Kangerlussuaq est l’étape obligatoire de tout voyage au Groenland : les vols internationaux passent forcément par son aéroport. Mais Kangerlussuaq est bien plus qu’un hub, c’est aussi l’endroit où il est le plus facile d’approcher la fascinante calotte glaciaire qui recouvre la quasi-totalité du Groenland. Je vous propose une petite incursion auprès des glaciers éternels, avant de retrouver les couleurs scandinaves à Copenhague.
Mon voyage au Groenland s’arrête ici. Après Nuuk et Ilulissat, je suis biberonnée à la démesure, gorgée de spectaculaire, j’en redemande encore, mais il est déjà temps de repartir. Le Groenland a une dernière surprise pour moi : Kangerlussuaq. Peu de voyageurs y font halte. La ville est avant tout un aéroport international, le seul du pays à pouvoir accueillir les gros porteurs arrivant du Danemark après 4h20 de vol. Je n’ai que quatre heures d’escale à Kangerlussuaq, avant de continuer mon périple vers mon vieux continent.
Kangerlussuaq : l’étape incontournable de tout voyage au Groenland, au plus près de la calotte glaciaire.
Copenhague, porte d’entrée vers le Groenland
Au pied de la calotte glaciaire à Kangerlussuaq
Quatre heures à Kangerlussuaq, c’est bien trop court, mais elles seront mises à profit. Je vais approcher cette particularité géographique inouïe qui rend le Groenland si unique, si spectaculaire et extraterrestre : l’inlandsis, calotte glaciaire qui recouvre 80% du pays. C’est à cause de cet océan de glace de presque deux millions de kilomètres carrés que les villes se serrent sur les côtes, comme autant d’îlots isolés. C’est à cause d’elle qu’il n’y a pas de routes au Groenland, pas de chemins de fer, et aucune ville à l’intérieur des terres, pays des marcheurs blancs, des monstres mythologiques et de la glace éternelle. C’est grâce à elle que le Groenland ne ressemble à aucun autre pays au monde, qu’il défie l’entendement et éperonne l’imagination, qu’il donne le vertige et hypnotise les cœurs. Au cœur du Groenland, où personne ne va jamais, si ce n’est les scientifiques en hélicoptère, la calotte est épaisse de 3km par endroits.
Au bord du vertige.
Kangerlussuaq a ceci de fabuleux qu’on peut ici approcher au pied de la calotte, sur la plus longue route du pays. (Cette route est la seule à relier, en été et en 4×4 seulement, deux villes groenlandaises : Kangerlussuaq et Sisimiut. Partout ailleurs, les trajets de ville en ville se font en avion, ou en bateau l’été.)
A l’aéroport, je retrouve mon guide Adam Lyberth. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir bénéficier de ses services pendant mon bref arrêt à Kangerlussuaq : Adam est très demandé. La veille, il a emmené des photographes norvégiens faire du light painting et des mises en scène lumineuses dans les glaces de l’inlandsis. L’après-midi, il accueille un groupe de journalistes danois pour une randonnée glaciaire. Adam est fou de sa région et en est un merveilleux ambassadeur.
Nous prenons la piste en direction de la calotte, à travers des paysages nouveaux pour moi. Revenant d’Ilulissat, royaume de la glace, j’observe qu’ici le décor a changé. Pour la première fois depuis le début du voyage, je vois de la végétation. Nous sommes ici au sud du Groenland, dans son grenier fertile (si cette expression peut s’appliquer à un pays pareil). Ici, pas de pergélisol, la terre est fertile en été. L’agriculture groenlandaise, longtemps rendue impossible par les âges glaciaires, redevient possible, comme au temps des vikings. On peut désormais déguster les carottes de Kangerlussuaq et du sud groenlandais. On trouve ici des arbres minuscules, qui ont été plantés il y a quarante ans et ont mis tout ce temps à pousser, de l’herbe couverte de givre, et des animaux. C’est ici la région des troupeaux de rennes et de bœufs musqués, qui sont en vérité des chèvres. Ce sont des animaux énormes, presque préhistoriques, que j’avais vus empaillés dans la boutique de Nuuk vendant leur laine, Qiviut. Il paraît que la laine de bœuf musqué est la plus chaude qui existe sur Terre.
Vision rare au Groenland : des arbres ! Minuscules, et qui ont pourtant mis des dizaines d’années à grandir…L’herbe du sud du Groenland, ourlée de givre
Chèvre musquée empaillée dans une boutique de Nuuk
Je verrai deux rennes, dont une femelle courant sur la glace avec une grâce inouïe, mais hélas pas de bœufs musqués. En quatre heures, le temps de les guetter nous a manqué. Adam me raconte qu’en été, on peut partir randonner plusieurs jours autour de Kanguerlussuaq, camper sur la calotte glaciaire, approcher les bœufs musqués, pêcher dans le fjord. Il m’explique aussi que Kangerlussuaq est une base astronomique réputée pratiquant l’analyse des aurores boréales, car ici les nuits sont claires 300 jours par an. Les scientifiques envoient régulièrement des ballons et des sondes au cœur des tempêtes multicolores, afin de récolter des particules d’aurore. L’idée me fascine. Je m’imagine chasseuse de papillons dans le ciel immense, collectant les trésors miroitants de l’aurora borealis.
Une femelle renne surgit….
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Puis soudain, les glaciers surgissent. Approcher l’inlandsis restera une des expériences les plus fortes du voyage. Ici commence l’océan de glace. Si un fou ou un mage voulait marcher de Kangerlussuaq à Ittoqqortoormiit, sur la côte opposée, il lui faudrait traverser 1200 kilomètres d’enfer bleu, au milieu de crevasses profondes comme des gouffres. Je me sens face au mur de glace de Game of Thrones, minuscule à côté d’un magma de glace tranchante comme un raz de marée figé par le regard de la Méduse.
En été, une rivière impétueuse et violente coule au pied du glacier, portant les glaces fondues vers la mer. A cette époque de l’année, tout début avril, elle est encore gelée. Adam la sonde précautionneusement, puis me fait traverser la rivière en m’ordonnant de suivre exactement ses pas. Je vais toucher les murailles de glace, entrer quelques instants dans les cavernes qui se creusent à leurs pieds. Je n’arrête pas de répéter que c’est incroyable. Le Groenland m’aura offert des expériences d’une intensité émotionnelle rare.
Surgissement du glacier….Avec les monstres..La rivière geléeEntrer dans la glace.
Il faut déjà repartir. Je dis adieu aux glaciers, le cœur coloré de bleu pâle.
De Kangerlussuaq à Copenhague avec Air Greenland Aller au groenland – vol groenland – aller au groenland depuis la france – paris groenland
Air Greenland, la compagnie aux avions rouges, m’a réservé une belle surprise pour ce dernier vol vers Copenhague : une place en business class. Elle est lumineuse, aérée, ultra confortable, et je suis contente comme une gamine de pouvoir me prélasser pendant 4h20 dans mon fauteuil presque entièrement inclinable. Je commence par regarder avec mélancolie le Groenland s’éloigner par le hublot, puis une fois que nous sommes en mer, je fais comme les gosses : je touche tous les boutons (ah tiens, je peux surélever les pieds ! et si j’appuie là ça fait quoi ?), je teste tous les snacks, bref, je n’ai pas vu le vol passer.
Air Greenland est en pleine démocratisation du Groenland avec la baisse des tarifs depuis Copenhague, la création de packages vol + hôtel attractifs et la multiplication des destinations groenlandaises. Regardez la liste des destinations – si vous êtes comme moi obsédé du grand nord, vous allez devenir fou. Je consulte les magazines de bord et je me mets à rêver d’Ittoqqortoormiit, Kulusuk, Uummannaq et Upernavik. Je suis encore dans les airs et je rêve déjà de faire demi-tour et de retourner sur l’île gelée.
En business class avec Air Greenland.Le rouge, emblème de la compagnie nationale groenlandaise.Rêver déjà de revenir…Le menu à bord…
Pour la plupart des voyageurs partant de France, il vous faudra sans doute passer une nuit à Copenhague à l’aller ou au retour. C’est aussi mon cas, et je me réjouis des douze heures que je vais pouvoir passer dans la capitale danoise.
Copenhague version groenlandaise aller au groenland – copenhague groenland – paris groenland – vols groenland
Il fut un temps où le Danemark régnait en maître sur les mers du nord. L’Islande, les îles Féroé et le Groenland étaient ses colonies. Peu à peu, toutes se sont émancipés. La République d’Islande est fondée en 1944, dissolvant l’union avec le Danemark. Le Groenland obtient le « home rule » (statue d’autonomie renforcée) dans les années 1970, les îles Féroé dès 1948, et planifient actuellement un référendum sur l’indépendance.
Mais il existe un quartier de Copenhague où le lien avec le nord n’est pas brisé. En face de Nyhavn, le merveilleux quartier kitsch et coloré qu’on voit sur les cartes postales, un pont piétonnier et cycliste conduit à l’ancien quartier des docks. A l’époque où le Danemark était une puissance coloniale, les produits de tout le royaume arrivaient ici, dans d’immenses hangars où on stockait notamment le poisson. Aujourd’hui, ces anciens hangars abritent un grand centre culturel de l’Atlantique nord. L’ambassade d’Islande, la représentation groenlandaise et la représentation des Féroé font flotter leurs drapeaux au-dessus d’un décor de lave et de mousse volcanique : on a rapporté des roches islandaises pour créer un petit morceau d’ailleurs dans la capitale danoise. Je découvre les environs avec un guide adorable qui me raconte le temps des bateaux chargés de poissons et de graisse de baleine, exploitant les richesses mythiques du nord. Ce quartier me donne follement envie d’aller au Groenland alors même que j’en reviens à peine. Et je me jure de découvrir un de ces jours les îles Féroé, dont les reliefs découpés et les solitudes ventées me fascinent.
A Copenhague, le quartier des anciennes colonies nordiques : Islande, Groenland, Iles Féroé.
A l’intérieur du centre culturel, ce sont des expositions consacrées à l’art des trois îles. L’ambiance est maritime, rétro, elle évoque le long passé marchand de ces hangars. Un léger souvenir de l’odeur de poisson se devine parfois quand on approche les murs, mais les volumes sont magnifiques, tout de bois clair et l’atmosphère m’enchante. A côté, ce sont les archives historiques, et le centre d’eskimologie. On étudie ici la culture groenlandaise, sa langue et son histoire. Il paraît que le musée national danois, que je n’aurai pas le temps de visiter, abrite aussi une fabuleuse section consacrée au Groenland.
Un ours polaire gardien d’ascenseurVariation autour du costume national groenlandais : fleurs et tissageLa bibliothèque polaireLe monde vu depuis le pôle nord
Je déjeune avec Idrissia Thestrup, de Visit Greenland, dans un restaurant fabuleusement décoré de sirènes sur Nyhavn. Je lui dis combien j’ai aimé ce voyage qu’elle a organisé, et quelle impression fabuleuse le Groenland a laissé sur moi. Cette destination va monter en puissance et fasciner infiniment tous ceux qui s’y rendront. On sent les frémissements. Séducteur en devenir, le Groenland va briser des cœurs…
Avant de m’envoler pour la France, j’ai encore le temps de photographier les façades de Nyhavn et d’aller faire un coucou à la célèbre petite sirène de Copenhague. Je reviendrai à Copenhague, peut-être même encore plus vite que ce que j’imaginais.
Nyhavn, le quartier pittoresque et coloré
La petite sirène de Copenhague
Au hasard des promenades.
Restaurant délicieusement maritime à Nyhavn
Nyhavn.
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Merci infiniment à Visit Greenland – notamment à Idrissia – et à Air Greenland pour ce voyage fabuleux dont je me souviendrai toute ma vie. Le Groenland est une expérience intellectuelle, visuelle, sensorielle hors normes, et quand j’y repense, j’ai la sensation d’avoir visité une autre planète, et de garder des petits morceaux de glace au cœur. Je reviendrai…
Ilulissat n’est pas une ville, c’est une autre planète. Dans cet univers extraterrestre, la glace règne en maître et la démesure est l’étalon du quotidien. Au milieu des icebergs géants d’Ilulissat, véritables montagnes de glace mouvante, le temps est suspendu, le cœur cesse de battre un instant. Vous vous souviendrez de ces paysages comme des plus spectaculaires, des plus radicalement dépaysants de votre vie. Petite virée intergalactique dans l’empire des glaces, à toute allure en traîneau à huskies ou en brise-glace au milieu du fjord gelé.
Ilulissat, ses icebergs gigantesques, ses chiens de traîneau, ses lumières…
Bienvenue au coeur des icebergs à Ilulissat.
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Après quatre jours merveilleux à Nuuk, capitale colorée du Groenland, je m’envole pour la ville la plus célèbre du Groenland. Ilulissat est la seule ville véritablement touristique du Groenland : son nom, qui signifie iceberg dans la langue inuite, fait figure de programme. Son glacier, Kangia, est le plus productif de l’hémisphère nord – seul l’Antarctique peut rivaliser avec son effroyable volubilité. Il crache continuellement des monstres de glace hauts comme des montagnes qui dérivent tranquillement dans la baie de Disko, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, et qui longent paresseusement Ilulissat avant de rejoindre le large.
Solitude des icebergs immenses.
Au milieu des icebergs à Ilulissat.
L’iceberg qui a éventré la coque du Titanic est né ici, sur la côte ouest du Groenland. A l’époque, Kangia produisait des icebergs à une fréquence plus lente, mais ils étaient encore plus massifs. Le tueur du Titanic était un monstre gros comme plusieurs fois le paquebot mythique, lentement poussé par les courants vers les eaux canadiennes. Les icebergs d’aujourd’hui, qui sont paraît-il plus petits, donnent une vague idée de son gigantisme. Contempler la baie de Disko depuis Ilulissat donne le vertige : les icebergs érodés par le soleil ressemblent véritablement à des chaînes de montagnes posées sur l’eau, et la baie à un panorama alpin. En plissant les yeux, on pourrait se croire en Suisse, au milieu des sommets blancs. Les levers et les couchers de soleil sont fantasmagoriques. Tout un nuancier de bleu, de pourpre, de rose et d’or vient colorer les reliefs de glace, c’est tout un paysage fugace, une chaîne alpine en mouvement.
Coucher de soleil inoubliable.
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Des hôtels avec vue sur les icebergs à Ilulissat où dormir à ilulissat – hôtel ilulissat – hôtel pas cher ilulissat – meilleur hôtel ilulissat – hôtel avec vue ilulissat
La plupart des hôtels ont vue sur la baie et les icebergs. Je dors à l’hôtel Arctic, qui est devenu célèbre sur les réseaux sociaux à cause de ses igloos d’aluminium et de verre posés au bord de la baie. Des chiens de traîneau attendent enchaînés à leurs niches au bord du fjord, complétant la carte postale arctique. Je rêve de faire la photo mythique des igloos sur fond d’aurore boréale. Je suis à 69 degrés nord, soit très au-dessus du cercle polaire arctique, et la météo annonce quatre nuits de ciel immaculé, sans aucun nuage. Je jubile, imaginant le spectacle qui m’attend. Malheureusement, je jouerai de malchance : aucune aurore boréale ne survolera le Groenland pendant mes quatre jours à Ilulissat. Les dieux font en grève, pour me rappeler que leurs explosions colorées sont un privilège et non un dû. Mais j’ai les icebergs. On pourrait passer la journée à les regarder changer de forme et de texture, polis ou illuminés par le soleil qui les fait fondre. L’hôtel Arctic est situé à environ vingt minutes à pied du centre-ville (pour pouvoir voir les aurores dans le noir), et j’adore longer le port envahi de glace pour rejoindre le cœur d’Ilulissat.
Igloos de l’hôtel Arctic.
Sa terrasse.
Où dormir à Ilulissat, les infos pratiques : Les tarifs à l’hôtel Arctic commencent autour de 195 euros/nuit. L’hôtel 4 étoiles est agréable, avec une salle de sport, deux restaurants (un gastronomique et un restaurant de burgers) et un bar avec vue sublime. Il est situé à environ 20 minutes à pied du centre-ville, et propose des navettes à intervalles réguliers toute la journée. L’avantage ? La possibilité de voir les aurores boréales en raison de l’obscurité plus importante qu’en cœur de ville. Cet isolement sublime donne à l’hôtel Arctic un air de citadelle des glaces, seul face à la baie. C’est un lieu très romantique, surtout si vous avez le budget pour un igloo. Il comporte deux restaurants, dont un très abordable avec des plats autour de 20/25 euros (c’est très bien pour le Groenland). J’ai aussi apprécié les goûters gracieusement mis à la diposition des clients vers 16h, avec gâteau au chocolat et myrtilles surgelées. L’inconvénient ? La distance entre hôtel et centre-ville peut être un peu fatigante quand on enchaîne les activités. Si cet aspect vous dérange, j’ai vu deux autres hébergements avec vue sur iceberg en centre-ville. L’hôtel Icefjord est un beau 3* confortable, à partir de 173 euros/nuit. Quant à Ilulissat Guesthouse, c’est une option intéressante pour les voyageurs souhaitant économiser un peu, rencontrer des gens ou voyager en groupe. Il s’agit de trois jolis chalets avec salle de bain et cuisine partagées, une atmosphère conviviale et une vue incroyable sur la baie. Chaque maison compte trois chambres, à partir de 106 euros environ par nuit. Il est également possible de louer la maison entière (6 personnes) pour environ 450 euros/nuit.
La croisière au milieu des icebergs et d’autres excursions excursions ilulissat – icebergs ilulissat – voyage ilulissat – blog ilulissat
Ilulissat est plus touristique que Nuuk et cela se sent tout de suite : à l’aéroport sont postées plusieurs compagnies d’excursion proposant des activités diverses. Randonnée, raquettes, tour en hélicoptère, excursions vers le grand nord groenlandais, motoneige, chien de traîneau, observation des baleines… tout est possible aussi. L’incontournable ici, c’est la croisière au milieu des icebergs. On embarque au port de Nuuk en direction des monstres, et les sensations sont terrifiantes. Le bateau doit sans cesse briser la glace épaisse qui ne cesse d’être charriée par plaques et qui menace de l’emprisonner. Souvent il doit s’y reprendre à plusieurs fois, et c’est incroyablement impressionnant : il se jette sur la banquise de tout son poids dans un grondement terrible, recule, deux fois, trois fois, jusqu’à briser enfin la couche de glace. Les petits bateaux de pêche se précipitent alors dans son sillage pour profiter du passage dégagé – admirable collaboration entre touristes et locaux. Du bateau, on mesure encore mieux l’immensité terrifiante des icebergs. Et surtout, on aperçoit enfin la partie immergée, d’un bleu hypnotique. Le spectacle est grandiose.
La croisière au milieu des icebergs : l’incontournable d’Ilulissat.
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..Le bleu fabuleux des icebergs immergés.
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Info pratique : la croisière au milieu des icebergs est proposée par World of Greenland pour environ 87 euros par personne. Je vous recommande vraiment de mettre de côté l’argent pour le faire, car c’est une expérience inoubliable.
Je pars ensuite en randonnée le long des icebergs avec Lars, guide pour la compagnie Arctic Friend, qui a eu la gentillesse de proposer d’être partenaire de mon voyage. Ces trois chemins de randonnée, fléchés en trois couleurs (rouge, bleu et jaune) sont en accès libre et peuvent être parcourus sans guide, mais j’apprécie d’avoir Lars avec moi pour me raconter la naissance des icebergs, me parler de la culture groenlandaise, des huskies et du réchauffement climatique. Il me montre les vestiges de Sermermiut, où différentes cultures arctiques nomades se sont établies les unes après les autres depuis 4000 ans, et je repense aux expositions que j’ai découvertes au Musée national groenlandais sur les voyages extraordinaires des paléo-eskimos.
Lars me montre des points de vue sublimes au sommet des collines, et nous buvons du thé brûlant face au soleil couchant, dans un paysage dont le genre de beauté tranche avec tout ce que je connais. Cela restera un souvenir d’une perfection rare, un moment de pur bonheur suspendu au-dessus des glaces immenses.
Avec Lars d’Arctic Friend au coucher du soleil.
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Info pratique : Arctic Friend propose différentes excursions, été comme hiver, autour d’Ilulissat. Raquettes, bateau, avion, chien de traîneau… leur gamme de prestations est vaste. Voici le lien vers les excursions hivernales. J’ai eu un excellent contact avec le guide, Lars, que j’ai trouvé passionnant et sympathique. Sachez qu’Arctic Friend propose également des voyages complets, de 5 à 15 jours, au Groenland surtout, mais aussi en Islande et au Danemark. Ce sont des voyages riches en aventures et en expériences, et je suis tentée de partir avec eux un de ces jours. Vous trouverez tout sur le site.
Les chiens de traîneau d’Ilulissat voyage ilulissat – voyage groenland
A Ilulissat, on propose aussi des promenades en chien de traîneau. La ville est considérée comme la capitale des huskies groenlandais, avec la plus grande concentration canine au Groenland. Je pars en excursion canine jusqu’au hameau d’Ilmanaq, situé plus loin dans la baie de Disko, un village inuit loin de tout. Les chiens bondissent avec une puissance et une vivacité incroyables. Assise sur des peaux de renne dans le froid mordant, je me cramponne aux bords du traîneau, fascinée par leur agilité.
Ilulissat, ville des chiens de traîneau.
...Petit village inuit au bord de la baie de Disko, atteint au terme de la promenade en chien de traîneau.
Cela fait 850 ans que les Inuits élèvent les huskies et qu’ils leur ont appris à tirer des traîneaux. Cette utilisation des chiens est vraiment une invention des Inuits, répandue en Alaska, en Russie, dans le grand nord canadien et au Groenland. Il faut d’ailleurs savoir que la pratique du chien de traîneau en Laponie est faite pour les touristes et ne correspond pas à la tradition : en Laponie, on utilisait les rennes et non les chiens.
Aujourd’hui, les huskies groenlandais constituent une race à part entière, fermée et reconnue. Elle est protégée par des moyens extrêmes : au Groenland, au nord du cercle polaire arctique, il est interdit de posséder tout autre type de chien, sous peine de le voir confisqué et abattu. A Nuuk, située plus au sud, les chihuahuas et les caniches auraient droit de cité, mais à Ilulissat et ailleurs au nord, un triste sort les attendrait.
Je suis une Française au cœur sensible, qui a grandi avec des chiens et possède une jeune chienne golden retriever (elle s’appelle Nevada). J’ai été élevée dans la culture du chien ami. Mais il faut bien comprendre qu’au Groenland, le husky est un chien outil. Depuis 850 ans, ils accompagnent les Inuits sur la banquise, et sont sélectionnés pour leur force, leur résistance, leur docilité. Jusqu’à l’âge de six mois, les chiens vivent sans laisse et côtoient les humains. Les enfants les emmènent dans les collines pour les habituer aux commandes des chiens de traîneau et à la direction au fouet – qui est utilisé pour orienter les chiens, et non pour les frapper. A partir de six mois, leur vie de chien de travail commence. Quand ils ne tirent pas les traîneaux, ils sont enchaînés à leur niche, et résistent à des températures de -30 en se lovant dans la neige.
Chiot husky.Les enfants entraînent les jeunes chiens dans les collines.Le fouet sert à diriger les chiens, jamais à les frapper..Chien adulte. Extrêmement résistant au froid, le husky creuse un trou dans la neige, dans lequel il se roule en boule.
Autrefois, les chiens étaient au cœur de la ville, mais aujourd’hui, pour des raisons sanitaires, on les enchaîne en dehors, dans d’immenses terrains consacrés aux meutes canines. La décision a été motivée par une grave épidémie il y a quelques années, qui a tué près de la moitié des chiens de la ville. Seuls quelques vieux chiens ont eu la permission de rester en ville. Je trouve la vie des chiens exilés en dehors triste, elle fendille mon petit cœur sentimental.
Une petite partie de l’immense campement canin, aux portes d’Ilulissat.
Seuls quelques vieux chiens restent en ville.
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Mais de toute façon, les chiens de traîneau deviennent une curiosité folklorique et disparaissent peu à peu, remplacés par la motoneige. Le réchauffement climatique raccourcit la période durant laquelle il est possible de se déplacer en chien de traîneau sur les fjords gelés : autrefois, on pouvait le faire de fin septembre à début juin, aujourd’hui plutôt de novembre à fin avril. Le reste du temps, les chiens n’ont rien à faire. Contrairement à la Laponie, qui a développé pour le tourisme canin des véhicules d’été, les Groenlandais refusent catégoriquement d’envisager d’autres moyens d’exploiter les chiens durant la saison estivale, au nom de la tradition. Il faut donc réduire leur nombre – il y a vingt ans, les gens avaient une quarantaine de chiens, contre une dizaine aujourd’hui. A sept ou huit ans, quand ils sont trop fatigués, on les abat, et on utilise parfois leur fourrure pour des capuches ou d’autres vêtements. Ceux qui sont horrifiés devront se souvenir que chez nous, on fait la même chose avec les vaches.
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Il n’y a pas d’animaux de compagnie dans les communautés traditionnelles groenlandaises, pas de relations affectives comme chez nous avec chiens et chats. Les chiens sont des animaux de travail. Les autres animaux vivent libres, mais chassés. Il y a souvent conflit entre la sensibilité occidentale et le mode de vie groenlandais. On me raconte les histoires de touristes venus admirer des narvals… qui se font abattre sous leurs yeux par des chasseurs insensibles à leurs cris horrifiés. Cela peut choquer, mais les difficultés d’approvisionnement justifient l’obsession de la chasse.
La nourriture à Ilulissat : un autre monde où manger à ilulissat – restaurants ilulissat – restos ilulissat
A Ilulissat, les fruits et les légumes sont une denrée rare. Les bateaux ne viennent pas l’hiver, à cause de la glace, et le ravitaillement par avion coûte trop cher. Les rayons fruits et légumes des supermarchés sont vides au sens propre, totalement nus. Je visite trois supermarchés, et dans chacun des trois, le rayon usuellement dévolu aux salades et aux oranges est un néant béant. Les fruits frais ne se trouvent qu’en photo au-dessus des rayonnages vides, promesse mensongère d’une vie vitaminée. Mon guide, Lars, manque défaillir quand je sors une clémentine espagnole rapportée de Nuuk, car il n’en a pas vu depuis trois mois. (Je suis une fille bien, je lui ai offert, je vous rassure ;)). Il paraît que sur la côte Est, très isolée, les conditions de ravitaillement sont pires encore. Au Groenland, la chasse de subsistance n’est pas un vain mot.
Lars me raconte que le manque de nourriture a longtemps été un problème crucial pour les Inuits. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, on avait coutume de se débarrasser des vieux : dans des sociétés de pénurie, où la nourriture était rudement acquise et rare, il était impensable de nourrir des bouches inutiles. Quand elles sentaient qu’elles étaient devenues un fardeau pour la communauté, les personnes âgées réglaient le problème. Les femmes allaient se jeter dans un canyon à quelques encablures d’Ilulissat, les hommes partaient chasser et ne revenaient jamais. Il y avait dans ce monde une dureté de colonie martienne, exilée sur une planète hostile et isolée. Ici, on a appris pendant des siècles à chasser et pêcher pour survivre, avec une dextérité hors pair.
Je vais manger au célèbre restaurant groenlandais Mammartuq, qui cultive la gastronomie groenlandaise authentique dans une atmosphère rétro et confortable. Le lieu a un charme fou, et une carte ultra protéinée. Je demande innocemment s’ils ont une salade, on me propose un carpaccio de baleine : choc des cultures. Il n’y a pas d’option végétarienne, et bien que cela contraste avec mon mode de vie habituel, je le comprends et je ne m’en plains pas : je sais que je suis au Groenland ici, pas à San Francisco ou à Berlin. La baleine, c’est trop pour ma sensibilité, j’opte donc pour le crabe arctique, une des nombreuses spécialités de la région. Il a un goût fabuleux, témoignage de l’extraordinaire qualité des produits de la mer groenlandais. Le plat a un goût rare d’inédit, d’authentique.
Crabe arctique chez Mammartuq, le meilleur resto d’Ilulissat.
Je reste longtemps à admirer mon dernier coucher de soleil à Ilulissat. Fin mars au Groenland, les jours sont déjà longs, et les couchers de soleil tout autant. J’avais déjà observé que sous les Tropiques, les crépuscules sont extrêmement brefs – le soleil plonge sous l’horizon comme si une mâchoire l’avait avalé et c’est la nuit. A 69 degrés nord, c’est l’inverse. Le crépuscule s’éternise, dure bien plus d’une heure, dans une succession d’ors, de rouges et de pourpres. Le rose à l’horizon flotte encore au-dessus des icebergs bien après la disparition du soleil et moi non plus je ne veux pas m’en aller. Je me dis que même si je devais vivre mille ans, je ne pourrais jamais oublier Ilulissat.
Un dernier coucher de soleil à Ilulissat.
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Aller à Ilullisat De Paris à Ilulissat
Depuis Paris, le moyen le plus simple d’aller à Ilulissat est de passer par Copenhague. Vous trouvez des vols Paris-Copenhague à très bon prix avec les low costs comme Vueling (j’ai pris un Copenhague-Paris à 40 euros). Vous partirez ensuite pour Ilulissat avec Air Greenland via Kangerlussuaq (il n’existe pas de vol direct Europe-Ilulisat, car l’aéroport ne peut pas accueillir de gros porteurs, seulement de petits avions). Etant donné qu’Ilulissat est la destination touristique la plus courue au Groenland, les vols sont nombreux et les connections pratiques, Air Greenland propose d’ailleurs des packages intéressants vol + hôtel au départ de Copenhague. Depuis la France, peut-être vous faudra-t-il passer une nuit à Copenhague à l’aller ou au retour, mais sachez que c’est vraiment une bonne chose, car Copenhague est merveilleuse et se prête bien à une découverte rapide de 24h. C’est ce que j’ai fait à mon retour du Groenland, je vous le raconterai dans le prochain article.
Sachez que si vous projetez également de visiter l’Islande, vous pouvez trouver des vols directs Reykjavik-Ilulissat (car il s’agit là encore de petits avions, étant donné que c’est un vol relativement court) avec Air Greenland ou avec Air Iceland Connect.
