Savez-vous que le Grand Canyon demeure une énigme ? Il a beau être universellement considéré comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde, et attirer des millions de voyageurs fascinés par sa beauté qui se décline en superlatifs, le Grand Canyon n’a pas révélé tous ses secrets. Aujourd’hui encore, les scientifiques continuent d’échafauder des théories pour comprendre comment la rivière Colorado a pu creuser un tel monstre. Quelques chiffres qui donnent le vertige : 450 kilomètres de longueur, une profondeur moyenne d’un kilomètre, avec un maximum de deux kilomètres, et une largeur incroyable d’entre cinq et trente kilomètres séparant les deux lèvres du gouffre. Le Grand Canyon est un incontournable, un des lieux qu’il faut avoir vu une fois dans sa vie. Mais c’est aussi un lieu mystérieux qu’on ne comprend pas, qui semble perpétuellement défier le regard et l’entendement. Voyage à la poursuite des mystères du Grand Canyon.


Cet article fait partie d’une série consacrée à un road trip en Arizona, qui va durer tout le mois d’avril sur Itinera Magica, et qui est associée à un jeu concours, « Avril en Arizona ». Pour lire l’introduction générale et participer au concours, c’est par ici.
Les ténèbres vivantes
J’arrive au Grand Canyon à la nuit tombée, après avoir roulé sur une portion de route 66. En quittant Sedona et en poursuivant vers le nord, j’ai bien senti peu à peu que je quittais les plaines, et que je prenais graduellement de l’altitude. L’air se rafraîchit, les cactus disparaissent et laissent place aux pins. Mais cette élévation est insidieuse, et je n’ai pas senti que j’étais si haut. Que tout à coup la surface, qui semblait plane, aller s’ouvrir en deux comme un tronc sur lequel s’abat une hache, et qu’un trou de mille ou deux mille mètres allait béer sous mes pieds. On peut s’approcher du Grand Canyon et ne rien voir, ne rien deviner. Cette faille immense, qui a la forme d’un éclair couché sur le sol, surgit aussi avec la soudaineté de la foudre. Tout est vide et plat, tout semble inoffensif, et soudain, soudain – il n’y a plus de mots.

Je ne peux pas attendre le matin. A trois heures du matin, dans un froid épouvantable, je me réveille saisie de l’impérieuse nécessité de voir le canyon, maintenant, je marche trente minutes dans le noir et le vent, et je vais à la faille.
C’est comme se tenir au bord du ciel. Les ténèbres sont trop épaisses pour que je puisse détailler le visage de l’immensité, mais je la perçois confusément. Je devine tout ce vide qui trémule dans la nuit, comme un animal dont les pulsations sourdes se logeraient sous ma peau. Je suis transie. Les rafales vont vaciller le trépied de mon appareil photo, les images sont floues, imprécises. Il me faudra attendre le matin.

Le pays de Dieu
Je retourne me mettre à l’abri, mais je ne peux pas dormir. Je guette les premières lueurs de l’aube pendant deux heures, puis je recommence mon pèlerinage dans la bourrasque. Cette fois, je ne suis plus seule. Des dizaines de personnes emmitouflées attendent le lever du jour.

Peu à peu, la lumière dorée vient toucher les crêtes, comme le doigt de Dieu au plafond de la chapelle Sixtine, et délaie l’ombre qui dissimule les mille accidents et anfractuosités de la roche.

A vrai dire, le Grand Canyon n’est même pas le canyon le plus profond qu’on trouve sur Terre. Le canyon de Yarlung Tsangpo, au Tibet, et le canyon de Colca, au Pérou, se disputent ce titre. Ce n’est pas non plus le plus large. Cet honneur revient au canyon de la Fish River, en Namibie, suivi de la vallée de Capertee, en Australie. Mais la conjonction des facteurs – longueur, profondeur, largeur – fait de lui le plus spectaculaire, le plus saisissant. C’est aussi celui où les différentes strates du manteau terrestre, mises à nues par l’eau qui taillade la pierre, sont les plus visibles et explicites. Un profane voit à l’œil nu les différentes couches : le calcaire, le grès, l’argile, le granite, le schiste, recelant toutes le secret d’une époque du monde. Plonger le regard dans la gorge, c’est remonter le temps. Plus grande est la profondeur, plus la roche est ancienne. Au fond du canyon, où coule le fleuve, on foule un sol vieux de six cent millions d’années. C’est le fondement géologique du continent américain, « rock bottom », disent les Américains. Le fond du fond, le bas du bas. Le secret à découvert. C’est comme si la Terre avait choisi cet endroit précis pour se mettre à nu, abrasant couche par couche tous les revêtements qui la soustrayaient à notre curiosité. Ce geste de dévoilement est si extrême qu’il en deviendrait presque obscène, psychanalytique : je suis votre mère la Terre, et vous me voyez nue jusqu’à la moelle.

