La vallée du Toulourenc ? Peu de voyageurs la connaissent, mais tous les locaux savent qu’elle est un des plus beaux sites de baignade en Provence. Au pied du mont Ventoux, au coeur des Baronnies, la rivière Toulourenc a creusé son lit dans le calcaire tendre, et dessiné des gorges fantasmagoriques. La couleur de l’eau chargée de minéraux revêt des teintes fabuleuses au gré des jeux de lumière, entre le bleu laiteux et le turquoise profond. Voyage au coeur de la haute Provence, où les sources murmurent des secrets.
Mise à jour en juillet 2023 : Cet article n’est plus d’actualité. A l’époque où j’ai publié cet article, en septembre 2016, le Toulourenc était un site connu des seuls locaux et relativement peu fréquenté. Aujourd’hui, en 2023, c’est un site qui est malheureusement victime de son succès et qui s’est beaucoup dégradé sous l’effet de la surfréquentation, au point qu’il est question d’interdire totalement l’accès aux gorges afin de permettre la régénération du site. J’ai aujourd’hui cessé de me rendre dans les gorges du Toulourenc. Pour plus de détails sur la situation actuelle, les menaces qui pèsent sur le Toulourenc, et des propositions alternatives, vous pouvez consulter cet article du Parc Naturel Régional du Mont Ventoux.
Je vous invite, en cet été 2023, à ne pas aller au Toulourenc pour protéger le site. Mais bien sûr, je comprends votre envie d’explorer les merveilles du pays du Ventoux, de la Drôme provençale et des Baronnies, et la recherche de baignade ! Je vous invite à consulter mes articles sur les Baronnies provençales, la route de l’olivier en Baronnies et le pays Diois, qui sont tout proches des gorges du Toulourenc et qui proposent des alternatives (y compris aquatiques : connaissez vous le Pas des Ondes ou encore les plages de l’Eygues ? Je vous en parle !) Bonne exploration, bonnes vacances en Provence !
La suite de cet article a été rédigée en 2016 et contient des informations qui ne sont plus à jour – je ne vous recommande plus de visiter le Toulourenc, en raison des menaces environnementales qui pèsent sur le site.


Fille de Provence
Je suis née dans le midi, au sud de la Drôme provençale.
Plus le temps passe, et mieux je mesure à quel point cette identité méridionale a façonné celle que je suis, et combien je me sens chez moi sur les hauts plateaux de calcaire, dans les pierriers où s’immiscent les ceps de vigne, et à l’ombre des grands figuiers. J’aime à la folie la Terre, et je rêve de la découvrir toute entière, mais jusqu’à ma mort, je ne serai à la maison qu’ici, en Provence, dans cette contrée magique (la plus belle de France à mes yeux, évidemment !) qui bondit des Alpes à la Méditerranée, au-dessus des collines épineuses et des villages perchés.

J’aime la haute Provence, la Provence intérieure, mystérieuse, celle qui se découvre au fil des routes en lacets, où le temps est long et où chaque pierre dissimule un lézard, une vipère ou une légende. Sous son grand soleil avenant, sa nature profonde est farouche, entortillée, et d’une certaine façon, je crois que je lui ressemble un peu – mon coeur a des airs de garrigue. Je me suis fondue à son climat, à ses humeurs. Je suis devenue incapable de vivre ailleurs et j’y reviens toujours, moi qui ai horreur de la pluie, mais qui me suis habituée au mistral, et préfèrerai toujours un grand jour de soleil et de vent, même mordant, au moindre crachin nordique.

Sources et rivières de la haute Provence
J’aime tout de la haute Provence, le plateau de Valensole, les gorges de l’Ardèche, les sublimes gorges du Verdon, et les Baronnies. Les Baronnies, ou le versant abrupt et aride de ma Drôme provençale, les sublimes montagnes aux oliviers et aux abricots. Mais comme tous les Provençaux depuis des siècles, toujours je recherche l’eau. La mer, les fleuves, les ruisseaux, les torrents, les puits, les sources souterraines – toute l’histoire de la Provence, c’est la quête de l’eau, de l’ombre et de la fraîcheur, ce sont les aqueducs et les fontaines, et les créatures écailleuses dont l’imagination remplit les bassins. Je rêve d’ondines et de nymphes, et comme tous les cours d’eau, mes rêves se fraient des chemins d’ombre vers la mer immense. Je n’aime jamais autant la Provence que là où les sources jaillissent.


Et c’est pourquoi j’ai été tellement séduite par la vallée du Toulourenc. Ici, l’eau a gagné la lutte contre la roche tendre, sculpté des grottes fantastiques et de hautes parois où les contrastes évoquent des peintures rupestres. La couleur de l’eau semble découler du songe. Beaucoup disent que les gorges du Toulourenc leur évoquent leurs soeurs méridionales, les gorges du Verdon, ou la vallée de l’Esteron. Elles s’inscrivent dans la même mythologie provençale : l’eau née du rocher, riche des millénaires qu’elle a traversée, l’eau artiste, qui dessine et qui polit.

