Sommets blancs et cerisiers : promenade sur le Ventoux
Sa silhouette argentée se détache des terres rieuses de Provence et se repère à plus d’une centaine de kilomètres de distance, comme une vigie trônant au-dessus des lavandes et des cerisiers. Montagne des tempêtes et des héros, le Mont Ventoux est une légende du Sud. Voyage à la conquête du géant pâle. Je vous raconterai ma plus belle randonnée sur le Mont Ventoux, et vous révèlerai où voir les fameux cerisiers du Ventoux…

Mont Ventoux, père du mistral
J’ai grandi au nord de la Provence, sur les bords du Rhône, à l’endroit où il se fait le plus rapide et profond. Mais aussitôt que je m’arrachais aux séductions du fleuve et quittais la vallée, dès qu’une colline, une falaise ou une tour de château-fort me servait de promontoire, je le voyais surgir au loin : le Mont Ventoux. Immense et blafard, tel l’œil de Dieu qui jamais ne se referme, il veillait sur sa Provence. Si je prenais la route du sud pour rejoindre la Méditerranée, il me fallait longer le gardien silencieux, passer au crible de sa blancheur ; jusqu’en Camargue, il était impossible de lui échapper. Les jours où l’absence de nuages agrandit le ciel, je le voyais me guetter à l’horizon.

Les montagnes sont toujours hypnotiques – refuge des Dieux et des saints aux pieds écorchés, monde escarpé du silence qui préfigure les cieux. Mais le Mont Ventoux m’a toujours paru plus inquiétant et majestueux encore. En toute saison, il revêtait cette couleur blanche éblouissante, et tous les enfants croyaient qu’il s’agissait de neige, qu’un hiver éternel régnait sur ses sommets. Et il y avait ce nom. Ventoux. L’étymologie était explicite. Chaque fois que le mistral crachait sur ma vallée du Rhône son souffle glacé, nos regards se portaient vers le Mont Ventoux, comme s’il était ce Dieu courroucé qui concocte les bourrasques et lâche sur nos offenses ses armées incisives.
Les enfants n’ont pas si tort. Le vent a bâti son empire au sommet du mont, et n’y trouve jamais de répit. Un jour de 1967, une vitesse de 320 km/h y a été enregistrée à la station météorologique, et chaque jour de tempête semble s’ingénier à poursuivre le record. Il est notre monstre tutélaire, celui qui a enfanté le fléau de la Provence, le vent froid et tranchant qui s’immisce.

Neige ou pierre ? Les sommets du Mont Ventoux
Mais il est aussi le Dieu des cailloux, ces cailloux qui règnent sur le sol de Provence et en font cette rocaille aride et peu fertile, où les plantes qui veulent conquérir les plateaux calcaires doivent nicher leurs racines à même la pierre. Ce n’est pas la neige qui blêmit la face immense du Mont Ventoux, ce sont les pierres. La plus haute partie de ses versants est recouverte d’une mer de pierres blanches, un royaume du minéral, où plus rien ne pousse et plus rien ne vit, ni arbres, ni eau, ni bêtes, juste ces pierriers susceptibles qui cherchent le moindre prétexte pour dévaler les pentes raides dans un tonnerre de roches entrechoquées, et propager plus bas leur dévastation.
Le Ventoux est un monde hostile, dévolu aux ermites, aux illuminés et aux poètes. C’est un paysage biblique, le désert où le diable vient tenter l’âme fragile du croyant. Partir à l’assaut du Ventoux, c’est toujours un pèlerinage.

Pétrarque sur le Ventoux
La première ascension dont nous ayons conservé la trace est celle du poète toscan Pétrarque, l’un des plus grands écrivains médiévaux, qui cherchait sur la Terre entière les traits de sa Laura bien aimée. C’est en 1335 qu’il est parvenu jusqu’au sommet du géant tutélaire de Provence, et la légende dit qu’il lui donna son nom : Mons Ventosus, le mont venté. Il raconta dans une lettre au moine Dionigio Da Borgo San Sepolcro la mer de nuages qui roulait à ses pieds, la lute de l’ombre et de la lumière et l’âpreté sublime de ces visions. D’autres écrivains et artistes ont suivi ses traces, comme Rilke ou Camus, qui raconte : « Nuit sur le sommet du Vaucluse. La Voie lactée descend jusque dans les nids de lumières de la vallée. Tout se confond. Il y a des villages dans le ciel et des constellations dans la montagne.»

Randonnée sur le Ventoux
Il existe trois voies d’accès au vénérable patriarche, une au nord, deux au sud. J’ai choisi celle de Pétrarque : par le nord, depuis le joli village de Malaucène. Je suis montée en voiture jusqu’au camp du Mont Serein, doublant des armadas de cyclistes kamikazes, lancés pour vingt kilomètres de montée constante. Chaque année sous le soleil d’été, le Ventoux anthropophage prélève son tribut. Ce mythe du cyclisme attire des dizaines de coureurs insuffisamment préparés ; infarctus et coups de chaleur terrassent les imprudents. Mon ascension sera plus modeste : une randonnée de seize kilomètres, depuis le camping du Mont Serein. Le Mont Serein, c’est le dernier îlot de verdure avant la blancheur éclatante du vide, avant la planète désolée.

