Ilulissat n’est pas une ville, c’est une autre planète. Dans cet univers extraterrestre, la glace règne en maître et la démesure est l’étalon du quotidien. Au milieu des icebergs géants d’Ilulissat, véritables montagnes de glace mouvante, le temps est suspendu, le cœur cesse de battre un instant. Vous vous souviendrez de ces paysages comme des plus spectaculaires, des plus radicalement dépaysants de votre vie. Petite virée intergalactique dans l’empire des glaces, à toute allure en traîneau à huskies ou en brise-glace au milieu du fjord gelé.


Ilulissat, capitale des icebergs
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Après quatre jours merveilleux à Nuuk, capitale colorée du Groenland, je m’envole pour la ville la plus célèbre du Groenland. Ilulissat est la seule ville véritablement touristique du Groenland : son nom, qui signifie iceberg dans la langue inuite, fait figure de programme. Son glacier, Kangia, est le plus productif de l’hémisphère nord – seul l’Antarctique peut rivaliser avec son effroyable volubilité. Il crache continuellement des monstres de glace hauts comme des montagnes qui dérivent tranquillement dans la baie de Disko, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, et qui longent paresseusement Ilulissat avant de rejoindre le large.


L’iceberg qui a éventré la coque du Titanic est né ici, sur la côte ouest du Groenland. A l’époque, Kangia produisait des icebergs à une fréquence plus lente, mais ils étaient encore plus massifs. Le tueur du Titanic était un monstre gros comme plusieurs fois le paquebot mythique, lentement poussé par les courants vers les eaux canadiennes. Les icebergs d’aujourd’hui, qui sont paraît-il plus petits, donnent une vague idée de son gigantisme. Contempler la baie de Disko depuis Ilulissat donne le vertige : les icebergs érodés par le soleil ressemblent véritablement à des chaînes de montagnes posées sur l’eau, et la baie à un panorama alpin. En plissant les yeux, on pourrait se croire en Suisse, au milieu des sommets blancs. Les levers et les couchers de soleil sont fantasmagoriques. Tout un nuancier de bleu, de pourpre, de rose et d’or vient colorer les reliefs de glace, c’est tout un paysage fugace, une chaîne alpine en mouvement.


Des hôtels avec vue sur les icebergs à Ilulissat
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La plupart des hôtels ont vue sur la baie et les icebergs. Je dors à l’hôtel Arctic, qui est devenu célèbre sur les réseaux sociaux à cause de ses igloos d’aluminium et de verre posés au bord de la baie. Des chiens de traîneau attendent enchaînés à leurs niches au bord du fjord, complétant la carte postale arctique. Je rêve de faire la photo mythique des igloos sur fond d’aurore boréale. Je suis à 69 degrés nord, soit très au-dessus du cercle polaire arctique, et la météo annonce quatre nuits de ciel immaculé, sans aucun nuage. Je jubile, imaginant le spectacle qui m’attend. Malheureusement, je jouerai de malchance : aucune aurore boréale ne survolera le Groenland pendant mes quatre jours à Ilulissat. Les dieux font en grève, pour me rappeler que leurs explosions colorées sont un privilège et non un dû. Mais j’ai les icebergs. On pourrait passer la journée à les regarder changer de forme et de texture, polis ou illuminés par le soleil qui les fait fondre. L’hôtel Arctic est situé à environ vingt minutes à pied du centre-ville (pour pouvoir voir les aurores dans le noir), et j’adore longer le port envahi de glace pour rejoindre le cœur d’Ilulissat.


