Faire un test ADN pour révéler votre héritage génétique et découvrir de quelle région du monde venaient vos ancêtres, cela vous tente ? J’ai eu le plaisir de tenter l’expérience, et de décrypter mon ADN pour mieux comprendre mon identité. Je me suis imaginée descendante d’îles lointaines, de peuples conquérants et d’exotismes multiples. J’ai remonté l’écheveau obscur du temps à la recherche d’indices. Voici finalement les résultats – olé.
Plongeons ensemble dans les profondeurs du temps – comme dans le puits initiatique de la sublime Quinta de la Regaleira à Sintra, Portugal. En plus, ça ressemble (un peu) à une hélice d’ADN.
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Un test génétique, pourquoi faire ?
J’ai toujours été attristée par le peu d’informations dont nous disposons sur les femmes et les hommes qui ont forgé la chaîne conduisant à notre existence. Au-delà de mes arrière-grands-parents, voire arrière-arrière-grands-parents pour quelques-uns, je n’ai plus ni image ni nom, et le secret de mes racines se noie dans l’oubli. J’ai toujours envié aux familles aristocratiques non pas leurs titres et leurs armes, mais bien leurs arbres généalogiques ancrant la vie de chacun dans une histoire séculaire, leurs portraits d’ancêtres et leurs reliques précieusement conservées. J’aurais adoré mettre des noms, des lieux de naissance et de décès sur des morceaux d’ADN, chercher un bout de moi dans les traits d’une trisaïeule, et imaginer leurs vies. L’éternel néant dans lequel sont retombés ceux dont je descends me plonge parfois dans un vertige métaphysique.
Et puis, j’ai appris qu’un test génétique proposait de lever une part du voile, et d’identifier dans notre ADN les segments qui nous associent à telle ou telle région du monde.
.J’ai toujours été fascinée par les témoignages des temps oubliés. Ici le Broch of Gurness (2e siècle avant notre ère), Orcades, Ecosse.
Pour un voyageur, c’est une grande source de fantasme, et j’avoue que je me suis imaginé des ascendances vikingo-polynésiennes, dans un grand combo de tout ce qui me fait rêver : navigations au long cours, constellations bienveillantes et mythologie océanique.
J’avais lu des histoires hallucinantes suite à des tests ADN de ce type.
Une Canadienne qui se croyait descendante de migrants européens à 100% s’est découvert une part de sang amérindien. En faisant des recherches généalogiques poussées, elle a appris que son arrière-grand-mère, prénommée « Jeanne » et qu’elle croyait française, était en réalité une Amérindienne convertie et rebaptisée de force par les colons.
Une Américaine d’origine asiatique, qui pensait son ascendance limitée à cette partie du monde, s’était découvert un héritage africain lié à la douloureuse histoire de l’esclavage dans le Sud des Etats-Unis.
Je m’imaginais bien me découvrir une origine exotique et bouleversante, aller voir ma famille en leur expliquant que nous étions en réalité les descendants de Gengis Khan, d’Erik le Rouge ou de Daenerys Targaryen.
S’imaginer une lignée de guerriers et de princes. Dunnottar Castle, Ecosse.
Un test génétique pour s’ouvrir au monde
Vous avez peut-être déjà vu passer sur Facebook les vidéos touchantes où des jeunes gens se découvrent des origines qui remettent en cause leur vision du monde, par exemple celle d’un jeune Anglais un peu raciste qui n’aime pas les Allemands et voit son ascendance germanique révélée. Ces vidéos ont été réalisées dans le cadre du concours The DNA Journey de la société Momondo. C’est aussi eux qui m’ont offert ce test.
Puisque les voyages ouvrent sur le monde, l’idée est d’aller plus loin encore, et de comprendre quel part d’altérité culturelle et géographique nous portons en nous. Le concours se veut porteur de valeurs humanistes, de tolérance et d’acceptation de l’autre. Je me dis souvent que j’aimerais l’offrir à tous les identitaires qui clament haut et fort être « Français de souche », pour leur montrer l’inanité de ces fantasmes. Trop de gens ignorent de quel brassage l’immense majorité d’une population européenne est issue, et les vidéos du DNA Journey mettent souvent en scène ce type d’épiphanie antiraciste.
Personnellement, je n’ai pas eu de grande révélation existentielle, car je n’avais aucun délire de pureté raciale, je ne me suis jamais imaginée « de souche » quoi que ce soit. Née en France de deux parents français, élevée en France et y ayant fait la majeure partie de mes études, j’ai toujours ressenti naturellement mon identité française. Mon appartenance cette culture, mon identification à mon pays, est spontanée, intuitive et logique. Mais j’ai toujours su être un produit hybride sur le plan génétique, et je me doutais bien que le test ADN ne dirait pas forcément « France ». J’ai grandi en Drôme provençale et je me suis toujours pleinement identifiée à la Provence. Il s’agit d’une conviction culturelle profonde, mais je savais qu’elle ne serait que très peu validée par l’ADN.
Cela ne me perturbe pas : depuis Renan, on sait que la nation est « un plébiscite de tous les jours », et qu’être français n’est pas un label ethnique, mais un assentiment du cœur et de l’esprit à la communauté nationale.
Au coeur de ma belle Provence
Là où j’ai grandi : le défilé de Donzère, entre Drôme provençale et Ardèche méridionale
Un test ADN pour identifier son ascendance ethnique – comment ça marche ?
Momondo travaille avec Ancestry DNA, une importante compagnie américaine (les tests génétiques étant illégaux en France), leader sur le marché du test ADN. Ancestry DNA propose un test dit autosomal, qui tient compte à la fois des marqueurs paternels et maternels. Comme l’explique cet article de la Revue française de généalogie, il est également possible de tester l’ADN mitochondrial (maternel) et, pour les hommes seulement, l’ADN porté par le chromosome Y (paternel). Ancestry DNA possède une très large banque d’échantillons ADN de toutes origines, en permanence enrichie par les nouveaux tests de ses clients, et permet ainsi de retracer l’origine ethnique avec une précision toujours accrue. Dans mon cas particulier, un élément précis m’a convaincue de la fiabilité du test – je vous en dis plus à la fin de l’article.
Minute glamour : comment on fait, concrètement, pour tester son ADN ? Je vous préviens, c’est peu ragoûtant : il faut cracher dans un petit tube jusqu’à ce que la salive atteigne une quantité suffisante, matérialisée par un trait transparent. Ensuite, on mélange à la salive un produit bleu qui la conserve, et on envoie cette charmante mixture traverser les océans par transporteur. Voilà, c’était le moment sexy.
Je vous sors un lever de soleil à Lurs pour oublier ce que vous venez de lire. Ceci est une preview d’un prochain article, consacré au pays de Forcalquier.
Ce que je savais de mon ascendance génétique, avant le test ADN
Ma mère a grandi dans le Nord, à Douai, mon père à Marrakech.
Douai.
Marrakech.
Ma grand-mère paternelle vient du Liban, et j’ai toujours su que ce sang moyen-oriental était très présent dans mon cocktail génétique. Groupe sanguin, forme du visage, association des yeux bleu-vert, des cheveux clairs et des sourcils sombres, beaucoup de détails m’associent à un type physique libanais – plus que mon frère et ma sœur. En Turquie, où j’ai voyagé avec eux, tout le monde pensait que j’étais la guide turque d’un petit groupe français. A Paris, un serveur libanais m’avait longuement dévisagée avant de me demander si j’avais des parents au Liban. En lisant les consignes du test ADN sur le site d’Ancestry, j’ai lu qu’il n’était pas rare que les résultats d’ethnicité varient légèrement au sein d’une même fratrie, que certains pourcentages soient plus élevés pour un des enfants, car tout dépend de la sélection d’allèles hérités de vos ancêtres. Voilà pourquoi mon frère et ma sœur ont la peau très claire et les yeux très bleus, et je suis plus mate, plus méditerranéenne. J’ai probablement sélectionné le menu falafel et houmous au MacChromosome.
Méditerranéenne, mais version tâches de rousseur : une allégorie. (Photo Pixabay, j’avais pas ça dans le frigo.)
Ma mère est blonde aux yeux bleus, d’apparence très « nordique », mais a priori son ascendance n’est pas scandinave. Son père vient du midi – c’est la seule partie de ma famille qui me rattache « génétiquement » à ma Provence adorée, à laquelle je m’identifie pleinement. Au petit cimetière de Murviel-lès-Montpellier, nombre de caveaux portent le nom de famille de ma mère : c’est le berceau de cette branche enracinée comme les ceps de vigne parmi les vieilles pierres du Languedoc.
Quant à sa mère, ma grand-mère maternelle, emportée trop tôt par un terrible accident, elle était du Massif central par sa mère, et des Flandres par son père, lui douaisien. Mon arrière-grand-mère avait grandi en Polynésie, aux Marquises et aux Gambiers, d’où ma fascination extrême pour les îles du Pacifique. Mais je savais que cet ancrage de l’enfance n’était pas une ascendance – même si j’espérais secrètement que mon arrière-arrière-grand-mère ait fauté avec un beau surfeur de Nuku Hiva et que le test me révèle du sang de Vaiana.
C’était aux Bahamas, mais ça existe aussi en Polynésie. J’illustre comme je peux, ok ?
Résultats du test ADN : Yo Soy Español
Le test ADN est revenu environ un mois après mes méticuleux crachats dans la fiole.
On m’a expliqué qu’il se décomposait en deux parties : l’ethnicité, basée sur l’origine de mes ancêtres il y a des milliers d’années, et la communauté génétique, révélant où mes ancêtres vivaient il y a des centaines d’années.
La première surprise a été une petite déception : mon ethnicité était bornée par le Caucase à l’Est, par la Méditerranée au sud, presque superposable aux frontières physiques de l’Europe, avec juste une touche d’Asie mineure et d’Afrique du nord (via l’Espagne). Quitte à ne pas être française de souche, autant être Maori, Mongole ou Seychelloise – j’avais secrètement rêvé à une ascendance plus exotique. J’en ai pris mon parti. Profondément Européenne de cœur, du genre à chanter l’Hymne à la joie (en allemand s’il vous plaît) sous la douche, je me suis dit que ça n’était pas si mal d’être une décalcomanie de sa carte.
La deuxième surprise, c’était la prépondérance de la péninsule ibérique dans mon ethnicité. Voici son détail :
36% péninsule ibérique
22% Grande Bretagne
17% Italie-Grèce
9% Caucase
7% Europe de l’Ouest (= France)
Ces pourcentages-là sont qualifiés de fiables à 98% par Ancestry.
A cela s’ajoutent des petits % plus incertains, qu’Ancestry appelle « low confidence regions » : un peu de sang juif européen, irlandais, scandinave et moyen-oriental.
Résultats du test ADN Ancetry.
Il m’est difficile d’associer ces fragments d’ADN millénaire à ma brève histoire familiale, dont la mémoire s’arrête à la fin du XIXe. Même si je connais mieux le Portugal et l’adore, je me dis que mon sang ibérique a plus de chances d’être espagnol que portugais. Il peut venir à la fois de mon grand-père maternel, ancré dans le midi (les rois d’Aragon ont longtemps régné sur le Languedoc), et de mon arrière-grand-père maternel (mais de l’autre branche), originaire des Flandres longtemps espagnoles.
Séville
D’où vient la Grande-Bretagne ? Des cheveux et des yeux clairs de ma mère ? Je n’en sais rien. Mais d’une certaine façon, je reconnais dans mon ADN le mélange qui constitue mon phénotype : un très fort influx méditerranéen (Espagne, Italie, Grèce), tempéré de blondeur nordique (Grande-Bretagne).
Capri, Italie
Météores, Grèce
Nord de l’Ecosse, vers John O’Groats
Château de Dunrobin, nord de l’Ecosse
Mais j’avoue que le test m’a forcément frustrée, puisqu’on ne le livre pas avec des livres généalogiques, des histoires, des récits qui construisent un roman familial à travers les siècles – les pourcentages ne peuvent aboutir que sur le rêve et la spéculation.
Sans doute pourrais-je affiner en faisant tester ma mère, mon père, et mes deux grands-parents biologiques encore vivants. Je suis tentée de le faire – à voir ce qu’ils en pensent.
Mais j’ai l’impression que la généalogie est un trou d’Alice, un gouffre dans lequel le temps et l’espace sont aspirés et où on pourrait chuter sans fin à travers les siècles et les échos. J’ai peur de trop m’approcher du bord.
..Quinta de la Regaleira à Sintra, puissante métaphore du mystère métaphysique et du voyage intérieur.
Communauté génétique libano-syriaque, la confirmation
Aux pourcentages d’ethnicité s’ajoute une autre information plus directement lisible pour moi : ce qu’Ancestry appelle la communauté génétique. Il ne s’agit plus cette fois d’ethnicité, mais de localisation géographique : où vivaient mes ancêtres au cours des derniers siècles.
C’est l’élément qui m’a confirmé la véracité du test, qui a rattaché l’ADN à l’histoire connue. Ancestry DNA ne savait rien de moi, je n’avais rien renseigné quant à mes parents ou grands-parents, et pourtant, le test a visé juste en me plaçant avec une certitude de 99,9%, soit quasi absolue, dans la communauté génétique libano-syriaque. Ce sont les origines de ma grand-mère paternelle, celle à qui je dois mon groupe sanguin. Cela signifie qu’au XIXe siècle et avant, mes ancêtres vivaient dans cette région du monde, et que des connexions génétiques avec d’autres membres de cette communauté sont avérées.
Communauté génétique.
La base de données d’Ancestry me sort soudain des visages, des visages de gens vivant aujourd’hui au Liban, en Europe, aux Etats-Unis, et des pourcentages de certitude.
« Il est certain à 98,5% que vous avez un arrière-grand parent commun avec XXX. » Je vois apparaître le visage d’un homme de 35 ans, souriant, vivant au Liban.
« Il est certain à 92% que vous avez un arrière-arrière-grand-parent commun avec XYZ. » Visage d’une femme, 26 ans, vivant à New York.
Cela a du sens pour moi. Ma grand-mère originaire du Liban, cette sélection des chromosomes qui me donne l’allure moyen-orientale, cette prépondérance de l’Est de la Méditerranée dans mon physique – le test le confirme et noue des liens presque tangibles.
Aux résultats du test s’ajoute une histoire de la région libano-syriaque depuis le début du XIXe. Je lis avec le cœur serré l’histoire de ces communautés rurales, Druzes, chrétiens, musulmans, promenant leurs troupeaux nomades sur les terres fertiles, vivant en bonne harmonie dans le vieux berceau biblique.
Je pense aux conflits atroces qui ravagent la région, aux morts et aux plaies béantes. Depuis le début de la guerre en Syrie, je ressens une immense colère et une immense solidarité vis à vis de ce peuple supplicé. Ma peine augmente en comprenant soudain que peut-être, parmi les milliers de morts, j’avais un lointain cousin. Mes ancêtres ont vécu là en paix pendant des centaines d’années, là où il n’y a plus que cendres et sang. La mélancolie m’assaille, tout me semble soudain si proche. Le soupçon prend corps, et ce corps est douloureux. Et je me dis que finalement, contre toute attente, le test m’aura marquée. Non pas parce qu’il aurait ébranlé une identité fantasmée (je n’imaginais rien), non pas parce qu’il aurait contenu une révélation, mais parce qu’il renforce encore ma conscience de citoyenne du monde, ma conviction profonde de l’inanité de tout conflit basé sur l’ethnie ou la religion.
Et maintenant ?
Je me dis que je devrais retourner en Espagne, que je connais si mal – je n’ai vu que Séville et Barcelone.
Je me dis qu’il faudrait refaire un tour en Angleterre, moi qui ne connais vraiment que l’Ecosse.
Je veux continuer d’explorer la Méditerranée et ses îles, imaginer les sillages de ces bateaux chargés d’amphores qui traçaient les contours du monde antique. J’ai envie de retourner au MUCEM.
.Temple de Delphes
Je me dis surtout qu’un jour, j’irai au Liban, m’asseoir sous l’ombre d’un cèdre à Beyrouth, renouer le fil.
Un jour, un jour, je ne sais pas quand, j’espère ne pas être trop vieille, j’irai en Syrie pleurer les fantômes, et retrouver un peu mes très anciens.
Et vous ? Est-ce qu’un tel test vous tente ?
Merci à Momondo de m’avoir permis de vivre cette expérience. Le test ADN m’a été offert.
Pour faire à votre tour cette expérience : le test coûte 79 dollars sur Ancestry DNA. Vous commandez un kit, et recevrez chez vous le matériel nécessaire au test, que vous renvoyez ensuite avec une enveloppe pré-payée comprise dans le kit.
Epinglez moi !
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« Les plus grosses vagues du monde ». La ville de Nazaré, au nord de Lisbonne, vous accueille avec ce slogan, et ce n’est pas un mensonge. En raison d’une géologie sous-marine exceptionnelle, cette station balnéaire portugaise voit régulièrement déferler de véritables montagnes d’eau : des vagues hautes de trente mètres. Oui, vous avez bien lu, trente mètres. Fin février 2017, une tempête dans l’Atlantique nord a envoyé une houle spectaculaire sur Nazaré, et j’ai décidé en dernière minute que je ne pouvais pas manquer ce spectacle.
Voici le récit de cette expérience inoubliable, et quelques conseils pratiques : quand et comment voir les vagues géantes de Nazaré ? Petit guide pour apprivoiser les monstres.
Les monstres sont de sortie.Beauté des vagues de Nazaré, quand leur forme se fond aux éruptions vaporeuses…Déflagration d’écumeCa va éclabousser !
Le Portugal en dernière minute
Nazaré, je la gardais au coin de l’œil depuis longtemps déjà. En 2014, Garrett McNamara y a battu le record du monde de la plus grosse vague jamais surfée, en chevauchant une hydre de 34 mètres. Et rien au monde ne me fascine autant que l’océan déchaîné. Quand j’avais huit ans, je collais des posters de vagues géantes et de surfeurs de l’extrême au plafond au-dessus de mon lit, et je m’endormais en rêvant de mers qui rugissent. Voir un jour une telle explosion de puissance océanique était mon fantasme ultime, mon Graal à moi.
Mais les vagues géantes ne viennent jamais sur commande : il faut guetter les grandes tempêtes dans l’Atlantique nord, et espérer pouvoir sauter dans un avion à la dernière minute.
Le week-end dernier, le monde du surf s’est mis à frémir. J’ai commencé à voir les hashtags #nazaré surgir sur les réseaux sociaux. Une tempête née au Groenland descendait vers la côte lusitanienne. Mardi 28 février 2017, les monstres s’étaient donné rendez-vous à Nazaré.
J’avais du travail, j’étais fatiguée et fauchée. Un aller-retour au Portugal ne faisait vraiment pas partie de mes plans. La flemme ou la raison ont failli me retenir. Et puis mon rêve d’enfance, couvé depuis toujours en secret, est venu me taper sur l’épaule : « Cela fait vingt ans que tu veux voir ça… Tu vas vraiment y renoncer maintenant ? » Alors j’ai suivi mon impulsion, et me suis résolue à manger des coquilettes quelques temps. Lundi à dix heures, j’ai réservé mon vol pour Lisbonne. J’ai entassé quelques tee-shirts et mon matériel photo dans un unique bagage à main, pour me plier aux règles de Ryanair, et j’ai mis un tour de clef.Lundi à onze heures, j’étais en route pour l’aéroport. La gamine de huit ans qui sommeille en moi applaudissait à pleines mains.
Arrivée à Lisbonne, j’ai loué une voiture et j’ai pris la route vers le nord, frémissante d’appréhension. J’ai allumé la radio une seconde, et j’ai entendu parmi un flot de portugais, que je ne comprends malheureusement pas, deux mots : « ondas… Nazaré… ». Le pays tout entier semblait en parler. Je suis arrivée à Nazaré à la nuit, et j’ai entendu l’océan mugir dans le noir. C’était un cri de guerre, un bruit plus menaçant que tout ce que j’avais entendu dans ma vie. La nuit était noire comme l’abysse. Sans rien voir, j’imaginais les monstres accourir dans les ténèbres.
Et je n’avais qu’une seule hâte : que le jour se lève enfin.
Rêver de vagues…
Les plus grosses vagues du monde à Nazaré ?
Je me suis levée dans l’aube grise, dopée à l’adrénaline pure. J’ai pris la route qui descend vers la plage nord, et soudain un mur d’eau s’avançait face à moi, comme s’il était à la hauteur de la route en surplomb, comme s’il me dévisageait. J’en ai presque eu le souffle coupé. C’était là. C’était vrai.
Le dos de la créature.
Qu’est-ce qui rend la côte de Nazaré si exceptionnelle ? Un canyon sous-marin profond de cinq-cent mètres. Ici, la houle venue du large se heurte à de gigantesques falaises immergées, et remonte comme un serpent courroucé vers la surface. Les vagues de Nazaré sont des apparitions qu’invoque la géologie secrète des fonds marins, comme un sorcier qui murmurerait une incantation. Face à ces pyramides mouvantes que coiffe l’écume, je pense aux estampes japonaises d’Hokusai, aux tempêtes d’encre et de légende.
Souvenir d’Hokusai. Les scooters dans la mer fournissent l’échelle.
« Les plus grosses vagues du monde », c’est le blason glorieux de Nazaré. Certains diront qu’elle partage ce record avec d’autres lieux : on a déjà vu des vagues de trente mètres à Jaws (Maui, Hawaï) ou sur la Cortes Bank (au large de San Diego, Californie). Mais Nazaré a deux particularités qui la rendent réellement unique.
La ville peut se targuer de voir de telles vagues plus souvent que tout autre spot de surf. Chaque hiver ou presque, c’est le sabbat des géants.
Et surtout, c’est l’endroit au monde où les vagues géantes sont les plus accessibles au public avide de mystère et de magie.
Nombre de vagues gigantesques surgissent dans des endroits reculés, au large, inaccessibles aux curieux. Pas à Nazaré. Il suffit de venir sur la plage nord, Praia do Norte, de garer votre voiture, marcher cinquante mètres, et d’ouvrir grand les yeux. C’est l’explosion, tout autour de vous, les murs d’eau se fracassent dans un vacarme de décollage de fusée, si proches que vous sentez leur haleine salée sur votre visage. A Nazaré, les monstres viennent vous manger dans la main.
Surf extrême, à deux pas du rivageProximité fabuleuse de la vague
Les vagues du 28 février 2017 à Nazaré – inoubliable
J’ai du mal à décrire le sentiment d’euphorie, d’exaltation extrême qui m’a envahie tout au long de cette journée où la mer semblait vouloir décrocher le ciel. Nazaré un jour de tempête, c’est une drogue visuelle, un long trip où on chevauche un dragon d’écume à travers les nuages.