Merci à Visit Greenland de m’avoir permis de vivre ce voyage extraordinaire au Groenland. Merci à mes partenaires Air Greenland, Hotel Arctic et Arctic Friend pour leur accueil et les belles expériences vécues. Un merci tout spécial à Lars d’Arctic Friend, qui m’a consacré beaucoup de temps !
Nuuk, la capitale du Groenland, est une ville colorée qui compte 17 000 habitants au bord du deuxième plus grand fjord du monde. Elle est belle, dynamique, passionnante. Et je serais prête à parier que vous n’en aviez jamais entendu parler. Confession : moi non plus, avant de m’y rendre fin mars 2018, lors de mon premier voyage au Groenland. Je suis tombée amoureuse de cette capitale arctique multicolore en plein boom, véritable étendard de la culture des Inuits et symbole d’un Groenland en pleine métamorphose. Je veux vous parler d’elle, vous raconter ce qu’on trouve à voir et à faire à Nuuk, et vous convaincre qu’elle mérite d’être mieux connue. Nuuk a été mon plus grand coup de cœur lors de cet itinéraire groenlandais, voici pourquoi.
Cet article est long, car j’ai découvert un pays et une culture qui ne ressemblent à rien que je connaisse auparavant et je voulais vous raconter en détail cette découverte qui m’a profondément touchée. Mais si vous cherchez à planifier votre voyage à Nuuk et cherchez la version brève, allez directement en fin d’article pour un résumé de ce qu’il faut voir et faire à Nuuk.
Nuuk, merveilleuse capitale colorée, sur fond de montagne iconique : Sermitsiaq.
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De Reykjavik à Nuuk, premier contact avec le Groenland nuuk groenland
Après quatre jours merveilleux à l’Ouest de l’Islande, je pars pour l’inconnu : le Groenland. Malgré sa rudesse, l’Islande m’est familière . Pays des vikings et des sagas, condensé de culture scandinave et de paysages nordiques, elle incarne l’aventure balisée, le dépaysement facile. Je me sens presque chez moi en Islande, au milieu des chevaux et des yaourts aux myrtilles. Mais le Groenland, c’est l’ultime frontière. Là-bas, on parle une langue inuite, qui ne ressemble à rien que je connaisse. Là-bas, sur la plus grande île du monde, presque entièrement couverte de neige et de glace, les villages sont comme des îlots isolés les uns des autres sur une mer de blanc. Il n’y a pas de routes, pas de trains entre les villes, juste des avions, des motoneiges et des chiens de traîneau. Là-bas, je vais perdre 15 degrés au moins, et découvrir un autre monde. J’en ai rêvé depuis si longtemps.
L’aéroport régional de Reykjavik est un vestige d’un autre temps. Un seul tapis à bagages, une même salle pour les départs et les arrivées, un café et des destinations qui semblent rendre hommage à l’ancien royaume viking : ici, on prend des vols pour ailleurs en Islande, pour les Féroé, le nord de l’Ecosse, et pour le Groenland.
La tempête fait rage dehors, un vent incroyable fait trembler les murs de la minuscule salle d’embarquement, et j’ai peur que le vol soit annulé. Décollage annoncé à 19h45, et nous n’avons toujours pas embarqué à 19h30. Je m’inquiète un peu. A 19h35, la porte s’ouvre, et nous prenons place dans un minuscule coucou à hélices de douze places. A 19h45, nous décollons, en tanguant dans tous les sens au milieu des bourrasques. L’avion fait quelques bonds après le décollage, puis nous passons au-dessus de la tempête, et le calme se fait. Tout va bien.
Après environ une heure au-dessus de l’océan, la côte Est du Groenland apparaît. C’est terrifiant de blancheur. Blanc, blanc, blanc, et rien d’autre, pendant des centaines de kilomètres. Enfin nous bifurquons vers l’ouest et survolons l’île. Je n’ai jamais vu autant de vide et de solitude. Il n’y a rien, rien, que de la neige et des reliefs noyés sous la blancheur, pas de villes, de routes, juste un manteau de blanc sous lequel on devine des collines submergées. Ce n’est qu’à l’arrivée sur Nuuk que le relief prend de l’envergure, que des chaînes de montagnes qui m’évoquent le nord de la Norvège émergent au-dessus des fjords gelés, qu’un peu de noir entache toute cette blancheur. Mais toujours pas de villes, de routes, d’humains. Nuuk n’apparaît qu’à la dernière seconde, et jusqu’au bout je me demande s’il y aura vraiment quelque chose au milieu de ce néant sublime. Population 17 000 habitants, bienvenue dans la capitale du Groenland.
Nuuk est située au coeur d’un fjord immense, aux rebords escarpés.
Au coeur du fjord.
Nuuk la multicolore : une ville de toute beauté, entre monuments, musées et restos
Après tant de démesure, Nuuk me semble au premier abord presque trop normale. On pourrait être n’importe où en Scandinavie : c’est une petite ville à la fois jolie et banale, avec des maisons rouges et bleues au bord d’un fjord. Cela ressemble à la Norvège, au Danemark. Au matin le jour rose se lève sur les montagnes enneigées, et c’est une vision classique, apaisante. Nuuk est un isolat de normalité au milieu du royaume de glace. Il y a des bureaux, des magasins, des restos. Les voitures roulent dans la ville – pas en dehors. Aucune route ne sort, on ne va nulle part ailleurs qu’à Nuuk. C’est un village de Polly Pocket en bordure de la monstrueuse immensité glacée.
Nuuk est fascinante. Je sais que certains voyageurs mal informés sont déçus, car on ne voit pas d’icebergs ici, ou plutôt, on en voit à la fin de l’été, quand la fonte estivale détache quelques morceaux d’inlandsis qui dérivent dans le fjord. Les icebergs toute l’année, c’est à Ilulissat. Mais il faut voir Nuuk, pour la beauté de cette ville de style scandinave au bord du deuxième plus grand fjord du monde, et surtout, pour la richesse, la vitalité de la culture groenlandaise, exprimée ici à travers les musées, les institutions culturelles, et la frénésie de construction qui s’empare de la capitale du Groenland. Nuuk a été mon plus grand coup de cœur dans ce pays.
Le slogan de la ville, c’est « Colourful Nuuk ». La ville se caractérise par les couleurs arc-en-ciel de ses maisons. Elles sont rouges, jaunes ou bleues dans le quartier historique, où un dress code est en vigueur, et violettes, roses, pistaches ou n’importe quoi d’autre dans les nouveaux quartiers, où les habitants s’en donnent à cœur joie. Se promener dans Nuuk sous le soleil est complètement psychédélique. Je suis surprise de constater qu’en Arctique, on sèche son linge dehors en hiver, ce que je n’ose même pas faire en Provence – il paraît que l’air est plus sec, sans humidité. Je vois aussi une peau d’ours polaire (avec la tête et les pattes) sécher sur une rambarde. Bienvenue au Groenland.
Au coeur du quartier historique.Sur les hauteurs de la ville, des quartiers chic avec vue sur le fjord.Plaisirs colorés..Cordes à linge dans l’Arctique.Faire sécher sa peau d’ours.
Nuuk est belle, vraiment belle. Nous sommes situés 24km à l’intérieur d’un fjord immense (le 2e plus grand du monde), les maisons sont multicolores, et je n’imaginais pas le Groenland si pittoresque, si mignon. Une montagne majestueuse, iconique, surplombe la ville : Sermitsiaq. On la voit de presque partout dans les rues, comme le Matterhorn à Zermatt, et je me demande si un jour, sa forme parfaite et spectaculaire sera aussi célèbre que le pic du Toblerone.
Sermitsiaq..
C’est drôle, les images qu’on a en tête avant un voyage. Avant de partir pour la Laponie finlandaise, j’imaginais Rovaniemi toute bucolique et romantique, et j’ai découvert une espèce de banlieue soviétique. Inversement, j’imaginais Nuuk comme un avant-poste militaire dans l’Arctique, avec mercenaires, vodka et graisse de phoque, et je tombe sur une copie idyllique des îles Lofoten. C’est un bonheur de se promener ici, par une journée de soleil et sans vent, où le froid est tout à fait supportable.
Je rejoins le quartier historique, dit Colonial Harbor, où la ville a été fondée en 1728 par le missionnaire dano-norvégien Hans Egede. Sa statue trône sur une colline, à côté de la minuscule cathédrale de Nuuk portant son nom, où des bateaux sont suspendus dans la nef de bois peint. Les maisons au bord de l’eau sont de toute beauté. Une longue promenade pittoresque juxtapose le Musée National Groenlandais, la maison du tissage traditionnel et le musée local de Nuuk. Une mère et sa fille font de la luge sur la colline en riant.
Hans Egede sur sa colline.La minuscule cathédrale Hans Egede.Le missionnaire a fondé Nuuk en 1728. Il était parti à la recherche des Vikings disparus sur la côte Ouest du Groenland depuis plusieurs siècles. Il n’a jamais retrouvé les Vikings, mais il est resté chez les Inuits.
Une autre église qui m’a touchée : celle de la mission de Herrnhut, arrivée une dizaine d’années après Hans Egede. Ces missionnaires allemands ont aussi beaucoup contribué à la culture de Nuuk.
L’hiver, les corbeaux sont omniprésents à Nuuk.
La pêche est fondamentale à la culture groenlandaise, notamment aujourd’hui, où les eaux poisonneuses de l’océan glacial arctique permettent au pays d’être un grand exportateur de produits maritimes. Dans le port colonial de Nuuk, on trouve une très belle statue représentant une déesse commune à tous les peuples inuits : « the Mother of the Sea ». Cette femme vit au fond de l’océan, et la statue l’entoure de poissons, de phoques, et d’autres créatures marines. Elle est celle qui envoie des poissons aux hommes afin d’assurer leur subsistance. Mais si les hommes la contrarient, les poissons restent au fond des eaux, et s’emmêlent dans sa chevelure, qui devient sale, entortillée. Il faut que le chamane descende au fond de l’eau afin d’amadouer la déesse et de peigner longuement sa chevelure immense, afin de libérer les poissons et de remplir les filets des pêcheurs.
The Mother of the Sea.La même version street art.
Quelques rues plus loin, c’est le Centre culturel groenlandais, une grande vague de bois clair qui abrite une salle de concert, un restaurant, et différentes expositions. Il abrite un restaurant traditionnel rapide et délicieux, où on vous propose des « tapas groenlandais » pour découvrir en quelques plats la cuisine du Groenland.
Centre culturel groenlandais.
Encore quelques rues plus haut, c’est le musée de peinture de Nuuk, présentant l’art du Groenland des temps de la colonisation danoise à aujourd’hui. Et partout, on trouve des boutiques d’artisanat inuit, des bars et des petits restaurants reflétant la diversité cosmopolite de la petite ville dynamique. Dans cette ville pleine d’immigrants, tous les restos proposent de la « fusion » : fusion sino-groenlandaise, fusion philippino-groenlandaise, fusion australo-groenlandaise… je me demande un peu à quoi ça ressemble. Niveau supermarchés, Nuuk est une ville normale : en dehors du poisson et de certaines viandes, tout est importé, et je retrouve des raisins d’Amérique du sud, des clémentines d’Espagne, du camembert Président français, et tout un tas de produits absolument classiques. C’est ailleurs au Groenland, à Ilulissat, que je découvrirai la pénurie en produits frais, la rareté de l’approvisionnement (je vous raconterai, évidemment). Mais pas à Nuuk, parce que le port ne gèle pas en hiver : l’approvisionnement est toujours maintenu. Les rayons sont bien achalandés, l’impression de normalité est totale.
Au centre commercial, Nuuk Center, les boutiques typiquement groenlandaises se mêlent aux enseignes classiques. Seuls les vendeurs ambulants, qui proposent des gants en peau de phoque dans la rue, et le marché aux poissons, où les pêcheurs viennent directement proposer leurs produits du jour, rappelle que nous sommes bien dans l’Arctique.
Le Musée national groenlandais, incontournable et fascinant
Je commence par le Musée national groenlandais, qui est une pure merveille. Si vous voulez comprendre le Groenland, ne ratez pas cette visite. L’histoire de la colonisation (au sens large, depuis la nuit des temps) du Groenland me passionne. Pendant des millénaires, le Groenland a été une terre de passage, traversée par plusieurs vagues de migrations venant toujours du Nord-Ouest : les peuples arctiques arrivaient de la terre d’Ellesmere (Canada), en passant par l’étroit détroit de Narnes. Certains s’établissaient, d’autres repartaient, mais pendant plusieurs siècles, durant les intervalles entre deux vagues migratoires, le Groenland a été vierge de toute population humaine. Et ce qui me fascine, c’est d’imaginer que tous ces flux migratoires arrivaient du nord, pour s’établir dans la région qu’on nomme aujourd’hui Thulé (nom antique des confins septentrionaux du monde), au climat et à l’isolement extrêmes. Ils n’arrivaient pas du sud. Ces gens se déplaçaient sur la glace et la neige et suivaient les phoques dans une des régions les plus inhospitalières du globe. Les premiers arrivèrent vers 2500 avant notre ère, et appartenaient à ce qu’on appelle la culture « ASTT », Arctic Small Tool Tradition, ou paléo-eskimos. Puis ce furent les Dorset et les Saqqaq, toujours des cultures ASTT basées sur la chasse au phoque et l’utilisation d’outils en os. Les Saqqaq utilisaient des harpons pour chasser la baleine, et avaient un grand talent de confection, notamment de vêtements. Les Dorset avaient découvert l’usage de l’huile de phoque ou de baleine pour s’éclairer, dans des lampes en stéatite, pierre noire typique du Groenland. Les collections du musée présentent un nombre incroyable d’objets retrouvés lors des excavations archéologiques, et c’est si émouvant de voir se déployer la grande fresque de la culture arctique.
Le moment décisif de l’histoire inuit, c’est l’apparition, autour de l’an 1000, de la culture dite de Thulé, qui surgit en Alaska et dans l’extrême orient russe. Le peuple de Thulé est technologiquement beaucoup plus avancé que les peuples de l’ASTT : il utilise le métal, et surtout, il a une grande maîtrise de la navigation avec deux types de bateau, l’umilaq (un grand bateau d’environ 9 mètres, utilisé pour chasser la baleine) et le kayak. Ces deux bateaux ont une armature faite soit de bois, probablement du bois flotté venu de Sibérie, soit d’os de baleine, et la coque est constituée de fourrures de phoques imperméables tendues et cousues ensemble de façon à être parfaitement étanches. Avec ces embarcations, les Inuits partent à la conquête des ressources marines.
A gauche : kayaks et umilaqs. A droite : le costume national groenlandais, en perles et peau de phoque.
Animiste, le peuple de Thulé confère une âme non seulement aux choses de la nature, mais aussi aux outils, aux objets. Il pense que la « sila », force, souffle ou esprit, habite toute chose. Il utilise de nombreuses amulettes, des poupées symbolisant la puissance de leur créateur, et des « tupilaks », objets magiques en os, instruments terribles de mort et de malédiction. Il enterre ses morts avec des outils, des amulettes et surtout des chaussures, les pieds bien au chaud symbolisant un bon voyage, dans de grandes tombes qui ressemblent à des maisons. Dans une salle noire effrayante, le musée expose des momies inuites du 14e siècle, aux visages desséchés par le climat sec de l’Arctique, entièrement vêtus de fourrures de phoque et entourés d’objets rituels.
Les momies du musée national groenlandais.
Les gens de la culture de Thulé sont arrivés vers l’an 1200 au nord du Groenland, et sont peu à peu descendus le long des côtes sur l’ensemble de l’île. D’autres vagues sont arrivées du Canada à des moments ultérieurs, jusqu’au 19e siècle. Ce sont les ancêtres des Inuits groenlandais d’aujourd’hui – c’est cette culture-là, parfaitement adaptée aux conditions extrêmes, qui a su s’imposer en Arctique, du Groenland à la Sibérie en passant par le grand nord canadien. Ce qui permet aux Inuits de survivre à la rigueur de l’hiver, c’est notamment leur maîtrise de la fourrure. Etre capable de créer des embarcations maritimes en fourrure étanche, dans ces régions sans bois, a été décisif ; avoir un tel savoir-faire en matière de confection de vêtements leur permet de résister aux caprices du climat et aux petits âges glaciaires qui s’abattent sur le Groenland autour du XIIIe-XVe siècle, puis à la fin du XVIIIe. Les Vikings sont restés quelques siècles au sud du Groenland (toute une partie de l’exposition leur est consacrée), puis ils sont repartis, vaincus par le refroidissement et la rudesse du Groenland. Les Inuits sont restés. Ils étaient faits pour ces terres de glace.
A partir du XVIIIe siècle, le Danemark a colonisé le Groenland. Comme partout où les peuples premiers ont subi la domination d’une puissance européenne, c’est une longue histoire ambiguë, un mélange de coopération et de ressentiment. Mais je suis frappée par la résistance de la culture inuite. Le Groenland, peuplé à 80% par des Inuits, est vraiment leur pays. C’est quelque chose de très fort et de très dépaysant à Nuuk : c’est la première fois que je découvre un pays où la culture première a su se maintenir, s’imposer, s’intégrer harmonieusement à la modernité. Même si Nuuk arbore au premier abord une allure scandinave, c’est bien la capitale des Groenlandais, et elle défend ses traditions.
Chasse de subsistance et fourrure de phoque
Pour moi qui suis végétarienne et très branchée « 30 millions d’amis », le Groenland est déconcertant. C’est un pays de chasseurs depuis toujours.
La vie traditionnelle des Inuits, c’est la chasse, et notamment la chasse au phoque. Les hommes chassaient, en kayak, en umilaq, en traîneau, souvent seuls, les femmes préparaient la viande mais surtout les fourrures, les cousant, les traitant, confectionnant les vêtements. Un vêtement traditionnel inuit utilisait quatre à six phoques annelés pour la veste, vingt à vingt-cinq eiders pour l’intérieur de la veste (doublée en plume afin de permettre l’absorption de la sueur : la sueur qui gèle sur le corps par -30, c’est la mort assurée), un phoque annelé pour le pantalon, et enfin pour les chaussures (kamik) un jeune phoque, un caribou (ou un chien) pour la doublure intérieure, et un phoque barbu pour les semelles. On comprend mieux pourquoi la fourrure de phoque reste omniprésente dans la culture inuite.
Encore aujourd’hui, si les habitants de Nuuk mènent une vie normale et font leurs courses au supermarché, les gens qui vivent dans les villages reculés (notamment sur la côte Est, complètement sauvage et isolée) pratiquent une chasse de subsistance, et se nourrissent essentiellement de protéines animales. Chassés pour leur viande, les phoques sont utilisés pour fabriquer bottes, sacs, manteaux, et je vois un grand nombre de femmes porter des bottes ou des manteaux en peau de phoque teinte.
Les gens insistent sur la différence entre la chasse au phoque inuit, qui est toujours une chasse de subsistance où chaque animal sera mangé, et la chasse au phoque qui scandalise chaque année le monde entier au Canada (les bébés phoques fracassés avec un gourdin sur la banquise). Les Inuits disent chasser uniquement les adultes, pour leur viande et non pour leur fourrure. L’Union Européenne interdit d’ailleurs les imports de fourrure de phoque commerciale canadienne issue du massacre de bébés phoques, mais non la fourrure de phoque labellisée issue de la chasse inuite, qui jouit d’un statut d’exception.
Louise, designeuse de Nuuk Couture, travaille la fourrure de phoque. Même si je ne me sentirais pas capable de les porter, surtout en dehors du Groenland, je dois bien admettre que ses créations sont très belles. Louise est infiniment fière, car elle a été choisie parmi les 8 designers stars à la première Indigenous Fashion Fair (festival de la mode indigène), qui se tiendra ce printemps au Canada. Elle m’explique que la mode indigène, mettant en valeur le savoir-faire des peuples originels, a le vent en poupe. On le constate en se promenant dans Nuuk, où les magasins et les tenues des gens, notamment des femmes, montrent un véritable souci de l’esthétisme identitaire. Je fais un petit tour des marques de Nuuk.
Qiviut est une marque groenlandaise basée sur la laine et la peau de bœuf musqué, qui est en réalité une énorme chèvre poilue et brune, et non un bœuf. La boutique propose à la fois des pelotes de laine de bœuf musqué multicolores, des bonnets, des gants en laine, et des vêtements en peau de l’animal. Là encore, il s’agit d’une chasse de subsistance : les bœufs musqués, qui ne sont pas élevés mais qui vivent à l’état sauvage, sont chassés pour leur viande. Qiviut est associé à une chasseuse, Johanne Bech, qui fournit en viande son village de l’Est du Groenland. Qu’il s’agisse de phoque, de chèvre ou de baleine, dont les os sont utilisés pour créer des tupilaks (artisanat inuit), on nous précise toujours : « il ne sera jamais tué plus d’animaux que ce que nous pouvons manger ». Il y a quelques années, un chasseur avait défrayé la chronique en tuant un narval pour vendre sa corne à un riche collectionneur chinois. Le gouvernement groenlandais avait aussitôt réagi en interdisant la vente de corne de narval à toute personne n’étant pas résidente du Groenland – une loi toujours en vigueur. On sent combien le Groenland insiste sur le caractère traditionnel de la chasse, mais avec la mode actuelle de la fourrure, je me demande combien de temps ils sauront résister.
Je craque pour les créations d’Isaksen, qui propose des tee-shirts inspirés du costume national groenlandais. Pas de fourrure ici, je repars donc avec un très beau tee-shirt reprenant les motifs inuits traditionnels. Je découvre aussi le travail de la designeuse Bibi Chemnitz, qui décline de différentes manières le drapeau groenlandais. J’avoue être moins convaincue par la marque Inuit, qui propose des survêtements avec des petits bonhommes inuits dessus. Mais à en juger par les tenues des jeunes, mes réserves ne sont pas partagées. De nombreux ados portent les vêtements d’Inuit, d’Inaksen, de Bibi Chemnitz – je suis marquée par ce double souci de modernité et de tradition.
Design groenlandais : Qiviut, Isaksen, Great Greenland (avec des designs de Nuuk Couture).Bottes en peau de phoque.Artisanat du Groenland, en stéatite. Détail amusant : les pulls, eux, viennent d’Islande, et ne sont là que pour faire plaisir aux touristes.
Au sommet de la piste de ski, voir la ville grandir
Tous les peuples inuits du cercle arctique semblent suivre ce mouvement de réaffirmation de leur identité, et le Groenland, seule nation où les Inuits sont véritablement au pouvoir, en est le fer de lance. L’an dernier, Nuuk a accueilli les Arctic Winter Games, sorte de jeux olympiques de l’Arctique se tenant tous les deux ans dans un territoire membre. Nuuk est la seule ville groenlandaise à pouvoir accueillir les jeux, car elle est aussi la seule à compter un domaine skiable – ailleurs au Groenland, les montagnes ne sont accessibles qu’aux plus fortunés pratiquant l’héliski. A Nuuk, la piste surplombe la ville.
La vue depuis le sommet de la station est sublime. Sermitsiaq, la montagne mythique, est sur ma droite, à gauche la ville, comme un jet de confettis multicolores dans le blanc. Et partout s’étale le fjord, immense, constellé d’îlots enneigés, démesuré.
Au dessus de Nuuk...
Nuuk grandit à toute vitesse, on le voit depuis le sommet, et on le voit partout dans les rues, où poussent grues et chantiers. La ville attire. Plus de quarante nationalités sont déjà représentées, des Indiens, des Australiens, des Norvégiens, en quête d’opportunités et de nouveauté radicale. La représentante de l’office du tourisme, Stine, est danoise. Elle me dit que le Danemark est victime du succès de son système scolaire, et que là-bas, tout le monde fait de longues études prestigieuses et se retrouve surqualifié dans un pays où la banalité des diplômes les a démonétisés et où le marché du travail est saturé. Tout le monde est bardé de titres inutiles et personne ne trouve du travail. Elle rêvait depuis longtemps du Groenland, pays neuf où tout était possible, mais c’est quand la banque dans laquelle travaille son fiancé lui a proposé une mutation à Nuuk que le couple a vu la possibilité de migrer. Stine a envoyé des CV à Nuuk, et décroché son job de rêve en moins d’une semaine. Elle pense passer sa vie ici, dans ce pays neuf et excitant. Nuuk ensorcelle. Je rencontre des tas de gens qui pensaient venir ici pour six mois, et qui y sont depuis dix ans.
La ville a construit un nouveau quartier pour les nouveaux arrivants, à 5km du centre-ville : une jolie banlieue résidentielle, avec des immeubles multicolores. On a dégommé à la dynamite un morceau de fjord pour créer une route y conduisant, et aplatir le terrain. Mais déjà ce quartier est saturé, et les nouveaux habitants continuent d’affluer. Un autre quartier de ce genre est en projet, en allant plus loin dans le fjord, et en ressortant la dynamite. Ma guide m’emmène là où la route s’arrête. Des containers dressés en barrière marquent le bout du monde, la fin du chemin. Mais dans quelques années, la route continuera. On passera de l’autre côté du fjord, dans la baie suivante, et d’autres maisons multicolores feront face à la vieille ville.
Au bout de la route. Nuuk s’arrête ici.Nouveaux quartiers.
Le port aussi s’est agrandi. Cet immense port commercial est le premier hub groenlandais. Les containers estampillés Royal Arctic acheminent ici les produits du monde entier. C’est aussi un port de pêche, dédié à l’exploitation des ressources immenses de la mer du Groenland. Enfin, le nouveau port permet de mieux accueillir les bateaux de croisière, qui se précipitent à Nuuk en été.
Le port de Nuuk...
Mon hôtel, Hans Egede, un 4 étoiles international confortable, projette d’ouvrir un second hôtel, plus axé sur les petits budgets. Le journal local célèbre des créations d’entreprise, de nouvelles succursales et filières : Nuuk se développe à toute vitesse, et attire les gens des vieux pays saturés qui rêvent de nouvelles aventures.
Une journée sublime dans le fjord de Nuuk
Cela restera un de mes plus beaux souvenirs non seulement du Groenland, mais de voyage tout court. Si vous venez à Nuuk, ne manquez pas d’explorer son fjord – c’est d’une beauté indescriptible.
Je m’embarque avec la compagnie Tupilak Travel pour Kapisillit, village perdu au fond du fjord de Nuuk. Ce système de fjords gigantesque est profond de 160km – c’est le deuxième plus grand du monde, après le Scoresby Sund sur la côte Est du pays. Nuuk est située 24km à l’intérieur du fjord, et Kapisillit 80 km plus loin. Nous partons tôt le matin du port de Nuuk, et je suis vite surprise d’apprendre l’identité de notre capitaine : il s’agit de Jens B. Eriksen, ancien leader du parti Demokratiit, ancien ministre groenlandais du Logement, des Infrastructures et du Transport. C’est le mode de fonctionnement scandinave, où on est ministre quelques années, puis on redevient capitaine de bateau et emmène les touristes dans les fjords.
Il me raconte que le Groenland a tout à gagner au réchauffement climatique. Nous nous plaisons à nous figurer le réchauffement sous la forme d’ours polaires esseulés sur la banquise, comme si le pôle nord en était la première victime. Mais cette culpabilisation est un subterfuge qui éloigne le danger de notre quotidien… et nous fait oublier que NOUS, habitants des villes littorales, sommes les premières victimes. « Le réchauffement climatique, c’est une manne pour le Groenland, une fabuleuse nouvelle. Mais pour New York, Los Angeles, les Pays-Bas, c’est autre chose. » Jens est convaincu de la nécessité de limiter le réchauffement, pour les générations futures. Mais comme il l’a expliqué au G20, ce n’est pas le Groenland qui va morfler. Au Groenland, la fonte dégage de nouvelles routes, permet de mieux ravitailler des villages isolés, de retrouver l’agriculture au sud du Groenland (ce qui n’avait pas été possible depuis le temps des vikings). Elle ouvre aussi le champ à l’exploitation minière. Actuellement, le Groenland n’a qu’une mine d’importance, des rubis, qui va arriver à épuisement. Mais d’autres gisements énormes attendent. Ils ne sont pas encore exploités car la glace empêche de travailler dix mois par an. La fenêtre d’exploitation est trop courte. Mais si elle venait à se rallonger… Tout le monde guette le réchauffement et les opportunités nouvelles.
Nous nous enfonçons dans le deuxième plus grand fjord du monde. Je suis tellement fascinée que je reste dehors, à affronter le froid, scotchée par ce paysage de bout du monde qui condense tous mes fantasmes de Norvège, de Patagonie et de Svalbard. Les fjords. Ces baies cisaillées par des géants de glace dont nous ne pouvons imaginer l’envergure, et qui ont laissé, en reculant, les roches fracturées, dentelées comme des mâchoires, dressées comme des fourches vers le ciel gris. Certains reliefs sont tranchants comme des ciseaux, d’autres plus érodés, infiniment anciens – nous passons devant des roches datant de 3,8 millions d’années, parmi les plus vieilles du monde. Des murailles bleues et des cascades de glace se glissent parfois entre deux pics. On nous montre une roche particulièrement spectaculaire, qui aurait été le théâtre d’un combat sanglant entre un Inuit et un Viking, remporté par le premier (historiquement, absolument rien n’atteste la véracité de ce duel, mais la légende a du chien).
Quitter Nuuk et s’enfoncer dans le fjord..Pics acérésUn bleu fabuleux…Carte du gigantesque fjord de Nuuk.Textures fabuleuses de l’eau et des montagnes.Cascades de glace.La plus belle excursion maritime de ma vie ? Une des plus belles en tout cas !.