Où dormir à Ilulissat, les infos pratiques : Les tarifs à l’hôtel Arctic commencent autour de 195 euros/nuit. L’hôtel 4 étoiles est agréable, avec une salle de sport, deux restaurants (un gastronomique et un restaurant de burgers) et un bar avec vue sublime. Il est situé à environ 20 minutes à pied du centre-ville, et propose des navettes à intervalles réguliers toute la journée. L’avantage ? La possibilité de voir les aurores boréales en raison de l’obscurité plus importante qu’en cœur de ville. Cet isolement sublime donne à l’hôtel Arctic un air de citadelle des glaces, seul face à la baie. C’est un lieu très romantique, surtout si vous avez le budget pour un igloo. Il comporte deux restaurants, dont un très abordable avec des plats autour de 20/25 euros (c’est très bien pour le Groenland). J’ai aussi apprécié les goûters gracieusement mis à la diposition des clients vers 16h, avec gâteau au chocolat et myrtilles surgelées. L’inconvénient ? La distance entre hôtel et centre-ville peut être un peu fatigante quand on enchaîne les activités. Si cet aspect vous dérange, j’ai vu deux autres hébergements avec vue sur iceberg en centre-ville. L’hôtel Icefjord est un beau 3* confortable, à partir de 173 euros/nuit. Quant à Ilulissat Guesthouse, c’est une option intéressante pour les voyageurs souhaitant économiser un peu, rencontrer des gens ou voyager en groupe. Il s’agit de trois jolis chalets avec salle de bain et cuisine partagées, une atmosphère conviviale et une vue incroyable sur la baie. Chaque maison compte trois chambres, à partir de 106 euros environ par nuit. Il est également possible de louer la maison entière (6 personnes) pour environ 450 euros/nuit.
La croisière au milieu des icebergs et d’autres excursions
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Ilulissat est plus touristique que Nuuk et cela se sent tout de suite : à l’aéroport sont postées plusieurs compagnies d’excursion proposant des activités diverses. Randonnée, raquettes, tour en hélicoptère, excursions vers le grand nord groenlandais, motoneige, chien de traîneau, observation des baleines… tout est possible aussi. L’incontournable ici, c’est la croisière au milieu des icebergs. On embarque au port de Nuuk en direction des monstres, et les sensations sont terrifiantes. Le bateau doit sans cesse briser la glace épaisse qui ne cesse d’être charriée par plaques et qui menace de l’emprisonner. Souvent il doit s’y reprendre à plusieurs fois, et c’est incroyablement impressionnant : il se jette sur la banquise de tout son poids dans un grondement terrible, recule, deux fois, trois fois, jusqu’à briser enfin la couche de glace. Les petits bateaux de pêche se précipitent alors dans son sillage pour profiter du passage dégagé – admirable collaboration entre touristes et locaux. Du bateau, on mesure encore mieux l’immensité terrifiante des icebergs. Et surtout, on aperçoit enfin la partie immergée, d’un bleu hypnotique. Le spectacle est grandiose.






Info pratique : la croisière au milieu des icebergs est proposée par World of Greenland pour environ 87 euros par personne. Je vous recommande vraiment de mettre de côté l’argent pour le faire, car c’est une expérience inoubliable.
Je pars ensuite en randonnée le long des icebergs avec Lars, guide pour la compagnie Arctic Friend, qui a eu la gentillesse de proposer d’être partenaire de mon voyage. Ces trois chemins de randonnée, fléchés en trois couleurs (rouge, bleu et jaune) sont en accès libre et peuvent être parcourus sans guide, mais j’apprécie d’avoir Lars avec moi pour me raconter la naissance des icebergs, me parler de la culture groenlandaise, des huskies et du réchauffement climatique. Il me montre les vestiges de Sermermiut, où différentes cultures arctiques nomades se sont établies les unes après les autres depuis 4000 ans, et je repense aux expositions que j’ai découvertes au Musée national groenlandais sur les voyages extraordinaires des paléo-eskimos.
Lars me montre des points de vue sublimes au sommet des collines, et nous buvons du thé brûlant face au soleil couchant, dans un paysage dont le genre de beauté tranche avec tout ce que je connais. Cela restera un souvenir d’une perfection rare, un moment de pur bonheur suspendu au-dessus des glaces immenses.





Info pratique : Arctic Friend propose différentes excursions, été comme hiver, autour d’Ilulissat. Raquettes, bateau, avion, chien de traîneau… leur gamme de prestations est vaste. Voici le lien vers les excursions hivernales. J’ai eu un excellent contact avec le guide, Lars, que j’ai trouvé passionnant et sympathique. Sachez qu’Arctic Friend propose également des voyages complets, de 5 à 15 jours, au Groenland surtout, mais aussi en Islande et au Danemark. Ce sont des voyages riches en aventures et en expériences, et je suis tentée de partir avec eux un de ces jours. Vous trouverez tout sur le site.
Les chiens de traîneau d’Ilulissat
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A Ilulissat, on propose aussi des promenades en chien de traîneau. La ville est considérée comme la capitale des huskies groenlandais, avec la plus grande concentration canine au Groenland. Je pars en excursion canine jusqu’au hameau d’Ilmanaq, situé plus loin dans la baie de Disko, un village inuit loin de tout. Les chiens bondissent avec une puissance et une vivacité incroyables. Assise sur des peaux de renne dans le froid mordant, je me cramponne aux bords du traîneau, fascinée par leur agilité.