Le ruissellement de l’écume sur les rochers : hypnotique
Il y avait des gens venus de partout, du Brésil à la Californie, des surfeurs professionnels espérant tenter leur chance, des photographes sportifs munis d’énormes téléobjectifs, ou des passionnés partageant ma fascination pour les vagues XXL. Des dizaines de campings cars couverts d’autocollants de surf faisaient face à la plage. J’ai discuté avec des Allemands qui me racontaient être venus de Bavière ou de Berlin, traversant l’Europe en camping car, juste pour passer le mois de février à Nazaré et espérer voir LA vague.
Ce qui m’a le plus impressionnée, c’est le ballet des jet-skis qui tractent les surfeurs sur la crête, puis assurent leur sécurité en allant les repêcher au cœur de l’écume bouillonnante quand ils ont le malheur d’être piégés par les mâchoires de l’océan. Je les suivais des yeux quand ils s’élançaient depuis la plage, slalomant entre les avalanches de mousse pour remonter jusqu’à la zone où la vague cassait, flirtant avec la lèvre qui s’abat, fonçant au cœur du tourbillon pour sauver un malchanceux. Un des scooters a été piégé par l’eau furieuse, et s’est renversé dans la vague, une scène terrifiante qui s’est heureusement bien terminée. A ce jour, Nazaré n’a pas volé de vie humaine… mais le spot compte plusieurs blessures effrayantes, comme ce surfeur défiguré par l’aileron de sa planche, et de quasi-noyades évitées de justesse. Seuls les « big wave surfers » chevronnés, surentraînés, bien équipés, entrent dans l’eau en des heures pareilles.
Au début de la journée, certains étaient un peu inquiets : les plus gros swells avaient déferlé autour de quatre heures du matin, comme si l’océan avait voulu révéler ses plus noirs secrets à huis-clos, dans le conclave de la nuit sans lune. Vers midi, les vagues atteignaient dix-quinze mètres, et c’était déjà plus extraordinaire que tout ce que j’ai vu dans ma vie. Mais beaucoup craignaient de ne pas voir les colosses tant espérés.
Vagues de 10 mètres environ.Superbes aussi, non ?
Et puis vers seize, dix-sept heures, à l’heure où le soleil descendait, l’océan a décidé d’être généreux. La plus grosse série de toutes s’est levée, et nous avons franchi un nouveau cran dans la fascination. J’ai vu les surfeurs hésiter, commencer à s’engager dans la vague, et en ressortir vite, intimidés par tant de violence. Puis l’un d’eux a osé. Le surfeur Francisco Porcella s’est élancé sur l’une des plus grosses vagues de la saison. Au pied du phare, le public s’est mis à frapper des pieds et des mains et à hurler des encouragements. Plus personne ne clignait des yeux tandis que Francisco plongeait au coeur du tube, disparaissait sous l’écume et ressortait triomphant. Le public exultait. Un pan de l’histoire du surf s’était écrit sous nos yeux.
Puis le soleil a plongé dans les nuages qui tapissaient l’horizon, et soudain l’obscurité s’est faite. Ce crépuscule anticipé sonnait le glas de la session de surf : aucun big wave surfer ne prendra le risque de tomber dans la pénombre, et de devenir invisible aux yeux de ses sauveteurs. Imaginez être englouti par la nuit, et mourir dans l’océan sans que personne ne puisse repérer votre main tendue… Les surfeurs et les jet-skis sont sortis de l’eau.
Aux derniers rayons du jour, alors que l’océan s’était vidé de ses aventuriers, une série plus spectaculaire encore a déferlé. Personne n’a pu la chevaucher et elle est venue rouler, narquoise et invaincue, sur les rochers assombris par le soir. Quelle était la taille de ces vagues ? Vingt mètres, vingt-cinq, davantage encore ? Sur les réseaux sociaux, les surfeurs débattent, et appliquent le théorème de Thalès à leurs photos.
Session incroyable.
Sur les images, il est parfois difficile de montrer à quel point la vague est énorme, car vous n’avez pas d’échelle. Alors guettez les petits points noirs sur mes photos. Les minuscules fourmis qui dépassent de l’eau, ce sont des hommes, en planche ou en scooter.
Regardez la taille des vagues par rapport à ces hommes microscopiques. Regardez la taille des vagues par rapport au phare et à la falaise. Regardez mes photos d’ensemble, ou mes photos prises au sommet de la colline, où je suis à plus d’un kilomètre des vagues, et où leur hauteur reste absolument spectaculaire. Alors vous comprendrez : ces vagues sont comme un immeuble qui court, comme une montagne en fuite, comme un morceau de ciel tombé dans la mer.
Nazaré : un spectacle incroyable. Repérez le surfeur sur la vague…Vous voyez la traînée blanche ? C’est un surfeur sur une vague de quinze ou vingt mètres.
Je serais bien incapable de définir leur taille exacte, je sais juste une chose : leur puissance est au-delà des mots. Je tremblais de terreur et d’exaltation, j’avais envie de hurler de joie ou de pleurer, mon sismographe émotionnel avait explosé l’échelle.
Je sais que je suis droguée à vie. Que je vais continuer à chasser les monstres, à Nazaré, à Maui, à Teahupoo, à Shipstern, partout où l’océan crache ses enfants maudits, et que je sacrifierai tout à mon obsession.
Ce ne sera pas la dernière fois. L’océan m’appelle, et je dois y aller.
Porte sur l’ailleursCoucher de soleil à Nazaré
Guide pratique – comment et quand voir les vagues de trente mètres à Nazaré ?
Quand voir les vagues géantes de Nazaré
D’octobre à mars environ, à l’heure des tempêtes hivernales. C’est la période où il faut surveiller les balises qui prévoient la houle à Nazaré.
Explosion.
Aller à Nazaré
Nous avons de la chance : Nazaré est facile d’accès. Cette station balnéaire est située à environ 1h30 de route au nord de Lisbonne, et 2h30 au sud de Porto. Ces deux aéroports sont très bien desservis depuis la France : la TAP, Ryanair et Easyjet assurent de nombreux vols. J’ai pris un Marseille-Lisbonne avec Ryanair, j’aurais pu aussi prendre un Lyon-Lisbonne avec Easyjet, un Paris-Lisbonne avec la TAP, etc. Réservez votre vol pour Lisbonne.
Puis j’ai loué une voiture à l’aéroport de Lisbonne et j’ai roulé vers le nord.
Nazaré : meilleurs points d’observation de la vague
Le cœur de ville de Nazaré fait face à une grande et belle plage principale, Praia da Nazaré. Tous les hôtels sont situés sur cette plage là – la jolie allée en front de mer s’appelle Marginal da Nazaré. Quand vous êtes sur la plage principale de Nazaré, vous trouverez, en hauteur sur votre droite, une falaise et un promontoire au bout duquel se dresse un phare rouge, Farol da Nazaré. La plage Nord, Praia do Norte, est de l’autre côté : les vagues géantes se brisent face au phare et sur cette plage. On les devine depuis la ville (on voit les rochers sous le phare auréolés d’écume), mais on ne peut vraiment admirer les vagues qu’en montant sur ce promontoire et en gagnant le phare.
Du promontoire au dessus du phareVue aérienne (Google Maps)
Depuis le centre-ville, vous pouvez accéder à la plage nord par un funiculaire qui vous emmène au sommet de la colline. Vous arrivez alors sur une jolie esplanade, où se trouve la cathédrale de Nazaré, et vous pouvez marcher quelques centaines de mètres jusqu’à la plage nord. Ou vous pouvez tout simplement prendre votre voiture, et vous garer au sommet du promontoire qui surplombe la plage.
Quelques images de Nazaré, depuis l’esplanade de la cathédrale qui surplombe la ville. Sur la plage centrale, les vagues font 3/4 mètres environ – rien à voir avec la furie qui se déchaîne plage nord.
Tous les points de vue sont exceptionnels. Sur la colline au-dessus du phare, sur le phare, en dessous du phare où une corniche a été aménagée, sur la plage… tout est magique. Nazaré est le paradis de l’observation des vagues géantes.
Sur la plage, les vagues sont un peu cachées par l’écume des précédentes, mais l’ambiance brumeuse est magique.
Balles d’écume qui roulent sur le sable.La plage se couvre de mousse
Sous le phare, des escaliers descendent vers une corniche, d’où on voit les vagues se fracasser sur les rochers.
En quelques instants…Depuis cette corniche, une très belle vue sur la ville de Nazaré et la plage centrale.
Mais le plus beau point de vue reste au niveau du phare.
Une créature infernale se faufile derrière le phare…Coucou, une vague géante
Comment savoir quand viennent les vagues géantes à Nazaré ?
Durant tout l’hiver, il vous faut surveiller les sites de prévision des vagues, et attendre un « forecast » (bulletin de prévision) favorable. En général, les prévisions sont fiables environ 3 jours avant l’arrivée de la vague. J’ai commencé à entendre parler de la vague de mardi 28 dans la journée de samedi.
Ces sites sont nombreux, à vous de choisir votre préféré : Windguru est sans doute le plus célèbre, mais vous avez aussi Surfline, Surfreport, Allosurf, etc. Celui que j’utilise personnellement est Magicseaweed. C’est en suivant la page Facebook de Magicseaweed que j’ai entendu parler de la prévision pour mardi. (Je suis aussi son fondateur, un expert en tempêtes et grosses vagues, sur Twitter et Instagram : Ben Freeston).
Concernant Nazaré en particulier, un autre site vous sera très utile : Nazare Waves. Vous y trouverez des tonnes d’informations utiles, les prévisions, et une webcam montrant la plage nord en direct.
Surfeur solitaire
Mais qu’est-ce qu’un bon forecast pour voir des vagues géantes à Nazaré ?
* Une houle au-dessus de six mètres. Le canyon de Nazaré amplifie considérablement les vagues, on considère qu’il peut les tripler… voire davantage. Une houle de six mètres peut potentiellement donner naissance à des vagues de 18 mètres, et à quelques vagues maximales de plus de vingt mètres. Le 28 février, la houle était de 8 mètres, rendant possible la naissance de vagues énormes.
* Une longue période, au-dessus de 14 secondes. La période est l’intervalle qui sépare deux vagues successives. Plus la période est longue, plus la mer se creuse, et plus les vagues gagnent en puissance et en hauteur. On considère que doubler la période double la taille des vagues. Le 28 février, la période était de 19 secondes.
* Une houle orientée vers l’Ouest. Pour que des vagues géantes déferlent sur la plage, il faut que la houle se dirige sur elle : à Nazaré, cela signifie une direction Ouest ou Nord-Ouest.
* Un vent assez faible, allant de la terre vers le large, creusant les vagues. C’est l’élément qui a manqué à Nazaré le mardi 28 : le vent était « de travers », et désordonnait les vagues au lieu de les creuser. Certains surfeurs disent qu’avec un vent parfait, tous les records auraient été battus. Mais la naissance des monstres procède d’une alchimie subtile… et l’océan aime nous tenir encore en haleine.
Voilà les éléments qu’il vous faut guetter pour assister au spectacle !
Avec un vent plus favorable, la session aurait été légendaire.
Hébergement à Nazaré
La plupart des personnes venues à Nazaré pour voir les vagues étaient des voyageurs en camping car, van ou caravane. Vous trouverez des emplacements de stationnement sur la plage nord.
Je ne suis pas passée par Air BnB (que j’ai tendance à éviter quand je voyage seule, car je veux limiter tout facteur de stress), mais j’ai vu que plusieurs étaient disponibles en centre-ville.
Les hôtels sont eux aussi situés sur la plage centrale et en centre-ville. Vous n’en trouverez aucun sur la plage nord, très sauvage. Je vous recommande l’hôtel Praia, situé à 50 mètres de la plage centrale, qui dispose d’une terrasse panoramique avec piscine et vue sur la mer. J’ai payé 55 euros pour des conditions quasi luxueuses.
Location de voiture
Je suis arrivée à l’aéroport de Lisbonne, et j’ai loué une voiture le temps de mon périple. Nazaré est à un peu plus d’une heure de route au nord de Lisbonne (2h si vous partez de Porto), la majorité du trajet sur autoroute, cela se fait facilement. Je suis passée par Discover Cars pour la location de ma voiture et tout s’est bien passé.
Avertissement de sécurité fondamental pour qui veut voir les vagues XXL
Les vagues obéissent à un modèle mathématique capricieux et complexe. Elles sont capables de se voler mutuellement de l’énergie, potentialisant leur puissance et leur danger. Parfois, une vague va « dévorer » ses voisines et se transformer en véritable ogre, devenant beaucoup plus haute que toutes les autres vagues de la série. C’est comme ça qu’au milieu de vagues de 12 mètres, on va soudain trouver un géant de plus de 30 mètres. (Si le sujet vous intéresse, cherchez sur Google « vagues scélérates », cela va vous passionner.) Cela vaut dire qu’il faut se montrer d’une prudence extrême face aux vagues géantes. Une vague énorme peut succéder à une série calme. L’océan peut soudain monter beaucoup, beaucoup plus haut que ce que vous avez imaginé, et balayer un point d’observation qui demeurait jusqu’alors au sec. Tous les ans, des gens meurent en observant les grosses vagues, surpris et emportés par une déferlante plus violente que les autres. Etablissez une distance de sécurité à partir de vos observations des vagues précédentes, et doublez ou triplez-la. Je vous garantis que quelqu’un qui se ferait emporter sur la corniche de Nazaré et tomberait au milieu des rochers sous des déferlantes de 15 mètres n’aurait aucune chance de survie. Veillez à votre sécurité, et retenez ce truc que mon père me répète depuis que je suis toute petite : sur le rivage, et particulièrement les jours de grosses vagues, on ne tourne jamais le dos à l’océan.
Ne vous retrouvez pas là dessous… regardez la taille minuscule du petit point noir, derrière la vague : c’est un surfeur !
Bonne chance, les chasseurs de vague.
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Il y a trois jours, j’ai posté sur ce blog un article intitulé #moiaussi dans lequel je témoignais de trois agressions sexuelles que j’ai subies entre l’âge de treize et vingt ans. La première a été commise par un ami, la deuxième par un inconnu, la troisième par un ancien ministre. C’est cette dernière qui a été particulièrement reprise et commentée par un grand nombre de médias français.
Happée par une déferlante
Au moment où j’ai écrit ce texte, mue par une colère trop longtemps cadenassée et portée par le courage immense des femmes qui ont témoigné, ces dix derniers jours, des violences qu’elles ont subies, je ne pouvais pas imaginer la portée qu’il aurait. Mais à partir des indices que je donnais dans mon texte, la rédaction de l’Express a rapidement trouvé le nom de mon agresseur. J’ai accepté de confirmer son identité, parce que je ne voulais plus vivre dans ce silence honteux.
Mon témoignage a déclenché une véritable déferlante médiatique, que je n’avais pas anticipée et qui m’a submergée. J’ai été très secouée, mais je ne regrette pas. Je crois que nous vivons un moment très important pour la cause des femmes, où l’omerta se craquèle et la honte change de camp. C’est une lutte pour le respect et la dignité en laquelle je crois profondément. Je n’ai pas voulu me dérober, d’autant que je me sais dans une position plus privilégiée que beaucoup de femmes qui ne peuvent pas dénoncer ce qu’elles ont subi, parce que leur agresseur continue d’avoir un impact direct sur leur vie et qu’elles ont tout à perdre, ou parce que personne ne les écoute. J’ai eu la chance d’être écoutée, et j’ai pu dire la vérité. Tout ce que je raconte est vrai et s’est déroulé exactement comme je l’ai dit dans mon précédent article. Cette certitude de vérité m’a permis de ne plus avoir peur.
J’ai choisi de m’exprimer une seule fois à la télévision, sur le plateau de Quotidien, où Yann Barthès et son équipe de chroniqueurs m’ont accueillie avec beaucoup de respect et d’empathie. Si vous voulez entendre mon témoignage sur cette affaire, je vous invite à regarder cette séquence : première partie de l’émission Quotidien du 20 octobre 2017 . J’ai pu y dire tout ce que j’avais à dire : le récit des faits, pourquoi j’ai parlé alors que je m’étais tue jusqu’ici, et mon espoir pour le monde à venir, où le respect mutuel permettrait des relations saines et amicales entre les hommes et les femmes.
Si mon agresseur m’attaque en diffamation, j’irai porter cette parole devant un tribunal. Mais il n’est pas question pour moi de revenir inlassablement sur ces évènements et je ne souhaite désormais plus m’exprimer, ni dans les médias ni sur ce blog, au sujet de cette agression.
Ces deux dernières journées ont été émotionnellement intenses pour moi. Revivre ces évènements en les racontant à plusieurs reprises, subir un déferlement de réactions et de sollicitations, c’est épuisant. J’ai maintenant besoin de me protéger, de couper un peu mon portable et de penser à autre chose. Il était prévu de longue date que je parte quelques jours en Allemagne, et cela tombe très bien : c’est ce que je vais faire.
La souffrance et la solidarité
Je voudrais remercier du fond du cœur celles et ceux qui m’ont témoigné leur soutien et dont les messages m’ont portée tout au long de la journée d’hier. J’étais dans un état de stress intense, et vos mots, le fait de sentir que vous me croyez, que vous me soutenez, m’ont permis de tenir debout et de porter mon témoignage avec confiance. Merci, merci, merci, je vous le dis avec émotion.
Au-delà de mon histoire à moi, ce qui m’a profondément bouleversée, c’est la vague de témoignages que j’ai reçus, en commentaire de mon article et par e-mail. De nombreuses femmes, mais aussi des hommes, sont venus me confier des souffrances si grandes que j’ai souvent eu les larmes aux yeux en lisant ces actes de violence glaçants et l’impact immense qu’ils ont eu sur leurs vies. Ce qui est fou avec le hashtag #moiaussi et la révolte des victimes à laquelle nous assistons, c’est la cascade de douleur et de secrets que libère chaque témoignage, comme si nous ouvrions la boîte de Pandore d’une souffrance trop longtemps refoulée. Je voulais dire à toutes celles et tous ceux qui m’ont confié ce qui les ronge depuis trop longtemps que je les crois, que leur peine me touche profondément, et les assurer de ma pleine solidarité. Beaucoup disent ne pas pouvoir en parler à la police, ou même à leurs proches, par peur des conséquences, et je regrette vivement que certains nient cette impossibilité de la parole et pressent les victimes de reproches quant à leur silence. Gardez-vous de blâmer la victime qui craint d’empirer sa souffrance en la révélant. Mais j’espère que celles et ceux qui peuvent parler puiseront dans l’incroyable moment de vérité que nous vivons en ce moment la force de le faire. Je vous souhaite beaucoup de courage, et le soutien de vos proches.
Repartons en voyage
Après quelques jours de silence, le blog de voyage Itinera Magica reprendra son activité normale : célébrer la beauté du monde et la magie de l’instant. Evoquer la majesté des paysages naturels et la richesse du patrimoine culturel, inspirer à l’évasion en parlant de beaux hôtels originaux, de restaurants exigeants et d’expériences à vivre tout près ou très loin de chez soi, c’est ma passion et mon métier. Je suis journaliste et blogueuse voyage, et je vais continuer à faire ce que j’aime.
Vous avez été nombreux hier à me suivre sur Twitter, Instagram ou Facebook, ou à vous inscrire à ma newsletter. J’en suis évidemment heureuse, mais je ne voudrais pas vous décevoir quant au type de contenu que je publie : le voyage avant tout. Si je réfléchis à intégrer une dimension « société » plus importante sur Itinera Magica, la majorité des articles restera fidèle à ce qui a été ma ligne jusqu’ici, et je vous promets évasion, plaisir des lointains, légèreté. Si vous regrettez de ne pas m’entendre sur d’autres sujets, sachez que je suis en train d’écrire un essai pour les éditions Jean-Claude Lattès (dont le thème a été décidé avant le témoignage de mes agressions et qui ne sera pas un récit de ce type).
Mais sur ce blog, il sera toujours avant tout question de voyage. Mes prochains articles vous emmèneront à Saint-Tropez, en Aveyron, à Forcalquier, dans les Alpes, et au-delà de nos frontières. Le monde est vaste et la vie est courte, et je veux célébrer la beauté et le bonheur partout où on les cueille.
#Moiaussi, ou #metoo : c’est le hashtag qui fédère en ce moment les femmes dont la parole se libère enfin. Des femmes de tous âges, de toutes origines et de tous milieux sociaux témoignent avoir été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement, de la part d’hommes de leur entourage ou d’inconnus. Chaque témoignage est glaçant, mais ce qui est pire que tout, c’est leur nombre, leur déferlement ininterrompu. Toutes les femmes, ou presque, ont connu cela. Le bâillon est tombé, et les récits pleuvent.
Et j’ai l’espoir que ce soit le grand soir de la cause féministe, le séisme qui ébranlera enfin le vieux monde misogyne.
Ceci n’est pas une confession
Cela fait plusieurs jours que j’hésite. Mais moi aussi, #moiaussi, j’ai besoin de vous raconter.
Pas sur Twitter, pas en 140 caractères. Je vous raconterai ici, dans cet espace qui m’appartient, où j’ai le temps de vous livrer à mon rythme ce récit et cette réflexion.
J’ai failli écrire « cette confession ». Mais non : la confession, c’est l’aveu du coupable. Et moi, je ne suis coupable de rien.
La première agression, ou le « malentendu »
J’ai treize ans. En vacances, je suis sortie avec un garçon bien sous tous rapports, gentil et intelligent. Sexuellement, nous ne sommes pas allés plus loin que ce qu’on appelait à mon époque une « pelle ». Ce stade-là me convient très bien.
Une fois rentrée chez moi à la fin du séjour, j’insiste pour aller lui rendre visite. Ce n’est pas le grand amour, mais je l’aime bien, et la ville dans laquelle il habite me tente beaucoup. Il m’a promis qu’on ferait du tourisme, qu’on irait à un concert. Ma mère hésite, puis appelle sa mère à lui, une femme très bien. « Aucun problème, je serai à la maison, elle peut venir. »
La journée se passe à merveille. Et puis le soir, nous nous retrouvons dans sa chambre. Sa mère est sortie. Nous sommes seuls. Que dire, si ce n’est que je ne contrôle plus rien ? Que les choses vont plus loin que ce que je voulais ? Je dis non, je lui dis « je préfèrerais garder mes vêtements », il réinsiste. Je me tortille, je me détourne, je me lève, je dis « ça te dirait qu’on aille regarder un film dans le salon ? », je passe du lit au canapé. Il m’y suit. Il n’y a aucune violence, juste ma passivité, ma froideur pétrifiée qu’il ne comprend pas. Je n’ai pas hurlé « lâche-moi », j’ai juste attendu. Je crois qu’il ne sait même pas que je n’étais pas d’accord. Je l’ai revu par hasard des années plus tard. J’étais glacée, lui très chaleureux. Charmant.