L’arrivée à Kapisillit, dont le nom signifie saumon, me fait franchir un nouveau degré dans la fascination. Nous sommes presque au fond du fjord de Nuuk, dans un hameau de cinquante habitants tout au plus. Le paysage est sublime : c’est une colonie sur glace, un hameau martien au cœur de l’immensité glacée. Des chalets d’été demeurent vides, car les Danois ne viennent qu’à la bonne saison, tandis les Inuits vivent là à l’année. Le bateau approvisionne Kapisillit une fois par semaine. (La guide Inuit, qui vient de l’Est du Groenland, ricane : « c’est rien du tout ça, chez nous le bateau ne vient pas pendant dix mois à cause la glace »). Les habitants vivent de chasse et de pêche. Je vois des pêcheurs dans le fjord bleuté, des poissons séchant devant les maisons, un corbeau mort suspendu pour effrayer ses congénères et de magnifiques lapins arctiques à la fourrure hivernale immaculée suspendus devant une maison, le regard vide. L’omniprésence de la chasse est consubstantielle à l’identité groenlandaise, mais toujours un peu dérangeante pour moi, Occidentale sensible que je suis.
Dans l’église, que le prêtre de Nuuk vient occuper lors des grandes occasions, on trouve la Bible en danois et en groenlandais, et un superbe livre de messe destiné aux enfants, en groenlandais, qui transpose tout le mythe de la genèse et l’histoire de Jésus dans un décor arctique. On voit Marie au milieu des phoques, des baleines et des huskies. J’ai trop d’éducation pour voler quelque chose, surtout dans une église, mais j’aurais adoré pouvoir emporter ce livre.
Au retour, le capitaine et quelques touristes s’arrêtent pour pêcher la morue. Les eaux sont incroyablement poissonneuses. Je repense à Jésus au milieu des morues et des saumons, entre hiver éternel et abondance rare. Quel étrange Eden glacé que le Groenland, quel cadeau bizarre que Dieu a fait aux hommes.
A l’entrée du fjord.Textures des glaces dans le fjord gelé.Pêcheur dans le fjord.Solitude sublime.Le hameau perdu.L’église.
Info pratique : Jens, le capitaine, m’a dit que sa compagnie Tupilak Travel proposait deux types d’excursions en bateau à la journée. La virée vers le hameau de Kapisillit est disponible toute l’année, été comme hiver. L’été seulement, il propose également une excursion appelée « Icefjord », qui permet d’aller au fond du fjord à la rencontre du glacier et de naviguer au milieu des icebergs. Il paraît que c’est là aussi une excursion sublime, plébiscitée par les touristes en été.
Au musée d’art de Nuuk
Je visite le musée d’art de Nuuk avec sa directrice, Nivi Christensen. Nivi est une personnalité intéressante : elle vient de Tasiilaq, sur la mythique côte Est du Groenland, celle qui est isolée, perdue dans les glaces, peu peuplée. Ses deux parents sont eux aussi Groenlandais, elle est un pur produit des traditions de ce pays, mais elle est allée au lycée à Nuuk, puis à l’université à Copenhague, et est revenue au Groenland avec son mari danois pour reprendre en main ce musée après la mort de son fondateur. Elle me parle de l’indifférence sidérante du Danemark à l’égard du Groenland. Les enfants danois n’entendent jamais parler du Groenland à l’école, si ce n’est pour évoquer sa faune (phoques et baleines), la presse ne parle jamais du Groenland, si ce n’est une fois tous les quatre ans, lors des élections, lorsque la question de l’indépendance revient sur le tapis. Comme la plupart des Groenlandais cultivés, elle n’est pas favorable à l’indépendance, qu’elle pense dommageable au Groenland, mais comprend les racines viscérales, émotionnelles, de ce désir. La colonisation, les regroupements forcés, l’indifférence danoise, ont humilié les Groenlandais.
Le musée, donc. Il propose deux sections principales, le Groenland vu par les voyageurs et le Groenland vu par les Groenlandais. Ce qui m’intéresse le plus, c’est le rapport étroit qu’entretient l’art groenlandais avec l’imprimerie. Avant la peinture, l’art groenlandais était centré sur la sculpture : on sculptait des Tupilaks en os de baleine, de la stéatite (« soap stone »), des jouets, des amulettes. Le passage à un art pictural a cherché à conserver cette affinité avec la sculpture, notamment en utilisant les objets sculptés comme tampons pour coucher une forme sur papier, et l’imprimerie a décuplé ce type de possibilités. Une exposition temporaire magnifique présente les travaux de l’école qui est considérée comme la source de l’art inuit moderne : l’atelier de Cape Dorset, sur l’île de Baffin, au Nunavut. Depuis les années 70, Cape Dorset associe des artistes traditionnels inuits à un processus de fabrication industrielle, en leur permettant de reproduire leurs œuvres picturales (issues de la tradition du tampon, de la surimpression, de l’application d’objets gravés) pour des tirages d’une qualité et d’une vivacité exceptionnelles. Ces œuvres, représentant de façon stylisée et habitée des baleines, des phoques, des hommes et des femmes, des symboles traditionnels, des hiboux, des chiens, sont absolument magnifiques. Je suis conquise par cette école. Nivi me dit que le fait d’exposer Cape Dorset ici permet aussi de renforcer la sensation d’une communauté inuite par-delà les frontières étatiques. Elle me dit que les Groenlandais ne savent en réalité presque rien des Inuits du Canada ou d’Alaska, alors que leurs cultures sont extrêmement proches – avec la fin des migrations via le détroit de Narnes à la fin du XIXe, le lien a été rompu. Aujourd’hui, des manifestations comme les Arctic Winter Games, qui rencontrent un succès populaire immense, et des expositions plus pointues, comme celles que propose le musée de Nuuk, tentent de resouder cette culture éparpillée. Nivi me raconte que les enfants groenlandais sont sidérés en voyant les œuvres de Cape Dorset, disent « c’est canadien ? mais c’est comme chez nous ».
L’art groenlandais était avant tout celui de la sculpture. Les rues de Nuuk reprennent cette tradition avec de très nombreuses statues noires en stéatite.Un musée lumineux et passionnant.Le travail de Cape Dorset au musée d’art de Nuuk.
Le soir, je mange avec Nivi, Simon et Stine au restaurant gastronomique de mon hôtel Hans Egede, Sarfalik, considéré comme le meilleur de Nuuk (effectivement, ce repas sera inoubliable).
SarfalikRestaurant Sarfalik.
Nous parlons de la culture inuite dans son ensemble, au Groenland, au Canada, en Alaska. Encore aujourd’hui, les populations inuites d’Amérique du Nord restent très affectées par l’exclusion, le chômage, l’alcoolisme, comme beaucoup de peuples premiers ayant subi de plein fouet la colonisation et une modernité subie. Les Groenlandais s’en sortent beaucoup, beaucoup mieux. Nivi ne cache pas que les années 60-70 ont été très difficiles. Le Danemark a choisi de déplacer les habitants des hameaux isolés vers les grandes villes, afin de leur garantir l’accès à l’électricité, à l’eau courante, etc. Une décision logique, approuvée par les Groenlandais eux-mêmes au parlement… mais sans consultation des « petites gens » qui les ont subies. Après les déplacements de population, les habitants des hameaux perdus, déboussolés en ville, arrachés à leur terre, découvrirent l’alcool. On vit alors des gens ivres morts évanouis dans la rue par -30 dans les rues de Nuuk. Le gouvernement groenlandais a réagi avec une politique extrêmement restrictive sur la vente d’alcool, encore plus sévère qu’au Danemark. Je l’ai vu moi-même pendant le week-end de Pâques : la vente d’alcool était totalement interdite, du vendredi matin au lundi soir, excepté de 10h à 12h le dimanche. Et les prix de l’alcool étaient absolument prohibitifs. Je n’ai pas vu une seule personne ivre pendant tout mon séjour au Groenland, ceci expliquant sans doute cela. J’ai vu le Groenland qui réussit – avec Nuuk surtout, la ville en croissance permanente, au taux de chômage de 0%, avec Ilulissat aussi, la première ville touristique groenlandaise. Nivi admet que la côte Est est plus compliquée – plus isolée, plus solitaire, elle subit davantage de chômage, et donc d’alcoolisme. Mais elle précise aussi : « Je viens de Tasiilaq, la ville qu’on cite toujours comme la pire du Groenland. Quand on parle de chômage et d’alcoolisme au Groenland, Tasiilaq est toujours mise en avant. Et je peux t’assurer que ce n’était pas si dramatique que ça. Tasiilaq est une ville magnifique et j’y suis très attachée. Il y a encore des problèmes, des progrès à faire. Mais je ne comprends pas que le monde ne parle pas plus du Groenland. Nous sommes l’exemple d’une société indigène qui réussit, qui va bien, qui a presque son propre pays, qui a su défendre sa langue et sa culture, qui conserve ses traditions, tout en s’étant ouvert à la modernité, au confort, à la consommation, à l’investissement. Le Groenland devrait être un modèle pour tous les peuples indigènes en quête de souveraineté politique et d’indépendance économique. » Elle formule très précisément ce que j’ai ressenti à Nuuk. Et rien que pour ça, cette ville mérite le détour.
En bref : petit guide pour visiter Nuuk Aller à Nuuk – que faire à nuuk – que voir à Nuuk – blog nuuk – voyage nuuk – nuuk groenland
Aller à Nuuk
Vous pouvez partir de Copenhague avec Air Greenland toute l’année, ou de Reykjavik avec Air Greenland en été, avec Air Iceland Connect l’hiver. Les meilleurs tarifs sont proposés par Air Greenland au départ de Copenhague, avec des « packages » intéressants incluant vol + hôtel. A ce que j’ai observé, le prix est plus intéressant dans le package que si vous les prenez séparément.
Dormir à Nuuk
J’ai adoré mon hôtel, Hans Egede, un 4 étoiles aux standards internationaux et à la décoration nordique élégante. La situation est idéale, à deux pas de toutes les principales attractions de Nuuk, et le petit-déjeuner est extra. Ils ont une salle de sport, un très beau bar rooftop, le fabuleux restaurant gastronomique Sarfalik et un second restaurant plus abordable.
A partir de 170 euros/nuit avec petit déjeuner.
Hôtel Hans Egede.
Si vous cherchez une option plus économique, l’hébergement le moins cher de Nuuk est Inuk Hostels, situé à 20 minutes à pied du cœur de ville, avec une vue superbe sur le fjord. Il s’agit de petits chalets avec salle de bain partagée, qui me semblent jolis. A partir de 87 euros en chambre double. Bien sûr, vous pouvez aussi jeter un coup d’oeil à Air BnB.
Que voir et que faire à Nuuk ?
Marcher dans le cœur historique, autour du Colonial Harbour et de l’église Hans Egede, savourer la beauté de la ville.
Faire absolument une excursion en bateau dans le fjord géant : soit Kapisillit, soit Icefjord, avec Tupilak Travel (le bureau est en face du centre culturel, le grand bâtiment avec la vague). En été, vous verrez des icebergs.
Visiter le Musée national groenlandais, passionnant, magnifique. L’entrée est gratuite.
Si vous avez plus de temps, continuer avec les autres musées : le musée local de Nuuk (à deux pas du musée national), le musée du tissage (en face du musée national), le musée d’art de Nuuk (quelques rues plus haut).
Aller écouter un concert et manger des tapas groenlandais au Cultural Center of Greenland.
Faire du shopping à Nuuk Center et dans les boutiques alentours, découvrir les designers groenlandais tels que Nuuk Couture, Inaksen (mon coup de cœur), Qiviut, Bibi Chemnitz ou Inuiit. Visiter les boutiques d’artisanat groenlandais avec tupilaks en os et sculptures en stéatite.
Monter au sommet de la station de ski, pour la vue sur la montagne Sermitsiaq et sur la ville. L’hiver, skier.
L’été, partir en randonnée pédestre dans le fjord ou vers le sommet de Sermitsiaq.
Partir à la pêche dans le fjord de Nuuk.
Pour les plus fortunés : une excursion en hélicoptère avec Tupilak Travel au coucher du soleil. La vue sur le fjord est paraît-il grandiose.
Une application utile pour visiter Nuuk
Téléchargez sur votre smartphone l’application Colourful Nuuk, proposée par l’office de tourisme de la ville. Elle vous tient au courant des évènements du moment, propose une carte de la ville disponible horsconnexion (très important car vous n’avez pas le roaming avec un forfait européen au Groenland !) et un bon aperçu des activités disponibles.
Ces quatre jours à Nuuk m’ont absolument émerveillée et j’ai très envie de revoir la ville en été, d’y emmener mes proches, bref, de retourner explorer la merveilleuse capitale groenlandaise. Je veux remercier chaleureusement mes partenaires de m’avoir permis de vivre ce voyage extraordinaire : Visit Greenland, Air Greenland et Colourful Nuuk. Merci à Stine, de l’office du tourisme, et à Nivi, du musée d’art de Nuuk, pour le temps qu’elles m’ont consacré. Ce furent de très belles rencontres.
Je vais bien sûr continuer à vous raconter ce voyage au Groenland, avec Ilulissat et Kangerlussuaq. Inscrivez-vous à la newsletter pour suivre tout ça ?
Le Salon des blogueurs de voyage ? Tous les ans, c’est un rendez-vous majeur pour la communauté des blogueurs. Fin avril, vous avez sans doute vu passer le hashtag #WAT18 sur vos réseaux sociaux, accompagné de photos de blogueurs sautant à l’élastique ou faisant la chenille dans le sud de l’Aveyron. C’est parce que cette année, le Salon des blogueurs de voyage avait lieu à Millau et c’était une très, très belle expérience. J’avais envie de vous raconter pourquoi je vais au Salon des blogueurs de voyage, pourquoi j’y suis attachée, et ce qu’il révèle sur l’évolution du métier de blogueur.
Commençons par une petite définition des termes : le Salon des blogueurs de voyage, qu’est-ce que c’est ? C’est un évènement qui rassemble chaque printemps la communauté des blogueurs et facilite la rencontre avec les professionnels du tourisme souhaitant travailler avec eux. Chaque année, le salon a lieu dans une ville différente, et les blogueurs sont invités à vivre différentes expériences touristiques mettent en valeur la région qui les accueille. L’évènement dure quatre jours en tout : deux jours de « blog trip » (voyages entre blogueurs) dans la région qui accueille l’évènement, deux jours de salon avec rendez-vous professionnels. Des offices de tourisme, des hébergeurs et d’autres marques viennent présenter leur destination et leurs produits, les blogueurs prennent rendez-vous avec eux pour leur soumettre des projets. De nombreuses conférences, fêtes et remises de prix sont organisées, l’évènement est extrêmement dense, riche et festif. Pourquoi ce hashtag, WAT18 ? Parce que l’organisateur est la société We Are Travel, fondée par Xavier Berthier. Ce salon des blogueurs de voyage est l’unique évènement de ce genre dans le monde francophone (il existe des équivalents notamment dans les pays anglophones et germanophones) et en cinq ans d’existence, il a vite su s’imposer comme un rendez-vous majeur.
500 personnes au soleil couchant face au viaduc de Millau : c’était le salon des blogueurs de voyage WAT2018. Photo Adeline Lebel pour le salon We Are Travel – un super souvenir.
Pourquoi y aller, pourquoi y suis-je attachée ?
Le Salon des blogueurs de voyage : pour une professionnalisation intelligente du métier de blogueur
Disons-le tout de suite : le WAT est un salon professionnel, c’est d’ailleurs pour cela qu’il a lieu en semaine. Cela ne fait qu’acter la mutation profonde du blogging. Il y a une dizaine d’années, les blogs étaient plus artisanaux, plus privés. On les ouvrait avant tout pour raconter ses vacances ou son tour du monde à ses proches, sans autre ambition que le partage personnel. Ce type de blog existe bien sûr toujours, et a toute sa place, mais la tendance à la professionnalisation est indéniable. Pour beaucoup d’entre nous aujourd’hui, être blogueur de voyage signifie un investissement en temps, en matériel, en énergie et en compétences considérable, qui suppose qu’on s’y consacre à plein temps. Les destinations et les marques l’ont bien compris et font de plus en plus appel aux blogueurs pour leur communication et leur création de contenu. C’est quelque chose dont j’ai déjà souvent parlé sur ce blog, notamment ici (« Peut-on vivre de son blog de voyage ? ») et ici (« Les influenceurs, une bulle qui va éclater ? »). Bien sûr, cette transformation ne se fait pas sans interrogations. Les blogueurs ont eu du succès justement parce qu’ils n’étaient pas institutionnels, pas formatés, qu’on trouvait chez eux une fraîcheur et une spontanéité qui permettaient de mieux s’identifier à eux – comment assumer la professionnalisation sans perdre la confiance de son public ?
Dans mes précédents articles à ce sujet, j’évoquais quatre dangers principaux.
* Le danger du mensonge. Quand on cache à ses abonnés qu’un article ou un post est sponsorisé, on perd leur confiance plus sûrement qu’en assumant un partenariat intelligent.
* Le danger du mirage. Dans certains cercles, notamment ceux de la mode, de la beauté ou du lifestyle, la fascination pour les influenceurs est allée trop loin et a engendré une surenchère dangereuse, nourrie par des faux abonnés et des contrats mirifiques. Des marques ont payé des dizaines de milliers d’euros des influenceurs comptant un million d’abonnés sur Instagram, tout ça pour un retour sur investissement quasi nul. On a découvert après coup que beaucoup de ces influenceurs avaient acheté des abonnés, triché, et exigé des ponts d’or pour des résultats bien incertains. Après l’hystérie a suivi la méfiance.
* Le danger de l’exploitation. A l’inverse des influenceurs superstars qui ont obtenu des sommes mirobolantes, trop de micro-influenceurs ont été exploités par des partenaires qui refusaient de les rémunérer, et demandaient un travail énorme (création de contenu, promotion, rédaction…) sans contrepartie, arguant que le blogging se devait de rester une passion. Passion ne signifie pas travail gratuit, surtout quand on connaît le prix du matériel utilisé par les photographes et vidéastes, et le temps que demande la création de contenu.
* Le danger de l’éparpillement. Quand un blogueur commence à avoir du succès, les propositions affluent. Il faut être capable de connaître son identité et son public, de savoir pourquoi vos lecteurs vous suivent et quel type d’opérations vous correspondent ou pas. Souvent, les partenariats ratés sont dus à une déconnexion entre l’identité du blogueur impliqué et le style de produit ou de prestation mise en valeur. Cela sonne faux. Il faut savoir qui on est, et être capable de dire non à des opérations qui peuvent être tout à fait bien en elles-mêmes, mais qui ne sont pas faites pour vous.
A mon avis (et je sais que beaucoup de collègues blogueurs voient les choses comme moi), la solution pour conjuguer passion et professionnalisation sans perdre notre public passe par plusieurs choses :
* Sincérité. Sincérité vis-à-vis du lecteur : on mentionne TOUJOURS qu’un post est sponsorisé, qu’on a un partenariat avec une marque, une destination, qu’on a été invité à passer la nuit dans tel hôtel, etc. Sincérité vis-à-vis du partenaire : pas d’achats de followers, pas de chiffres truqués ou gonflés, on donne ses chiffres véritables et on l’encourage à vérifier. On se souviendra du fait qu’une opération avec une influenceuse star à un million de followers avait donné lieu à… zéro vente, et que ce qui compte, c’est moins le nombre de followers que l’authenticité de la communauté et la qualité de l’engagement.
* Utilisation intelligente des compétences du blogueur. Pour assurer leur promotion, les destinations ont en permanence besoin de contenu. Il leur faut des récits, des photos, des vidéos… Beaucoup ont compris qu’impliquer les blogueurs dans leur création de contenu était une stratégie gagnante, qui permet de faire d’une pierre deux coups : le blogueur fait la promotion de la destination auprès de sa communauté, et cède à son partenaire du contenu qui pourra être réutilisé, impliqué dans d’autres projets. On voit de plus en plus souvent des blogueurs écrire pour le site d’une destination, céder des photos, créer une vidéo, etc. Je trouve cette évolution extrêmement positive. Elle valorise le talent du blogueur, et permet de se détacher un peu de la pression du chiffre. Imaginez un blogueur qui n’aurait pas une grosse audience, mais un talent de vidéaste immense ; peu importe ses chiffres, si la destination peut acheter sa vidéo et la diffuser elle-même. Cela suppose aussi une rémunération juste : ni pont d’or, ni exploitation, mais la juste valeur du travail fourni.
* Discernement. On ne peut pas dire oui à tout, aller partout, tout accepter. Il faut choisir les projets qui nous ressemblent.
Dès qu’il y a des chevaux, ça me ressemble. (Ici, en Camargue.)
J’en reviens donc au Salon des blogueurs de voyage. Ce qui m’a infiniment satisfaite au salon, à travers les conférences données et les rencontres avec les destinations et marques présentes, c’est qu’il encourage à une professionnalisation intelligente du métier et pousse à une évolution dans le bon sens. Je voudrais rassurer ceux qui craignent que le salon les encourage à se vendre au plus offrant, à se conformer au marketing, à raboter leur identité pour obtenir plus. Se professionnaliser ne signifie pas perdre son âme. Ce n’est pas un salon du blogging business. Ce n’est pas une foire d’empoigne à qui aura les plus gros chiffres, à quel blogueur a le plus de likes sur Instagram, à quelle destination paie le plus. Ce n’est pas une cour des miracles et des mirages, où on se promet monts et merveilles. Ce salon éduque à la fois les blogueurs et les exposants aux bonnes pratiques. L’immense majorité des rencontres que j’ai faites étaient respectueuses et constructives et des collaborations ont pu être envisagées sur une base saine. J’en suis ressortie très optimiste sur l’avenir des blogs de voyage.
Pour la qualité des rencontres avec les exposants au WAT
Bien sûr, on peut monter des projets sans aller au WAT – encore heureux. Vous n’avez pas raté votre vie de blogueur si vous n’étiez pas au salon. Mais je dois dire que la qualité des rencontres m’a marquée cette année encore (et peut-être encore davantage que les années précédentes). Le climat du WAT incite à la créativité, à l’initiative, à monter des projets. Les gens sont plus accessibles, plus détendus, plus ouverts. Et surtout, le WAT est un gain de temps considérable. Vous avez devant vous des destinations qui veulent travailler avec les blogueurs, qui ont envoyé sur place la bonne personne, qui vous expliquent leurs besoins. Vous n’avez pas à chercher le bon contact, vous savez que les gens qui sont face à vous sont potentiellement intéressés et réceptifs. C’est un accélérateur de projets. Je suis en train de monter quelque chose de très spécial pour le printemps 2019 (suspense ;)) et ce salon tombait à merveille pour moi, car j’avais face à moi plusieurs personnes susceptibles d’être impliquées, en chair et en os, réunies dans un même lieu. C’est une situation rare et privilégiée.
Plonger à toute allure dans de nouveaux projets… ici en kayak sur la Dourbie.
Pour les retrouvailles et les fêtes
Plusieurs amies blogueuses m’ont dit « j’ai peur de ne connaître personne au salon ». Je voudrais les rassurer tout de suite : il est impossible de rester dans son coin au WAT, à moins de vraiment le vouloir. C’est un fabuleux rassemblement de gens qui partagent la même passion, dans une ambiance de fête, de détente, de colonie de vacances géante. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autant amusée. Le WAT, c’est le Club Med, c’est une macarena king size, c’est la grande récréation, c’est le bonheur. On éprouve un plaisir immense à retrouver des amis normalement éparpillés aux quatre coins du monde. Nous qui sommes des nomades, des vagabonds toujours entre deux avions, nous avons souvent du mal à nous retrouver dans la vraie vie. Chaque fois qu’on essaie de monter un apéro entre potes voyageurs, il y en a un qui est au Chili et l’autre à Budapest. Mais tout le monde (ou presque) vient au WAT. Ça resserre les liens, renforce les amitiés, crée des souvenirs inoubliables. La communauté des blogueurs est une vraie famille et je l’ai ressenti dans la joie et dans la tristesse. Dans la joie, à travers les danses endiablées, les blagues potaches, les chants débiles dans le bus, les embrassades, les selfies à 18, les défis et les délires. Dans la tristesse, lorsque l’Adonet a annoncé décerner un Clic d’or d’honneur à la talentueuse Julie Sarperi, qui avait fondé le blog Carnets de traverse et nous a quittés brutalement en décembre 2017. L’émotion était palpable…
Au Salon des blogueurs de voyage, les solitaires que nous sommes se souviennent qu’ils ne sont pas seuls.
Avec mon amie adorée Amandine alias la Lykorne illettrée.
Une jolie brochette à la Maison de la photo de Jean-Marie Périer (au centre) : de gauche à droite, moi, Moran de rencontre le monde, Marion de Sauvazine, Jean-Marie Périer, Chris du Blog du voyage, Gaïa et Gilda les Aventureuses, Magali la super organisatrice du blogtrip pour la région Najac-Rouergue.
Moran en plein test du quick jump à la base de loisirs de Najac.
Pour l’Aveyron : un #WAT18 monumental
Le Salon des blogueurs de voyage, c’est toujours une très belle expérience. Mais cette année 2018 en Aveyron, c’était absolument monumental. Je ressentais une joie immense à l’idée de revenir pour la 3e fois cette année au pays de l’aligot, après avoir découvert les merveilles du sud Aveyron, les sublimes villages du nord et l’Aubrac. L’Aveyron est à mes yeux un des plus beaux départements de notre pays, un concentré de France éternelle et authentique, mais qui sait aller au-delà de la carte postale pour proposer une richesse d’activités et d’expériences absolument extraordinaire. Si vous cherchez une destination à la fois sublime et exaltante, pour vous ressourcer ou pour tester mille sports et activités, foncez en Aveyron, vous ne le regretterez pas une seconde. J’ai eu un coup de cœur immense pour ce vert pays de toute beauté, suspendu entre le midi et la montagne.
Je vous en parlerai davantage dans un prochain article : chaque blogueur a bénéficié de deux jours (dimanche et lundi) pour découvrir un coin d’Aveyron, et je suis partie avec un petit groupe sympa dans l’Ouest du département, autour du château de Najac et des bastides du Rouergue. Le Salon des blogueurs de voyage permet de mettre un gros coup de projecteur sur la région qui l’accueille, et j’espère que la publicité bien méritée que nous faisons tous au merveilleux Aveyron saura vous convaincre d’y faire un tour.
Pendant le salon lui-même, la qualité de l’accueil a été extraordinaire aussi, et je veux remercier chaleureusement l’équipe de We Are Travel et tous les représentants du tourisme en Aveyron pour cette expérience folle. L’Aveyron a l’hospitalité dans le sang, et c’était quelque chose de rare et beau de voir TOUS les spécialistes du tourisme en Aveyron, les représentants de toutes les régions avec leur écharpe verte, faire la fête avec nous jusqu’au bout de la nuit, y compris le président du conseil départemental, le maire de Bozouls… On ressentait une chaleur humaine et une convivialité exceptionnelles. Je suis repartie plus amoureuse de l’Aveyron que jamais et je vais y retourner encore (c’est déjà dans les tuyaux !).
Le sublime village de Najac.
Le gâteau à la broche : vive l’Aveyron !
Pour les surprises et les délires : des blogueurs de voyage en folie
Voici un petit résumé de ce que nous avons vécu, afin de vous donner un aperçu de ce qu’est un WAT grandiose. A Millau, nous étions tous logés (les 250 blogueurs) au domaine de Saint Estève, un très bel ensemble de chalets locatifs avec piscine et vue sur le viaduc. Le dimanche soir, des navettes nous ont conduit vers un lieu secret pour la soirée inaugurale. Nous nous sommes retrouvés sur le fabuleux vélorail du Larzac, chemin de fer désaffecté serpentant au-dessus des viaducs du plateau transformé en site touristique d’exception, et avons pédalé comme des fous à travers les tunnels. Puis le bus nous a conduits au village médiéval de Sainte Eulalie de Cernon, où des chevaliers en armure nous ont escortés jusqu’à la place du village, qui avait été changée en fête du XIIIe siècle, avec ateliers d’arc, d’arbalète, de lutte, fontaine d’hypocras et artisanat du Moyen-Âge. La fête s’est poursuivie à l’intérieur d’une magnifique cour médiévale, avec cracheurs de feu, jongleurs et musique.
Au domaine Saint Estève (avec mon Iphone, à la bourre le matin après une nuit trop courte ;))
Au vélorail du Larzac. Je ne dénoncerai pas l’équipe de devant, mais qu’est ce que ça braillait 😉
Bienvenue à Sainte Eulalie de Cernon.
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Le salon lui-même était installé au cœur de Millau, avec une partie en plein air et un joli décor champêtre, avec ballots de paille et parasols colorés. Conférences le matin, rencontre avec les exposants l’après-midi, le programme était intense, mais les soirées l’étaient encore plus. Le deuxième soir, nous sommes tous allés admirer le coucher du soleil sur le sublime viaduc de Millau, avant d’entrer dans la célèbre aire du viaduc qui est grande et belle comme une cathédrale. Après un parcours gustatif délicieux (vive l’aligot !), un groupe de rock aveyronnais, La Deryves, a mis une ambiance incroyable, c’était Johnny meets la chenille qui redémarre, Mick Jagger faisant un paquito, et on a dû nous mettre dehors de force à 1h du matin tellement on en redemandait. On avait tous des petits yeux pour le dernier jour du salon, mais l’after nous forçait à rester : la compagnie Roc et Canyon (super spécialistes des sports outdoor, je les adore depuis que j’ai fait la descente de la Dourbie avec eux) avait installé un coussin de cascadeur géant, sur lequel on pouvait se jeter depuis une plate-forme mouvante située à 6 ou 12 mètres. Ou comment finir de façon monumentale. Autant dire qu’il faudrait vraiment être le dernier des grincheux pour ne pas s’amuser au WAT et que tout le monde était conquis – je crois que les Aveyronnais se sont autant éclatés que nous. We Are Travel a un vrai sens de la surprise et du spectacle, et j’ai tellement hâte de savoir ce qu’ils nous réservent l’année prochaine…
Ambiance bucolique au salon.
Le guitariste de La Deryves en plein solo. Merci à Elodie et Mathieu du blog A ticket to ride pour cette super photo !
