Le circuit guidé des plages du débarquement, à la rencontre de notre histoire
C’est un lieu unique en Europe, un lieu dont la puissance émotionnelle est incroyable. Le mémorial de Caen commémore l’histoire du XXe siècle et notamment de la Seconde Guerre mondiale dans un parcours immersif qui vous serre le cœur. Les plages du débarquement allient à la beauté des paysages la grande solennité du souvenir d’un moment crucial de notre histoire. Après avoir visité le mémorial et suivi le circuit guidé des plages du débarquement, j’ai regretté de ne pas y être allée plus tôt, et je me dis que chaque Français, chaque Européen, chaque citoyen du monde, devrait les voir une fois dans sa vie. C’est dur et c’est triste, oui, c’est une visite qui ne peut pas vous laisser indemne. Mais c’est aussi beau, touchant, et essentiel. Voyage sur les lieux qui ont placé la Normandie au cœur de notre histoire.


Ici, on ressent plus que partout ailleurs à la fois l’horreur et l’héroïsme de la fin de la guerre. On comprend le prix ultime de la liberté, payé à la fois par les soldats du débarquement et par la population civile happée dans la violence des combats. A l’issue de cette journée, j’ai plus d’estime que jamais pour la Normandie, la région martyre de la Libération, la porte de la liberté.


Une journée au coeur de notre histoire, sur les plages du débarquement
Comment vous raconter cette journée en quelques phrases ? J’ai commencé par un circuit guidé de plusieurs heures sur les plages du débarquement, puis j’ai fini ma journée au Mémorial de Caen. Je suis revenue soixante ans en arrière. J’y étais, l’émotion était si forte.
On voit la Normandie occupée, recouverte de bunkers et de batteries d’artillerie par l’armée allemande, qui construit son « Mur de l’Atlantique » par crainte d’un débarquement allié.
On voit les impacts de bombe, le pilonnage des côtes par l’aviation anglaise et américaine – une stratégie nécessaire pour préparer le débarquement, mais qui a frappé en plein cœur les Normands : vingt mille victimes civiles.

On voit les plages et les falaises sur lesquelles les armées alliées ont débarqué le 6 juin 44 et ont perdu dix mille hommes pour libérer l’Europe. Je retrouve les noms mythiques que j’avais entendus dans les films : Utah Beach, Juno Beach, et la plus sanglante de toutes, Omaha Beach. Un monument solennel symbolise le deuil et la liberté sur cette plage grande ouverte. C’est si beau et si triste.
On voit les tombes de marbre blanc sur les collines au-dessus de l’eau, les bruyères au pied des croix latines, les frères et les amis enterrés côte à côte. On voit les noms de ces jeunes Américains tués sur le sable normand, à dix-huit, vingt ans, et qui reposent ici au bord de l’eau. Impossible de ne pas être bouleversé….

La Pointe du Hoc
C’est un éperon rocheux entre deux plages magnifiques, un promontoire qui offre une vue superbe sur la côte normande. Et c’est bien pour cela que les Allemands y avaient bâti une batterie d’artillerie, afin de se prémunir contre un débarquement allié. Les bombardements ont pilonné la pointe, et d’immenses impacts d’obus dessinent un paysage lunaire, adouci par les buissons jaunes au printemps. Mais les bombes n’ont que peu endommagé la batterie, et les combats qui eurent lieu à la Pointe du Hoc furent terribles. La batterie est presque intacte, et permet d’entrer au cœur du mur de l’Atlantique.
Ici, le 6 juin 44, 300 soldats alliés ont débarqué et escaladé la falaise à la force de leurs baïonnettes pour prendre les fortifications allemandes, au prix d’un combat sanglant. La bataille dura deux jours, deux jours de violence et de terreur, à la fin desquels seuls 90 hommes restaient debout…





Les plages du débarquement
Elles s’étendent à l’Ouest de Caen, les plages mythiques à qui on avait donné des noms de code, pour que personne ne sache où le débarquement aurait lieu. Utah, Omaha, Juno, Gold, Sword Beach. Alors que la France était occupée par l’Allemagne nazie, les Alliés ont débarqué sur ce rivage, sacrifiant des milliers de soldats à la libération de l’Europe.
C’est étrange : elles sont à la fois si belles, et si tristes. Des plages normandes radieuses, grandes et dorées, où l’eau revêt des tons d’un bleu surprenant, où le soleil ricoche sur les vaguelettes. Des cartes postales tragiques.


