A vélo dans les Dentelles de Montmirail : splendeur et supplice
Entre le Mont Ventoux et les dentelles de Montmirail se dévoile un des plus jolis paysages de Provence : une succession de coteaux escarpés, de merveilles géologiques et de villages perchés de toute beauté, comme Le Barroux ou La Roque Alric. C’est une région que j’ai toujours adorée, moi que le Mont Ventoux fascine depuis toute petite. J’ai eu le bonheur de la découvrir en vélo, et je vais vous dire toute la vérité, amis lecteurs. 1) C’était absolument sublime. 2) J’ai souffert atrocement.



Le vélo et moi, une histoire compliquée
Ma vie : j’ai épousé un Allemand qui coche toutes les cases des stéréotypes germaniques (sauf la bière). Comme tous les Teutons, mon cher et tendre alias Monsieur Viking est un fanatique enragé de la bécane. Tous les matins et tous les soirs, il se tape 17km en pente pour aller au boulot à vélo (ce qui fait 34 chaque jour, amis du calcul mental), et le dimanche soir, il ne veut pas aller au ciné parce qu’il doit graisser sa chaîne et changer ses pneus. Gravir des pentes dignes de refiler un infarctus à tout être humain normalement constitué est son idée du loisir, et il a toute une collection de shorts mochissimes qui signalent sa condition de cycliste.
Spoiler : je ne partage pas sa passion. Pourtant, j’aime le sport, je vous jure. J’adore monter à cheval, j’adore nager, j’adore courir, j’adore faire des burpees sur une musique épileptique au Body Attack, mais le vélo, ça n’a JAMAIS été mon truc. Déjà, parce que les automobilistes font souvent peu de cas de la survie des cyclistes, et que chaque fois que je monte sur un vélo, je me fais frôler par un handicapé du code de la route, et que je finis en poissonnière à hurler à pleins poumons « et les distances de sécurité, espèce de diplodocus » en lançant des malédictions vaudous. Ensuite, parce que ça fait tellement mal aux fesses. Enfin, parce qu’en vélo, j’ai le sens de l’équilibre d’un Teletubbies sous marijuana et que j’ai toujours l’impression que je vais me vautrer lamentablement. Bref, j’ai tendance à laisser Monsieur Viking gravir des cols tout seul et aller moi à la plage, comme quelqu’un de civilisé.
Mais tout a changé en ce dimanche de mai.

« Et un circuit en vélo dans le Vaucluse, ça vous tente ? »
Quand on m’a proposé une journée de découverte du Vaucluse à vélo, mon cœur s’est partagé. J’ai un principe dans l’existence : je ne refuse jamais quelque chose qui se passe en Provence. La Provence, c’est mon pays ma patrie mon amour, et mon projet de vie est de passer mon temps à l’arpenter, la photographier et lui chanter la sérénade. En plus, les circuits en question étaient sublimes. C’était tout ce que j’aime : le cœur escarpé du Vaucluse, au pied du majestueux gardien de Provence, le Ventoux. Des paysages de coteaux, de villages funambules, et au détour de chaque virage, les crêtes découpées des Dentelles de Montmirail. Vous connaissez la région des Dentelles, autour de Beaumes-de-Venise ? C’est un des plus beaux coins de Provence, où on récolte des vins réputés aux arômes minéraux et ensoleillés, où le sol s’est fracturé il y a des millions d’années quand les Alpes ont jailli du sol, et les Dentelles ont poussé comme des canines de dinosaures au sommet des collines, fascinantes, majestueuses.
Une de mes meilleures amies, Alice, a grandi tout près de là, dans les Baronnies drômoises, et ces paysages me rendent toujours heureuse : ils me rappellent nos après-midis à nous balader au milieu des vignes et des cerisiers, à projeter de monter un groupe de punk rock féministe au lieu de réviser le bac français.



Bref, j’ai dit oui, et on m’a proposé plusieurs parcours. Il y avait des circuits de différents niveaux, du plus facile au plus difficile. Mais celui qui me tentait, c’était celui-là : « Ventoux et Dentelles« . Malaucène, Suzette, Lafare, La Roque Alric, le Barroux, les Dentelles, le Ventoux : un nectar de beauté vauclusienne, tous mes chouchous en brochette.



