L’Islande de l’Ouest en hiver, de Borgarnes à Snaefellsnes
Découvrir l’Islande de l’Ouest en hiver, ce fut pour moi comme retomber amoureuse de ce pays. On parle souvent de l’Islande touristique, mais lors de ce petit road trip dans l’ouest de l’île, j’ai pu retrouver une Islande sauvage, secrète, presque déserte, avec l’illusion de l’avoir à moi toute seule. Au milieu des dernières neiges et des aurores boréales, j’ai pu explorer Borgarnes, capitale des sagas vikings, la sublime péninsule de Snaefellsnes avec ses champs de lave et ses orgues de basalte, et la région de Reykholt, avec ses cascades et le glacier Langjökull. On dit souvent de Snaefellsnes qu’elle est « la petite Islande », et concentre tous les attraits de l’île dans un périmètre restreint – c’est exactement ce que j’ai ressenti.
Si vous aussi, vous rêvez d’explorer l’Islande hors saison et de vous éloigner un peu du cercle d’or, mettez cap vers Snaefellsnes, vous ne le regretterez pas… Voici quelques coups de cœur dans l’Ouest de l’Islande, où j’ai eu le bonheur d’être accueillie pour quatre jours avec ma mère, au gré de la route entre volcans et poneys échevelés.



Au pays des chevaux islandais
Dès qu’on s’éloigne de Reykjavik et monte vers l’ouest de l’île, ils apparaissent. Les chevaux islandais. Ce sont des troupeaux multicolores dans les étendues immenses, des océans de crinières blondes, noires et rousses, des robes infiniment variées dans le blanc de la neige. J’ai l’impression qu’ils sont encore plus colorés qu’il y a quinze ans, lors de mon premier voyage en Islande. Je vois de plus en plus de chevaux pie, avec leurs grandes tâches blanches assorties à la saison. Et toujours ces alezans crins lavés, ces souris, ces isabelles, ces noirs… Je ne me lasse pas de les photographier. Le Nord et l’Ouest de l’Islande sont les deux régions qui comptent le plus grand nombre de chevaux, et c’est un tel bonheur de les voir surgir partout, comme les cactus en Arizona ou les kangourous en Australie, un élément essentiel au charme de l’Islande.







Au cœur du glacier Langjökull
C’est le deuxième plus grand glacier islandais : le Langjökull, près de Reykholt, dans l’ouest de l’Islande. Pour partir explorer le cœur bleu du monstre, j’ai rendez-vous avec Into the Glacier à Husafell. On m’explique que le véhicule qui m’emmènera sur le glacier est un ancien camion lance-missiles de l’OTAN, transformé en bus tout-terrain pour transporter les touristes au cœur des hautes terres islandaises. Très vite, on quitte l’asphalte et s’engage sur une route de terre, une longue route qui traverse tout le cœur de l’Islande, et que les Vikings du Nord empruntaient autrefois pour descendre à la session parlementaire de l’Althing. Si on continuait plusieurs heures sur cette route, on arriverait au cratère d’Askja, au milieu de nulle part, et cette idée me fait rêver. La route est normalement inaccessible en hiver, mais rien n’est impossible à notre véhicule de guerre. C’est un paysage de volcans et de glaces, complètement solitaire. J’ai l’impression d’entrer dans un pays secret.
Alors qu’il faisait beau en bas, le temps se dégrade très vite, et la neige et le brouillard nous enveloppent. Le mauvais temps est complice des glaciers : ces monstres ne sauraient survivre sans leur chaudron de tempête… Nous arrivons au sommet dans une tornade blanche, où la visibilité est devenue nulle, et entrons au cœur d’un immense tunnel de glace, creusé dans le cœur du géant. Pendant une heure, nous arpenterons un labyrinthe bleuté, découvrirons d’immenses crevasses, entendrons le bruit du glacier qui se déplace, vit et respire. Chaque jour, il faut déblayer l’entrée du tunnel, bloquée par des mètres de neige. Si Into the Glacier cessait de venir pendant deux semaines, ils perdraient le tunnel à tout jamais, ravalé par la gueule du glacier énorme. La guide nous raconte l’histoire des glaciers islandais, leur apparition lors de l’âge glaciaire médiéval, leur évolution, leur mouvement, leur recul aujourd’hui, et les défis auxquels l’Islande sera confrontée en cas de disparition totale. La visite est belle et passionnante. J’ai adoré ce moment au cœur du froid.




