que faire, etc.
Antelope Canyon : quel canyon choisir ? Lower ou Upper Antelope Canyon ?
Il y a en réalité deux canyons à Antelope Canyon : Lower Antelope Canyon et Upper Antelope Canyon, qui sont presque des sosies.
Le « Upper » est celui qu’on voit sur mes photos. C’est le plus célèbre et le plus photogénique des deux : les rayons de lumière n’apparaissent que dans celui-là. Il présente aussi l’avantage d’être plat, et donc accessible aux personnes âgées ou à mobilité réduite.
Le « Lower » lui ressemble énormément – ce sont les mêmes couleurs, formes, les mêmes vagues. Il est plus escarpé et difficile d’accès : il faut passer d’un niveau à l’autre par des escaliers et des échelles (poussettes, personnes en fauteuil ou ayant des difficultés de locomotion, s’abstenir). Certains voyageurs l’apprécient davantage, car il est plus long et comporte une partie en extérieur. Néanmoins, il faut savoir qu’il est encore plus difficile d’y prendre des photos, car il est encore plus étroit.
Seules les compagnies Navajo autorisées permettent la visite des canyons. Elles pratiquent toutes sensiblement les mêmes prix et le service est identique, c’est-à-dire décevant. Je suis passée par Antelope Canyon Tours, mais je ne vous les recommande pas plus qu’une autre : pour avoir vu les autres groupes et discuté avec d’autres blogueurs, je sais c’est la même chose partout.
Emplacement des deux canyons. Les départs sont en centre ville, sur le South Lake Powell Blvd.
Budget : combien coûte la visite d’Antelope Canyon ?
Les prix varient en fonction du canyon choisi, de la saison et de l’heure de la journée. La fourchette va de 20 dollars (Lower Antelope Canyon, horaires du matin tôt) à 85 dollars (Upper Antelope Canyon, « photo tour » au zénith).
Photographier Antelope Canyon, ça vaut le coup ? Tarifs, réflexions, conseils photos
Les fantômes de lumière apparaissent au zénith : si c’est ce que vous voulez voir, il vous faut payer la visite de 11h30 (la plus chère).
Si vous voulez juste une jolie photo souvenir, votre portable fera l’affaire – j’ai vu une série réussie avec un Iphone 6 chez l’un de mes amis.
Si vous avez des ambitions esthétiques plus élevées (note : vous ne vendrez pas la photo 6,5 millons de dollars, trop tard, Peter l’a déjà fait), pensez au grand angle. Antelope Canyon est étroit, et le nombre de groupes présents vous empêchent de prendre beaucoup de recul. Les photos de cet article sont prises avec un objectif Canon 10-22.
Dans l’idéal, il vous faudrait un trépied, des ISO bas et de longues expositions. Je dis dans l’idéal. Pourquoi ? Parce que la cohue, le stress, l’agitation, le monde autour de vous qui s’agite et bouscule votre trépied, rend très difficile la prise de poses longues… J’ai des tas de photos gâchées par un flou de bougé (quelqu’un qui me bouscule) ou l’irruption d’une casquette ectoplasmique dans le champ. J’ai fini par remettre le trépied dans mon sac, pour être plus mobile et pouvoir changer de position rapidement – certaines de ces photos sont prises allongée en appui sur mes coudes dans le sable, ou appuyée sur un rocher, improvisant un trépied avec mes bras…
Est-ce que le tour des photographes vaut le coup ? Si vous n’avez que votre portable, NON. Si vous êtes amoureux de photo, oui. Etant donné le prix, le monde, l’atmosphère suffocante, vous serez forcément frustré. Mais si votre but est de revenir avec une belle photo, vous n’avez pas vraiment le choix… Les groupes de non photographes n’ont pas droit au trépied et sont systématiquement chassés et houspillés, ils n’ont absolument pas le temps de prendre des photos posées.
Antelope Canyon, ça vaut le coup ?
Etant donné mes impressions mitigées, le prix et la difficulté d’organisation, je comprendrais que vous hésitiez. Mais malgré tout, je dirais : OUI. C’est sublime et c’est un incontournable.
Que faire autour d’Antelope Canyon ?
Si vous voulez plus d’infos sur Horseshoe Bend, le méandre le plus célèbre du Colorado, et le majestueux Lac Powell, c’est ici : Horseshoe Bend et Lac Powell
La plupart des voyageurs quittent ensuite Page pour continuer vers le nord, et visiter Monument Valley et Bryce Canyon. Je ne l’ai pas fait cette fois-ci, car j’étais déjà allée il y a quelques années à Monument Valley et Bryce Canyon et voulais voir le sud de l’Arizona. La suite bientôt sur Itinera Magica !
Comment aller à Horseshoe Bend ? Que faire sur le lac Po well ? Road trip en Arizona, blog Arizona A Page, en Arizona, le fleuve Colorado se retourne à 180 degrés dans une gorge rouge et ocre, avant de s’engouffrer dans le Grand Canyon. On appelle cette fabuleuse curiosité minérale Horseshoe Bend (le méandre en forme de sabot de cheval), et c’est une expérience magique que d’y voir le soleil se lever. Quelques kilomètres plus loin, le gigantesque barrage de Glen Dam noie rochers et canyons sous les eaux d’un lac artificel, le Lac Powell. Voyage en Arizona au fil de l’eau, à la découverte des merveilles géologiques qu’elle a sculptées.
Comment aller à Horseshoe Bend ? Que faire sur le lac Powell ? A la découverte d’un des plus beaux secrets d’Arizona.
Ondoyances rouges et ocres au coeur du désert, sur les rives du lac Powell.
Horseshoe Bend, le plus célèbre méandre du fleuve Colorado, je l’avais vu pour la première fois derrière le hublot d’un avion, l’été dernier. Engourdie par des heures et des heures de vol, je somnolais sans regarder le paysage quand je me suis soudain réveillée d’un seul coup, et ai regardé le sol, comme si quelque chose m’y appelait. Et c’est là que j’ai vu la boucle émeraude au milieu des étendues sanguines, le petit miracle géologique (pourquoi un fleuve choisit-il un cours aussi étrange et incongru ?) révélé un instant par la trajectoire aérienne. J’ai sorti mon portable et pris cette photo. Et je me suis promis de revenir.
Horseshoe Bend, vu d’avion.
Un an plus tard, je quitte le parc du Grand Canyon vers le Nord-Est, par la Desert View Road, et remonte le cours du fleuve Colorado en direction de Page. Je suis engagée dans une course contre le soleil qui descend, car je veux le voir se coucher à Horseshoe Bend.
Ma dernière vision du Grand Canyon avant de quitter le parc. Pour en savoir plus, lisez l’article ici.
La route au milieu de nulle part : cap sur Page
Il est difficile de raconter la surprise perpétuelle de ces paysages du Nord de l’Arizona. Dans le parc du Grand Canyon, le sublime est un dû : dans un des lieux les plus touristiques et célébrés des Etats-Unis, on sait qu’on va avoir le souffle coupé, qu’on se tient au cœur du mythe, et notre cœur se prépare déjà à battre la chamade avant même d’avoir entraperçu le canyon. Le vertige est balisé. Mais ce que personne ne vous dit, c’est que le sublime ne respecte pas les barrières, qu’il n’est pas un petit troupeau bien docile de merveilles géologiques qui s’arrêtent sagement aux limites du parc naturel. On quitte le parc, et on s’attend à reposer son œil et son cœur, et on découvre la beauté sauvage et abandonnée. Au milieu de nulle part, négligemment posés au bord de la route sans un panneau qui les mette en valeur, sans le moindre aménagement touristique, c’est une succession de gorges aux parois abruptes, de points de vue époustouflants, de badlands ocres, de montagnes à qui leur taille, leur forme et leur couleur vaudraient des milliers de visites, si elles avaient eu seulement la chance de s’élever en Europe. J’en parlerai plus tard avec des amis d’Aix-en-Provence : « Est-ce que tu as vu que sur la route du Grand Canyon à Page, il y a une Sainte-Victoire ? Même silhouette, même allure générale. Sauf qu’elle est quatre fois plus grande. Et rouge sang. Et que personne ne s’y intéresse. » C’est la banalité du sublime en vrac, négligé par l’œil gavé à satiété. Sur cette route qui serpente au milieu des solitudes à perte de vue, je sais pourquoi j’aime tant les Etats-Unis : pour le privilège ordinaire du vertige.
Sur la route, des badlands violines, saisis au vol.
Les stations essence de l’Ouest américain donnent toujours envie de tourner des films.