Le descriptif précisait bien : vues magnifiques, mais gros dénivelé, parcours difficile et très physique. Du coup, j’ai essayé d’inventer un stratagème pourri. Je voulais envoyer Monsieur Viking faire effectivement le circuit en vélo, et le suivre tranquillou en voiture, me poster aux endroits stratégiques et le photographier lui. Mais mon cher et tendre est un brin sadique et il m’a culpabilisée : « Songe à ton éthique de blogueuse, mein Schatz. Soit tu avoues à tes lecteurs que tu m’as esclavagisé et que tu n’as même pas fait le parcours toi-même, et tu passes pour une tarte. Soit tu leur mens en prétendant l’avoir fait aussi, et tu dis toujours que tu ne mens pas à tes lecteurs, n’est-ce pas ? Il faut qu’on le fasse ensemble. J’ai graissé ton VTT et regonflé tes pneus inutilisés depuis 115 ans. Je t’ai même fait un pique-nique plein de graines bizarres comme tu aimes. Tout est prêt, tu ramènes tes fesses et tu montes en voiture ».

La mort qui tue
Je vous ai promis la vérité, la voilà : j’ai été pitoyable. Il faut dire qu’il faisait une chaleur à crever – le thermomètre sur le vélo de Mr Viking a été jusqu’à annoncer 43 degrés. Et le parcours était VRAIMENT en montagnes russes. On descendait des côtes tellement vertigineuses que je croyais qu’on allait arriver au centre de la Terre, et après Mr Viking me disait « mauvaise nouvelle, maintenant on va remonter tout ça » ! Au début, c’est-à-dire les cinquante premiers mètres, je portais mon sac à dos moi-même, avec mon gros Canon et mes objectifs. Au bout de trente secondes, je l’ai confié à Mr Viking, qui s’est retrouvé avec un sac rose et violet de dresseur de Pokémon, et a dû s’arrêter tous les trois mètres pour que je puisse faire des photos des paysages magnifiques qu’on traversait. Le parcours était censé se faire en 2h30, on l’a fait en six heures (parce que je prenais des photos tout le temps, hein, pas parce que je mettais pied à terre dès que ça montait trop ou que ça descendait trop fort, ok ?). A un moment, je me suis crue sur la colline du Golgotha, à porter ma croix sous le soleil ardent. J’ai vu des oliviers, je me suis assise dessous, j’ai sorti le jus de goyave et les cookies en disant « vous ferez ceci en mémoire de moi », et j’ai attendu que les Romains viennent me chercher, mais même Ponce Pilate ne voulait pas de moi.

Au début de la journée, j’étais dans mon mode normal et patriotique, « la Provence c’est trop beau, c’est mon fils ma bataille, je bois la coupo santo à ta santé oh toi mon païs béni des dieux », tout ça. A la fin de la journée, je demandais à Mr Viking : « et les Pays-Bas, qu’est-ce que t’en penses ? ça a l’air bien les Pays-Bas. C’est vachement plat. On pourrait faire du vélo toute la journée tranquille. Viens, on déménage aux Pays-Bas. Je vais manger du gouda, m’acheter des fringues orange, et demander la nationalité néerlandaise, d’accord ? »

Sublime Vaucluse
Mais c’était beau, c’était même magnifique. Le parcours commence à Malaucène, le village mythique de Pétrarque, au pied du Mont Ventoux. La silhouette tutélaire du géant chauve veillera sur nous toute la journée, ne cessant de réapparaître au profit d’une (énième) côte à gravir.

Puis la Route de la Chaîne nous a conduit jusqu’à Suzette, village que je n’avais jamais visité jusqu’à ce jour et qui m’a marquée par son atmosphère paisible et authentiquement provençale, avec ces cloches graciles qui se détachent sur la silhouette du Ventoux.



Partout, ce sont des vignes en terrasse, un paysage abrupt que la main de l’homme a su apprivoiser et adoucir. Le parcours traverse trois coteaux AOC prestigieux : Ventoux, Côtes du Rhône, Beaumes de Venise. Je ferais bien un encadré dégustation, là, mais autant vous dire que si j’avais bu du vin ce jour-là, j’y serais sans doute encore, accrochée à une dentelle.