La sélection et les prix au WAT : une petite histoire personnelle d’échec et de victoire
A ce stade, vous vous demanderez sans doute : pourquoi n’irait-on PAS au Salon des blogueurs de voyage ? Parce qu’il faut être sélectionné. We Are Travel assume de sélectionner les blogueurs qui participent à ce salon professionnel et de vouloir présenter aux exposants (qui paient leur stand) uniquement des blogueurs ayant une certaine ancienneté, une certaine audience, un contenu de qualité, etc. La sélection s’est un peu durcie cette année : jusqu’ici le WAT accueillait deux groupes de blogueurs, les blogueurs invités (qui participaient aux blog trips et avaient l’hébergement) et les autres, et cette année We Are Travel a décidé de changer la formule et de n’avoir que des blogueurs invités, participant aux blog trips et hébergés au domaine Saint Estève. Cela correspond aussi à l’évolution du WAT, qui a lancé sa propre plateforme de mise en relation entre blogueurs et professionnels du tourisme, intitulée My Bloggers, qui ne présente que des influenceurs sélectionnés. Je suis d’accord sur le principe de la sélection et j’ai beaucoup aimé cette formule, car c’était fabuleux d’être tous ensemble, mais elle s’accompagne forcément de quelques déceptions et crève-cœurs. J’ai eu des copines refusées que j’appréciais beaucoup, qui avaient un grand talent, mais peut-être un blog encore un peu jeune, ou une audience encore un peu trop réduite… Assumer la sélection peut être douloureux et j’imagine que cela n’a pas été évident pour l’équipe du WAT non plus. Je sais que certains blogueurs refusés l’ont eu en travers de la gorge, et c’est quelque chose que je peux comprendre, car voici une petite confession : sur une précédente édition du WAT il y a quelques temps, j’avais été très blessée de ne pas faire partie des blogueurs invités. Je l’avais ressenti comme une injustice et cela m’avait touchée.
J’aurais pu me draper dans ma fierté et me dire « tant pis pour le WAT, ils ne veulent pas de moi, ils ne m’auront pas ». Mais en toute sincérité, je me serais punie moi-même, car le salon est une belle fête et une belle opportunité. Après cet échec, j’ai continué à travailler mon blog, qui était alors encore jeune, j’ai amélioré mon référencement, investi plus de temps sur mes réseaux sociaux, persévéré… j’ai fait grandir Itinera Magica et je suis revenue au WAT. Le temps a passé et cette année, j’ai reçu au WAT18 une récompense qui m’a profondément touchée. Mon blog a fait partie des 5 finalistes pour le trophée Blog Expert, avec quatre autres blogueurs talentueux, Novomonde, One day One travel, Sentiers du Phoenix et Smartrippers. Nous avons eu l’honneur d’ouvrir le salon avec des présentations de trois minutes de nos blogs sur la grande scène, avec tous les yeux braqués sur nous… un petit moment de stress, mais un beau coup de projecteur, dont j’ai été très heureuse et touchée. Le chemin continue, et ceci est un joli coup de pouce – merci ! Ne restez jamais sur un échec, les choses changent et le travail paie, j’en suis persuadée.
En pleine présentation de mon blog – un grand merci à mon amie Olivia du blog La fille de l’encre pour la photo !
Je félicite chaleureusement Fabienne et Benoît de Novomonde, qui ont remporté la victoire avec leur beau blog consacré aux tours du monde et aux aventures en sac à dos, et qui viennent de sortir un livre pour aider les futurs tour-du-mondistes. Arriver à la deuxième place m’a beaucoup touchée, et j’étais ravie de partager ce podium final avec Julien de Sentiers du Phoenix, dont je suis et j’admire depuis longtemps le travail magnifique, entre aventure sauvage et ambiances mystiques. Cette récompense m’a émue.
Avec Julien (Sentiers du Phoenix), célébrant nos prix ! Merci à Adeline & We are Travel pour cette photo que j’adore, un super souvenir.
Une récompense qui me touche !
Une profession de foi : blogueuse voyage, pour l’amour des lieux et des gens
Je voulais repartager ici le texte de ma présentation lors de l’ouverture du salon, où j’ai pu évoquer ma façon de vivre mes voyages et ce blog, Itinera Magica.
« Je suis née en Drôme provençale et j’ai grandi sur un plateau calcaire au-dessus du Rhône, traversé par des sources silencieuses et les racines des romarins. Les Romains, les Burgondes et la Marquise de Sévigné y ont vécu et y ont laissé leur trace. J’aime profondément ce pays.
Vous tous ici, vous venez de différentes régions de France et du monde. Peut-être que vous venez d’Aveyron et que vous avez grandi avec les cardabelles sur le Larzac, peut être que vous venez de Bretagne et que les grandes marées ont rythmé votre enfance, peut être que vous venez d’ailleurs, de très loin, et que vous portez ces lointains au cœur.
Mais quand vous pensez au pays qui vous a vu naître, des images et des sensations très fortes vous envahissent. Vous pensez à des paysages, à des villes, à des fêtes, à des aliments, à des personnes et à des traditions qui vous font dire : c’est ça, l’âme de mon pays. C’est ce qui le rend unique. C’est pour ça que je l’aime.
Mon blog s’appelle Itinera Magica. Cela signifie « les chemins magiques » en latin. Mon premier souci quand je parle d’un lieu, d’un pays, d’une région, d’une ville, c’est justement de comprendre et de retranscrire cette émotion qui lui est propre. Je veux comprendre pourquoi les gens qui vivent dans ce lieu y sont si attachés, ce qui le rend unique et ce qui fait qu’on l’aime. De la Provence au bout du monde, je veux célébrer la beauté, la magie et la personnalité des territoires.
Chez moi, sur le Rhône.
Cela signifie plusieurs choses.
Je suis très attachée aux paysages, aux points de vue, parce que l’amour commence toujours par un coup de foudre, un éblouissement. Je veux des images qui restent dans le cœur.
Mais je veux aussi aller au-delà de la carte postale et parler de la culture des régions que je visite, des histoires, des livres et des traditions qui l’ont façonnée. Je veux essayer de raconter cette culture de façon vivante et accessible, afin de rendre tangible l’âme des lieux.
J’aime rencontrer des gens qui incarnent leur territoire et le font vivre. Je suis intimement convaincue du fait que le tourisme est une bonne chose, qu’il dynamise des territoires et leur permet d’affirmer leur identité. Il permet à des gens de rester vivre chez eux, dans leur pays, en l’ouvrant au monde. C’est pourquoi j’aime soutenir les initiatives qui ont du sens. Quand des gens se démènent pour ouvrir un hôtel indépendant, se battent pour conserver un musée, lancer une activité originale ou revivifier une vieille tradition, j’estime qu’ils méritent qu’on parle d’eux.
Et enfin, j’aime ce privilège qu’on a en tant que blogueur de pouvoir partager ces images, ces sensations et ces histoires avec d’autres personnes curieuses du monde. J’ai deux casquettes, je suis journaliste et blogueuse, et j’aime mes deux métiers. Mais quand j’écris un article de presse, je ne sais pas forcément comment il a été reçu. Quand j’écris un article de blog ou que je poste une photo sur Instagram, j’ai le bonheur de recevoir des réactions, des émotions, d’échanger avec d’autres passionnés qui partagent leurs souvenirs et leurs rêves. Ce réseau de personnes qui nous suivent et qui font vivre nos blogs, c’est une chance immense et cela me fait dire que dans le blogging, au fond, tout est affaire d’émotion et d’amour. J’aime de nombreuses destinations, des plus évidentes, comme Hawaï, les Seychelles ou l’Islande, aux plus inattendues, comme par exemple la fête des géants à Douai dans les Hauts de France. A ce jour, l’article qui a eu le plus de succès sur mon blog était un article consacré à la ville de Caen. Un vrai voyageur sait aussi rechercher la beauté sur le pas de sa porte. Début avril, j’étais au Groenland, fin avril, je suis avec vous en Aveyron, et en toute sincérité, les deux m’ont autant réjoui le cœur et l’esprit. L’important, c’est l’intensité et la sincérité avec laquelle on vit les choses, et le plaisir qu’on éprouve à les partager. Je vous remercie chaleureusement de m’avoir permis d’être sur cette scène devant vous et d’être vous aussi embarqués dans cette belle aventure qu’est le tourisme. Je vous souhaite un excellent salon WAT 18. Merci beaucoup. »
Aveyron émotion. Souvenir du moulin de Corp sur la Dourbie.
Ce long article doit s’achever sur plusieurs « merci » : à l’Aveyron et à l’équipe de We Are Travel pour un salon monumental et vraiment chaleureux, aux amis blogueurs pour leur présence et leur gentillesse, et bien sûr, à toutes les personnes qui me suivent et me permettent de vivre cette belle aventure.
Rendez-vous donc à #WAT19, j’ai déjà hâte !
Bientôt sur Itinera Magica : le Groenland, la Suisse, et bien sûr l’Aveyron. N’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter !
Depuis quelques années, les voyages dans les régions arctiques ont le vent en poupe. L’Islande, la Norvège, la Suède, la Finlande attirent de plus en plus de touristes ; on voit émerger des destinations jusqu’alors plus confidentielles, comme les îles Féroé ; les pays de l’ultime frontière, comme le Groenland, le Svalbard ou le Yukon, font leur apparition dans les rêves des voyageurs. Pour qui rêve de dépasser les 66 degrés nord, de franchir le cercle polaire arctique et d’explorer les contrées du grand froid, quel pays nordique choisir ? Quel est le plus beau pays scandinave, le plus spectaculaire des pays arctiques, le plus familial ou le plus accessible ? Petit tour d’horizon et quelques réflexions sur les destinations du grand nord. Plus beau pays scandinave – quel pays nordique choisir – quelle destination choisir – Suède ou Finlande, Norvège ou Islande, Groenland ou Canada ? – voyage pays nordique – voyage grand nord
Kapisillit, au Groenland : petites maisons colorées face au fjord, le rêve du grand nord.
La passion du froid
C’est une tendance indéniable du tourisme actuel : le grand nord a la côte. En Norvège, c’est la région de Tromso, tout au nord du pays, qui a connu la plus forte augmentation en 2016, avec 32% de visiteurs en plus. L’Islande accueille désormais 1,7 millions de touristes chaque année, et le Groenland a connu une augmentation de 10% du nombre de visiteurs en 2016. Et, chose nouvelle, de plus en plus de voyageurs choisissent de partir dans le Nord en hiver, malgré les longues nuits et les températures basses, en quête de paysages enneigés, de lacs gelés et d’aurores boréales.
Pourquoi cet engouement nordique ? On pourrait avancer plusieurs explications. Nous vivons une période géopolitique troublée, marquée par les attentats et la dégradation de la situation politique dans un certain nombre de pays, et de nombreuses destinations se sont fermées au tourisme ou sont devenues dangereuses. Dans ce contexte difficile, le Nord fait figure de havre de paix, sûr et paisible, et attire les voyageurs inquiets ou ayant besoin de se ressourcer. Nous sommes de plus en plus nombreux à rechercher la nature, le calme et la solitude en voyage, et l’idylle de la cabane en bois au bord du lac nordique attire le citadin en quête de grands espaces.
Au coeur de la forêt finlandaise.
De plus, un certain nombre de séries télévisées, comme Game of Thrones ou Vikings, ont cultivé la fascination du grand nord, des fjords découpés et des étendues glacées. Notre imaginaire s’est rempli de drakkars et d’icebergs. Sébastien Brosseau, un des responsables de Lapland Safaris, que j’ai eu le plaisir de rencontrer à Rovaniemi, raconte que les aurores boréales ont vraiment commencé à fasciner les voyageurs il y a cinq ou six ans. « Ce phénomène naturel a toujours été là, mais peu de gens s’y intéressaient vraiment jusqu’alors. Tout le monde s’est soudain mis à rêver d’aurores boréales. On a su créer l’exploitation touristique d’un phénomène qui était jusque là considéré comme normal par les gens du Nord, et ignoré par les gens du Sud. »
Voyageurs en train d’admirer des aurores boréales à Borgarnes, Islande.
Voyage au-delà du cercle polaire, quel pays nordique choisir ?
Mais où aller si vous rêvez vous aussi de franchir le cercle polaire ? Je viens de passer un mois merveilleux dans le grand nord, à voir la Laponie finlandaise, l’Islande et le Groenland à la fin de l’hiver, et je voulais partager avec vous cette petite réflexion et ces quelques pistes pour vous aider à choisir le pays qui correspondra le mieux à vos envies boréales. Plusieurs personnes m’ont demandé laquelle de ces destinations j’avais préféré. « Est-ce qu’il vaut mieux aller en Finlande ou en Islande ? » « Est-ce que c’est toujours pareil dans le grand Nord, ou est-ce que ce sont vraiment des destinations différentes ? » En vérité, j’ai trouvé ces trois pays profondément dissemblables, tant au niveau des paysages que des cultures et des activités proposées. Il est difficile de dire lequel j’ai préféré ou lequel serait le « mieux » : ils répondent à des attentes différentes, et je pense qu’il est bien d’être conscient de ces diversités et de savoir de quel type de voyage vous rêvez.
Quel pays nordique fera battre votre coeur ?
Voyage en Laponie finlandaise, pour les activités hivernales
La Laponie finlandaise est véritablement devenue la première destination mondiale pour qui rêve d’expérimenter l’hiver dans le grand nord. C’est celle qui propose le plus grand nombre d’activités hivernales, et probablement celle où on s’amuse le plus. L’hôtellerie cultive le le goût du spectaculaire : vous y trouverez des hôtels de glace et des igloos transparents pour contempler les aurores boréales depuis votre lit. Les familles seront ravies de découvrir le village du père Noël à Rovaniemi, et plusieurs parcs d’attraction vous proposent de faire du toboggan dans une bouée sur la glace, ou ce genre d’activités qui vous réchauffent. Les immenses forêts de sapins sont le terrain de jeu idéal pour faire de la motoneige, et la loi finlandaise, plus permissive qu’en Suède ou en Norvège, permet d’ouvrir de larges circuits pour explorer la région. Vous pourrez aussi vous essayer à la pêche sur glace et à la promenade en traîneau tiré par des rennes ou par des huskies. Des destinations nordiques que j’ai vues – et de toutes les destinations nordiques, à ce qu’en disent les professionnels du tourisme –, la Laponie finlandaise est celle qui concentre le plus grand nombre de divertissements, et il est impossible de s’y ennuyer. Vous pouvez opter pour le maximum d’animation, en restant dans la région de Rovaniemi, ou pour plus de solitude, en remontant plus au nord, vers Inari.
Au niveau du paysage, la Laponie est une immense contrée plate, presque sans relief, constituée de forêts de sapins et de grands lacs. L’hiver, vous verrez une infinie forêt enneigée, dans laquelle on trouve des petites cabanes de bois au bord des lacs gelés. Vous aurez moins de diversité paysagère qu’en Islande ou en Norvège, par exemple (pas de fjords, falaises et montagnes ici), mais plus d’arbres et de plantes (le bonheur de dormir au milieu d’une forêt blanche…), une biodiversité fascinante, et plus d’activités.
Motoneige parmi les sapins à Rovaniemi.
Un hôtel de glace à Rovaniemi : Arctic Snow Hotel
Un hôtel très à la mode en ce moment : Arctic Tree House à Rovaniemi.
Aller en Laponie finlandaise est facile : j’ai pris un vol direct Paris-Rovaniemi (la capitale de la Laponie finlandaise, située sur le cercle polaire arctique). Il s’agissait d’un vol Transavia affrété par Scanditours, qui propose nombre de circuits dans cette région, et ces vols sont réguliers tout au long de l’hiver. Il est bien sûr également possible de passer par Helsinki, notamment si vous souhaitez découvrir la Laponie en été, pour les lacs, la pêche, les baies, la vie dans la nature. Les options d’hébergement et les excursions sont nombreuses.
L’Islande est à mes yeux un des plus beaux, peut-être le plus beau pays du monde. Ce qui me fascine sur l’île du feu et de la glace, c’est l’incroyable diversité des paysages qu’elle offre : volcans, geysers, cascades, fjords, falaises, plages de sable noir, glaciers, montagnes, sources bouillonnantes, etc. L’Islande est vraiment un pays qui se prête à merveille au road trip : la meilleure façon de la découvrir, en toute saison, c’est de louer une voiture et d’explorer. Une route circulaire, la route 1, fait le tour de l’île et concentre les attractions touristiques, mais on prend aussi beaucoup de plaisir à s’en éloigner un peu pour découvrir des coins plus sauvages, comme pour moi la péninsule de Snaefellsnes. La plupart des voyageurs viennent en Islande pour un voyage plus contemplatif : admirer les paysages est leur premier désir. Néanmoins, même si les activités sont moins nombreuses qu’en Laponie (pas de motoneige ou de traîneau ici, par exemple), l’Islande a su développer une offre spécifique surfant sur ses particularités géographiques. En hiver, on cherchera à explorer une grotte de glace, soit au Vatnajökull dans le sud de l’île, soit au Langjökull dans l’ouest ; en été, on fera une randonnée glaciaire sur l’un des géants, ou on prendra le bateau amphibie dans la lagune glaciaire de Jökulsarlon pour admirer les icebergs. L’autre expérience incontournable, c’est de se baigner dans une source d’eau chaude naturelle, par exemple au célèbre Blue Lagoon à Keflavik, ou ailleurs. Et enfin, les milliers de chevaux islandais invitent à une promenade à cheval.
Grotte de basalte noir à Arnarstapi, Islande.
Cascade islandaise.
Geyser Strokkur.
Aller en Islande est facile : j’ai volé avec Wow Air, qui propose des vols directs pour Reykjavik à bas prix depuis Paris et Lyon. Si vous partez hors saison, vous trouverez des tarifs imbattables (j’ai déjà vu des aller-retours Paris-Reykjavik à moins de 120 euros). Une fois sur place, je vous conseille vraiment de louer une voiture et de partir explorer. Si la capacité hôtelière de l’Islande s’améliore sans cesse, les infrastructures restent sous-dimensionnées par rapport au nombre croissant de touristes, et c’est pour cela que je vous conseille d’éviter l’été et de partir plutôt hors saison, afin d’avoir plus d’options d’hébergement et de meilleurs prix.
Aller au Groenland, pour explorer une autre planète
Partir au Groenland, c’est quitter la Terre, et arriver au royaume de la glace et de la démesure. 90% du pays est couvert par une calotte glaciaire épaisse, le fjord de Nuuk est le deuxième plus grand du monde, les icebergs d’Ilulissat sont grands comme des immeubles… Le Groenland dépayse comme jamais, et je pense que c’est la plus spectaculaire des destinations nordiques : nulle part ailleurs au monde n’est-on ainsi plongé au cœur de la glace. C’est un éblouissement visuel inouï, et la découverte d’une culture totalement différente de nos modes de vie européens, celle des Inuits.
Le Groenland n’est pas un voyage « normal ». Parce que le pays est recouvert de glace, il n’y a pas de routes reliant les villes entre elles au Groenland (à une seule exception près : une route d’été pour 4×4 entre Kangerlussuaq et Sisimiut). Le Groenland est comme un archipel polaire : il faut prendre l’avion pour aller de ville en ville, survoler l’énorme calotte glaciaire pour rejoindre un autre îlot habité. Lors de mon voyage, j’ai visité trois destinations.
Kangerlussuaq comporte le seul aéroport international du pays : c’est ici qu’atterrissent les avions au départ de Copenhague, avec Air Greenland. Mais ce n’est pas qu’un hub, c’est aussi le seul endroit où on peut approcher la calotte glaciaire, car une route y mène, et une région riche en biodiversité (rennes, bœufs musqués, renards, ours polaires, etc). En été, les gens y viennent pour la randonnée et des expéditions du type camping sur la calotte glaciaire.
Au bord de la calotte glaciaire avec mon guide Adam à Kangerlussuaq.
Nuuk est la capitale du Groenland, et mon plus grand coup de cœur : cette ville colorée et dynamique est réellement de toute beauté, et palpite de vie, avec ses musées, centres culturels, salles de concert, etc. Elle permet de comprendre réellement ce qu’est le Groenland aujourd’hui et de se plonger la culture inuite. Niveau beauté naturelle, elle n’est pas en reste : il faut faire une excursion dans le gigantesque et sublime fjord pour découvrir le hameau perdu de Kapisillit, aller à la rencontre des icebergs dans l’icefjord (en été seulement), partir randonner au pied de la montagne Sermitsiaq… C’est une destination encore méconnue et j’ai vraiment hâte de vous en parler, avec des paysages de fjord qui font réellement partie des plus beaux du monde.
Nuuk, fabuleusement colorée.
Ilulissat est la destination touristique groenlandaise la plus célèbre, et un incontournable : c’est la ville des icebergs géants. Les paysages sont démentiels – imaginez ces monstres hauts comme des montagnes dérivant dans la baie de Disko. On se sent véritablement dans un autre monde. C’est aussi là que l’offre touristique est la plus développée. Le must absolu, c’est la croisière au milieu des icebergs, dans un bateau brise-glace, mais Ilulissat est aussi la ville des chiens de traîneau et propose de nombreux chemins de randonnée en toute saison pour côtoyer les icebergs. Le célèbre Hotel Arctic a construit des igloos d’aluminium et de verre en bordure de la baie de Disko et de nombreuses compagnies proposent des randonnées accompagnées, des vols en hélicoptère, des expéditions vers le nord du Groenland, etc.
Au milieu des icebergs à Ilulissat.
Je rêve de découvrir d’autres destinations groenlandaises, non seulement Sisimiut sur la côte ouest, 2e plus grande ville du pays, mais aussi Tasiilaq et Kulusuk sur la côte est, encore plus sauvage et reculée. Le Groenland s’explore petit bout par petit bout…
Au coeur de l’immense fjord de Nuuk.
Aller au Groenland reste une petite aventure, mais le tourisme se démocratise à toute vitesse, car le pays mise là-dessus pour renforcer son économie. Le moyen le plus simple de rejoindre le Groenland, c’est à partir de Copenhague avec Air Greenland. Vous trouvez des vols Paris-Copenhague à très bas prix avec des compagnies low cost type Vueling. Vous serez surpris par la baisse des prix pour cette destination : les packages proposés par Air Greenland (vol + hôtel) commencent à 800 euros par personne pour 5 jours sur place. Les vols intérieurs entre les villes groenlandaises peuvent être très rapides (mon vol Nuuk-Ilulissat), ou plus fastidieux quand il faut repasser par Kangerlussuaq. Il vous faudra sans doute bâtir votre itinéraire en fonction des rotations aériennes possibles, en sachant qu’elles sont plus nombreuses en haute saison, soit l’été. Si vous explorez l’Islande, sachez qu’il est également possible de trouver des vols pour le Groenland depuis l’aéroport régional de Reykjavik avec Air Iceland Connect : j’ai pris un vol Reykjavik-Nuuk. Néanmoins, les prix d’Air Greenland à partir du Danemark me semblent plus compétitifs.
Je vais vous inonder d’articles sur le Groenland très bientôt – n’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter pour suivre tout ça !
Découvrir les cultures de l’Arctique
J’ai adoré, au cours de mon long voyage dans le grand nord, découvrir trois grandes cultures de l’Arctique. La culture dominante de chaque destination change fondamentalement l’atmosphère et l’expérience touristique – c’est aussi pour cela que j’ai du mal à vous dire quel pays j’ai « préféré ». J’ai eu l’impression de découvrir trois mondes totalement différents, trois peuples du grand Nord, et leurs animaux fétiches.
La Laponie est le pays du peuple Sami, peuple d’éleveurs de rennes, autrefois nomades, marqué par l’héritage du chamanisme. Aller rendre visite à un éleveur de rennes et faire un tour en traîneau, découvrir l’artisanat Sami en bois de renne, admirer les tambours des chamanes, comprendre l’histoire de la région au musée Arcticum à Rovaniemi, sont des expériences culturelles incontournables en Laponie. Vous l’aurez compris, l’animal fétiche de la Laponie, c’est le renne, et vous découvrirez à quel point il est indissociable de l’histoire et du mode de vie de ce peuple. Compagnon, ami, nourriture, vêtement, outil, le renne est omniprésent.
Les rennes, consubstantiels de la culture des Sami.
Renne sur un tambour en cuir de renne, issu de l’artisanat Sami.
L’Islande est le pays des Vikings, et les Islandais d’aujourd’hui sont leurs descendants. Vous découvrirez en Islande l’histoire de la colonisation par les marins arrivés de Norvège, les grandes sagas, le panthéon nordique, et toute une tradition culturelle imprégnée de cet héritage païen, avec l’omniprésence des trolls. Le musée national islandais à Reykjavik et le musée de la colonisation à Borgarnes permettent de comprendre cet héritage. Niveau faune, si l’Islande avait deux animaux fétiches, il s’agirait du mouton et du cheval. Les deux sont omniprésents dans le paysage islandais, et il faut acheter un pull en laine islandaise et faire une promenade à cheval !
Cheval islandais.
Le Groenland est le pays des Inuits, le peuple roi du grand nord et des climats extrêmes : les Inuits ont su étendre leur culture de l’Alaska au grand Nord canadien avant de coloniser le Groenland depuis le Nunavut en passant par le détroit de Narnes. Aller au Groenland, c’est découvrir la culture encore profondément traditionnelle de ce peuple de chasseurs, qui chasse notamment le phoque et se vêtit de sa fourrure, et qui utilise les huskies pour tirer des traîneaux depuis plus de 850 ans. Le musée national groenlandais de Nuuk est incontournable pour comprendre l’histoire et les traditions de ce peuple qui pratique une chasse de subsistance et a su tirer profit des étendues glacées du grand nord. Bien évidemment, je vous parlerai longuement de la culture Inuit dans mes prochains articles sur le Groenland !
Bottes en peau de phoque.
Huskies à Ilulissat.
D’autres destinations nordiques…
… avec les jolies idées de blogueurs que j’apprécie ! Il s’agit de voyages que je n’ai pas encore eu la chance de faire, mais dont je rêve déjà et que j’ai eu plaisir à suivre sur d’autres blogs. Je rêve d’un grand tour du cercle polaire arctique…
* La Laponie suédoise propose le même type de paysages que la Laponie finlandaise : forêts enneigées, kota au milieu des bois, lacs gelés. Mais elle a la réputation d’être plus calme, plus isolée. C’est une destination parfaite si vous rêvez de tranquillité totale, de vous retrouver seul avec vous-même dans des étendues immaculées.
Retrouvez le voyage en Laponie suédoise d’Hello la roux.
* Le Nord de la Norvège est une très belle option et sera sans doute ma prochaine destination arctique. Les fjords découpés des îles Lofoten et de l’île de Senja se prêtent bien à un road trip le long des côtes. L’élégante Tromsø se veut « capitale des aurores boréales », et si vous rejoignez l’intérieur du pays, par exemple la région d’Alta, vous retrouverez la Laponie et sa culture Sami, avec les rennes par milliers. En Norvège arctique, vous serez en pays viking sur la côte, avec notamment le musée viking de Lofotr, et en pays Sami à l’intérieur des terres. Sachez toutefois que la Laponie norvégienne propose moins d’activités « fun » que sa sœur finlandaise (pas de motoneige, de village de père Noël, etc). Prendre l’express côtier Hurtigruten de Tromsø jusqu’à Alta me fait rêver. Du littoral spectaculaire aux grandes plaines laponnes, le contraste entre les deux types de paysage et d’expériences me tente beaucoup.
Retrouvez deux voyages en Norvège du Nord en hiver qui m’ont fait rêver :
avec Wait and sea, aux Lofoten, à Narvik, Senja et les Alpes de Lyngen .
avec Escapades etc, à Tromso, Kirkenes, et sur l’express côtier Hurtigruten
Rêver d’explorer les fjords norvégiens en bateau… Ici le fjord de Nuuk, Groenland.
* Le Svalbard est, comme le Groenland, une destination de l’extrême : au plus près du pôle Nord, vous êtes au pays des ours polaires, dans des régions spectaculaires et inhospitalières. C’est un voyage qui attire souvent les aventuriers rêvant de kayak arctique ou d’expéditions au milieu des glaciers. Ce n’est pas un voyage qui s’improvise : si vous quittez Longyearbyen et partez en pleine nature, où rôdent les ours blancs, il vous faudra absolument un guide.
Retrouvez un voyage épique en kayak au Svalbard avec La faute au graph.
* La Sibérie fascine par son climat extrême et l’étendue immense de sa taïga gelée. Le lac Baïkal, plus grande étendue d’eau douce du monde, se recouvre d’une épaisse couche de glace et dessine des paysages spectaculaires au cœur de l’hiver. Et qui ne rêve pas de prendre le Transsibérien jusqu’à Vladivostok ?
Retrouvez le voyage en Sibérie de La lykorne illettrée, sur l’île d’Orkhon et au lac Baïkal
Rêver de lacs gelés… (ici au Groenland)
* L’Alaska est le paradis des amoureux de la faune : la plus grande colonie de loutres de mer du monde, les plus hautes chances d’observer des ours bruns et des baleines, c’est en Alaska. Et bien sûr, c’est aussi l’immensité des parcs nationaux comme Denali, et des glaciers au milieu des sapins. C’est une destination qui me fait complètement rêver.
Retrouvez le road trip en Alaska de Few miles away, à Kenai, Fairbanks et Denali.
* Le grand nord canadien, pays des Inuits, déconcerte par son immensité radicale. Le Yukon ou le Nunavut déroulent des milliers de kilomètres de solitude nordique. Je le connais trop mal pour vous en parler bien, et je vous conseille d’explorer le blog From Yukon, qui vous permettra d’apprivoiser ces contrées. Notez aussi la chose suivante : puisque le climat hivernal du Canada est très rude, les activités nordiques sont aussi disponibles dans des régions qui ne font techniquement pas partie de l’Arctique, comme le nord du Québec. Il sera difficile de voir les aurores boréales (vous êtes beaucoup plus au sud), mais tout le reste est là – forêts enneigées, chiens de traîneau, motoneige, etc. Pour preuve, je vous renvoie à ce magnifique article de Our American Dream sur un week-end nordique en Chaudière-Appalache.
* Les îles Féroé ne sont pas une destination arctique, car elles sont situées au sud du cercle polaire, mais leurs paysages solennels et grandioses raviront les amoureux de l’Islande et des Lofoten, et j’avais envie de les inclure à cette liste afin de partager un bel article sur l’aventure aux Féroé de Sentiers du Phoenix.
J’ai pris cette photo aux îles Shetland – les Féroé ont aussi ce type de paysage découpé et laineux !