Cela fait 850 ans que les Inuits élèvent les huskies et qu’ils leur ont appris à tirer des traîneaux. Cette utilisation des chiens est vraiment une invention des Inuits, répandue en Alaska, en Russie, dans le grand nord canadien et au Groenland. Il faut d’ailleurs savoir que la pratique du chien de traîneau en Laponie est faite pour les touristes et ne correspond pas à la tradition : en Laponie, on utilisait les rennes et non les chiens.
Aujourd’hui, les huskies groenlandais constituent une race à part entière, fermée et reconnue. Elle est protégée par des moyens extrêmes : au Groenland, au nord du cercle polaire arctique, il est interdit de posséder tout autre type de chien, sous peine de le voir confisqué et abattu. A Nuuk, située plus au sud, les chihuahuas et les caniches auraient droit de cité, mais à Ilulissat et ailleurs au nord, un triste sort les attendrait.
Je suis une Française au cœur sensible, qui a grandi avec des chiens et possède une jeune chienne golden retriever (elle s’appelle Nevada). J’ai été élevée dans la culture du chien ami. Mais il faut bien comprendre qu’au Groenland, le husky est un chien outil. Depuis 850 ans, ils accompagnent les Inuits sur la banquise, et sont sélectionnés pour leur force, leur résistance, leur docilité. Jusqu’à l’âge de six mois, les chiens vivent sans laisse et côtoient les humains. Les enfants les emmènent dans les collines pour les habituer aux commandes des chiens de traîneau et à la direction au fouet – qui est utilisé pour orienter les chiens, et non pour les frapper. A partir de six mois, leur vie de chien de travail commence. Quand ils ne tirent pas les traîneaux, ils sont enchaînés à leur niche, et résistent à des températures de -30 en se lovant dans la neige.





Autrefois, les chiens étaient au cœur de la ville, mais aujourd’hui, pour des raisons sanitaires, on les enchaîne en dehors, dans d’immenses terrains consacrés aux meutes canines. La décision a été motivée par une grave épidémie il y a quelques années, qui a tué près de la moitié des chiens de la ville. Seuls quelques vieux chiens ont eu la permission de rester en ville. Je trouve la vie des chiens exilés en dehors triste, elle fendille mon petit cœur sentimental.



Mais de toute façon, les chiens de traîneau deviennent une curiosité folklorique et disparaissent peu à peu, remplacés par la motoneige. Le réchauffement climatique raccourcit la période durant laquelle il est possible de se déplacer en chien de traîneau sur les fjords gelés : autrefois, on pouvait le faire de fin septembre à début juin, aujourd’hui plutôt de novembre à fin avril. Le reste du temps, les chiens n’ont rien à faire. Contrairement à la Laponie, qui a développé pour le tourisme canin des véhicules d’été, les Groenlandais refusent catégoriquement d’envisager d’autres moyens d’exploiter les chiens durant la saison estivale, au nom de la tradition. Il faut donc réduire leur nombre – il y a vingt ans, les gens avaient une quarantaine de chiens, contre une dizaine aujourd’hui. A sept ou huit ans, quand ils sont trop fatigués, on les abat, et on utilise parfois leur fourrure pour des capuches ou d’autres vêtements. Ceux qui sont horrifiés devront se souvenir que chez nous, on fait la même chose avec les vaches.

