Road trip dans le désert d’Arizona. Que voir à Phoenix et Tucson : Saguaro National Park, Organ Pipe National Monument, Arizona Sonora Desert Museum, Desert Botanical Gardens
Que dit un homme mordu par un serpent à sonnette avant de mourir ? Pourquoi certains cactus ont-ils des cornes ou une coupe afro ? Qu’est-ce qu’un monstre de Gila ? Les oiseaux d’Arizona sont-ils masochistes ? Mais bon Dieu, pourquoi aller vivre dans un endroit où il fait 50 degrés le jour, 0 la nuit, et où il ne pleut que deux fois par an ? Monde rugueux et ébouriffé, le désert d’Arizona fascine par son côté brut de décoffrage. Les plantes, les animaux, tout le monde ici semble se préparer au tournage du prochain Star Wars : les cactus, les oiseaux, les reptiles sont des guerriers prêts à tout pour survivre à l’aridité. Le désert d’Arizona regorge d’histoires extraordinaires et de personnages hauts en couleur – ils méritent bien une présentation.

Road trip dans le désert d’Arizona : c’est parti
Dans le précédent épisode du road trip, je vous avais parlé de l’Apache Trail, la piste la plus mythique de l’Ouest (vous n’avez pas vu cet article ? allez le voir, c’est aussi l’article le plus cool de l’Ouest), et d’un coucher de soleil merveilleux dans les Montagnes de la Superstition, où j’avais vu serpents, biches et pécaris… Mon exploration des déserts de l’Arizona s’est poursuivie au Saguaro National Park, dans les montagnes de Tucson, au fabuleux jardin botanique du désert de Phoenix (Desert Botanical Garden), et à l’Arizona-Sonora Desert Museum de Tucson.

Que voir dans le désert d’Arizona ? Des CACTUS !
Le désert d’Arizona est une partie du désert de Sonora, la plus grande zone désertique d’Amérique du nord, et aussi la plus chaude – les températures approchant 50 degrés Celsius ne sont pas rares. Pourtant, la végétation y est étonnamment abondante : l’Arizona est le paradis des superhéros végétaux de la sécheresse, les cactus. Près d’une soixantaine d’espèces de cactus ont fait de la fournaise leur maison, et y survivent grâce à leur pouvoir spécial, la succulence. (Rien à voir avec leur qualité gustative, même si les fruits de nombre de cactus sont délicieux, et que j’ai mangé des sorbets de cactus à mourir.) La succulence, c’est la faculté de retenir l’eau dans leurs feuilles charnues, de créer un véritable système de stockage interne, et de pouvoir survivre durant des mois sans pluie. Mais cela ne va pas sans un inconvénient majeur : tous les animaux du désert, assoiffés eux aussi, cherchent à dévorer les cactus pour trouver de l’eau. Voilà pourquoi ils se bardent d’épines, ont plus de pics et de pointes sur le corps qu’un ado gothico-punk de quinze ans, et transpercent férocement tout ce qui s’approche : il en va de leur survie.

La popstar du désert sonoran, c’est le Saguaro (prononcez sawaro s’il vous plaît, sinon les locaux se paieront votre tronche #vécu), un cactus monumental de plusieurs mètres de haut qui semble né pour décorer les bouteilles de bière, et dont les bras ouverts lui donnent une dégaine de hippie cool qui fait un shaka ou un signe V. Yeah man.


Le Saguaro survit dans le désert d’Arizona grâce à un système de côtes, qui se contractent ou s’étendent en fonction de la quantité d’eau disponible (regardez le dessin ci-dessous, ça sera plus clair je crois).

Parce qu’il stocke d’énormes réserves d’eau (jusqu’à six tonnes !), le Saguaro est attaqué de tous les côtés. Rongeurs, oiseaux, reptiles, tous rêvent de lui prendre son butin, et ils n’hésitent pas à affronter son épiderme tranchant.

Mais le Saguaro est résilient. Quand un rongeur dévore son tronc, il produit une véritable armure, une résine noire et dure impossible à traverser. Quand un oiseau vient creuser son nid au cœur de ses branches, il développe une coque dure qui l’isole des germes transmis par les volatiles.

Quand un épisode de gel rompt une partie des tuyaux qui l’irriguent, la branche ne meurt pas, mais continue à pousser tordue, biscornue – c’est pour ça que certains Saguaro ont des cornes ou des coupes afro.