Quel mois de l’année choisir pour visiter le grand nord ?
Le climat arctique est, comme vous le savez, extrême. Au moment du solstice d’hiver (21 décembre), le soleil ne se lève plus, la nuit dure tout le jour et les températures hivernales sont très basses. Au moment du solstice d’été (21 juin), le soleil ne se couche plus et le soleil de minuit illumine la nuit. Selon les destinations, ces périodes peuvent être très touristiques : en Laponie finlandaise par exemple, pays du père Noël, l’énorme pic touristique est en décembre. En Islande, la saison estivale (de juin à août) concentre le plus gros afflux touristique. Mais il faut être conscient du fait que visiter la Laponie au cœur de l’hiver polaire ne vous laissera que très peu d’heures de jour, et que le soleil de minuit estival peut être difficile à gérer pour l’organisme qui ne trouve plus le sommeil. J’ai donc, à titre personnel, une réponse très claire : à mes yeux, il faut aller dans le grand nord au moment deséquinoxes, soit septembre et mars. C’est le moment de l’équilibre parfait entre jour et nuit : 12h de jour, 12h de nuit. Les journées sont longues, mais les aurores boréales sont visibles dans le ciel nocturne. Mars est à mes yeux la saison idéale pour les activités hivernales. Les températures restent suffisamment basses pour permettre de s’y livrer, mais elles sont bien plus supportables qu’au cœur de l’hiver : j’ai eu par exemple -10 au Groenland, contre -30 un mois plus tôt. J’ai pu faire de la motoneige, du chien de traîneau, etc, en souffrant moins du froid. Mars est aussi un mois très peu touristique, où la fréquentation et les prix baissent. Je me suis sentie presque seule en Islande.
Quant à début septembre, tout le monde le décrit comme une période bénie pour le grand nord. En Laponie, c’est l’explosion des fruits des bois, myrtilles et mûres arctiques par centaines ; au Groenland, c’est le moment du pic de la fonte des glaces, où des icebergs énormes dérivent non seulement à Ilulissat, mais aussi dans les fjords de Nuuk ou les fjords de l’est. C’est aussi le meilleur moment pour observer les aurores boréales, car l’activité solaire est plus intense au moment des équinoxes, et le ciel plus dégagé qu’au cœur de l’hiver. Mais à ce sujet, vous avez peut-être une question…
En mars au Groenland : les journées sont longues et belles. Cette photo a été prise au coucher du soleil, vers 21h.
Quel est le meilleur endroit pour voir les aurores boréales ?
Confession : j’ai passé trois semaines dans le grand nord en mars, et je n’ai eu qu’une nuit d’aurores boréales. Le hasard et la chance jouent un grand rôle, et je vous conseille vivement de choisir une destination nordique qui vous attire au-delà de la promesse d’aurores boréales, afin de ne pas être déçu si elles ne surgissent pas. Les aurores, c’est la cerise sur le gâteau, mais à mes yeux, il ne faut pas bâtir un voyage là-dessus. J’ai joué de malchance : en Finlande, j’ai eu de l’activité solaire, mais une couverture nuageuse à 100% ; au Groenland, j’ai eu un ciel ultra dégagé, mais un soleil en grève. C’est en Islande que j’ai eu de la chance, mais cela ne signifie pas que l’Islande est un meilleur choix – c’est une combinaison de facteurs, une loterie qui se rejoue chaque nuit. Toutefois, après avoir consulté frénétiquement chaque nuit la carte des aurores boréales sur l’application Aurora (la meilleure appli de prédiction des aurores boréales, recommandée par tous les guides spécialisés), et lu beaucoup de choses sur les forums de chasseurs d’aurores, j’ai quelques observations à faire. La plus simple : plus vous êtes au nord, plus vous augmentez vos chances. L’intensité des aurores est déterminée par ce qu’on appelle l’indice kp, qui indique la force des éruptions solaires. Quand vous vous rapprochez du pôle nord, vous verrez les aurores même si l’indice kp est faible. A Tromsø par exemple, située à 69 degrés nord, ou à Inari, située à 68 degrés nord, un indice kp de 2 est suffisant pour voir l’aurore à l’œil nu. A Rovaniemi, située sur le cercle polaire arctique à 66 degrés nord, il faudra que l’indice kp atteigne 3. Pour en voir aux îles Shetland, tout au nord de l’Ecosse, il faut que l’indice kp atteigne 5. Vous saisissez le principe : plus vous êtes au sud, plus l’aurore devra être intense pour vous atteindre. Si votre but est donc d’en voir, partez pour le grand nord, pour Tromsø, Alta, Abisko, Inari. Souvent, les villes situées loin des côtes ont plus de chances de bénéficier d’un ciel dégagé que les destinations littorales, c’est pourquoi les chasseurs d’aurores boréales citent souvent Abisko, Kautokeino ou Inari parmi leurs localisations préférées. Toutefois, il faut noter qu’à Tromsø, « capitale des aurores boréales », les multiples compagnies proposant des excursions nocturnes vous emmènent justement loin des côtes, vers l’intérieur du pays, afin d’augmenter vos chances d’avoir un ciel dégagé. Etre au nord ne suffit pas, il faut bénéficier des bonnes infrastructures : soit d’une voiture afin de chasser les aurores vous-même, soit des services d’un guide. Dans tous les cas, il vous faudra vous éloigner des villes, afin de supprimer la pollution lumineuse, et rejoindre la campagne. C’est pourquoi les petites cabanes isolées dans les bois, en Laponie (norvégienne, suédoise ou finlandaise), sont sans doute la plus belle option…
Aurore boréale en Islande.
Le bon équipement pour le grand nord
En mars, la température est supportable : je ne suis jamais descendue plus bas que -17, et il s’agit d’un froid sec, le plus souvent sans vent. Bien équipée, je n’ai pas souffert du froid. J’ai respecté la technique des couches. Première couche, un sous-vêtement technique grand froid à manches longues, à la fois chaud et respirant – en haut et en pantalon. Deuxième couche les jours où il faisait -17, un pull en laine. Troisième couche (ou deuxième quand il ne faisait que -10), une polaire, et un pantalon de ski imperméable. Quatrième couche, un blouson de ski en matériau type Goretex imperméable et déperlant. Pas besoin de dépenser des fortunes : j’ai tout acheté chez Décathlon. J’ai utilisé le blouson de ski que j’avais déjà, sans acheter une parka hors de prix, j’ai demandé conseil au vendeur pour choisir le sous-vêtement technique le plus chaud, et tout s’est bien passé. Il faut bien penser aux extrémités : en Laponie, on ne met pas de chaussettes de ski, par exemple, on met des chaussettes en pure laine (ça s’achète aussi chez Décathlon, ne vous en faites pas). On ne met pas de gants, mais des moufles : cela garde mieux la chaleur, car les doigts ne sont pas séparés. On a forcément un bonnet, et une cagoule sous le bonnet en cas de vent/grand froid.
Le seul équipement de marque autre que Décathlon que j’ai acheté, et que je vous recommande mille fois, c’est une paire de sous-gants tactiles The Northface. Ces gants sont une merveille incroyable, je vous jure que c’est le nirvana. Si vous êtes photographe, ils vous sauveront la vie. Ils sont chauds. Ils sont tactiles pour de vrai, ça marche vraiment – vous pouvez utiliser votre portable et surtout, votre appareil photo sans enlever vos gants (amen). Ils ne sont pas imperméables au sens strict, mais un peu quand même – si vous vous cassez la figure dans la neige et vous appuyez avec votre main, le gant ne sera pas mouillé après (testé et approuvé). En cas de très grand froid, ils se portent sous les grosses moufles, mais à -10/-13 degrés, je n’ai mis QUE ces gants dans 90% des cas, et je n’ai pas eu froid, et j’ai pu faire douze millions de photos sans perdre de phalange. Achetez les sur Amazon : The North Face T0a7lpjk3 – Gants – Femme. Ceci est un lien affilié : si vous achetez ces gants merveilleux en passant par ce lien, je gagnerai un euro, ce qui représente environ 0,03% de mon prochain voyage arctique. Merci pour votre bon cœur.
Au moment où cette photo a été prise, je surplombe Nuuk à 1200 mètres d’altitude, il fait -17, et je n’ai pas froid. J’ai juste enlevé mon bonnet pour la photo. Vous remarquerez que je n’ai que les gants tactiles The Northface, et pas de moufles. Je vous dis, ils sont dingues.
Alors, qu’en pensez-vous ? Etes-vous tenté par l’Arctique ? Si oui, par quelle destination et pourquoi ? Parlez-moi de vos projets nordiques, faites-moi rêver !
Pour préparer à votre tour votre exploration nordique, je vous propose en partenariat avec les éditions Gallimard de remporter un guide Islande de la collection Bibliothèque du voyageur. Ce sont de très beaux guides, richement illustrés avec de très nombreuses et belles images, généreux à la fois en documentation historique et culturelle et en conseils pratiques (itinéraires, cartes, conseils de visite). J’ai emporté un exemplaire de ce guide avec moi en Islande et j’en ai été très satisfaite, c’est un beau livre à la fois utile et intelligent. Pour participer, il suffit de laisser un commentaire sous cet article – tirage au sort dans une semaine ! Edit : le tirage au sort a eu lieu, la gagnante est Marie – félicitations !
Guide Gallimard de l’Islande à remporter.
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Coucher de soleil à Ilulissat. Plus de photos bientôt !
L’Islande de l’Ouest en hiver, de Borgarnes à Snaefellsnes
Découvrir l’Islande de l’Ouest en hiver, ce fut pour moi comme retomber amoureuse de ce pays. On parle souvent de l’Islande touristique, mais lors de ce petit road trip dans l’ouest de l’île, j’ai pu retrouver une Islande sauvage, secrète, presque déserte, avec l’illusion de l’avoir à moi toute seule. Au milieu des dernières neiges et des aurores boréales, j’ai pu explorer Borgarnes, capitale des sagas vikings, la sublime péninsule de Snaefellsnes avec ses champs de lave et ses orgues de basalte, et la région de Reykholt, avec ses cascades et le glacier Langjökull. On dit souvent de Snaefellsnes qu’elle est « la petite Islande », et concentre tous les attraits de l’île dans un périmètre restreint – c’est exactement ce que j’ai ressenti.
Si vous aussi, vous rêvez d’explorer l’Islande hors saison et de vous éloigner un peu du cercle d’or, mettez cap vers Snaefellsnes, vous ne le regretterez pas… Voici quelques coups de cœur dans l’Ouest de l’Islande, où j’ai eu le bonheur d’être accueillie pour quatre jours avec ma mère, au gré de la route entre volcans et poneys échevelés.
Mes premières aurores boréales à Borgarnes.
Entrer au coeur du glacier
Des visions dont je suis folle : le pays des chevaux.
Au pays des chevaux islandais
Dès qu’on s’éloigne de Reykjavik et monte vers l’ouest de l’île, ils apparaissent. Les chevaux islandais. Ce sont des troupeaux multicolores dans les étendues immenses, des océans de crinières blondes, noires et rousses, des robes infiniment variées dans le blanc de la neige. J’ai l’impression qu’ils sont encore plus colorés qu’il y a quinze ans, lors de mon premier voyage en Islande. Je vois de plus en plus de chevaux pie, avec leurs grandes tâches blanches assorties à la saison. Et toujours ces alezans crins lavés, ces souris, ces isabelles, ces noirs… Je ne me lasse pas de les photographier. Le Nord et l’Ouest de l’Islande sont les deux régions qui comptent le plus grand nombre de chevaux, et c’est un tel bonheur de les voir surgir partout, comme les cactus en Arizona ou les kangourous en Australie, un élément essentiel au charme de l’Islande.
Que j’aime ces chevaux !
Cavalier sur le dos d’un jeune cheval en plein travail.
.Reykjavik au loin, à l’horizon
.Ma mère avec un étalon gris.
Chevaux de Snaefellsnes
Au cœur du glacier Langjökull
C’est le deuxième plus grand glacier islandais : le Langjökull, près de Reykholt, dans l’ouest de l’Islande. Pour partir explorer le cœur bleu du monstre, j’ai rendez-vous avec Into the Glacier à Husafell. On m’explique que le véhicule qui m’emmènera sur le glacier est un ancien camion lance-missiles de l’OTAN, transformé en bus tout-terrain pour transporter les touristes au cœur des hautes terres islandaises. Très vite, on quitte l’asphalte et s’engage sur une route de terre, une longue route qui traverse tout le cœur de l’Islande, et que les Vikings du Nord empruntaient autrefois pour descendre à la session parlementaire de l’Althing. Si on continuait plusieurs heures sur cette route, on arriverait au cratère d’Askja, au milieu de nulle part, et cette idée me fait rêver. La route est normalement inaccessible en hiver, mais rien n’est impossible à notre véhicule de guerre. C’est un paysage de volcans et de glaces, complètement solitaire. J’ai l’impression d’entrer dans un pays secret.
Alors qu’il faisait beau en bas, le temps se dégrade très vite, et la neige et le brouillard nous enveloppent. Le mauvais temps est complice des glaciers : ces monstres ne sauraient survivre sans leur chaudron de tempête… Nous arrivons au sommet dans une tornade blanche, où la visibilité est devenue nulle, et entrons au cœur d’un immense tunnel de glace, creusé dans le cœur du géant. Pendant une heure, nous arpenterons un labyrinthe bleuté, découvrirons d’immenses crevasses, entendrons le bruit du glacier qui se déplace, vit et respire. Chaque jour, il faut déblayer l’entrée du tunnel, bloquée par des mètres de neige. Si Into the Glacier cessait de venir pendant deux semaines, ils perdraient le tunnel à tout jamais, ravalé par la gueule du glacier énorme. La guide nous raconte l’histoire des glaciers islandais, leur apparition lors de l’âge glaciaire médiéval, leur évolution, leur mouvement, leur recul aujourd’hui, et les défis auxquels l’Islande sera confrontée en cas de disparition totale. La visite est belle et passionnante. J’ai adoré ce moment au cœur du froid.
Arrivée dans la tempête de neige à la base de Klaki.
Au coeur du glacier.
Une rivière non gelée en plein milieu du glacier.
Cette crevasse est profonde de plus de quarante mètres.
Equipement : il ne fait pas très froid (autour de -3 degrés), mais très humide. Pensez bien à vous munir d’un blouson et d’un pantalon imperméables, et bien sûr, pensez aux gants et aux grosses chaussettes. Prix : 19500 ISK par personne (environ 150 euros) pour le tour classique de 3/4h. Comptez 29 000 pour y aller en motoneige.
Autour de Reykholt : cascades et sources d’eau chaude
Reykholt a toujours été célèbre pour ses sources chaudes. Déjà à l’époque médiévale, le grand auteur de sagas Snorri Sturlusson aimait se prélasser dans un bain naturel au pied de sa maison. Tout autour de Reykholt, la terre fume, les rivières sont chaudes, et on découvre des stations géothermiques et des serres agricoles (saviez-vous que l’Islande cultivait, entre autres, des bananes ?).
Eglise de Reykholt – le bâtiment date du XIXe siècle, mais une église existait à cet emplacement depuis le Xe.
Ici, la terre est vivante, partout…
Les thermes de l’ouest, ce sont les Krauma Geothermal Baths, à Reykholt. Comme le Blue Lagoon dans le sud ou le Myvatn Nature Bath dans le nord, il s’agit de bains naturels, chauffés par le bouillonnant sous-sol islandais. Des piscines de pierre noire proposent des bains à différentes températures, du plus froid au plus brûlant, ainsi que des hammams et salles de relaxation. Même si j’avoue que mon plus beau souvenir thermal islandais reste le Myvatn Nature Bath, au cadre exceptionnel et au bassin immense, j’ai trouvé le lieu très beau.
Krauma Geothermal Baths, à Reykholt
La source d’où provient l’eau des bains (je vous rassure, ils la refroidissent).
Dans la catégorie hydrique, mon plus grand coup de cœur à Reykholt, ce sont les cascades Barnafoss et Hraunfossar, sans doute moins célèbres que les cascades de la Ring Road, mais tout aussi belles et enchanteresses. Comme souvent chez les Vikings, elles sont associées à une histoire tragique et solennelle : « Barnafoss », « cascade des enfants », doit son toponyme à la noyade de deux gamins imprudents. Il n’empêche qu’elle est belle comme la chevelure d’une ondine, toute en transparence et en couleurs féeriques.
Cascades magiques.
Borgarnes, la ville des sagas
Si j’ai toujours été fascinée par l’Islande, ce n’est pas que pour ses paysages extraordinaires : c’est pour le caractère unique et rare de son histoire, où le récit se mêle au mythe, et où la fresque des origines sait remonter avec précision jusqu’aux balbutiements. L’Islande est un des rares pays au monde à connaître très précisément l’histoire de son peuplement, et où la plupart des gens peuvent remonter leur arbre généalogique sur mille ans, jusqu’à l’époque où les Vikings arrivèrent sur leurs drakkars. Dès le IXe siècle, lorsque l’Islande a été découverte et colonisée par des marins venus de Norvège, les Vikings ont tout consigné : les récits de leurs navigations, de leurs hésitations, de leurs villages, de leur parlement, de leurs débats. Il y a les chroniques, et il y a les sagas, ces récits où la réalité se colore de légende et où on suit les destins (souvent sanglants) de familles sur plusieurs générations. Ce pays n’est pas seulement celui du feu et de la glace, c’est le royaume de la mémoire. Les Islandais se souviennent de tout.
Pour qui aime l’histoire, l’Ouest de l’Islande est un incontournable absolu. C’est ici que les Vikings se sont installés au IXe siècle, après avoir contourné la côte sud alors glacée et inhospitalière ; c’est ici que l’histoire islandaise est née. Ce fut aussi la terre de Snorri Sturlusson, un des plus grands auteurs médiévaux. Le Musée de la Colonisation (The Settlement Center), à Borgarnes, présente deux expositions magnifiques : une sur le peuplement de l’Islande par les vikings, et une sur la plus célèbre des sagas islandaises, la saga d’Egil (je vous préviens, il y aura des crânes de chevaux sur des pieux, des corbeaux et des histoires à vous glacer le sang). J’avais déjà visité ce musée il y a deux ans, et j’ai adoré le revoir plus longuement – cela rend l’Islande encore plus spéciale et attachante de remonter le fil de son histoire extraordinaire.
Au Settlement center.
Coucher de soleil sur Borgarnes.
Borgarnes au loin.
Les reliefs sublimes du fjord.
Si vous voulez continuer à explorer l’ambiance « trolls et légendes », faites un petit arrêt à Fossatun sur la route de Reykholt, où des statues jaillissent au milieu des rochers et cascades, et un « chemin des trolls » vous permet d’explorer le folklore populaire, dans ce pays où on suspend parfois la construction des routes pour ne pas déranger le petit peuple de l’ombre…
Fossatun.
Quelques bonnes adresses à Borgarnes…
… qui sont vraiment mes coups de cœur à moi.
* Le restaurant du Settlement Center : mon meilleur repas islandais ! (Et d’ailleurs on y est retournées le lendemain.) Dans un décor tout de bois et de figurines médiévales, j’ai goûté les célèbres langoustes islandaises, un fabuleux skyr-sorbet à la myrtille, une grande salade fraîche sucrée-salée… J’ai adoré le cadre, la fraîcheur des produits, et la gentillesse du service. En plus, la boutique du musée est fabuleuse – si vous cherchez à faire le plein de livres intelligents, photos magnifiques et souvenirs islandais bien kitsch, c’est la meilleure adresse.
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* Le salon de thé/fleuriste Kaffi Kyrrð : j’ai découvert cet endroit sur Instagram et j’ai instantanément compris pourquoi. Cet endroit est le paradis de la blogueuse lifestyle que j’aspire occasionnellement à devenir (vous savez, les jours où je bois du thé et me mets du vernis à ongles). Ce lieu a un charme incroyable. La première pièce est une boutique de fleuriste, avec une déco elfique ravissante, et les deux pièces du fond forment un salon de thé aux canapés profonds et à l’ambiance boudoir, avec vue sur le fjord et des œuvres d’art originales au mur. Au-delà de l’esthétique incontestable du lieu, les gâteaux sont à tomber (le brownie à la framboise !) et la propriétaire est adorable. Ce lieu n’est pas que joli, il a une âme, et on s’y sent vraiment bien.
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* L’hôtel Icelandair Hotel Hamar : ce que j’ai adoré avec cet hôtel, c’est son relatif isolement à quelques kilomètres de la ville, avec vue directe sur le fjord (et des levers de soleil fantastiques). Il y a des jacuzzis extérieurs alimentés directement par des sources d’eau naturellement chaude, et un golf – enseveli sous la neige en cette saison. Outre la beauté du paysage, cette situation isolée présente un avantage incontestable : voir les aurores boréales directement à l’hôtel.
Vue depuis ma chambre
Espace bien êtreAu loin, le sublime fjord de Borgarnes
Il faut que je vous raconte la première aurore boréale de ma vie. J’aimerais vous faire croire que j’ai roulé pendant des heures, attendu dans le froid, héroïquement, stoïquement, afin de mériter mon aurore. Mais hélas, je suis trop honnête. L’hôtel Hamar propose de prévenir ses clients en cas d’apparition d’une aurore boréale. La gentille réceptionniste (qui s’appelait Lucie, qui était tchèque et qui était venue travailler en Islande, pays sans chômage et bourré d’opportunité) nous a appelées dans notre chambre vers 23h en nous disant qu’un magnifique spectacle avait lieu juste devant l’hôtel. Nous avons enfilé nos moonboots et nos moufles, et vu la pure magie céleste en direct du parking. Le fjord se détachait au loin, la neige reflétait les éruptions sidérales, et j’étais époustouflée. Je repensais à toutes les légendes au sujet des aurores. Les Vikings y voyaient une chevauchée des Walkyries, les Sami la danse d’un renard de feu, les Inuits les âmes des morts revenant sur Terre. Le surnaturel vient immédiatement aux lèvres face à un tel spectacle. C’était une nuit de tempête magnétique et j’étais fascinée. Elles ne se contentaient pas de flotter, elles dansaient, ondulaient, changeaient de forme et de direction, comme une flamme vivante. Ces aurores-là étaient d’un vert lumineux, et j’ai même vu le violet apparaître à l’œil nu au moment le plus intense de l’éruption. Durant mon long séjour nordique long de trois semaines (Finlande, Islande, Groenland), je n’ai eu qu’une seule et unique nuit d’aurores, mais elle valait toutes les autres.
Nous dormions avec les rideaux ouverts. Le lendemain, au milieu de la nuit, ma mère a vu une aurore plus faible, plus claire, s’illuminer à l’horizon. Elle a choisi de ne pas réveiller, le spectacle étant beaucoup moins impressionnant que celui de la veille, mais elle s’est rendormie les yeux dans les aurores boréales…
La première de ma vie…
Danse magique
La péninsule de Snaefellsnes en hiver où s’arrêter à snaefellsnes – étape road trip snaefellsnes
Snaefellsnes, c’est la « petite Islande » : cascades, champs de lave, plages de sable noir, formations géologiques extraordinaires, elle a tout. Je l’avais vue pour la première fois en été, par un jour de pluie et de grêle. Je l’ai infiniment aimée suspendue entre deux saisons, avec la neige de l’hiver et la douceur du printemps qui revient. Elle se prête parfaitement à un road trip d’une (longue) journée, avec de multiples étapes que je retrace ici.
Nous sommes parties de Borgarnes et avons commencé par nous arrêter aux falaises de Gerðuberg, une succession de colonnes de basalte longues d’un demi-kilomètre, comme les sentinelles signifiant l’entrée au pays des volcans.
Falaises de Gerduberg
Après un détour par Stykkisholmur, une jolie ville portuaire d’où partent les ferrys vers les fjords de l’Ouest, nous sommes reparties vers l’ouest et avons traversé un des plus beaux champs de lave d’Islande, le Berserkjahraun, site d’une bataille épique selon les sagas médiévales. Dans un paysage martien, la terre rouge surgit là où fond la neige, au milieu de cheminées de basalte noir. Au loin, un cratère effondré révèle une immense caldeira aux teintes ardentes, et je me dis pour la millième fois que l’Islande est une planète à elle toute seule.
Le Berserkjahraun.
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La prochaine étape dans ce road trip hivernal sur Snaefellsnes est la plus célèbre : la montagne Kirkjufell, cône parfait posé sur le fjord, et sa cascade iconique. C’est le seul moment du voyage où nous nous sommes retrouvées au milieu d’une (petite) foule, et c’est normal, ce spot est mondialement connu. Après avoir sacrifié à la photo Instagram obligatoire, nous sommes reparties vers des chemins plus solitaires, dans un paysage inlassablement sublime.
Kirkjufell vue de dos.
La photo la plus célèbre !
Une autre cascade, plus secrète, se révèle au loin : Svödufoss, qui semble magnifique, mais à qui je renoncerai lâchement en raison d’une averse soudaine et après avoir vu le K-Way d’un Autrichien s’envoler comme un parachute vers d’autres cieux (c’est quand même l’Islande).
Svödufoss sous la pluie battante.
Une église solitaire à proximité.
J’ai adoré l’étape suivante : la plage de sable noir de Djúpalónssandur, avec ses dragons de lave solidifiée et l’épave d’un chalutier échoué dans les années 40, par une nuit de tempête.
Djupalonsandur.
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Mais mon plus grand coup de cœur, ce fut Arnarstapi, porte du centre de la Terre selon Jules Vernes, veillée par un immense troll de pierre. Ce village est à mes yeux le plus beau, le plus pittoresque d’Islande, avec ses maisons au toit herbeux en bord de corniche, sa promenade maritime longeant des caves extraordinaires, des arches de lave et des colonnes de basalte envahies d’oiseau, ses cascades au fond du fjord et son atmosphère de conte scandinave très ancien. J’étais complètement sous le charme, entrée dans un vieux livre plein de mystère et de magie.
Anarstapi, le village merveilleux..Maisons aux toits d’herbe.La belle arche de lave.Baldur, le troll, veille sur le chemin..
Un dernier arrêt referme la boucle de Snaefellsnes : la gorge de Rauðfeldsgjá, béance majestueuse au cœur d’une muraille minérale, envahie de corbeaux noirs à l’air éminemment menaçant. Oui, à Snaefellsnes, le temps des sagas est bien vivant.
Gorge de Rauðfeldsgjá
Voici encore quelques visions au hasard de la route, le long de ce petit road trip d’hiver à Snaefellsnes.
Chevaux et cascade gelée.Un faux air de Suisse.La maison de la sorcière (regardez sur le mur).Solitude sublime.Vivre au bord du fjord…
L’Ouest de l’Islande en mars, le voyage parfait
On me demande souvent quel est le plus beau pays du monde à mes yeux, ou celui où j’aimerais me téléporter à la seconde. Ma réponse varie en fonction de l’humeur du moment et de la température extérieure, mais je dis souvent « Islande ». L’île de la glace et du feu concentre une telle variété de paysages extraordinaires, des cascades aux volcans en passant par les icebergs, qu’il est impossible de rester insensible. Et en plus, il y a des poneys partout et des yaourts à la myrtille – que demander de plus ?
J’ai découvert avec émerveillement l’Islande quand j’avais dix ans, avec mes parents – voici mon carnet d’Islande de l’époque. J’y suis retournée en couple à l’été 2016, à la recherche des cascades, des vikings et des lieux de tournage de Game of Thrones. J’ai rêvé d’y retourner en hiver. Et puis, j’ai hésité. Je craignais que l’Islande soit victime de son succès, et d’être noyée au milieu de la foule. J’en rêvais, mais je n’osais plus.
Ce retour en Islande, je le dois à l’office du tourisme de l’Ouest de l’Islande, qui a proposé de m’accueillir, ce qui m’a permis de renoncer à l’itinéraire sans doute trop facile que j’avais en tête : cercle d’or, Vik, Jökulsarlon… Je n’ai vu ni les icebergs flottants, ni les geysers, mais j’ai découvert des lieux tout aussi enchanteurs et moins courus. Mettre cap sur l’Ouest grâce à eux a été la meilleure décision possible. J’ai roulé pendant des heures sur des routes quasiment désertes, j’ai eu des sites sublimes à moi toute seule, j’ai retrouvé le sentiment d’exclusif et d’inédit que l’Islande m’avait procuré la première fois. Y retourner avec ma mère était une décision de dernière minute (je la dois à une entorse), mais qui m’a permis de retrouver mon âme de gamine émerveillée, et j’ai savouré chaque instant de ce voyage à deux. En mars, les journées sont longues et le temps est plus clément, suspendu entre hiver et printemps. La température est douce, et la lumière bien présente. Mais la neige et les aurores boréales sont encore là. C’était à mes yeux le moment parfait, et j’ai aimé chaque seconde. Je ne peux que vous inviter à refaire ce voyage…
Eglise dans le soir.
Ma mère sur la route.
Et moi !
Je vous écris du Groenland, où je continue mon exploration nordique. Inscrivez vous à la newsletter pour suivre ce voyage ?
Merci à mes partenaires en Islande, Promote Iceland, West Iceland et Wow Air, pour ce voyage merveilleux et de m’avoir permis de découvrir cette région-là.
La Laponie. Cette région culturelle mythique s’étend au-delà du cercle polaire arctique, en Norvège, Suède, Finlande et sur un petit morceau de Russie occidentale. C’est le pays des aurores boréales, des rennes et des sapins enneigés. Ici l’été dure deux mois, la neige est reine d’octobre à mai, le thermomètre tutoie parfois les -40, les densités de population sont incroyablement faibles et les gens branchent leurs voitures (non électriques) à des résistances pour éviter que l’huile de moteur gèle. Bienvenue dans un autre monde.
Bienvenue à Rovaniemi.
Rovaniemi, capitale de la Laponie finlandaise
La plupart des gens qui découvrent le grand nord européen commencent comme moi par Rovaniemi, la capitale de la Laponie finlandaise, première destination mondiale pour ce type de tourisme à moonboots et quatre épaisseurs. J’ai le bonheur de participer à ce voyage de presse organisé par Scanditours en Laponie finlandaise, et je suis extatique.