Ce n’est plus le parc national du Grand Canyon, mais c’est toujours le Grand Canyon : son tracé couvre une distance de quatre cent cinquante kilomètres. Si vous avez lu mon article à son sujet, vous savez qu’il s’étend du Lake Powell, à l’Est, au Lake Mead, à l’Ouest, là où le fleuve Colorado a traversé des montagnes. Vous savez que l’Arizona est un fabuleux millefeuille géologique. Que le Colorado et ses mille affluents sont partis à l’abordage des hauts plateaux nus, et qu’ils ont cisaillé inlassablement la roche, mis à nu les strates de la Terre, et dessiné cette région à nulle autre pareille, ce labyrinthe de canyons comme les veines d’un géant assoupi. Il est difficile d’imaginer l’échelle. Ce sont des centaines, des milliers de kilomètres carrés de Terre ravinée et à vif. Tout itinéraire devient une épopée. Il vous faut parfois quatre heures pour couvrir des distances qui, à vol d’oiseau, ne représenteraient qu’une vingtaine de kilomètres – car le sol torturé sème partout des embûches et des gorges infranchissables. C’est une des plus belles routes de ma vie, et je voudrais m’arrêter tous les cent mètres, mais je résiste. Le soleil descend et Horseshoe Bend est encore loin. Les ombres font grandir les montagnes et creusent les ravins. Je suis en train de remonter le cours du fleuve. D’aller à la source de l’émerveillement.
Gorges du Colorado, quelque part à la sortie du parc du Grand Canyon
Quelque part sur la route.
Soudain, du haut d’une colline rousse, je commence la descente vers Page. A ma droite, une gigantesque centrale à charbon, qui crache du noir au milieu du désert. A ma gauche, le barrage de Glen Dam, qui a donné naissance au Lake Powell. De monstrueuses lignes à haute tension filent vers tous les points cardinaux. Par-delà les immensités, l’électricité qui jaillit ici alimente Arizona, Nevada, Nouveau Mexique et Californie. Page est le genre d’endroit où on teste les bombes atomiques et élève des monstres. Page est un dragon qu’on a enchaîné loin des hommes, caché au cœur du désert, mais dont les flammes nourricières portent jusqu’aux confins.
Page entre chien et loup : la station.
C’est une ville née d’un campement, en 1957, lorsque les hommes ont décidé qu’il fallait dompter le cours impétueux du fleuve Colorado, et qu’ils ont commencé à construire le barrage de Glen Dam. Les Navajo, à qui appartient le nord de l’Arizona, ont concédé un terrain à l’Etat en échange d’autres terres. Page est la fille de la précipitation et du provisoire, un camp d’ouvriers improvisé sur une grande mesa au-dessus du fleuve – car il fallait anticiper la montée des eaux, une fois l’ouvrage achevé, et fuir ses rives – et qui s’est pétrifié en ville. Il y a des stations essence, des motels, des restaurants mexicains et des églises, rangées en file indienne dans une seule rue sacrifiée à cet usage. J’imagine bien la construction de la ville ouvrière, le vacarme des grues et les tempêtes de poussière. « Et là, vous me mettez toutes les églises, comme ça c’est réglé ».
« Le club de sport du Seigneur », à Page.
Comment aller à Horseshoe Bend ? Le méandre magique
Je m’arrête à la première station : « Horseshoe Bend, s’il vous plaît ? » « Vous suivez la 89 sur quatre miles. Quand vous verrez des tas de voitures garées au bord de la route et des gens qui courent avec des appareils photos, vous saurez que vous y êtes. »
La station où on m’a gentiment renseignée, tenue par des Navajo. Voyez vous les ombres qui s’allongent ? L’imminence du coucher de soleil ?
Je me rue sur la 89 et le soleil flirte dangereusement avec l’horizon. Je repense à la fin du Dracula de Coppola – à la course contre le crépuscule. Le pompiste ne m’avait pas menti : l’attroupement automobile trahit la présence de LA curiosité qu’on veut tous mettre sur Instagram. Un coucher de soleil à Horseshoe Bend, c’est sur la check list du road trip en Arizona. Moi aussi, je me mets à courir. Il faut franchir une colline ensablée pour rejoindre le bord de la gorge, il devrait y en avoir pour vingt-cinq ou trente minutes en temps normal, mais je suis déterminée à diviser ce temps par dix. J’imagine qu’un observateur extérieur nous trouverait éminemment grotesques, titubant dans le sable, échevelés, le sac à dos qui rebondit sur les reins et l’appareil à la main, suppliant le soleil de ralentir sa course.
Enfin, me voilà trempée et à bout de souffle au bord du méandre.
Coucher de soleil sur Horseshoe Bend
Ici, le Colorado fait une boucle à 180 degrés, et continue sa course vers l’Ouest, vers le plateau de Kaibab. Le lieu fascine car il raconte l’audace de cette rivière, ses revirements impromptus, ses caprices. Ces eaux ont le culte de l’inattendu. C’est ici que tout commence, au milieu de nulle part, que le fleuve entêté se renverse et tranche la pierre, dessine ces paysages hors normes qui aimantent les voyageurs du monde entier. Le coucher de soleil à Horseshoe Bend, c’est un rituel d’inspiration – pour apprendre à nager à rebours et gravir les montagnes.
Après le coucher de soleil.
J’ai du mal à prendre des photos. Nous sommes nombreux, j’ai toujours un selfie stick dans le champ, et le soleil au-dessus de la gorge assure le contrejour. Au bout de quelques minutes, j’arrête de mitrailler, et je m’assois pour regarder le coucher. Tout se passe en un éclair. Les montagnes ouvrent grand leurs mâchoires, et aussitôt le soleil dévoré, l’ombre s’abat sur les plaines – les rouges se changent en gris, l’obscurité descend à une vitesse effrayante. Au loin Page s’allume et les motels ouvrent leurs bras. Epuisée, je m’endors sans mettre de réveil.
A six heures du matin, j’ouvre les yeux dans la pénombre. Le jour n’est pas levé, des draperies mauves enveloppent l’horizon. Est-ce que… est-ce que je retourne à Horseshoe Bend pour le lever du soleil ? Deux secondes plus tard, je commence à empiler pulls et blousons, et me jette dans l’air froid du matin.
Premières lueurs.
Page est fantomatique. Un halo bleuté nimbe les stations essence et les dos monolithiques des roches lovées dans l’ombre comme autant de dinosaures assoupis. Je roule dans le secret de l’aube sur les routes désertes.
Station spectrale.
Il n’y a cette fois presque personne sur le parking en bord de route. Je commence l’ascension de la dune rouge qui cache Horseshoe Bend, et le soleil surgit.
Un homme marche devant moi sur le sentier menant au méandre.
Surgissement du soleil.Horseshoe Bend.
La lumière d’or éclabousse le sommet des montagnes et le bord de la gorge – c’est une lumière de film, rayonnante et douce, qui caresse les paysages comme un innamoramento. Nous sommes une poignée à nous tenir sur les roches froissées, quelques photographes et un couple de français en voyage de noces, ébouriffés et amoureux. Nous nous baignons en silence dans une marée d’or.
Horseshoe Bend, le plus beau méandre du Colorado.
Découvrir le fabuleux lac Powell
Quelques heures et un passage par la machine à gaufre du motel plus tard, je me dirige vers le lac Powell.
Au dessus du fleuve Colorado.
Au dessus du barrage.
Le plus grand lac artificiel des Etats-Unis porte le nom de l’aventurier qui a descendu le premier le cours du Colorado et découvert le Grand Canyon, dans une expédition dont tous ne sont pas revenus vivants – je raconte son histoire ici. La haute paroi du Glen Canyon Dam module les colères du fleuve et crée des tâches de bleu dans un monde de rouge.
Glen Canyon DamLa retenue.
Vue sur la gorge depuis Glen Canyon Dam.
Je monte jusqu’au Wahweap Overlook, qui surplombe le lac. Le lac Powell a noyé mesas, roches et flèches minérales, qui émergent hagardes des eaux à perte de vue, comme les mâts de bateaux naufragés. La baisse du niveau du lac a laissé une marque blanche sur la roche, une étrange bande claire qui leur donne un air presque animal, comme une horde de fouines ou de marcassins qui s’égaillent. C’est un paysage fantasmagorique, que je voudrais prendre le temps de découvrir en bateau, au fil des arches de pierre et des canyons engloutis. Un monde perdu dort sous la surface. Je me demande combien de pétroglyphes, gravés dans la roche par les peuples d’autrefois, de villages indiens et de tombes ont été submergées par les eaux, quels secrets s’abîment dans les fonds limoneux.
Point de vue sur le Lake Powell
Marina de Wahweap
Les falaises qui surgissent ici à perte de vue, ces formations abruptes au milieu des plaines, se nomment les Vermilion Cliffs – les falaises vermillon. Ce que j’ai vu sur la route du Grand Canyon à Page, ces « Sainte-Victoire » couleur hémoglobine, appartiennent à la chaîne des falaises vermillon. Sur ce qu’on appelle le grand escalier du Colorado, les cinq « étages » dont on voit les strates au Grand Canyon et à Grand Staircase National Monument, les Vermilion Cliffs sont la deuxième marche – les vestiges d’immenses continents de pierre érodée. Je lis qu’il s’agit de dunes de sable et de limon, fossilisées et pétrifiées au fil des millénaires.