La deuxième agression, ou l’enfer du métro
J’ai dix-neuf ans, je suis à la fac à Paris. C’est le mois de septembre et l’été dure, il fait chaud, je suis en jean et chemisier blanc, un joli chemisier avec un col en dentelle, façon héroïne romantique. Je n’ai pas de veste. Je rentre de cours dans le métro bondé, quelqu’un me bouscule involontairement. Un mouvement brusque pour me rattraper, et mon chemisier craque. Deux boutons, pile sur la poitrine. Je porte un soutien-gorge, mais j’ai toujours eu beaucoup de poitrine, et ma mésaventure vestimentaire ne peut échapper à personne, tout le monde voit que je suis à moitié dépoitraillée. Je suis cramoisie. Je n’ai rien pour me couvrir.
Et ça commence. Un homme de cinquante ans, en tenue de cadre, passe sa langue sur ses lèvres en me regardant lubriquement. J’essaie de croiser mes bras, de me tourner vers le bord du wagon. Un homme d’une trentaine d’années vient se coller contre moi. Au début, je crois qu’il veut me cacher aux regards. Puis je sens quelque chose de tout dur contre ma cuisse. Son sexe en érection. Je suis paralysée, je ne bouge pas. J’attends que les stations passent, j’ai les larmes aux yeux. Je ne réagis pas, je ne repousse pas ce salaud, sans doute parce qu’au fond de moi je me dis que c’est ma faute. Parce que quand ton chemisier craque, c’est bien fait pour toi, tu mérites qu’on te colle une bite contre la cuisse. Evidemment.
La troisième agression, ou comment j’ai été agressée par un ancien ministre
Ce n’est pas la « pire », mais celle qui m’a intellectuellement le plus ébranlée. Parce que les deux premières fois, je me disais que c’était peut-être ma faute. Je n’avais pas su dire non. Je n’avais qu’à prendre une veste.
Mais cette fois-là, j’ai compris que ça pouvait arriver à n’importe quelle femme, dans n’importe quelle circonstance, que personne n’était à l’abri.
Il faut que je vous détaille le contexte, pour que vous compreniez à quel point c’était inouï, à quel point cela révèle le sentiment d’impunité des prédateurs, et tout particulièrement, des prédateurs puissants.
J’avais vingt-ans. A cette époque, mon père était ministre. Il était très exposé médiatiquement, et je souffrais beaucoup de cette attention extrême, de ce climat polémique qui rôdait tout le temps autour de lui, de ma famille, et j’aurais mille fois préféré l’anonymat. Mais le seul privilège de ministre qui me consolait, le seul dont lequel j’étais heureuse de bénéficier, c’était l’opéra. Le merveilleux opéra de Paris invitait régulièrement les ministres à assister aux représentations, et mon père, qui connaît mon amour pour l’art lyrique, me faisait souvent bénéficier de la deuxième invitation. L’y accompagner était une joie immense. Ce soir-là, nous allions voir un Wagner à l’opéra Bastille (était-ce Parsifal ? était-ce le Ring ?), et j’étais aux anges. Mais mon père a eu une urgence à gérer, et n’a pu me rejoindre qu’à l’entracte. Du coup, les sièges étaient rebattus, et quelqu’un s’est assis à ma droite, là où mon père aurait dû être.
Je ne sais pas si vous connaissez l’opéra Bastille. Dans cette immense et magnifique salle, une rangée est considérée comme la « rangée VIP ». C’est la catégorie Optima, la première rangée du premier balcon, en plein milieu de la salle (et non pas devant la scène), avec personne devant vous sur plusieurs mètres. C’est la rangée la plus exposée, où on voit aussi bien qu’on est vu. Les ministres, les hautes personnalités, les stars, sont toujours placés là, et c’était un immense bonheur pour moi de pouvoir en bénéficier. J’insiste là-dessus pour expliquer que ce ne sont pas des places discrètes, où on serait caché dans l’ombre. Ce sont des places où tout le monde sait qui vous êtes et voit ce que vous faites.
Un vieux monsieur à l’air éminemment respectable s’assoit donc à ma droite. Son épouse est à sa droite à lui. J’insiste. Son épouse est là. La représentation commence. Et au bout de dix minutes, le vieux monsieur a sa main sur ma cuisse. Je me dis qu’il doit être très âgé, perturbé. Je le repousse gentiment. Il recommence. Rebelote. Une troisième fois. Il commence à remonter ma jupe. Il glisse sa main à l’intérieur de ma cuisse, remonte vers mon entrejambe. J’enlève sa main plus fermement et je pousse un cri d’indignation étouffé, bouche fermée. Tout le monde me regarde. Il arrête. Dix minutes plus tard, il recommence. Je lui plante mes ongles dans la main. C’est un combat silencieux, grotesque, en plein opéra Bastille. Wagner sur scène, le vieux pervers contre la gamine en pantomime dans la salle.
A l’entracte, mon père arrive. Je le vois soucieux, je ne veux pas le stresser davantage. J’ai peur qu’il aille casser la gueule du type en plein opéra et qu’on ne puisse pas finir la représentation. C’est bête, mais je me tais aussi par respect pour sa femme assise à côté de lui – je ne veux pas l’exposer à cette humiliation. Je ne dis rien à mon père. Mais je change de place, et je demande à son officier de sécurité : « Pouvez-vous me dire qui est cet homme ? » Cinq minutes plus tard, il me donne la réponse, je cherche sur Google, je vérifie. C’est bien lui. Et je suis estomaquée.
C’est un ancien ministre de Mitterrand, membre de plusieurs gouvernements, qui a occupé des fonctions régaliennes, qui est une grande figure de gauche, décoré de l’Ordre national du mérite et de plusieurs autres Ordres européens. Une statue vivante. La représentation recommence, je suis tranquille, mais je n’arrive pas à me concentrer sur la mort des Dieux et les vocalises de la cantatrice.
Je repasse en boucle ce qui vient de se passer. Je suis fille d’un ministre en exercice, dans la rangée VIP d’un des lieux les plus huppés de la capitale, en pleine lumière. L’homme assis à côté de moi a occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, est unanimement respecté, et accompagné de son épouse. Et il m’a agressée pendant tout un premier acte, malgré ma résistance vigoureuse.
Je mesure soudain ce que cela signifie, et j’ai le vertige. Si cela m’arrive ici, maintenant, à moi, par lui, c’est que cela peut arriver à n’importe quelle femme, partout. Que personne n’est à l’abri.
Dans la voiture en rentrant, je raconte à mon père et à son officier de sécurité. Passé le moment de fureur, nous décidons de ne rien faire. Je ne supporte plus sa surexposition médiatique, qui m’affecte aussi par ricochet. Je sais que si je « balance mon porc », pour reprendre l’autre hashtag en vigueur actuellement, tous les regards seront braqués sur moi. Je ne dis rien.
Mais cela fait huit ans que j’ai envie de lui mettre une droite, et que parfois la nuit, je rêve que je l’ai fait, en pleine représentation, devant sa femme, devant tout le monde. En être réduite à rêver de tabasser un vieux, si ça ne l’est pas de l’impuissance.
Vous allez peut-être me dire « donne son nom ». Un reste de peur me retient, mais je crois avoir donné beaucoup d’indices. Et s’il se reconnaît et qu’il lui prend l’envie saugrenue de m’attaquer en diffamation, qu’il sache que mon père et son officier de sécurité d’alors pourront témoigner contre lui. Qu’il sache que je le méprise profondément, et que je plains sa femme.
La quatrième, la cinquième et la centième fois : une femme qui voyage
Je suis une voyageuse, une journaliste, une blogueuse voyage professionnelle. Je voyage souvent seule, loin de chez moi. C’est ma passion et mon métier. La plupart du temps, les gens sont bienveillants et chaleureux. Je fais de belles rencontres, sans arrière-pensée, avec des femmes et des hommes amicaux.
Mais parfois, cela dérape. Je racontais dans mon dernier article sur la Californie comment tout le monde m’avait proposé du sexe, tout le temps. Je l’ai raconté avec humour. C’est devenu mon mode de défense. La politesse et l’humour. Je souris, je dis « non merci » comme si on m’avait proposé une tasse de thé, je fais une blague, parce que je suis petite, une femme, qui n’a jamais fait d’art martial et qui préfère la stratégie d’évitement au conflit frontal. J’ai peur de me faire casser la gueule, violer, tuer. Donc je plaisante. Je suis mignonne, inoffensive. A un homme qui me demande de but en blanc, dans les rues de Nancy, si je veux un « bukkake » (terme japonais qui signifie l’éjaculation simultanée de plusieurs hommes sur une femme placée au centre de leur cercle), je réponds « non merci, je viens déjà de manger des sushis ». Il rigole, il me laisse tranquille. Et moi, je normalise ça. Je ne fais plus attention, je m’habitue.
Aujourd’hui, en voyant déferler les #moiaussi, je me dis que je ne veux plus accepter. Je ne veux plus normaliser. A chaque agression, j’ai été passive, je n’ai pas voulu déranger, j’ai pris la honte sur moi au lieu de la renvoyer sur celui qui méritait de la ressentir. Mais je ne suis pas coupable. Nous ne sommes pas coupables, et rien ne justifie le harcèlement.
Peu à peu, le monde commence à comprendre que, si tous les hommes ne sont évidemment pas des agresseurs, toutes les femmes ou presque ont un jour été agressées par un homme. Que c’est grave, et qu’il faut réagir.
Je ne me suis pas mise à haïr les hommes, j’en connais des tas de bien. Je ne crains pas les inconnus, j’ai fait des dizaines de rencontres paisibles et chaleureuses. J’aime les gens. Je n’ai pas une nature méfiante. Mais j’aspire à un monde amical et sain, où la confiance et l’amitié sont permises par le respect mutuel. Où personne ne vous touche, ne commente votre corps, ne vous scrute, sans votre consentement. Et je crois que cette semaine, nous avons fait un pas dans la bonne direction. Continuons le combat.
Mise à jour en novembre 2022 : Suite à la parution de cet article, Pierre Joxe m’a attaquée en diffamation en janvier 2018. Cinq ans de procès ont suivi. J’ai perdu en première instance. J’ai fait appel. J’ai gagné en appel. Pierre Joxe en a appelé à la Cour de Cassation, qui a confirmé la décision de la cour d’appel en ma faveur. Pierre Joxe ayant renoncé à contester devant la CEDH la décision de la Cour de Cassation, il a définitivement perdu le procès en diffamation qu’il m’avait intenté.
C’est la Californie des laissés pour compte, l’envers brûlé du décor de cinéma. C’est un road trip solitaire un peu sinistre, une virée dans une Californie désertique, toxique et abandonnée. Sur les rives empoisonnées du Salton Sea, dans les décombres de Salvation Mountain où errent les junkies, partons au pays de l’apocalypse. A Joshua Tree seulement, nous retrouverons un peu de beauté…. blog salvation mountain – blog salton sea – blog joshua tree – visiter salvation mountain – aller à salvation mountain – lieux de tournage into the wild californie
Salvation Mountain.
Road trip halluciné dans le désert de Californie
Fin septembre 2016, je suis partie pour un long road trip en Californie, seule. A ce moment-là, j’avais besoin de cette solitude radicale, de ce « juste moi et la route ». La première partie de mon séjour a été littorale et radieuse : San Diego, La Jolla, Oceanside, Laguna Beach. Puis j’ai bifurqué vers l’intérieur, vers le comté de Riverside, et la désolation s’est abattue sur moi.
J’ai longtemps hésité à publier ce texte très noir et assez personnel, écrit à chaud, durant le séjour. Ce texte est très différent de ce que je publie d’habitude sur Itinera Magica, beaucoup plus pessimiste et introspectif. Mais au fond, j’avais envie de le partager avec vous. Un an plus tard, voici donc le récit de mon incursion au pays des anges tombés. Je n’ai rien censuré – ceci est du texte brut, écrit le soir dans les motels, au cœur du désert californien.
Si vous débarquez sur ce blog pour la première fois, ne commencez pas par cet article.
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L’empire de la désolation
Au moment de quitter Laguna Beach pour plonger dans le cœur désertique de la Californie, je me demande vraiment ce que je fous, et quel génie tordu du marketing a réussi à me convaincre qu’aller voir des cailloux et des bidonvilles mérite de renoncer à la sublime route côtière 101. J’aurais probablement annulé la partie dustbowl si je n’avais pas déjà payé l’hôtel à Indio.
Laguna Beach – difficile de renoncer à ça.
La route que j’emprunte n’est pas pour me rassurer. A moins de cinq miles de la mer déjà, le paysage entre en phase terminale. Je n’ai jamais vu ça de ma vie : une telle désolation. Je traverse Irvine, puis Riverside, dans un état de sidération catastrophée. Tout est mort. Tout. Cela n’a rien à voir avec ce que j’ai vu en Arizona, un désert alerte, rempli de cactus et de succulentes, grouillant de vie tenace et bien adaptée à l’aridité. Certes, le désert du Mojave a toujours été plus âpre et brutal que le désert de Sonora, dont l’Arizona fait partie – mais ce que je vois dépasse le particularisme topologique. Ces villes ont été fondées sur des sources, ici les troupeaux venaient paître, ici la vie avait droit de cité : l’histoire des villes du désert en Californie, c’est celle du miracle de l’eau, de zones épargnées par la sécheresse. Et pas même une seule vache ne pourrait survivre dans le décor apocalyptique que je traverse aujourd’hui. Partout autour de moi, pas un arbre, pas un buisson vivant sur les collines de la sierra, juste un manteau pelé d’herbe morte, brune, où rien n’a survécu. C’est comme si le paysage tout entier avait été scalpé. Et cette pelade de brindilles irrémédiablement sèches, c’est du combustible parfait. Je repense aux incendies titanesques qui ont ravagé la Californie depuis deux ans. Je me souviens de ce que disait un chef des pompiers : que chaque nouvel incendie rentrait directement au top 10 des plus cataclysmiques, que les records du nombre d’hectares brûlés ne cessaient d’être battus, que le feu avait changé de comportement et était impossible à contenir, sautant de colline en colline comme une armée démoniaque, enjambant les coupe feux, irrépressible, terrifiant. Qu’ils avaient l’impression de mener une guerre contre un ennemi infiniment plus fort qu’eux. Des dizaines de pompiers sont morts cet été, piégés par des feux qui se reformaient soudain en muraille, comme une marée infernale qui revient au galop – ce feu-là n’est plus du ressort humain. Il est chez lui. Le sol est ravagé, toute l’eau douce a été pompée, et une année 2016 riche en pluies (à cause d’El Nino) n’a rien pu y changer. La Californie est en train de crever.
Je m’attendais à trouver un peu plus de verdure à Palm Springs et dans la vallée de Coachella. En vérité, les collines sont tout aussi mortes, mais au fond des vallées, l’irrigation fait jaillir de terre des plantations de palmiers à huile et d’autres plantations compatibles avec l’aridité, dessinant des paysages d’oasis qui me font penser à Al Ain.
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Depuis les années 50, Palm Springs est la retraite chic des Angelinos qui décident d’arrêter leurs antidépresseurs et vont cuver leur phase psychotique au bord d’une piscine dans le désert. J’ai cherché dans tous les sens « que faire à Palm Springs », mais on ne me conseille que des spas, des cliniques de détox et des restaurants prétentieux dont l’alcoolisme mondain est le fonds de commerce. Alentours, c’est un morne mange-poussière. Les tuyaux d’irrigation énormes traînent partout, enlisés dans cinquante centimètres de sable. C’est le pays de Steinbeck.
Sur les traces d’Into the wild : Salton Sea, le pire de la Californie
Mon immersion dans l’envers du décor californien, je la dois à une scène de film. Dans Into the wild, le héros (qui va finir par crever dans un bus en Alaska après avoir malencontreusement mangé une racine qui détruit son estomac) commence son roadtrip en Californie et échoue au milieu du désert du Mojave, au pied d’une montagne psychédélique peinte à la gloire de Dieu. Salvation mountain. C’est elle qui m’obsède depuis, et c’est à cause d’elle que j’ai quitté Laguna Beach pour me taper trois heures de route dans ce no man’s land. A ce moment précis, je me jure de renoncer au cinéma. Je me dis que c’est bien la seule chose sur laquelle je suis d’accord avec les salafistes, le cinéma c’est le diable. J’ai presque envie de retourner à Palm Springs m’inscrire en détox des films masochistes qui te donnent des idées de merde. Mais j’avale la poussière jusqu’à la lie et je continue vers le pire du pire : le Salton Sea, probablement l’endroit le plus irrémédiablement moche et mort de l’Ouest.
Salton Sea.
Aucun lieu n’incarne mieux le désastre environnemental californien que le plus grand lac de l’Etat, le Salton Sea : près de 1000km carrés d’eau empoisonnée. Le Salton Sea est né d’un accident. En 1905, le creusement d’un système d’irrigation ouvre une brèche dans le lit du fleuve Colorado, et déverse des millions de litres au cœur du désert, dans une dépression rocheuse qui se remplit. L’inondation sera endiguée deux ans plus tard, mais les eaux d’irrigation continueront d’approvisionner le Salton Sea, créant un « lac miracle » au cœur du Mojave, qui aimante les foules. Dans les années 50, les Américains, qui étaient encore dans cette phase mégalo où ils pensaient que l’homme pouvait coloniser Mars et que les cigarettes étaient bonnes pour la santé, ont décidé d’en faire un endroit à la mode. Des stations lacustres ont ouvert, les yachts abondaient sur les eaux scintillantes, les stars venaient en villégiature, achetaient des maisons sur les rives du lac. Et puis soudain, dans les années 70, le Salton Sea s’est mis à mourir. Les rejets issus de l’agriculture dans la vallée de Coachella l’ont empoisonné et entraîné une eutrophisation extrême. Le lac est devenu un cloaque puant, biologiquement mort, où plus rien ne vit, aucun animal, aucune autre plante que cette vase méphitique à l’agonie qui envahit l’air. Le Colorado continue de nourrir le Salton Sea. De loin, les reflets du soleil sur ses mille kilomètres carrés nourrit l’illusion de la joliesse. De près, on porte la main à la gorge, on cherche un foulard pour se couvrir. Un lac mort au milieu de collines mortes. Le néant. Certains disent qu’il faudrait dérouter à nouveau le Colorado, laisser le Salton Sea se dessécher et mourir pour de bon. On leur répond que les effluves toxiques risqueraient de tuer toutes les personnes qui vivent dans la région.
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Aussi incroyable que cela puisse paraître, quelques communautés vivent encore au bord du lac dantesque. C’est un paysage indescriptiblement dérangeant. Tout a été laissé en plan, des stations essences abandonnées depuis les années 70, des restaurants et hôtels en ruine, des visions post-apocalyptiques au milieu desquelles des hommes continuent pourtant de vivre – mobil homes, baraques miséreuses de bric et de broc, desservies par des bus scolaires jaunes, incarnation même du déni. Salton Sea State Park, préparez-vous à payer, indique un panneau qui affiche les tarifs. Mais la guérite est désertée. Sur l’immense terrain de camping, il n’y a plus que deux caravanes, des voyageurs un peu paumés qui lisent les panneaux d’un air hébêté. Locations de kayak et de bateaux, promet un autre. Mais la marina n’est plus qu’un lit de vase noire. Personne n’a enlevé les panneaux du club de yachting, qui est devenu une espèce de centre social, et continue de prétendre à une activité nautique morte depuis longtemps. Les hommes ici vivent au milieu de cadavres en feignant de les croire en vie. Comme si le Salton Sea pouvait ressusciter, comme si quelqu’un allait rouler la pierre. Les trains de la Pacific company roulent sur l’immense voie ferrée qui traverse le royaume de l’illusion, d’immenses trains de marchandises venus du Canada, acheminant au cœur de la misère toute la richesse qu’elle voit scintiller comme un mirage. Je vois ce que je n’aurais jamais dû voir.
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Les palmiers-éventail de Californie
Je voulais accéder à l’oasis Dos Palmas, probablement une des dernières choses à voir dans la région du Salton Sea. Je savais que la route n’était pas carrossée sur les trois derniers miles, mais cela ne me perturbait pas trop : j’avais fait toute l’Apache trail sans 4×4 en Arizona. Mais en arrivant au début du chemin, je comprends aussitôt qu’il me faudra renoncer. La route est défoncée et ensablée au-delà du supportable, et seul un véhicule de rallye pourrait s’y engager. Rester embourbée dans cette région sans réseau et sans aucun passage, où marcher deux fois trois miles dans le désert avec une bouteille d’Evian de 0,5 L pour seul viatique, ne me paraissent que moyennement souhaitables. Je n’oublie pas qu’à l’été 2015, une famille française a été décimée à Whitesands, Nouveau Mexique. Partis pour une randonnée réputée facile, mais avec trop peu d’eau, les deux parents se sont effondrés après avoir laissé les dernières gouttes à leur fils de huit ans, que les rangers ont retrouvé recroquevillé, brûlé, déshydraté, mais vivant, auprès des cadavres de ses parents. C’est quelque chose que les Européens ont tendance à oublier : que la terre, ici, peut dévorer les hommes.
Comme pour me récompenser de ma sagesse, les palmiers que j’espérais voir à Dos Palmas surgissent miraculeusement le long de la route, quelques miles plus tard. Ce sont les « California fan palms », ces palmiers majestueux qu’on trouve dans les oasis de Californie et nulle part ailleurs au monde. Les résurgences d’eau douce dans le sol aride font surgir leurs hauts troncs en éventail, si typiques, si caractéristiques. Ceux-là ont manifestement su trouver quelque source le long du Salton Sea, et je les accueille avec la joie de l’enfant qui découvre un Kinder surprise dans une décharge.
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Niland, la ville des laissés pour compte
Je continue à longer les rives du lac zombie, vers la Salvation mountain. Enfin j’arrive à Niland, la ville fantôme où elle se trouve. Là encore, c’est la désolation. Motels et restaurants abandonnés, ouverts à tous les vents, rues envahies de poussière gluante, comme si quelque pandémie monstrueuse s’était abattue sur la ville. Et là encore, des gens vivent pourtant, les plus pauvres des pauvres, dans des espèces de camps de réfugiés sédentarisés, des baraques sordides et des campings cars, autour de jardins de sable remplis de Jésus effrités et de guirlandes de Noël. Je n’ai jamais rien vu d’aussi grimaçant. Je ne m’arrête même pas pour faire des photos, parce que j’ai la trouille. C’est le pays des morts vivants.
C’est aussi à Niland qu’on trouve Slab City, « la dernière ville libre des Etats-Unis », campement des marginaux, des squatteurs, des gens en rupture avec le monde. Il y aura peut-être des gens pour raconter que c’est cool, alternatif, positif. Moi je vois des gens défoncés au regard vide et à l’avenir qui se reflète dans le Salton Sea.
Et enfin, que dans le jour descendant, je vois surgir la Salvation mountain.
