Sorrente, Positano, Amalfi. La route serpente à flanc de falaise, au-dessus de la Méditerranée radieuse. Les villages s’accrochent aux pentes fleuries, comme s’ils cherchaient à se pencher le plus loin possible au-dessus de l’eau, pour y mirer le reflet de leur blancheur festonnée de bougainvilliers et de citronniers. Chaque virage, chaque belvédère est une carte postale. Beaucoup disent que cette route de Sorrente à Amalfi longe la plus belle côte d’Italie, la côte des Dieux. Grecs, Romains, Ostrogoths, Lombards, tous ont été fascinés par la beauté de ces paysages, et y ont laissé leur empreinte. Cela restera un de mes souvenirs méridionaux les plus éclatants, les plus parfaits – ce sont des moments qui vous donnent envie de vivre pour toujours.


A la fin du dernier article, je vous avais laissés à Pompéi, avec un crépuscule mélancolique sur les ruines antiques. Nous poursuivons désormais vers le sud, le long de la côte magique. Je passerai la nuit à Vico Equense, la porte de la péninsule sorrentine. Puis le lendemain, ce sera le chapelet de perles littorales : Sorrente, Positano, Amalfi – et au milieu, tous les petits villages ravissants dont les noms se mélangent, Praiano, Furore, Conca dei Marini. Chaque seconde est un émerveillement.
Positano ou Amalfi ? Comment choisir entre deux paradis ?


Vico Equense et Sorrente
En quittant Pompéi, je traverse le port de Castellammare di Stabia, enflammé par le soleil couchant.


De l’autre côté de la baie, le Vésuve guette – le soir l’incendie d’ocre et de vermeil, comme si l’éruption recommençait déjà, et c’est une vision aussi fascinante que terrible. Je dors à l’hôtel Aequa à Vico Equense, et depuis le balcon de ma chambre, je vois le volcan sombrer dans la nuit et Naples s’illuminer. C’est une permutation cosmique entre l’ombre et la clarté, et je suis happée par cette vue hors du commun, par ces luttes célestes au-dessus du volcan. A cinq heures du matin, je mettrai mon réveil pour voir l’aurore sur Naples, le ciel empourpré, et c’est une vision à la Autant en emporte le vent, un décor peint.



Recouverte d’une tonnelle végétale, la terrasse de l’hôtel donne sur le vide, sur la mer si bleue, et c’est un tremplin vers les merveilles du jour. Que la vie est douce ici. Tout donne envie de ne jamais repartir.

A quelques lacets azurés de là se tient Sorrente, la station balnéaire la plus courue de la côte. On est ici tout près de Capri, qu’on rejoint en trente minutes de ferry, tout près de Positano, qu’on gagne en voiture ou en bateau, tout près de Pompéi. Les voyageurs s’installent ici et rayonnent dans toute la Campanie. J’ai préféré dormir à Vico Equense, pour ses prix plus bas et ses vues plus spectaculaires encore sur le Vésuve. Mais je voulais voir Sorrente.


La région est célèbre pour ses citrons absolument monstrueux (je n’exagère pas – je n’ai JAMAIS vu des citrons de cette taille, grands comme des melons), et Sorrente semble toute entière placée sous le patronage du fruit tutélaire.

Partout, on vend des citrons, du limoncello (liqueur de citron), du sorbet de citron, et une boisson que je n’ai goûtée nulle part ailleurs, et qui m’a totalement conquise : le jus d’orange pressée mélangé à du slushee de citron. On l’appelle granita, ou special drink, ou Sorrento drink, ou slush… Au bord des routes, au coin des rues, les marchands vous le proposent, et c’est toujours un délice. Mais le règne du citron ne s’arrête pas en si bon chemin – les façades sont jaune pâle, certains cafés proposent même des sièges en forme de glace au citron, les citrons en guirlande décorent les façades. J’ai l’impression d’avoir pénétré dans un citron géant.


Sorrente est la ville de Torquato Tasso (en V.F. Le Tasse), immense auteur du 16e siècle, à qui on doit l’épopée de la Jérusalem délivrée. Je vais admirer sa statue au milieu des calèches qui parcourent les rues claires et gaies.