Lac Powell et marches du Grand Staircase
Panoramas du nord de l’Arizona : Vermilion Cliffs
Voici la clef des fabuleux trésors géologiques du nord de l’Arizona. Ce furent des paysages mouvants, ondulant au gré des vents sur la terre sans limites, et que le temps est venu figer en plein vol. Imaginez des dunes qui auraient joué à 1,2,3 Soleil, suspendues au creux d’une vague, arrêtées en pleine danse, et dont les ondulations fantastiques auraient été coulées dans la pierre multicolore. Au nord de Page s’étend le parc de Vermilion Cliffs National Monument, qui recèle un des endroits qui me font le plus rêver au monde : The Wave. Une vague de pierre, striée de marbrures déclinant tout le camaïeu des rouges, à des centaines de kilomètres de la mer. Seules vingt personnes obtiennent la permission de la découvrir chaque jour, afin de préserver ce site exceptionnel. Et je n’ai pas été tirée au sort. Je me console en rêvant au jour où je reviendrai, en admirant les fabuleuses photos de Betty et Guillaume qui ont eu cette chance. Et sur les bords du Lac Powell, j’ai découvert le même type de formations – moins spectaculaires, évidemment, que celles de The Wave, mais taillées dans le même tissu géologique, révélant la même propension à la volute, à la couleur, à la courbure polie par le vent et l’eau qui brûle. Cet endroit ravissant se nomme Desert Gardens, en VF les jardins du désert, sur la rive opposée au Glen Canyon Dam. C’était ma petite vague à moi – assez pour alimenter le désir, et me faire jurer de revenir en Arizona.
Paysage de dunes pétrifiées au bord du lac Powell
Une petite vague…
Jardins du désert.
Dunes de sable pétrifiées.
Et il me reste encore une merveille à explorer à Page…
A suivre sur Itinera Magica : Antelope Canyon, le « slot canyon » le plus photogénique du monde. Je vous parlerai aussi des Navajo, à qui il appartient.
Heureuse dans l’Ouest
Visiter Horseshoe Bend et le lac Powell : en pratique
Comment aller à Page ?
Page est située tout au nord de l’Arizona, à 4h de route au nord de Phoenix, ou 4h à l’est de Las Vegas. La plupart des gens suivent l’itinéraire qui a été le mien : ils vont d’abord à Grand Canyon Village, puis poursuivent vers Page (2h30 de route).
Où dormir à Page ?
Dormir à Page est facile – c’est une ville touristique –, mais méfiez-vous : dès le printemps, tout se remplit très vite ! Les rives du lac Powell comptent plusieurs campings très bien aménagés, et la ville regorge de motels. J’ai dormi au Rodway Inn qui a été mon meilleur rapport qualité/prix durant ce road trip en Arizona : 60 dollars pour une chambre propre et spacieuse avec baignoire, parking, wifi et petit-déjeuner étonnamment correct (c’est très rare dans ce type de motels, j’étais très surprise d’y trouver des choses comestibles !). Si vous cherchez un hôtel romantique et de charme… préparez-vous à être déçu, ce n’est pas le genre de Page !
Comment trouver Horseshoe Bend ? Horseshoe Bend : comment y aller ?
Horseshoe Bend est à 4 miles au sud de Page, sur la route US Highway 89. Ouvrez bien les yeux, un petit panneau brun (sur la droite en venant de Page) vous indiquera « Horseshoe Bend Parking ». Il vous faudra ensuite marcher environ vingt-cinq minutes pour franchir la colline et accéder au canyon. La marche n’est pas difficile, mais attention avec des enfants, l’endroit n’est pas sécurisé, aucune barrière ne protège de l’à pic.
Horseshoe Bend au lever ou au coucher du soleil ?
Le truc le plus populaire, c’est le coucher du soleil. C’est considéré comme un must du road trip dans l’Arizona. Mais vous aurez un monde fou, et un gros contrejour sur le Bend… J’ai préféré le lever du soleil, très tôt le matin, où j’étais presque seule et où la lumière était beaucoup plus belle et photogénique.
Photographier Horseshoe Bend : conseils photo
Une seule règle : le GRAND ANGLE ! Sinon, vous ne pourrez pas tout faire rentrer dans l’image, et ça serait dommage de couper le Bend ! J’ai utilisé mon objectif Canon 10-22.
Que faire sur le lac Powell ?
– Marcher sur le Glen Canyon Dam, grand barrage sur le Colorado, et aller au Visitor Center du Glen Canyon Dam pour obtenir la carte des randonnées
– Aller au Wahweap Overlook pour une belle vue sur une partie du lac (pourquoi une partie ? parce qu’il s’étend sur 300 kilomètres !)
– Marcher sur les rives du lac pour voir les formations géologiques qui rappellent The Wave
– Si vous avez le temps : depuis Wahweap Marina ou Antelope Point Marina, vous pouvez prendre un bateau qui vous permettra de découvrir le lac lac et ses nombreuses curiosités géologiques. Pour voir le célèbre Rainbow Bridge, le plus grand pont naturel du monde, il vous faudra prendre une journée entière : 6h de bateau, un arrêt à Rainbow Bridge Point, 3km de marche, retour au bateau. J’y ai renoncé et j’ai regretté : il est difficile d’imaginer à quel point le lac Powell est beau et hypnotique avant de l’avoir vu de ses yeux. Si c’était à refaire, je le ferais, d’autant que Rainbow Bridge n’est accessible que par bateau. C’est un lieu qui n’est pas assez valorisé par nous autres blogueurs, je trouve, qui reste trop souvent en dehors de nos itinéraires – ne faites pas la même bêtise que moi, prenez une journée et découvrez le Lac Powell en bateau ! (C’est sur ma « bucket list » pour mon prochain voyage dans le Sud-Ouest des USA ;-))
– En été : le lac Powell et le fleuve Colorado sont un paradis des activités nautiques.
Savez-vous que le Grand Canyon demeure une énigme ? Il a beau être universellement considéré comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde, et attirer des millions de voyageurs fascinés par sa beauté qui se décline en superlatifs, le Grand Canyon n’a pas révélé tous ses secrets. Aujourd’hui encore, les scientifiques continuent d’échafauder des théories pour comprendre comment la rivière Colorado a pu creuser un tel monstre. Quelques chiffres qui donnent le vertige : 450 kilomètres de longueur, une profondeur moyenne d’un kilomètre, avec un maximum de deux kilomètres, et une largeur incroyable d’entre cinq et trente kilomètres séparant les deux lèvres du gouffre. Le Grand Canyon est un incontournable, un des lieux qu’il faut avoir vu une fois dans sa vie. Mais c’est aussi un lieu mystérieux qu’on ne comprend pas, qui semble perpétuellement défier le regard et l’entendement. Voyage à la poursuite des mystères du Grand Canyon.
J’arrive au Grand Canyon à la nuit tombée, après avoir roulé sur une portion de route 66. En quittant Sedona et en poursuivant vers le nord, j’ai bien senti peu à peu que je quittais les plaines, et que je prenais graduellement de l’altitude. L’air se rafraîchit, les cactus disparaissent et laissent place aux pins. Mais cette élévation est insidieuse, et je n’ai pas senti que j’étais si haut. Que tout à coup la surface, qui semblait plane, aller s’ouvrir en deux comme un tronc sur lequel s’abat une hache, et qu’un trou de mille ou deux mille mètres allait béer sous mes pieds. On peut s’approcher du Grand Canyon et ne rien voir, ne rien deviner. Cette faille immense, qui a la forme d’un éclair couché sur le sol, surgit aussi avec la soudaineté de la foudre. Tout est vide et plat, tout semble inoffensif, et soudain, soudain – il n’y a plus de mots.
Point de vue sur la merveille
Je ne peux pas attendre le matin. A trois heures du matin, dans un froid épouvantable, je me réveille saisie de l’impérieuse nécessité de voir le canyon, maintenant, je marche trente minutes dans le noir et le vent, et je vais à la faille.
C’est comme se tenir au bord du ciel. Les ténèbres sont trop épaisses pour que je puisse détailler le visage de l’immensité, mais je la perçois confusément. Je devine tout ce vide qui trémule dans la nuit, comme un animal dont les pulsations sourdes se logeraient sous ma peau. Je suis transie. Les rafales vont vaciller le trépied de mon appareil photo, les images sont floues, imprécises. Il me faudra attendre le matin.
Le grand canyon au coeur de la nuit, dans le vent glacial.
Le pays de Dieu
Je retourne me mettre à l’abri, mais je ne peux pas dormir. Je guette les premières lueurs de l’aube pendant deux heures, puis je recommence mon pèlerinage dans la bourrasque. Cette fois, je ne suis plus seule. Des dizaines de personnes emmitouflées attendent le lever du jour.
La lumière surgit peu à peu.
Peu à peu, la lumière dorée vient toucher les crêtes, comme le doigt de Dieu au plafond de la chapelle Sixtine, et délaie l’ombre qui dissimule les mille accidents et anfractuosités de la roche.
Lever du jour sur le Grand Canyon.