Je vois des gens en prière. Toujours aux Etats-Unis, je suis marquée par cette communion transconfessionnelle face aux splendeurs de la nature. Certains y voient l’œuvre d’Allah ou Yahvé, d’autres le giron de Mère Nature, d’autres encore la clef du destin. Car d’une certaine façon, le Grand Canyon est le signe d’une élection divine. C’est peut-être la clef d’un certain tempérament américain – le messianisme et la mégalomanie.

Imaginez. Imaginez l’exilé qui a fui l’Europe, les persécutions religieuses et la misère, qui a traversé l’océan sur une coquille de noix, et continué son avancée vers l’Ouest, Bible en main, mu par la certitude d’une révélation imminente. Et il découvre ce pays que la démesure cheville au corps. Il découvre les plaines plus grandes que tout ce que l’Europe a jamais pu contenir, balayées par des tornades infernales, il découvre les geysers qui jaillissent du sol, les orages plus dantesques que dans ses pires cauchemars, les déserts vertigineux. Car les Etats-Unis sont le pays des records monstrueux. Les plus violentes tornades, la plus haute température jamais enregistrée sur Terre, les orages les plus apocalyptiques, et ça. Le Grand Canyon. Comment ne pas penser avoir trouvé le pays de Dieu ? C’est une terre biblique, sublime et violente, une terre qui semble avoir été façonnée par Dieu pour donner aux hommes des raisons de croire en Lui. J’ai lu et entendu mille fois l’argument dans la bouche des tenants du design intelligent. « Vous croyez que la nature explique tout ? Mais vous êtes fous. Regardez le Grand Canyon. Si vous pensez vraiment que c’est le fleuve Colorado qui a creusé ça, vous êtes un idiot. Un minuscule cours d’eau qui ouvre une faille de deux kilomètres de profondeur et trente de largeur ? » Si les sites web des créationnistes mettent le Grand Canyon en première ligne dans leur guerre contre la rationalité scientifique, c’est parce qu’un certain nombre d’énigmes n’ont pas été élucidées.
Le Grand Canyon : un mystère géologique
Car le strip-tease de la nature n’a pourtant pas permis de percer tous les secrets du monstre géologique. Il y a des incohérences dans le Grand Canyon : des roches très anciennes qui côtoient d’autres beaucoup plus récentes, une rivière qui part à l’assaut d’une montagne, des sédiments qui ne collent pas avec les grandes thèses sur la formation du canyon, et beaucoup d’autres bizarreries qui donnent aux créationnistes mille prétextes pour faire entrer Dieu dans l’équation. Le livre du brillant géologue Wayne Ranney, Carving Grand Canyon: Evidence, Theories and Mystery propose un fabuleux tour d’horizon des différentes théories en présence, et des énigmes qui n’ont toujours pas été résolues.