Ce n’est pas Rovaniemi qui me bouleverse, c’est tout ce qu’il y a autour. L’immensité des forêts de Laponie.
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Il faut dire la vérité : Rovaniemi elle-même n’est pas belle, du moins, le centre urbain ne l’est pas. Détruite en 1944, Rovaniemi n’a pas été reconstruite en beauté. Les journalistes du groupe rivalisent de comparaisons élogieuses : « ça me rappelle la banlieue de Varsovie », « y a une scène comme ça dans Goodbye Lenin », et « on dirait une station de ski mais sans les Alpes ». Personne ne se promène à Rovaniemi. Les touristes ne viennent ici que pour dormir et manger, et passent leurs journées le plus loin possible du cœur de ville.
Rovaniemi.
Car heureusement, Rovaniemi n’est pas que ce cœur de ville disgracié. C’est la plus grande municipalité d’Europe, plus grande encore que Paris, Londres ou Berlin. Un carré de 80km sur 80, avec certes une verrue urbaine au centre, mais tout le reste n’est que forêt et immensités sauvages. Densité de population hors du cœur de ville : 3 habitants au kilomètre carré. Nous sommes pile sur le cercle polaire arctique, Napapiiri en finlandais.
Napapiiri, cercle polaire.
La taïga, ou forêt boréale, recouvre tout. Vu d’avion, le spectacle est saisissant : un immense gazon de sapins gelés, encapuchonnés de neige blanche. Atterrir à l’aéroport de Rovaniemi, c’est négocier un créneau au milieu d’une armée de troncs enneigés. Il n’y a que deux tapis à bagages, et on vous annonce que vous êtes à « l’aéroport officiel du Père Noël ». Un traîneau couvert de cadeaux et des posters du bonhomme rouge et blanc vous mettent dans l’ambiance. Le thermomètre affiche -17. Il paraît que la semaine dernière, c’était dix degrés de moins. Bienvenue à Rovaniemi, destination numéro 1 du tourisme hivernal en Laponie. Village du Père Noël, motoneige, chiens de traîneau, igloos de verre, hôtels de glace, pêche blanche, il y a tout ici.
Aéroport officiel du père Noël.
Il paraît que les gens vont en Norvège et en Islande pour voir l’hiver, et en Finlande pour vivre l’hiver. La Laponie finlandaise n’a pas de fjords majestueux comme la Norvège, pas de volcans, geysers et cascades comme l’Islande, mais elle a cette immense forêt de sapins et une créativité insatiable en matière d’activités hivernales. Depuis quelques années, le grand nord a le vent en poupe. Tout le monde s’est mis à rêver d’aurores boréales. Les gens ont découvert qu’on pouvait enfiler des combinaisons thermiques pour résister au blizzard au lieu de s’infliger l’épreuve du bikini juste après le réveillon. Le grand nord européen dans son intégralité profite de la vague, mais personne ne l’exploite mieux que Rovaniemi. Toutes les idées baroques que vous verrez sur Instagram, les igloos transparents, les rennes, les motoneiges, les toboggans de glace, les traîneaux, sont nés ici.
Arctic Snow Hotel, le genre d’endroit où tu dors pour qu’on te donne un diplôme à la fin.
Le village du père Noël
Le village du Père Noël est à deux pas de l’aéroport, pour se mettre aussitôt dans le bain. Les bâtiments sont tout ce que Rovaniemi n’est pas : pittoresques et charmants, avec des tourelles de bois, des lampadaires qui marquent le passage précis du cercle polaire arctique à 66° Nord, des rennes et des couleurs de Noël. C’est un minuscule Disneyland de l’avent perpétuel, où Douce nuit est carillonné en boucle toute l’année, où les employés ont des costumes et des bonnets pointus de lutins, et où on fait la queue pour voir le père Noël, dans un décor de parc à thème. On peut visiter la poste du Père Noël, où il reçoit les lettres, et en envoyer soi-même avec un tampon estampillé Père Noël. L’entrée est gratuite, mais la photo avec le Père Noël coûte 40 euros. C’est leur modèle économique. Le village du père Noël est charmant – mais tout n’est qu’un gigantesque centre commercial, et le matraquage aux rennes et aux sapins finit par me fatiguer. On vient en Laponie pour la nature, alors enfuyons-nous, partons dans les bois.
Village du père Noël. Ces colonnes marquent le passage du cercle polaire arctique.....Notre rencontre avec le Père Noël.
En motoneige parmi les sapins
Mieux vaut partir en pleine nature. En motoneige, donc. Depuis que les traîneaux tirés par les rennes sont tombés en désuétude, elle est l’un des modes de transport préférés de la région. Ici, on ne déneige pas les routes, on se contente de les damer. Les voitures roulent avec des pneus cloutés sur les grands axes, et on se déplace en motoneige sur les chemins. A l’extérieur de Rovaniemi, le long de l’immense rivière Ounasjoki, on voit les habitants des jolies maisons isolées rejoindre le cœur de ville en motoneige, en fonçant sur cette rivière transformée en gigantesque patinoire par 80 cm de glace. Il faut entre cinq et dix centimètres de glace pour qu’un homme puisse marcher en sécurité, entre quinze et vingt-cinq pour y mettre une motoneige, et un mètre pour faire atterrir un avion. Les excursionnistes s’en donnent à cœur joie sur la rivière gelée, c’est le lieu des pointes de vitesse. Puis on se perd dans l’immense réseau de chemins tracés au milieu de la taïga et roule entre les sapins. Les sensations sont fabuleuses.
Pratique : La motoneige est facile à conduire, avec des sensations assez proches du jet ski. Il faut avoir dix-huit ans et un permis de conduire valide pour être au guidon. Nous étions pris en charge par le partenaire finlandais de Scanditours (qui organisait ce voyage), Lapland Safaris, pendant les deux journées d’excursion motoneige, et j’ai adoré la qualité des expériences proposées.
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Déjeuner en pleine nature dans la kota
Les excursions en motoneige comprennent souvent le déjeuner dans une kota, sorte de tipi typique du grand nord, authentiquement finlandaise. Chaque prestataire a une ou plusieurs kota dans des lieux isolés et idylliques, au cœur de la forêt ou au bord d’un lac gelé. L’effet est saisissant. On se fraie un chemin au milieu de plus d’un mètre de neige, et entre dans ce tipi de bois, entièrement clos et sans fenêtre, où la seule lumière provient du feu ouvert placé au centre. (Une cheminée évacue la fumée, évidemment.) Le cuisinier prépare les légumes et le saumon ou le renne directement sur la flamme, ainsi que le thé et le café dans de grands récipients de métal. On mange et boit dans un silence recueilli, pétri de l’atmosphère authentiquement laponne.
Kota finlandaise.Saumon à la flamme.
Pêche blanche sur un lac gelé
On peut aussi pratiquer la pêche blanche, ou pêche sur glace. Le guide dégaine alors sa perceuse à glace, une grande spirale dont les hélices sont munies de lames, et qui porte ici le nom de « kaïra » (prononcez caillera, comme dans le 9-3). Pour creuser la glace, épaisse de près d’un mètre sur le lac où nous sommes, il faudra longuement mouliner, dans un déluge de copeaux de glace, jusqu’à atteindre la dernière couche et enfin, l’eau étrangement jaunâtre du lac. Puis mettre sa canne à pêche dans le trou, et attendre. Longtemps. Le guide va se mettre au chaud dans la kota. Le touriste s’allonge sur la glace, méditatif. On lui a dit que le Finlandais pouvait y passer des heures. Au bout de dix minutes, le touriste en a marre. Il n’a jamais pêché de sa vie chez lui car il trouve ça trop soporifique, et passé l’excitation de creuser la glace, il réalise que c’est exactement la même chose en Laponie. Pas de poisson. Il rentre dans la kota. Le guide a mis des saucisses sur le feu depuis longtemps – il savait.
Pêche blancheNotre guide, Corentin, avec la kaïra et la canne à pêche.Manger ce qu’on a pas pêché.
Les rennes, animaux des Sami
L’autre attraction incontournable, c’est de visiter une ferme de rennes, et de faire un tour en traîneau. Aucun animal n’est plus consubstantiel à l’identité laponne que le renne. Et pour parler des rennes, il faut parler des Sami.
Les Sami, parfois orthographié Same, constituent le peuple indigène du grand nord norvégien, suédois, finlandais et russe occidental – le seul peuple indigène d’Europe reconnu par ses instances officielles. Ce sont eux qui ont donné leur nom à la région culturelle autrefois sans frontières qu’on nomme Laponie : Lapon, du suédois « lapp », signifie haillon. Les Lapons, c’était le peuple perçu comme sauvage et primitif, vêtu de peaux de rennes et passant d’un pays à l’autre dans le grand nord. Si le terme « Laponie » est universellement accepté, on se gardera bien d’appeler un Sami « Lapon » : au niveau de la charge émotionnelle et historique, c’est comme traiter un Noir de nègre. Et les Sami eux-mêmes ne disent pas Laponie, mais Samiland. On estime qu’ils sont cent mille aujourd’hui, dont dix mille en Finlande. On suppose les Sami originaires d’Asie, arrivés en Europe via le nord de la Russie. Après des décennies d’oppression culturelle et d’assimilation forcée, après un véritable génocide culturel – en Finlande et en Scandinavie, on a interdit leur langue, leur religion, brûlé leurs objets de culte, saisi leurs terres – les Sami ont aujourd’hui perdu ce physique asiatique, et un Sami peut être blond ou brun, grand ou trapu. Mais le sens vivace d’une identité culturelle commune n’a pas disparu. Pour être reconnu comme Sami, il faut se soumettre à un test ADN, et prouver qu’on a quelques gouttes au moins de sang Sami. En Norvège (où vivent aujourd’hui la majorité des Samis) et en Suède, cela donne droit à un privilège particulier : le droit de posséder des troupeaux de rennes, ce qui est interdit aux citoyens ordinaires. En Finlande, cette loi n’a pas droit de cité, mais les rennes restent indissociables de la vie de ce peuple. Plus loin au nord, à Saariselkä, où la taïga s’amenuise et devient toundra, vivent les derniers Sami nomades de Finlande, suivant le mouvement des rennes. Il y a des milliers d’années, les Sami sont venus dans le grand nord justement à cause des rennes : ce sont eux qui les ont domestiqués. Ils leur ont appris à traîner des charges, ils ont utilisé leur viande, leur lait, leurs bois, leur fourrure, leurs os, leur corne. Encore aujourd’hui, on ressent quelque chose d’étrange en Laponie : l’omniprésence du renne, ami, outil et nourriture, à la fois adoré, célébré, utilisé et dévoré.
Renne sur un tambour en cuir de renne, issu de l’artisanat Sami.
Lustre en bois de renne à l’Arctic Light Design Hotel
Les rennes se font caresser dans les attractions touristiques et tirent les traîneaux – nous allons visiter une ferme de rennes, faire un tour en traîneau, caresser ces bêtes dociles et gentilles, et les nourrir de lichens ramassés à la fin de l’été. Je suis toute surprise de les nourrir de mousses et non de foin. Les rennes sont l’emblème de la ville. Les hôtels ont des lustres en bois de renne (qui tombent tous les ans), des tentures en peau de renne, les restaurants servent du sauté de renne ou de la langue de renne fumée, et tous les objets artisanaux, couteaux, tambours, colliers, etc, sont fabriqués en cuir, corne ou bois de renne.
Rencontre avec les rennes.....
Irene et Ari Kangasniemi, merveilleux artistes Sami
Nous allons rendre visite à un couple d’artistes Sami très reconnus, Irene et Ari. Quiconque recherche de l’artisanat Sami de grande qualité se tournera vers eux. Ari fabrique les couteaux et les lustres en bois de renne pour les hôtels de luxe. Il nous montre la qualité du bois, variable en fonction du statut reproducteur du renne mâle : les bois du mâle castré sont beaucoup plus friables et creux que ceux du mâle entier. Mais seuls les mâles castrés pourront être utilisés pour le transport et l’agrément. A l’automne, saison du rut, on trie les rennes. Les troupeaux continuent de vivre en semi-liberté, identifiés seulement par des marques au niveau des oreilles. Ce sont les mâles eux-mêmes qui reforment les troupeaux à l’automne, en rassemblant une vingtaine de femelles. Le velours irrigué qui couvre leurs bois tombe, laissant place à la dureté de la corne pour les combats. C’est à ce moment-là que les éleveurs récupèrent et trient leurs bêtes. On sélectionne les rennes les plus doux et dociles pour l’usage véhiculaire et récréatif, et il faudra trois ans pour les entraîner à la perfection. Ceux-là sont des amis. Ils ne seront pas mangés. Quand elle voit le minibus qui nous a amenés chez elle, Irene embrasse la photo du renne qui le décore : « Je le connais. C’est un renne très spécial et si gentil. » Les plus beaux rennes entiers seront les reproducteurs, notamment si leurs bois sont imposants. Chaque renne a des bois qui lui sont propres, qui tombent au printemps et repoussent chaque année à l’identique – c’est la signature de chaque individu. Ari raconte avoir mis cinq ans à constituer un lustre pour un client de très grande valeur : celui-ci voulait acquérir un lustre parfaitement symétrique. Cinq ans, cinq bois du même renne, pour honorer la commande. Les rennes qui ne sont ni beaux ni gentils seront mangés. Dans l’atelier d’Irene et Ari, chaque morceau du renne est valorisé, même le cerveau, bouilli pour fabriquer des onguents de maroquinerie.
Irene et Ari portent de grandes bottes en peau de renne qui leur donnent un air de lutin, et à la ceinture (Ari) ou en boucle d’oreille (Irene) les deux emblèmes de la Laponie : le couteau en bois de renne, et la kuksa, une sorte de bol à anse taillé dans le bois très fin d’une excroissance de bouleau causée par un champignon parasite. Ils brandissent haut et fier le flambeau de cette culture ancestrale qu’on a tenté d’anéantir. Irene nous montre le portrait d’un homme aux cheveux longs, aux airs de vieux sage amérindien. « C’est mon arrière-grand-père. Il était le plus puissant des chamanes. Ils l’ont tué ». Tous les tambours sacrés des chamanes ont été brûlés à la fin du XIXe siècle, à l’exception de seize d’entre eux, précieusement conservés dans des musées en Finlande et en Scandinavie. Irene et Ari fabriquent ces tambours placés au cœur de la spiritualité millénaire de leur peuple. Animistes, les Sami peuplent la nature d’esprits, et croient en la coexistence de trois mondes, le nôtre, le ciel et le monde souterrain, où vivent les morts. En frappant le tambour, le chamane en transe se projette dans les hautes sphères, communique avec les morts et recueille leur sagesse. Chaque tambour est décoré de signes signifiant dieux, animaux et vertus ; le principe de la divination chamanique consiste à faire rebondir un petit objet sur le tambour au gré des pulsations, et à interpréter la série de ses chutes successives. Le tambour est en cuir de renne tendu, évidemment.
Irene, talentueuse artiste Sami, exposée au musée Arcticum.Bois et corne de renne, dans l’atelier d’Ari.Atelier d’Irene.Tambour chamane.Tambour divinatoire.
Saumon, renne et baies : gastronomie de Laponie finlandaise
La nourriture laponne est simple, mais elle me plaît beaucoup. Je me reconnais dans son caractère brut et frais. Du pain plat, cuit au feu de bois. Du saumon, du poisson blanc d’eau douce type omble chevalier, du renne (que je n’ai pas goûté). Des carottes et des patates, qui viennent en cette saison du sud de la Finlande, où elles poussent sous serre. Et surtout, des baies. Des baies à ne plus savoir qu’en faire. Partout on vous sert un jus de baie chaud, sorte d’infusion aux airelles, myrtilles, framboises et « mûres arctiques », cloudberry en anglais : une sorte de framboise jaune qu’on ramasse à la fin de l’été, au milieu des marécages infestés de moustiques, et qui est considérée comme la plus précieuse de toutes. Fin août, début septembre, les différentes baies sont partout, au bord des routes, dans les jardins, dans les forêts. Tout le monde peut les ramasser, selon cette loi nordique (qui s’applique aussi en Suède et en Norvège) qu’on appelle « droit de tout un chacun » : même si la terre ne vous appartient pas, vous pouvez camper, ramasser du bois, pêcher, cueillir des baies ou des champignons. Partout dans la forêt finlandaise, on trouve des kotas (tipis) avec une hache pour couper du bois et faire le feu. Personne n’irait voler la hache. Le but est bien que chacun puisse la trouver quand il en a besoin. Il n’y a pas de vols en Laponie. Le sentiment de communauté est fort et la nature généreuse, durant le bref laps de temps de soleil. A la fin de l’été, donc, les habitants de Laponie se précipitent dans les champs et les forêts, et ramassent des dizaines de kilos de baies qu’ils congèleront pour toute la durée de l’hiver. Chez Irene et Ari, le couple Sami, on nous fait entrer dans une cuisine de poupée, toute de bois assemblé comme un lego sans vis, et on nous sert sur une nappe rouge et blanche du fromage de renne avec de la confiture de mûre arctique. C’est un vrai régal au goût d’inédit.
Les attractions touristiques les plus connues, ce n’est qu’un petit bout de Rovaniemi, un mal nécessaire pour que l’argent vienne, mais la vraie vie, elle est juste un petit peu plus loin, dans les chemins de traverse, les forêts immenses, les lacs grands comme des mers intérieures. Le temps s’écoule lentement. Chaque saison est savourée comme un fruit mur. Les fantômes animistes des Sami hantent tous les habitants de Laponie finlandaise, qu’ils soient autochtones, finlandais ou français. La nature s’écoute et se célèbre, la vie est lente et intense. La joeku, chant traditionnel des Sami, guttural et solennel, est devenue l’hymne de Laponie, et inspire à une sorte de méditation ancrée dans le sol, dans chaque plante et chaque caillou. Tout le monde est un peu chamane ici.
Mangeoires pour les oiseaux au coeur de l’hiver.
Tous les gens d’ici nous parlent avec passion des fruits et des légumes de l’été. Ils nous disent : vous n’avez aucune idée de ce goût, tous les autres fruits et légumes du monde vous paraissent fades à côté de ceux qu’on cueille à la fin de l’été, en Laponie. Ils n’ont que deux mois pour pousser, mais deux mois de soleil continu, deux mois de fièvre, de croissance frénétique, gorgée de lumière et de sucre. On nous dit que les mûres, les myrtilles, les framboises, les carottes de fin août en Laponie sont à se damner. Les sorbets, les confitures, les jus de baie nous en donnent une idée – un peu de fin d’été lapon conservé à travers les longs mois d’hiver.
Chez Irene et Ari : baies (dont les cloudberry en jaune), fromage de renne, saucisson de renne.
Jus de baie chaud dans une kuksa finlandaise.
Bonnes adresses à Rovaniemi : découvrir la gastronomie de la Laponie finlandaise
Trois adresses où je me suis régalée à Rovaniemi :
– Arctic Sky Restaurant, situé sur une colline au-dessus des cimes des arbres. La vue est sublime, et il est considéré comme l’un des 10 meilleurs restaurants de Finlande.
– Arctic Light Design Hotel, à Rovaniemi. Le restaurant est fabuleux et la déco a un charme fou, avec notamment des lustres en bois de renne fabriqués par Irene et Ari.
– Goûter de baies et de fromage de renne chez Irene et Ari Kangasniemi, après la visite de leur atelier : sur rendez-vous seulement, réservez votre visite auprès de l’office du tourisme de Rovaniemi.
Arctic Sky Restaurant : vue majestueuse et mon meilleur souvenir culinaire de Finlande.Arctic Sky RestaurantArctic Light Design Hotel, un excellent resto et un très beau cadre.Dessert merveilleux à l’Arctic Light Design Hotel
L’Arcticum, musée de l’Arctique à Rovaniemi
Il est difficile a priori de comprendre pourquoi les peuples se sont installés en Arctique, et pourtant certains instants ici ont un goût de certitude tellement marquant qu’on en vient à les comprendre. Nous visitons l’Arcticum : un fabuleux musée de l’Arctique, inauguré il y a vingt-cinq ans pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance finlandaise. C’est un immense tunnel de verre orienté plein nord, qui rassemble à la fois des expositions historiques, culturelles, scientifiques et artistiques. La grande exposition sur les peuples de l’Arctique est celle qui me passionne le plus. A l’entrée de la salle, un globe immense, couché sur le côté. Vue du dessus, sur le cercle polaire, de la Russie à l’Alaska en passant par la Finlande, la Scandinavie, l’Islande, le Groenland et le Canada. L’Arctique, c’est la région au-dessus des 66°32N, définie par ce principe tout simple : il faut qu’il y ait au moins une journée d’été où le soleil ne se couche pas, et une journée d’hiver où il ne se lève pas. Le pôle nord géomagnétique se déplace lui sans cesse, et se situe actuellement dans le Nunavut, où les aurores boréales seraient plus intenses que partout ailleurs.
J’imagine continuer la découverte. Quand on monte vers le nord, en partant de Rovaniemi, on tombe sur des mines d’améthyste, sur les grandes communautés Sami de Saariselkä, et sur les lacs immenses de la région d’Inari ou de Kipisjarvi. Il paraît que ce sont des road trips merveilleux. Je me surprends à rêver de revenir début septembre, pour les baies et les premières aurores boréales, qu’on dit plus intenses : éperonnées par la proximité de l’équinoxe, qui rapproche le soleil de la Terre, et favorisée par les cieux plus clairs et cléments de la fin de l’été.
Arcticum, orienté plein nord : fabuleux musée de l’Arctique
L’hôtel que j’ai préféré à Rovaniemi : Santa’s Arctic Igloos
J’ai eu la chance de découvrir plusieurs hôtels originaux à Rovaniemi, qui surfent sur la vague du tourisme dans le grand nord : igloos de verre ou de glace (où on dort en combinaison de ski dans la neige), cabanes dans les bois, hôtels design. Beaucoup ont du charme, mais je préfère ne vous parler que de mon plus grand coup de cœur. L’hôtel Santa’s Arctic Igloos est situé tout près du village du Père Noël, mais loin de la route, en lisière de forêt, comme si nous étions seuls au monde. La proximité de l’attraction touristique ne se devine pas, le calme est total. Les igloos de verre sont de toute beauté, grands et confortables. Dans mon grand igloo entièrement ouvert sur le ciel, j’ai un sauna et vue sur la forêt. Ma chambre, 768, est la dernière avant le lac et les arbres. Il n’y a rien d’autre devant moi que la nature, les sapins enneigés. Les aurores boréales sont là, les prédictions l’affirment, mais célèbrent leur danse derrière un rideau impénétrable de nuage. Activité solaire KP3, couverture nuageuse 100%. Malchance. Je scrute malgré tout le ciel depuis mon lit, apaisée par cette coupole de verre ouverte sur l’immense.
Santa’s Igloo Arctic Circle, mon hôtel coup de coeur à RovaniemiIgloos ouverts sur la forêt.La nuit, à guetter l’aurore qui ne viendra pas…
Pour moi qui n’aime pas les villes, mais la nature, les animaux et la solitude confortable, la Laponie a quelque chose d’évident, de rassurant. Je comprends cette sanctification de la nature, cet attachement au cycle des saisons, aux gestes répétés, aux routines tranquilles de ceux qui vivent souvent dehors et regardent beaucoup le ciel. Je sais que je reviendrai en Laponie. Ce qui m’a séduite, ce ne sont pas les gadgets, les villages du Père Noël, igloos de neige et autres parcs d’attraction. Ce sont les instants les plus authentiques, les plus préservés, la solitude et l’immensité. Je reviendrai en Laponie, sans doute en Norvège. De Lofoten à Tromso en passant par Senja, elle incarne mon prochain rêve nordique. Mais sans doute aussi en Suède, et plus au nord en Finlande, plus au nord de Rovaniemi. Loin du Père Noël. Dans le silence des sapins, et l’attente toujours recommencée des aurores boréales.
Contexte de ce voyage :J’ai eu le bonheur de participer, en tant que journaliste, à un voyage de presse organisé en Laponie finlandaise par Scanditours, spécialiste des voyages dans le grand nord. C’était une expérience fabuleuse. Je n’étais pas là en tant que blogueuse, et cet article n’est pas sponsorisé : rien ne m’obligeait à parler de ce voyage sur Itinera Magica. Mais cette expérience était trop forte pour ne pas vous la raconter, et j’avais juste envie de partager mes impressions et mes coups de cœur dans le grand nord finlandais.
D’ici la fin du mois de mars, je vais avoir le bonheur de repartir dans le grand nord… n’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter si les neiges éternelles vous fascinent autant que moi !
Dormir dans un camp au milieu du désert Wahiba Sands et voir le soleil se lever sur les dunes, dans le silence doré.
Assister à la ponte des tortues marines sur une des plus belles plages d’Oman.
Se baigner dans une piscine à débordement au bord du vide, au-dessus du grand canyon du Moyen Orient.
Ce sont quelques-unes des expériences, luxueuses ou insolites, que j’ai eu le bonheur de vivre au sultanat d’Oman, et qui ont fait de ce voyage l’un des plus beaux de ma vie. nuit dans le désert à Oman
Une nuit dans un camp au coeur du désert : une des choses à vivre à Oman.
Après vous avoir parlé des plus beaux paysages d’Oman et des raisons pour lesquelles ce pays hors-normes mérite qu’on le découvre, je vous propose quelques coups de projecteur sur des moments et des lieux magiques.
Au bord du grand canyon d’Oman, un hôtel extraordinaire…
Contrairement au précédent article, consacré à la magie d’Oman et à une vision d’ensemble du pays, cet article sera plus orienté « pratique », afin de répondre à des questions que je me posais moi-même lors de la préparation du voyage. Je vous souhaite de tout cœur de découvrir Oman !
Une nuit dans le désert à Oman camp désert oman – dormir wahiba sands oman – quel camp choisir à oman
C’était un des rêves qui avaient donné vie à ce voyage : passer une nuit dans le désert Wahiba Sands, comme au temps des caravanes et des nomades arpentant l’immensité. Mais où aller, quel camp choisir ? Comment trouver son chemin au cœur du désert ? Nous appréhendions cette étape avec un mélange d’excitation et d’angoisse… Une nuit dans le désert à Oman ? Récit et conseils pour choisir votre camp dans le désert du Wahiba Sands à Oman.
Pas de voyage à Oman sans passer par le Wahiba Sands…
Choisir son camp dans le désert du Wahiba Sands nuit dans le désert oman
La porte d’entrée dans le Wahiba Sands est la ville d’Al Wasil, à deux heures de route au sud de Mascate.
Parce que la nuit dans le désert est un des incontournables absolus du voyage à Oman, les camps sont nombreux, et j’ai passé de longues heures à écumer les sites et les avis en ligne pour trouver celui qui nous conviendrait le mieux.
Je pensais au début aller au plus célèbre d’entre eux, le luxueux Desert Nights Camp, camp 5 étoiles de toute beauté qu’on voit souvent passer sur Instagram. Les installations semblent superbes… mais ce qui m’a dissuadée, c’est la proximité de la ville d’Al Wasil. Le même argument m’en a fait rejeter beaucoup d’autres : la plupart des camps dans le désert du Wahiba Sands sont très proches de la ville, tels que l’Arabian Oryx Camp ou le Desert Wonders Camp.
Apparemment, la proximité de la ville est particulièrement dérangeante pendant le week-end, quand les Omanais font faire la fête et du « dune bashing » (voler sur les dunes en 4×4) dans le désert. Si vous rêvez de calme, de silence, de lever de soleil mystique dans le désert, évitez absolument d’y aller pendant le week-end des omanais, soit le jeudi soir et le vendredi soir. Nous avons choisi notre nuit de séjour en fonction de cet impératif.
Et nous avons décidé d’aller au cœur du cœur du désert : au 1000 Nights Camp, à ma connaissance le camp le plus loin d’Al Wasil, à une heure de piste au milieu du désert. Mais une angoisse demeurait : comment trouver le camp ?
1000 Nights Camp, au coeur du désert.
Accéder au 1000 Nights Camp avis camp dans le désert oman
Nous arrivons à Al Wasil à la tombée du jour et voyons avec angoisse le soleil descendre à toute vitesse vers l’horizon. On nous avait dit de rejoindre la station essence Shell d’Al Wasil, et que nous serions guidés à partir de là. Effectivement, un homme nous aborde et nous propose de nous conduire jusqu’au camp. Le tarif demandé est un peu cher : 40 rials omanais. Mais nous ne sommes pas en position de négocier. La nuit va tomber, et nous n’avons aucune idée du chemin. Nous acceptons et suivons notre guide. A l’entrée du désert, il nous fait dégonfler nos pneus. Et puis c’est parti pour une heure de piste au cœur de dunes grandes comme des raz de marées, toujours plus sombres et vertigineuses avec l’adieu à la lumière. La nuit nous enveloppe. Nous dépassons les premiers camps et continuons toujours plus loin dans le désert, sur des pistes que nous n’aurions jamais trouvées par nous-mêmes. Nous avons déjà la sensation de vivre quelque chose d’inouï, une incursion dans le secret.
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Il fait nuit noire quand nous arrivons au camp, et un groupe d’hommes en tenue traditionnelle bédouine discute à la lumière des lampes. Le ciel est constellé d’étoiles et nous devinons les dunes immenses à la noirceur qu’elles projettent sur ce tissu lumineux. L’atmosphère est inouïe.
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Le 1000 Nights Camp, le lieu dont tu n’aurais osé rêver camp désert oman nuit désert oman
Ma sœur et moi nous réveillerons à l’aube pour escalader la dune et voir la lumière inonder le désert. C’était un moment de pure magie. Seules, dans le silence du Wahiba Sands. C’était exactement ce dont je rêvais. Le calme et l’immensité.
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Ce n’est qu’à la lumière du jour que je comprendrais vraiment à quel point ce camp est étrange et inouï.
Des oryx, des impalas et des chameaux entourent les bâtiments aux allures de fort médiéval. Deux dunes immenses encadrent le camp, situé dans une espèce de vallée entre les murailles de sable. L’eau de la piscine est d’un vert surnaturel, et je pense aux films des années 50, où des stars hollywoodiennes déchues viennent faire des overdoses au milieu de nulle part. Mais il n’y a pas de tapage et de vedettes intoxiquées. Juste d’autres touristes émerveillés par l’étrangeté, l’exotisme de cet endroit loin de tout. Le restaurant a des airs de caverne d’Ali Baba. J’ai l’impression d’avoir réveillé le génie de la lampe.
