Quand l’or et la pourpre du soir l’habillent, Hyères semble remonter le temps. Dans l’eau des salins se reflètent les navires grecs et romains qui venaient y accoster, et la vieille ville médiévale retrouve les ombres des chevaliers des Templiers et du bon roi Saint Louis. Tout le vieux cœur d’Hyères invite à la découverte – tout semble brûler de vous révéler un secret. Voyage entre chien et loup dans la ville azuréenne que je préfère, à l’ombre des palmiers.


Petite, je ne voulais jamais quitter Hyères à la fin d’une journée de mer, quand nous remontions vers notre Provence plus au nord, et je vivais comme un déchirement le crépuscule qui enflammait la pointe des palmiers, et me chassait loin du rivage. J’aurais voulu rester jusqu’à ce que le soleil disparaisse, voir la nuit sur la côte d’Azur, au lieu de dire adieu à la forêt de palmes qui s’éloignait dans le rétroviseur. Aujourd’hui je reste. La nuit descend et Hyères est à moi – plus douce, plus feutrée que le jour.
que faire à Hyères

Coucher de soleil au jardin Olbius Riquier
Hyères est la ville jardin sur la Côte d’Azur, celle dont la luxuriance évoquait aux poètes romantiques « les oasis de Libye ». Le castel Sainte Claire et la villa de Noailles sont sertis dans des jardins remarquables qui s’illustrent par leur beauté et leur richesse. Je vous avais déjà montré un crépuscule orageux au Castel Sainte Claire, avec un panorama fabuleux sur tout Hyères. Voici l’autre jardin hyérois qui a su me conquérir : le parc Olbius Riquier.



Avec ses serres remplies de plantes tropicales fragiles, ses forêts fantasmagoriques de cactus, d’agaves et de yuccas, ses haies de palmiers et de bambous où les enfants et les canards viennent jouer, c’est à la fois un grand parc populaire et un jardin secret, à mi-chemin entre le jeu et le songe.

Je repense à la Californie au pied des arbres de Josué, à l’Arizona sous les cactus – ceux qui ont lu mon article sur le désert d’Arizona savent mon amour pour les succulentes, ces plantes grasses équipées pour survivre à l’aridité extrême, aux longs étés sans eau et au soleil brûlant.

Le jardin Olbius Riquier est un petit morceau d’ailleurs, une épopée au pays de la nature échevelée et insolite, fidèle à l’idée de ceux qui l’ont créé, en 1872, comme « jardin d’acclimatation », où on tentait d’apprivoiser les herbes et fleurs lointaines et les convaincre de s’établir sous nos latitudes. Hyères leur a plu, la beauté proliférante du jardin Olbius Riquier en témoigne.
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En pratique : le parc Olbius Riquier est public, d’accès libre et gratuit. Plusieurs attractions (petit train, terrain de jeux…) le rendent particulièrement adapté aux familles.

Entre chien et loup aux Vieux Salins
Y a-t-il une affinité particulière entre les salins d’Hyères et les couchers de soleil ? « Le sel du ciel, la lumière de la Terre », disait Novalis, renversant la parole biblique – j’aime à la folie ces instants où les miroitements des marais semblent décupler le spectacle. Dans mon précédent article, j’évoquais les couchers de soleil mythiques à l’Almanarre et aux salins des Pesquiers, sur la presqu’île de Giens. L’heure mauve, quand le soleil a disparu et que son sillage coloré s’attarde dans le ciel, est peut-être plus belle encore. Il faut rester sur la dune, au milieu des lys des sables, et voir les eaux des salins prendre la couleur des flamants roses qui les peuplent.
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Mais j’ai voulu découvrir aussi les Vieux salins, ceux qui, dès le Moyen-Âge, ont associé le nom d’Hyères à l’or blanc. Tout à l’est de la commune d’Hyères, c’est un petit port calme, entouré de grandes plages familiales, au sable moins fin et à l’eau moins translucide qu’à Giens, mais dont l’ambiance est chaleureuse. Les gens boivent en terrasse et jouent à la pétanque sous les pins – il y a ici quelque chose d’authentiquement provençal, une simplicité estivale idyllique.