A vrai dire, le Grand Canyon n’est même pas le canyon le plus profond qu’on trouve sur Terre. Le canyon de Yarlung Tsangpo, au Tibet, et le canyon de Colca, au Pérou, se disputent ce titre. Ce n’est pas non plus le plus large. Cet honneur revient au canyon de la Fish River, en Namibie, suivi de la vallée de Capertee, en Australie. Mais la conjonction des facteurs – longueur, profondeur, largeur – fait de lui le plus spectaculaire, le plus saisissant. C’est aussi celui où les différentes strates du manteau terrestre, mises à nues par l’eau qui taillade la pierre, sont les plus visibles et explicites. Un profane voit à l’œil nu les différentes couches : le calcaire, le grès, l’argile, le granite, le schiste, recelant toutes le secret d’une époque du monde. Plonger le regard dans la gorge, c’est remonter le temps. Plus grande est la profondeur, plus la roche est ancienne. Au fond du canyon, où coule le fleuve, on foule un sol vieux de six cent millions d’années. C’est le fondement géologique du continent américain, « rock bottom », disent les Américains. Le fond du fond, le bas du bas. Le secret à découvert. C’est comme si la Terre avait choisi cet endroit précis pour se mettre à nu, abrasant couche par couche tous les revêtements qui la soustrayaient à notre curiosité. Ce geste de dévoilement est si extrême qu’il en deviendrait presque obscène, psychanalytique : je suis votre mère la Terre, et vous me voyez nue jusqu’à la moelle.
La terre à nu.
Je vois des gens en prière. Toujours aux Etats-Unis, je suis marquée par cette communion transconfessionnelle face aux splendeurs de la nature. Certains y voient l’œuvre d’Allah ou Yahvé, d’autres le giron de Mère Nature, d’autres encore la clef du destin. Car d’une certaine façon, le Grand Canyon est le signe d’une élection divine. C’est peut-être la clef d’un certain tempérament américain – le messianisme et la mégalomanie.
Tous unis pour voir le jour se lever à Mather Point.
Imaginez. Imaginez l’exilé qui a fui l’Europe, les persécutions religieuses et la misère, qui a traversé l’océan sur une coquille de noix, et continué son avancée vers l’Ouest, Bible en main, mu par la certitude d’une révélation imminente. Et il découvre ce pays que la démesure cheville au corps. Il découvre les plaines plus grandes que tout ce que l’Europe a jamais pu contenir, balayées par des tornades infernales, il découvre les geysers qui jaillissent du sol, les orages plus dantesques que dans ses pires cauchemars, les déserts vertigineux. Car les Etats-Unis sont le pays des records monstrueux. Les plus violentes tornades, la plus haute température jamais enregistrée sur Terre, les orages les plus apocalyptiques, et ça. Le Grand Canyon. Comment ne pas penser avoir trouvé le pays de Dieu ? C’est une terre biblique, sublime et violente, une terre qui semble avoir été façonnée par Dieu pour donner aux hommes des raisons de croire en Lui. J’ai lu et entendu mille fois l’argument dans la bouche des tenants du design intelligent. « Vous croyez que la nature explique tout ? Mais vous êtes fous. Regardez le Grand Canyon. Si vous pensez vraiment que c’est le fleuve Colorado qui a creusé ça, vous êtes un idiot. Un minuscule cours d’eau qui ouvre une faille de deux kilomètres de profondeur et trente de largeur ? » Si les sites web des créationnistes mettent le Grand Canyon en première ligne dans leur guerre contre la rationalité scientifique, c’est parce qu’un certain nombre d’énigmes n’ont pas été élucidées.
Le Grand Canyon : un mystère géologique
Car le strip-tease de la nature n’a pourtant pas permis de percer tous les secrets du monstre géologique. Il y a des incohérences dans le Grand Canyon : des roches très anciennes qui côtoient d’autres beaucoup plus récentes, une rivière qui part à l’assaut d’une montagne, des sédiments qui ne collent pas avec les grandes thèses sur la formation du canyon, et beaucoup d’autres bizarreries qui donnent aux créationnistes mille prétextes pour faire entrer Dieu dans l’équation. Le livre du brillant géologue Wayne Ranney, Carving Grand Canyon: Evidence, Theories and Mystery propose un fabuleux tour d’horizon des différentes théories en présence, et des énigmes qui n’ont toujours pas été résolues.
Le fleuve Colorado et son canyon vus d’avion.
Jamais le fleuve Colorado n’aurait pu creuser le Grand Canyon dans les grands espaces de l’Ouest si cette région n’était constituée d’immenses plateaux. Il a fallu que la Terre se soulève toute entière, que le continent américain se hisse sur la pointe des pieds pour former ces blocs vertigineux de pierre compacte, dans laquelle l’eau est venue se frayer un chemin. Sans plateau, pas de canyon. Pourquoi le Mississipi, qui est un fleuve colossal, infiniment plus large, puissant et profond que le Colorado, n’a jamais dessiné le moindre canyon ? Parce qu’il n’a pas eu d’élévation à se mettre sous la dent, pas de muraille à franchir. A une autre échelle, nous en avons un exemple chez nous, dans les gorges de l’Ardèche, du Tarn et du Verdon : pour que naissent ces merveilles géologiques, il faut des roches tendres à sacrifier. La clef, ce n’est pas la rivière, ce sont les plateaux, la nature de ces roches qui demandaient à être brisées, tranchées, ouvertes. La fascination qu’exerce le Sud-Ouest des Etats-Unis sur tant de voyageurs réside peut-être dans cette audace : c’est là que la Terre réclame qu’on la dénude.
Il ne faut pas non plus imaginer que le Colorado seul, ce fleuve fourbe et dangereux, mais dont le débit est finalement est assez maigre, ait pu creuser une telle étendue – jamais le Colorado, qui prend sa source au cœur des Rocheuses et n’est finalement qu’une grande rivière de montagne, n’a fait trente kilomètres de large. Mais un phénomène de grande dénudation a eu lieu : la brèche ouverte par la rivière a été peu à peu agrandie par l’érosion. Au fil des ères climatiques, des glaciers se sont formés, et ont rompu la roche, provoquant l’écroulement des sédiments, jusqu’à atteindre la base solide du continent. Le Colorado ne semble pas pouvoir creuser plus bas. Jusqu’ici, les scientifiques sont à peu près d’accord.
L’Arizona exposée jusqu’à l’os à Desert View.
Mais voici le premier grand mystère. Le fleuve Colorado coule d’Est en Ouest : des Rocheuses au Golfe de Californie, où il va se jeter dans l’océan. Si le Grand Canyon est aussi spectaculaire, c’est qu’à une cinquantaine de miles à l’Est du Lake Powell, le Colorado prend soudain un virage à quatre-vingt-dix-degrés, et s’engouffre dans le plateau de Kaibab. Aucune faille géologique ne semble pouvoir expliquer ce changement soudain de cours : le Colorado va à rebours de la faille. En temps normal, l’eau choisit toujours le chemin le plus aisé. Elle suit les failles, et surtout, elle ne grimpe pas à l’assaut des montagnes, elle les contourne. Or le cours audacieux du Colorado évoque la folie d’Hannibal, qui décide de traverser les Alpes à dos d’éléphant : voici un fleuve qui va se jeter droit contre l’élévation, qui grimpe au plateau, qui vient l’attaquer, le ronger avec opiniâtreté, comme si un obscur désir de vengeance le poussait à faire fi des bonnes manières géologiques. Tout à coup, le Colorado met le cap à l’Ouest toute, et part à l’abordage de Kaibab. Mille théories ont tenté d’expliquer cette étrangeté. Beaucoup pensent même que le Colorado coulait autrefois dans l’autre sens, et qu’un soudain changement de direction a eu lieu. Mais comment ? Pourquoi ? L’analyse des roches et des sédiments ne peut confirmer cette hypothèse. D’autres encore que le fleuve était là avant, et que le plateau de Kaibab est monté après. Que la montagne est venue s’enchâsser autour de la rivière. Une telle hypothèse donne le vertige, et soulève la question irrésolue de la vitesse de création du Grand Canyon. Combien de temps a-t-il fallu à l’érosion et aux forces titanesques de la nature pour creuser le Grand Canyon ? Certains évoquent une naissance rapide, soudaine, en un battement de cils géologique.
Carte du Grand Canyon, tirée du livre de Wayne Ranney. On voit le fleuve Colorado faire un soudain virage à 90 degrés vers l’Ouest, et s’enfoncer dans le plateau de Kaibab.
Rivières pirates et aventuriers kamikazes
Une autre théorie encore est celle de la conjonction de plusieurs fleuves. Les hauts plateaux d’Arizona invitent à cette hypothèse. Le mot « Grand Canyon » est trompeur : il ne s’agit pas que d’une faille, d’un fleuve. L’Ouest des Etats-Unis, et tout particulièrement le pays des canyons, Arizona et Utah, c’est un réseau inouï de plateaux ravinés par mille rivières sournoises et entêtées, qui s’immiscent dans la pierre rouge et dessinent un lacis inextricable de boyaux abrupts et de gorges dédaléennes. Voilà pourquoi les trajets en voiture sont si longs, voilà pourquoi il faut des heures pour aller de Grand Canyon Village à Page (à l’Est) ou à Supai (à l’Ouest), alors que les distances à vol d’oiseau ne sont pas si spectaculaires : nous roulons au milieu d’un gruyère de roches vaincues par l’eau.
Vue aérienne des canyons.
