La plus grande des îles d’or, Porquerolles, enchante par la beauté exotique de ses plages et les visions saisissantes qu’offrent ses côtes découpées, à qui les flots patients ont arraché une myriade d’îlets effilés. C’est un paysage d’île au trésor, qui invite au rêve d’aventure, et que subliment les soleils d’hiver. Se rendre à Porquerolles hors saison, c’est conquérir l’île pour soi, retrouver la solitude et la magie sur la côte d’Azur. Voyage dans l’archipel d’Hyères.

Je l’ai raconté ici : je l’avoue, l’élue de mon cœur parmi les îles d’Or n’est pas Porquerolles, c’est Port-Cros. Sa découverte a été pour moi une illumination. Au cœur d’une des régions les plus touristiques de France, j’étais tombée sur un trésor sauvage, une île où les hommes ne sont tolérés qu’au compte-gouttes, sans véhicule, sans feu et si peu de constructions, et où des centaines d’oiseaux nichent au creux des falaises. L’enchantement était total. Superbe aussi, Porquerolles est cependant plus marquée par la présence humaine, moins farouche : ce n’est pas une île de solitude rugueuse et embroussaillée, contrairement à Port-Cros. Mais j’ai lu le bel article d’Anne-Lise sur le blog Besoin d’ailleurs, et son récit et ses photos m’ont donné envie. Je voulais retourner à Porquerolles, cette fois en hiver, sans les joies de la baignade, mais pour le plaisir d’avoir l’île pour moi.

Dès que mon arrivée à l’embarcadère de la Tour fondue, sur la péninsule de Giens, les couleurs et la lumière me semblent hospitalières et accueillantes – c’est comme si la mer voulait me récompenser de m’être levée tôt un dimanche, et d’avoir pris la route au lever du soleil. Encore une fois, je suis éblouie par l’éclat du ciel et des eaux de février : tout semble plus vif, plus frémissant qu’en été. La mer tremble, l’air est froid et mes yeux brillent, la journée sera magnifique.

Dans le port de Porquerolles où accoste le bateau, les couleurs semblent plus éclatantes encore, et je me mets à songer à Gauguin, comme si j’abordais à des rivages autrement lointains et dépaysants. C’est le charme des îles en hiver : l’inédit est restauré, et on tombe amoureux à nouveau.


Au bout du port, l’office de tourisme ouvre pour cinq minutes montre en main, le temps de fournir à tous les visiteurs débarqués du bateau la carte de randonnée, puis les portes se referment. Munie de mon viatique, je mets le cap vers la plage d’Argent, sous une allée de pins parasols dont les branches m’évoquent les ondulations des anémones sous les vagues. Je suis d’humeur maritime. Le chemin sent le sel et la sève.




J’ai lu que la plage d’Argent avait été élue plusieurs fois plus belle plage de la côte d’Azur. Je ne sais pas si on peut quantifier et classer la beauté du monde, mais je comprends aussitôt son attrait. Les plages de Hyères, de sa péninsule et de ses îles, partagent les mêmes caractéristiques qui les rendent irrésistible : un sable très clair et une profondeur très faible, ce qui rend l’eau parfaitement translucide, et permet de s’avancer très loin dans l’eau sans perdre pied, comme si on pouvait traverser l’océan sur un pont de sable, et retrouver l’Atlantide. Ces étendues de sable sans décrochage et sans submersion, c’est le tremplin du rêve. La Madrague à Giens, la plage du Sud à Port-Cros, la plage d’Argent à Porquerolles : toutes ont en commun ces caractéristiques idéales, qui me font adorer Hyères et ses villes voisines, comme Bormes-les-Mimosa et Le Lavandou. Avec sa forme d’anse en demi-lune, sa pâleur bleutée et les formations rocheuses qui la bordent, la plage d’Argent a de faux airs de Seychelles. Au loin, les rochers des Deux frères se dressent comme des lances au milieu des vagues.


Retour au village, pour déjeuner au milieu de la vigne vierge et des façades acidulées.


Puis je reprends ma marche dans l’autre direction, le long de la plage Courtade et de la plage du Lequin, plus enrochées et abruptes.





Sur les hauteurs trônent les ruines du fort de l’Alycastre, vestige du passé militaire stratégique des îles d’Or : à l’époque de Richelieu, elles sont l’avant-poste de la France en mer, les sentinelles lancées en première ligne pour défendre le continent. Toutes les îles d’Hyères sont jalonnées de fortifications imposantes, souvenir des temps de guerre et de conquête.



Je reviens vers l’intérieur de l’île, par le fort de la Repentance, occupé par des moines orthodoxes de l’ordre du Mont Athos, et par le chemin du Sémaphore. Au sommet des côtes se dévoilent quelques vues plongeantes sur le port et la plaine, et c’est alors que je comprends la beauté propre à Porquerolles. Elle n’est pas l’île sauvage et épineuse, contrairement à Port-Cros. Elle est l’île apprivoisée, avenante. Ses charmes sont plus doux, façonnés par la main de l’homme, qui a planté les vignes et les oliviers croissant sur les terres fertiles, et tracé les chemins lumineux au milieu des champs. Porquerolles, l’île fertile, rappelle les anciens temps de l’histoire des Îles d’Or. Les Grecs furent les premiers à les découvrir. Ce sont eux qui y tracèrent les lignes de ceps et y apportèrent les oliviers ; Porquerolles est le miroir de l’ancienne civilisation méditerranéenne, entre voiles et amphores. Les différentes cultures dessinent des aplats de couleur, que me révèlent le point de vue surplombant.



Le soleil descend peu à peu et le dernier bateau me ramène à la Tour fondue, usée par le vent et la marche, mais émerveillée par la chance que j’ai eue : une île à moi, par un dimanche radieux.



Office du tourisme de Hyères
Horaires des ferrys

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