L’Alsace en automne, c’est une éruption de couleurs dans le vignoble, la beauté des vignes répondant à celles des villages qui comptent sans aucun doute parmi les plus pittoresques de France. C’est ma saison préférée pour découvrir cette région belle comme un conte de fées. Partons pour un petit road trip alsacien, dans la vallée de Kaysersberg, à Riquewihr, au sommet des tours du Haut-Koenigsbourg, à Colmar et à Strasbourg.automne
Après vous avoir raconté mon séjour merveilleux à la Source des Sens, un des plus beaux hôtels-spas de France au nord de Strasbourg, voici le reste de l’aventure au pays des cigognes, des bretzels, du Gewurztraminer et des bredele.

Le charme inimitable de l’Alsace en automne
L’Alsace a toujours fait partie de mes régions préférées. Pour qui a étudié comme moi l’allemand, l’Alsace est une sorte de royaume magique suspendu entre les deux pays, une petite enclave de charme germanique lové au creux de notre hexagone. Le Rhin mythique, le fleuve chanté par Brentano, Heine et Apollinaire, est aujourd’hui le trait d’union, le fleuve fraternel, abreuvant le cœur de l’Europe. J’ai toujours senti le cœur du vieux continent battre très fort à Strasbourg, et je suis heureuse que le parlement européen y soit situé. A Strasbourg, je me retiens systématiquement de chanter l’Hymne à la joie à tue-tête.

J’ai beaucoup arpenté l’Alsace à l’époque où j’étais étudiante en allemand, pour des colloques ou des recherches en bibliothèque. Quand je vivais en Allemagne, elle était l’étape bienvenue sur le chemin menant de la Provence à la Bavière, me permettant de la découvrir petit bout par petit bout. Cette région a un charme fou, avec ses maisons colorées et fleuries, ses colombages, son air perpétuel de pays de poupées.
On parle souvent d’elle à la période de l’Avent, avec ses marchés spectaculaires, « Strasbourg capitale de Noël » et tous les villages couverts de féerie multicolore. Mais moi, cela faisait longtemps que je rêvais de découvrir l’Alsace en automne, dans le feu des vignes et la douceur de l’arrière-saison. Et j’avais raison d’en avoir envie. Ce petit road-trip à deux à travers l’Alsace multicolore, entre villes, vignes et villages, restera un de mes plus jolis souvenirs de la saison rousse.

Le vignoble d’Alsace en automne : Kaysersberg, Riquewihr, le Haut-Koenigsbourg…
« La vie est courte, mange le dessert en premier », dit un dicton bien aspiré. On commence donc directement par mon coup de cœur absolu. Le vignoble alsacien, au nord de Colmar, est un des plus jolis endroits du monde. S’il y a bien un endroit où Hansel et Gretel auraient pu se réfugier, c’est ici. C’est le pays du pain d’épice, des villages plus charmants les uns que les autres, du charme intemporel d’un livre d’image resté ouvert quelque part en 1800.
Il faudrait avoir le temps de voir tous les villages. Eguisheim, Ribeauvillé, Hunawihr… mériteraient bien une halte eux aussi, il faudrait consacrer trois ou quatre jours entiers à la découverte de ce coin. Mais le temps presse, alors je vais vers mes préférés, je commence par Kaysersberg. La rivière traverse le village, les ruelles serpentent chatoyantes, les vignes surplombent les toits. J’ai un délicieux sentiment d’irréalité.







Mais mon préféré de tous, c’est Riquewihr. Entouré de vignes comme une perle dans un incendie, avec des monuments datant du XIVe siècle, c’est un bijou. D’une porte médiévale à l’autre, le village fortifié rivalise de couleurs. Le magasin Féerie de Noël rappelle qu’en Alsace, Noël ne s’arrête jamais vraiment de clignoter. On mange une tarte flambée, la première du séjour, pas la dernière, dans une taverne quelconque, l’Alsace est belle et joyeuse.