...1000 Nights Camp, au coeur du désert..
Les niveaux de confort au 1000 Nights Camp sont très variables, de la rustique « Tente Arabe » (vraiment rudimentaire) aux maisons « Ameer » et « Maisons de sable », en dur et très luxueuses. Nous avons dormi dans l’option intermédiaire : la tente « Sheikh », en toile, mais avec une salle de bain en dur… sans toit et sans eau chaude. Etrangeté de cette douche à ciel ouvert au milieu du désert. Ma tête se remplit d’images qui ressemblent à des extraits de film. Oui, ce lieu est hollywoodien. Et je vous le recommande.
Ma salle de bain !
1000 Nights Camp, nuit à partir de 80 euros (tente arabe), 150 pour la tente Sheikh. Au retour, nous retrouverons notre chemin sans problème, et ferons regonfler les pneus à la sortie du désert pour quelques rials.
Le plus beau cinq étoiles d’Oman ? Alila Jabal Akhdar, enchantement sur grand canyon
C’était la folie de ce séjour, la nuit hors de prix, mais impossible à regretter. Partout, j’entendais parler de l’Alila Jabal Akhdar comme d’un hôtel inouï, rare, à découvrir absolument. Un 5 étoiles d’un luxe infini, mais sans ostentation, sans aucun bling-bling, inscrit dans la plus pure tradition omanaise. La pierre, le bois, l’eau qui coule, les lampes ouvragées et les tissus précieux dessinaient une oasis au milieu de la montagne, s’intégrant harmonieusement dans le décor millénaire du grand canyon du Moyen Orient. Au bord du vide, émergeant d’un réseau de falaj et de fontaines, la piscine à débordement vous faisait flotter à fleur de falaise.
Et en effet – ce fut un des plus beaux hôtels de ma vie.
..Fabuleuse piscine sur grand canyon.Un décor profondément apaisant...
La route de montagne menant à l’Alila, autorisée aux 4×4 seulement en raison de la raideur de la pente, était un premier enchantement. Nous avions l’impression de nous préparer à un alunissage. Puis l’Alila surgit dans son décor minéral et intriqué, comme sculpté dans la matière même de l’ombre et de la lumière, et le miracle opère. Je pensais à Space oddity, cette chanson de David Bowie que j’aime tellement : « Far above the world… » L’Alila propose des cours de yoga, de méditation, des massages relaxants, et cela ne m’étonne pas du tout – moi qui avoue n’avoir aucune sensibilité aux spiritualités orientales, je me suis dit que si un lieu devait ouvrir mes chakras, ça serait bien celui-ci.
Sur la route montant vers l’Alila.Le canyon..
Parce que vous êtes au cœur de la montagne, au milieu de nulle part, l’hôtel vous propose automatiquement la demi-pension le soir. Etant folle des spécialités de cette région du monde, j’attendais avec impatience le repas… J’ose à peine l’écrire (par peur de vexer ma grand-mère d’origine libanaise qui cuisine divinement !), mais ce dîner était juste le meilleur de ma vie. La perfection culinaire absolue, tout en fraîcheur, créativité et respect absolu de la tradition moyen-orientale.
Bref, cet hôtel est une merveille absolue, et j’aurais voulu y passer deux semaines.
Alila Jabal Akhdar, autour de 350 euros la nuit avec dîner et petit-déjeuner.
Ras al Jinz, la réserve des tortues
C’est la pointe orientale de la péninsule, le premier endroit où le jour vient éclairer le monde arabe. Et c’est aussi le pays des tortues. Toute la région de Sour joue sur la présence des tortues vertes marines, qui viennent pondre sur les plages. Cela peut être assez déconcertant au début, car d’autres lieux, comme Ras al Hadd, jouent de façon assez mensongère sur la présence potentielle des tortues sur leurs littoraux. Ne vous faites pas avoir. En réalité, il n’y a qu’un seul endroit où vos chances d’observer des tortues sont très hautes : la réserve de Ras al Jinz, à environ 40 minutes de route au sud de Sour.
L’hôtel, qui s’appelle tout simplement Ras Al Jinz Turtle Reserve, ressemble à une carapace de tortue posée au milieu de nulle part. Aucun autre bâtiment ne l’entoure, les villages côtiers sont loin, de nouveau le sentiment de solitude est impressionnant. La plage, sublime avec ses formations rocheuses qui me rappellent l’Algarve, est à une dizaine de minutes de marche dans une vaste étendue sablonneuse aux airs de no man’s land. A Oman, on s’habitue vite à être seul dans des terrains immenses et majestueux.
Lever du jour sur la sublime plage de Ras al Jinz...L’hôtel vu depuis la plage...
Ras al Jinz, outre son centre de recherche, propose un passionnant musée des tortues et surtout, des visites sur la plage des tortues, le soir autour de 22h et le matin autour de 5h du matin. Elles sont comprises dans le prix de la chambre pour les clients de l’hôtel, payantes pour les visiteurs extérieurs – mais étant donné l’isolement de l’hôtel, loin de tout, je vous conseille vraiment de dormir sur place si vous voulez voir les tortues. Je n’aurais pas eu envie de subir 30 minutes de route à 4h30 du matin.
Les tortues pondent toute l’année, mais je sais que début décembre, nous sommes un peu dans la saison creuse. Nos chances sont relativement plus faibles. Mais le site est tellement exceptionnel que nous ne serons pas déçus : à la visite du soir, nous verrons trois tortues déposer leurs œufs dans le sable. L’effort colossal fourni par ces créatures miraculeuses et fragiles me touche profondément.
La ponte des tortues dans le noir.La ponte des tortues en gros plan, alias Alien ! (Bonjour, photo à 16 000 ISO !)
Le lendemain matin, la visite de 5h du matin est annulée : les tortues ne sont pas au rendez-vous. Je me bénis d’être allée à celle du soir. Mais je décide d’aller malgré tout sur la plage, pour assister au lever du soleil. Et c’est là que je vois un spectacle qui me brise le cœur. Les mouettes déterrent les œufs pondus par la tortue au prix de peines inouïes et dévorent les embryons. La plage est un cimetière de bébés tortues. Ce ne sont pas les humains qui sont en cause. Ce sont les mouettes, et les crabes. Il paraît que seul un bébé sur cent survivra. Malgré la splendeur du paysage, de ces monolithes dorés baignés par l’écume de l’océan Indien, j’en ai les larmes aux yeux.
Je ne suis pas experte en matière de conservation animale. Mais je ne peux pas m’empêcher de me demander pourquoi les scientifiques ne viennent pas ramasser les œufs, afin de faire éclore les bébés à l’abri. Apparemment, ils le font parfois – je verrai des bébés tortues au centre de recherche, qui venaient de naître et devaient être relâchés à la nuit, pour minimiser les risques d’attaque par les prédateurs. Mais je me dis que tant de choses s’opposent à la survie des tortues… et j’espère vraiment que les générations suivantes continueront de pouvoir les admirer.
Les oeufs sont déterrés et dévorés.Cimetière…J’espère que ces bébés survivront…
A propos de l’hôtel de la réserve Ras al Jinz, quelque chose d’important à savoir : L’hôtel est simple, mais propre, confortable, bien chauffé, d’un standing tout à fait correct, les chambres sont agréables et on y dort bien. MAIS il faut éviter un piège. A consulter le site, on a l’impression que les « tentes éco de luxe » (pour 218 euros la nuit) sont plus haut de gamme que les « chambres standard carapace » (155 euros). Surtout, ne croyez pas avoir mieux en prenant la tente éco de luxe, restez sur la chambre carapace. La tente est située à plus de 600 mètres de l’hôtel (ce qui signifie que vous avez 1,2 km à parcourir pour aller à la visite des tortues, au dîner ou au petit déjeuner…), au milieu de nulle part, sans vue mer, et a des murs de toile qui la rendent beaucoup plus froide et moins confortable. Aucun intérêt de payer beaucoup plus cher pour avoir beaucoup moins bien. Nous avions réservé une tente, et demandé à changer pour une chambre carapace située dans le bâtiment principal – heureusement, il en restait une.
Le Shangri La Barr Al Jissah de Mascate, magnifique escapade balnéaire
Il est considéré comme l’un des plus beaux hôtels de Mascate, et j’en garde un souvenir impérissable. A quelques encablures de la célèbre corniche et des majestueux « fjords d’Arabie » qui caractérisent la côte nord de Mascate, le Shangri La jouit d’un décor unique, sur une des plus belles baies d’Oman. Encadré par des falaises de roche dorée, dans un amphithéâtre minéral impressionnant, l’hôtel déploie sa plage magnifique, ses piscines et rivières artificielles dans un jardin édénique, au milieu des palmiers et des bougainvilliers. L’architecture est saisissante et convoque tout l’imaginaire exotique de l’Arabie rêvée, et le lieu, préservé, unique, invite aussitôt au bien-être en bord de mer. C’est un hôtel à la fois romantique et familial, avec tout le luxe qu’on attend d’un Shangri La. Nous y avons fini notre séjour en beauté…
Le sublime Shangri La deMascate.Entre la corniche et l’hôtel, le paysage sublime des « fjords d’Arabie »....Le Shangri La organise régulièrement des soirées omanaises avec artisans, chants, danses et présentation des chameaux… Touristique ? Evidemment, mais magnifiquement réalisé.
Shangri-La Barr Al Jissah Resort & Spa, à partir de 200 euros/nuit en chambre double. Piscines, toboggans, rivière à courant, salle de fitness et cours de sport, spa, plusieurs restaurants délicieux et un bar rooftop.
J’ai choisi d’organiser moi-même mon voyage à Oman, en louant un 4×4 (obligatoire pour accéder au désert et à la route de montagne) et en réservant mes hôtels individuellement, car j’avais une idée très précise de l’itinéraire désiré. Mais si vous êtes à la recherche d’une solution plus reposante et moins chère, avec un séjour ou un circuit tout inclus à un tarif intéressant, regardez les propositions de voyage à Oman avec Fram.
Ici s’achève le récit de mon merveilleux voyage à Oman. Rendez-vous très bientôt pour des aventures alpines et polaires. Inscrivez-vous à la newsletter pour ne rien manquer ?
Un voyage à Oman ? Voici les plus beaux paysages d’Oman et les incontournables en une semaine dans le sultanat.
Oman fut pour moi un éblouissement. C’était comme si j’avais plongé tête la première dans le bain de mes fantasmes orientalistes, et que j’avais trouvé le Moyen-Orient éternel, celui des tapis volants, des lampes aux génies et des croissants de lune venant embrasser les dunes immenses. Sinbad, Aladdin et les autres héros des Mille et une nuits semblaient tous entrer dans mon rêve, et ce fut un des mes plus beaux voyages, un enchantement sans nuages, entre désert, minarets, plages et palmeraies. Le sultanat d’Oman, joyau du Moyen Orient, n’attend que vous et vous foudroiera en plein cœur. Laissez-moi vous raconter les merveilles de ce pays infiniment varié et souriant, vous dire mes coups de cœur et mes plus beaux paysages au fil d’une semaine à Oman.
Oman, pays féerique.Plus beaux paysages Oman
Et retrouvez en fin d’article un carnet pratique afin de vous aider à organiser votre voyage à Oman.
Poussez la porte d’un monde enchanteur…
Oman, le pays qui vous fera aimer le Moyen-Orient oman danger tourisme – oman dangereux ? – est-ce dangereux de voyager à Oman
J’ai toujours aimé voyager dans le monde arabe. Il y a sans aucun doute chez moi une prédisposition génétique et familiale à adorer les falafels, le couscous et les chameaux, mais au-delà de ce terrain propice, j’ai toujours aimé ce qu’on appelle l’arc désertique courant du Sahara aux sables d’Arabie, avec ses forts, ses oasis, ses palmeraies, ses bijoux finement ouvragés. J’aime la douceur solennelle de ces pays où on s’abrite du soleil à son zénith au bord des fontaines et à l’ombre des jardins, où la lumière des lampes ouvragées et l’immensité du désert remplit la nuit d’étoiles, où les mosquées colorées semblent répondre à la lune, et où on sait vraiment ce que l’hospitalité veut dire. On dit que c’est un héritage de l’époque nomade, quand des caravanes traversaient les océans de sable brûlant : fermer sa porte à un voyageur égaré, c’était le condamner à mort. Mais l’explication ne me suffit pas totalement, car il y a une nuance entre sauver quelqu’un de la mort et lui offrir son poids en thé à la menthe et en pâtisseries sucrées. Je crois qu’une profonde culture de la sociabilité et une authentique gentillesse entrent aussi en jeu. Toujours est-il que je pars toujours avec joie dans le monde arabe, et que depuis ma visite de l’oasis d’Al Ain aux Emirats Arabes Unis, je rêvais d’Oman : tout le monde m’avait dit, « si tu as aimé Al Ain, va à Oman, tu seras aux anges ».
Au coeur du Wahiba Sands.
Mais je ressens souvent un décalage entre mon enthousiasme et les réactions de mes interlocuteurs quand j’évoque mes destinations moyen-orientales, à croire que je vais apprendre à confectionner des bombes en burqa grillagée dans un terrain vague. « Mais qu’est-ce qu’il y a à voir là-bas ? Ça n’est pas dangereux ? Pourquoi tu vas dans un coin pareil ? Tu seras voilée ? Tu auras le droit de conduire ? Y a Daesh ? ». Trop de préjugés et d’incompréhensions dissuadent encore beaucoup de touristes français de visiter cette région du monde. Mais si vous êtes curieux, sachez qu’Oman est véritablement le pays qui vous fera aimer le Moyen-Orient.
Epargné par tous les orages politiques et religieux, Oman est un havre de paix, où rien ne vous menace. Parfaitement sûr, absolument chaleureux et accueillant, c’est un pays où une femme non accompagnée peut faire un road trip en solo sans craindre pour sa sécurité, où on ne vous traitera qu’avec respect et gentillesse, et où vous serez profondément touché par l’amabilité sans arrière-pensée de tous ceux que vous croiserez. Dans les villages, les automobilistes vous feront un petit signe de la main pour vous saluer, les enfants (parfaitement bilingues anglais-arabe) vous diront « Welcome to Oman ! », les gens viendront vous parler sans avoir quoi que ce soit à vous vendre (ils sont souvent plus riches que vous, dans ce pays où l’or noir assure la prospérité), mais juste pour s’assurer que votre voyage se passe bien, que vous n’avez besoin de rien et que leur pays vous plaît. Et si vous leur dites combien ce voyage est agréable et combien les paysages d’Oman sont beaux, vous verrez d’immenses sourires de fierté tranquille. Croyez-moi, allez-y. Non seulement vous ne risquez rien, mais vous serez heureux et ébloui.
Le voile sur les cheveux : seulement dans les mosquées. Oman est un pays sûr, chaleureux et respectueux, où vous pouvez voyager sans risque. (Ici, je ne suis pas dans une mosquée, mais au fort de Nizwa. Le voile n’était pas nécessaire, je l’ai mis pour me protéger du soleil !)
A une station service, un gamin passe la tête par la fenêtre de notre voiture et nous demande « Where are you from ? » Trois secondes plus tard, tous ses copains viennent nous parler et demandent à être pris en photo. C’était une scène géniale, chaleureuse et douce, mais je n’aime pas publier les photos des enfants sur Internet – je vous mets donc seulement cette photo de dos.
Oman, une diversité de paysages extraordinaires les plus beaux paysages d’oman
Ce pays a tout : les villes et villages, les déserts et les chaos rocheux, les oasis et les palmeraies, les plages et les wadis. La beauté et la variété des paysages d’Oman séduira même un voyageur blasé. Je crois que les trois plus beaux moments pour moi furent la ponte des tortues marines à Ras al Jinz, le lever de soleil sur les dunes à Wahiba Sands, et la beauté biblique du Wadi Shab. Par sa beauté préservée, son authenticité, son environnement d’une diversité rare, Oman est émotionnellement intense – c’est un pays qui fait battre le cœur et vous remplit les yeux d’inoubliable.
Ma petite soeur chérie dans les dunes du Wahiba Sands.Lever de soleil sur les falaises de Ras al Jinz, une des plus belles plages d’OmanLe Wadi Bani Khalid, oasis de verdure.
Au nord, ce sont les villes et villages de ce sultanat riche d’une histoire millénaire, qui fut autrefois à la tête d’un empire s’étendant jusqu’à Zanzibar, et qui connaît depuis les années 1970 un profond renouveau culturel, économique et politique. Mascate, Nizwa, Sour, sont autant de villes superbes et profondément authentiques. Contrairement à Dubaï, Oman a l’argent du pétrole discret et a refusé les gratte-ciels et la mégalomanie urbaine. Le sultan Qaabos a tenu à ce que le pays ne change pas de visage. Ce sont des villes basses, avec des murs en pisé et des jardins fleuris, des mosquées et de vieilles places, fidèles à l’image de l’Arabie éternelle. Seul le lustre de la grande mosquée trahit combien le sultanat est riche !
Le lustre Svarovski de la grande mosquée de Mascate : 8 tonnes de cristal et de métal !
Une femme nourrit les mouettes sur la corniche de Mascate. C’est un quartier très traditionnel, où on trouve les souks et beaucoup de petits restaurants, et où on ressent vraiment l’atmosphère de la vieille Arabie.
Des enfants jouent au foot sur la plage de Sour.
Petit chat interloqué au milieu des chèvres. Parce qu’elles sont rustiques et se contentent de peu, les chèvres sont très appréciées dans les pays arides de l’arc désertique. Quant aux chats, ils sont plusieurs fois mentionnés en bien dans le Coran (on dit que Mahomet aurait préféré ne pas prendre ses vêtements posés sur une chaise que de réveiller sa chatte Muezza), et sont très appréciés dans le monde arabe.
Mascate, la ville idéale du sultan Qaboos
Depuis son arrivée au pouvoir en 1970, le sultan Qaboos a fait de Mascate sa ville vitrine, prospère et lumineuse, qui abrite un sublime opéra et le musée national omanais.
J’ai adoré marcher le long de la corniche, face au vieux port de Mascate, dans une nuée de mouettes, et me plonger dans les anciens souks de la ville.
J’ai été marquée par la beauté blanche du palais du sultan, où des rolliers indiens multicolores s’élançaient des tours blanches.
Rollier indien devant le palais du sultan. (Confession : j’ai passé la semaine à essayer de choper une photo de ces rolliers d’un bleu vif, qui sont omniprésents à Oman. J’ai réussi le dernier jour – photo à 1/4000e de seconde !)
Souks de Mascate.
Mais le chef d’œuvre de Mascate, c’est la grande mosquée Sultan Qaboos, accessible à tous et dont l’architecture même signifie l’ouverture, le passage. Le blanc éclatant des tours reflète toute la lumière, les arches immenses donnent sur les quatre points cardinaux, et dans les jardins délicats, les plantes se mêlent aux fleurs des mosaïques. La grande mosquée se veut symbole d’harmonie. Oman cultive un islam ibadiste, qui se veut porteur d’unité et de tolérance – sunnites et chiites cohabitent au sein du sultanat, ainsi que des chrétiens et des hindous. La loi omanaise interdit formellement la propagande religieuse agressive : un prédicateur qui pointerait du doigt telle ou telle religion serait immédiatement inquiété.
Sublime mosquée Sultan Qaboos.
Des portes ouvertes sur les quatre points cardinaux.
Les forts d’Oman
Avant même la période islamique, les Omanais construisaient des forts dans le désert, rénovés et préservés jusqu’à aujourd’hui. Ces forts sont un emblème du pays, avec le célèbre poignard recourbé qu’on nomme khanjar. Tous sont d’une grande beauté et impressionnent par leur hauteur et leur ampleur. Dans tous les forts, les pièces à vivre et les salles de lecture coranique côtoient les magasins de munitions et les granges de stockage de la nourriture. Au sommet des tours crénelées, la vue porte jusqu’à l’horizon.
J’ai vu le fort de Nakhal, dont j’ai adoré la situation idyllique, au cœur d’une palmeraie dont il émerge comme une île au milieu d’un océan de verdure.
J’ai été captivée par l’immense fort de Nizwa, l’ancienne capitale omanaise, qui est l’endroit où j’ai le mieux ressenti le vieux cœur d’Oman.
En un voyage d’une semaine, il a fallu faire des choix, mais j’aurais aussi aimé voir ceux de Bahla et de Jibreen, qu’on dit superbes.
Magnifique fort de Nizwa, l’ancienne capitale du sultanat.
Au pied du fort de Nizwa, les étals. C’est un des rares endroits à Oman où la dimension touristique est plus développée, car le fort sublime attire beaucoup de monde, ce qui n’enlève rien au charme de la ville et à son authenticité.
Fort de Nakhal.
Nakhal et sa palmeraie.
Beauté des portes arabes.
Les vieux villages en pisé
Les montagnes d’Oman, le Jebel Akhdar et le Jebel Shams, regorgent de vieux villages en pisé qui semblent tout droit sortis d’un décor de film, où les falaj perpétuent un système d’irrigation ancestral et font courir de minuscules canaux au milieu des palmiers et dattiers. J’ai souvent pensé à la sublime route de Ouarzazate au Maroc. On m’avait dit que Birkat al Mouz et Misfat al Abriyyin étaient les plus beaux villages du pays. Je n’ai vu que Birkat al Mouz, et j’ai adoré me perdre dans la palmeraie, suivre les canaux au cœur du vieux village, déambuler dans les rues étroites et élevées. Depuis des siècles, les falaj irriguent les palmeraies d’Arabie, préservés avec soin et minutie par chaque génération. Ce sont des veines de vie au cœur de l’aridité et j’ai aimé suivre la fraîcheur de leur pouls.
Car Oman n’est pas que désert et roche, loin de là – le sultanat vous réserve des oasis de verdure étonnants.
Birkat al Mouz, au pied du Jebel Akhdar, une des deux grandes chaînes montagneuses d’Oman.
Dans la palmeraie de Birkat al Mouz.
Une fraîcheur étonnante émane des palmeraies, les frondaisons protègent de la fournaise.
.Sur les hauteurs du village traversé par les falaj.
A Birkat al Mouz, nous avons bifurqué vers la montagne : le Jebel Akhdar et son grand canyon du Moyen Orient. Je vous reparlerai de cette nuit magique au dessus du canyon dans le prochain article.
Les wadis, les canyons d’eau douce d’Oman plus beaux paysages d’Oman
Ils constituent peut-être le paysage le plus typique et le plus beau d’Oman : les wadis, ces canyons ouverts au cœur de la roche, où l’eau douce forme des rivières, sculpte des formes étranges, et crée des piscines où les Omanais adorent venir nager. Si vous partez en voyage à Oman, surtout, visitez les wadis, ces havres de verdure et de sérénité où la géologie se fait artiste.
Le Wadi Bani Khalid.
Les wadis omanais, c’est un étrange télescopage : vous penserez au Far West, et à la Bible. Imaginez Moïse au fond du grand canyon, et cela vous donnera une petite idée.
On pense au Far West, parce que la roche est rouge, et les canyons profonds, comme dans les « narrows » de Zion dans l’Ouest américain, et qu’on s’attend presque à voir surgir les cow-boys dans ce décor moyen-oriental.
Et on pense à la Bible, parce que ce sont des paysages éternels et idylliques, adoucis par l’eau qui coule, cousus de rivières vertes, de papyrus, de palmiers à l’ombre généreuse, et que cela rappelle toute l’iconographie de l’Ancien testament – enfants trouvés dans des roseaux, fleuves nourriciers, sentiment d’éternité immobile. Je voyais de vieux messieurs ramasser des dattes dans leur habit ancien, et je n’aurais pas été surprise qu’ils soient des prophètes ou des apôtres. J’étais à deux doigts de chanter les Dix commandements.
Cherchez un enfant sauvé des eaux.
Petit point pratique : pour explorer les wadis, il vous faudra des baskets que vous ne craignez pas de mouiller. N’y allez surtout pas pieds nus ou en tongs : il vous faudra remonter le lit de rivières caillouteuses. En baskets ne craignant pas l’eau, vous serez à l’aise. Et enfin, point sécurité essentiel : ne vous aventurez jamais dans le lit d’un wadi si le temps est incertain. Tout nuage de pluie potentiel devrait vous faire renoncer. Les noyades causées par la montée soudaine des eaux et ce qu’on appelle les « flash floods » (inondations éclair, des torrents de boue furieuse qui se déversent tout à coup dans la gorge) sont la première cause de mortalité accidentelle à Oman.
Wadi Bani Khalid
Les wadis sont innombrables, mais après une longue hésitation et la comparaison frénétique des photos trouvées sur le net, j’ai trouvé que deux d’entre eux sortaient du lot et méritaient le titre de plus beaux wadis d’Oman : le Wadi Bani Khalid et le Wadi Shab.
Le Wadi Bani Khalid s’ouvre sur un paysage presque tropical, une petite île au milieu d’un lac turquoise, avant de se rétrécir sur une gorge blanche où s’enchaînent les piscines naturelles. J’ai adoré remonter le wadi au milieu des murs de calcaire, dans une eau chaude et transparente.
Merveilleux Wadi Bani Khalid.
Le Wadi Shab est ce que j’ai trouvé de plus beau à Oman. Et je regrette d’avoir peu de photos à la hauteur de l’endroit : ayant craint de devoir passer par des passages immergés dès le début de la randonnée, je n’avais pris que mon Olympus étanche, et non mon cher Canon (au double sens sentimental et pécunier). En réalité, toute la première partie de la randonnée se fait à sec, après avoir traversé en bateau un bras d’eau pour quelques rials. Vous remontez dans une gorge rouge absolument spectaculaire jusqu’à une zone de baignade. Le paysage est d’une beauté sidérante, et cela reste mon plus beau souvenir d’Oman (parmi une collection de merveilles).
Wadi Shab, un enchantement.
..
Au bout d’une heure environ, vous arrivez à un réseau de piscines. A cet endroit-là, il vous faudra vous mouiller entièrement et nager pour continuer : en quinze minutes de nage environ, on atteint une fabuleuse grotte aquatique où les Omanais adorent jouer à Indiana Jones.
La grotte du Wadi Shab.
Les déserts d’Oman
Pointe de la péninsule arabique, ce territoire ardent et minéral, le sultanat compte trois déserts importants.
Le plus célèbre de tous est le Wahiba Sands. C’est le désert le plus apprécié des Omanais et des touristes, le plus accessible – mais ne vous y trompez pas, il est gigantesque et il est tout à fait possible de s’y perdre en cas d’imprudence. C’est un immense désert de sable doré, qui prend une teinte rose au lever et au coucher du soleil. C’est là qu’on trouve les camps et les activités touristiques.
Le désert d’Al Khaluf, souvent appelé « sugar dunes », est situé beaucoup, beaucoup plus au sud du pays, et ne sera visité que par les voyageurs partis sur un long circuit de 15 jours. J’aurais adoré pouvoir l’inclure à mon itinéraire, mais cela est impossible en une semaine. Ce sont des dunes de sable très fin et blanc, comme du sucre, au bord de l’océan indien – beaucoup disent que c’est un des plus beaux déserts du monde.
Enfin, le Rub al-Khali ou « quartier vide » est l’immense, terrifiant désert qui couvre la partie Ouest d’Oman, le sud des Emirats Arabes Unis, et une large partie de l’Arabie saoudite. C’est ce que Wilfred Thesinger appelait « Le désert des déserts », radical, inhospitalier, celui que ne traversent que les fous ou les désespérés. Je vous recommande vivement son récit de cette traversée qui a failli le tuer. Mais je vous déconseille d’y aller. Ce n’est pas un désert touristique, ni même habité. C’est le vide et la mort.
Nous avons passé une nuit dans un camp au cœur du Wahiba Sands, vu les étoiles par milliers la nuit et le soleil se lever sur les dunes dans le silence du matin. C’est le genre de moment de plénitude profonde qui vous rappelle pourquoi vous voyagez, et je vous en parlerai plus dans le prochain article.
Lever de soleil au Wahiba Sands avec ma petite soeur.
Lever de soleil au Wahiba Sands : l’or se fait rose.
Ma soeur au coeur du désert…
Sour et Ras al Jinz : le matin du monde
La région de Sour constitue l’extrême Est de la péninsule arabique, et revêt une symbolique mystique puissante depuis des siècles : c’est le premier endroit où le soleil touche le monde arabe, comme une nouvelle création chaque matin.
A Sour, l’ancien cœur maritime du sultanat, flottent encore les fantômes des aventuriers et des parfums d’ailleurs. C’est le dernier endroit où on fabrique aujourd’hui encore les dhows, ou boutres, ces bateaux typiques de la péninsule arabique, avec lesquels les marchands ramenaient les épices et les étoffes d’Inde ou de Zanzibar. Sur la longue plage de Sour, les gamins jouent au foot, et sous le pont, le chantier naval permet de voir la perpétuation de cette très vieille tradition maritime. On verra les artisans courber et clouer les planches qui forment la cale des boutres, et le ballet des bateaux achevés sur le canal qui mène à la mer. J’ai eu envie de suivre le sillage d’écume du légendaire Sinbad le marin, qui serait né quelque part sur cette côte…
SourRas al Hadd, près de Sour.Sour le soir.
A vingt kilomètres au sud de Sour, la plage de Ras al Jinz est considérée comme l’une des plus belles d’Oman. Ras al Jinz est une réserve naturelle et l’un des plus importants sites de ponte des tortues marines au monde. Là encore, c’est quelque chose dont je vous reparlerai dans mon prochain article, mais voir les tortues pondre dans la nuit à Ras al Jinz restera une des plus belles expériences de voyage de ma vie. J’y suis revenue à ce lever du soleil au goût de naissance du monde, seule face aux vagues tièdes de l’Océan Indien, et je me suis dit que j’avais beaucoup de chance.
Ras al Jinz au lever du jour.
.Matin du monde.
Ponte de tortue la nuit à Ras al Jinz.
