La Drôme provençale est le pays des châteaux : juchés sur des collines, perdus au milieu des vignes, auréolés de légendes, ils sont les vestiges d’une histoire chevaleresque qui a profondément marqué les paysages de la région. J’ai grandi ici, et toujours adoré ces paysages de film historique, ces fantômes de chevaliers au milieu des lavandes. Partons découvrir trois des joyaux de la Drôme : le château de Suze-la-Rousse, le château de Grignan, et le village perché de La Garde Adhémar.

Sans doute connaissez-vous les villages perchés du Lubéron, et ces images de carte postale provençale par excellence. Mais la Provence commence dès Montélimar, « porte du sud », et qui grandit comme moi au sud de la Drôme a déjà droit à tout le package « Provence » : les lavandes qui ondulent sur les collines, les cigales assourdissantes, les oliviers et les vieilles pierres sous lesquelles somnolent les vipères. La prochaine fois que vous descendez vers la Méditerranée, et qu’un embouteillage vous bloque dans la vallée du Rhône : sortez de l’autoroute, et venez découvrir ma région, cette Provence du nord, aussi belle et plus secrète. Elle le mérite, je vous promets.

Le château de Suze-la-Rousse, joyau méconnu
Le château de Suze-la-Rousse est véritablement un des secrets les mieux gardés de Provence. Peu de gens connaissent la beauté et le caractère exceptionnel de ce château qui surplombe le village, ancienne forteresse médiévale devenue palais lumineux à la Renaissance.


Ce qui m’a séduite, c’est cette cour Renaissance, carrée, vaste et haute, aux façades hautes et claires, dont toutes les portes sont surplombées d’ornements, et au centre duquel trône un puits – c’est une cour de cinéma, où on imagine virevolter des princesses en larmes, courant après un prétendant parti à la guerre.


Suze-la-Rousse plaît, car elle vous ramène quatre siècles en arrière. Du Moyen-Âge, le château a gardé sa localisation surplombante, ses hauts murs d’enceinte, ses pierres massives ; mais c’est véritablement le 16e siècle qui respire au cœur du palais. C’est l’époque de Ronsard, de Du Bellay et d’Arcimboldo, des fleurs et des fruits, de l’art triomphant – le château a gardé quelque chose de cette lumière, de ce rayonnement.
C’est aussi un château au milieu des vignes, et toute une partie de l’exposition est consacrée à l’histoire du vin – si vous êtes fin œnologue, sachez que Suze-la-Rousse est entourée de domaines viticoles produisant le Côtes du Rhône et l’appellation Grignan-les-Adhémar.

Le château de Suze-la-Rousse présente un des rares jeux de paume conservés en France : cet ancêtre du tennis se jouait dans une grande pièce fermée, aux murs hauts, au milieu de laquelle on tirait un filet. Celui-ci est parfaitement préservé, et accroît la délicieuse sensation de trouble : un art de vivre à la française, celui des grandes familles aristocratiques, qui avaient souvent le bon goût de se choisir un fief en Provence…

Pour vivre un fabuleux voyage dans le temps et replonger dans le passé haut en couleurs de cette Provence chevaleresque, un autre château provençal vous ouvre grand les bras : le château de la Barben. Située près d’Aix-en-Provence, cette forteresse millénaire abrite le parc de loisirs du Rocher Mistral et fait revivre l’histoire de la région au travers de spectacles immersifs de grande qualité, entre sons et lumières, combats de cape et d’épée, cascades à cheval et vastes fresques riches en effets spéciaux. Une visite incontournable et divertissante pour les amoureux des châteaux de Provence !
Le château de Grignan, un cœur artiste
L’une des plus puissantes familles de l’histoire de la Provence fut celle des Adhémar. A leur apogée au XIIe siècle, les Adhémar possédaient pratiquement toute la région montilienne, bâtissaient des châteaux partout, et régnaient sans partage. Au sud de la Drôme, on retrouve leur trace partout, tant cette famille fut puissante. La Garde Adhémar ? Cela vient d’eux, bien sûr. Montélimar ? Le nom vient de Louis Adhémar de Monteil. Et ainsi de suite. C’est un peu l’équivalent drômois et médiéval de Coca Cola, la famille monopole. Au XVIe siècle, ils s’allient à une autre famille surpuissante de Provence, les Castellane (dont le berceau est plus au sud), et deviennent les Castellane-Adhémar de Monteil. (Vous comprenez pourquoi les nobles ont des noms à rallonge : par des suites de fusion-acquisition habiles. C’est sûr que nous, les manants, on met moins de temps à remplir les formulaires administratifs.) Ces Castellane-Adhémar de Monteil deviennent comtes de Grignan, et transforment le vieux château médiéval en château de plaisance Renaissance majestueux, avec fontaines, sculptures baroques fabuleuses, grands escaliers de maître, et hautes façades percées de dizaines de fenêtres sur lesquelles le soleil vient se refléter.


(Minute architecture : à la Renaissance, la fenêtre, c’est quelque chose de nouveau. Cela signifie que la France est devenue un état plus ou moins pacifié et qu’on ne risque plus de se faire grever de boulets de canon par son voisin, comme à l’époque des forteresses guerrières. Avant, on ne pouvait certainement pas se permettre de faire des trous dans les murs d’un mètre de large.)