J’ai adoré les villages perchés, notamment Le Barroux avec son château Renaissance qui me rappelle les châteaux de la Drôme Provençale où j’ai grandi, et l’étonnant hameau de La Roque Alric, mon plus gros coup de cœur de cette journée. C’est un lieu cinégénique, un endroit légendaire où l’histoire résonne avec solennité. Les Celtes furent les premiers à bâtir des repères fortifiés dans les Dentelles, puis les Romains vinrent occuper le rocher mythique ; enfin, c’est un seigneur germanique, Alaric, qui alla planter son château au sommet du rocher au XIIIe siècle. Autant dire qu’il était normal que mon Teuton de mari aille sur les traces d’Alaric gravir la côte pendant que je haletais comme une tuberculeuse en phase terminale. J’ai finalement survécu à l’ascension, et j’ai adoré le panorama fabuleux qu’on découvre des hauteurs du village, qui embrase toutes les Dentelles.



En fin de parcours, en revenant vers Le Barroux et Malaucène, le Ventoux réapparaissait dans la lumière descendante, et je puisais mes dernières forces en me disant « qu’est-ce que cette région est belle, qu’est-ce que je l’aime », t’écriras ça sur ma tombe hein chéri ?


Le Vaucluse à vélo : en fait, c’est super
Soyons clairs, amis lecteurs. Les parcours aménagés par Provence à vélo sont sublimes et vraiment bien faits, il faut juste être moins quiche que moi et en choisir un adapté à votre niveau. Je ne veux surtout pas vous décourager, car ce sont vraiment les plus beaux parcours à vélo en Provence, parce qu’ils ont été spécifiquement conçus pour ça : ce sont de vrais parcours cyclistes, aménagés comme tels. Mr Viking a déclaré « le Vaucluse, c’est le paradis du vélo« , et je vous laisse vous fier à son expertise de fanatique bavarois vélomaniaque.
Ce que nous avons vraiment apprécié, Mr Viking en sa qualité d’expert cycliste et moi en ma qualité de poissonnière fréquemment sujette aux pugilats avec les automobilistes irrespectueux, c’est la qualité du tracé pour éviter les voitures au maximum. Je n’ai eu d’altercation avec personne et personne ne m’a frôlée, doublée trop près, énervée, etc, parce que le parcours était conçu à la perfection. Il s’agissait bien de routes bitumées, très agréables (pas de petits cailloux qui font mal aux fesses des cyclistes inexpérimentés), mais l’itinéraire évite au maximum les routes fréquentées et passe par des axes secondaires, des petits chemins étroits où les voitures sont rarissimes, et vous ne croiserez presque pas d’automobilistes, si ce n’est au début et à la fin autour de Malaucène. Nous souffrons tous les deux de l’absence d’itinéraires vélo aménagés autour d’Aix-en-Provence, et nous nous sommes dit que le Vaucluse avait vraiment bien géré cette question, que ces parcours étaient vraiment un super plan pour profiter du paysage en toute sécurité. La signalisation est très bien faite, il est facile de retrouver son chemin. Et nous n’avons traversé aucun coin moche ou inintéressant : le parcours entier était « scénique », comme disent les Américains. Bref, j’ai été totalement convaincue l’aménagement pour les cyclistes, et ça m’a donné envie de recommencer (En hiver. Sur des routes plates.)
Tous les parcours, y compris des fastoches, c’est par là : Provence à vélo.

Allez, on est conquis : l’an prochain, on continue notre exploration du Vaucluse à vélo, et on se fait le Ventoux. Enfin, surtout Mr Viking.

Pour rester dans le Vaucluse et découvrir le Mont Ventoux avec moi, c’est par ici !

Merci à Vaucluse Provence Attractivité de m’avoir forcée à me mettre un coup de pied dans le derrière : je ne regrette rien, c’était magnifique ! Et merci à Mr Viking d’avoir porté mon sac, subi mes jérémiades, préparé le pic-nic et de m’avoir laissée dormir dans la voiture pendant tout le chemin du retour. J’avoue, j’ai eu droit à un SOS blogueuse assistance au top sur ce coup-là.
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Cet article appartient à la série #EnFranceAussi, une initiative de blogueurs qui veulent promouvoir la beauté et la richesse du patrimoine français. Le thème de juin était « Côtes et coteaux », choisi par le blog 1916kilomètres. Pour gagner un guide Gallimard, rendez-vous dans le groupe Facebook En France Aussi.


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