Dans ce champ de bataille géologique, les rivières pratiquent un comportement que les géologues qualifient de pirate : la captation et le détournement d’un cours d’eau par un autre, comme une bande de flibustiers qui se jetteraient sur le pont d’un autre navire pour s’emparer de son commandement. Une rivière cisaille une barrière rocheuse pour rejoindre le cours d’une autre. Quand elle la rejoint enfin, elle la détourne complètement : toute l’eau se jette dans le canyon creusé par la rivière audacieuse, et le lit piraté se retrouve vide et déserté. Ainsi se métamorphose le labyrinthe de pierre. L’explication du virage vers l’Ouest du Colorado réside sans doute dans un tel acte de piraterie. Mais jamais personne n’a encore trouvé la preuve du forfait, et résolu l’énigme de la rivière audacieuse qui se lance à l’assaut de la montagne.
Au bord du Colorado.
Lui-même fleuve pirate, le Colorado est aussi un cours d’eau dangereux. Si le barrage sur le Lac Powell a régulé ses explosions de fureur, les rapides continuent de tuer régulièrement les imprudents. On meurt souvent au Grand Canyon, et le livre Over the Edge: Death in Grand Canyon répertorie les accidents. Les chutes sont les plus meurtrières. La starlette hollywoodienne des années 40 qui s’approche trop du bord pour faire plaisir aux photographes, la jeune mariée qui avait décidé de parcourir le Grand Canyon d’un bout à l’autre pour son voyage de noce, le père de famille qui veut effrayer sa fille en faisant croire qu’il trébuche, et trébuche vraiment, tous sont avalés par la gorge infernale. Mais la rivière continue de réclamer son tribut. Les expéditions en rafting durent une dizaine de jours, et sont unanimement décrites comme une expérience hors du commun, bouleversante. J’avoue en rêver. Mais lorsque j’arrive au point de vue de Desert View, tout à l’Est du parc national du Grand Canyon, et aperçois le rapide de Hance, mon cœur se serre. Je suis à des kilomètres du rapide, le Colorado est réduite à la taille du filet qui coule d’un robinet, et pourtant je le vois – l’eau blanche, blanche, blanche, agitée par des remous que je n’ose imaginer. Un ranger me dit que prendre Hance Rapid en rafting au début du printemps, quand la fonte des glaciers gonfle le fleuve, c’est comme tomber d’un immeuble de trois étages.
On aperçoit les eaux blanches du Rapide de Hance au fond de la photo.
Une histoire fascine tous les voyageurs amoureux du Grand Canyon : celle de la première expédition d’exploration, entreprise en 1869 par John Wesley Powell. Le récit qu’il en a tiré, The Exploration of the Colorado River and Its Canyonsest un immense classique de la littérature de voyage, et je l’ai lu la nuit durant mon insomnie exaltée, après ma première balade nocturne au bord de la faille, attendant l’aube en compagnie de ces aventuriers fous qui se lancent au péril de leur vie dans la dernière grande exploration américaine. A cette époque, la région du Grand Canyon est un repoussoir. C’est un paysage aride, raviné, plein de failles gigantesques, de grands plateaux rongés par les vents et où rien ne pousse. Inutile à la culture, effrayant, le pays des canyons ne deviendra attractif qu’à l’heure où le tourisme en soulignera la beauté, et changera le regard porté sur ces terres stériles. Mais à l’époque de Powell, les pionniers contournent cette gueule d’enfer pour rejoindre la belle Californie, où vient de s’achever la ruée vers l’or.
Grands plateaux sauvages.
Powell est fasciné par cette terra incognita ardente et profonde. Il monte une équipe d’aventuriers et de scientifiques qui naviguera sur tout le cours du fleuve Colorado, de sa source dans les Rocheuses à son embouchure. Ce n’est pas une expédition autorisée : Powell n’a sollicité aucune permission officielle. Ce n’est pas une mission de colonisation : aucune instance n’a chargé Powell de défricher de nouvelles terres, ou de conquérir des territoires. C’est la poursuite d’un rêve fou, dévaler le Colorado en bateau, et noter et dessiner frénétiquement tout ce qu’ils croisent. Powell est fasciné par cet espace vide sur la carte, ce pays des canyons désolé, grand comme le Texas, traversé par une rivière infestée de rapides mortels et de cascades rugissantes. Le danger est inouï. Dix hommes se lancent à l’aventure. Très vite, les provisions d’eau et de nourriture et les instruments scientifiques sont arrachés par la furie des rapides. Le voyage devient une traversée en enfer. La faim les taraude, la mutinerie gronde, les Indiens les attaquent. Six hommes seulement, émaciés et hagards, arriveront à l’embouchure. L’un des déserteurs rejoindra un village Amérindien et finira sa vie parmi les Paiute. Trois autres disparaîtront sans laisser de trace après avoir choisi d’abandonner l’aventure, engloutis par le pays des canyons.
Seul au bord du canyon… en 1869, un cauchemar sans retour.
Les peuples du Grand Canyon
Les six survivants ramèneront des témoignages inestimables sur la vie des Amérindiens et leurs villages nichés dans la pierre rouge. Plusieurs peuples vivent encore sur les rives du Colorado, au fond du canyon : les Hualapai, les Havasupai, les Hopi, les Paiute et les Navajo. Ils sont les descendants d’une occupation infiniment ancienne, et dont on lit les traces à l’Est du Grand Canyon National Park, près de Desert View, où on peut déambuler parmi les ruines des « pueblos », ces villages établis il y a plus de mille ans dans ce qui était une immense zone de civilisation pré-colombienne, qui avait gagné ces terres arides depuis l’Amérique centrale. Ce sont des cercles de pierres blanches et les fantômes des murs de maisons et de greniers, les traces de cultes et d’artisanats immémoriaux, tandis qu’à l’horizon, les plus hautes montagnes d’Arizona, les San Francisco Peaks, culminent à plus de trois mille mètres et se détachent des grandes plaines. Pour les Amérindiens, le canyon et ces montagnes étaient les demeures des esprits, le pays des morts et des Dieux.
Ruine d’un pueblo Amérindien, de la culture dite Sinagua. On devine les San Francisco Peaks à l’horizon, tout à droite de l’image. Promis, vous les verrez de plus près par la suite !
Ma visite au Grand Canyon s’achève sur une tour édifiée en leur hommage. Chacun sait le mal que la colonisation européenne a fait à ces peuples millénaires, la brutalité génocidaire de l’expansion forcenée, et la destruction d’un monde. Mais parmi les envahisseurs, certains ont pris conscience de la valeur de cette culture martyrisée, et voulu célébrer sa beauté. C’est le cas de Mary Colter, l’architecte de la Desert Tower, tout à l’Est du parc. Surplombant l’un des plus beaux points de vue sur le Grand Canyon, la rivière et ses rapides, la tour solitaire s’élève au-dessus du vide, sentinelle du rêve.
La tour au dessus du canyon.
Mary Colter s’est plongée cœur et âme dans l’art des Amérindiens, a visité leurs villages et admiré leur art. Sur les murs de la tour, elle a voulu leur rendre hommage. Une femme architecte, dans le monde encore misogyne et fermé des années 1930, une femme passionnée par la culture de ces peuples que tout le monde méprise alors – comme elle me plaît ! On monte dans la Desert Tower par une spirale d’escaliers étroits, comme dans une grotte qui reviendrait aux origines du monde, et on y lit, fidèlement reproduits sur les murs sombres, les pétroglyphes gravés dans la roche il y a plusieurs milliers d’années par les premiers peuples, les fresques et les couleurs des cultures éternelles du pays des canyons. Ce n’est pas seulement la plus belle façon de dire au revoir au Grand Canyon que de le voir sous le soleil descendant, par les fenêtres de la tour aux âmes. C’est la porte d’entrée vers la suite du voyage, la note qui va donner le ton des prochains jours : en quittant le Grand Canyon dans le soir, et en continuant vers Page, j’entre sur le territoire de la nation Navajo.
A l’intérieur de la Desert Tower.
La suite du road trip : Antelope Canyon, Lake Powell, les cultures amérindiennes… Bientôt sur Itinera Magica ! N’hésitez pas à laisser un commentaire, j’en serais ravie, et à vous inscrire à la newsletter.
Au fond de la gorge. (Note : cette photo a été prise la fois où j’étais venue en hélicoptère. Pas au bout d’une journée de rando.)
Découvrir le Grand Canyon en pratique : itinéraires et astuces
Comment se rendre au Grand Canyon ? Où dormir ? Les différents « Rims »
Le Grand Canyon s’étend sur 450 km, bordé par le Lake Powell à l’Est, et le Lake Mead à l’Ouest. Il existe trois zones touristiques principales, qui concentrent l’afflux de visiteurs.