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Salvation Mountain, le pèlerinage des junkies
Soudain je ne regrette plus mon incursion dans le ventre du néant. C’est une colline multicolore, née de bétons et de ferraille agglomérés, qui semble peinte sous ecstasy, et où trône le message God is love, décliné de mille façons. Des camions abandonnés, peints en mille couleurs, arborent des versets bibliques. Au sein de la montagne, on trouve des grottes psychédéliques, de petites chapelles avec des Vierges Maries qui ont perdu leur tête, et un immense arbre peint en rose et vert, une sorte d’arbre de vie mystique pour hippies illuminés. Je rentre dans le cœur de Dieu. Salvation mountain est digne d’ébranler même un athée : c’est une des plus belles, des plus touchantes expressions de l’art naïf et du mysticisme que je connaisse. Je vais de chambre en chambre au creux de la montagne, fascinée. Salvation mountain est l’œuvre de Leonard Knight qui à l’âge de quarante ans a connu une crise mystique, et dévoué sa vie à l’édification de cette folie de foi, témoignage d’une religiosité brute – l’amour, la rédemption – rétive à toute institutionnalisation. Jusqu’à sa démence en 2011 (il meurt en 2014), il a entretenu la montagne. Aujourd’hui, l’association de ses amis a pris le relai, et des gens viennent poser leur campement dans le désert, avec leurs pots de peinture et leurs rouleaux, et entretenir l’œuvre unique. L’un d’eux veille sur le site, avec ses trois chiens, un petit soldat de Dieu au milieu du Mojave, qui repeint un flanc de colline.
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Peu de voyageurs visitent Salvation mountain, si loin de tout, mais il y a groupe de trois baroudeurs en survêtement douteux, deux jeunes et un vieux, qui me racontent être sur les routes depuis un an, et vouloir se poser quelques jours à Slab City. Ils me proposent un joint, une pipe de crack, ou de coucher avec l’un des trois (ou avec tous, c’est selon). Je décline avec ma politesse désormais habituelle et songe que si ça dégénère, j’irai me réfugier auprès du soldat de Jésus avec ses trois molosses. Mais ils acceptent mon refus avec une résignation gracieuse. Depuis que je suis seule en Californie, on m’a proposé toutes les drogues et tout le kamasutra. Je réponds non merci comme s’il s’agissait d’une tasse de thé.
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Une fois le soleil couché, je retourne vers la vallée de Coachella, le seul endroit où on trouve des motels – aucun hébergement n’est plus proposé sur les rives du Salton Sea. Je dors à Indio dans un motel étonnamment convenable, et me mets en route tôt le matin vers le parc national de Joshua Tree, à une cinquantaine de kilomètres à l’Est. Parmi les grands parcs nationaux de l’Ouest, Joshua Tree est souvent délaissé, car il est excentré, à l’écart de toutes les routes habituelles de road trip – ce qui explique que je sois si souvent venue dans l’Ouest des Etats-Unis sans l’avoir vu encore. Cela fait plusieurs années que j’en rêve. Plus encore que la Salvation mountain, c’est lui qui justifiait la virée désertique.
Joshua Tree
Les cactus de Joshua Tree
Je rentre dans le parc au sud, par Cottonwood, et au début, l’inquiétude me saisit : le paysage n’a pas changé. Toujours cette moquette de trucs morts, ces cailloux sans rédemption. Puis peu à peu, la vie revient. La zone orientale du parc appartient déjà au désert de Sonora, et je retrouve les cactus d’Arizona : les ocotillos, qui ressemblent à de longues tiges mortes en période de sécheresse, et reverdissent et fleurissent aussitôt que la pluie tombe, les chollas, des espèces de nounours épineux qui se jettent sur les passants pour transporter leurs graines ailleurs. Les cactus du désert de Sonora, je les connais désormais par cœur, je me les suis fichés dans les pieds, les mains, les fesses et toute autre partie charnue de mon anatomie, j’ai lu tous les bouquins, vu tous les jardins botaniques, je suis incollable, et peux expliquer crânement à une Allemande que ça, c’est pas du tout une cholla, enfin, c’est un prickle pear. Je me sens dans mon élément.
Cholla.
.Ocotillo
Puis la zone Sonora s’achève, retour dans le Mojave, et c’est de nouveau la désolation. Les panneaux s’excusent : en raison du changement climatique, il n’y a plus d’arbres de Josué dans cette partie du parc, mais continuez vers le nord, enfoncez-vous dans le parc, vous allez les trouver. Je comprends que la zone de vie des arbres magiques rétrécit toujours davantage, qu’ils se terrent au cœur du parc comme des bêtes traquées.
La première fois que j’ai vu un Joshua tree, c’était à l’été 2015, quelque part à proximité du Grand Canyon. J’avais été fascinée par la beauté de ces grands yuccas dégingandés qui semblaient tendre mille bras désespérés vers le ciel – une créature d’oraison, à qui on a multiplié les mains pour qu’elle puisse mieux implorer son Dieu. J’avais appris ensuite que c’était exactement la raison pour laquelle les premiers pèlerins les avaient nommés Joshua trees, ce qui m’avait vaguement inquiétée : j’ignorais avoir le même imaginaire qu’un puritain du 19e paumé dans le désert. Aujourd’hui, la silhouette des arbres de Josué me paraît plus poignante encore : leur prière est une supplique pour la survie. Ils sont pour moi devenus le symbole de cette Californie suppliciée, à bout de souffle. Les panneaux racontent que Joshua Tree était un jardin d’éden, le havre des troupeaux, qu’au XIXe siècle, les vallées secrètes cachées derrière les rideaux de rochers abritaient de verts pâturages. Il n’en reste pas une trace.
Wonderland of rocks : l’âme du granit
C’est quand j’arrive au campement de Whitetank que je vois les premiers surgir. Encore petits, encore chétifs. Mais la forêt de Joshua trees commence. Ainsi que l’autre merveille du parc national, ce qu’on nomme le « wonderland of rocks » : le pays magique des rochers. Le titre n’est pas usurpé. Des monolithes énormes, spectaculaires, déploient des formes lunaires, rondeurs pleines ou émondées, doigts tendus en bouquet au-dessus des fissures, arches à demi écroulées, champs d’énormes galets lisses et polis ou mystère des formes capricieuses. Je pense aussitôt aux Seychelles, aux blocs de granit rassemblés sur les plages comme autant de dinosaures assoupis. L’exposition géologique valide l’analogie : il s’agit bien du même phénomène.
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Nombre de gens pensent que les rochers de Joshua Tree sont du même matériau que les mesas de Monument Valley ou Sedona, que les grottes fantastiques d’Antelope Canyon : du grès, sandstone en anglais, accumulation de sédiments sableux qui ont formé les hauts plateaux de la région du Grand Escalier. Mais en réalité, il ne s’agit ici pas de grès, mais de granit.
Le granit est l’enfant abandonné des plaques qui divorcent. Il forme une couche profonde du manteau terrestre, d’ordinaire cachée sous des centaines de mètres d’autres couches, loin de nos yeux. Mais là où la tectonique fendille l’écorce, là où les mouvements de subduction laissent les roches profondes à nu, le granit apparaît. Aux Seychelles, c’est parce que lors de l’éclatement du Gondwana, les îles sont restées seules au milieu de l’océan, vestiges résiduels du cataclysme, orphelines de la dérive des continents, dont elles révèlent le visage abyssal. A Joshua Tree, c’est parce que la faille de San Andreas court au fond de la vallée – on la voit depuis le point de vue des Keys, le sommet du parc, monstrueuse, terrifiante, la matrice des catastrophes qui un jour déchiquèteront la Californie. Ici la plaque américaine et la plaque pacifique divergent, et le granit, poussé par des forces colossales, remonte mutilé, brisé par les mâchoires tectoniques – d’où ces formes délirantes, ces courbes qui trahissent de très anciennes bulles de magma, ces arrêtes qui révèlent la cassure, et que l’érosion continue d’affiner. Le paysage de Joshua Tree est un rescapé de la nuit des temps. Et je suis submergée par une émotion profonde. Au milieu du peuple d’arbres suppliants, je vois le cœur de la Terre, et l’écrasante majesté des millénaires. C’est beau, beau, déchirant, ces forêts de yuccas immenses, ces amoncellements de roches à qui le crépuscule dessine des ombres solennelles, ces ciels du désert que le soir plonge dans un délire de rouges et de mauves. Joshua Tree me bouleverse.
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Etre une rockstar au Joshua Tree Inn
Je dors dans un motel suffisamment mythique pour ne pas être sur Booking ou Tripadvisor, le Joshua Tree Inn. Dans les années 60, tout ce que Los Angeles comptait de rockstars venait se réfugier ici, dans cet endroit qui stimule infiniment l’imagination créatrice, et dormait au bord de la piscine du Joshua Tree Inn. Les Rolling Stones y ont composé nombre de leurs chansons. Gram Parsons y est mort d’une overdose ; à mon arrivée, la réceptionniste me propose gentiment d’occuper sa chambre, mais je décline, et choisis celle d’une musicienne et pin-up, Emylou Harris. L’endroit possède un charme incroyable, une espèce d’emporium du rock’n’roll, avec force vinyles et posters dédicacés, affiches des 60’s, déco dans son jus, mémorial à Gram Parsons en forme de guitare, et cette piscine au fond trouble, bordée de Joshua trees, au bord de laquelle somnolent des bikers sexagénaires. La playlist qui résonne dans le jardin de cactus et de glycines est impeccable, un pur délice rétro. J’adore ce lieu.
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Joshua Tree, artistes et soldats
Le village de Joshua Tree n’a rien à voir avec la désolation de Niland. C’est ici un refuge choisi et non subi, un endroit roots et brut de décoffrage, plein de bars à la tronche improbable et de magasins à la dégaine de saloon, mais bien vivant. Pioneertown a été fondée en 1946 par des investisseurs hollywoodiens qui rêvaient de créer un décor de cinéma à ciel ouvert, une ville comme dans les années 1870, fidèle à l’esthétique de la frontière. Et les gens sont venus prendre possession de la maquette. On sent que les habitants aiment ce lieu, les arbres fantomatiques qui poussent dans leurs jardins, la mémoire de la Terre et le souvenir des 60’s, on sent qu’ils sont venus ici de leur plein gré, pour habiter pleinement cet endroit hors-normes, se baigner de son énergie. Il paraît que les artistes continuent de venir créer ici, que des stars partent deux semaines en retraite désertique et reviennent la guitare saturée de chansons. Et surtout, il y a tous les militaires stationnés à la base toute proche de 29 Palms, venus s’entraîner dans le désert qui ressemble un peu à ceux d’Afghanistan ou d’Irak avant d’y partir pour de vrai… et leurs femmes esseulées venues faire la fête pour oublier l’angoisse du coup de fil. Le village de Joshua tree palpite.
On me conseille le bar-resto Pappy’s and Harriet’s Palace, le bar mythique du coin. L’ambiance est hyper chaleureuse, un décor de western bondé de gens qui s’amusent, et la nourriture est extra. Les gens sont chaleureux et m’invitent à leur table. C’est soirée karaoké à Pappy’s and Harriet’s, et mes nouveaux amis américains, le fait d’être à 9000 kilomètres de toute personne que je serais susceptible de revoir, et le massacre de Walk of life par un dénommé Rooster (poulet) m’engagent à me jeter à l’eau pour la première fois de ma vie. Je me lance donc sur Ziggy Stardust de Bowie, et je préfère ne pas savoir ce que les gens en ont pensé – surtout qu’après moi passe une nana au look incroyable, ronde et belle, couverte de tatouages et de piercings, qui rugit un Don’t stop believing magistral. Les gens dans ce bar sont un défilé de mode alternative, et j’ai l’impression de voir les fringues que ma mère portait dans les années 70-80 ressorties de la cave et assorties de façon hasardeuse.
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Questions existentielles au coin du feu
A mon retour au Joshua Tree Inn, je trouve près du feu de jardin deux couples qui étaient à la soirée karaoké, et qui me hèlent « eh Ziggy Stardust, viens t’asseoir avec nous » ! Ils ont mon âge, l’âge où on a merdé sa vingtaine, ne sait pas trop où on en est de sa vie et part pour des virées dans le désert avant d’atteindre une trentaine sans gloire. On se dit qu’à nos âges, nos parents avaient des carrières, des plans de vie ambitieux, qu’ils étaient lancés. Nous avons fait des études passionnantes et sans issue et nous sommes des jeunes gens intelligents, cultivés et complètement inutiles à une société qui a de moins en moins besoin de main d’œuvre humaine. Nous ne croyons en rien, si ce n’est peut-être à l’amour. Les deux couples ont voyagé ensemble pendant un moment, depuis la Nouvelle-Orléans et les bayous de Louisiane (qu’ils me décrivent comme l’endroit le plus fabuleux qu’ils connaissent), et leurs chemins se séparent maintenant, car l’un d’eux part demain pour Vegas. Ils veulent se marier dans la Valley of fire. En attendant, ils dorment dans la chambre où Gram Parson a clamsé. L’autre va rester quelques jours à Joshua Tree. Elle est musicienne, elle rêve que l’ambiance incroyable du désert fasse jaillir d’elle l’album tant espéré. Ils me proposent un joint, mais pas de pipe de crack, ni de sexe. Du coup, je suis vexée et je refuse.
Partir.
La nuit sur Joshua Tree
Vers deux heures du matin, avant d’aller me coucher, je retourne une dernière fois au cœur du parc. Les arbres de Josué se lamentent sous fond de constellations. Au milieu des troncs desséchés et du granit qui rappelle l’imminence des catastrophes tectoniques, j’ai comme l’impression d’un adieu. Je me dis que c’est peut-être la dernière fois que je viens en Californie, avant qu’elle s’ouvre en deux. Je dis au revoir aux pèlerins et aux scarabées, aux guitares et aux monolithes, et je m’endors les yeux ouverts sur les galaxies.
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Un de ces quatre, je vous parlerai de Laguna Beach et de Santa Monica, ça sera plus joyeux. En attendant, les articles à venir : Saint Tropez, Aveyron, Disneyland, Ardèche… Abonnez vous ?
Les plus belles lavandes de la Drôme, les miroirs blancs du Ventoux au cœur des Baronnies, la citadelle mythique de Sisteron, entre Durance et Buëch aux deux couleurs, l’Ubaye écumeuse et les curiosités du lac de Serre-Ponçon : je vous convie à un voyage or et mauve au pays de l’été. Ma belle haute Provence, celle où je suis née au milieu des garrigues et des vieilles pierres, est sans aucun doute une des plus belles destinations du monde pour savourer les heures de grâce estivales. Voici un petit itinéraire tortueux entre quatre départements que j’adore, Drôme, Vaucluse, Hautes-Alpes et Alpes de Haute Provence, au cœur des Baronnies et un peu alentours.
Lavandes et Mont Ventoux au coeur des Baronnies provençales
Sisteron, son rocher et sa citadelle
C’est un article un peu foutraque, où on fera des tas d’allers-retours, où on mélangera des lavandes et des raftings, des abbayes et des citadelles, avec une seule unité : la Provence, mon grand amour.
Où voir les lavandes dans la Drôme ? – plus belles lavandes de la Drôme provençale – visiter Sisteron – itinéraire haute-Provence – lavandes drôme provençale – photographier des lavandes dans la Drôme – itinéraire baronnies provençales – parc régional des baronnies provençales – voyage baronnies – plus beaux sites haute provence – que voir autour de Sisteron
Au pays des lavandes Où voir les lavandes en Provence ? Plus beaux sites lavande Drôme Vaucluse Ardèche
C’est le privilège du Sud, l’or mauve de nos collines. Elle pousse loin des plages, sur les flancs escarpés et les hauts plateaux de la Provence intérieure, et a fait la réputation de notre territoire aux quatre coins du monde. Parfois, quand je rencontre des Asiatiques, je leur dis que je viens « du pays de la lavande », et je prends 12 000 points d’ego boost dans leur estime. Je n’ai pu commencer mon été, début juillet, sans aller accomplir mon petit pèlerinage dans l’infini fleuri, avec toute la panoplie de la blogueuse à robe, chapeau et trépied. Voici une collection de lieux où voir la lavande en Provence.
Dans la Drôme
Les lavandes du plateau de Valensole
Qui dit « lavande » dit Valensole. Le plateau qui ondule violet au pied des montagnes est l’incontournable, la carte postale incarnée. Ce sont sans doute les plus beaux champs de lavande de Provence… mais je dois bien avouer à demi-mots que l’endroit est un peu victime de son succès, et qu’il y a autant de perches à selfie dans les champs que de brins de lavande, et qu’il faut faire très attention à ne pas écrabouiller un groupe de touristes en bus qui traversent la route comme s’ils étaient poursuivis par un tricératops. Je vais donc aller descrendo niveau tourisme, allant des lieux les plus connus aux plus confidentiels.
ValensoleSur le plateau de Valensole
Les lavandes de l’abbaye de Sénanque
Sérénité abbatiale et papillons sur lavande : Sénanque, dans le Vaucluse, inspire une forme de perfection idyllique provençale. Si tu pouvais la faire infuser dans l’eau chaude, t’ouvrirais tous tes chakras d’un coup et tu foncerais au nirvana en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « monastique ».
Les lavandes de Sénanque
Je me permets toutefois de signaler que nous avons deux autres abbayes dans le même style cistercien lumineux, Le Thoronet et Silvacane. Mais comme elles présentent le grave défaut de ne pas s’être dotées de lavandes so instagramables, elles ne figureront pas dans cet article (mais je les aime quand même).
Kaléidoscope de lavandes à Sault et Aurel
C’est le petit secret des hautes altitudes : ici dans les Monts du Vaucluse, les lavandes durent plus longtemps. Jusque début août, on peut espérer continuer de voir la vie en mauve à Sault, Aurel et Ferrassières. Traversez le Lubéron et remontez jusqu’à Sault, face au versant Est du Mont Ventoux, pour ses kaléidoscopes de lavandes de montagne.
Mosaïques de Sault
A Aurel, vous admirerez le combo « arbre sur champ de lavande » le plus pittoresque de la haute Provence, avec le village perché en arrière-plan.
Aurela
Mais les plus belles vues, elles sont dans ce champ sans nom, quelque part entre Drôme et Vaucluse, avec vue solennelle sur le géant chauve de Provence, le Ventoux, où un crépuscule jubilatoire m’a fait déclencher à la vitesse supersonique de 100 clichés par nano seconde.
Sublime crépuscule sur les lavandes du Ventoux
Les lavandes de la Drôme provençale, entre Grignan, Die et Nyons Où voir des lavandes de la Drôme ? Meilleurs spots pour photographier les lavandes dans la Drôme
Sachez-le, amis de l’or mauve : tout le monde en Provence pense à Valensole et à Sault pour voir les lavandes, mais la Drôme provençale, merveilleuse et solitaire, vous tend les bras. J’en parle avec un chauvinisme tout particulier, car c’est mon pays : la Drôme provençale, c’est sublime et secret. C’est l’autre Provence, celle qu’on a gardée pour nous. Où voir les lavandes dans la Drôme ? PARTOUT au sud du département. J’ai grandi à Donzère, en Drôme provençale, et je n’ai qu’à sortir de chez moi en juin/juillet pour la voir fleurir à tour de bras. Vraiment, sortez de l’autoroute à Montélimar Sud et partez dans n’importe quelle direction, vous verrez des lavandes.
Ma Drôme chérie.
Mais voici quelques spots que j’affectionne particulièrement :
– Les champs de lavande au pied de la Garde Adhémar et de Grignan, pour la beauté du village perché noyé de pétales.
Grignan
– Le triangle montagnard entre la Roche Saint Secret, Bouvières et Saint Ferréol, pour sa verticalité : si vous voulez voir les lavandes pousser façon gratte-ciel en s’accrochant à la pente de toute la force de leurs petites racines, c’est the place to be. Manhattan des lavandes, c’est par là.
Près de Bouvières.
Verticalité violette.
– Nyons et ses alentours. Je n’ai pas eu le temps de faire des photos cette année, je suis passée après la coupe (l’été a été précoce, les lavandes ont été ramassées dès fin juin), mais Nyons est une ville sublime et les lavandes sont nombreuses. J’ai repéré cette année un endroit où je compte aller prendre de jolies photos en juin prochain : Venterol, autre ravissant village perché baigné de lavandes.
Près de Venterol
– Montbrun-les-Bains, à quelques kilomètres de Sault. C’est la même zone de culture de lavande d’altitude qu’à Sault et Aurel, et la vue sur le Ventoux est superbe. Je n’ai pas eu le temps de consacrer à Montbrun le temps qu’il mérite, mais je me suis promis d’y revenir : c’est une zone thermale réputée et le village m’a paru absolument magnifique.
Montbrun les Bains.
Epinglez moi !
Voir de la lavande : en Ardèche aussi ! où voir de la lavande en Ardèche – lavande drôme ardèche blog
Bon alors vous le savez, les Ardéchois, ce ne sont pas des Provençaux. Souvenez-vous du célèbre comté de Provence, notre Provence historique (et dont les gens comme moi sont bêtement fiers, comme s’ils avaient quelque chose à voir là-dedans et qu’ils descendaient du bon roi René en personne – c’est couillon, un patriotisme régional, mais c’est comme ça) : le Rhône était sa frontière occidentale. L’Ardèche, c’était des barbares, voilà.
Il y a toujours un petit dualisme régional ridicule, un peu comme Lyon vs Saint Etienne : les Drômois et les Ardéchois adorent se mettre mutuellement la pâtée au football et à la pétanque, et prétendre que de l’autre côté du Rhône, tout est déglingué et tout pourri. Mais maintenant, soyons honnêtes : l’Ardèche est sublime, et surtout, l’Ardèche méridionale a exactement le même climat et la même culture que la Drôme provençale. Trop de gens ignorent qu’en Ardèche aussi, on trouve de sublimes lavandes. J’ai toujours adoré la route qui mène de Viviers aux gorges de l’Ardèche, en passant par Bourg Saint Andéol et Saint Just : c’est une succession de vignes et de lavandes, avec la vue sur le Ventoux en toile de fond. A Saint Remèze, au milieu des gorges, vous trouverez même un musée de la lavande. C’est en Ardèche que je suis allée faire mes photos de mariage en juin dernier, dans un champ de lavande situé juste au sud de Viviers. Pourquoi suis-je allée chez l’ennemi héréditaire, vous allez me demander, alors qu’on a des champs de lavande partout dans la Drôme ? Très simple : parce que depuis l’Ardèche, on voit super bien la Drôme. Et que j’ai grandi pile sur les falaises qu’on voit en arrière-plan de cette photo, au-dessus du défilé du Rhône.
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Photos du mariage par Marion et Vincent La faute au graph, nos (excellents !) photographes de la journée.a
Au cœur des Baronnies provençales : le parc naturel régional des Baronnies
Revenons maintenant à nos Baronnies provençales. Vous l’ignorez peut-être encore, mais c’est depuis 2016 un tout nouveau parc naturel régional à cheval sur 4 départements (Drôme, Vaucluse, Hautes Alpes, Alpes de Haute Provence) qui forment le cœur de la Haute Provence. Je suis folle de ce parc nouvellement créé, qui incarne vraiment le plus beau de « ma » Provence à moi, la Provence du nord, rocailleuse, ventée et bucolique, riche en plantes et en fleurs, façonnée par le talent agricole et artisanal des générations successives. (Nombre des photos ci-dessus, en Drôme et Vaucluse, ont été prises sur le territoire du parc : la lavande est son emblème.) Les six « villes-portes » qui en marquent les limites sont Dieulefit, Grignan, Sisteron, Valréas, Vaison-la-Romaine et Veynes. Je les connaissais toutes… sauf Sisteron.