Petit carnet pratique : organiser votre voyage à Oman
Aller à Oman
Vol direct Paris-Mascate avec Oman Air. J’avais eu mon billet à 450 euros l’AR, il est apparemment possible de descendre encore en dessous, jusqu’à 400.
Voyage à Oman : en quelle saison ? Oman en hiver Oman en été
En y allant en décembre, nous étions dans la période idéale : 20-25 degrés (beaucoup moins dans la montagne et le désert où nous avons sorti les blousons et pulls la nuit, attention !), saison sèche, beau temps. Oman est une destination d’hiver parfaite. Décembre-février sont considérés comme la meilleure période pour aller à Oman. A partir de fin mars, les températures montent, et peuvent atteindre 50 degrés au coeur de l’été. De plus, l’été est aussi la période de la mousson au sud du pays (zone tropicale), et le début de l’automne, la saison où le risque de pluie dans les wadis est le plus élevé. Bref, je vous recommande vraiment de tabler sur l’hiver !
Combien de temps pour un voyage à Oman ?
Minimum une semaine pour voir le Nord où se concentrent les principales attractions touristiques : la plupart des voyageurs feront un triangle entre Mascate, Sour et Nizwa, avec des crochets par le désert de Wahiba Sands et les wadis. Une semaine a été un tout petit peu juste pour nous, et j’aurais préféré avoir dix jours.
Si vous voulez descendre plus au sud, voir les dunes d’Al-Khaluf et la région tropicale et luxuriante de Salalah, prévoyez bien 15 jours, le pays est vaste. Je suis très tentée de revenir à Oman pour compléter mon itinéraire, et finir par un vol Mascate-Zanzibar…
Voyage autonome à Oman : louer une voiture
Si plusieurs agences proposent des voyages à Oman, il est tout à fait possible d’organiser son circuit soi-même. Oman est un pays sûr, les routes sont bien entretenues, et conduire ne pose aucun problème particulier. Je vous recommande de louer un 4×4, obligatoire dans le désert et dans la montagne où les routes sont en parfait état, mais très raides. Pour accéder au Jebel Akhdar, par exemple, des policiers contrôlaient l’accès à la route et ne laissaient passer que les 4×4.
Cela me paraissait évident mais je le précise tout de même : bien sûr, une femme peut louer une voiture seule et la conduire – aucun problème !
Organisation et budget
Le tourisme à Oman est encore modérément développé, ce qui fait que les hébergements sont relativement peu nombreux. Je vous recommande vraiment de réserver vos hôtels ou guesthouses très, très à l’avance et de ne pas improviser, Oman n’est pas un pays dont les capacités d’accueil sont suffisantes pour accueillir des invités à l’improviste. J’ai réservé mes hébergements début août pour un voyage début décembre, hors vacances scolaires, et certains hébergements étaient déjà pleins. Mais toutefois, j’ai une bonne nouvelle pour les baroudeurs : à Oman, le fait de bivouaquer partout est autorisé. Ce qui limite le budget des aventuriers !
Oman a un niveau de vie élevé, et il faut préparer un certain budget si on souhaite dormir à l’hôtel. Mais l’option bivouac rend le pays accessibles aux voyageurs au budget plus serré. Certains postes sont moins chers que ce à quoi on pourrait s’attendre. De façon générale, j’ai trouvé que les hébergements étaient chers (mais nous avions tapé dans du haut de gamme), ainsi que la location de voiture, surtout qu’un 4×4 est vraiment recommandé, mais que la nourriture et l’essence étaient très abordables. La plupart des lieux sont en accès libre, à l’exception des forts, où il vous faudra payer un droit d’entrée.
Oman : sécurité et mœurs oman danger voyage oman dangereux oman peut on y aller
Oman est-il un pays dangereux ? Non. Aucun trouble politique, civil ou religieux ne perturbe ce pays en paix, où le sultan est très apprécié et respecté. Comme beaucoup de pays du monde arabe, Oman est un état fort, avec une importante présence policière. La délinquance est quasiment inexistante.
En raison de la guerre qui a lieu au Yémen, la frontière sud d’Oman est très surveillée – vous ne risquez rien à Salalah, mais la présence militaire importante vous dissuadera d’approcher trop du Yémen (ce qui serait de toute façon stupide…). Oman dangereux ? Voyage à Oman danger ?
Comment s’habiller à Oman ? Oman est un pays conservateur, ce qui signifie que les femmes et les hommes s’habillent de façon discrète. J’insiste sur ce point : les hommes aussi. Ne vous dites pas « je suis un mec, ça va ». Pas de short et débardeur, vous seriez mal vus dans ce pays où les hommes portent de longues dishdashas (tuniques) et le kumma (petit chapeau rond brodé). A Oman, j’ai porté de longs pantalons de toile et des chemises à manche longues, de couleur claire – c’est la tenue que je recommande aux femmes comme aux hommes. Voyageuses, vous n’avez pas besoin de vous voiler les cheveux, sauf pour visiter la grande mosquée de Mascate.
Se baigner à Oman : maillot de bain ou pas ? Dans les grands hôtels internationaux, le maillot de bain est normal et ne choquera personne. En revanche, pour ce qui est des plages et surtout des wadis (canyons remplis d’eau douce : les Omanais se baignent beaucoup plus dans les wadis que dans la mer), je vous recommande une tenue plus couvrante. Des panneaux vous rappellent d’ailleurs que vous êtes dans un pays traditionnel et que les Omanais n’ont pas l’habitude de voir beaucoup de peau. Moi qui suis accro aux fringues de sport Domyos, j’avais tout simplement pris un short et un tee shirt en fibre technique (qui sèche cinq fois plus vite que le coton, pour ne pas prendre froid), et j’ai combiné randonnée + baignade dans les wadis avec cette tenue.
Quelques dernières photos…
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Un magnifique guide de voyage pour découvrir Oman
Connaissez-vous la collection Bibliothèque du Voyageur ? Ce sont des guides de voyage magnifiques, abondamment illustrés (vous le savez, je suis folle des guides dont l’iconographie est riche et soignée), qui proposent de véritables reportages sur la destination et sa culture et vous permettent de saisir l’âme du pays avant même d’avoir pu prendre l’avion. J’ai toujours admiré la qualité de ces ouvrages, et je suis ravie de pouvoir faire gagner à un lecteur ou une lectrice d’Itinera Magica un guide Bibliothèque du voyageur, « Oman & Emirats Arabes Unis », en partenariat avec les éditions Gallimard. Pour participer, rien de plus simple, il suffit de me laisser un commentaire sous cet article ! Tirage au sort dans une semaine. Edit : le tirage au sort a été effectué, le gagnant est Alexis Le petit explorateur – bravo !
Le guide à gagner cette semaine.
Dans mon prochain article, toujours consacré à Oman, je vous parlerai plus en détail de nos étapes et d’hébergements luxueux ou insolites qui valent le détour. Je vous raconterai notamment notre nuit dans le désert de Wahiba Sands, la rencontre avec les tortues à Ras al Jinz, la plus belle plage de Mascate et la nuit au-dessus du grand canyon d’Oman dans un cinq étoiles inoubliable. L’article suivant, ce seront les Dolomites à l’automne, explosion de couleurs et randos sublimes ! Abonnez-vous à la newsletter pour ne rien manquer ? Merci d’être là !
Que faites-vous quand l’hiver change les forêts en camaïeu de gris, quand Paris ressemble à la Sibérie et qu’à Marseille le mistral hurle sur le parvis ? Vous vous évadez très loin de la boue et du froid : vous prenez soit un avion, soit un livre. Après avoir choisi la première option sous le soleil de Martinique, je découvre désormais les délices de la vie casanière : je laisse mes chats me recouvrir d’une immense fourrure vivante, et je bouquine au milieu des ronrons.
Voici donc une petite sélection des livres qui m’ont fait voyager ces derniers temps, de la Provence au bout du monde, agrémentés de quelques chats. Et parce qu’aucun manuscrit ne sortirait jamais de son tiroir sans le talent et la persévérance des éditeurs, cet article se veut aussi une collection de maisons d’édition de voyage stimulantes et exigeantes, qui méritent qu’on s’y intéresse.
Séance évasion & ronrons.
L’âme des peuples : des livres de voyage qui rendent intelligent
Collection L’âme des peuples, aux éditions Nevicata. De très nombreux titres disponibles : villes, pays, régions…
C’est sans aucun doute une des collections de voyage les plus originales et intéressantes du moment. Ce sont de petits livres, ils se glissent dans une sacoche, ils coûtent moins de dix euros, et se lisent vite – et pourtant, quelle richesse ! Pour chaque destination représentée dans la série, L’âme des peuples ne propose ni un guide de voyage, ni un récit d’exploration classique. Il s’agit plutôt de saisir ce qui fait la singularité de chaque territoire, et de comprendre les gens qui l’habitent. Le livre s’ouvre toujours sur un petit essai très personnel, par quelqu’un qui connaît bien le pays, et qui mêle réflexions personnelles, histoire, culture et politique pour en dresser un portrait nuancé et riche. Puis suivent trois entretiens qui enrichissent et précisent certains aspects – spécialistes, artistes ou grandes figures locales évoquent et analysent ce territoire.
Une petite partie de la collection L’âme des peuples. Source : site de Nevicata.
J’ai déjà lu une dizaine de livres de la collection, et je les ai tous aimés, mais s’il fallait n’en citer qu’un seul, sachez que j’ai dévoré Japon : L’empire de l’harmonie, de Corinne Atlan. Ce n’était a priori pas la destination qui m’attirait le plus, mais la puissance évocatrice de l’auteure, entre visions poétiques et observations très fines et justes sur l’ethos japonais, m’a donné follement envie de me perdre dans un Japon secret et millénaire, au cœur des montagnes bleues.
Japon, l’empire de l’harmonie : un texte superbe.
La collection est déjà vaste, et ne cesse de s’agrandir – vous trouverez forcément votre bonheur. Je vous reparlerai bientôt de L’âme des peuples, affaire à suivre !
Restons encore un peu au Japon, dans la chaleur des onsen et à l’ombre du Mont Fuji, pour vous parler de ce livre qui est une merveille visuelle. C’est un des plus beaux livres qui me soient tombés entre les mains, et je pèse mes mots : cet ouvrage est une pure splendeur. Pour ce qui est du texte, il s’agit du carnet de voyage d’un explorateur à l’aube du XXe siècle, Eugène Gallois, qui découvre en 1905 un Japon en pleine métamorphose. Le récit est intéressant, mais en toute sincérité, c’est le genre de livre où on peut avouer sans honte qu’on a préféré regarder les images. L’artiste Gwenaëlle Trolez s’est emparée de ce carnet et l’a illustré par un mélange d’estampes, de collages, d’aquarelles, et de photographies du Japon datant des années 1880 qu’elle transforme légèrement pour les rendre plus oniriques encore. Entre ce livre et celui de Corinne Atlan, je crois que je suis condamnée à faire un tour par le Japon un de ces jours. J’ai vu sur leur site que Magellan & Cie avaient publié d’autres carnets de voyage illustrés dans ce genre, et que leur catalogue était passionnant, je vais continuer mon exploration…
En juin, je réalise un vieux fantasme de caravansérails et de cités turquoise : j’irai pour la première fois en Asie centrale suivre la route de la soie, en Ouzbékistan. Toute émoustillée par l’attente de ce voyage, je suis tombée sur un livre qui a un succès fou en ce moment, et qui tombait merveilleusement bien : Les routes de la soie : L’histoire du coeur du monde. Cet essai m’a fascinée – beaucoup le décrivent comme le livre d’histoire le plus important de ces dix dernières années. Raconter l’histoire du monde en la centrant non pas sur l’Europe occidentale, selon le déroulé que nous connaissons tous, mais en se focalisant sur cette région qui court de la Méditerranée orientale à l’Himalaya, qui englobe la Perse, la Russie, l’Arabie et la Chine, et que l’auteur nomme « le cœur du monde », voilà l’ambitieux projet de Peter Frankopan. Des conquêtes d’Alexandre le Grand aux guerres contemporaines qui ensanglantent l’Irak et l’Afghanistan, ce professeur d’histoire byzantine à l’université d’Oxford décale le planisphère, replace l’Asie centrale au centre du monde, et propose un nouveau récit qui impressionne par sa cohérence, sa précision et les clefs qu’il livre pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire de cette région en particulier, mais bien d’une histoire globale, avec de nouveaux acteurs placés sur le devant de la scène. Si vous êtes féru d’histoire et d’idées, jetez-vous dessus. Après L’âme des peuples, voici encore une perle de Nevicata, une fabuleuse maison d’édition belge qui s’illustre par sa cohérence et sa qualité.
Je reste encore dans mes rêveries ouzbèkes, et vous propose ce magnifique carnet de voyage illustré. Deux baroudeurs amoureux de ce joyau d’Asie centrale vous emmènent vous perdre parmi les minarets turquoises de Samarcande, Khiva et Boukhara, humer les champs de roses et de coton de la vallée de Ferghana, ou suivre le sillage des nomades dans les montagnes arides. La collection Un regard sur le monde propose des documentaires intelligents et richement illustrés – moi qui suis toujours frustrée par le manque de photos dans les guides de voyage classiques, je me suis régalée avec cette richesse iconographique. Ce sont de vrais documentaires sous forme livresque, centrés sur l’image, et donnent follement envie de prendre un billet d’avion sur le champ. Cela m’a permis de découvrir les éditions Géorama, petite maison indépendante en Bretagne, mue par l’amour des lointains et du grand large.
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Des pirates, des villes mal-aimées et le livre le plus drôle de l’année
Après avoir visité le Musée des trésors enfouis à Key West et le Musée des pirates aux Bahamas, j’ai commencé à me prendre de passion pour les histoires de trésors cachés, de cartes à mystères, et de forbans hissant le drapeau noir. (Bon, et j’avais fait 5 fois d’affilée Pirates des Caraïbes à Disneyland, aussi.) C’est alors que j’ai découvert les merveilleuses Editions du trésor , maison singulière et soignée que je recommande chaudement à tous les passionnés d’aventure et de beaux livres. Leur première spécialité, ce sont, vous l’aurez compris, les trésors. Navires perdus, galions naufragés, joyaux enterrés, légendes maudites, secrets millénaires, c’est leur rayon, et leurs livres sont de très beaux objets, attirants comme des cartes au trésor. J’ai eu le plaisir de rencontrer le fondateur des Editions du Trésor, Julien Alvarez, qui s’est lancé dans cette aventure éditoriale avec passion et exigence, et défend avec talent des livres qui savent se démarquer. Pour mon plus grand bonheur, il m’a offert trois livres, dont je vous parle avec joie.
Femmes pirates, les écumeuses des mers, de Marie-Eve Sténuit, était celui dont je rêvais : à Nassau, j’avais découvert l’histoire hallucinante de Mary Read et Anne Bonny, deux femmes pirates qui parviennent à échapper à la potence en révélant pour ultime viatique leur grossesse. Marie-Eve Sténuit raconte dans ce récit historique qui se lit comme un roman les destinées étranges de ces deux femmes, Anne la tigresse sanguinaire, Mary la pirate romantique qui se sacrifiera pour ne pas livrer son amant, mais aussi celles de nombreuses autres pirates dont j’ignorais tout : Jeanne de Belleville, la plus flamboyante de toutes les pirates, dont la vie a fasciné les poètes, Ching Yih Saou, amirale et maîtresse femme, ou encore Laï Cho San, qui a écumé Macao. Ce sont les histoires merveilleusement romanesques de femmes qui ont défié leur condition en se jetant à corps perdu dans le crime, sachant qu’elles n’avaient rien à perdre, excepté la vie.
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Mon plus grand coup de coeur, ce fut un livre original et inattendu : le Tour de France des villes incomprises, de Vincent Noyon. Ce livre m’a fait hurler de rire et je vous le recommande chaudement : partez explorer Mulhouse, Vesoul, Cholet, Vierzon, Cergy, Maubeuge, et bien d’autres villes où vous n’aviez jamais rêvé de mettre les pieds, mais qui se révèlent attachantes sous cette plume qui sait doser avec justesse l’ironie mordante et la bienveillance sincère. Vous y trouverez des phrases du genre « S’il est une ville dont tout le monde se fiche, c’est bien Guéret », « On soigne ici son asthme, sa bronchite, sa sinusite, son otite, son eczéma, son psoriasis et, depuis peu, les séquelles post-cancer. Si vous avez tout cela à la fois, inutile de dire que La Bourboule est faite pour vous. » ou encore « Berry, fais moi peur ». Vous vous marrerez comme un bossu, mais vous en ressortirez plus intelligent et riche d’une réflexion passionnante sur le tourisme qui refuse tout pittoresque et tout spectaculaire. Et si vous déprimez un peu en plein mois de février, ce livre aura une double vertu thérapeutique : vous faire rire, et vous révéler le charme caché du morne et du moche (comme votre vie en hiver, quoi). Lisez-le, vous me remercierez.
Rire & évasion.
Encore une dose de rire ? Voici le troisième : Comment voyager seule quand on est petite, blonde et aventureuse, de Katia Astafieff. L’auteure a immédiatement gagné ma sympathie, car elle m’a fait penser à mes copines blogueuses qui voyagent en solo avec brio, auto-dérision et panache, comme Lucie de Voyages et vagabondages, Nastasya de Valiz Storiz, Stéphanie de Voyage Road Trip ou encore Laura Gondin du blog éponyme. Comme elles, Katia Astafieff n’a peur de rien et enchaîne les aventures rocambolesques, mange des frites dans le Transsibérien, fait des boums en Mongolie et de la mobylette à Ouagadougou, ou rencontre des polygames à San Francisco. Ce sont des chapitres très courts, drôles et enlevés, truffés d’anecdotes et de détails cocasses. J’avoue être parfois restée sur ma faim : j »avais envie de dire à Katia comme à une copine « sympa tes anecdotes, mais maintenant dis-m’en plus ! ». Mais c’est un livre plein d’humour et facile à lire que je vais offrir souvent à mes copines voyageuses, pour égayer les longs trajets en cargo, bus ou tuk-tuk.
C’est un livre étrange, rempli de vieilles malédictions, de légendes et d’une érudition si évocatrice qu’elle en devient presque hallucinatoire. Le Guide de la Provence mystérieuse est l’œuvre du « clochard céleste » Jean-Paul Clébert, un mystique fiévreux qui s’était établi dans le Lubéron après avoir dormi plusieurs années dans les rues de Paris. Clébert s’est pris de passion pour la Provence secrète, et s’est mis à explorer ses mythes, ses dieux oubliés, ses recoins d’ombre et de sang. Rempli d’illustrations ésotériques, de signes cabalistiques et de photos de lieux oubliés, ce guide noir prouve ce que j’ai toujours su : que la Provence n’est pas qu’une carte postale un peu kitsch, mais bien une terre hantée à l’âme profonde. On se plonge dans ce livre comme dans un vieux grimoire, avec jubilation. Cela m’a donné envie de continuer à découvrir les envoûtants Guides noirs de Tchou, véritables bréviaires d’initiation à la sorcellerie vagabonde.
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Une exploration du Pacifique début XIXe, sublimement illustrée
J’ai ressenti une espèce de surexcitation quand ma mère (qui a très bon goût) m’a rapporté ce livre magnifique. Le début du XIXe siècle est l’ère des grands voyages de découverte dans le Pacifique, et on voit partir de grandes explorations rassemblant naturalistes, artistes, scientifiques et mécènes extravagants qui s’aventurent dans des contrées alors méconnues et encore non broyées par le colonialisme européen. Ce Voyage dans le Pacifique est issu d’une très célèbre expédition, celle du Rurick, qui passa notamment par le Kamtchatka, l’Alaska, Hawaï et le Chili. Je savais le botaniste et romantique allemand Adalbert von Chamisso à bord, j’ignorais qu’il était accompagné du peintre Louis Choris. Les illustrations de Choris m’ont profondément émue : elles ressuscitent un monde oublié, non seulement les paysages et les villes de ces bouts du monde, mais aussi les visages des Inuits, des Hawaïens… Ce livre est rare : je connais peu d’autres exemples de telles expéditions illustrées sur le vif avec une telle finesse et une telle richesse du détail.
Le chapitre sur Hawaï (qu’on appelait alors les Îles Sandwich) m’a particulièrement intéressée, car Choris raconte et dessine ses rencontres avec deux personnages majeurs de l’histoire hawaïenne, le roi Kamehameha et le prince Liholiho. Vous le savez peut-être : je nourris une véritable obsession pour la Polynésie en général et Hawaï en particulier, et suis très sensible au combat des derniers Hawaïens pour sauver leur culture et leur héritage. Le Rurick a abordé les côtes hawaïennes à l’heure d’un basculement de l’histoire hawaïenne, et Choris a su, sans le savoir, le saisir avec beaucoup de sensibilité.
Peut-être avez-vous entendu parler de l’exposition qui vient de s’achever à La Vieille Charité à Marseille : Jack London dans les mers du Sud, l’odysée du Snark. De 1907 à 1908, l’immense auteur de la wilderness fait constrire et équiper son propre navire afin d’explorer le Pacifique. C’est un équipage d’amateurs et d’incompétents, qui se perd, prend l’eau, et ne doit sa survie qu’à la miraculeuse clémence d’un Océan Pacifique d’humeur magnanime. Mais malgré les catastrophes et les avaries, London et son épouse font un beau voyage. Partant de Californie, ils découvriront Hawaï, les Marquises, les Samoa, les Fiji… avant de devoir interrompre leur voyage aux îles Salomon, que London décrit comme l’enfer sur Terre, et où il est tombé gravement malade. Je dois l’avouer : l’expo à La vieille charité m’avait laissée sur ma faim, malgré la belle ambiance maritime des salles d’exposition et la qualité des objets exposés. Mais je ne comprenais pas qu’il soit possible de réaliser une exposition sur un écrivain en accordant si peu de place au texte, et notamment à ses textes. Le livre associé à l’exposition répare cette lacune, et lui donne davantage la parole. On comprend que London arrive dans une Polynésie à l’agonie, brutalisée par le colonialisme, l’exploitation et la maladie. A Hawaï, un coup d’état inique a destitué la dernière reine, Liliʻuokalani, pour mettre le pouvoir dans les mains des planteurs d’ananas et permettre l’annexion de l’ancien royaume par les Etats-Unis. Un siècle s’est écoulé depuis l’expédition du Rurick, et lire ces deux livres en parallèle révèle avec une lancinante clarté l’effondrement d’un monde en l’espace de quelques décennies.
Un passage m’a notamment marquée. Si London débarque à Nuku Hiva, aux îles Marquises, c’est parce qu’il suit une filiation littéraire : il a lu les récits d’Herman Melville et de Robert-Louis Stevenson, qui ont vécu plusieurs semaines parmi un peuple de guerriers valeureux (et occasionnellement cannibales), dans une immense vallée remplie de clameurs et de lances brandies. L’île des ex-cannibales est aussi un pilier de la culture polynésienne ancestrale, et London a été fasciné par les récits de ses prédecesseurs. Mais quand il arrive à Nuku Hiva, il ne reconnaît plus rien : tous les guerriers sont morts, décimés par la lèpre et les autres maladies européennes, et il ne reste plus qu’une dizaine de silhouettes faméliques dans la vallée fantôme.
Après son voyage, London écrira sur Hawaï, sur la Polynésie française et les Samoa des contes fascinants, riches en histoires extraordinaires, lourds de tensions politiques et habités par la mélancolie des mondes qui se meurent. Si vous ne les connaissez pas encore, je vous recommande mille fois ses deux recueils de nouvelles insulaires aux éditions Phébus. Vous avez aimé l’Appel de la forêt ? Vous adorerez les Contes des mers du Sud et les Histoires des îles. Ces deux recueils sont à mes yeux un des plus hauts sommets de la littérature de voyage, et un plaisir de lecture inouï – je crois que je les connais à peu près par coeur. Si vous devez offrir un livre à un voyageur, pensez-y.
Depuis que j’ai fait la connaissance des vikings en Islande, je suis fascinée par cette société bien plus sophistiquée et subtile que les représentations de drakkars trempés de sang le laissent à penser. Les vikings ont eu un parlement, une démocratie et les droits des femmes avant tout le monde, et surtout, ils ont produit une littérature d’une exhaustivité rare, les fameuses sagas, qui nous permettent de tout savoir sur leurs vies, de la conquête de l’Islande à la vie de cour, en passant par les disputes entre paysans et les rencontres avec des trolls. Le volume de ces chroniques est absolument considérable – on pourrait passer sa vie à lire les sagas sans les connaître toutes. Spécialiste de littérature scandinave, auteur d’un dictionnaire runique, Alain Marez débroussaille pour nous la jungle de la littérature islandaise médiévale, et nous propose cette collection de petites sagas au spectre large : histoires du quotidien, récits de voyages et de navigations, aventures surnaturelles et mystiques, tensions entre derniers païens et chrétiens, vengeances et rapports compliqués entre le chef et ses vassaux. Bien sûr, la littérature islandaise du XIIIe et XIVe siècle ne se lit pas comme le dernier Marc Lévy, et il vous faudra un peu de passion scandinave pour savourer cet ouvrage précieux, mais érudit – Alain Marez fait tout pour nous faciliter la tâche.
Source de l’image : Les belles lettres.
Deux thrillers pour se faire peur en Ecosse
Quand je suis coincée dans un avion pendant plusieurs heures, mon plus grand plaisir est de dévorer un thriller flirtant avec le fantastique, rempli de morts mal vengés, de fantômes et de secrets de famille. Et le bonheur ultime, c’est quand l’action se déroule en Ecosse. Je crois qu’on a inventé ce pays pour y installer des histoires de revenants. Brumes perfides, îles isolées, cimetières béants, légendes sinistres, l’Ecosse a tout. Je vous recommande deux excellents thrillers situés sur des îles du Nord, Skye pour l’un, Lewis pour l’autre.
Le Doute, de S.K. Tremayne, portait en VO un titre beaucoup plus beau et évocateur, The Ice Twins – les jumelles de glace. Deux jumelles absolument identiques. L’une d’elle meurt dans un accident tragique. Un an plus tard, la survivante prétend soudain que ses parents n’ont pas compris : elle est celle qu’ils croyaient morte, et c’est l’autre qui a péri. Des phénomènes étranges surgissent, et dans ce contexte franchement rassurant, la famille brisée va s’instaler sur un îlot perdu au large de Skye, où on prétend que les morts se tiennent au plus près des vivants… La fin m’a déçue, mais l’ambiance m’a envoûtée, et S.K. Tremayne écrit fabuleusement bien. Quand elle n’est pas romancière, elle est journaliste de voyage, et je l’ai deviné à sa façon puissamment évocatrice de dire les lieux et les atmosphères.
Je sais, cela fait six ans que tout le monde parle de L’île des chasseurs d’oiseaux, de Peter May, mais que voulez-vous, moi je l’ai lu la semaine dernière. Et c’est vraiment un excellent thriller, une histoire de meurtre étrange et de secret enfoui, avec pour toile de fond une coutume ancestrale et violente des Hébrides, la chasse au guga. Une fois par an, des hommes partent quinze jours risquer leur vie sur un rocher perdu au beau milieu de la mer du Nord, escalader les falaises et vivre en autarcie totale, pour prendre dans leurs nids vertigineux les oisillons des morus, un oiseau marin qui ressemble à la sterne. Je ne veux pas trop vous en dire, mais l’histoire vous captivera jusqu’au dénouement. J’ai juste un regret : la systématisation et banalisation de l’accident atroce. Dans ce bouquin, tout le monde finit mort / estropié / violé / a subi un truc terrible, et si les premières morts tragiques vous secouent, la quarante-septième vous arrache un cri de protestation « oh les Ecossais, on se calme maintenant, ça va bien ! ».
Un magazine entre luxe et aventure
Je suis boulimique de magazines de voyage, et quand j’en trouve un qui me ressemble, c’est le summum du bonheur. Je vous ai récemment parlé de mon style de voyage, que je qualifie d’aventurière bourgeoise, entre recherche de l’inouï et du sublime, et plaisir de se réfugier dans de beaux hôtels qui créent une bulle enchantée. Le magazine Ici & Ailleurs me correspond à merveille, avec ses grands reportages faisant la part belle à la culture et aux paysages, et ses adresses chic et exigeantes, ses collections d’hôtels à la fois originaux et luxueux. C’est un magazine qui invite à un dépaysement élégant, et qui a su trouver le bon équilibre. Je continuerai à le lire avec joie.
Ce fruit que j’ai jugé bon d’inclure dans le décor est une coco-fesses, emblème des Seychelles. (Ce numéro d’Ici et d’ailleurs inclut un très bel hôtel aux Seychelles, d’où l’inspiration subtile et discrète.)
Des ruines mythiques et un guide de la Sérénissime
Je finis ce long article par deux jolies découvertes que je dois à des amies blogueuses. Mitchka, du blog Fish and Child, a récemment organisé un concours que j’ai eu la bonne idée de gagner, ce qui m’a permis de recevoir une perle, 60 histoires de sites où le temps s’est arrêté : Lieux désertés autour du monde, de Richard Happer. Palais abandonnés, friches industrielles et nucléaires, parcs d’attractions délaissés, ruines incongrues… c’est un voyage insolite et poétique qui m’a donné beaucoup d’idées et d’envies. Une très belle réussite des éditions Ouest France.
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Enfin, j’ai eu le plaisir de recevoir (les concours me réussissent !) un guide week-end Hachette, Un Grand Week-End à Venise 2018., dont l’auteur n’est autre que la talentueuse L’occhio di Lucie, qui a mis au service de ce guide la passion avec laquelle elle raconte Venise sur son blog d’expatriée amoureuse de l’Italie. Lucie vit dans la cité des Doges, et sait en parler avec beaucoup d’authencitié – par ailleurs, j’ai adoré l’iconographie très riche de ce guide, moi qui suis fâchée avec les guides sans images, et la présentation pratique et intuitive. Cela m’a permis de découvrir la collection, parfaitement pratique et adaptée à une escapade sur quelques jours ou plus si affinités.
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Et vous ? Que lisez-vous en ce moment ? Quel genre de livre de voyage vous séduit le plus ?
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