– Le bord sud de la faille, dit South Rim. On y accède par Grand Canyon Village, à quatre heures de route au nord de Phoenix, ou deux heures au nord de Sedona. C’est la zone touristique la plus célèbre, qui concentre une fabuleuse succession de points de vue sur le Grand Canyon. Les visiteurs dorment soit à Grand Canyon Village, soit un peu plus au sud, à Tusayan. J’ai dormi à Grand Canyon Village, dans le parc naturel, et j’ai regretté ce choix : les hébergements et restaurants y sont très coûteux. Je recommande de dormir à Tusayan, à quinze-vingt minutes du canyon, où tout est plus abordable… et où les restaurants restent ouverts après vingt heures ! J’avais déjà fait cette expérience à Yosemite l’an dernier : au sein des parcs naturels, les infrastructures sont rares et chères.
– Le bord nord de la faille, dit North Rim. La plupart des visiteurs y accèdent par l’Utah, et dorment à Kanab ou Fredonia. C’est ici que le canyon est le plus profond, et les afficionados du Grand Canyon disent préférer ce point d’accès. Néanmoins, les points de vue sont moins facilement accessibles que sur le South Rim – c’est un lieu idéal pour la randonnée.
– Grand Canyon West est le point d’accès privilégié des voyageurs qui arrivent de Las Vegas, d’où il n’est qu’à deux heures de route. C’est là qu’on trouve la célèbre Skywalk, plateforme de verre qui permet de marcher au-dessus du vide.
Carte globale du Grand Canyon.
Mon itinéraire : Phoenix, Sedona, Grand Canyon Village, Page.
Découvrir le Grand Canyon ? Quelle partie visiter ? Quels points de vue ?
Pour s’offrir un maximum de points de vue sublimes sur le Grand Canyon, le South Rim est idéal. Grand Canyon Village a été mon camp de base lors de ce voyage en Arizona. De nombreux chemins de randonnée en partent, courant le long de la gorge.
Le plus accessible (et néanmoins grandiose) des points de vue est Mather Point, d’où j’ai vu le soleil se lever.
J’ai ensuite commencé par marcher vers l’Ouest : du village à Hermits Rest, la piste Hermits Trail propose onze kilomètres de beauté étourdissante. Maricopa Point, Hopi Point, Mojave Point, The Abyss… sont autant de points de vue spectaculaires. Pour éviter de devoir refaire les onze kilomètres dans l’autre sens, des navettes gratuites circulent toute la journée et vous ramènent au village.
Puis j’ai pris la Desert View Road vers l’Est. La route serpente au milieu de la forêt et offre à son tour quelques occasions de photo fabuleuses. Elle s’achève à la fabuleuse Desert View Tower.
La carte qui m’a été remise au South Rim du Grand Canyon, figurant les itinéraires. A gauche, Hermits Trail. A droite, Desert View.
Il est possible de se lancer dans une excursion de découverte du Colorado. Le point de départ est souvent près de Page, à l’Est du Canyon, et le point d’arrivée, le Lake Mead, à l’Ouest, en suivant le cours de la rivière. Mais pour qui rêve de voir le fleuve, mais craint les rapides, il est aussi possible d’accéder au Colorado depuis le sommet de la faille, et de descendre jusqu’au fond de la gorge. Un des chemins de randonnée les plus populaires est le Bright Angel Trail, qui permet de rejoindre le fleuve et le « jardin indien » (Indian Garden), où vit l’une des nations amérindiennes natives du Grand Canyon. Il faudra ensuite se préparer à une dizaine d’heures de remontée harassante….
L’accès aux réserves indiennes est jalousement gardé. Depuis longtemps, je rêvais de voir les chutes d’Havasu, des cascades d’eau turquoise au milieu des gorges rouges, en marge du Grand Canyon, près de Supai. Mais les permis de camping sont délivrés au compte-gouttes, afin de préserver le mode de vie des Havasupai, et je n’ai pas pu obtenir le précieux sésame. J’ai ravalé ma déception et décidé d’y voir un clin d’œil du destin : il me faudra donc revenir en Arizona pour réaliser ce fantasme inassouvi… En attendant, je me console en admirant les photos des autres, comme celles d’Anthony et Adeline. Si vous aussi, vous rêvez de voir les chutes, sachez qu’il vous faudra obligatoirement camper sur place, qu’il est interdit de s’engager sur les chemins de randonnée sans permis de camping, et qu’il faut s’y prendre plusieurs mois, voire un an à l’avance selon la période désirée ! La seule façon d’obtenir un permis est de contacter par téléphone l’office du tourisme d’Havasupai… préparez vous à entendre sonner le téléphone dans le vide pendant des heures et des heures !
Le grand canyon en hélicoptère
Plusieurs compagnies proposent des survols du Grand Canyon en hélicoptère, notamment à partir de Las Vegas. C’est ce que j’ai fait l’été dernier, et même si la gorge est moins profonde à cet endroit (Grand Canyon Ouest), c’est un souvenir extraordinaire, et une expérience visuelle hors-norme que je recommande vivement.
Un Liebster Award, qu’est-ce que c’est ? C’est un prix qu’un blogueur ou une blogueuse choisit de décerner à un(e) autre, en témoignage de l’intérêt qu’il porte à ses écrits, et qu’on reçoit avec beaucoup de joie et de reconnaissance. Les Liebster Awards permettent de faire découvrir des blogueurs qui méritent d’être plus lus, et d’apprendre à mieux les connaître. J’ai eu l’honneur et le plaisir d’être nominée trois fois. Faites la connaissance de l’auteur de ce blog de voyage, et découvrez de nouveaux blogs !
Liebster Awards
Pour participer au Liebster Award, il faut que votre blog soit nominé par un autre, qui choisit de vous mettre à l’honneur, et respecter à son tour les règles du jeu :
Révéler 11 choses à son sujet.
Répondre aux 11 questions du blogueur ou de la blogueuse qui vous a nominé(e).
Nominer à son tour 11 blogs pour lesquels on a un coup de cœur, et qui méritent d’être mis en valeur.
Poser 11 questions à ses nominé(e)s.
La première fois, j’ai été nominée par Arzo Travels, auteur du site du même nom, qui est Allemande et blogue en langue anglaise au sujet de ses voyages autour du monde, de ses coups de cœurs et de ses découvertes culinaires végétariennes, avec beaucoup d’enthousiasme et de bonne humeur. J’aime tout particulièrement ses très beaux articles sur le Portugal, dont elle parle avec une sensibilité et une passion que je partage. Je vais lui répondre en anglais dans les prochains jours.
La deuxième fois, par Marion et Vincent, auteurs de La Faute au Graph, un blog magnifique et que je suis avec assiduité depuis que j’ai découvert les photos de leur voyage en Islande, qui sont tout simplement les plus belles photos d’Islande parues sur un blog de voyage que je connaisse. Puis je les ai suivis virtuellement au Svalbard, où ils ont vécu un périple absolument héroïque en canoë au-delà du cercle Arctique, et dont ils ont rapporté des images à couper le souffle. Ce sont de vrais aventuriers de notre époque, et je les admire !
La troisième fois, par Julie, auteur de Julie la blogtrotteuse, un blog sensible et sincère où se dévoile sa personnalité attachante, et dont j’apprécie tout particulièrement le choix de destinations : Julie est comme moi une Européenne de cœur, et s’attache à nous faire découvrir la face méconnue du vieux continent, Europe centrale, de l’Est, pays baltes, etc, toujours avec beaucoup d’émotion et de superbes photos. Mon post préféré ? Stockholm !
J’ai lu avec intérêt leurs révélations, exploré les autres blogs qu’ils ont nominés (c’est tout l’intérêt des Liebster Awards : découvrir de nouveaux univers, et rien ne me ravit plus que de découvrir un nouveau blog de voyage !), et je me plie maintenant à l’exercice.
11 choses que vous ne savez peut-être pas à mon sujet
Coucher de soleil californien.
Deux prénoms différents me feront me retourner dans la rue : Alexandra, celui qui est inscrit sur ma carte d’identité, et Ariane, mon nom de plume. Ariane Fornia est le pseudonyme sous lequel j’ai publié deux recueils de chroniques, Dieu est une femme et Dernière morsure, et un roman, La déliaison. J’ai choisi ce pseudonyme lorsque j’étais adolescente, et que j’éprouvais le besoin viscéral de me démarquer et d’exister par moi-même. Aujourd’hui, je me suis réconciliée avec mon état civil, mais Ariane Fornia est resté mon double d’encre, et c’est le nom sous lequel je signerai mon prochain roman, dont je dois rendre le manuscrit cet été aux éditions Jean-Claude Lattès.
Pourquoi Ariane Fornia ? Parce que California… J’ai passé l’été de mes dix ans en Californie (et d’autres moments magiques depuis), et j’y ai puisé une fascination inextinguible envers la limite extrême de l’Occident, l’ultime frontière, où tout semble possible et où la promesse chaque fois se renouvelle. Quand je ne crois plus en moi, ni au pouvoir de tracer son destin, la Californie réveille le souvenir de l’éblouissement de mes dix ans, et je me remets à échafauder des horizons infinis. La Californie me met au défi comme nulle autre terre au monde.
Coucher de soleil à Venice, Los Angeles. Cette ville est pour moi une drogue dure.