Equipement : il ne fait pas très froid (autour de -3 degrés), mais très humide. Pensez bien à vous munir d’un blouson et d’un pantalon imperméables, et bien sûr, pensez aux gants et aux grosses chaussettes. Prix : 19500 ISK par personne (environ 150 euros) pour le tour classique de 3/4h. Comptez 29 000 pour y aller en motoneige.
Autour de Reykholt : cascades et sources d’eau chaude
Reykholt a toujours été célèbre pour ses sources chaudes. Déjà à l’époque médiévale, le grand auteur de sagas Snorri Sturlusson aimait se prélasser dans un bain naturel au pied de sa maison. Tout autour de Reykholt, la terre fume, les rivières sont chaudes, et on découvre des stations géothermiques et des serres agricoles (saviez-vous que l’Islande cultivait, entre autres, des bananes ?).


Les thermes de l’ouest, ce sont les Krauma Geothermal Baths, à Reykholt. Comme le Blue Lagoon dans le sud ou le Myvatn Nature Bath dans le nord, il s’agit de bains naturels, chauffés par le bouillonnant sous-sol islandais. Des piscines de pierre noire proposent des bains à différentes températures, du plus froid au plus brûlant, ainsi que des hammams et salles de relaxation. Même si j’avoue que mon plus beau souvenir thermal islandais reste le Myvatn Nature Bath, au cadre exceptionnel et au bassin immense, j’ai trouvé le lieu très beau.


Dans la catégorie hydrique, mon plus grand coup de cœur à Reykholt, ce sont les cascades Barnafoss et Hraunfossar, sans doute moins célèbres que les cascades de la Ring Road, mais tout aussi belles et enchanteresses. Comme souvent chez les Vikings, elles sont associées à une histoire tragique et solennelle : « Barnafoss », « cascade des enfants », doit son toponyme à la noyade de deux gamins imprudents. Il n’empêche qu’elle est belle comme la chevelure d’une ondine, toute en transparence et en couleurs féeriques.

Borgarnes, la ville des sagas
Si j’ai toujours été fascinée par l’Islande, ce n’est pas que pour ses paysages extraordinaires : c’est pour le caractère unique et rare de son histoire, où le récit se mêle au mythe, et où la fresque des origines sait remonter avec précision jusqu’aux balbutiements. L’Islande est un des rares pays au monde à connaître très précisément l’histoire de son peuplement, et où la plupart des gens peuvent remonter leur arbre généalogique sur mille ans, jusqu’à l’époque où les Vikings arrivèrent sur leurs drakkars. Dès le IXe siècle, lorsque l’Islande a été découverte et colonisée par des marins venus de Norvège, les Vikings ont tout consigné : les récits de leurs navigations, de leurs hésitations, de leurs villages, de leur parlement, de leurs débats. Il y a les chroniques, et il y a les sagas, ces récits où la réalité se colore de légende et où on suit les destins (souvent sanglants) de familles sur plusieurs générations. Ce pays n’est pas seulement celui du feu et de la glace, c’est le royaume de la mémoire. Les Islandais se souviennent de tout.
Pour qui aime l’histoire, l’Ouest de l’Islande est un incontournable absolu. C’est ici que les Vikings se sont installés au IXe siècle, après avoir contourné la côte sud alors glacée et inhospitalière ; c’est ici que l’histoire islandaise est née. Ce fut aussi la terre de Snorri Sturlusson, un des plus grands auteurs médiévaux. Le Musée de la Colonisation (The Settlement Center), à Borgarnes, présente deux expositions magnifiques : une sur le peuplement de l’Islande par les vikings, et une sur la plus célèbre des sagas islandaises, la saga d’Egil (je vous préviens, il y aura des crânes de chevaux sur des pieux, des corbeaux et des histoires à vous glacer le sang). J’avais déjà visité ce musée il y a deux ans, et j’ai adoré le revoir plus longuement – cela rend l’Islande encore plus spéciale et attachante de remonter le fil de son histoire extraordinaire.




Si vous voulez continuer à explorer l’ambiance « trolls et légendes », faites un petit arrêt à Fossatun sur la route de Reykholt, où des statues jaillissent au milieu des rochers et cascades, et un « chemin des trolls » vous permet d’explorer le folklore populaire, dans ce pays où on suspend parfois la construction des routes pour ne pas déranger le petit peuple de l’ombre…

Quelques bonnes adresses à Borgarnes…
… qui sont vraiment mes coups de cœur à moi.
* Le restaurant du Settlement Center : mon meilleur repas islandais ! (Et d’ailleurs on y est retournées le lendemain.) Dans un décor tout de bois et de figurines médiévales, j’ai goûté les célèbres langoustes islandaises, un fabuleux skyr-sorbet à la myrtille, une grande salade fraîche sucrée-salée… J’ai adoré le cadre, la fraîcheur des produits, et la gentillesse du service. En plus, la boutique du musée est fabuleuse – si vous cherchez à faire le plein de livres intelligents, photos magnifiques et souvenirs islandais bien kitsch, c’est la meilleure adresse.


