Une histoire super romantique : Saint Valentin à Lindau et Bregenz, sur le lac de Constance
Lindau, Bregenz : une ville en Bavière, la seconde en Autriche, toutes deux voisines au bord du célèbre lac de Constance. Toujours en quête de destinations romantiques, nous avons choisi d’y fêter la Saint Valentin 2017. Mais une malédiction pesait sur nous : comme vous le savez depuis la semaine dernière, nous avons le don de foirer complètement nos Saint Valentins. Qu’en sera-t-il de l’édition 2017 ? Pourrons-nous nous envoler « loin de cette fatalité qui nous colle à la peau » ? Enfourchez vos mouflons et vos bouquetins, c’est parti.
Que faire à Lindau? Que faire à Bregenz?

Le petit point sur notre vie franco-allemande
Comme vous le savez peut-être, je suis Provençale, Monsieur est Bavarois, et notre cœur est partagé entre ces deux régions sublimes. Me demander « Provence ou Bavière ? », c’est comme me forcer à choisir entre les fruits rouges ou le chocolat de la fondue, c’est trop déchirant. Du coup, nous sommes comme les oies sauvages, nous faisons des réserves de gras en hiver, ah non c’était pas le sujet, pardon. Je reprends : nous sommes comme les oies sauvages, nous sommes en migration régulière entre l’une et l’autre. Après quatre mois à Munich, nous revenions en Provence, et nous avons décidé de combiner le week-end de Saint Valentin avec un arrêt sur la route. C’est tombé sur Lindau et Bregenz, deux jolies villes au bord du lac de Constance, à la frontière de trois pays : Allemagne, Suisse et Autriche.
Nombre de destinations romantiques se trouvant au bord d’un lac, d’un canal ou d’une plus grosse masse aqueuse nommée océan, nous nous sentions sûrs de notre coup en misant sur l’option flotte. H2O = tu vas pécho. Notre temps était limité, mais notre énergie romantique au summum. Idylle et amour à bloc.

Lindau en deux heures
Nous nous posons à l’hôtel, et j’essaie de choper la tablette de Milka du minibar. Mon cher et tendre, qui est aussi mon coach fitness autoproclamé, coupe court à mes manœuvres. J’essaie d’expliquer que c’est la Saint Valentin, soit LE JOUR OFFICIEL du chocolat, mais il me fait remarquer que ça fait un mois et demi que j’anticipe la Saint Valentin. Je boude trente secondes comme une sale gosse (« tu me trouves grosse, c’est ça ?! »)
Toute Lindau est belle, mais l’aimant à sérénades, l’endroit qu’on instagrame, c’est la partie qu’on nomme « l’île de Lindau » (Lindau Insel) : le quartier qui se trouve sur le lac, comme tu l’auras deviné, perspicace lecteur. On en fait le tour en deux heures sans problème, surtout quand il fait un froid de canard et qu’on trottine autour du lac comme un jack russell en goguette, essayant de cacher sa précipitation et d’avoir des conversations romantiques tout en multipliant la taille de ses enjambés par 1,6.

Cela encourage à aller droit au but. L’endroit incontournable à visiter à Lindau, c’est le port. Côté terre, une superbe tour datant du 12 siècle, le Mangturm, qui était l’ancien phare. Côté mer, le nouveau phare, bâti au 19e, et l’emblème de la Bavière, le lion bavarois. (Remarque de mon Teuton de dulciné : « Franchement, j’ai du mal à vous comprendre, les Français. La plupart des pays choisissent pour emblème un animal qui a la classe : un ours, un lion, un aigle… Et vous, vous avez pris quoi ? Un coq. »)

Le port était ravissant, et noir de monde (retiens bien ce détail, lecteur) : à toutes les terrasses des cafés buvaient des gens heureux et qui faisaient semblant de ne pas se geler du tout sous leurs douze plaids. Un beau soleil d’hiver illuminait les thés aux fruits rouges, qui devenaient des Mister Freeze en quatre secondes.