Et cela tombe bien, car cet été, mon père y a loué une maison avec toute sa famille (mes oncles, tantes, grands-parents et cousins paternels), perpétuant la belle tradition méditerranéenne des grandes smalas où on est trente à table et où tout le monde finit dans la piscine en dansant la Macarena à minuit et demi. Entre deux repas pantagruéliques et chorégraphies entre cousins, j’ai eu le temps de visiter un peu, et ça valait le coup.
Sisteron.
Sisteron, deux rivières et une sublime citadelle
Ce qui vous frappe aussitôt en arrivant à Sisteron, c’est ce rocher monumental qui vous ramène aussitôt au cœur du jurassique. Vous voyez les plaques tectoniques qui s’écrasent, les Alpes qui jaillissent, la pression qui écrase la roche de toute part, qui la plie et la déforme comme un éventail de carton. Le Rocher de la Baume, c’est le premier fait de gloire sur le blason de Sisteron, la preuve indiscutable du caractère exceptionnel de cette cité entre Alpes et Provence. Mais la magie n’est pas encore épuisée.
Fascinant rocher de Sisteron, la Baume
Regardez la rivière qui coule au pied du rocher, et vous serez surpris par deux couleurs qui se frôlent mais ne se mélangent pas encore, deux tons de bleu-vert nettement distincts. C’est qu’à l’entrée de la clue de Sisteron, le Buëch vient se jeter dans la Durance, et que leurs eaux rechignent à se marcher. La Durance ainsi renforcée par cette rivière de montagne va irriguer toute la vallée… et parfois, l’inonder gravement. Pendant des siècles, ce cours d’eau fut si capricieux et destructeur qu’on disait que la Provence était frappée par trois fléaux : le mistral, la Durance et le parlement. Mais aujourd’hui, bien canalisée et apprivoisée, c’est une jolie rivière qui donne son nom à des savons et des sels de bain 😉
Le Buëch et la Durance se mêlent.
Mais ce n’est toujours pas fini. Regardez maintenant en face du rocher, ce qui se hisse à la même hauteur que lui sur la colline d’en face : la plus belle forteresse de Provence, la citadelle de Sisteron ! A l’époque d’Henri IV, quand la Nice et la Savoie n’étaient pas encore françaises, elle défendait les frontières du royaume avec panache – le roi disait qu’elle était l’une des plus puissantes de France. Elle a aussi joué un rôle considérable dans la reconquête du pouvoir par l’armée napoléonienne en 1815, on vous racontera tout ça lors de la visite. Pour moi qui suis moyennement branchée histoire militaire, c’est surtout la vue spectaculaire qui mérite absolument qu’on fasse le détour.
Sisteron est vraiment jolie, typiquement provençale avec ses ruelles ensoleillées, particulière avec cette ombre dorée du rocher qui la surplombe.
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Nous avions loué pour trente personnes au Mas des cinq fontaines, un gîte luxueux avec une vue imprenable sur la ville. Il est également possible de n’y louer qu’une chambre, ou une partie du lieu. Certaines chambres sont assez hallucinantes, comme la suite du pigeonnier qui ressemble à un décor d’heroic fantasy, ou super confortables, comme la suite wellness avec spa. Je vous le recommande avec plaisir.
.Vue sur la citadelle depuis le Mas...Epinglez moi !
Une randonnée au pays de Sisteron : la crête et le sommet de Géruen
J’ai beaucoup aimé cette randonnée jusqu’au sommet de Géruen (1880m), qui offre un panorama majestueux sur les pré-Alpes de Digne et toutes les Alpes du Sud, jusqu’au Mercantour. Pour la suivre, garez-vous au col de Font-Belle et suivez toujours les panneaux « Crêtes de Géruen », jusqu’à parvenir sur l’arrête. Le sentier est facile, malgré les 500 mètres de dénivelé, car il monte en lacets doux jusqu’à la crête – seule la dernière portion sur l’arrête est plus raide, mais la vue d’en haut à 1880m est la plus belle.
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Que voir et que faire autour du lac de Serre-Ponçon ?
A la limite entre Hautes-Alpes et Alpes de Haute Provence, le lac de Serre-Ponçon est le plus grand et sans doute le plus célèbre des lacs alpins français. C’est un lac artificiel, créé pour contenir les crues meurtrières de la Durance, qui est aujourd’hui un plan d’eau magnifique pour la baignade, la voile, le paddle, le pédalo et toutes sortes d’activités nautiques. Serre-Ponçon, c’est un peu la mer des Alpes du sud, aussi bleue et brillante qu’elle. Il vous faudra deux bonnes heures pour en faire le tour complet, et les points de vue sont merveilleux.
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Déjeuner au bord du Lac de Serre-Ponçon – restaurant avec vue sur lac serre ponçon
Malheureusement, les restaurants en bord de lac sont assez peu nombreux, ce qui est dommage car j’adore déjeuner au bord de l’eau. Mais j’ai fini par trouver mon bonheur dans un petit coin reculé sur la commune du Sauze-du-Lac : la Paillotte du Lac offre un cadre superbe avec vue sur la chapelle et location de paddles. Malheureusement, j’y suis allée par mauvais temps, mais j’y reviendrai !
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La chapelle Saint Michel, au milieu du lac – blog serre ponçon
Chaque barrage a ses martyres – à Serre-Ponçon, c’est l’ancien village de Savignes, noyé sous les eaux, dont n’émerge plus que l’église. La chapelle Saint Michel est située sur une île au milieu du lac. Vous pourrez l’approcher en bateau, pédalo ou paddle, mais vous n’aurez pas le droit d’y accoster.
Chapelle
Les cheminées de fée du Sauze-du-Lac
Je suis tombée sur cette curiosité géologique réjouissante par hasard : les « Demoiselles coiffées », des cheminées de fée crées lorsque l’érosion a abandonné d’énormes blocs de pierre au sommet de pitons rongés. Cette forêt de champignons minéraux au-dessus des eaux bleues du lac est vraiment photogénique.
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Rafting sur l’Ubaye
Moi qui adore le kayak, j’imaginais que j’allais adorer le rafting. Spoiler : en fait, sur l’Ubaye, c’est vraiment dur, surtout quand le niveau de l’eau est bas et que les rochers affleurent partout, que tu restes coincé tout le temps, que tu crains en permanence d’être aspiré sous un rocher. Bref, j’aurais voulu adorer, et j’étais un peu frustrée, même si le parcours est magnifique. J’aimerais bien réessayer sur une rivière plus en eau et peut-être, plus facile… car comme je l’ai appris à mes dépens, l’Ubaye est mythique pour sa difficulté sauvageonne !
Bon, l’Ubaye, elle se jette dans la Durance et après elle reste coincée dans le lac de Serre-Ponçon, alors elle fait moins la maligne, hein. Bien fait.
Un très joli passage tranquille, sans caillous, où j’ai pu sortir mon appareil photo (étanche, évidemment).
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Dans la série merveilles aquatiques, j’ai raté un endroit qui a l’air merveilleux, les gorges de la Méouge, tout prêt de Sisteron. Cela me donnera une bonne raison de refaire un tour dans ce beau morceau de Provence…
Si vous voulez continuer votre exploration minérale et aquatique de cette région, je vous recommande vraiment mon article sur le Verdon, c’est un de mes plus beaux et cela va achever de vous convaincre que la Provence, y a pas mieux !
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Blog Provence – blog d’une provençale – itinera magica blog de provence – blog sisteron
Des châteaux infestés par la peste, des glacières aux allures transylvaniennes, la demeure du sulfureux marquis de Sade, voilà le programme de cet article d’octobre : je ne veux vous laisser aucune chance d’oublier qu’Halloween approche. Ce mois-ci, le RDV #EnFranceAussi sera gothique – bienvenue à cette exploration des ruines de France !
Mettez vous dans l’ambiance Halloween.
Châteaux hantés et cieux menaçants.
#EnFranceAussi passe du côté obscur
Le rendez-vous En France Aussi, c’est une idée (géniale) de la blogueuse Sylvie : chaque mois, des blogueurs suivent un thème donné et évoquent des lieux qui lui correspondent. Une seule contrainte, tous ces lieux doivent se trouver en France. Il s’agit de redécouvrir le patrimoine de notre joli petit hexagone dans tout ce qu’il a de plus inattendu. Et chaque mois, un blogueur enfile ses lunettes noires et dégaine sa limousine pour devenir le big boss de la mafia #EnFranceAussi.
En ce mois d’octobre, saison fétiche de toutes les fêtes païennes chelou de l’histoire de l’humanité (Samaïn, Jour des Morts, Halloween, tout ça), la gothique de service (moi) a sorti le sujet « Ruines ». (J’aurais bien sorti « fantômes » ou « vampires », mais je craignais qu’il y ait des réticences chez mes collègues.)
Vous le savez peut-être, amis lecteurs fidèles, j’ai peut-être rangé mes Demonia, mais je reste gothique dans l’âme. En matière d’esthétique panda qui pleure, j’ai un gros casier judiciaire. (Il se peut que j’aie écrit un jour des phrases du genre « Marilyn Manson est le Mozart du XXe siècle », « j’étais gothique dès ma naissance » ou encore « j’adorerais avoir un lit cercueil ça serait trop stylé » sur un Skyblog plein de majuscules anarchiques et de couleurs épileptiques.) Tous les ans, Mr Viking et moi, on fête Halloween de façon spectaculaire et grandiloquente.
Edition 2016.
Je vous l’avoue, toutes mes ruines n’ont pas cette qualité grand-guignolesque. J’ai eu le mauvais goût d’en photographier un certain nombre sous le soleil (la France, ce pays pourri où il ose faire beau). Voici néanmoins ma petite collection de ruines françaises. Ensuite, vous trouverez les liens vers toutes les publis des amis blogueurs participants. Aiguisez vos canines, ça va être sympa.
Les glacières du lac de Sylans dans l’Ain
On a tout avec le lac de Sylans : allure nosferatique, glaces éternelles et ruines en décrépitude. Ce bâtiment déglingué, Mesdames et Messieurs, fut une glacière, ou bâtiment de stockage de la glace. Au XIXe, avant l’invention du frigo et de la glacière portable pour pique-niquer à Palavas, ces glacières de pierre épaisse étaient à la pointe du progrès. Bien isolées, elles permettaient de stocker la glace qui recouvre chaque hiver le lac de Sylans, près de Nantua, afin de jouir des glaces au cœur de l’été. Il paraît qu’elles sont en réhabilitation.
Ruines gothiques des glacières de Sylans, Ain
Les montagnes environnantes vous mettent dans l’ambiance.
Sublime ambiance automnale sur les ruines des glacières.
L’église bombardée de St Etienne le Vieux à Caen
Petite parenthèse plus historique et solennelle : cette église éventrée par les obus commémore les terribles bombardements de l’été 44 sur la ville de Caen et fut laissée en l’état, béante et nue, pour dire l’horreur de la guerre. Plus d’infos dans mon guide de Caen.
L’église détruite.
La batterie des Mèdes, à Porquerolles
Cet ensemble défensif date de la Seconde guerre mondiale et tout particulièrement, de la lutte contre Mussolini. Aujourd’hui en ruines, cette batterie a un côté Star Wars très prononcé. Je vous aurais bien fait des photos inquiétantes, façon guerre des étoiles et lutte apocalyptique, mais même au coeur de l’hiver, il fait beau à Porquerolles.
Le château de Sade à Lacoste, Provence
On arrive à la légende noire du plus grand pervers de l’histoire littéraire française, le Marquis de Sade. Peu de monde le sait, mais Sade comptait à son kamasutra mental l’amour de la Provence : sa famille possédait plusieurs propriétés en Vaucluse, notamment le château de Lacoste, auquel Sade était très attaché et où il s’est plusieurs fois réfugié entre deux incarcérations pour atteinte à toutes les morales imaginables. On sait aussi peu que Sade a tenté d’apprendre le provençal en correspondant avec une noble locale, Milli de Rouet, qui le réprimande moins sur sa grivoiserie que sur sa grammaire (des lettres rigolotes, pleines de syntaxe approximative et de blagues de cul modérément subtiles).
Sade a tellement aimé le château de Lacoste qu’il l’a représenté sous le nom de château de Silling dans les « 120 journées de tes fesses Sodome ». Le château a été détruit à la Révolution par un peuple que scandalisait la débauche aristocratique. Aujourd’hui, il accueille des œuvres d’art d’un goût incertain, entre hymne à la liberté et godemichet géant, ainsi qu’une population constante de profs de lettres entre deux âges, vêtus d’un col roulé noir, qui jettent des regards lubriques à la ronde en déambulant parmi des ruines dévastées que leur imagination ramène à (au) la vie(t). Les profs de lettre sont tous des tordus, comme chaque parent d’élève le sait.
Le village a été racheté presque tout entier par Pierre Cardin, le Dieu du slip, ce qui me semble très approprié. Dans ce village-musée, les bobos vont l’été admirer des bidules transgressifs dans des vitrines arty, et il n’y a pas un rat l’hiver. Bienvenue en Provence momifiée.
Château du marquis de Sade à Lacoste, Vaucluse.
Le village de Lacoste, une collection de galeries d’art que l’hiver dépeuple.
L’archange de Viviers en Ardèche
Une créature effroyable surplombe le défilé du Rhône : un Lucifer reptilien, terrassé par l’archange Michel qui plante sa lance dans les écailles du malin. La ruine a rongé l’archange et l’a rendu presque aussi terrifiant que l’Adversaire, étrange oiseau de malheur qui coiffe la montagne de mélancolie. Au pied de l’ange, un cachot fendillé a autrefois servi à isoler les lépreux. J’ai grandi en face, dans une maison hantée à Donzère, comme je vous le racontais – ça marque.
Archange de Viviers en Ardèche, surplombant la vallée du Rhône.
Archange rongé.
Salut, j’ai une bonne tête.
La maladrerie des Templiers, en Ardèche toujours
L’Ardèche est décidément super dark. Au cœur du plus beau méandre de l’Ardèche, la maladrerie templière est un lieu de sinistre mémoire : c’est ici que les chevaliers parquaient les pestiférés et ceux qu’on soupçonnait de l’être. Ce mouroir semble ne jamais avoir expié les stigmates de la pestilence, et c’est aujourd’hui une ruine fantomatique sur la rivière qui harasse les kayakeurs.
Le plus célèbre méandre des Gorges de l’Ardèche et les ruines de la maladrerie des templiers.
Ceci est une petite preview d’un gros article sur la descente des gorges de l’Ardèche à venir – teaser. Si vous voulez retrouver mes aventures ardéchoises bientôt, abonnez vous à la newsletter. Et en attendant, voici les ruines de mes camarades blogueurs.
Les ruines du château de Grimaud
Ce château majestueux trône au coeur du Golfe St Tropez (qu’on appelait Golfe de Grimaud avant que Brigitte Bardot se mette toute nue sur la plage de Pampelonne et renverse une hégémonie qui durait depuis le Moyen-Âge), ancienne forteresse des Seigneurs de Grimaud. C’est du blogging live : à l’heure où je publie cet article, le 1er octobre 2017, je suis à Grimaud et je m’émerveille. Article à suivre – faudra vraiment s’inscrire à ma newsletter, cher lecteur à qui je force à peine la main. Au-delà du bling bling, la région de St Tropez est une merveille de culture authentique, et Grimaud le prouve mille fois !
Château de Grimaud.
Forteresse en ruines, témoin de la grandeur médiévale.
Lever de soleil épique au château en ruines.
Ciel de cauchemar.
Collection de ruines en France
Les articles des autres blogueurs participant au rendez-vous #EnFranceAussi seront ajoutés ici au fur et à mesure. Allez voir, il y a vraiment des billets sublimes, les blogueurs ont répondu à l’appel avec virtuosité ! Happy Halloween !
Le Vercors, la forteresse aux mille secrets Que voir dans le Royans Vercors?
Forteresse minérale, royaume du vertige, le Vercors fascine par ses panoramas solennels. Larges cirques auréolés de crêtes claires, routes creusées à même la roche, cascades bondissant des à-pics moussus : c’est un décor de tableau romantique, un paysage âpre et bucolique à la fois. On pourrait passer une vie à explorer le Vercors, ses sentiers escarpés et les méandres que trace l’eau bondissante. Pénétrer ses hauts contreforts, c’est entrer dans un monde que nos pas semblent décupler au lieu de le rétrécir, et nombreux sont ceux qui ont su y disparaître, cachés au creux de la montagne magique. que voir dans le vercors et le royans
Les alpages de Font d’Urle, ou le Vercors du vertige.
La Chute de la Druise
La résonnance du beau nom de « Vercors » aux oreilles de l’histoire, vous la connaissez : le Vercors fut la terre suppliciée des résistants, la forteresse France imprenable. Je vous en parlais ICI, dans un article plus grave et douloureux. Mais aujourd’hui, je veux seulement vous raconter la beauté de cette contrée poétique, des marmottes et des cascades, des maisons suspendues au-dessus des eaux, des falaises crayeuses et des arrêtes tranchantes, et de l’eau qui ruisselle. Et au Vercors, j’associe toujours le pays de Royans, son flan Ouest, la porte d’entrée du pays magique pour qui arrive du Sud.
Saint Nazaire en RoyansCascade au creux de Combe Laval
Chute de la Druise
Pour moi qui ai grandi au sud de la Drôme, dans les plaines alluviales du Rhône, le Vercors était la contrée dangereuse et sublime, la montagne altière qu’on voyait se détacher au loin, quand on roulait vers le Nord, et dont les cimes abruptes m’attiraient comme le danger aimante le héros des livres d’aventure. Je suis bien loin de connaître tous les secrets de ce pays unique entre tous – mais ceux que j’ai vus m’ont fait jurer d’y revenir encore et encore. que voir dans le vercors et le royans
Reliefs majestueux du Vercors.
Les reliefs caractéristiques du massif, ici à Perrin, tout au sud du Vercors
Routes effrayantes du Vercors.
Venez avec moi, nous entrons au cœur de la forteresse.
Le pays de Royans, sublime porte du Vercors
Entre Drôme et Isère, le pays de Royans est la porte qui ouvre sur les hauts sommets du Vercors, une contrée qui s’achemine vers les hauteurs, et que gouvernent les eaux. Le Royans, ce sont des villages infiniment pittoresques posés sur les eaux, tels que Saint Nazaire en Royans, que son aqueduc jeté au-dessus de la rivière Bourne a rendu célèbre. Si l’aqueduc date du XIXe siècle, les hommes ont peuplé cette région depuis la nuit des temps, et les grottes de Thaïs gardent les traces des Cro-Magnon. C’est un des multiples secrets du Vercors : ce réseau de grottes tracées par l’eau obstinée à travers le calcaire et le tuft, qui ont préservé loin de la lumière la mémoire du monde. que voir dans le vercors et le royans
Saint Nazaire et son aqueducReflets de l’aqueduc
Remontons la Bourne jusqu’au village que je préfère dans le pays de Royans, Pont-en-Royans, le village qui a trouvé mille manières de déclarer son amour à l’onde vive.
Pont-en-Royans, mon coup de coeur dans le Vercors
Des fontaines somptueuses peuplent les rives de la Bourne, le Musée de l’eau la loue dans tous ses états, et les maisons l’aiment tant qu’elles se penchent dangereusement au-dessus de la rivière, comme si elles voulaient y plonger. Ces maisons suspendues au-dessus de la Bourne font la renommée de la ville, et souvent, quand je vois des photos d’autres endroits magnifiques où on trouve ce genre de constructions acrobatiques qui défient le vertige, comme les Cinqueterre ou la Côte Amalfitaine, j’ai une petite bouffée de chauvinisme : chez nous aussi, dans ma région, nous avons des architectes funambules, des gens qui rêvaient de vivre sur la pointe des pieds au-dessus de l’eau. que voir dans le vercors et le royans
Les iconiques maisons suspendues de Pont en Royans.
Pont en Royans, ou l’amour de l’eau vive
que voir dans le Royans Vercors Mon amie Marion, auteur du très beau blog La Faute Au Graph, a grandi dans le Vercors et connaît les beautés de Pont-en-Royans par cœur – et notamment les gorges qui se révèlent en remontant la Bourne, plus haut que le village, derrière le pont. C’est elle qui a pris la fabuleuse photo ci-dessous :
Combe Laval, le vertige au coeur du pays de Royans
Combe Laval. A lui seul, ce cirque minéral immense justifie qu’on aille se perdre dans le pays de Royans. Imaginez un immense amphithéâtre de pierre, profond de 4km et haut de 600m, coiffé de crêtes comme autant de vagues qui se brisent, où des falaises immenses encerclent le fond de la vallée comme une herse.
Vue des hauteurs de Combe Laval
Une route spectaculaire a été creusée à flanc de falaise, et offre des vues fabuleuses sur la combe. C’est ici qu’on le comprend vraiment : le Vercors est un château fort, et de telles murailles préservent forcément quelque secret.
Route surplombante.
Au fond, à l’ombre des montagnes dressées comme autant de guerriers, là où l’air est frais et le soleil s’aventure peu, ils se découvrent peu à peu. Les hommes qui vécurent ici furent toujours d’une trempe extraordinaire – des ermites, des mystiques, des acharnés. Ils ont tracé des routes dans la montagne, superposé les pierres de tuf pour bâtir les ponts qui désenclavaient un peu cette vallée profonde que l’hiver encerclait de glace. Le Pont des Chartreux, surplombé de la cascade de Frochet, témoigne de cette longue histoire.
Eau bondissante sous le pont des Chartreux
Vue depuis la cascade de Frochet.
Si on remonte le ruisseau qui court au fond de la vallée, le Cholet, on parvient à un endroit étrange et unique en Europe occidentale : le monastère Saint-Antoine-le-Grand. L’ordre monastique orthodoxe qui peuple le Mont Athos, en Grèce (un des endroits les plus reculés et mystérieux du monde), a fondé en 1978 Saint-Antoine, et choisi le Vercors pour y vivre leur idéal d’isolation solennelle. C’est dire combien ce pays est sauvage et beau, quelle solennité l’habite, pour que ces ermites sublimes le jugent digne d’égaler le Mont Athos !
Monastère Saint Antoine le Grand. Hélas, il est interdit de prendre des photos à l’intérieur… mais croyez moi, c’est absolument fabuleux.