Jamais le fleuve Colorado n’aurait pu creuser le Grand Canyon dans les grands espaces de l’Ouest si cette région n’était constituée d’immenses plateaux. Il a fallu que la Terre se soulève toute entière, que le continent américain se hisse sur la pointe des pieds pour former ces blocs vertigineux de pierre compacte, dans laquelle l’eau est venue se frayer un chemin. Sans plateau, pas de canyon. Pourquoi le Mississipi, qui est un fleuve colossal, infiniment plus large, puissant et profond que le Colorado, n’a jamais dessiné le moindre canyon ? Parce qu’il n’a pas eu d’élévation à se mettre sous la dent, pas de muraille à franchir. A une autre échelle, nous en avons un exemple chez nous, dans les gorges de l’Ardèche, du Tarn et du Verdon : pour que naissent ces merveilles géologiques, il faut des roches tendres à sacrifier. La clef, ce n’est pas la rivière, ce sont les plateaux, la nature de ces roches qui demandaient à être brisées, tranchées, ouvertes. La fascination qu’exerce le Sud-Ouest des Etats-Unis sur tant de voyageurs réside peut-être dans cette audace : c’est là que la Terre réclame qu’on la dénude.
Il ne faut pas non plus imaginer que le Colorado seul, ce fleuve fourbe et dangereux, mais dont le débit est finalement est assez maigre, ait pu creuser une telle étendue – jamais le Colorado, qui prend sa source au cœur des Rocheuses et n’est finalement qu’une grande rivière de montagne, n’a fait trente kilomètres de large. Mais un phénomène de grande dénudation a eu lieu : la brèche ouverte par la rivière a été peu à peu agrandie par l’érosion. Au fil des ères climatiques, des glaciers se sont formés, et ont rompu la roche, provoquant l’écroulement des sédiments, jusqu’à atteindre la base solide du continent. Le Colorado ne semble pas pouvoir creuser plus bas. Jusqu’ici, les scientifiques sont à peu près d’accord.

Mais voici le premier grand mystère. Le fleuve Colorado coule d’Est en Ouest : des Rocheuses au Golfe de Californie, où il va se jeter dans l’océan. Si le Grand Canyon est aussi spectaculaire, c’est qu’à une cinquantaine de miles à l’Est du Lake Powell, le Colorado prend soudain un virage à quatre-vingt-dix-degrés, et s’engouffre dans le plateau de Kaibab. Aucune faille géologique ne semble pouvoir expliquer ce changement soudain de cours : le Colorado va à rebours de la faille. En temps normal, l’eau choisit toujours le chemin le plus aisé. Elle suit les failles, et surtout, elle ne grimpe pas à l’assaut des montagnes, elle les contourne. Or le cours audacieux du Colorado évoque la folie d’Hannibal, qui décide de traverser les Alpes à dos d’éléphant : voici un fleuve qui va se jeter droit contre l’élévation, qui grimpe au plateau, qui vient l’attaquer, le ronger avec opiniâtreté, comme si un obscur désir de vengeance le poussait à faire fi des bonnes manières géologiques. Tout à coup, le Colorado met le cap à l’Ouest toute, et part à l’abordage de Kaibab. Mille théories ont tenté d’expliquer cette étrangeté. Beaucoup pensent même que le Colorado coulait autrefois dans l’autre sens, et qu’un soudain changement de direction a eu lieu. Mais comment ? Pourquoi ? L’analyse des roches et des sédiments ne peut confirmer cette hypothèse. D’autres encore que le fleuve était là avant, et que le plateau de Kaibab est monté après. Que la montagne est venue s’enchâsser autour de la rivière. Une telle hypothèse donne le vertige, et soulève la question irrésolue de la vitesse de création du Grand Canyon. Combien de temps a-t-il fallu à l’érosion et aux forces titanesques de la nature pour creuser le Grand Canyon ? Certains évoquent une naissance rapide, soudaine, en un battement de cils géologique.

Rivières pirates et aventuriers kamikazes
Une autre théorie encore est celle de la conjonction de plusieurs fleuves. Les hauts plateaux d’Arizona invitent à cette hypothèse. Le mot « Grand Canyon » est trompeur : il ne s’agit pas que d’une faille, d’un fleuve. L’Ouest des Etats-Unis, et tout particulièrement le pays des canyons, Arizona et Utah, c’est un réseau inouï de plateaux ravinés par mille rivières sournoises et entêtées, qui s’immiscent dans la pierre rouge et dessinent un lacis inextricable de boyaux abrupts et de gorges dédaléennes. Voilà pourquoi les trajets en voiture sont si longs, voilà pourquoi il faut des heures pour aller de Grand Canyon Village à Page (à l’Est) ou à Supai (à l’Ouest), alors que les distances à vol d’oiseau ne sont pas si spectaculaires : nous roulons au milieu d’un gruyère de roches vaincues par l’eau.