* Le salon de thé/fleuriste Kaffi Kyrrð : j’ai découvert cet endroit sur Instagram et j’ai instantanément compris pourquoi. Cet endroit est le paradis de la blogueuse lifestyle que j’aspire occasionnellement à devenir (vous savez, les jours où je bois du thé et me mets du vernis à ongles). Ce lieu a un charme incroyable. La première pièce est une boutique de fleuriste, avec une déco elfique ravissante, et les deux pièces du fond forment un salon de thé aux canapés profonds et à l’ambiance boudoir, avec vue sur le fjord et des œuvres d’art originales au mur. Au-delà de l’esthétique incontestable du lieu, les gâteaux sont à tomber (le brownie à la framboise !) et la propriétaire est adorable. Ce lieu n’est pas que joli, il a une âme, et on s’y sent vraiment bien.


* L’hôtel Icelandair Hotel Hamar : ce que j’ai adoré avec cet hôtel, c’est son relatif isolement à quelques kilomètres de la ville, avec vue directe sur le fjord (et des levers de soleil fantastiques). Il y a des jacuzzis extérieurs alimentés directement par des sources d’eau naturellement chaude, et un golf – enseveli sous la neige en cette saison. Outre la beauté du paysage, cette situation isolée présente un avantage incontestable : voir les aurores boréales directement à l’hôtel.



Il faut que je vous raconte la première aurore boréale de ma vie. J’aimerais vous faire croire que j’ai roulé pendant des heures, attendu dans le froid, héroïquement, stoïquement, afin de mériter mon aurore. Mais hélas, je suis trop honnête. L’hôtel Hamar propose de prévenir ses clients en cas d’apparition d’une aurore boréale. La gentille réceptionniste (qui s’appelait Lucie, qui était tchèque et qui était venue travailler en Islande, pays sans chômage et bourré d’opportunité) nous a appelées dans notre chambre vers 23h en nous disant qu’un magnifique spectacle avait lieu juste devant l’hôtel. Nous avons enfilé nos moonboots et nos moufles, et vu la pure magie céleste en direct du parking. Le fjord se détachait au loin, la neige reflétait les éruptions sidérales, et j’étais époustouflée. Je repensais à toutes les légendes au sujet des aurores. Les Vikings y voyaient une chevauchée des Walkyries, les Sami la danse d’un renard de feu, les Inuits les âmes des morts revenant sur Terre. Le surnaturel vient immédiatement aux lèvres face à un tel spectacle. C’était une nuit de tempête magnétique et j’étais fascinée. Elles ne se contentaient pas de flotter, elles dansaient, ondulaient, changeaient de forme et de direction, comme une flamme vivante. Ces aurores-là étaient d’un vert lumineux, et j’ai même vu le violet apparaître à l’œil nu au moment le plus intense de l’éruption. Durant mon long séjour nordique long de trois semaines (Finlande, Islande, Groenland), je n’ai eu qu’une seule et unique nuit d’aurores, mais elle valait toutes les autres.
Nous dormions avec les rideaux ouverts. Le lendemain, au milieu de la nuit, ma mère a vu une aurore plus faible, plus claire, s’illuminer à l’horizon. Elle a choisi de ne pas réveiller, le spectacle étant beaucoup moins impressionnant que celui de la veille, mais elle s’est rendormie les yeux dans les aurores boréales…


La péninsule de Snaefellsnes en hiver
où s’arrêter à snaefellsnes – étape road trip snaefellsnes
Snaefellsnes, c’est la « petite Islande » : cascades, champs de lave, plages de sable noir, formations géologiques extraordinaires, elle a tout. Je l’avais vue pour la première fois en été, par un jour de pluie et de grêle. Je l’ai infiniment aimée suspendue entre deux saisons, avec la neige de l’hiver et la douceur du printemps qui revient. Elle se prête parfaitement à un road trip d’une (longue) journée, avec de multiples étapes que je retrace ici.
Nous sommes parties de Borgarnes et avons commencé par nous arrêter aux falaises de Gerðuberg, une succession de colonnes de basalte longues d’un demi-kilomètre, comme les sentinelles signifiant l’entrée au pays des volcans.

Après un détour par Stykkisholmur, une jolie ville portuaire d’où partent les ferrys vers les fjords de l’Ouest, nous sommes reparties vers l’ouest et avons traversé un des plus beaux champs de lave d’Islande, le Berserkjahraun, site d’une bataille épique selon les sagas médiévales. Dans un paysage martien, la terre rouge surgit là où fond la neige, au milieu de cheminées de basalte noir. Au loin, un cratère effondré révèle une immense caldeira aux teintes ardentes, et je me dis pour la millième fois que l’Islande est une planète à elle toute seule.