En quittant Riquewihr, une silhouette d’estampe se dessine à l’horizon, majestueuse. C’est là que nous allons. Le château nous aimante. Quel château ? Le mythique Haut-Koenigsbourg.

Au sommet du Haut-Koenigsbourg en automne
J’ai toujours été amoureuse de ce château qui trône au-dessus du vignoble dans la région de Sélestat, au sud de Strasbourg. Château fort médiéval, restauré avec soin et virtuosité sous la houlette de l’empereur allemand Guillaume II au début du XXe siècle, il est devenu une grandiose folie évoquant un Moyen-Âge sublimé. On le voit à des dizaines de kilomètres à la ronde. Sa silhouette imposante qui se découpe au sommet de la plus haute colline est l’un des symboles de l’Alsace, un incontournable fascinant. Et la vue du sommet de ses tours est une des plus belles que je connaisse. Tout le vignoble se déroule à nos pieds, à perte de vue, piqueté de villages comme autant de mirages de pierre et de bois peint. On a déplié la frise du temps sous nos yeux. Ce n’est plus 2018, c’est 1780. Goethe est vivant, il chevauche à travers les vignes pour retrouver sa bien-aimée et lui écrire des poèmes remplis de fougue, je vois son fantôme monter sous forme de brume des Vosges à l’horizon. Je jette par la fenêtre des rêveries et des songes. Que c’est beau.






Mais après avoir tant admiré le vignoble, n’est-il pas temps de déboucher une bouteille ?
Délices : du bon vin d’Alsace et un resto alsacien traditionnel
Dégustation mystère au domaine Paul Spannagel
Le domaine Paul Spannagel, c’est à Katzenthal, alias « la vallée des chats » en français. C’est ça d’avoir fait allemand à la fac : les célèbres noms des villages alsaciens ne ressemblent pas juste un jeu de Scrabble mélangé par un savant bourré, ils ont un sens. Et je sais les prononcer, ce qui me donne un avantage certain sur le reste du monde (enfin, en Alsace uniquement). Katzenthal, donc. Je n’ai pas vu de chats, mais il y a du vin, du très bon vin. Le domaine Paul Spannagel, c’est un vignoble familial indépendant. Pendant la dernière guerre, les gens se sont abrités ici des bombardements nazis, et la visite en retrace le souvenir. On entend la voix du patriarche, Paul Spannagel, raconter les années de guerre. Puis sa petite-fille prend le relais et nous conduit entre les fûts, dans de belles caves typiques. Cette visite fait appel aux cinq sens, dans une déambulation surprise bien menée qui permet de comprendre tout le processus de fabrication du vin et la spécificité des vins alsaciens. Le clou, c’est la dégustation des arômes à l’aveugle dans des verres noirs, afin de deviner de quoi il s’agit et d’affiner les sens avant de passer au vin. La visite du domaine est labellisée « Vignobles et découvertes », et un vrai effort de mise en scène a été fait – je passe un excellent moment.
Pour qui aime les blancs, le vin d’Alsace est un must, et les vins d’Alsace ont toujours été mes préférés. J’aime bien le Riesling, j’adore le Gewurztraminer, sucré et liquoreux, qui est d’ordinaire mon préféré, mais au domaine Spannagel, c’est finalement un pinot noir succulent qui retient mon attention. J’en achète une bouteille pour une occasion spéciale. La visite est ludique, bien faite, et les vins excellents.