C’est ici que je découvre le restaurant de plage parfait, celui qu’on met en fond d’écran au mois de janvier, pour se souvenir du bonheur, celui où on mange face à la mer, les pieds dans le sable, scruté par les petits crabes curieux, et où l’été semble ne jamais vouloir finir.
L’endroit s’appelle La Baie des Vahinés, c’est beau, bon et abordable – surtout, surtout, pensez bien à réserver, car j’ai dû m’y reprendre à trois fois avant de décrocher le Graal. Je n’ai pas regretté. que faire à Hyères


Visite nocturne de la ville médiévale
Je l’ai souvent ressenti : voir une ville de nuit, quand les rues se vident et que les lumières tremblotent sous les verres, que les ombres s’allongent et que les pas résonnent, c’est remonter le temps. Et la ville haute d’Hyères, la citadelle médiévale, s’y prête à merveille.
Lors de ma dernière visite à Hyères, j’avais découvert la ville basse, la ville 19e, celle des villas exubérantes, des fontaines et des allées bordées de palmiers. L’ambiance est radicalement différente aujourd’hui – une Hyères secrète et qui m’était encore inconnue se découvre au fil des ruelles étroites, une ville fortifiée, basse, faite d’escaliers étroits, de portes et de porches, de tours et de couloirs cachés. J’ignorais qu’Hyères puisse avoir ce visage – je croyais connaître la ville, et je la découvre sous une nuit entièrement nouvelle.

Le monde qui s’entrouvre à moi naît au VIe siècle de notre ère, quand les habitants quittent la ville gréco-romaine d’Olbia et montent sur les hauteurs pour se mettre à l’abri des incursions barbaresques, et meurt au XVe siècle, quand la Provence soumise doit dire adieu à son indépendance, intégrer le royaume de France, et que le château du Seigneur rebelle est détruit en représailles. Mille ans de Moyen-Âge. Mille ans derrière les créneaux et les mâchicoulis, à la lueur des chandelles, à craindre les raids ennemis, chercher la protection des chevaliers, et espérer les miracles de la sainte Eglise. J’ai souvent la chair de poule au cours de cette marche nocturne, lorsqu’on me montre les boulets de canon restés fichés dans un mur, les arches romanes de très vieilles maisons préservées, ou des dédales secrets dont j’ignorais totalement l’existence.


Je découvre sur les places et dans les ruelles l’histoire des savonniers d’Hyères, qui fabriquaient leurs produits à partir de l’huile d’olive, de la soude obtenue des cendres de salicorne brûlée, de la saponaire et de l’eau douce apportée par des canaux jusque dans la vieille ville, à l’intérieur des callades (des rues raides et pavées, où on marche avec précaution).

La tour des Templiers témoigne d’un passé qui continue à susciter fascination et fantasmes – je connais encore de doux rêveurs qui cherchent le trésor de l’ordre mythique… Carrefour maritime à l’extrême sud de la France, Hyères était au XIIIe siècle un lieu hautement stratégique pour l’ordre des Templiers en route vers Jérusalem. Siège d’une des quatre commanderies du Var, la tour des Templiers témoigne de l’époque où les chevaliers de la « Sainte Milice » avaient fait de la Provence leur fief.
Je suis touchée par la voûte bleue étoilée de la collégiale Saint Paul, qui arbore ces couleurs depuis le XIIIe siècle, lorsque le roi Saint Louis, revenu épuisé de croisade, a été piégé par une tempête, et s’est réfugié dans la rade d’Hyères afin de sauver sa flotte mal en point. Depuis, des étudiants en art et des passionnés continuent de repeindre régulièrement la voûte, afin d’entretenir la mémoire du plus aimé des rois français.

Tout en haut de la ville, au pied du fabuleux Castel Sainte Claire et des ruines du château, la porte des princes est une arche majestueuse ouverte sur le rêve, et je suis fascinée par la petite rue du Paradis, où des maisons romanes à l’architecture tellement typique (murs lourds et épais, peu d’ouvertures, si ce n’est une magnifique fenêtre géminée) me ramènent au temps des chevaliers et des moines.


