Il y a trois jours, j’ai posté sur ce blog un article intitulé #moiaussi dans lequel je témoignais de trois agressions sexuelles que j’ai subies entre l’âge de treize et vingt ans. La première a été commise par un ami, la deuxième par un inconnu, la troisième par un ancien ministre. C’est cette dernière qui a été particulièrement reprise et commentée par un grand nombre de médias français.
Happée par une déferlante
Au moment où j’ai écrit ce texte, mue par une colère trop longtemps cadenassée et portée par le courage immense des femmes qui ont témoigné, ces dix derniers jours, des violences qu’elles ont subies, je ne pouvais pas imaginer la portée qu’il aurait. Mais à partir des indices que je donnais dans mon texte, la rédaction de l’Express a rapidement trouvé le nom de mon agresseur. J’ai accepté de confirmer son identité, parce que je ne voulais plus vivre dans ce silence honteux.
Mon témoignage a déclenché une véritable déferlante médiatique, que je n’avais pas anticipée et qui m’a submergée. J’ai été très secouée, mais je ne regrette pas. Je crois que nous vivons un moment très important pour la cause des femmes, où l’omerta se craquèle et la honte change de camp. C’est une lutte pour le respect et la dignité en laquelle je crois profondément. Je n’ai pas voulu me dérober, d’autant que je me sais dans une position plus privilégiée que beaucoup de femmes qui ne peuvent pas dénoncer ce qu’elles ont subi, parce que leur agresseur continue d’avoir un impact direct sur leur vie et qu’elles ont tout à perdre, ou parce que personne ne les écoute. J’ai eu la chance d’être écoutée, et j’ai pu dire la vérité. Tout ce que je raconte est vrai et s’est déroulé exactement comme je l’ai dit dans mon précédent article. Cette certitude de vérité m’a permis de ne plus avoir peur.
J’ai choisi de m’exprimer une seule fois à la télévision, sur le plateau de Quotidien, où Yann Barthès et son équipe de chroniqueurs m’ont accueillie avec beaucoup de respect et d’empathie. Si vous voulez entendre mon témoignage sur cette affaire, je vous invite à regarder cette séquence : première partie de l’émission Quotidien du 20 octobre 2017 . J’ai pu y dire tout ce que j’avais à dire : le récit des faits, pourquoi j’ai parlé alors que je m’étais tue jusqu’ici, et mon espoir pour le monde à venir, où le respect mutuel permettrait des relations saines et amicales entre les hommes et les femmes.
Si mon agresseur m’attaque en diffamation, j’irai porter cette parole devant un tribunal. Mais il n’est pas question pour moi de revenir inlassablement sur ces évènements et je ne souhaite désormais plus m’exprimer, ni dans les médias ni sur ce blog, au sujet de cette agression.
Ces deux dernières journées ont été émotionnellement intenses pour moi. Revivre ces évènements en les racontant à plusieurs reprises, subir un déferlement de réactions et de sollicitations, c’est épuisant. J’ai maintenant besoin de me protéger, de couper un peu mon portable et de penser à autre chose. Il était prévu de longue date que je parte quelques jours en Allemagne, et cela tombe très bien : c’est ce que je vais faire.
La souffrance et la solidarité
Je voudrais remercier du fond du cœur celles et ceux qui m’ont témoigné leur soutien et dont les messages m’ont portée tout au long de la journée d’hier. J’étais dans un état de stress intense, et vos mots, le fait de sentir que vous me croyez, que vous me soutenez, m’ont permis de tenir debout et de porter mon témoignage avec confiance. Merci, merci, merci, je vous le dis avec émotion.
Au-delà de mon histoire à moi, ce qui m’a profondément bouleversée, c’est la vague de témoignages que j’ai reçus, en commentaire de mon article et par e-mail. De nombreuses femmes, mais aussi des hommes, sont venus me confier des souffrances si grandes que j’ai souvent eu les larmes aux yeux en lisant ces actes de violence glaçants et l’impact immense qu’ils ont eu sur leurs vies. Ce qui est fou avec le hashtag #moiaussi et la révolte des victimes à laquelle nous assistons, c’est la cascade de douleur et de secrets que libère chaque témoignage, comme si nous ouvrions la boîte de Pandore d’une souffrance trop longtemps refoulée. Je voulais dire à toutes celles et tous ceux qui m’ont confié ce qui les ronge depuis trop longtemps que je les crois, que leur peine me touche profondément, et les assurer de ma pleine solidarité.
Beaucoup disent ne pas pouvoir en parler à la police, ou même à leurs proches, par peur des conséquences, et je regrette vivement que certains nient cette impossibilité de la parole et pressent les victimes de reproches quant à leur silence. Gardez-vous de blâmer la victime qui craint d’empirer sa souffrance en la révélant. Mais j’espère que celles et ceux qui peuvent parler puiseront dans l’incroyable moment de vérité que nous vivons en ce moment la force de le faire. Je vous souhaite beaucoup de courage, et le soutien de vos proches.
Repartons en voyage
Après quelques jours de silence, le blog de voyage Itinera Magica reprendra son activité normale : célébrer la beauté du monde et la magie de l’instant. Evoquer la majesté des paysages naturels et la richesse du patrimoine culturel, inspirer à l’évasion en parlant de beaux hôtels originaux, de restaurants exigeants et d’expériences à vivre tout près ou très loin de chez soi, c’est ma passion et mon métier. Je suis journaliste et blogueuse voyage, et je vais continuer à faire ce que j’aime.
Vous avez été nombreux hier à me suivre sur Twitter, Instagram ou Facebook, ou à vous inscrire à ma newsletter. J’en suis évidemment heureuse, mais je ne voudrais pas vous décevoir quant au type de contenu que je publie : le voyage avant tout. Si je réfléchis à intégrer une dimension « société » plus importante sur Itinera Magica, la majorité des articles restera fidèle à ce qui a été ma ligne jusqu’ici, et je vous promets évasion, plaisir des lointains, légèreté. Si vous regrettez de ne pas m’entendre sur d’autres sujets, sachez que je suis en train d’écrire un essai pour les éditions Jean-Claude Lattès (dont le thème a été décidé avant le témoignage de mes agressions et qui ne sera pas un récit de ce type).
Mais sur ce blog, il sera toujours avant tout question de voyage. Mes prochains articles vous emmèneront à Saint-Tropez, en Aveyron, à Forcalquier, dans les Alpes, et au-delà de nos frontières. Le monde est vaste et la vie est courte, et je veux célébrer la beauté et le bonheur partout où on les cueille.
Il faut s’astreindre à la joie de vivre.

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