Il y a souvent un malentendu à mon sujet : parce que j’ai un pedigree académique de bête à concours, que j’ai consacré ma thèse à la réception de la théologie négative dans le romantisme européen, que je suis la bonne élève archétypale, mes interlocuteurs s’imaginent souvent que je n’aime que aucun artiste né après 1899 et que je méprise la pop culture. Rien n’est plus faux. Je suis une véritable « pop culture junkie». Je connais les paroles de toutes les chansons de Kesha, Katy Perry, Britney, Taylor Swift et consorts, je sais à quel niveau évoluent tous les Pokémon, je suis dingue de séries (mon coup de cœur ? Supernatural), et je suis incollable sur Harry Potter. D’ailleurs, en rédigeant le point 11) de ce post, j’ai failli écrire la phrase suivante : « à chaque voyage, je crée un Horcrux ». Si vous êtes fan, vous comprendrez.
Je suis passionnée à un degré obsessionnel. Quand j’aime quelque chose, mon cerveau se bloque, et je n’ai pas de répit tant que je n’ai pas tout vu, tout lu, tout connu (c’est-à-dire : jamais). Les points suivants exposent certaines de mes manies.
Je suis fascinée par le surf depuis toujours, et notamment par les vagues géantes. J’en parle ici. Mon rêve est de voir déferler Jaws, sur l’île de Maui. A défaut de surfer, je pratique le SUP – stand up paddleboarding.
Je passe souvent une partie de l’été à Hossegor, sur la côte Atlantique, et je me laisse hypnotiser par les vagues.
Face à un grand-huit, j’ai à nouveau huit ans. Quand j’étais en prépa littéraire et que je sortais lessivée des dissertations de philo ou d’histoire, je fonçais à Disneyland, où j’avais un pass annuel, et je faisais le Rock’n’roller Coaster ou le Space Mountain jusqu’à l’abrutissement. A Europa Park, il m’est arrivé de faire le Silverstar onze fois d’affilée (obsession, je vous dis). Mais mon plus grand fait de gloire, c’est d’avoir testé le Kingda Ka dans le New Jersey. De 0 à 206km/h en 3,3 secondes, et 139 mètres de descente. Regardez la vidéo on ride, je ne m’en lasse pas.
Les animaux sont ma grande passion, qu’ils soient familiers (chevaux, chats, chiens), plus exotiques (loutres, caracals, orques, cétacés en général) ou que je sois la seule à les aimer (araignées, chauve-souris, serpents). J’ai aussi un petit côté Brigitte Bardot : je me suis battue pendant des jours et des jours pour sauver un chaton non sevré et gravement malade qui aurait dû être euthanasié (c’est devenu le chat de ma mère, et en dehors de son obésité, il pète le feu), j’ai aussi récupéré un rat de laboratoire sauvé de la dissection (elle a vécu un mois heureuse, puis a succombé à une attaque), et je sors les araignées de ma baignoire dans un petit gobelet. La cause animale me tient profondément à cœur, et j’ai beaucoup d’admiration pour les associations qui la défendent avec courage, telles que Sea Shepherd et L214 , dont je soutiens régulièrement les actions.
Chevaux en Camargue, un endroit qui me fascine depuis toute petite.
J’ai été une ado ultra gothique. Au fil du temps, j’ai étendu le spectre chromatique de ma garde-robe, et abandonné certains éléments dont le bon goût était sujet à caution (colliers de chien, khôl jusqu’à la paupière, bague cercueil, etc), mais il reste toujours un petit fond de dentelles, de vinyle et de crucifix dans mon look. Quant à mes goûts littéraires, cinématographiques, esthétiques, etc, ils restent bien sûr profondément marqués par l’esthétique du clair-obscur. Je ne me remettrai jamais d’être mortelle.
Je suis accro au fitness. J’ai été une enfant et une ado sportive, passionnée d’équitation et de natation. Suite à une série d’évènements malheureux qui ont fait dérailler le cours ordinaire de ma vie, notamment un grave accident qui a failli me tuer, j’ai été sévèrement obèse pendant plusieurs années, et j’en ai beaucoup souffert. L’obésité était comme un marécage de sables mouvants dans lequel je me serais envasée. Plus je me démenais pour tenter d’en sortir, multipliant régimes stupides, crises d’anorexie-boulimie, méthodes miracles ineptes et détestation intense de moi-même, plus je m’enfonçais, et plus l’aiguille grimpait. J’ai découvert le fitness comme d’autres trouvent Jésus, et j’ai la foi des nouveaux convertis. Quand je suis en France, je pratique presque tous les jours – en voyage, je suis obligée d’être moins assidue, mais je compense par de longues randonnées. Ma préférence va aux cours de haute intensité qui me poussent à me dépasser (pour ceux qui connaissent : Body Attack, Body Pump, Grit, Crossfit), mais je n’ai rien contre une petite zumba pour me détendre.
Au milieu des pagaies de stand up paddle.
Je suis cavalière depuis toute petite, une passion qui me vient de ma mère, qui m’a mise à cheval très tôt. Et vous voulez voir quelque chose de drôle ? L’été dernier, j’ai participé à un reportage de TF1 sur le tourisme en Camargue. Si vous voulez me voir à cheval parmi les étangs, les flamants roses et les taureaux, la vidéo est ici.
Lorsque j’écris dans la présentation de ce blog que « les voyages sont ma religion», il ne s’agit pas d’une simple formule. J’ai un rapport ambigu et torturé à la spiritualité. Mon agnosticisme me pèse, car je souffre terriblement de ma peur de la mort, et j’ai soif de métaphysique. Mais puisque je n’ai pas su croire en Dieu, je crois en la Terre et en la beauté ici-bas, et à l’importance de chaque grain dans le sablier de nos vies. J’ai la sensation physique, aiguë, de laisser un morceau de mon cœur dans les endroits qui m’ont bouleversée, et de continuer à exister de façon éparse aux quatre coins du globe. Peut-être qu’à ma mort, un petit morceau de moi vivra dans les lieux qui m’ont métamorphosée – j’ai foi en l’éternité des pierres, des forêts et des eaux. J’ai choisi d’illustrer cet article par ces lieux qui font partie de moi.
Chevaux de Camargue au soleil couchant.
Questions de Marion
Plutôt ville ou campagne ?
J’ai grandi à la campagne et je resterai toujours une fille des champs, malgré mon amour pour un certain nombre de villes (Aix-en-Provence, ma ville d’adoption, Munich, où j’ai vécu et que j’ai aimée, Los Angeles, ma ville totem, Lisbonne, la magnifique…).
Aix-en-Provence, une des villes qui ont su gagner une place dans mon coeur.
Avez-vous un objet porte-bonheur, un gri-gri qui ne vous quitte jamais ?
Trois bijoux symboliques, qui ne me quittent jamais : un pendentif vague et un bracelet cheval, offerts par ma mère, et ma bague de fiançailles, qui nous a sauté aux yeux par un après-midi de juin sur la Côte d’Azur, entraînant la demande en mariage la moins réfléchie de tous les temps.
Quelle est votre plus grande peur ?
La mort, les ténèbres et le néant.
Quelle est la chose que vous aimeriez le plus faire au monde, et que vous regretteriez de ne pas concrétiser ?
Ecrire, encore et toujours. Chaque projet est un saut dans le vide, et j’ai toujours peur de ne pas retomber sur mes pattes, mais je ne sais rien faire d’autre.
Racontez-nous l’anecdote qui vous vient à l’esprit en lisant cette « question ».
Un jour, j’ai dormi dans un hôtel en-dessous de tout, sale, puant, qui tombait en ruines. Au milieu de la nuit, il s’est mis à pleuvoir, et le lit était trempé par les fuites du toit. Le gérant est arrivé, a posé un seau dégueulasse SUR le lit, en plein milieu, et il est reparti. Voilà. C’était en France, pas très loin.
De quoi êtes-vous le plus fier ?
Tout est encore à accomplir.
Si vous pouviez vous téléporter, où aimeriez-vous être là, maintenant, tout de suite ?
A Harbour Island, aux Bahamas, ou à la Digue, aux Seychelles, deux plages de rêve placées très haut sur ma liste d’envies.
La plage de Tulum, au Mexique. Il faut absolument que je raconte sur Itinera Magica ce voyage dont je parle encore avec des étoiles dans les yeux.
Quel(s) geste(s) du quotidien vous met(tent) de bonne humeur ?
Mille petites choses. Tout ce qui ne comporte ni douleur, ni tristesse. J’aime les instants minuscules et chaque étape de la course du soleil.
Si vous étiez un animal, que seriez-vous ?
Peut-être une orque, du moins, cela me flatte de le penser.
Le sud de la Bavière occupe une grande place dans mon imaginaire sentimental.
Lorsque vous parcourez un blog, ce que vous préférez, c’est… ?
Sentir que la personne a réellement cherché à créer un univers personnel et authentique, par sa plume, ses photos et ce qu’elle livre d’elle-même.
Quel est votre péché mignon ?