Il est malheureusement interdit de prendre des photos à l’intérieur du monastère, et je le regrette beaucoup, car c’est absolument sidérant. Je n’ai jamais vu ça en dehors de Russie, de Bulgarie, bref, d’Europe de l’Est : des murs de bois entièrement couverts de fresques et d’icônes, une Apocalypse à donner la chair de poule, un jugement dernier saisissant, un art iconique d’une beauté exceptionnelle, réalisé par un artiste russe. Croyez-moi sur parole, ce lieu mérite le détour…
En pratique : Saint Antoine le Grand est situé sur la commune de Saint Laurent en Royans et accessible en voiture uniquement – aucun transport en commun ne dessert les profondeurs de Combe Laval. Les horaires des visites varient selon les jours et la saison, consultez les ici .
Randonnée secrète dans Combe Laval
Voici maintenant la randonnée secrète, au cœur de Combe Laval : ne vous arrêtez pas à St Antoine, mais prenez le chemin qui longe le monastère sur la gauche, et remontez le cours du Cholet jusqu’aux cascades. L’eau jaillit de la paroi rocheuse après un long parcours souterrain, glaciale et empreinte des obscurités caverneuses, et cataracte en une série de piscines naturelles qui m’évoquent les « piscines des fées » de l’île de Skye, en Ecosse. C’est un lieu magique, où on imagine fées et elfes assoupis sur les mousses.
Entrons au coeur de Combe Laval…
A l’assaut de la cascade…
Pour les plus aventureux, l’épopée ne s’arrête pas au pied de la paroi : Combe Laval est un lieu d’escalade aussi dangereux que prisé, avec cette paroi immense, parfaitement lisse et raide…
Paroi verticale de Combe Laval
La source du Cholet, au fond de Combe Laval : fin de la randonnée secrète
La cascade et la falaise
J’ai bravé le froid glacial, je me suis baignée dans les piscines du Cholet. Leur couleur profonde, leur éclat d’émeraude avaient une qualité presque hypnotique. Mais l’eau était plus froide que tout ce que j’ai connu dans ma vie. C’était comme sauter dans un bain de glace, et j’ai eu l’impression d’être transpercée par mille petites lames… que voir dans le royans vercors
Baignade glaciaire dans les bassins de la cascade secrète…
En pratique : Cette randonnée est réservée aux personnes aguerries et empruntée à vos risques et périls, car elle est potentiellement dangereuse : il faut remonter la cascade, en escaladant les roches glissantes. Suivez le chemin qui part à gauche du monastère St Antoine le Grand en suivant la canalisation d’eau jusqu’au barrage, puis continuez en escaladant la cascade, jusqu’au sommet, jusqu’à la source du Cholet jaillissant de la Combe. Des voies d’escalade ont été aménagées pour ceux qui veulent s’aventurer ensuite à la paroi – mais je m’en suis bien gardée !
Fabuleuses piscines naturelles tout au long de la cascade
La chute de la Druise, plus belle cascade du Vercors
Mais sans doute devrais-je vous dire un mot de la plus belle cascade du Vercors. Elle demeure étonnamment confidentielle, compte tenu de sa grande beauté et de sa relative accessibilité (30 minutes de randonnée environ pour atteindre le fond du canyon où jaillit la chute), et pourtant cette chute m’a rappelé les plus belles cascades d’Islande et d’Ecosse. Tout au sud du parc du Vercors, tout au nord de la Drôme, elle se précipite au coeur d’une grande faille de calcaire blanc et doré, et a quelque chose de féerique.
La plus belle cascade du Vercors ? La chute de la Druise, au nord de la Drôme
Elle nous rappelle que le Vercors est le pays des cascades, et qu’elles sont innombrables dans ce territoire calcaire où la roche cède à la pluie – la cascade blanche de Sainte Eulalie, la cascade de la Fauge, le canyon des Ecouges sont autant de cascades en Vercors que je rêve de voir ou de revoir, et que je vous encourage à explorer.
Après la randonnée vers la chute de la Druise, arrêtez vous dans l’un des plus anciens restaurants de la région, le Moulin de la Pipe, un lieu dont l’authenticité et la beauté vous feront remonter le temps.
Moulin de la Pipe.
Les alpages de Font d’Urle
J’ai skié à Font d’Urle quand j’étais toute petite, en voyage scolaire. Pour nous, les Drômois de la plaine, cette station (située sur la commune de Bouvante) était le seuil du froid et de la verticalité, la première découverte du ski alpin et des paysages implacables de la montagne.
Des années plus tard, je l’ai revue à la fin de l’été, quand les troupeaux paissent encore dans les alpages.
Le calme des alpages de Font d’Urle – Chaud Clapier.
Troupeaux de mouton à Font d’Urle
Des chevaux et des moutons broutaient l’herbe épargnée par les arrêtes pierreuses. Plus loin, là où seuls les chamois s’aventurent, la montagne s’ouvrait et se plissait comme une lame fondue, révélant la profondeur des vallées du Vercors, et le dédale des cimes.
Le Vercors ouvre son coeur
Pays sauvage et âpre.
Arrêtes effrayantes du Vercors
J’ai vu des marmottes profiter des derniers dons de l’été. Je n’ai pas vu de chamois, hélas – mais on m’a promis qu’ils étaient là, tout près. Je reviendrai à leur rencontre…
Oui, il y a des tas de marmottes dans le Vercors !
Souvenirs d’autres randonnées en Vercors
Le reste n’est qu’un fouillis de souvenirs dans la mémoire d’un vieux téléphone, des instantanés au vol, des merveilles en vrac.
Au hasard d’une route, au coeur du Vercors
Je me souviens d’avoir traversé le Vercors par la route du sud vers le nord par la route d’Autrans. Par endroits, le paysage s’ouvrait en grand et de grandes étendues se révélaient quelques centaines de mètres sous nos roues – parapentes et deltaplanes s’élançaient vers ces contrebas faramineux.
Je me souviens m’être pris un sapin en skiant à Lans-en-Vercors, parce que j’avais détourné la tête pour regarder un écureuil qui sautait de branche en branche. La station était une petite merveille à l’écart des grands axes, à taille humaine et boisée.
Je me souviens d’être partie, à Villard-de-Lans, à la recherche du Pont de l’Amour, une balade merveilleuse à travers des forêts moussues et des clairières remplies de fleurs sauvages, jusqu’à une petite cascade au milieu des bois.
Je me souviens avoir été fascinée par les Grottes de Choranche, où une rivière souterraine a dessiné des décors d’une beauté rare, et où vivent des protées, des salamandres cavernicoles d’une étrangeté stupéfiante, lointaines cousines de l’axolotl qui ne vieillit jamais. Sous la terre, dans la lumière tremblante des eaux mouvantes, ces créatures des abysses révèlent leurs corps de dragon.
Collections d’instantanés du Vercors et du pays de Royans. En haut : la cascade blanche, à Ste Eulalie ; les crêtes au dessus de Choranche. 2e ligne : Combe Laval ; la cascade du Pont de l’Amour à Villard de Lans. 3e ligne : une clairière à Villard de Lans ; la route d’Autrans. 4e ligne : cascades de Choranche ; Combe Laval. 5e ligne : Grotte de Choranche ; Pont en Royans. En bas : Grotte de Choranche ; cascades de Choranche.
Je suis bien loin d’avoir tout vu dans le Vercors. Je n’ai vu ni les gorges du Nan, ni les Ecouges, ni la grotte de la Draye Blanche. Je sais qu’ici l’espace se dilate, que chaque caverne et chaque vallée semble ouvrir sur des profondeurs inconnues, que le massif est comme un espace-temps à part, où chaque randonnée est une descente dans l’inouï. Je sais qu’ici, la France est plus brute et belle qu’ailleurs, qu’un vent d’extraordinaire souffle sur les sommets. Je sais que je reviendrai.
La cascade secrète, clef du mystère…
Et vous ? Connaissez-vous le Vercors et le Royans ? Racontez-moi.
Epinglez-moi !
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L’automne est là, avec sa farandole de couleurs flamboyantes. Partout dans l’hémisphère Nord, les feuilles des arbres se parent de fantastiques tons rouge et or pour un éphémère incendie. Profitons de la saison magique, partons en voyage à la recherche des plus belles couleurs de l’automne ! Où voir les teintes automnales, les feuilles mordorées, les forêts orange et sang ? Où voir les couleurs d’automne ?
J’ai demandé à d’autres blogueurs de voyage de partager avec moi leurs destinations et leurs plus belles photos des couleurs de saison. Et j’ai complété avec mes propres coups de cœur, des souvenirs des voyages automnaux de ces dernières années. Vous le savez déjà, le Québec est une destination prisée pour admirer les couleurs d’automne, et il sera abondamment représenté – mais nous irons aussi dans les Alpes, au Japon, dans plusieurs villes européennes, et ailleurs en Amérique du Nord, à la recherche des plus beaux plaisirs visuels.
Ne nous voilons pas la face, l’hiver approche, avec son cortège de grippes, charentaises pas sexy, nez qui coulent, patates à la crème et ciels de craie, alors avant l’hibernation et la déprime, profitons du bouquet final que nous offrent les beaux jours moribonds : les couleurs de l’automne ! Nous partons pour un tour du monde des forêts embrasées par la saison. Où voir les couleurs d’automne, partout autour du globe ?
Les couleurs du Nouveau Brunswick, par Audrey du blog Arpenter le chemin
Couleurs d’automne en Bavière.
Couleurs d’extrême Orient : l’automne au Japon
Commençons cette série par une destination qu’on a plus souvent l’habitude de voir associée au printemps qu’à l’automne, le pays du soleil levant. Je ne pensais qu’aux cerisiers en fleurs… mais maintenant, je pense aussi aux érables rougeoyants.
Vue flamboyante sur le Mont Fuji à Kawaguchiko, Japon
Marine et Alex racontent : « Au pied du Mont Fuji au Japon se trouve le lac Kawaguchiko. Le meilleur moyen de le découvrir est d’en parcourir la rive à vélo. Le tour du lac est très prisé au printemps pour la floraison des cerisiers roses. Mais beaucoup ne pensent pas qu’à l’automne les couleurs chaudes aux nuances de rouge et d’or des arbres le rendent encore plus magnifique, contrastant avec le franc bleu du ciel et la blancheur de la montagne. Si le paradis existe, Kawaguchiko au mois d’octobre en est très proche ! »
Solange raconte : « Au Japon, la saison des cerisiers en fleurs au printemps est très célèbre tout autour de la planète et les curieux se précipitent en avril pour pique-niquer sous les arbres. L’automne est une saison magique où tout se transforme. Quand le chaud soleil d’août laisse la place à plus de fraicheur, les arbres en profitent pour modifier leurs parures. Et les Japonais, grands amoureux de la Nature ne l’oublient pas. A partir de mi-octobre, les feuilles rougissent et les couleurs se multiplient pour le plaisir de tous. J’ai eu le bonheur de les admirer en novembre dernier quand l’automne résistait à l’avancée du froid, dans la région de Niigata, région principalement agricole. Les enceintes des châteaux de samouraïs s’ornent d’érables flamboyants dans lesquels jouent les écureuils. Les jardins japonais dont le calme et la sérénité n’est plus à démontrer se parent de nouveaux atours. Mes yeux ne savaient plus où se poser devant de telles merveilles. Les plans d’eau où se reflète la végétation accentuent encore cette beauté.
Si vous souhaitez vous rendre dans cette région pour y admirer cette saison des couleurs, je vous conseille d’y séjourner durant la seconde quinzaine d’octobre. Et profitez-en pour prendre le célèbre Shikansen, le TGV local, qui vous y emmènera très vite. »
Les couleurs d’automne en Amérique du Nord, Canada et USA
A tout seigneur, tout honneur : chacun pense à l’Amérique du Nord quand il entend « automne », aux forêts du Québec, de l’Ontario ou de l’Oregon. Voici les paysages automnaux mythiques. En général, l’automne en Amérique du Nord est précoce, et les couleurs sont visibles fin septembre/début octobre. Mais comme ces récits le prouvent, de jolies surprises restent possibles plus tard, jusque début novembre…
Le parc d’Oka dans les Laurentides, Québec
Marie et Michaël racontent : « Le Parc national d’Oka dans les Laurentides au Québec est surtout connu pour sa plage. Pourtant, lors de notre visite en novembre dernier, on avait du mal à l’imaginer bondé de monde. Seuls les filets de volley-ball toujours debout témoignent de l’été qui venait de se terminer. En fait, cherchant à fuir la grisaille de novembre, on s’était retrouvé à Oka dans l’espoir d’y apercevoir les dernières couleurs d’automne. Le pari était toutefois risqué. Les couleurs d’automne étant éphémères, elles n’ont pas l’habitude de s’éterniser trop longtemps en novembre. On aurait très bien pu se heurter à encore plus de gris ! Mais comme pour nous prouver qu’on avait eu tort de parler en mal de lui, novembre nous réservait une surprise. Plus belle que jamais, la forêt avait revêtu son habit d’or, celui qu’elle ne sort que quelques jours par année. Partout, le vert avait fait place au jaune, nous donnant ainsi l’impression de pénétrer une forêt enchantée (il ne manquait que les créatures magiques!). Au final, on a eu droit à l’un des plus beaux tableaux automnaux qu’on ait vus à ce jour. »
Ambiance feutrée dans le parc d’Oka, par Entre 2 escales.
Eve raconte : « Comme c’est le cas un peu partout en Amérique du Nord, l’automne se décline en différentes couleurs à Portland. C’est dans cette ville du Maine que nous avons célébré l’Action de grâce en famille l’an dernier. Avant d’entrer dans la grisaille de novembre et d’être dépouillés de leurs feuilles, les arbres affichaient des teintes allant du vert au rouge, en passant par le jaune et l’orangé. Au sol, les feuilles mortes formaient un tapis coloré que les enfants s’empressaient d’entasser ou de soulever dans les airs. La ville propose de nombreux parcs qui permettent de profiter des couleurs automnales en faisant d’agréables promenades. Nous avons particulièrement aimé nous balader le long de la Eastern Promenade et sur les rives du parc Fort Williams, où nous avons pu admirer le phare de Portland Head sous différents angles. Même en automne, les rues du vieux Portland demeurent animées. Flâner dans ce quartier permet de découvrir différentes boutiques de vêtements, d’art et d’artisanat. On y retrouve aussi de nombreux cafés, des pubs et des restaurants qui laissent échapper des odeurs alléchantes. C’est l’endroit parfait pour découvrir les spécialités réconfortantes du Maine, notamment le sandwich au homard (Lobster roll) et la chaudrée de palourdes (clam chowder). Rien de tel pour se réchauffer et accueillir la fraîcheur automnale avec le sourire ! »
Les couleurs du Maine et de l’Atlantique, par Nos racines sur 4 continents
Audrey raconte : « Quand on pense à l’automne, le Canada arrive souvent en tête des destinations de rêve, sur un fond de Joe Dassin. Si le Québec et l’Ontario sont des superstars chez les chasseurs de feuilles flamboyantes, le Nouveau-Brunswick n’est pas en reste, loin de là : niché contre le Québec et le Maine, il bénéficie des mêmes couleurs surnaturelles que ses prestigieux voisins, la foule en moins.
Dans le sud, ma préférence va à la baie de Fundy, incontournable en cette saison entre les demoiselles coiffées de roux des rochers Hopewell et le parc national de Fundy, aux falaises âpres version Technicolor. Dans la péninsule acadienne, l’île Miscou se couvre d’un tapis écarlate quand ses tourbières prennent le virage de l’automne. Le long de la Miramichi, de la Restigouche et du fleuve Saint-Jean, les trois grands cours d’eau de la province, c’est l’heure des dernières virées en canot parmi les reflets enflammés. Plus au nord, on dit que du haut du Mont Carleton, point culminant de la province, on voit dix millions d’arbres : l’automne est l’occasion d’aller le vérifier, et je compte bien le faire cette année. L’automne, c’est aussi la saison des activités en famille, et chaque localité a son festival des récoltes, son labyrinthe de maïs, son verger où aller cueillir des pommes à même les arbres et ramasser les citrouilles à la brouette… La douceur de l’automne se cache aussi dans ces petites fêtes villageoises, à l’ombre des arbres multicolores, évidemment !
Pour apprécier l’automne dans toute sa splendeur au Nouveau-Brunswick, mieux vaut venir entre la dernière semaine de septembre et la première quinzaine d’octobre.»
Vue sur le Nouveau Brunswick, par Arpenter le chemin.
Amélieraconte : « Le Québec est bien connu pour ses belles couleurs d’automne et ce n’est pas pour rien. Si j’adore l’hiver pour les paysages enneigés et les activités hivernales, j’apprécie encore plus l’été pour la chaleur et les festivals. Mais l’automne est sûrement ma saison préférée. J’ai l’impression de vivre dans un tableau impressionniste. Les couleurs vont du jaune au rouge en passant par l’orange et le vert. Je conseille à tout le monde de faire un tour dans les Laurentides pour le “festival des couleurs”. Au programme, randonnées, chalet entre amis, camping pour les moins frileux, pêche et pique-nique. C’est l’occasion d’en prendre plein la vue.
Vincent raconte : « On parle souvent du Québec lorsqu’on aborde le Canada… Mais plus rarement de l’Ontario. À environ une heure de Toronto, le nord de l’Ontario est pourtant l’endroit rêvé pour tous les amateurs de nature. On y trouve des réserves naturelles avec une centaine de cascades, des sentiers comme le Bruce Trail, des stations de ski de fond ou à raquettes… Autant dire qu’il y a de quoi se ressourcer dans les environs pendant toute l’année !
En été comme en automne, j’adore partir camper pour le weekend ou même pour une journée pique-nique et randonnée. La plupart des réserves naturelles au nord de l’Ontario offrent même la possibilité de faire un feu dans des espaces réservés. Beaucoup viennent en famille ou entre amis pour organiser des barbecues en plein air… Il faut dire que les couleurs de l’automne dans la région sont incroyables ! La végétation est très diverse. Au pic de l’automne, vers la fin octobre les températures sont encore douces, et toute une palette de couleurs du vert au rouge se côtoie sur quelques kilomètres !
L’année dernière, j’ai eu la chance de pouvoir photographier les magnifiques couleurs de la réserve de Hilton Falls. J’ai hâte d’y retourner dans quelques semaines avec ma famille ! L’Ontario est vraiment une destination surprenante en automne. J’espère que mes quelques photos vous donneront l’envie d’y voyager… »
Sentiers d’Ontario, par Vincent, du blog Regard nomade.
Je finis cette série nord-américaine avec un territoire qui me fait complètement fantasmer : le Yukon.
L’automne au bout du monde : le Yukon
Cédric raconte : « Le Yukon, ce territoire mystérieux situé aux confins du Canada, à la frontière de la Dernière Frontière (l’Alaska, surnommé “The Last Frontier State ») ne cesse de faire rêver. Il y a de quoi, en effet : des paysages somptueux, une Histoire riche et, surtout, l’impression d’être dans l’un des derniers endroits loin de toute civilisation, avec les ours pour compagnons de nuitée et la Voie Lactée comme toit. Pourtant, il y a quelque chose d’encore plus merveilleux, à un moment précis de l’année : l’automne !
Lorsque commencent à jaunir les feuilles et que les forêts se parent de mille et unes couleurs différentes, le voyageur ne peut faire qu’une seule chose : contempler. Que ce soit pendant un roadtrip de Whitehorse à Dawson, pendant une randonnée à Tombstone ou Kluane ou même lors d’une simple promenade, il est impossible de passer à côté de ce spectacle enchanteur. Du rouge au jaune en passant par l’ocre, toute la palette des couleurs automnales est présente dans le décor. Il suffit alors de laisser errer son regard et de se perdre dans l’immensité des forêts boréales, là-haut, dans ce bout du monde qu’on nomme le Yukon…»
Mosaïque du bout du monde, par From Yukon
Si vous rêvez maintenant de savoir comment aller au Yukon, c’est sur le blog From Yukon.
Où voir les couleurs d’automne en Europe ? Destinations automnales Europe – voyages d’automne Europe
Tout le monde vous a parlé du Québec dans la partie précédente, à croire que l’empereur incontesté de la feuille qui rougit hante les rêves de toute une génération biberonnée à Joe Dassin. Mais les voyages d’automne en Europe, ça peut être sublime aussi. Voici une petite démonstration.
Commençons notre voyage par la Scandinavie, des forêts de Finlande aux paysages plus lunaires d’Islande.
Islande, l’automne chez les elfes et les trolls
Mali raconte : « L’an dernier, je suis allée en Islande au tout début de l’automne, et déjà, c’était beau à voir… quand il ne pleuvait pas 😉 Car oui, l’Islande en automne, ça donne une météo souvent incertaine, de la grisaille, de la pluie, il peut faire aussi très froid et il vaut mieux venir avec de quoi voyager comme pour un séjour en plein hiver.
Mais un road-trip en Islande en automne, c’est aussi de magnifiques couleurs, moins de touristes, des étendues sauvages et les aurores boréales la nuit tombée si vous avez de la chance. L’automne est la saison idéale pour partir en Islande si vous voulez voir les aurores boréales sans (trop) risquer de tomber sur une tempête de neige de plusieurs jours. En prime, vous avez déjà les belles couleurs fauves de l’automne sur la végétation, ce qui donne encore plus de charme aux sites naturels. Bref, j’ai été conquise par cette saison, même si le printemps est souvent plus clément si vous y voyagez pour la première fois. »
Laves et mousses dorées.Le pays des trolls et des elfes en automne, par Un pied dans les nuages
Jenny raconte : « À partir de fin septembre, les couleurs d’automne en Finlande sont vraiment très prononcées et superbes. La région des Grands Lacs est à environ deux heures de route de Helsinki. J’y étais en 2016, et à certains endroits, on avait l’impression d’être au Canada. En tout cas, si vous aimez cette ambiance automnale, c’est l’endroit idéal pour y séjourner. Louer un chalet (Mokki en finlandais) au bord des lacs et profiter. Vous pouvez aussi aller faire une randonnée dans le parc Repoveden Kansallispuisto. »
La cabane au fond des bois, par Jenny. Copyright JD Roadtrip.
Il manque à ma liste scandinave rêvée la Norvège, que j’adorerais voir à l’heure où les fjords se dorent…
La Pologne haute en couleurs
Connaissez-vous la Pologne ? C’est un pays que je n’ai fait que traverser, et où j’ai désormais très envie de retourner en automne…
Varsovie sublimée
Aurore raconte : « Varsovie a la chance de connaître un climat continental. Les quatre saisons y sont donc très marquées ! Lors de ma venue en novembre, j’ai tout de suite été subjuguée par les magnifiques couleurs d’automne qui avaient recouvert la ville. Dans les parcs, les rues, des dégradés de jaune, de rouge et d’orange habillaient les arbres et le sol. Varsovie est une magnifique destination peu importe la saison. Mais je trouve que l’Automne se marie particulièrement bien avec la personnalité de la ville ! Une ville pleine de dynamisme et de vie malgré les épreuves qu’elle a subies par le passé. Pour admirer Varsovie en Automne, je vous recommande le mois d’octobre ! »
Julie raconte : « L’automne arrive plus tôt qu’en France. Il y dépose ses dégradés orangés dès la fin du mois de septembre, semant des paillettes au creux de mes yeux émerveillés. Ce n’est pas ma saison préférée mais ça pourrait le devenir, ici, à Lublin.