Suite de la visite express : A deux pas du port, en entrant au cœur des ruelles, vous tomberez sur l’ancienne mairie (Altes Rathaus), entièrement décorée de fresques et de trompes l’œil, la cathédrale, et une tour bizarre dont j’ignorais le nom, car j’avais trop froid pour enlever mes gants et chercher ça sur mon portable. La ville est superbe, mais pour tout savoir sur Lindau, cherchez donc un blogueur mieux thermo-équipé.

Le point météo : avertissement général quant aux lacs de la région
Froid, soleil, je vous l’ai dit – il manque un élément à la scène. Le brouillard. Je m’étais déjà fait avoir au lac de Côme il y a quatre ans. Il faut croire que je n’apprends pas. Tire donc profit de mon expérience, cher lecteur : la région des grands lacs (Lac de Constance, Lac de Côme, Lac Majeur, Lac de Lugano…) est un nid à brouillard dès que l’hiver est venu.
Nous étions venus à Lindau pour apercevoir les Alpes enneigées entre le lion bavarois et le phare, comme sur les photos iconiques. Nous avons vu une purée de pois grisâtre. Et cela empirait d’heure en heure.
Le lendemain, lorsque nous avons pris en voiture le pont au-dessus du lac de Lugano, nous n’avons même pas vu le lac. Je vous le jure. « Tiens, le GPS dit qu’il y a un lac en dessous de nous. » « Possible, il y a peut-être aussi un tyrannosaure, Lady Gaga et Jésus Christ qui fait du paddle, de toute façon je ne vois rien à trois mètres. » On voulait pique-niquer au bord du lac, on a mangé des sandwichs dans la voiture à une station essence. Le brouillard, c’est la forme suprême d’égalité paysagère : le Grand Canyon, les Faraglioni de Capri et la banlieue nord de Novossibirsk y tirent exactement la même tronche (moche).
Mon cher et tendre, qui a fait des études de physique, me disait, très enthousiaste : « mais tu sais, c’est logique qu’il y ait du brouillard, c’est la condensation, avec ces vastes étendues d’eau, et l’inertie de l’eau qui… » J’étais ravie que notre débâcle météorologique fasse l’objet d’un exposé si convaincant, mais je lui ai suggéré (gentiment et amoureusement) de se la boucler, de calculer sa condensation et de faire l’itinéraire lui-même, la prochaine fois. Inertie de ses fesses, oui. Moi, je revois mes équations : « H20 = tu vas pécho » a été démentie par une équipe de chercheurs de Lindau le 14 février 2017, la nouvelle règle est « H2O = va-t’en vite et monte vachement plus haut ». Il va falloir gagner de l’altitude.

Echapper au brouillard : la Pfänderbahn à Bregenz
Nous sommes donc passés au pays des panneaux verts et des châteaux pointus, l’Autriche. A 6 km de Lindau, c’est déjà Bregenz, sa voisine sur le lac. Le but ? Gagner les sommets en prenant la Pfänderbahn, une remontée mécanique qui vous emmène à 1022 mètres au-dessus du lac de Constance.
Bon alors, on est d’accord : normalement, quand tu montes au-dessus du lac de Constance, c’est pour avoir une vue sur le lac. Mais là, en fait, non. Tu as une vue sur une marée grisâtre qui ressemble à un feu de cheminée mal débouché. Inutile d’essayer de faire la photo « panorama du lac », c’est juste cinquante nuances de gris (sans le fouet). Mais toi, tu es au-dessus du brouillard. Les cimes enneigées sont au soleil, l’air est clair, les nuages restés dans la vallée. Je le répète pour ceux qui n’auraient pas pigé (ou qui, comme moi, ont mis 10 ans à comprendre) : en hiver, dans les pays froids, fuyez les vallées, prenez de la hauteur. On est mieux au sommet de la montagne qu’en bas.