Passons maintenant à table… un repas typiquement alsacien pour accompagner tout cela ?
Au Bois le Sire, à Orbey : restaurant traditionnel alsacien et hôtel Logis chaleureux
Un repas typiquement alsacien, avec des produits locaux et un savoir-faire traditionnel ? Ne cherchez plus, le restaurant Au Bois le Sire à Orbey, à deux pas de Kaysersberg, offre une expérience typiquement alsacienne avec un excellent rapport qualité-prix. Partout en France, et dans les régions touristiques en particulier, j’aime me fier au label Maître Restaurateur, très fiable car émanant des autorités préfectorales elles-mêmes, qui pratiquent des inspections régulières : ce sigle garantit que la grande majorité de la carte est fait-maison, le recours aux circuits courts, aux produits régionaux, et une cuisine soignée tournée vers la préservation des recettes traditionnelles. J’ai beaucoup aimé notre dîner au restaurant Au Bois le Sire, dans un cadre tradi comme j’aime, avec fauteuils de bois, ambiance tamisée, petites nappes et roses – un charme rétro typiquement français. La présence des fleurs sur les tables, la pénombre et les bougies, tout créait une atmosphère douillette (en allemand, on aurait dit gemütlich) et romantique. J’ai adoré les poissons de la rivière, mon compagnon a choisi la traditionnelle choucroute, tout était frais et bon, de l’entrée très rafraichissante au dessert.
Le petit déjeuner buffet est lui aussi fourni, frais et très bon, j’ai beaucoup apprécié ces deux moments dans ce joli resto.





La maison est familiale : plusieurs générations ont œuvré à tisser cette ambiance feutrée et authentique, et autour de la réception, une petite exposition photo retrace l’histoire de la maison et de la famille. L’accueil est chaleureux et authentiquement alsacien, on sent l’établissement ancré dans un terroir, une histoire, et tenu par des passionnés qui ont le sens de l’hospitalité. L’établissement appartient au réseau Logis, dont je vous ai déjà parlé dans mon article sur la Source des Sens, et je trouve qu’il correspond bien à l’esprit du réseau : des hôteliers indépendants, un accueil souriant, l’ancrage très fort dans un territoire.
La partie hôtel se divise en deux parties : des chambres dans le bâtiment principal, et des chambres de type motel sous forme de petits pavillons autour. J’aurais adoré retrouver l’ambiance boisée et rétro de la salle de restaurant dans les chambres, à la déco plus impersonnelle, mais elles sont confortables et pratiques. Ce que j’ai vraiment aimé, c’est la partie piscine et bien-être, d’excellente qualité, pour agrémenter votre séjour en Alsace d’une détente aquatique… L’espace comporte une grande piscine chauffée toute l’année (et vraiment chaude, on peut s’y baigner sans crainte !), un sauna, un hammam, et un vrai espace fitness avec de nombreux équipements. Il est également possible de réserver des soins. C’est à mes yeux un vrai atout. Avec les prestations proposées, je note que le rapport qualité-prix est très bon : vous pouvez séjourner à l’hôtel Bois le Sire à partir de 80 euros/nuit à deux, au cœur de l’Alsace et avec piscine.


Retrouvez les tarifs et prestations sur le site de Bois le Sire
Strasbourg et Colmar : les deux perles d’Alsace
Promenade traditionnelle à Strasbourg
C’est la capitale de l’Est, la ville-pont aux deux rives, trait d’union entre Allemagne et France, siège des institutions européennes, et c’est une ville magnifique. Strasbourg est traditionnelle et cosmopolite à la fois, très verte, et baignée d’eau par ses nombreux canaux.
On connaît tous la beauté rare de l’imposante cathédrale de Strasbourg. La célèbre horloge astronomique était en travaux au moment de notre venue, mais en compensation, nous avons pu monter les 332 marches menant à la plateforme de la cathédrale. La vue sur le cœur de Strasbourg est magnifique, j’ai beaucoup aimé ce point de vue surplombant.





Le quartier ultra typique et incontournable, c’est bien sûr la Petite France, où les maisons à colombages se mirent dans les canaux. Je vous recommande de l’arpenter non seulement à pied, mais aussi en bateau avec Batorama, qui vous fera non seulement passer par les écluses de la Petite France, mais aussi découvrir depuis les canaux le quartier du parlement européen, le magnifique Barrage Vauban, de nombreuses églises, et mon petit coup de cœur insolite, le lycée des Pontonniers, qui ressemble vraiment à un Poudlard sur Rhin. La visite de Strasbourg en bateau fait partie des rituels, et j’ai été ravie de la refaire, d’autant que les angles sont excellents pour les photos – à condition de veiller à être dans un bateau ouvert.