Dans ce champ de bataille géologique, les rivières pratiquent un comportement que les géologues qualifient de pirate : la captation et le détournement d’un cours d’eau par un autre, comme une bande de flibustiers qui se jetteraient sur le pont d’un autre navire pour s’emparer de son commandement. Une rivière cisaille une barrière rocheuse pour rejoindre le cours d’une autre. Quand elle la rejoint enfin, elle la détourne complètement : toute l’eau se jette dans le canyon creusé par la rivière audacieuse, et le lit piraté se retrouve vide et déserté. Ainsi se métamorphose le labyrinthe de pierre. L’explication du virage vers l’Ouest du Colorado réside sans doute dans un tel acte de piraterie. Mais jamais personne n’a encore trouvé la preuve du forfait, et résolu l’énigme de la rivière audacieuse qui se lance à l’assaut de la montagne.

Lui-même fleuve pirate, le Colorado est aussi un cours d’eau dangereux. Si le barrage sur le Lac Powell a régulé ses explosions de fureur, les rapides continuent de tuer régulièrement les imprudents. On meurt souvent au Grand Canyon, et le livre Over the Edge: Death in Grand Canyon répertorie les accidents. Les chutes sont les plus meurtrières. La starlette hollywoodienne des années 40 qui s’approche trop du bord pour faire plaisir aux photographes, la jeune mariée qui avait décidé de parcourir le Grand Canyon d’un bout à l’autre pour son voyage de noce, le père de famille qui veut effrayer sa fille en faisant croire qu’il trébuche, et trébuche vraiment, tous sont avalés par la gorge infernale. Mais la rivière continue de réclamer son tribut. Les expéditions en rafting durent une dizaine de jours, et sont unanimement décrites comme une expérience hors du commun, bouleversante. J’avoue en rêver. Mais lorsque j’arrive au point de vue de Desert View, tout à l’Est du parc national du Grand Canyon, et aperçois le rapide de Hance, mon cœur se serre. Je suis à des kilomètres du rapide, le Colorado est réduite à la taille du filet qui coule d’un robinet, et pourtant je le vois – l’eau blanche, blanche, blanche, agitée par des remous que je n’ose imaginer. Un ranger me dit que prendre Hance Rapid en rafting au début du printemps, quand la fonte des glaciers gonfle le fleuve, c’est comme tomber d’un immeuble de trois étages.

Une histoire fascine tous les voyageurs amoureux du Grand Canyon : celle de la première expédition d’exploration, entreprise en 1869 par John Wesley Powell. Le récit qu’il en a tiré, The Exploration of the Colorado River and Its Canyons est un immense classique de la littérature de voyage, et je l’ai lu la nuit durant mon insomnie exaltée, après ma première balade nocturne au bord de la faille, attendant l’aube en compagnie de ces aventuriers fous qui se lancent au péril de leur vie dans la dernière grande exploration américaine. A cette époque, la région du Grand Canyon est un repoussoir. C’est un paysage aride, raviné, plein de failles gigantesques, de grands plateaux rongés par les vents et où rien ne pousse. Inutile à la culture, effrayant, le pays des canyons ne deviendra attractif qu’à l’heure où le tourisme en soulignera la beauté, et changera le regard porté sur ces terres stériles. Mais à l’époque de Powell, les pionniers contournent cette gueule d’enfer pour rejoindre la belle Californie, où vient de s’achever la ruée vers l’or.

Powell est fasciné par cette terra incognita ardente et profonde. Il monte une équipe d’aventuriers et de scientifiques qui naviguera sur tout le cours du fleuve Colorado, de sa source dans les Rocheuses à son embouchure. Ce n’est pas une expédition autorisée : Powell n’a sollicité aucune permission officielle. Ce n’est pas une mission de colonisation : aucune instance n’a chargé Powell de défricher de nouvelles terres, ou de conquérir des territoires. C’est la poursuite d’un rêve fou, dévaler le Colorado en bateau, et noter et dessiner frénétiquement tout ce qu’ils croisent. Powell est fasciné par cet espace vide sur la carte, ce pays des canyons désolé, grand comme le Texas, traversé par une rivière infestée de rapides mortels et de cascades rugissantes. Le danger est inouï. Dix hommes se lancent à l’aventure. Très vite, les provisions d’eau et de nourriture et les instruments scientifiques sont arrachés par la furie des rapides. Le voyage devient une traversée en enfer. La faim les taraude, la mutinerie gronde, les Indiens les attaquent. Six hommes seulement, émaciés et hagards, arriveront à l’embouchure. L’un des déserteurs rejoindra un village Amérindien et finira sa vie parmi les Paiute. Trois autres disparaîtront sans laisser de trace après avoir choisi d’abandonner l’aventure, engloutis par le pays des canyons.