Vous l’aurez compris, les Adhémar ( & co) étaient les bons partis par excellence, ceux qu’il fallait épouser : riches, puissants, cultivés, bref, les Bachelors de l’ancien temps, d’autant que la famille est parvenue à conserver sa puissance et son aura jusqu’à la Révolution française. C’est pourquoi « la plus belle fille de France », Françoise de Sévigné, convoitée par Louis XIV et par toute sa cour, épouse en troisièmes noces François Adhémar de Monteil de Grignan en 1669, quitte Versailles et vient s’installer à Grignan. Sa mère, la Marquise Marie de Sévigné, est inconsolable. C’est à ce déchirement qu’on doit les lettres les plus célèbres de la littérature française, les lettres de Madame de Sévigné, adressées à sa fille exilée en Provence.
Parfois, Madame de Sévigné a le bonheur de rendre visite à Françoise. Elle continue alors à écrire à ses amis restés à Versailles, et cela donne des dithyrambiques sur ma région natale (je vous avais dit qu’elle était magnifique), que vous pouvez lire ici.

C’est Madame de Sévigné qui a rendu Grignan célèbre. C’est pour cela que tous les ans, la ville accueille le Festival de la correspondance, et que Grignan est adoré des gens de lettres qui viennent célébrer la plume dans la chaleur du midi. Grignan est la ville à la mode. Chaque été, une troupe de théâtre de renommée nationale s’installe au château, et nous avons souvent des stars, comme récemment Béatrice Dalle. C’est pourquoi la réputation de Grignan est à double tranchant. Certains vous diront que c’est le plus beau village de la Drôme provençale, une merveille de culture et de beauté, un petit bouillonnement permanent. D’autres vous diront que c’est snob et cher, un Saint Germain des Prés en Provence envahi de Parisiens. Je serais plus nuancée.

J’aime beaucoup Grignan. Le festival de la correspondance et les représentations théâtrales sont des moments fabuleux – j’ai toujours un immense plaisir à assister à y assister dans la cour du château, les spectacles sont de très grande qualité. Mais oui, c’est vrai, les prix quadruplent pendant l’été, et Grignan peut avoir des airs de Côte d’Azur. Ce que je préfère, c’est venir hors saison dans son restaurant et salon de thé le plus célèbre, Le Clair de la Plume, par ailleurs un restaurant étoilé. L’endroit est magnifique, une verrière au cœur d’un jardin, avec des thés délicieusement raffinés. Le restaurant gastronomique, récemment couronné d’une étoile au Michelin, est une merveille, particulièrement à l’heure de la truffe, en janvier…
Explorez aussi les autres restaurants de Grignan, comme Le Poème de Grignan, qui est une excellente adresse romantique, ou encore La Ferme Chapouton, le bistronomique du Clair de la Plume.

Et allez voir ailleurs. Grignan est magnifique, mais d’autres villages alentours le sont aussi – allez voir Chamaret et sa tour médiévale, Valréas, Chantemerle-les-Grignan, bien sûr Suze-la-Rousse, et… La Garde Adhémar.
La Garde Adhémar, sublime village perché
Le Lubéron n’a qu’à bien se tenir, La Garde Adhémar arrive. Le village, classé parmi les plus beaux de France, surplombe toute la vallée du Rhône et a un charme provençal pur, authentique – le genre d’endroit qui est pittoresque et méridional par nature, et non parce que tout a été ripoliné pour faire plaisir aux touristes. Bien évidemment, nos amis les Adhémar, que vous commencez à connaître, possédaient un château ici, une superbe forteresse XIIe siècle, hélas détruite à la Révolution (il n’en reste qu’un mur). Voilà pourquoi La Garde Adhémar, techniquement parlant, ne fait plus partie de la liste des châteaux de la Drôme – mais tout le village a un air de château, juché sur sa colline, délicieusement ancien.


Sous l’église du village, la très belle chapelle des Pénitents, se déploie le merveilleux Jardins des senteurs, qui rassemble sur plusieurs terrasses et à travers un labyrinthe de buis toutes les plantes ornementales et officinales de Provence, plantes qui soignent le corps et l’âme, plantes de cuisine, fleurs rares, le tout dans un décor de havre secret, où l’eau coule le long des murs moussus. La Garde Adhémar, c’est un ravissement, une balade parfaite.

C’est aussi le paradis des bons restos. Je ne me remets pas encore de la fermeture très récente du meilleur restaurant gastronomique du sud de la Drôme, l’Escalin, qui avait vue sur toute la vallée et dont l’atmosphère était idyllique. Peut-être sera-t-il repris ? A budget plus modéré, mon vrai coup de cœur, c’est l’Absinthe, sur la place principale du village : délicieux, local, et une ambiance paisible et colorée. C’est sans exagérer mon resto préféré dans le sud de la Drôme : le rapport qualité/prix/ambiance est imbattable.
Jetez aussi un coup d’œil au Tisonnier et au Prédaïou, très agréables, et à la Bella Vita, pizzéria super chaleureuse située dans un bâtiment superbe datant du XVIIIe.

Continuez la visite des châteaux de la Drôme provençale
A Montélimar, le château des Adhémar (oui, encore eux) est devenu un centre dédié à l’art contemporain, où la création s’est réfugiée entre les vieux murs dentelés.
A Chamaret, une tour médiévale saisissante, qui ressemble à celles de San Gimignano, s’élève au-dessus du village.
La tour de Crest est quant à elle un des plus hauts donjons d’Europe, un décor de film de chevaliers. Je vous en parle dans mon article consacré à la vallée de la Drôme.
Plus au nord de la Drôme, à Hauterives, le Palais idéal du facteur cheval est une merveille de poésie, que je ne manquerai pas de vous présenter sur le blog.
Vous pourrez retrouver tous les châteaux de la Drôme sur le site de la Drôme Tourisme.
Retrouvez également mes articles consacrés aux Baronnies provençales, à la Route de l’Olivier, aux plus belles randonnées du Diois et au Vercors drômois. Je suis une fervente drômoise !
Je vous en parlerai sans doute dans un prochain article – n’hésitez pas à vous abonner à la newsletter pour être tenu au courant !
La Drôme provençale a mille facettes et ne se résume pas au nougat, venez voir !

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