Le sentier s’élance dans la forêt, parmi les chênes et les pins. Mais aussitôt que l’altitude augmente, la végétation recule. Les arbres se font clairsemés. Quelques racines et buissons. Puis viennent les océans de pierre. Tout est sec et aveuglant – des murailles, aussi loin que porte le regard. Il n’y a encore aucun vent. C’est une journée chaude et immobile, une torpeur de fin d’été.
Puis la pente augmente, le sommet approche. Et je sens comme un frémissement. L’air s’impatiente, quelque chose se prépare. J’atteins la crête, et je m’envole. Un vent insoupçonnable jusqu’alors abrase le sommet, déferle sur la station météorologique, combat les cyclistes épuisés. Il n’y a plus rien, plus un arbre ou une fleur. Les pierres ont vaincu et un mistral furieux s’acharne sur les pentes nues. Bienvenue sur la surface de la lune.

Toutes les familles qui imaginaient pouvoir pique-niquer remballent leurs chips et leurs alus et vont se réfugier plus bas. Il est impossible de rester exposé. Un chemin blanc serpente sur la crête, flotte au-dessus des pentes abruptes – une piste parmi les contrées extraterrestres. Je le suis vers le sud.

Quand l’altitude diminue, la vie revient. Chardons et troupeaux de moutons apparaissent. Je marche longtemps parmi ce paysage de bout du monde, avant de retraverser la forêt verticale et de revenir peu à peu au monde ordinaire, comme on revient d’un voyage spatial. Je rêve d’eau et de verdure.

Au sud du Ventoux : le pays de Carpentras
Un autre versant. Au Sud du Mont Ventoux, c’est le pays de Carpentras et des monumentales dentelles de Montmirail, ces pitons érodés qui se découpent sur le ciel de Provence. C’est le Vaucluse des petits villages, tel que le ravissant Pernes-les-Fontaines, où les eaux chuchotent.

Où voir les cerisiers du Ventoux au printemps ?
Autour de la mi-avril, une grâce éphémère vient rehausser encore le charme de la région : c’est l’époque où les cerisiers en fleurs reflètent l’éclat de la montagne albâtre. Sur la route de Bédoin à Flassan, le printemps dessine des cartes postales. Les fruitiers sont en procession nuptiale et l’habit fantomatique du Mont Ventoux se change en jupon de mariée. Je me promets de revenir, d’explorer tous les petits villages lovés au creux des collines, et de goûter les cerises du Ventoux. Fille de Provence, je reviens toujours à la cour de son roi blanc…


Mont Ventoux
Located at:
44.1727243,
5.277299900000003
Se rendre au Mont Ventoux
Le Mont Ventoux se situe dans le Vaucluse, au nord-est d’Avignon. Trois routes d’accès existent : au nord, par Malaucène, au sud, par Bédoin ou par Sault.


Par quel chemin accéder au Mont Ventoux ? Les trois voies d’accès

Si vous êtes cycliste (ou randonneur), et que vous voulez tenter l’ascension, préparez-vous bien ! Le Ventoux est un défi violent pour les cyclistes : 20 km de montée sans répit… L’accès le plus ardu des trois est celui par Bédoin, au sud. C’est le pire, celui qui doit vraiment être réservé aux athlètes. En deuxième position vient l’accès par Malaucène, au nord. Un petit peu plus facile, il exige néanmoins une excellente condition physique. Le « plus facile » (rappelez-vous, nous parlons de l’ascension d’une montagne de 1911 mètres aux pentes raides…) est au sud : par Sault.
Que voir aux alentours du Mont Ventoux ?
Au nord, ce sont les paysages de la Drôme provençale qui s’offrent à vous : les vestiges antiques de Vaison-la-Romaine, les oliviers de Nyons, les collines des Baronnies et le charme de leur village le plus célèbre, Buis-les-Baronnies.
Au sud, vous êtes dans le Vaucluse, dans le pays de Carpentras. Carpentras, jolie ville au milieu des collines, les villages de Bédoin, Montreux, Pernes-les-Fontaines méritent le détour.

C’est aussi le pays des célèbres dentelles de Montmirail – entre vignobles et collines couronnées de crêtes majestueuses, le pays de Gigondas, Beaumes-les-Venises, Lafare promet de belles promenades. Ne manquez pas le village perché de la Roque-Alric.

Si vous poussez encore un peu plus au sud, vous trouverez le palais des papes et le pont d’Avignon, ainsi que le fabuleux pays secret du Lubéron, avec ses villages perchés, dont Gordes est emblématique.



Quand et où voir les cerisiers du Ventoux en fleurs ?
C’est sur la route de Bédoin à Flassan que vous pourrez faire votre photo de carte postale. On m’avait dit « fin avril, début mai », mais je conseillerais plutôt de venir à la mi-avril : ces photos ont été prises le 29 avril, et la floraison était déjà presque terminée.
Où dormir sur le Mont Ventoux ?
Je sais que de jolis campings existent aussi au sud, mais j’ai eu un coup de cœur pour celui du Mont Serein, sur la face nord, côté Malaucène. Un endroit parfaitement bucolique et aux prix très acceptables.
Vous trouverez des hôtels de charme parmi les vignes côté sud, autour de Carpentras. Et pour une folie : je n’y ai encore jamais dormi, mais Carpentras compte deux hôtels de luxe, l’hôtel Crillon le Brave et le château de Mazan, qui me paraissent absolument superbes !


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