Nous faisons halte à Omaha Beach. Difficile d’expliquer la puissance émotionnelle de ces visions, le sentiment qui vous étreint quand vous vous tenez face à une plage dorée, où les oiseaux chantent et l’écume roule, et que vous imaginez qu’ici 4000 soldats sont tombés sous le feu ennemi en tentant de libérer le pays. Tout est si beau sous le soleil, et pourtant les lieux ici ont quelque chose de solennel, de déchirant. Plusieurs fois, vous aurez la gorge nouée, les yeux qui piquent.

Un monument aux morts commémore les pertes alliées. Et une œuvre d’art m’a extraordinairement touchée : l’œuvre intitulée « Les Braves », d’Anilore Banon, plantée dans le sable d’Omaha Beach. Ce sont des lames et des ailes de métal, commémorant la perte et l’envol, la douleur et l’espoir. La puissance évocatrice de cette œuvre est très émouvante. On m’a raconté qu’à marée haute, les vagues venaient frapper l’acier, et que la sculpture résonnait et chantait, comme un concert solennel…

Le cimetière américain de Colleville sur Mer
Au-dessus d’Omaha Beach, à Colleville sur Mer, un vaste cimetière américain recouvre les collines vertes et surplombe la mer. Des bancs de bruyère poussent entre les croix de marbre blanc, et des cierges brûlent sans discontinuer au cœur de la chapelle ardente. Ici reposent des hommes et des femmes courageux – n’oublions pas les femmes : elles n’étaient pas sur le champ de bataille, mais elles étaient infirmières, conductrices, ouvrières, informatrices, secrétaires, etc, et certaines ont aussi donné leur vie. Certaines tombes sont particulièrement poignantes : un père et son fils reposant côte à côte, deux frères, deux amis proches…



Le monument aux morts me rappelle celui de Washington, avec cette eau très noire de la « piscine miroir » qui réflète le ciel, et l’agencement solennel des colonnes. La statue, « la jeunesse jaillissant des vagues », évoque à la fois le sacrifice et la liberté, l’élévation et le départ. Le soir, on descend les drapeaux américains, et on joue l’Hymne. On voit de vieux Américains venus se recueillir. Souvent, les visiteurs versent une larme…


Le port d’Arromanches
C’est un lieu que j’ai beaucoup aimé, moins lourd et triste, et complètement spectaculaire : ici, on ne commémore pas un sacrifice, mais une prouesse technique incroyable. Les Alliés avaient besoin d’un port dans une zone sûre, sans combattants ennemis, or l’occupant restait maître de tous les ports existants au début du débarquement. Qu’à cela ne tienne : ils allaient construire un port de toutes pièces, à Arromanches. Des blocs de béton énormes ont été rapportés d’Angleterre, conçus pour flotter jusqu’à ce qu’on ouvre des vannes, qu’ils se remplissent d’eau, et forment une gigantesque digue artificielle de 9 kilomètres de long, protégeant les navires alliés, permettant le ravitaillement et l’amarrage. C’est incroyable d’imaginer ce que le génie allié a pu bâtir ici – c’est une vision fabuleuse. Aujourd’hui, il ne reste que quelques morceaux du port d’Arromanches, quelques morceaux de digues jaillissant de l’eau bleu, mais c’est assez pour être fasciné par la prouesse, et par la beauté du paysage.


Le mémorial de Caen
Après les plages de débarquement, j’ai visité le Mémorial lui-même, le fabuleux « musée pour la paix » de Caen, qui m’a profondément marquée. C’est un musée d’une qualité extraordinaire, et qui vous plonge vraiment en immersion au cœur de l’histoire douloureuse du XXe siècle, avec des centaines d’images et de films d’archive, et une scénographie extrêmement puissante et bien faite. J’ai été impressionnée par le nombre d’images et de films, la sensation d’immersion totale. On est là, on y est, et c’est terrible.
Le plus impressionnant, c’est la « spirale de la guerre », au cœur du bâtiment. Elle m’a hantée plusieurs jours après ma visite, et un ami allemand m’a dit y repenser encore souvent, plus de dix ans après la sienne. On descend, avec musique, sons et films d’archive, au coeur de la guerre. Cela commence en 1918 à l’armistice, on traverse les années 20, la rapide descente de l’insouciance vers la menace, puis vient la montée des totalitarismes… et la déclaration de guerre. On entre alors au coeur des combats, du quotidien des civils, et de l’horreur suprême de la Shoah. Tout au fond de la spirale, on est au plus noir de l’horreur, dans les camps, sur les champs de bataille, avec ceux qui meurent par millions. C’est tellement fort et authentique…