Les peuples du Grand Canyon
Les six survivants ramèneront des témoignages inestimables sur la vie des Amérindiens et leurs villages nichés dans la pierre rouge. Plusieurs peuples vivent encore sur les rives du Colorado, au fond du canyon : les Hualapai, les Havasupai, les Hopi, les Paiute et les Navajo. Ils sont les descendants d’une occupation infiniment ancienne, et dont on lit les traces à l’Est du Grand Canyon National Park, près de Desert View, où on peut déambuler parmi les ruines des « pueblos », ces villages établis il y a plus de mille ans dans ce qui était une immense zone de civilisation pré-colombienne, qui avait gagné ces terres arides depuis l’Amérique centrale. Ce sont des cercles de pierres blanches et les fantômes des murs de maisons et de greniers, les traces de cultes et d’artisanats immémoriaux, tandis qu’à l’horizon, les plus hautes montagnes d’Arizona, les San Francisco Peaks, culminent à plus de trois mille mètres et se détachent des grandes plaines. Pour les Amérindiens, le canyon et ces montagnes étaient les demeures des esprits, le pays des morts et des Dieux.

J’évoquerai la culture et l’art des Natives dans un prochain article à venir sur Itinera Magica, pour continuer ce road trip en Arizona ; vous pouvez déjà découvrir les peuples du Grand Canyon ici.

Ma visite au Grand Canyon s’achève sur une tour édifiée en leur hommage. Chacun sait le mal que la colonisation européenne a fait à ces peuples millénaires, la brutalité génocidaire de l’expansion forcenée, et la destruction d’un monde. Mais parmi les envahisseurs, certains ont pris conscience de la valeur de cette culture martyrisée, et voulu célébrer sa beauté. C’est le cas de Mary Colter, l’architecte de la Desert Tower, tout à l’Est du parc. Surplombant l’un des plus beaux points de vue sur le Grand Canyon, la rivière et ses rapides, la tour solitaire s’élève au-dessus du vide, sentinelle du rêve.

Mary Colter s’est plongée cœur et âme dans l’art des Amérindiens, a visité leurs villages et admiré leur art. Sur les murs de la tour, elle a voulu leur rendre hommage. Une femme architecte, dans le monde encore misogyne et fermé des années 1930, une femme passionnée par la culture de ces peuples que tout le monde méprise alors – comme elle me plaît ! On monte dans la Desert Tower par une spirale d’escaliers étroits, comme dans une grotte qui reviendrait aux origines du monde, et on y lit, fidèlement reproduits sur les murs sombres, les pétroglyphes gravés dans la roche il y a plusieurs milliers d’années par les premiers peuples, les fresques et les couleurs des cultures éternelles du pays des canyons. Ce n’est pas seulement la plus belle façon de dire au revoir au Grand Canyon que de le voir sous le soleil descendant, par les fenêtres de la tour aux âmes. C’est la porte d’entrée vers la suite du voyage, la note qui va donner le ton des prochains jours : en quittant le Grand Canyon dans le soir, et en continuant vers Page, j’entre sur le territoire de la nation Navajo.

La suite du road trip : Antelope Canyon, Lake Powell, les cultures amérindiennes… Bientôt sur Itinera Magica ! N’hésitez pas à laisser un commentaire, j’en serais ravie, et à vous inscrire à la newsletter.