Mollans-sur-Ouvèze, la porte des Baronnies
Pour rejoindre la vallée du Toulourenc, j’ai repris une route que je connaissais bien, et qui me plonge toujours dans une nostalgie très douce. J’ai découvert les Baronnies tard, moi qui ai grandi sur les rives du Rhône, dans la plaine; il m’a fallu attendre le lycée et rencontrer celle qui deviendrait une de mes meilleures amies. Alice avait grandi dans l’un des villages les plus perdus, les plus spectaculaires de ces montagnes : Beauvoisin, au-dessus de Buis-les-Baronnies. C’est grâce à elle, et à ses parents, agriculteurs bio amoureux de leur Provence secrète, que j’ai pu explorer cette région loin des grands axes, restée profondément authentique.


Comme toujours quand j’allais passer le week-end chez Alice, je suis passée par Mollans-sur-Ouvèze, superbe village perché qui me rappelle tant d’autres en Provence, dans le Lubéron ou le Haut-Var, et évoque les tempêtes à qui la Provence doit son visage si pittoresque. Si notre région est hérissée de châteaux forts, arrimés au sommet des collines, c’était pour voir l’ennemi arriver de loin dans un nuage de poussière; si nous avons des donjons, des remparts et de hautes murailles, c’est que mille ans durant, la Provence a été submergée par mille invasions, en lutte permanente pour sa survie, dans le bouillon de la féodalité. C’était l’époque des chevaliers et des troubadours, où être vassal d’un puissant seigneur était votre seule chance de survie lors du prochain raid barbare, où les murailles pouvaient tenir un siège, et les églises elles-mêmes se fortifiaient. Surplombé par son château du Xe siècle, Mollans-sur-Ouvèze est un village médiéval, haut et escarpé, tout en calades, voûtes et passages secrets.
Son église, elle, est postérieure : elle est la seule église de France à avoir été construite durant la révolution française, une bizarrerie à laquelle je n’ai su trouver l’explication. Mais c’est sa fontaine et son lavoir qui m’ont le plus séduite – elles incarnent tout ce que j’aime en Provence.

La vallée du Toulourenc, idée de balade au pied du Ventoux
Ma route continue au coeur de la vallée du Toulourenc, là où le fleuve a tracé son chemin de beauté. Si vous avez la bonne idée de séjourner dans la région du Ventoux, ne manquez pas les gorges du Toulourenc – cela restera une des plus jolies balades que j’ai faites dans la région. Remonter un ruisseau couleur Lune et Saturne, les pieds dans l’eau vive, au milieu de grandes parois creusées comme des vagues de pierre, a quelque chose d’un peu magique.



Carnet pratique : la vallée du Toulourenc
Comment accéder aux gorges ?
Pour accéder aux gorges du Toulourenc, il vous faudra partir du hameau de Veaux. Côté Drôme, vous y accéderez par Mollans-sur-Ouvèze, en suivant les panneaux « Vallée du Toulourenc/Hameau de Veaux ». Côté Vaucluse, vous y accéderez par Malaucène, au pied du Ventoux, en suivant la « route du hameau de Veaux » (indiquée au coeur du village). Le hameau de Veaux est situé environ à équidistance des deux villages, soit à une dizaine de kilomètres de l’un ou de l’autre. A proximité du hameau, vous trouverez plusieurs parkings indiquant « Gorges du Toulourenc ». A partir de là, vous accédez à la rivière, qui court à cet endroit là entre des berges jolies, mais pas spectaculaires. Pour remonter en direction des gorges et grottes, il faut aller contre le sens du courant. Vous les atteindrez en 45 minutes de marche environ.

Sécurité : informations importantes
Je suis allée à la vallée du Toulourenc en fin d’été, par un jour de grand beau temps, et alors qu’il n’avait pas plu depuis longtemps. Dans ces conditions météo optimales, la rivière n’est pas dangereuse du tout, et de nombreuses familles étaient présentes avec de jeunes enfants. Le niveau d’eau variait entre 10 cm et 1m environ (j’ai eu très brièvement de l’eau jusqu’au nombril, cela a été le maximum). Les parents portaient les jeunes enfants lors des rares passages un peu profonds.
Mais cette rivière peut se révéler extrêmement dangereuse en cas de montée du niveau d’eau. J’ai vu des images très impressionnantes ici : en raison de barrages en amont, le niveau d’eau peut monter de façon fulgurante en moins d’une minute, et le petit ruisseau se transformer en torrent déchaîné. Si le temps est incertain, si le courant vous paraît rapide, s’il a plu dans les jours qui précèdent (ici ou plus au nord), si l’aspect de la rivière vous paraît menaçant, n’y allez pas.
Les autorités recommandent vivement de toujours consulter le site Vigicrues, accessible ici, le matin même avant de partir – ces gorges sont sujettes aux crues subites. N’y allez pas si un risque existe.
C’est une balade durant laquelle vous n’avez pas le choix, vous devrez vous mouiller. Choisissez une période durant laquelle la température de l’eau est clémente ! Et munissez vous de bonnes chaussures de marche qui peuvent être mouillées, ainsi que d’un short et un tee shirt en matière « sport » qui sèche vite.
Bonne promenade !

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