Il n’y a pas d’animaux de compagnie dans les communautés traditionnelles groenlandaises, pas de relations affectives comme chez nous avec chiens et chats. Les chiens sont des animaux de travail. Les autres animaux vivent libres, mais chassés. Il y a souvent conflit entre la sensibilité occidentale et le mode de vie groenlandais. On me raconte les histoires de touristes venus admirer des narvals… qui se font abattre sous leurs yeux par des chasseurs insensibles à leurs cris horrifiés. Cela peut choquer, mais les difficultés d’approvisionnement justifient l’obsession de la chasse.
La nourriture à Ilulissat : un autre monde
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A Ilulissat, les fruits et les légumes sont une denrée rare. Les bateaux ne viennent pas l’hiver, à cause de la glace, et le ravitaillement par avion coûte trop cher. Les rayons fruits et légumes des supermarchés sont vides au sens propre, totalement nus. Je visite trois supermarchés, et dans chacun des trois, le rayon usuellement dévolu aux salades et aux oranges est un néant béant. Les fruits frais ne se trouvent qu’en photo au-dessus des rayonnages vides, promesse mensongère d’une vie vitaminée. Mon guide, Lars, manque défaillir quand je sors une clémentine espagnole rapportée de Nuuk, car il n’en a pas vu depuis trois mois. (Je suis une fille bien, je lui ai offert, je vous rassure ;)). Il paraît que sur la côte Est, très isolée, les conditions de ravitaillement sont pires encore. Au Groenland, la chasse de subsistance n’est pas un vain mot.
Lars me raconte que le manque de nourriture a longtemps été un problème crucial pour les Inuits. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, on avait coutume de se débarrasser des vieux : dans des sociétés de pénurie, où la nourriture était rudement acquise et rare, il était impensable de nourrir des bouches inutiles. Quand elles sentaient qu’elles étaient devenues un fardeau pour la communauté, les personnes âgées réglaient le problème. Les femmes allaient se jeter dans un canyon à quelques encablures d’Ilulissat, les hommes partaient chasser et ne revenaient jamais. Il y avait dans ce monde une dureté de colonie martienne, exilée sur une planète hostile et isolée. Ici, on a appris pendant des siècles à chasser et pêcher pour survivre, avec une dextérité hors pair.
Je vais manger au célèbre restaurant groenlandais Mammartuq, qui cultive la gastronomie groenlandaise authentique dans une atmosphère rétro et confortable. Le lieu a un charme fou, et une carte ultra protéinée. Je demande innocemment s’ils ont une salade, on me propose un carpaccio de baleine : choc des cultures. Il n’y a pas d’option végétarienne, et bien que cela contraste avec mon mode de vie habituel, je le comprends et je ne m’en plains pas : je sais que je suis au Groenland ici, pas à San Francisco ou à Berlin. La baleine, c’est trop pour ma sensibilité, j’opte donc pour le crabe arctique, une des nombreuses spécialités de la région. Il a un goût fabuleux, témoignage de l’extraordinaire qualité des produits de la mer groenlandais. Le plat a un goût rare d’inédit, d’authentique.

Je reste longtemps à admirer mon dernier coucher de soleil à Ilulissat. Fin mars au Groenland, les jours sont déjà longs, et les couchers de soleil tout autant. J’avais déjà observé que sous les Tropiques, les crépuscules sont extrêmement brefs – le soleil plonge sous l’horizon comme si une mâchoire l’avait avalé et c’est la nuit. A 69 degrés nord, c’est l’inverse. Le crépuscule s’éternise, dure bien plus d’une heure, dans une succession d’ors, de rouges et de pourpres. Le rose à l’horizon flotte encore au-dessus des icebergs bien après la disparition du soleil et moi non plus je ne veux pas m’en aller. Je me dis que même si je devais vivre mille ans, je ne pourrais jamais oublier Ilulissat.


Aller à Ilullisat
De Paris à Ilulissat
Depuis Paris, le moyen le plus simple d’aller à Ilulissat est de passer par Copenhague. Vous trouvez des vols Paris-Copenhague à très bon prix avec les low costs comme Vueling (j’ai pris un Copenhague-Paris à 40 euros). Vous partirez ensuite pour Ilulissat avec Air Greenland via Kangerlussuaq (il n’existe pas de vol direct Europe-Ilulisat, car l’aéroport ne peut pas accueillir de gros porteurs, seulement de petits avions). Etant donné qu’Ilulissat est la destination touristique la plus courue au Groenland, les vols sont nombreux et les connections pratiques, Air Greenland propose d’ailleurs des packages intéressants vol + hôtel au départ de Copenhague. Depuis la France, peut-être vous faudra-t-il passer une nuit à Copenhague à l’aller ou au retour, mais sachez que c’est vraiment une bonne chose, car Copenhague est merveilleuse et se prête bien à une découverte rapide de 24h. C’est ce que j’ai fait à mon retour du Groenland, je vous le raconterai dans le prochain article.
Sachez que si vous projetez également de visiter l’Islande, vous pouvez trouver des vols directs Reykjavik-Ilulissat (car il s’agit là encore de petits avions, étant donné que c’est un vol relativement court) avec Air Greenland ou avec Air Iceland Connect.
L’ultime épisode de mon voyage au Groenland va suivre : Kangerlussuaq et Copenhague. Inscrivez-vous à la newsletter ?

Merci à Visit Greenland de m’avoir permis de vivre ce voyage extraordinaire au Groenland. Merci à mes partenaires Air Greenland, Hotel Arctic et Arctic Friend pour leur accueil et les belles expériences vécues. Un merci tout spécial à Lars d’Arctic Friend, qui m’a consacré beaucoup de temps !

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