J’ai été très marquée par les salles consacrées au débarquement en Normandie. On voit des images d’archive spectaculaires, filmées le 6 juin sur la plage d’Omaha (mais qui tenait la caméra, qui a documenté ça ? c’est incroyable de voir ça… comme dans les films, sauf que tout est réel). On voit les soldats alliés avancer dans l’eau, et tomber par centaines, fauchés par l’artillerie ennemie. On voit les bombes tomber sur la Normandie. C’est oppressant, atroce, et pourtant on ne peut pas détourner les yeux – je ne savais même pas que de telles images existaient.
Une autre scénographie retrace la guerre froide, la course nucléaire, le rideau de fer, toute l’histoire de l’Europe divisée de 45 à 89. La salle consacrée à la bombe atomique, avec films d’époque et décor à la Kubrick, est particulièrement marquante. Puis vous êtes ramenés en Union Soviétique, avec un avion de chasse russe, des intérieurs de l’Est, et toujours films, images, qui rendent tout si proche, si poignant.

J’ai aussi visité le bunker allemand, qui retrace l’histoire de l’occupation vue de l’intérieur – du point de vue de l’ennemi. Je n’ai pas tout vu, et je sais avoir manqué plusieurs expositions passionnantes, notamment sur l’antisémitisme. Mais au bout d’un moment… je ne pouvais plus. La surcharge émotionnelle était trop forte.

Et quand cela devient trop dur, trop lourd, vous pouvez vous réfugier dans les magnifiques jardins du mémorial, sous les cerisiers en fleurs. Ces jardins sont accessibles à tous, et ils sont aussi beaux et paisibles que la guerre a été atroce. Des bassins et une cascade suggèrent le repos, la sérénité.

Un mémorial pour la paix, pour l’avenir
Cette journée sur les plages et au mémorial restera sans aucun doute mon souvenir le plus poignant, le plus marquant, et j’ai été profondément touchée par ce que j’ai vu et entendu hier. A vrai dire, je m’en suis un peu voulue de ne pas avoir vu ce musée et ces sites avant. Je pense qu’ils sont un témoignage exceptionnel et unique de l’histoire de notre pays, et que tout le monde devrait s’y rendre au moins une fois. La fragilité de la paix, la chance inouïe que nous avons de vivre dans une Europe unie et soudée, la pente fatale du nationalisme, du racisme et de la haine, on la ressent plus que jamais là-bas.
J’ai beaucoup pensé à la Syrie au cours de cette journée, écrasée par l’incompréhension : comment se fait-il qu’ils vivent aujourd’hui encore ce que nous avons vécu il y a soixante ans, que l’horreur perdure, que l’histoire se répète ? Il n’y a rien de pire que la perte de mémoire, et l’oubli du mal. Souvenons-en toujours : il n’y a rien de plus précieux, de plus beau, que la vie et la paix…