Mais parmi les hommes de pierre de Sorrente, la statue qui me touche le plus est celle de St François d’Assise, devant l’église qui porte son nom (San Francesco). Le mystique amoureux de la nature est représenté avec un oiseau qui prend son envol, bénissant toutes les créatures de Dieu. Le cloître de l’église, envahi par la végétation, est un havre de beauté paisible.



La ville s’arrête sur la falaise abrupte, et au loin, par-delà les eaux étonnamment claires et vives, on devine Capri, « l’île des délices ». C’est une promesse que j’irai bientôt cueillir – mais aujourd’hui, mon chemin continue vers Positano et Amalfi.

C’est une des plus belles routes que je connaisse. Je pense à la Pacific Highway californienne, vers Big Sur, et à la Corse. Traverser ainsi la péninsule sorrentine vers le sud, entre les pics rocheux et la mer, c’est une succession d’à pics efflorescents, de panoramas spectaculaires, de balcons bleus sur la douceur. On dit qu’ici, le gel ne vient jamais mordre les cactus et les bougainvilliers. Ici, c’est déjà ailleurs, et c’est si beau.




De Positano à Amalfi
Positano est à mes yeux le joyau de la côte amalfitaine. On a dressé sur les collines au-dessus de l’eau des empilements de maisons colorées, comme un château de cartes arc-en-ciel, on l’a garni de fleurs et de perspectives où la mer chatoie, et le soir, on l’a doucement éclairé de lampions et de guirlandes. Il est difficile d’exprimer le charme, la beauté de ce village. C’est celui qui m’a séduite, celui où je me suis juré de revenir. De Sorrente à Amalfi, j’ai adoré tous les lieux – mais Positano est le plus irrésistible de tous.


Nombre de rues sont entièrement recouvertes par des arches de végétation – vigne vierge, lilas ou glycine, et des caoutchoucs géants donnent un air sauvage à la petite ville élégante. Tout est coloré, scintillant, et le port a des airs d’aquarelle quand la nuit tombe.




Je mange le soir au merveilleux restaurant Rada, niché dans la falaise, blanc et ouvert sur la Méditerranée. C’est un déferlement de perfection, j’ai l’impression d’avoir plongé dans un magazine. Positano me donne envie de rester mille fois plus longtemps, et je repars enchantée, un peu frustrée des heures trop rares.


Jusqu’à Amalfi, on remarque le joli village de Praiano, et la plage de Furore, entre deux falaises (une des rares plages sur cette côte rocheuse escarpée). A Conca dei Marini, je tombe amoureuse du grand hôtel Il Saraceno, avec sa terrasse blanche sur la mer, qui donne follement envie de s’y marier, à la lueur des chandelles et de la lune.


Puis vient Amalfi, la ville qui pleure sa gloire dévorée par les eaux. Difficile d’imaginer, quand on voit ce village de cinq mille âmes, qu’un jour cette cité en compta plus de soixante-dix mille, qu’elle était un des ports les plus puissants de l’Italie médiévale, une ville florissante, ouverte sur l’Orient, où l’or et les senteurs coulaient à flots.


Le destin d’Amalfi ressemble à un conte moral, tiré d’une légende enluminée, comme celui d’autres villes qu’on dit punies d’avoir été trop brillantes, trop orgueilleuses – d’avoir défié les Dieux par leur insolente prospérité. L’Atlantide, ou Vineta, en Scandinavie : les villes châtiées, les mythes qui font frémir l’échine. Amalfi leur ressemble. En 1343, la ville est tombée dans la mer. Difficile de l’expliquer autrement. Ce sont des villes construites à même la roche, dans une région gouvernée par les caprices du volcan. En 1343, un séisme a secoué la Campanie, la falaise toute entière s’est écroulée, et Amalfi s’est effondrée dans la mer, corps et biens.



La ville ne s’en est jamais vraiment remise. Un air de mélancolie très douce entoure la sublime cathédrale, qui a survécu au désastre, et dont les dorures, les mosaïques et les portes forgées à Byzance trahissent l’inspiration orientale. C’est un somptueux vestige de l’Amalfi triomphante.


C’est pour cela que l’Italie nous touche autant – pour les fantômes et les échos qui auréolent sa lumière estivale, pour les temples et les statues morcelées sous les fleurs, les rêves d’hier au bord de l’eau. Je sens à quel point je tombe amoureuse de ce pays magique.