Et si une sécheresse extrême ou un incendie le tue, il essaiera de fleurir une dernière fois avant de rendre l’âme, afin de perpétuer l’espèce. Le Saguaro, c’est mon héros. Et c’est aussi l’emblème de l’Etat d’Arizona. Au Saguaro National Park, une véritable forêt de Saguaros recouvre les montagnes de Tucson, et dessine un fabuleux paysage hollywoodien.

Voici les autres sujets qui vivent à la cour du prince :
(Note : j’ai fait deux musées des cactus et lu un bouquin sur le sujet, The Cacti of Arizona, pour préparer cet article, donc je me sens vachement calée, mais tout de même, je ne suis pas botaniste. Lecteur de ce blog, si tu es présentement en train de préparer un exposé, un TPE ou autre devoir sur les cactus et que Google a eu la gentillesse de t’emmener ici, ça me fait très plaisir, mais ne m’utilise pas comme source. Ou ne viens pas te plaindre si on t’accuse de confondre le cactus « queue de castor » et le cactus « poire piquante ». Merci.)

Il existe plus de trente espèces de Cholla, mais les plus connues sont celles qui ont un air tendre et duveteux (ne vous y fiez surtout pas), et portent le nom adorable de « teddy bear cholla », ou « cholla nounours » (je vous répète, n’y touchez pas). Elles ressemblent beaucoup aux « cholla sauteuses » (jumping cholla), qui s’accrochent à tout ce qui passe pour être transportées sur des kilomètres, et conquérir de nouveaux territoires.

L’Organ pipe cactus (cactus tuyau d’orgue), nommé ainsi en raison de son allure très ecclésiastique, façon orgue de cathédrale, ne vit à l’état sauvage que dans une zone, tout au sud de l’Arizona, à la frontière mexicaine : Organ Pipe National Monument. L’endroit est loin de tout et strictement contrôlé en raison du passage de clandestins – les cactus que vous voyez ci-dessous sont ceux du jardin botanique de Phoenix (j’avoue #tricheuse).

La famille des « poires piquantes » (prickly pear) est très étendue aussi : ce sont tous les cactus à larges feuilles en forme d’oreille de Mickey, qui ont des noms tous aussi suggestifs les uns que les autres : queue de castor (beavertail), poêle à crêpes (pancake), oreilles de lapin (bunny ears)… Mes préférées sont les violettes (violet prickly pear), car elles revêtent, tu l’auras deviné, une couleur irrésistible, tout particulièrement quand elles sont en période de floraison.
Et début avril est la période idéale pour voir les cactus du désert d’Arizona, car ils sont tous en fleurs.


C’est aussi le cas de l’ocotillo, qu’on pourrait appeler le cactus zombie. Durant 90% du temps, l’ocotillo ressemble à un tas de branches mortes, qu’on aurait presque envie de ramasser pour faire du feu et griller des chamallows, s’il n’était pas bardé d’épines extrêmement épaisses et dangereuses. Mais quand la pluie vient, l’ocotillo reprend vie. Les branches toutes sèches se font verdoyantes et se couvrent de fleurs rouges.


J’aime aussi beaucoup toute la famille des petits tonneaux (non, je n’en fais pas partie), ou barrel cactus, dont les formes ventripotentes se couronnent de fleurs roses ou jaunes au printemps – comme un bouquet de cerises sur une grosse pièce montée. Les « hérissons » (hedgehog) sont aussi très sympathiques.

Je finis avec l’ennemi public numéro un, le salopard du désert de Sonora : le « diable rampant », en VO « creeping devil », dont le nom scientifique est Stenocereus eruca. Eruca signifie chenille : aussi dangereux qu’un troupeau de chenilles processionnaires, le diable rampant forme une colonie de longs boudins qui poussent à l’horizontale sur le sol, et peuvent couvrir de très larges étendues, formant un véritable tapis d’épines. Et ces épines sont les pires de toutes. Elles transpercent sans aucun mal une semelle de chaussure (je ne vous parle pas de tongs de piscine, je vous parle de grosses semelles de cuir épais), et résistent à nombre d’outils de jardinage. Un terrain envahi par les diables rampants est une zone minée, inaccessible.