En plus, au sommet du Pfänderbahn, il y a un truc magique : le zoo alpin. Restez-la, amis des animaux sauvages. Moi non plus, je ne suis pas une inconditionnelle des zoos. Rien de pire que de voir des tigres réduits à faire du yoyo avec leur caca dans une cage aquarium de 15 m2. Mais ce parc ne m’a pas choquée. Il s’agit uniquement d’animaux alpins, cerfs, mouflons, bouquetins, chamois, marmottes, qui sont ici dans leur environnement naturel, en groupe et dans un bel espace. C’est une occasion fabuleuse d’apprendre à mieux les connaître.
J’ai donc pu constater que c’est la vérité, le bouquetin se gratte les fesses avec ses cornes géantes. J’ai été complètement fascinée par les mouflons, qui ont un look d’enfer avec leurs cornes latérales façon coiffure de Princesse Léia, et qui sont les survivants de la nuit des temps. Vous avez vu L’âge de glace ? Il y a cent mille ans, lors de la terrible ère glaciaire, les glaciers immenses ont recouvert toute l’Europe et des dizaines d’espèces sont mortes. Les mouflons n’ont survécu qu’en Corse et en Sardaigne (nota bene : lors de la prochaine réfrigération, tous à Bonifacio, suivez les mouflons !) Ils ont été ensuite réintroduits sur l’ensemble du continent… et ont donné naissance à nos moutons domestiques, par croisements et domestication. Le mouflon peut se reproduire avec le mouton, surtout quand le mouflon apporte des chocolats et fait le petit déj au lit pour la St Valentin. Je n’ai pas réussi à trouver le nom du bébé hybride – je vote pour moutonflon, petit patapon.
J’ai cherché les marmottes pendant 45 minutes en mode furtif, avant de me souvenir que l’hiver, la marmotte hiberne. (La veinarde.) Chéri s’est bien foutu de ma gueule, mais s’est abstenu de me signaler ma bourde durant ce long laps de temps. (C’était la vengeance de la condensation.) Et enfin, j’ai adoré voir les cerfs déployer leurs bois gracieux dans la lumière du soir.

Un cerf se démonte les cervicales en tentant d’attraper une branche, en vain. Chéri se fout de moi : « Tiens, on dirait toi quand je mets la tablette de Milka en haut de l’armoire ». J’hésite à re-bouder, mais je suis trop occupée à chercher les marmottes. (Elles ont peut-être un tuyau concernant le Milka.)

Point pratique : la Pfänderbahn coûte 10 euros par personne, et pour ce prix vous avez l’aller-retour en remontée mécanique + l’entrée du parc alpin. Ça vaut vraiment le coup.
Nous avons attendu le coucher du soleil, jusqu’à ce que la boule dorée disparaisse derrière les montagnes, en nous gelant au dernier degré. Nous ne savions pas bien pourquoi, si ce n’est que c’est la Saint Valentin, et que c’était donc important d’assister jusqu’au bout à ce phénomène astronomique certes quotidien, mais divertissant. Nous avons donc vu les cornes des cerfs embrocher l’astre nourricier, et nous sommes redescendus sur Bregenz.


