Comment aller à Horseshoe Bend ? Que faire sur le lac Po
well ? Road trip en Arizona, blog Arizona
A Page, en Arizona, le fleuve Colorado se retourne à 180 degrés dans une gorge rouge et ocre, avant de s’engouffrer dans le Grand Canyon. On appelle cette fabuleuse curiosité minérale Horseshoe Bend (le méandre en forme de sabot de cheval), et c’est une expérience magique que d’y voir le soleil se lever. Quelques kilomètres plus loin, le gigantesque barrage de Glen Dam noie rochers et canyons sous les eaux d’un lac artificel, le Lac Powell. Voyage en Arizona au fil de l’eau, à la découverte des merveilles géologiques qu’elle a sculptées.
Comment aller à Horseshoe Bend ? Que faire sur le lac Powell ? A la découverte d’un des plus beaux secrets d’Arizona.

Cet article fait partie d’une série consacrée à un road trip en Arizona, qui va durer tout le mois d’avril sur Itinera Magica, et qui est associée à un jeu concours, « Avril en Arizona ». Pour lire l’introduction générale et participer au concours, c’est par ici.
Horseshoe Bend, le plus célèbre méandre du fleuve Colorado, je l’avais vu pour la première fois derrière le hublot d’un avion, l’été dernier. Engourdie par des heures et des heures de vol, je somnolais sans regarder le paysage quand je me suis soudain réveillée d’un seul coup, et ai regardé le sol, comme si quelque chose m’y appelait. Et c’est là que j’ai vu la boucle émeraude au milieu des étendues sanguines, le petit miracle géologique (pourquoi un fleuve choisit-il un cours aussi étrange et incongru ?) révélé un instant par la trajectoire aérienne. J’ai sorti mon portable et pris cette photo. Et je me suis promis de revenir.

Un an plus tard, je quitte le parc du Grand Canyon vers le Nord-Est, par la Desert View Road, et remonte le cours du fleuve Colorado en direction de Page. Je suis engagée dans une course contre le soleil qui descend, car je veux le voir se coucher à Horseshoe Bend.

La route au milieu de nulle part : cap sur Page
Il est difficile de raconter la surprise perpétuelle de ces paysages du Nord de l’Arizona. Dans le parc du Grand Canyon, le sublime est un dû : dans un des lieux les plus touristiques et célébrés des Etats-Unis, on sait qu’on va avoir le souffle coupé, qu’on se tient au cœur du mythe, et notre cœur se prépare déjà à battre la chamade avant même d’avoir entraperçu le canyon. Le vertige est balisé. Mais ce que personne ne vous dit, c’est que le sublime ne respecte pas les barrières, qu’il n’est pas un petit troupeau bien docile de merveilles géologiques qui s’arrêtent sagement aux limites du parc naturel. On quitte le parc, et on s’attend à reposer son œil et son cœur, et on découvre la beauté sauvage et abandonnée. Au milieu de nulle part, négligemment posés au bord de la route sans un panneau qui les mette en valeur, sans le moindre aménagement touristique, c’est une succession de gorges aux parois abruptes, de points de vue époustouflants, de badlands ocres, de montagnes à qui leur taille, leur forme et leur couleur vaudraient des milliers de visites, si elles avaient eu seulement la chance de s’élever en Europe. J’en parlerai plus tard avec des amis d’Aix-en-Provence : « Est-ce que tu as vu que sur la route du Grand Canyon à Page, il y a une Sainte-Victoire ? Même silhouette, même allure générale. Sauf qu’elle est quatre fois plus grande. Et rouge sang. Et que personne ne s’y intéresse. » C’est la banalité du sublime en vrac, négligé par l’œil gavé à satiété. Sur cette route qui serpente au milieu des solitudes à perte de vue, je sais pourquoi j’aime tant les Etats-Unis : pour le privilège ordinaire du vertige.


Ce n’est plus le parc national du Grand Canyon, mais c’est toujours le Grand Canyon : son tracé couvre une distance de quatre cent cinquante kilomètres. Si vous avez lu mon article à son sujet, vous savez qu’il s’étend du Lake Powell, à l’Est, au Lake Mead, à l’Ouest, là où le fleuve Colorado a traversé des montagnes. Vous savez que l’Arizona est un fabuleux millefeuille géologique. Que le Colorado et ses mille affluents sont partis à l’abordage des hauts plateaux nus, et qu’ils ont cisaillé inlassablement la roche, mis à nu les strates de la Terre, et dessiné cette région à nulle autre pareille, ce labyrinthe de canyons comme les veines d’un géant assoupi. Il est difficile d’imaginer l’échelle. Ce sont des centaines, des milliers de kilomètres carrés de Terre ravinée et à vif. Tout itinéraire devient une épopée. Il vous faut parfois quatre heures pour couvrir des distances qui, à vol d’oiseau, ne représenteraient qu’une vingtaine de kilomètres – car le sol torturé sème partout des embûches et des gorges infranchissables. C’est une des plus belles routes de ma vie, et je voudrais m’arrêter tous les cent mètres, mais je résiste. Le soleil descend et Horseshoe Bend est encore loin. Les ombres font grandir les montagnes et creusent les ravins. Je suis en train de remonter le cours du fleuve. D’aller à la source de l’émerveillement.