La prochaine étape dans ce road trip hivernal sur Snaefellsnes est la plus célèbre : la montagne Kirkjufell, cône parfait posé sur le fjord, et sa cascade iconique. C’est le seul moment du voyage où nous nous sommes retrouvées au milieu d’une (petite) foule, et c’est normal, ce spot est mondialement connu. Après avoir sacrifié à la photo Instagram obligatoire, nous sommes reparties vers des chemins plus solitaires, dans un paysage inlassablement sublime.


Une autre cascade, plus secrète, se révèle au loin : Svödufoss, qui semble magnifique, mais à qui je renoncerai lâchement en raison d’une averse soudaine et après avoir vu le K-Way d’un Autrichien s’envoler comme un parachute vers d’autres cieux (c’est quand même l’Islande).


J’ai adoré l’étape suivante : la plage de sable noir de Djúpalónssandur, avec ses dragons de lave solidifiée et l’épave d’un chalutier échoué dans les années 40, par une nuit de tempête.


Mais mon plus grand coup de cœur, ce fut Arnarstapi, porte du centre de la Terre selon Jules Vernes, veillée par un immense troll de pierre. Ce village est à mes yeux le plus beau, le plus pittoresque d’Islande, avec ses maisons au toit herbeux en bord de corniche, sa promenade maritime longeant des caves extraordinaires, des arches de lave et des colonnes de basalte envahies d’oiseau, ses cascades au fond du fjord et son atmosphère de conte scandinave très ancien. J’étais complètement sous le charme, entrée dans un vieux livre plein de mystère et de magie.






Un dernier arrêt referme la boucle de Snaefellsnes : la gorge de Rauðfeldsgjá, béance majestueuse au cœur d’une muraille minérale, envahie de corbeaux noirs à l’air éminemment menaçant. Oui, à Snaefellsnes, le temps des sagas est bien vivant.

Voici encore quelques visions au hasard de la route, le long de ce petit road trip d’hiver à Snaefellsnes.





L’Ouest de l’Islande en mars, le voyage parfait
On me demande souvent quel est le plus beau pays du monde à mes yeux, ou celui où j’aimerais me téléporter à la seconde. Ma réponse varie en fonction de l’humeur du moment et de la température extérieure, mais je dis souvent « Islande ». L’île de la glace et du feu concentre une telle variété de paysages extraordinaires, des cascades aux volcans en passant par les icebergs, qu’il est impossible de rester insensible. Et en plus, il y a des poneys partout et des yaourts à la myrtille – que demander de plus ?
J’ai découvert avec émerveillement l’Islande quand j’avais dix ans, avec mes parents – voici mon carnet d’Islande de l’époque. J’y suis retournée en couple à l’été 2016, à la recherche des cascades, des vikings et des lieux de tournage de Game of Thrones. J’ai rêvé d’y retourner en hiver. Et puis, j’ai hésité. Je craignais que l’Islande soit victime de son succès, et d’être noyée au milieu de la foule. J’en rêvais, mais je n’osais plus.
Ce retour en Islande, je le dois à l’office du tourisme de l’Ouest de l’Islande, qui a proposé de m’accueillir, ce qui m’a permis de renoncer à l’itinéraire sans doute trop facile que j’avais en tête : cercle d’or, Vik, Jökulsarlon… Je n’ai vu ni les icebergs flottants, ni les geysers, mais j’ai découvert des lieux tout aussi enchanteurs et moins courus. Mettre cap sur l’Ouest grâce à eux a été la meilleure décision possible. J’ai roulé pendant des heures sur des routes quasiment désertes, j’ai eu des sites sublimes à moi toute seule, j’ai retrouvé le sentiment d’exclusif et d’inédit que l’Islande m’avait procuré la première fois. Y retourner avec ma mère était une décision de dernière minute (je la dois à une entorse), mais qui m’a permis de retrouver mon âme de gamine émerveillée, et j’ai savouré chaque instant de ce voyage à deux. En mars, les journées sont longues et le temps est plus clément, suspendu entre hiver et printemps. La température est douce, et la lumière bien présente. Mais la neige et les aurores boréales sont encore là. C’était à mes yeux le moment parfait, et j’ai aimé chaque seconde. Je ne peux que vous inviter à refaire ce voyage…



Je vous écris du Groenland, où je continue mon exploration nordique. Inscrivez vous à la newsletter pour suivre ce voyage ?
Merci à mes partenaires en Islande, Promote Iceland, West Iceland et Wow Air, pour ce voyage merveilleux et de m’avoir permis de découvrir cette région-là.



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