La fête du slip à Bregenz
Ne vous inquiétez pas, ce blog reste autorisé aux moins de 18 ans dans le paragraphe qui suit.
Là, on descend de la montagne et on parle de la supériorité des expériences sur les choses matérielles. C’est la minute philosophie. « Tu vois, une étude a prouvé que les expériences vécues rendent les gens beaucoup plus heureux que les objets qu’ils achètent. Voir un coucher de soleil au sommet de la montagne, c’est plus important que de s’acheter une nouvelle télé. » « Ouais, t’as grave raison chéri, d’ailleurs les objets matériels, moi je m’en fous complè… »
Et là, c’est le drame.
« Attends attends, ralentis ! Y a écrit Wolford, magasin d’usine ! »
Vous connaissez Wolford, la célèbre marque de lingerie de luxe ? Sublimes collants, bas, dessous, et vêtements d’intérieur hyper chics et de bon goût qui coûtent un bras ? Il se trouve que le siège et l’usine sont à Bregenz. Et qu’à côté de l’usine à soutifs et jarretelles, il y a le magasin d’usine, où tout est 25 à 75% moins cher que partout ailleurs. « Tu comprends, c’est une super affaire. Et puis c’est la Saint Valentin. »
C’est là que je découvre que la rue porte carrément le nom de « rue de Wolford » (Wolfordstrasse) et qu’elle est toute entière devenue… une gigantesque fête du slip. Il y a les concurrents de Wolford, les imitations de Wolford, les alternatives cheap à Wolford, etc etc. Une rue entière 100% lingerie, avec un nombre incroyable de magasins vendant des vêtements destinés à n’être (presque) jamais vus. C’est hallucinant. Vous ne pouvez pas faire deux mètres sans tomber sur un étalage de culottes de quatre mètres de haut. Voilà une super raison de fêter la St Valentin à Bregenz : y a du brouillard et des niba…, oh, pardon, j’ai failli me laisser emporter par la rime.
Le repas sur le port de Lindau
Je vous avais dit de garder l’info dans un coin de cervelet : à midi, le port de Lindau était animé, vivant, blindé. Nous décidons donc d’y retourner pour notre dîner romantique de St Valentin (ndlr : ce n’était pas le « vrai » soir de la St Valentin, le 14 février, mais deux jours avant). Nous bravons le froid des rues pour arriver au port et là… morne plaine. Tout est fermé, lumières éteintes, volets tirés. La peste bubonique s’est abattue sur Lindau en l’espace de trois heures. Il reste tout juste un resto certes très romantique, mais absolument hors de prix, auquel nous renonçons, et… une pizzeria. Avec une ambiance un peu « lounge », des canapés rouges et un immense lustre que je crains de voir s’écraser sur la tête des serveurs. Nous y partageons une pizza de St Valentin. C’est très bon, et ça n’a même pas le goût de St Valentin ratée. On est bien là, avec notre basilic frais et le souvenir des mouflons.
Si vous aussi, vous cherchez une pizza à Lindau : ça s’appelle Mona Lisa et je recommande.

Le retour par les Alpes suisses
Au moment du check out à l’hôtel, la réceptionniste demande si nous avons pris des choses dans le minibar. Je rumine ma rancune en jetant un œil noir à Chéri : « Non, rien du tout, même pas la tablette de Milka. » Et là, et là… la réceptionniste ouvre son placard, et me tend une tablette. Cadeau. Joie au plus haut des cieux. Voici le nom de ce charmant hôtel pas trop cher où la réceptionniste est un ange descendu des sphères lumineuses sidérales : Hotel Garni Brugger, sur l’île de Lindau.
Nous avons choisi de rentrer à Aix-en-Provence par une route sublime : traverser la Suisse, puis la région des lacs italiens (Lugano et Como), rejoindre la côte à Gênes, remonter vers Nice, puis Aix. Comme vous le savez, toute la partie lacustre a été désastreuse, brouillard épais et visibilité zéro. Mais sur les routes sinueuses des Alpes suisses, nous avons vécu de fabuleux moments de grâce. Nous étions au-dessus des nuages, dans le soleil. A chaque virage, de nouveaux sommets effilés nous infligeaient des décharges de sublime alpin. La traversée du parc naturel de Beverin était une extase visuelle de tous les instants. Après la fête du slip, l’orgie de la rétine.

Nous passons à Maienfeld, le village d’Heidi. Arrêt photo au village de Sufers, dont je n’avais jamais entendu parler, mais qui est une idylle helvétique parfaite : des statues de mouflons et de chamois (ouiii !), des chèvres naines et des poneys au pied de l’église, des chalets en bois et la neige, étincelante, ouatée.

Je me mets en mode « planification de voyage ». L’été prochain, on ira camper dans les Alpes. Sans doute en Suisse, car suite à ce coup de cœur inattendu, je crois que je vais swiper à droite et proposer un rencard aux Alpes suisses. Cervin, Jungfrau, Susten, Saint-Gothard, Gstaad, vous me faites rêver. Mais aussi, encore et toujours, les Alpes françaises, allemandes, autrichiennes, italiennes et slovènes. C’est pourquoi je vous mets à contribution, chers lecteurs : parlez-moi en commentaire de vos coins préférés dans les Alpes ! Et si vous êtes blogueur, laissez-moi des liens vers vos découvertes ! Je suis accro, je collectionne les photos de mes nouvelles amours.
Alors, ma Saint Valentin 2017, réussie ou encore foirée ? Réussie, même si j’ai appris ma leçon brume et brouillard. Et pour le reste, c’est une nouvelle histoire d’amour qui commence…
Avec les mouflons.

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