Il y a les dernières journées ensoleillées au bord du lac Zemborzycki et, dans le même temps, les premiers crépuscules dorés. La rue Lubartowska, artère centrale du quartier juif que j’emprunte tous les matins, me salue d’un air nouveau. Le parc de l’hôpital numéro un lui aussi se pare d’un manteau étincelant. Si beau que j’y retourne une fois ma matinée de stage terminée, capturer ces tons étrangers avant qu’il ne soit trop tard. J’en tire cette photo juste avant que les feuilles ne soient ramassées et je pense à l’intérieur, ça y est, l’hiver arrive. De nouvelles surprises sont à découvrir et l’automne à Lublin annonce toute la beauté de la saison à venir.
Il faut ici, maintenant, profiter de cette ambiance si particulière, encore chaude la journée mais si froide à la nuit tombée. Il faut se rassembler autour des délicieuses bières chaudes, sirotées à la paille dans les bars de la vieille ville, autour de la Rynek. Il faut profiter des derniers après-midis ensoleillés pour arpenter ces rues colorées et surtout il y a cet événement à ne pas manquer : la Toussaint, où tous les cimetières de la ville s’éclairent à l’unisson, portés par des milliers de flammes d’espoir. Lublin, comme de nombreuses villes en Pologne, traîne un lourd passé de répression et de massacres, en témoigne le camp de Majdanek que l’on peut visiter, pour la mémoire. Mais Lublin, avec l’aide de l’Europe, se relève tant bien que mal. C’est maintenant une petite ville rassemblant des milliers d’étudiants chaque année, polonais autant qu’étrangers. C’est une ville pleine d’énergie, portée par sa population estudiantine ; c’est une cité en pleine renaissance, et c’est elle qui m’a réappris à vivre. »
Tenir le trésor de l’automne au creux de sa main… par Julie la Blogtrotteuse. Magnifique photo qui fait la couverture de cet article – merci et bravo, Julie !
Allemagne, Autriche, la beauté automnale des Alpes germaniques
Vous le savez, on arrive là à mon sujet de prédilection : la Bavière ! le Tyrol ! le pays des cygnes, des châteaux et des Spätzle au fromage ! cette contrée de conte de fées est plus fabuleuse encore à l’automne. Je laisse Léa vous parler d’un moment magique en Autriche, puis je squatte mon propre article collaboratif pour laisser libre cours à mes obsessions germaniques. Il va notamment être question de lacs – fabuleux miroirs des incendies éphémères.
Automne en Franconie (Nord de la Bavière), ici à Volkach.
Cygnes d’automne à Seewalchen, entre Vienne et Innsbruck
Léa raconte : « Novembre. Le pouce est engourdi par le froid lorsque je le tends au bord de la route. Direction l’Autriche. Après les couleurs des façades de la belle Innsbruck, enfoncée au milieu de ses montagnes, ce sont celles de la route qui m’attendent.
J’y rencontre Wolfgang, perle de bonté brute. Une année est passée et je souris toujours en pensant à lui. Il va directement à Vienne. Nous pouvons donc fuir l’autoroute. C’est sur les petites routes sinueuses de montagne, entre Innsbruck et Vienne, que la voiture de Wolfgang s’enfonce. Nous montons et quelques flocons transpercent l’épaisse forêt qui nous enveloppe. Deux saisons se rencontrent ici, les feuilles orange et rouges des arbres se blanchissent petit à petit.
Plus loin, Wolfgang s’arrête au bord d’un lac sur lequel quelques dizaines de cygnes et de canards se laissent porter. « C’est ici que mes grands-parents avaient l’habitude de m’emmener enfant. ». Le jour tombe déjà et le ciel se pare de nuances roses et violètes qui font toute la magie des soirs d’automne. Nous restons là, un moment, à contempler le spectacle. J’ai oublié que j’avais froid.
Vienne, la route est déjà terminée. Je quitte Wolfgang, un goût de gâteau à la pomme et à la cannelle encore en bouche, et le sentiment d’avoir vécu un moment d’exception sur cette route autrichienne.»
Fin novembre sur les routes autrichiennes. Les derniers feux-follets s’éteignent dans les premières neiges, l’altitude réduit les brasiers en cendres d’argent. Nous nous sommes lancés dans un de ces week-ends d’amoureux à la faveur de la saison, où on mange trop de chocolat et flotte dans ces merveilleux spas germaniques. Soudain, le château d’Hohenwerfen surgit comme une vision et détrône mes autres amours, les Neuschwanstein et autres Königswinter. A cet instant, c’est pour moi le plus beau château du monde, dans cette lumière à bascule, entre la flamme et le froid. Il ne manque plus que les éperviers qui strient le ciel d’été, quand la fauconnerie d’Hohenwerfen organise ses spectacles. Et je me le redis pour la millième fois : Allemagne, Autriche, vous êtes magiques.
Bien sûr, le Canada, c’est merveilleux. Lacs immenses, sapins enluminés d’or et de rubis, plats roboratifs qu’on déguste dans des cabines en bois, kayak au milieu des feuilles virevoltantes… l’idylle automnale. Mais si je vous disais qu’on peut vivre tout ça sans traverser l’Atlantique ? La Bavière en automne, c’est paradisiaque aussi. Les lacs de Bavière sont un chapelet d’émerveillements chromatiques. Le kayak au milieu des sapins ? Pas de problème, ça sera sur l’Hintersee à Ramsau. Le bateau ? Au Königsee. La bronzette des derniers soleils ? Sur les transats du Schliersee. Pour moi, c’est la destination automnale parfaite : proche, abordable, avec un excellent rapport qualité-prix dans l’hébergement et la nourriture, et incroyablement belle.
Vous êtes d’humeur plus urbaine, et l’automne pour vous, c’est le Pumpkin Spice Latte chez Starbucks et les boucles d’oreille citrouille ? Pas de problème, restons dans les grandes villes européennes, et continuons le festival.
Munich, automne couleur bière dorée
Les Bavarois sont perturbants. La célèbre Oktoberfest a lieu non pas en octobre, mais en septembre, soit avant l’arrivée des couleurs dorées. Tant mieux : l’Oktoberfest, c’est trop bruyant à mon goût, trop rempli d’Américains ivres morts qui claquent le popotin de la serveuse en Dirndl. Venez à Munich après l’Oktoberfest, quand le calme est revenu et les prix sont redescendus, mi-octobre, et savourez une bière dans la convivialité ultra typique du Viktualienmarkt, au milieu de vrais Bavarois du cru. Vous verrez combien la ville est belle et douce, combien elle est facile à vivre. J’y ai passé deux ans de ma vie et j’y retournerais sans hésiter.
Cora raconte : « Pas trop loin de chez nous et sans surprise, la ville d’Amsterdam est belle toute l’année ! Mais, en automne, quand les feuilles rouges et or s’envolent au-dessus des fameux canaux, il y a vraiment de quoi rêver. Pendant le mois d’octobre (en général jusqu’à la mi-novembre), visitez Amsterdam pour les couleurs qu’on retrouve en centre ville, sur le fameux Marché aux Fleurs et dans le grand Vondelpark.
Le reste des Pays-Bas n’est pas à oublier non plus ! Dans le Waterland le long de la côte nord, l’automne se manifeste aussi par la couleur toute particulière de la mer et du ciel, une ambiance poétique au possible à explorer à vélo. »
Amsterdam et ses canaux par The Path She Took.
Pour découvrir les Pays-Bas et plein de bons plans sur Amsterdam, c’est sur le blog The Path She Took
Promenade d’automne à la citadelle de Lille
Chacha raconte : « Pour beaucoup de Lillois, la braderie de Lille annonce la fin des vacances et la rentrée. En ce qui me concerne, elle annonce l’arrivée de l’automne. Quand la fraîcheur du matin nous accueille en sortant de chez nous, nous savons que les routes de campagne se pareront de brume, et nous présenterons un spectacle de toute beauté où chaque représentation est unique. Tandis qu’enfin de journée le soleil jouera avec les nuages dans le ciel et nous offrira une palette de couleurs allant du rose jusqu’à l’orange vif, et tout ça pour notre plus grand bonheur. Avant de tirer leurs révérences pour l’hiver, les arbres centenaires du Parc de la Citadelle quant à eux nous offrirons tout un éventail de teintes qui donneront un caractère unique à chacune de nos balades. Après s’être dégourdi les jambes dans le Central Park made in Lille, s’installer en terrasse sur la grand place pour profiter du soleil couchant qui met en valeur les belles façades des hauts lieux de Lille est vrai un régal. Il ne faudra que quelques pas pour trouver un estaminet et se laisser séduire par les délices de la gastronomie régionale. Là aussi, tous nos sens sont mis en éveillent, et on ne demande qu’une chose, remettre ça le lendemain. »
Les aventures de Chacha à Lille, ça commence avec une vache écossaise.
L’automne dans les montagnes, forêts et landes françaises
Promenades bucoliques à la saison des kaléidoscopes chamarrés.
Couleurs d’automne à Fontainebleau
Nicolas raconte : « Où profiter au mieux des sublimes couleurs d’automnes quand on est en région parisienne ? Je vous proposerais d’aller visiter la forêt de Fontainebleau. Celle-ci est située à 30mn de Paris en train, et donc facilement accessible. On y trouve de superbes coins, entre zones sablonneuses, blocs de gré très prisés des passionnés d’escalade, et de nombreux points de vue.
Pour vous y rendre, descendez dans le petit village de Bois le Roi, puis suivez le GR jusqu’à la Forêt. Déjà dans ce village typique vous pourrez profiter au mieux des couleurs automnales, vous pouvez même longer la Seine et admirer les affolantes (des sublimes demeures).
Vous pouvez également vous arrêter – uniquement le week-end – à l’arrêt « Forêt » situé dans la forêt entre le village et Fontainebleau-Avon, qui est le troisième arrêt que je vous conseillerais. Si vous êtes véhiculés, je ne peux que vous inciter à aller vous promener aux Gorges de Franchard, découvrir le village des peintres de Barbizon et la Caverne des Brigands, aller du côté de la Faisanderie à Fontainebleau. Enfin, les parking de Rocher Cassepot ou Rocher Cuvier vous permettront là aussi de belles balades entre les rochers, et d’atteindre de jolis points de vues sur toute la forêt.
Et pourquoi pas juste vous arrêter sans but précis et aller chercher des champignons sous les couleurs orangées ? »
Les fougères dorées de Fontainebleau, par The Good Troll.
Il est une saison où la Camargue culmine en beauté : novembre. Les salicornes et les saladelles qui couvrent les marais salés revêtent leurs teintes rouges, et les flamants roses font leur mue, pour une rose plus intense encore. La Camargue en cette saison est une explosion de couleurs décuplées par les marais qui reflètent le ciel, où les crépuscules purifiés de la brume de chaleur estivale sont plus éclatants que jamais. Le grand évènement à ne pas manquer, ce sont les abrivades du 11 novembre : des centaines de chevaux envahissent la plage Est des Saintes Maries de la Mer.
Céline raconte : « J’ai vécu près de dix ans en région grenobloise et s’il y a une saison que j’affectionne vraiment c’est l’automne. Grenoble est entourée de quatre massifs montagneux : la Chartreuse, le Vercors, Belledonne et la Matheysine. Les montagnes et la nature sont proches ce qui permet d’admirer l’automne dans toute sa splendeur depuis la ville.
Mais, si on veut profiter un peu mieux de l’automne, direction le Vercors à seulement quelques minutes de Grenoble pour un festival de couleurs. De là, on peut s’adonner à la randonnée et profiter de l’automne pendant plusieurs semaines. Pour moi, cette région a tout d’un petit Québec tant les couleurs sont intenses. Selon les années, les couleurs sont plus ou moins marquées mais c’est souvent fin septembre – début octobre que l’automne explose. Et si le soleil est de la partie, c’est encore plus beau ! »
Le parc naturel du Vexin : verdure automnale en Île de France
Solène raconte : « L’Île-de-France n’a pas à rougir de ses paysages. Le département offre de bien jolis dégradés de couleurs lorsque l’automne prend doucement ses quartiers. Niché aux portes de Paris mais à des années lumières du bitume de la capitale (une cinquantaine de kilomètres), le Parc naturel régional du Vexin français est un véritable poumon au cœur de l’une des régions les plus peuplées de France. A cheval sur le Val d’Oise et les Yvelines, il rassemble 99 communes dont la plus grande accueille 6943 habitants (Auvers-sur-Oise) et la plus petite… 27 âmes (Charmont). Dès que l’été se retire sur la pointe des pieds, l’orange devient le new vert. Peu à peu, les milliers de feuilles se parent de cinquante nuances d’orangés. A découvrir à pied grâce à ses mille sentiers balisés ou à vélo avec l’avenue verte London-Paris. Patrimoine naturel, bâti, paysager, culturel… Les prémisses de l’automne sont sans nul doute l’une des périodes les plus propices à la découverte du coin… et à son terroir ! Du 2 septembre au 22 octobre, les agriculteurs, restaurateurs et guides professionnels proposent une trentaine d’animations autour de la gastronomie dans le cadre de l’événement « Goûtez le Vexin ». A savourer sans modération. »
Retrouvez l’île de France et d’autres belles destinations sur le blog de Solène, Solcito.
Le parc naturel régional du Vexin paré des lumières de l’automne. Copyright des photos : Julie MA Photographie.
La tête à l’envers : l’automne dans l’hémisphère Sud
Finissons par une petite pirouette : l’automne, de l’autre côté du monde, coïncide avec notre printemps. Et là-bas aussi, le festival multicolore bat son plein à l’heure où nous fêtons les bourgeons.
Les couleurs d’El Chalten : la Patagonie argentine en mars
Seb et Laura racontent : « Alors que l’hémisphère Nord ronge son frein en attendant le printemps, la Patagonie glisse lentement vers l’hiver, faisant exploser les couleurs des forêts de « lengas ». Dans les contreforts des Andes, au pied de majestueux glaciers et du mythique Fitz Roy, le panorama devient surréel. El Chalten en Argentine en mars est pour moi une acmé de la nature : une avalanche de couleurs flamboyantes dans un décors glacé. Un moment de basculement, où la splendeur de l’été décline superbement vers un hiver bleuté.
Randonner dans ce drame magnifique est une expérience d’humilité euphorisante. Certes, c’est un spectacle de déclin de la nature qui cède au froid, mais un déclin rassurant. Il n’est pas signe de mort, mais d’un repos annonciateur d’un nouveau cycle.»
Sur ces bonnes paroles pleines d’optimisme biologiste, je vous laisse affronter les premiers frimas. A vos citrouilles, châles et soupes fumantes. La saison des longues nuits vient de commencer…
Pour survivre à l’hiver, je vais vous sortir tous mes souvenirs d’été sur le blog. On ira en Grèce, en Haute-Provence, à Disneyland.. vous vous inscrivez à la newsletter pour suivre tout ça ?
Merci à tous les blogueurs participants pour ces superbes textes et photos !
Comment j’ai convaincu dix blogueurs de se mettre tout nus dans la Méditerranée, bravé une tempête et fait découvrir les beautés de Port-Cros et de l’île du Levant à une équipe d’aventuriers du paréo : voici le récit épique de cette semaine. J’espère vous donner envie, à votre tour, de découvrir les splendeurs du Parc National de Port-Cros et l’ambiance unique du Levant, la seule île naturiste de Méditerranée.
Toute la diversité de Hyères et de ses îles, et quelques surprises… épicées, dont un hôtel sulfureux au Levant, ça vous tente ? Partons pour un voyage un peu à part.
Découvrez l’ïle du Levant, un paradis méditerranéen préservé au large d’Hyères. Criques rocheuses à l’eau turquoise, village bohème d’artistes, végétation luxuriante, cette île naturiste est irrésistiblement exotique.
Naturisme île du Levant – visiter l’île du levant – Hôtel libertin – hôtel naturiste – hôtel libertin Le Levant – échangisme au Levant – hôtel libertin avec piscine
Les Îles d’Or, un trésor français à Hyères Choisir Porquerolles ou Port-Cros ? Quelle île des îles d’or choisir ?
Si je vous parle des trois îles d’Hyères, saurez-vous me les citer ?
Porquerollesest la plus vaste et la plus célèbre des trois sœurs dorées. On se promène en vélo sous ses pins parasols, on sirote un pastis sur la place du village tellement typique, on flâne sur ses plages plusieurs fois élues plus belles d’Europe : la plage du Sud et la plage Notre-Dame. Porquerolles est la star de l’archipel, et je l’adore. Mais connaissez-vous les charmes des deux autres ?
Sublime plage d’argent à Porquerolles, à mes yeux l’une des plus belles de Méditerranée
Dégustation de vin sous les pins parasols de Porquerolles : l’île compte trois domaines réputés
Port-Crosest un joyau sauvage. Moins fréquentée, plus secrète que Porquerolles, elle est aussi la plus préservée. Des puffins nichent sur les falaises abruptes de la Route des crêtes, des poissons curieux environnent le baigneur à la plage du Sud, et le dédale de ses chemins épineux est un puits de biodiversité. Les forts ont conservé l’âme des écrivains qui sont venus ici chanter l’âme de « l’île fée ». Une réglementation sévère (pas de vélos, de feu, de voitures, de pêche, de chiens…) a su conserver un fragment de Méditerranée éternelle, semblable à ce qu’elle fut il y a cent ou mille ans.
Sublime route des crêtes à Port-Cros
La plage du sud, Port Cros
Le Levant est unique : c’est la seule île naturiste de Méditerranée, et l’ambiance qui y règne est inimitable. Le Levant, c’est une île colorée, bigarrée, où on croise des gens heureux et libres qui dansent la Macarena à oil-pé et regardent tous les soirs le soleil se coucher sur la mer en se disant qu’ils sont au paradis. Une vraie vie de village, une ambiance ultra conviviale et un grand vent de liberté, c’est la plus originale et la plus animée des trois îles de l’archipel.
Criques sauvages de l’île du Levant
Comment mettre des blogueurs à nu : un blog trip naturiste à Hyères
Vous connaissez mon attachement à Hyères et ses îles, et vous savez peut-être que je travaille parfois à leur promotion auprès de Hyères Tourisme. Vous imaginez donc ma joie quand on m’a chargée d’organiser un blog trip (=voyage pour blogueurs) dans les Îles d’Or, pour faire découvrir à des camarades blogueurs la beauté de l’archipel.
L’office du tourisme de Hyères avait été représentée par sa directrice Christine De la Forest au salon des blogueurs de voyage WAT17 à Saint Malo en avril dernier, et elle y avait rencontré une jolie équipe d’influenceurs voyage prête à s’embarquer pour une aventure varoise. Nous avions envie de leur proposer un week-end d’évasion insulaire au soleil.
Mais ils ne savaient pas ce qu’on leur réservait.
Hyères, Porquerolles, Giens ? C’est absolument merveilleux, mais c’est ce que les journalistes et les blogueurs voient le plus souvent.
Nous voulions quelque chose d’original, d’inattendu. Nous voulions les envoyer au Levant, sur l’île naturiste.
Voilà le programme.
Nous bénéficions pour cela de la complicité de Gilles Goiset, le président de l’union des commerçants de l’île, qui était d’accord pour nous aider : il a convaincu six hôteliers du Levant d’offrir une chambre à un blogueur, afin que nous puissions les accueillir sur l’île.
Nos généreux sponsors étaient les hôtels le Youkali, Absolument Levant, les Iles d’Or, Cabo Verde, la Brise Marine et les Arbousiers.
Le programme a pris forme.
D’abord découvrir Port-Cros, à travers une randonnée sur sa sublime route des crêtes, et une plongée palme masques et tubas dans les fonds marins du merveilleux Parc national de Port-Cros, le premier parc marin de France, créé en 1963. Puis dormir le samedi soir au Levant, et passer la journée de dimanche à l’explorer à son rythme, pour apprivoiser le mode de vie original de l’île naturiste.
Quand j’ai envoyé à mes collègues blogueurs le mail d’invitation « coucou, ça vous dirait de tous vous foutre à poil à Hyères ? », les réactions ont été mitigées.
Une île naturiste ?
Mais il y aura des gens tout nus partout ?
Mais on devra être tout nus nous-mêmes ?
Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Naturisme obligatoire.
J’ai donc donné le mode d’emploi du naturisme au Levant. Dans le village, la nudité est optionnelle. Sur le sentier du littoral qui longe les plages et criques de l’île, la nudité est demandée, mais vous avez une astuce pour y échapper : le paréo, accessoire acceptable en milieu naturiste. Pour se baigner, on y coupera pas : bikini interdit, il faudra se mettre vraiment tout nu.
Certains blogueurs ont refusé.
D’autres ont hésité.
Et finalement, un groupe de courageux m’a dit oui : La fille de l’encre, Carnets de Ti’Piment,A day in the world, Seniors en Vadrouille, Je Suis Partie Voyager – sans compter bien sûr mon viking de mari, embarqué de force dans cette aventure pour défendre l’honneur d’Itinera Magica.
Tout le monde est allé dévaliser les boutiques de paréos et s’est armé de ses plus beaux textiles à fleurs et perroquets pour draper sa nudité frémissante de couleurs rigolotes.
Et le grand jour est arrivé.
Et la météo annonçait qu’il pleuvrait des cordes.
Bloggers on the storm. Route des crêtes, Port Cros.
Randonnée à Port-Cros avant la pluie
Port-Cros est une île merveilleuse, façonnée par les écrivains qui l’ont aimée, refuge d’une variété exceptionnelle de plantes et d’animaux terrestres, marins et aériens. Ses pentes de schiste et de grès s’effeuillent dans des criques d’un bleu incroyable, et des oiseaux rares nichent au creux des falaises.
Lumière d’avant le déluge.
Port-Cros, sa plage du sud et sa géologie merveilleuse, tout de schiste et de grès. Même par mauvais temps, la couleur de l’eau se devine.
J’embarque au port de Hyères avec le joyeux groupe de blogueurs sur un bateau de la compagnie TLV-TVM. Ce sont eux qui assurent les navettes entre Hyères et ses îles. Si tout le monde sait que les bateaux pour Porquerolles partent de la Tour fondue, peu de monde sait que du port de Hyères, on prend celles pour Port-Cros et Le Levant. C’est sans doute pour ça que ces îles là sont moins courues, moins touristiques : la plupart des vacanciers ne pensent pas à changer d’embarcadère. Nous avons le bateau presque pour nous tous seuls. Minute budget : Un aller retour pour Porquerolles coûte 19 euros, 28 pour Port-Cros et Le Levant.
Aujourd’hui l’orage menace, mais avant que les nuages crèvent, j’aurai le temps de leur montrer la fabuleuse Plage du Sud, où les poissons viennent frôler les baigneurs.
Poissons merveilleux de la plage du sud.
Puis la pluie s’abat et Port-Cros sous l’averse, ça devient un peu « bienvenue à Quimper » (total respect pour les Bretons). Les turquoises se sont noyés dans le gris, la brume et le vent éteignent la lumière des points de vue renversants.