Et au prochain article, je vous emmène à Capri. Vous me suivez ?

Sorrente, Positano, Amalfi : préparer son voyage
Où dormir sur la côte amalfitaine ? Positano ou Amalfi ?
Côté Sorrente : Plutôt que de dormir à Sorrente, très vite prise d’assaut, je vous conseille Vico Equense, idéalement située entre Naples, Sorrente et la côte amalfitaine, d’où vous pouvez rayonner partout, où les tarifs sont plus bas et la vue sur le Vésuve sublime. J’ai dormi à l‘hôtel Aequa et j’ai été époustouflée par la vue sur la baie de Naples, depuis les chambres et la terrasse. Il est également possible de rejoindre Capri depuis Sorrente.
Sur la côte amalfitaine : Positano ou Amalfi ? Positano est très pratique pour rayonner sur la péninsule sorrentine et la côte amalfitaine. Amalfi est très pratique si vous comptez poursuivre jusqu’à Ravello, la merveilleuse cité des collines.
Se déplacer sur la côte amalfitaine
Sorrente-Amalfi, en théorie, cela se fait en moins d’une heure et demi – mais vous pouvez (devez !) compter la journée au minimum. Ce sont des routes minuscules, encombrées, et où on veut s’arrêter tous les mètres. La circulation est très difficile, en raison d’une situation que j’ai du mal à comprendre : alors que la route est vraiment étroite et sinueuse, elle n’est pas interdite aux monstrueux bus de tourisme, qui se coincent à chaque virage, et créent des bouchons monstrueux. J’y suis allée le premier week-end de juin, et les embouteillages étaient déjà importants. Je n’ose imaginer ce que cela doit être en juillet-août… Je vous recommanderais d’éviter absolument la très haute saison, et de venir au printemps ou en automne, voire au coeur de l’hiver – ici, il ne gèle jamais, et la côte amalfitaine n’est de toute façon pas le meilleur endroit pour la baignade. Les plages sont rares (vous en trouverez à Sorrente et à Furore) – ici, on vient surtout pour la beauté incroyable des paysages, et le charme des villages. Si vous venez en juillet-août, ou tout simplement, si vous voulez éviter la route, prenez le bateau. Vous pouvez prendre le ferry ou des bateaux privés depuis Sorrente, Positano, Amalfi – tous sont reliés par des services de navettes publiques ou privées.

Le plus joli village de la côte amalfitaine ?
Positano. Objectivement et sans hésiter. C’est pour moi le summum du romantisme. Mais Amalfi est aussi ravissant, et tous le sont.
Spécialités de la côte amalfitaine
N’oubliez pas de goûter au « special drink« , le jus d’orange pressé au slushee citron. Vous serez conquis. Autres spécialités ? Le sorbet citron, le limoncello, la salade de poulpe, et la mozzarella di buffala, qui est fabriquée ici en Campanie. C’est de très loin la meilleure que je connaisse, car la vraie mozzarella, elle vient d’ici (appellation protégée) ! D’ailleurs, ici personne ne vous arnaquera en écrivant sur le menu « mozzarella » s’il s’agit de lait de vache : dans ce cas là, cela s’appelle « fior di latte ». La mozzarella, c’est la buffala, point. Variante ? La burrata, mozzarella crémeuse (elle aussi au lait de bufflonne), tout ausi délicieuse.
Combien de temps sur la côte amalfitaine ? L’itinéraire parfait
Prenez une semaine ou dix jours. Commencez par découvrir Naples et Pompéi. Explorez la péninsule sorrentine. Prenez le temps de découvrir Positano, follement romantique. Poursuivez la route jusqu’à Amalfi ou, mieux encore, jusqu’à la belle Ravello. Revenez sur vos pas et prenez le ferry pour Capri. Finissez en beauté sur l’île des dieux…
Quand vous aurez fini d’explorer la côte amalfitaine (si tant est que ce soit possible), partez pour Capri, si proche, si tentante… Je vous y emmène ? Capri, c’est par ici !

voyage sur la côte amalfitaine – blog amalfi – blog positano – plus beau village côte amalfitaine – amalfi ou positano ? – découvrir sorrente – que faire à sorrente – voyage à sorrente – où dormir sur la côte amalfitaine – blog sud de l’italie

Laisser un commentaire