Je quitte cette visite fabuleuse avec une seule envie : la refaire de jour, pour rapporter de meilleures photos !

En pratique : Visites nocturnes d’Hyères avec une guide conférencière de l’Office du Tourisme, les mercredis d’été à 21h. 9 euros pour les adultes, 4 pour les enfants, 30 personnes maximum. Réservation en ligne ici ou en personne à l’office du tourisme. Des visites historiques sont également proposées en journée.
Soirée festive au Magicworld
Après ce merveilleux voyage dans le temps, j’aurais pu rester sur les places, explorer les bars d’Hyères et me plonger dans la foule attablée – mais un autre lieu m’attirait plus encore. Depuis toute petite, je suis fascinée par les fêtes foraines. J’ai dû voir trop de films d’horreur et de séries, de Destination Finale, Caravane de l’étrange ou Supernatural : les fêtes foraines sont toujours pour moi un lieu aussi terrifiant qu’irrésistible, rempli de monstres et de secrets, où on peut rester perdu à jamais dans la galerie des glaces, rencontrer un clown maudit ou tomber dans les griffes d’une voyante sorcière…


Les stroboscopes, la musique kitsch et vaguement inquiétante, les odeurs de sucre et d’huile mécanique m’attirent comme un papillon vers l’ampoule, et je ne résiste jamais. Le Magicworld d’Hyères n’est à vrai dire pas un décor de film d’horreur – c’est un parc plébiscité par les familles et les jeunes en quête de sensations fortes, à l’atmosphère festive. Mais qui sait… qui sait ce qui se trame dans le train fantôme ? Laissez-moi me faire peur. que faire à Hyères


En pratique : Magicworld d’Hyères, ouvert du 28 mai au 3 septembre, tous les jours de 20h à 2h du matin. Parking et entrée gratuite, attractions payantes. Mes attractions préférées ? Le « slingshot » (boule projetée dans les airs par des élastiques) et la « Colorado River », montagne russe sur l’eau où on prend place à bord de troncs d’arbre. Le parc est grand et très riche en attractions, c’est une des meilleures fêtes foraines que je connaisse.
Finir la nuit la tête dans les étoiles
« Nuit d’été », les mots évoquent un Van Gogh. Les étoiles filantes pleuvent dans notre atmosphère et la voie lactée ouvre son immensité nébuleuse à nos regards sidérés. Tous les vendredis soir, l’Observatoire du pic des fées ouvre ses dômes aux visiteurs jusque tard dans la nuit, et c’est une ambiance envoûtante : imaginez une nuit noire, et des coupoles entrouvertes sur l’espace infini, une atmosphère de lune lointaine, de vaisseau spatial échoué, où le regard bascule dans l’immensité des constellations. J’ai vu Mars et Saturne se lever à l’horizon, le Scorpion, le Sagittaire et la Croix du Sud darder leurs flèches sur la nuit, et des amas d’étoiles déjà mortes nous témoigner, à des millions d’années lumières, les derniers soubresauts de leur vie déjà engloutie dans le noir. Il faut les plages d’Hyères pour se remettre de l’angoisse cosmique – l’espace me terrifie, mais la Côte d’Azur me console. A la fin de ma plongée dans la nuit hyéroise, le soleil se levant sur les salins chasse les fantômes et appelle au bonheur. que faire à Hyères



Ma série « Un été à Hyères », à la découverte de ma ville varoise préférée, s’achève ici : retrouvez les articles précédents ici, pour tout savoir sur Giens, Le Levant, les sorties en mer ou Porquerolles. Mais je ne dis certainement pas adieu à Hyères – je vous en reparlerai sans doute bientôt, car elle ne m’a pas encore livré tous ses secrets. Et j’ai aussi d’autres destinations à vous révéler : l’Islande, les Açores ! Si vous voulez me suivre, n’hésitez pas, abonnez-vous à la newsletter.

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