Les « yaourts glacés » (c’est comme ça qu’on dit frozen yogurt en VF ?) de chez California Bliss, parfum fraise ou pêche de vigne, avec des fruits rouges en topping. Je les avais découverts à Los Angeles, et depuis qu’ils ont ouvert une boutique à Aix-en-Provence, je suis hystérique. J’ai un bracelet de fidélité dans tous mes sacs à main et dans tous mes manteaux pour avoir un topping gratuit sur présentation de cette parure. California Bliss, ceci est un message personnel : sponsorisez-moi, envoyez-moi des tee-shirts ou des goodies, je ferai votre pub dans le monde entier, je ferai des photos de mon petit pot au bord de tous les océans du globe et sur tous les plus hauts sommets, je parlerai de vous à tous les peuples de la Terre, j’évangéliserai à tous vents, et vous me paierez en frozen yogurts. Deal ?
California Bliss, et je suis heureuse comme un chiot.
Questions de Julie
Qu’est-ce qui t’a donné envie de voyager ?
Mes parents, acharnés à parcourir le globe, qui m’ont contaminée depuis toute petite.
Qu’est-ce qui te motive le plus à écrire ton blog, qui te redonne du courage quand la motivation te quitte ?
A vrai dire, la motivation ne me quitte jamais, c’est parfois seulement le temps qui me manque ! Les commentaires me font infiniment plaisir et me poussent à accélérer la cadence.
Qu’est-ce que tu trouves le plus dur dans la gestion d’un blog ? Gestion des réseaux sociaux, publier régulièrement … ?
Parce que je collabore aussi à des revues, mon blog est ma carte de visite. En éternelle bonne élève, j’ai donc tendance à me mettre la pression afin que tout corresponde à l’idée que j’ai d’Itinera Magica.
Es-tu plutôt voyage en solo, en couple, entre amis, autre ?
Tout, tant que je voyage ! Je n’ai aucun problème à partir seule et je l’ai beaucoup fait, mais je n’en fais pas un principe (je ne crois pas que les voyages en solitaire soient plus authentiques, plus vrais, etc, je n’ai pas le culte du voyage solo). Lorsque mon cher et tendre, ma famille ou mes amis peuvent m’accompagner, j’en suis ravie. Nous sommes une famille de voyageurs passionnés, et chacun de leur côté, mon père et ma mère continuent d’organiser régulièrement des voyages où mon frère, ma sœur et moi sommes les bienvenus.
Un des lieux que je chéris le plus sur la Côte d’Azur, depuis toujours : En Vau, troisième calanque de Cassis.
Comment réagissent tes proches quand tu leur annonces que tu vas encore partir, et quel effet cela produit-il sur toi ?
Cela fait plusieurs années que ma vie est un peu étrange et éparpillée, et je remercie du fond du cœur les amis compréhensifs qui continuent à me proposer des choses malgré mes nombreuses défections, et qui commencent leurs messages par « tu es où en ce moment ? ».
Y a-t-il une anecdote de voyage que tu racontes encore et encore sans t’en lasser ?
J’ai tendance à raconter en mode sketch les évènements dramatiques, car cela intéresse toujours plus mon public que « et là j’ai mangé le meilleur cookie de ma vie ». Ma presque-noyade au Costa Rica, la planche de surf qui m’a assommée à Honolulu, la fois où j’ai failli me faire pulvériser à Saint Pétersbourg, ou celle où je me suis perdue dans le métro à Shanghai, sont de grands classiques de mon répertoire.
Malgré ma propension à la noyade, je ne suis jamais aussi heureuse que sur la plage.
Quelle est ta meilleure rencontre de voyage ?
A Honolulu, un Américain adorable qui m’a fait découvrir les meilleurs bars de la ville et raconté des tas d’histoires.
Mon coeur bat quand j’évoque Kauai.
S’il ne te restait qu’une opportunité de voyager, quelle destination choisirais-tu ?
Je suis désolée, je ne peux pas répondre ! J’ai tellement peur de mourir sans avoir vu tous mes rêves.
Quand je dis musique et voyage, quel est le premier souvenir qui te vient à l’esprit ?
La musique d’Israel Kamakawiwoʻole, dit Iz, que j’ai écoutée en boucle à Hawaï. Vous le connaissez : c’est lui qui a repris Over the rainbow à l’ukulélé.
J’ai grandi sur ces falaises au dessus du Rhône, tout au sud de la Drôme provençale.
Qu’est-ce que tu mets toujours dans ta valise, peu importe le voyage ?
Je fais toujours un check up fondamental de dernière minute : passeport, carte bancaire, portable, ordinateur, appareil photo (& chargeurs afférents) ? Si j’ai cela en poche, le reste est accessoire, je peux tout racheter si besoin. J’ai une fâcheuse tendance à oublier les culottes et/ou chaussettes. Comme dirait Starmania, « j’ai ma résidence secondaire dans tous les Victoria’s Secret de la Terre ».
Qu’est-ce que tu fais dans la vie, à part voyager ? Travail, études, loisirs, … ?
Dans ma vie tout est mêlé, et personne ne sait jamais vraiment si je suis en vacances ou au travail, pas même moi ! Je suis chercheuse, écrivain, traductrice, journaliste freelance, et éternelle passionnée. Au cours de l’année qui s’est écoulée, je n’ai jamais dormi plus de sept nuits consécutives au même endroit. Ma vie professionnelle, privée, et mes passions m’ont changée en créature à carapace qui vit toujours entre deux valises. La vie est courte, le monde est vaste, et le désir sans fin, et c’est pour ça qu’il me fallait créer Itinera Magica.
C’est en Franconie que j’ai découvert l’Allemagne, et (ce n’est pas tout à fait un hasard) c’est là qu’a grandi l’homme que j’aime.
Découvrir un nouveau blog de voyage ? C’est par ici. Mes nominés :
C’est avec plaisir que je nomine à mon tour un certain nombre de blogs que j’aime – je n’ai pas su me limiter à onze, mais j’ai eu droit à deux nominations, alors j’en profite pour augmenter le quota ! La plupart sont des blogs encore peu connus, et tel est le principe du Liebster Award : faire découvrir de nouveaux blogs. D’autres ont déjà un petit peu, voire beaucoup de succès, et n’ont vraiment pas besoin de ma nomination, mais j’aurais été triste de ne pas citer des blogueurs et blogueuses que je suis assidument.
Les 3 M en vadrouille Marieke, Mathieu et Maxence parcourent le monde en famille, et rapportent de magnifiques carnets de voyage, présentés avec beaucoup de goût
Besoin d’ailleurs : le blog d’Anne-Lise est de toute beauté, qu’elle parte en Islande ou explore les rives de la côte d’Azur
On met les voiles : Adeline et Tony ont un ton bien à eux, drôle, direct et spontané, et c’est un plaisir de suivre leurs aventures originales. Ils ont reçu le prix du Blog Espoir au salon des blogueurs de voyage.
Au bout de la route : J’ai découvert ce beau blog au moment de la préparation de mon road trip islandais, et j’ai été séduite par sa richesse, par la qualité et la précision des informations fournies – un indispensable du voyage nordique !
Tripinwild : Betty et Guillaume m’ont happée avec les sublimes photos de leur road trip aux Etats-Unis. Leur blog est jeune et déjà de grande qualité, j’attends avec impatience la suite !
Voyage way : Si vous rêvez d’Asie, ce blog plein de bons conseils va vous donner des ailes.
Votre tour du monde : Il a un succès hallucinant en ce moment, et il le mérite : ses vidéos sont merveilleuses (regardez son road trip européen), et il a le don de dénicher des destinations totalement uniques.
Carnets de traverse : Ce blog de toute beauté m’enchante, et connaît un succès justifié !
Back pack à deux : Si votre rêve est de planifier un tour du monde, ce blog pratique vous sera très utile.
Traveling address : Ce joli jeune blog est plein de sensibilité et de curiosité.
Blog Voyages : J’adore le blog de Mathieu, et j’ai été tout particulièrement séduite par ses superbes images de Sicile
Les Escapades : une très belle collection de destinations européennes attachantes.
Jean Giono : un petit blog discret qui a un charme fou, et enivrera les amoureux de la Provence et du voyage littéraire. Il propose de découvrir la belle région de Manosque au fil des textes de Jean Giono…
Sur le lac de Sainte Croix, dans les gorges du Verdon, la féerie.
Mes questions
Quel est l’endroit qui vous a le plus touché(e) à ce jour ?
Si on vous proposait de partir pour Mars, en sachant que vous risquez de ne jamais pouvoir revenir sur Terre, le feriez-vous ?
Si vous êtes un blogueur/une blogueuse expérimenté(e) : avez-vous un conseil à prodiguer aux autres blogueurs voyage ? Si vous êtes encore novice : qu’aimeriez-vous qu’on vous apprenne ?
Si vous étiez une ville ?
Pensez-vous qu’il faille sacrifier des choses pour voyager ? Que seriez-vous prêt à sacrifier, jusqu’où iriez-vous ?
Quelle question aimeriez-vous que l’on vous pose ? Répondez-y.
Voyager seul, en duo ou à plusieurs ?
Quelle chanson vous bouleverse ?
Une qualité que vous possédez et que vous avez tendance à rechercher chez les autres ?
Avez-vous un rêve ?
Votre plus beau lever de soleil ?
La vie est courte, la route est longue…. Tenir un blog de voyage, c’est tenter de suspendre le temps.