Son caractère peu sympathique a sauvé Stenocereus eruca de l’extinction : comme son inoffensif cousin le peyotl, le diable rampant contient de la mescaline, substance hallucinogène que tout le monde adorait prendre dans les années 70. Le pauvre peyotl n’avait rien pour se défendre, il avait une tête de gros cerveau sans épines, c’est pourquoi il a presque disparu à l’état sauvage, et ne survit plus que dans les jardins botaniques. Derrière des vitres, pour le protéger de tous les apprentis chamans et autres candidats à la rencontre cosmique avec des entités de lumière fluorescente. Comme dirait le gardien du jardin botanique de Tucson : Fucking hippies !


Les animaux du désert d’Arizona au Desert Museum de Tucson
Il existe aux Etats-Unis quarante-et-une espèces de crotales, ou serpents à sonnettes. La fameuse sonnette, une série d’anneaux qui rentrent en vibration quand on les secoue, s’appelle en français « cascabelle », ce que je trouve ravissant (je n’irais pas leur faire un câlin pour autant). Commençons par démonter quelques mythes au sujet de ce serpent : non, il ne prévient pas toujours en faisant tintinbuler son cascabelle avant d’attaquer. Ce n’est pas comme le cycliste berlinois, qui met un coup de sonnette impérieux avant de te foncer dessus sans ménagement (ne croyez jamais que le cycliste berlinois va freiner : c’est un hipster, il a un vélo sans freins). Le crotale n’a pas signé de convention de guerre qui l’oblige légalement à faire un petit ding ding avant de planter ses crocs.
Il n’est pas vrai non plus que les plus jeunes sont plus dangereux, parce qu’ils « contrôlent moins leur venin ». Le jeune crotale n’est pas un ado éjaculateur précoce, il contrôle très bien son engin, merci pour lui. La dose de venin administrée dépendra de la situation et d’à quel point vous l’avez énervé. Le crotale n’attaque pas – j’en ai vu un traverser le chemin tout à fait pacifiquement devant moi quand je randonnais dans les montagnes de la Superstition –, mais il sait se défendre.

Certaines sont plus venimeuses que d’autres, et ceux qui concentrent le plus de venin appartiennent aux familles dites « diamondback » (dos de diamant) et « tiger » (tigre). Leur venin cause de terribles nécroses et hémorragies, et peut conduire à un arrêt cardiaque. Mais qui sont les plus dangereux ? La réponse est très simple : ceux qu’on va emmerder. Le gardien du jardin botanique de Tucson (vous savez, monsieur Fucking Hippies) m’a sorti la statistique suivante, et juré qu’elle est vraie : « en moyenne, la personne mordue par un serpent à sonnette aux Etats-Unis est de sexe masculin, a entre 20 et 30 ans, des tatouages, et un taux d’alcoolémie de 0,8 grammes. » La partie suivante n’entre pas dans la statistique officielle, mais « sa dernière phrase avant la morsure est : Tiens moi ma bière, je vais faire un selfie avec le serpent. » (Cette supposition est apparemment basée sur une histoire vraie). Dix-huit personnes ont succombé à une morsure de serpent depuis 2010 aux Etats-Unis.
Le désert d’Arizona compte également parmi ses rangs le seul lézard venimeux au monde : le monstre de Gila. La morsure n’est pas mortelle, mais très douloureuse, et très angoissante, car la bestiole ne lâche pas prise, et s’enfonce très profondément dans la chair avec ses dents recourbées. On a beau secouer dans tous les sens, il ne lâche pas prise – vous imaginez la scène.

Un autre animal typique du désert d’Arizona est le pécari, en anglais « javelina ». Bien qu’ils nous évoquent la famille des cochons et des sangliers, ils n’ont en réalité rien de commun avec eux. Ces animaux sont extrêmement grégaires, présentent une structure sociale complexe, et adorent s’empiler en tas pour faire la sieste ensemble.

Un de mes animaux coups de cœur a été « l’écureuil antilope », ou Ammospermophilus leucurus, qu’on voit gambader au milieu des cactus.

De façon générale, les animaux du désert d’Arizona sont des masochistes. Les oiseaux et les rongeurs se posent au milieu des cactus, entre les épines. Leur faible poids empêche la pointe de rentrer trop profondément (façon de dire que si vous vous asseyez sur un cactus avec vos grosses fesses humaines, ce sera une autre histoire). Les oiseaux tissent des nids en toiles d’araignée entre les branches des Saguaro. Phoenix, ton univers impitoyable.