Retour dans la Petite France pour déjeuner avec le plaisir de découvrir une institution strasbourgeoise : la Maison des Tanneurs, le plus ancien restaurant de la ville, fondé en 1572. Le cadre exceptionnel vaut à lui seul le détour. Entrer dans cette magnifique maison ancienne, tout en colombages et géraniums, et monter dans cette grande salle entièrement cousue de boiseries lustrées, baignée de lumière, donne l’impression de remonter le temps… Nous étions assis en bord de salle, contre les fenêtres, avec vue sur les canaux et les bateaux derrière une rangée de fleurs, et j’étais aux anges, moi qui suis férue de ce genre d’ambiances romantiques et sépia à la Werther. L’accueil est soigné et chaleureux, avec un service attentif fidèle à l’esprit des lieux qui vous donne l’impression de vivre un moment privilégié, au cœur de la vieille ville de Strasbourg. Goûtez la spécialité de la maison, la choucroute de poisson !




J’aurais aimé continuer cette journée strasbourgeoise par la visite des pains d’épice Mireille Oster, fière représentante de cette belle tradition culinaire typique de l’Est de la France, et prendre un thé Au fond du jardin, le salon de thé le plus cosy et original de la ville. Hélas pour nous, tant mieux pour Strasbourg, l’affluence était vraiment forte en ce samedi de la Toussaint, et les lieux étaient pris d’assaut – j’ai donc choisi de renoncer et nous nous sommes promenés dans les rues de Strasbourg, savourant toutes les nuances de sa beauté sans but précis, sous un temps merveilleux.



Le charme fou de Colmar
Je vais vous faire une confession : j’aime passionnément Strasbourg, la grande ville, palpitante, riche, pleine de divertissements. Mais la plus jolie ville d’Alsace ? Pour moi c’est Colmar, ville de poupées au cœur du vignoble que j’aime tant, esthétiquement parfaite, petite et ravissante.



C’est un tel bonheur de flâner dans Colmar, de retrouver les vues de carte postales célèbres, comme la Maison des têtes ou le Quai des Poissonniers, avec ses vues sublimes sur les canaux colorés. Car oui, Colmar est elle aussi une ville de canaux, si nombreux et si charmants qu’on surnomme souvent… vous l’avez deviné… la petite Venise d’Alsace. Pardon, je l’ai dit. Vous aussi, ça vous agace un peu, cette multiplication des « Venise du… » à tout bout de champ ? Regardez-donc la publication Instagram ci-dessous pour me faire pardonner.
Vous remarquerez toutefois que ce parallèle avec Venise a du bon : il a permis à Colmar de développer la visite des canaux en gondole ! J’ai découvert ça sur place, et me suis promis de tester un de ces jours. Je reviendrai aussi à Colmar visiter le musée Unterlinden, fabuleux musée d’art comportant notamment de merveilleux Cranach. J’ai aussi un excellent souvenir de la ville à la période des marchés de Noël, où le côté « maison d’Hansel et Gretel » de la ville s’accentue encore. Je vous conseille vraiment de ne pas faire l’impasse sur Colmar lors de votre découverte alsacienne, la ville mérite tellement le détour.



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Je sais que j’ai encore beaucoup de choses à voir en Alsace, par exemple le mystique Mont Saint Odile, les chamois du Hohneck au cœur des Vosges, les ravissants villages d’Hunawihr ou Eguisheim, le musée Lalique, les potiers dans les villages autour d’Haguenau, ou encore Sélestat, que j’ai découvert sur le blog Mon week-end en Alsace de mon amie Laurène, inépuisable source d’inspiration alsacienne… Mais ce n’est pas grave, il y a toujours mille bonnes raisons de revenir en Alsace, en automne ou à toute saison, encore et encore, et ma découverte n’est pas terminée !

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Un grand merci à l’hôtel-restaurant Bois le Sire à Orbey pour son accueil chaleureux, et aux offices du tourisme d’Alsace et de Strasbourg pour leur aide à la préparation de ce voyage et pour les activités réalisées !

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