Emmenez vos enfants, vos amis, votre famille au mémorial de Caen. C’est une prodigieuse leçon de citoyenneté.
Le circuit guidé des plages du débarquement et le mémorial de Caen : infos pratiques
Le Mémorial de Caen
Le mémorial, ou musée pour la paix, est situé à Caen, et ouvert toute l’année sauf en janvier, période de fermeture annuelle. Pour retrouver les horaires, les tarifs et les différents combinés proposés (par exemple le ticket combiné avec le cinéma panoramique d’Arromanches), regardez ici.
Le circuit guidé des Plages du débarquement organisé par le Mémorial
Les plages du débarquement, le cimetière, les batteries, etc, sont en accès libre : vous pouvez choisir de les visiter par vous-mêmes, si vous disposez d’une voiture pour aller d’un lieu à l’autre. Il est tout à fait possible de voir Omaha Beach, le cimetière américain, le port d’Arromanches, etc, par soi-même. Néanmoins, j’ai ressenti l’immense bénéfice du circuit guidé organisé par le Mémorial, et j’ai l’impression d’avoir beaucoup mieux compris, appris, ressenti les lieux grâce à eux. J’ai eu la chance de partir en visite guidée et de voir avec un guide du Mémorial, passionné et passionnant, la Pointe du Hoc, Omaha Beach, le cimetière américain et le port d’Arromanches, et je ne regrette pas une seule seconde d’avoir fait ce choix : c’est la qualité de la visite et des explications du guide qui ancrent cette journée profondément dans mon souvenir. J’ai eu un guide extraordinaire, avec qui j’ai compris mieux que jamais la Seconde guerre mondiale, ses moments clefs, ses combats, ses lieux symboliques. Les hommes et les femmes qui ont livré cette lutte reprenaient vie à travers ses mots.
Même si le sujet est lourd, et que je suis assez sensible au sujet donc très émue, la visite n’était pas du tout conduite de façon triste. Au contraire, le guide passionné sur son sujet avait à coeur de désamorcer parfois la tension émotionnelle en racontant des anecdotes drôles (par exemple l’histoire de ces faux parachutistes anglais, utilisés pour faire diversion, des boîtes à musique qui crient des insultes en anglais quand elles touchent le sol), en évoquant la vie quotidienne des civils, et la façon dont elle continue, malgré tout, malgré la guerre. J’ai beaucoup aimé la façon dont il a su conduire cette visite.
Il existe différents circuits : des visites de trois, cinq heures, une demi-journée, une journée, en français, en anglais ou dans une autre langue. Il est même possible d’être récupéré à la gare de Caen (ou en centre-ville) en début de journée, et ramené à la fin. Les options sont multiples.
Combien de temps pour visiter le mémorial et pour le circuit des plages ?
J’ai tout fait en une journée, parce que ma façon de voyager exige d’être un peu « stakhanoviste » : beaucoup de choses à voir, à photographier, à raconter. Il est possible de faire le circuit guidé le matin, et de voir le mémorial l’après-midi. Néanmoins, si vous avez le temps, je vous conseille de consacrer une journée entière au moins aux plages (j’en aurais pris deux si j’avais pu), et au moins une longue demi-journée au Mémorial. Vous pouvez passer la journée entière au Mémorial sans problème, il y a énormément de choses à voir, et vous y trouverez trois restaurants pour le midi (j’ai mangé à La Terrasse et c’était super bon, une pause bienvenue dans une journée émotionnellement intense). Prenez le temps de vous reposer dans les jardins si vous avez besoin d’une pause.
Si vous voulez consacrer beaucoup de temps aux plages du débarquement (qui le méritent), sachez que vous trouverez partout de petits musées privés qui exposent des souvenirs, des chars, des tanks, racontent des histoires personnelles, etc. Cela peut valoir le coup. Certains Américains consacrent une semaine entière à la découverte des plages, du mémorial, des musées, des lieux de mémoire, etc.
Un autre musée à voir : le mémorial de Falaise
Quand je reviendrai en Normandie, j’irai absolument à Falaise. Tout d’abord pour son château médiéval, le château de naissance de Guillaume, paraît-il remarquablement conservé. Mais aussi pour un nouveau musée, le Mémorial des Civils dans la Guerre, qu’on m’a dit passionnant et poignant. Saviez-vous que la Seconde guerre mondiale a fait encore plus de victimes civiles que de pertes militaires ? Que les civils sont souvent en première ligne dans les conflits, et paient un terrible tribut ? Ce musée raconte l’histoire des citoyens happés dans la Seconde guerre mondiale et leur rend hommage, avec le même souci du détail et de l’exactitude historique que le Mémorial de Caen. J’irai sans faute la prochaine fois.
Plus de détails sur le site du mémorial de Falaise.

Merci à Laura et Mario pour leur accueil au Mémorial et sur le circuit guidé des plages du débarquement, pour le temps qu’ils m’ont consacré et pour la qualité exceptionnelle de la visite, dont je me souviendrai très, très longtemps.


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