Parmi les oiseaux, deux mentions honorables. Au printemps, le désert d’Arizona se remplit de colibris qui viennent butiner les cactus en fleurs. Le record du jour : un colibri peut battre des ailes jusqu’à 200 fois par SECONDE.

Le colin de Gambel (« Gambel’s quail ») ne pourrait certainement pas en faire autant. Ce gros oiseau joufflu vit principalement au sol, et vole très mal. Mais je trouve qu’il ressemble à un Pokémon, ce qui lui vaut mes suffrages. Petit dodu, je te veux dans mon équipe.

Dans les régions montagneuses du désert d’Arizona vit aussi le mouflon du désert (« desert bighorn sheep »), dont l’agilité est légendaire.

Enfin, à tout seigneur tout honneur , et je me dois de terminer cet article par l’animal le plus iconique du Sud-Ouest des Etats-Unis, celui que les Amérindiens nomment « le chien de Dieu » : le coyote. Intelligent, peu farouche, intrépide, on le croise sur les routes à la tombée de la nuit, ou fouillant dans les poubelles. J’en ai vu plusieurs entre chien et loup dans le Saguaro National Park, et c’est toujours une vision jubilatoire, qui nous rappelle pourquoi nous aimons tant les Etats-Unis.

Terre sauvage, terre immense. J’y reviens encore et toujours.


Prochain article sur Itinera Magica, blog amoureux du Sud-Ouest des Etats-Unis : la fin du roadtrip en Arizona.
Vous verrez les dernières photos : une installation artistique fabuleuse dans le désert, la route 66 et son allure rétro, la ville fantôme de Jerome, devenue repaire des artistes, l’influence mexicaine à Tucson…
Où voir le désert d’Arizona ?
Deux camps de base parfaits : Phoenix ou Tucson. Tucson est sans doute mon coup de coeur, pour l’ambiance extraordinairement vibrante et colorée de cette ville, et la proximité immédiate du Saguaro National Park.
Les parcs naturels d’Arizona
Vous pouvez admirer le désert d’Arizona en différents endroits à l’état naturel :
– à l’Est de Phoenix, sur l’Apache Trail, qui passe par le Superstition Mountains State Park
– à Tucson, au Saguaro National Park
– tout au sud de l’Arizona, à l’Organ Pipe National Monument. Que vous soyez à Tucson ou à Phoenix, vous aurez environ 3h de route pour l’atteindre, car ce parc est vraiment au milieu de nulle part, à la frontière mexicaine. Il est déconseillé d’y rester la nuit, en raison de la lutte entre passeurs et garde nationale américaine…
Les jardins botaniques d’Arizona, pour un nectar de désert
Il existe également deux jardins botaniques merveilleux :
– Le Desert Botanical Garden de Phoenix est la plus grande collection de plantes du désert d’Amérique. L’entrée coûte 22 dollars.
– L’Arizona-Sonora Desert Museum se trouve dans la partie ouest du Saguaro National Park, et n’est pas seulement un musée, mais aussi un zoo et un jardin botanique. L’entrée coûte 20,50 dollars.
Organiser votre voyage en Arizona : Saguaro National Park ou Organ Pipe National Monument ?
Le Saguaro National Park est divisé en deux parties : une à l’Ouest de Tucson, dont l’entrée est gratuite, et l’une plus étendue à l’Est de Tucson, qui est payante.
Il est facile de combiner Phoenix et Tucson : les deux villes sont à 1h45 de route l’une de l’autre, et le trajet s’inscrit naturellement dans l’itinéraire de tout road trip en Arizona, d’autant qu’il y a énormément de choses à voir et à faire à Tucson.
En revanche, Organ Pipe National Monument est excentré : depuis Tucson, il vous faudra 2h15 (bien que la distance à vol d’oiseau soit faible), idem depuis Phoenix. Il est plutôt difficile de combiner ce parc avec d’autres points d’intérêt, il faut choisir d’y aller spécialement. En raison du passage de clandestins par le désert, il est déconseillé de s’y rendre entre le coucher et le lever du soleil.

Bonnes vacances en Arizona…

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