Découvrir le Grand Canyon en pratique : itinéraires et astuces
Comment se rendre au Grand Canyon ? Où dormir ? Les différents « Rims »
Le Grand Canyon s’étend sur 450 km, bordé par le Lake Powell à l’Est, et le Lake Mead à l’Ouest. Il existe trois zones touristiques principales, qui concentrent l’afflux de visiteurs.
– Le bord sud de la faille, dit South Rim. On y accède par Grand Canyon Village, à quatre heures de route au nord de Phoenix, ou deux heures au nord de Sedona. C’est la zone touristique la plus célèbre, qui concentre une fabuleuse succession de points de vue sur le Grand Canyon. Les visiteurs dorment soit à Grand Canyon Village, soit un peu plus au sud, à Tusayan. J’ai dormi à Grand Canyon Village, dans le parc naturel, et j’ai regretté ce choix : les hébergements et restaurants y sont très coûteux. Je recommande de dormir à Tusayan, à quinze-vingt minutes du canyon, où tout est plus abordable… et où les restaurants restent ouverts après vingt heures ! J’avais déjà fait cette expérience à Yosemite l’an dernier : au sein des parcs naturels, les infrastructures sont rares et chères.
– Le bord nord de la faille, dit North Rim. La plupart des visiteurs y accèdent par l’Utah, et dorment à Kanab ou Fredonia. C’est ici que le canyon est le plus profond, et les afficionados du Grand Canyon disent préférer ce point d’accès. Néanmoins, les points de vue sont moins facilement accessibles que sur le South Rim – c’est un lieu idéal pour la randonnée.
– Grand Canyon West est le point d’accès privilégié des voyageurs qui arrivent de Las Vegas, d’où il n’est qu’à deux heures de route. C’est là qu’on trouve la célèbre Skywalk, plateforme de verre qui permet de marcher au-dessus du vide.


Découvrir le Grand Canyon ? Quelle partie visiter ? Quels points de vue ?
Pour s’offrir un maximum de points de vue sublimes sur le Grand Canyon, le South Rim est idéal. Grand Canyon Village a été mon camp de base lors de ce voyage en Arizona. De nombreux chemins de randonnée en partent, courant le long de la gorge.
Le plus accessible (et néanmoins grandiose) des points de vue est Mather Point, d’où j’ai vu le soleil se lever.
J’ai ensuite commencé par marcher vers l’Ouest : du village à Hermits Rest, la piste Hermits Trail propose onze kilomètres de beauté étourdissante. Maricopa Point, Hopi Point, Mojave Point, The Abyss… sont autant de points de vue spectaculaires. Pour éviter de devoir refaire les onze kilomètres dans l’autre sens, des navettes gratuites circulent toute la journée et vous ramènent au village.
Puis j’ai pris la Desert View Road vers l’Est. La route serpente au milieu de la forêt et offre à son tour quelques occasions de photo fabuleuses. Elle s’achève à la fabuleuse Desert View Tower.

Il est possible de se lancer dans une excursion de découverte du Colorado. Le point de départ est souvent près de Page, à l’Est du Canyon, et le point d’arrivée, le Lake Mead, à l’Ouest, en suivant le cours de la rivière. Mais pour qui rêve de voir le fleuve, mais craint les rapides, il est aussi possible d’accéder au Colorado depuis le sommet de la faille, et de descendre jusqu’au fond de la gorge. Un des chemins de randonnée les plus populaires est le Bright Angel Trail, qui permet de rejoindre le fleuve et le « jardin indien » (Indian Garden), où vit l’une des nations amérindiennes natives du Grand Canyon. Il faudra ensuite se préparer à une dizaine d’heures de remontée harassante….
L’accès aux réserves indiennes est jalousement gardé. Depuis longtemps, je rêvais de voir les chutes d’Havasu, des cascades d’eau turquoise au milieu des gorges rouges, en marge du Grand Canyon, près de Supai. Mais les permis de camping sont délivrés au compte-gouttes, afin de préserver le mode de vie des Havasupai, et je n’ai pas pu obtenir le précieux sésame. J’ai ravalé ma déception et décidé d’y voir un clin d’œil du destin : il me faudra donc revenir en Arizona pour réaliser ce fantasme inassouvi… En attendant, je me console en admirant les photos des autres, comme celles d’Anthony et Adeline. Si vous aussi, vous rêvez de voir les chutes, sachez qu’il vous faudra obligatoirement camper sur place, qu’il est interdit de s’engager sur les chemins de randonnée sans permis de camping, et qu’il faut s’y prendre plusieurs mois, voire un an à l’avance selon la période désirée ! La seule façon d’obtenir un permis est de contacter par téléphone l’office du tourisme d’Havasupai… préparez vous à entendre sonner le téléphone dans le vide pendant des heures et des heures !
Le grand canyon en hélicoptère
Plusieurs compagnies proposent des survols du Grand Canyon en hélicoptère, notamment à partir de Las Vegas. C’est ce que j’ai fait l’été dernier, et même si la gorge est moins profonde à cet endroit (Grand Canyon Ouest), c’est un souvenir extraordinaire, et une expérience visuelle hors-norme que je recommande vivement.



Laisser un commentaire