Météo compliquée. (Vous avez la même route des crêtes version estivale plus haut…)
Malgré tout, on chemine courageusement dans la tempête, et mange un pique-nique préparé par le Sun Plongée sous un grand pin. C’est un service très pratique proposé par ce restaurant et club de plongée : d’excellents pique-niques à emporter avec soi dans sa découverte de l’île. Qu’on mange sur la plage, normalement, pas les fesses dans les épines de pin.
Pique nique du Sun et blogueurs mouillés.
Puis l’averse se fait torrentielle. Des rivières de boue cascadent des collines. Il n’a pas plu depuis mars sur les îles d’Or, et il faut que ça tombe aujourd’hui. La pluie vient transpercer nos K-way d’endives sous cellophane, et notre blog trip ressemble à un bac à légumes en phase de dégel. Trempés et boueux, nous allons demander l’asile au merveilleux Manoir de Port-Cros, superbe hôtel fidèle à l’esprit de l’île-fée. Ils nous acceptent gentiment malgré notre dégaine piteuse de chien mouillé, et nous servent un thé dans leur très beau bar de style colonial. Ça fait un peu « les manants squattent le quatre étoiles », j’ai un peu honte de l’eau qui ruisselle de nos K-Way dégoulinants, mais l’équipe du Manoir est adorable, noblesse oblige. Et tout le monde admire la beauté des lieux.
Notre hashtag est #aventurhyeres, et ça n’a jamais été aussi mérité.
La tempête fait rage au Manoir.
Je fais ici une petite parenthèse pour vous raconter Le Manoir.
Le Manoir de Port-Cros, un mythe littéraire
J’aimerais vous parler du Manoir, un lieu enchanteur et une légende poétique. Aucune île n’est plus follement littéraire que Port-Cros, et le Manoir est son cœur palpitant.
Beauté du Manoir par beau temps
Dès la fin du XIXe siècle, Port-Cros fascine les écrivains. Eugène Melchior de Voguë y situe l’action de Jean d’Agrève, une histoire de passion tumultueuse et de solitude romantique (spoiler : il y a une très belle femme qui meurt, et un homme qui pleure sur une île). Dans les années 20, Jean Paulhan installe la Nouvelle Revue Française au Fort de la Vigie, et y invite Gaston Gallimard, Jules Supervielle, Henri Michaux, André Gide ou St John Perse. Vivienne de Watteville, l’aventurière qui a vu son père dévoré par un lion sous ses yeux, loue la maison de la baie de Port-Man et y vit à la mode exploratrice, dans un dénuement savamment calculé (mais sans gros félins anthropophages).
Et comment une telle île pourrait ne pas fasciner les poètes ?
Mais l’histoire que je préfère, c’est celle de la violoniste Marceline Henry. Epouse de Marcel Henry (ça ne s’invente pas), elle tombe amoureuse du poète Claude Balyne, qui souffre de tuberculose. Lorsque Claude Balyne croit ses derniers jours arrivés, Marceline écrit à Marcel en 1918 : « Claude va mourir, je pars ! » et embarque avec son amant pour Port-Cros, histoire de l’aider à mourir au soleil et en bonne compagnie. Mais au bon air de l’île, Claude Balyne décide d’ajourner son décès, et vivra dix ans heureux à Port-Cros, où il écrira L’île-fée. Constatant que l’amant est coriace et que cette histoire de trépas romantique va durer, Marceline convainc Marcel de les rejoindre à Port-Cros. Arrangeant, le mari accepte, tombe amoureux de l’île à son tour, et achète Le Manoir, qui devient l’épicentre de la vie littéraire et artistique. Femme libre, passionnée et amoureuse de la nature exceptionnelle de l’île, Marceline Henry fera tout pour la préserver. On lui doit la création du Parc National de Port-Cros : elle saura convaincre la riche héritière Paule Desmarais d’employer son argent à une bonne cause et de sauver l’île de la promotion immobilière en la rachetant. En 1963, le premier parc national marin français est créé, et la charte promet que Port-Cros restera toujours en l’état, sans nouvelles constructions, sans déboisage ni destruction.
Tombes de Marcel et Marceline Henry au cimetière de Port-Cros
Il n’y a plus que trente habitants à Port-Cros aujourd’hui. Les seules maisons sont celles du port, la maison de la baie de Port-Man, et le Manoir, dans son jardin serti d’eucalyptus à la chair rouge. Le propriétaire du Manoir, Pierre Buffet, est le petit-neveu de Marceline Henry, et le gardien de la mémoire des lieux. Ici l’idylle éternelle se prolonge, ici la sérénité sourd des jardins ourlés de rosée marine. C’est un hôtel élégant et luxueux, où on sert à heure fixe un menu absolument délicieux, où on goûte le privilège de la solitude et de l’exclusif. C’est un endroit que j’aime tellement que j’ai hésité à venir m’y marier, avant de rester fidèle à ma Drôme provençale natale.
Si vous êtes à la recherche d’un hôtel infiniment romantique sur la Côte d’Azur, sans ostentation et loin des foules, mais animé par l’esprit d’un vrai luxe tranquille, allez au Manoir.
La beauté du Manoir rayonne même par temps de pluie.
Je reprends mon récit : nous y avons passé une heure de pluie cataclysmique, bénissant l’abri qui nous était offert, et puis nous sommes partis nous baigner (si, si).
Snorkeling dans le Parc National de Port-Cros avec les 3 îles
Les 3 îles, c’est une compagnie hyéroise que j’adore et que je vous recommande sans hésitation : je leur dois ma plus belle sortie en mer de l’été, et la découverte d’endroits inaccessibles et préservés. Ils sont passionnés, sympas, et réceptifs aux demandes farfelues, du genre, emmener des blogueurs faire du snorkeling au large alors que l’averse coule à flots. Alors que des flots de boue descendaient de l’île et troublaient la mer, ils sont parvenus à nous trouver une côte minérale épargnée par le phénomène, et protégée du vent. Ils nous ont fourni tout le matériel, combinaisons qui flottent (« pour qu’on retrouve facilement vos corps en cas de noyade »), palmes et masques (normaux ou Décathlon easy breathe pour les empotés qui ne savent pas gérer un tuba classique sans boire la tasse, genre moi), et nous ont guidés à la découverte des fonds marins. Herbiers de Posidonie, poissons tropicaux colorés remontés en Méditerranée à la faveur du réchauffement climatique, étoiles de mer, mérous, rien n’avait de secret pour eux. La tempête nous a empêchés d’accéder au plus beau spot de snorkeling de tous, mais leur lot de consolation était super aussi – ce sont de vrais pros et passionnés.
Snorkeling au large de Port-Cros, au coeur du parc national : étoile de mer dans son écrin de posidonie
Dessins des algues et des courants
JC et JP des 3 îles
Arrivée à l’île du Levant
Mais il était temps de poursuivre notre exploration en terre dénudée… JC et JP des 3 îles nous laissent sur le ponton du Levant, et au bout de trente secondes, une dame se dénude et fait tournoyer son paréo au-dessus de sa tête pour dire au revoir à la navette qui s’éloigne. Nous sommes au Levant, pas de doute.
Bienvenue au Levant.
Gilles, le boss des nudistes, aurait dû venir nous chercher en voiture. Mais une mini tornade vient de frapper Le Levant : hôtels inondés, arbres arrachés, coulées de boue, tout le monde est occupé à nettoyer frénétiquement le village avant l’arrivée des blogueurs. Nous gravissons donc péniblement la longue côte qui mène au village d’Heliopolis, et je commence à me demander si j’en demande trop à mes blogueurs qui sont frigorifiés, trempés et crevés. Je vous avais un jour raconté que j’avais suprêmement la poisse niveau météo à Chamonix. J’ai réussi à amener mes blogueurs au Levant le jour d’une tornade, alors qu’il n’avait pas plu depuis mars – je me surpasse.
Mais dès que nous arrivons sur la place centrale du village, le charme opère. Le Levant, c’est bien plus qu’un lieu où on se met à poil. C’est un vrai petit village coloré et animé, avec restaurants, bars, boutiques et supermarché, où la mer vous guette à toutes les corniches. C’est le premier village naturiste d’Europe, fondé par les années 30 par deux médecins, les frères Durville, persuadés qu’on guérissait le corps et l’esprit en se mettant nu au soleil et à l’eau. On sent tout de suite qu’on se trouve dans un lieu à part, mythique.
Le charme de l’île du Levant : vues impériales sur la Méditerranée (ici, l’hôtel Absolument Levant), petites rues colorées, galeries d’art, théâtre, vie pétillante, chats en liberté… et les arbousiers emblématiques de l’île.
Les hôtels du Levant : une offre variée et des vues superbes
Plusieurs des hôteliers nous attendent et conduisent chaque blogueur dans son « chez lui » pour la nuit. Il faut savoir que l’offre d’hébergement est beaucoup plus importante et variée au Levant qu’à Porquerolles, et a fortiori qu’à Port-Cros. Hôtels, chambres d’hôtes, locations saisonnières, le catalogue est riche et les tarifs raisonnables : cela commence à 45 euros la nuit. Le luxe des palaces n’est pas de mise au Levant, mais tous les hôtels ou presque sont à la fois simples et beaux, et disposent de vues extraordinaires. C’est le grand atout du Levant, sa situation surplombante avec des vues panoramiques sur la Méditerranée étincelante.
Le Levant l’été dernier. Ici, tout le monde jouit de la vue sur la mer, qu’on soit sur les hauteurs du village ou tout près, sur le sentier littoral.
Tous les blogueurs sont dans de jolis établissements colorés à l’ambiance chaleureuse. Moi qui suis folle des cactus, je me régale dans le merveilleux jardin de l’hôtel Cabo Verde, rempli de beautés épineuses qui se penchent au-dessus de la piscine. C’est un vrai jardin exotique, qui rappelle qu’il ne gèle jamais sur les îles d’Or. Nous sommes à l’extrême sud de la Côte d’Azur, à son point le plus méridional, à la même latitude que Florence. La mer enlève des degrés à la fournaise estivale et en rajoute à la fraîcheur hivernale. Ici, les cactus survivent à l’hiver…
Hôtel Cabo Verde, paradis des cactées.
Mais il est temps de retrouver mon hôtel à moi. Et j’ai une petite appréhension.
Comment je me suis retrouvée dans un hôtel libertin au Levant : la Brise Marine Hôtel libertin – hôtel échangiste – hôtel libertin île du Levant – meilleur hôtel libertin
Revenons à l’organisation du blog trip.
Quand j’ai reçu de Gilles la liste des hôtels partenaires, et que j’ai lu « la Brise Marine » au milieu, j’ai failli recracher mon smoothie par les trous de nez. Petite explication : le Levant est clairement une île naturiste, et non libertine. La nudité ici est naturelle et spontanée, et non sexuelle. Rien à voir avec le Cap d’Agde, où c’est chaud bouillant toute la journée – vous ne verrez jamais ici de spectacle classé X sur la plage.
La plage des grottes par beau temps : pas d’exhibitionnisme sexuel, juste du naturisme pépère.
Mais il y a toutefois deux établissements libertins et évidemment réservés aux adultes au Levant, où l’échangisme se pratique entre portes closes et entre personnes consentantes. Ces deux établissements, ce sont le Rocher du Secret et la Brise Marine.
La réception de la liste a causé un petit débat. Que faisons-nous ? Nous avions déjà eu du mal à convaincre les blogueurs de tenter le naturisme, j’imaginais bien la réaction de celui ou celle à qui j’annoncerais « au fait, tu vas dans un hôtel libertin, ça va tranquille ? » Mais nous sommes toujours sensibles aux gestes des hôteliers prêts à coopérer avec l’office du tourisme à la promotion de la destination en offrant gracieusement une chambre aux journalistes et blogueurs, et je ne voulais pas dire « nous ne voulons pas de vous » à la Brise Marine. Surtout qu’on m’avait dit que c’était, acrobaties mises à part, un très bel hôtel. Finalement, il a été décidé que j’irais moi-même à la Brise Marine. Avec Mr Viking en renfort.
La Brise Marine annonce d’entrée la couleur : « Ici, c’est le plus bel endroit pour s’aimer à plusieurs », « Hôtel réservé aux adultes, pour libertins et sympathisants ». En clair, personne ne vous forcera à fricoter avec votre voisin de transat, mais il faut accepter de les voir gigoter sans s’offusquer.
La couleur est clairement annoncée.
Le lieu est magnifique : une cour intérieure type riad, avec des arcades couvertes de glycine et de vigne vierge, au cœur duquel se dresse une fontaine. L’ensemble a un charme mauresque certain. Au-dessus, sur une grande terrasse avec une vue magnifique sur trois points cardinaux et la mer de toute part, s’étale une grande piscine. La partie inférieure de la piscine est un aquarium à travers lequel on peut voir se dérouler l’action érotique. Enfin, j’imagine. Car aujourd’hui, la tempête a réfrigéré les passions des libertins, d’autant qu’un grand arbousier s’est écrasé sur la machine à crêpes, et que Cédric, le gérant, déblaie avec ardeur (non, ceci n’est pas un jeu de mots douteux).
Le superbe hôtel libertin La brise marine. Vue sur trois côtés de mer et architecture mauresque magnifique.
Mais Cédric fait une pause pour nous présenter l’établissement, d’abord sa magnifique salle de petit déjeuner avec vue sur la Méditerranée, la cuisine et les frigos à la disposition des clients, pour qu’ils se sentent vraiment chez eux dans ce lieu accueillant… puis la « salle de jeu » remplie de canapés rouges et de statues évocatrices, ainsi que, plus perturbant pour moi, le donjon SM, qui est sacrément pimenté et que je ne décrirai pas plus avant par respect pour les chastes lecteurs d’Itinera Magica.
La Brise marine et son « aquarium ». En bas : la cour extérieure, où on peut manger de délicieuses galettes au sarrazin le midi.
L’idée est qu’à la Brise marine, tout est permis… dans le respect de l’autre, avec un état d’esprit chaleureux et convivial. Que votre intérêt porte sur les crêpes au nutella ou l’amour à douze, c’est OK. Je trouverai au petit-déjeuner le lendemain une joyeuse bande de libertins qui ne se connaissait pas la veille, mais qui a passé une nuit à se connaître en mode accéléré. Tous adorent la Brise Marine, dont ils vantent la beauté, l’esprit unique, et l’investissement des propriétaires, Cédric et Valérie. Un couple de fringants quinquagénaires me confie : « Pour nous, c’est le meilleur hôtel libertin de France. Le cadre est sublime, les gérants sont adorables, il y a toujours de l’ambiance, et les tarifs sont très abordables. Pourquoi aller ailleurs ? »
Les chambres sont simples mais belles, propres, avec une vue superbe. Le seul point noir, ce sont les salles de bain/WC, des cabines de bateau spartiates. Cédric m’explique qu’il a racheté l’hôtel il y a dix-huit mois, et qu’il travaille dur à sa rénovation. C’est un ancien Parisien venu trouver la vraie vie, le soleil et la liberté au Levant, et dès qu’il aura vendu sa dernière possession parisienne, les rénovations prendront un coup d’accélérateur, avec une deuxième piscine et la réfection de toutes les salles de bain. On sent immédiatement sa passion pour les lieux, et l’énergie qu’il met à rendre la Brise marine plus belle encore.
En haut : une très jolie chambre à la Brise Marine. En bas : la salle de jeux « soft ». La porte du donjon SM est ouverte au fond, mais je n’ai pas pris de photos là-bas 😉
Je découvrirai plus tard que de nombreux autres Levantins sont dans son cas : d’ex citadins qui ont tout vendu et tout lâché pour acheter leur rêve varois, reprendre ici un restaurant ou un hôtel, et ne plus avoir l’impression de passer à côté de leur vie.
Le naturisme, bien plus que la nudité : changer d’état d’esprit
Je retrouve les autres blogueurs presque déçus : il fait vraiment froid, et personne n’est à poil dans le village. Les naturistes ont beau avoir des principes, ils ne sont pas idiots et ne restent pas les bouboules à l’air quand le mistral et la pluie font rage. Nous croisons juste un Monsieur en pull de laine et nu sous la ceinture, ce qui nous renseigne sur les possibilités combinatoires. Puis nous avons une réflexion sur le K-way transparent, qui permettrait de concilier idéal de transparence et désir de rester au sec, et nous promettons d’investir. Vous le comprenez, nous sommes un peu frustrés de notre découverte naturiste, comme des gamins à qui on a promis qu’ils allaient voir plein de trucs. Il y a un vent polisson qui s’immisce dans le groupe des blogueurs, comme une colonie de vacances qui s’encanaille.
Mais Gilles vient discuter avec nous et rectifier un peu nos idées reçues. Le naturisme, ce n’est pas juste se promener à poil, ce n’est pas tenir à tout prix à ne pas enfiler un caleçon. Ce n’est pas juste la nudité. On reste naturiste même quand on enfile un chandail parce que le mercure s’effondre. Le naturisme, c’est un état d’esprit hérité des frères Durville : rechercher la communion entre l’homme et la nature, la sensation de liberté qu’on éprouve à être nu dans la mer, la liberté de l’homme qui se défie des conventions et vit dans un esprit de solidarité et d’harmonie sous le soleil.
Au Levant, tout le monde se connaît et s’entraide. Quand la tornade a inondé certaines maisons, tout le monde est venu filer un coup de main pour serpiller et déblayer. Quand quelqu’un part pour le continent, tout le monde lui transmet sa liste de commissions. Le Levant a une vie culturelle et festive riche, et organise sans cesse des occasions de se retrouver et de fêter le plaisir d’être ensemble dans ce lieu hors du monde, entre mer et ciel. Bref, on ne vient pas ici pour voir des gens tout nus – on vient ici pour savourer une atmosphère unique.
Le Levant : un mythe depuis l’après-guerre, lieu de tous les fantasmes et de toutes les bourrasques de liberté. Toutes les premières photos ont été prises dans le ravissant magasin d’antiquités érotiques sur la place du village.
Délicieux repas à La Bohème
Nous mangeons à La Bohème, un merveilleux bar et resto sur la place du village, où tout le repas est absolument succulent et où les patrons et serveuses sont adorables. Alexandra, la chef, a elle aussi tout vendu pour vivre son rêve au Levant. C’est une femme belle et joyeuse qui raconte combien le Levant est unique, combien elle aime son île d’adoption, et le bonheur inouï qu’elle éprouve chaque matin à voir le soleil sortir des eaux. « Les plus beaux levers de soleil du monde sont au Levant », où il jaillit de chaque terrasse et chaque fenêtre. Après un délicieux dîner, nous retrouvons tout le village ou presque au bar de La Bohème, où tout le monde danse et fait la fête. Les commerçants du Levant nous offrent à boire et viennent spontanément discuter avec nous. Tous n’ont que des mots d’amour pour leur île à la bouche, racontent les longs étés indiens et les hivers ensoleillés, le côté sauvage de cette île qui n’a eu l’électricité qu’en 1989, qui n’a pas d’éclairage public, où la nuit est noire pour admirer les constellations, où on recueille l’eau de pluie dans de grandes citernes souterraines. Ils racontent les cactus et les arbousiers, les figues de Barbarie et les fleurs à profusion, les oiseaux dans les jardins et le souvenir des fêtes mythiques de l’après-guerre. Dans les années 50, ce fut le lieu de rencontre de toutes les stars venues chercher l’esprit hippie avant l’heure, et une source intarissable de fantasmes pour le cinéma français, qui y tourne des dizaines de films du genre « Au pays des mille et une nues » ou encore « L’île des femmes nues ». Nous rencontrons un couple de galeristes adorables qui tiennent un magasin d’antiquités érotiques sur la place du village, où on célèbre toute la mémoire du Levant des années 30 aux rugissantes seventies. Les époques se confondent, le temps est suspendu. Ici, les sixties ne meurent jamais.
Ambiance sur la place du village. La Bohème : resto délicieux et bar animé.
Un dimanche au Levant
Le Levant est belle, des hauteurs boisées aux plages rocheuses. Pour le tour du Point du Jour, de la forêt d’arbousiers, des calanques et des criques, je vous renvoie à mon précédent article sur l’île du Levant, où la lumière était bien plus belle. Je vous raconterai juste qu’après une matinée maussade, le soleil est revenu dans l’après-midi et que les blogueurs ont enfin tombé le paréo pour une trempette dans les eaux bleues de la Méditerranée. C’était une joyeuse bande de gamins en vadrouille. Les vues marines, les odeurs de fleurs et d’épineux, les cactus sur les chemins, tout conspire à se sentir transporté très loin.
Et moi, il faut que je vous raconte le moment le plus humiliant du week-end. Trois quarts d’heure avant de reprendre le bateau, je m’allonge épuisée sur un transat de la piscine à la Brise Marine, pour dormir un peu avant d’enchaîner sur un nouveau blog trip dans le Golfe de St Tropez. J’ai attrapé froid sous la pluie, et je suis KO après ce week-end intense. Quinze minutes après, Mr Viking me réveille en me secouant vigoureusement. Tout autour de moi, les couples se sont mis en branle, l’action libertine démarre sur les chapeaux de roues et … mes ronflements d’enrhumée les dérangent.
Récapitulons : je suis dans un hôtel échangiste et je dérange les gens qui baisent en ronflant très fort dans mon sommeil de plomb. Je suis définitivement la nana la plus glamour du monde.
Personne ne fera tourner son paréo pour nous dire au revoir, à notre grande déception, mais nous sommes partis en nous promettant de revenir au Levant.
Blogueurs ravis quittant l’île du Levant. De gauche à droite : Lauriane (Je suis partie voyager), Nico et Marjorie (Carnets de Ti’Piment), Solange (Seniors en Vadrouille), Olivia (La fille de l’encre), Bernard (Mr Senior), moi. Il manque Marie de A day in the world, probablement occupée à se rhabiller, et Monsieur Itinera Magica qui prend la photo.
Du coup, voici Marie, rayonnante sur le bateau des 3 îles.
Ici, aucun hiver ne vient tuer les beautés exotiques, ici, le soleil se lève inlassablement sur la mer, ici, on peut oublier le monde. Un grand vent de liberté et de bonheur souffle sur cette île unique en son genre, et je comprends comment on peut tout laisser derrière soi pour s’installer au Levant, à l’extrême sud de la côte d’Azur, sous le soleil exactement.
Le Levant, un paradis secret
Epinglez moi !
Merci à celles et ceux qui ont rendu cette expérience possible : l’office du tourisme de Hyères et notamment sa directrice Christine De la Forest, l’union des commerçants du Levant, représentée par Gilles Goiset, les six hôteliers partenaires de l’opération au Levant (Absolument Levant, les Iles d’or, les Arbousiers, la Brise Marine, le Youkali, Cabo Verde), tous les prestataires qui y ont participé, et bien sûr les courageux blogueurs qui n’ont pas eu peur de se jeter à l’eau !