Soudain, du haut d’une colline rousse, je commence la descente vers Page. A ma droite, une gigantesque centrale à charbon, qui crache du noir au milieu du désert. A ma gauche, le barrage de Glen Dam, qui a donné naissance au Lake Powell. De monstrueuses lignes à haute tension filent vers tous les points cardinaux. Par-delà les immensités, l’électricité qui jaillit ici alimente Arizona, Nevada, Nouveau Mexique et Californie. Page est le genre d’endroit où on teste les bombes atomiques et élève des monstres. Page est un dragon qu’on a enchaîné loin des hommes, caché au cœur du désert, mais dont les flammes nourricières portent jusqu’aux confins.

C’est une ville née d’un campement, en 1957, lorsque les hommes ont décidé qu’il fallait dompter le cours impétueux du fleuve Colorado, et qu’ils ont commencé à construire le barrage de Glen Dam. Les Navajo, à qui appartient le nord de l’Arizona, ont concédé un terrain à l’Etat en échange d’autres terres. Page est la fille de la précipitation et du provisoire, un camp d’ouvriers improvisé sur une grande mesa au-dessus du fleuve – car il fallait anticiper la montée des eaux, une fois l’ouvrage achevé, et fuir ses rives – et qui s’est pétrifié en ville. Il y a des stations essence, des motels, des restaurants mexicains et des églises, rangées en file indienne dans une seule rue sacrifiée à cet usage. J’imagine bien la construction de la ville ouvrière, le vacarme des grues et les tempêtes de poussière. « Et là, vous me mettez toutes les églises, comme ça c’est réglé ».

Comment aller à Horseshoe Bend ? Le méandre magique
Je m’arrête à la première station : « Horseshoe Bend, s’il vous plaît ? » « Vous suivez la 89 sur quatre miles. Quand vous verrez des tas de voitures garées au bord de la route et des gens qui courent avec des appareils photos, vous saurez que vous y êtes. »

Je me rue sur la 89 et le soleil flirte dangereusement avec l’horizon. Je repense à la fin du Dracula de Coppola – à la course contre le crépuscule. Le pompiste ne m’avait pas menti : l’attroupement automobile trahit la présence de LA curiosité qu’on veut tous mettre sur Instagram. Un coucher de soleil à Horseshoe Bend, c’est sur la check list du road trip en Arizona. Moi aussi, je me mets à courir. Il faut franchir une colline ensablée pour rejoindre le bord de la gorge, il devrait y en avoir pour vingt-cinq ou trente minutes en temps normal, mais je suis déterminée à diviser ce temps par dix. J’imagine qu’un observateur extérieur nous trouverait éminemment grotesques, titubant dans le sable, échevelés, le sac à dos qui rebondit sur les reins et l’appareil à la main, suppliant le soleil de ralentir sa course.
Enfin, me voilà trempée et à bout de souffle au bord du méandre.

Ici, le Colorado fait une boucle à 180 degrés, et continue sa course vers l’Ouest, vers le plateau de Kaibab. Le lieu fascine car il raconte l’audace de cette rivière, ses revirements impromptus, ses caprices. Ces eaux ont le culte de l’inattendu. C’est ici que tout commence, au milieu de nulle part, que le fleuve entêté se renverse et tranche la pierre, dessine ces paysages hors normes qui aimantent les voyageurs du monde entier. Le coucher de soleil à Horseshoe Bend, c’est un rituel d’inspiration – pour apprendre à nager à rebours et gravir les montagnes.

J’ai du mal à prendre des photos. Nous sommes nombreux, j’ai toujours un selfie stick dans le champ, et le soleil au-dessus de la gorge assure le contrejour. Au bout de quelques minutes, j’arrête de mitrailler, et je m’assois pour regarder le coucher. Tout se passe en un éclair. Les montagnes ouvrent grand leurs mâchoires, et aussitôt le soleil dévoré, l’ombre s’abat sur les plaines – les rouges se changent en gris, l’obscurité descend à une vitesse effrayante. Au loin Page s’allume et les motels ouvrent leurs bras. Epuisée, je m’endors sans mettre de réveil.
A six heures du matin, j’ouvre les yeux dans la pénombre. Le jour n’est pas levé, des draperies mauves enveloppent l’horizon. Est-ce que… est-ce que je retourne à Horseshoe Bend pour le lever du soleil ? Deux secondes plus tard, je commence à empiler pulls et blousons, et me jette dans l’air froid du matin.

Page est fantomatique. Un halo bleuté nimbe les stations essence et les dos monolithiques des roches lovées dans l’ombre comme autant de dinosaures assoupis. Je roule dans le secret de l’aube sur les routes désertes.

Il n’y a cette fois presque personne sur le parking en bord de route. Je commence l’ascension de la dune rouge qui cache Horseshoe Bend, et le soleil surgit.



La lumière d’or éclabousse le sommet des montagnes et le bord de la gorge – c’est une lumière de film, rayonnante et douce, qui caresse les paysages comme un innamoramento. Nous sommes une poignée à nous tenir sur les roches froissées, quelques photographes et un couple de français en voyage de noces, ébouriffés et amoureux. Nous nous baignons en silence dans une marée d’or.

Découvrir le fabuleux lac Powell
Quelques heures et un passage par la machine à gaufre du motel plus tard, je me dirige vers le lac Powell.


Le plus grand lac artificiel des Etats-Unis porte le nom de l’aventurier qui a descendu le premier le cours du Colorado et découvert le Grand Canyon, dans une expédition dont tous ne sont pas revenus vivants – je raconte son histoire ici. La haute paroi du Glen Canyon Dam module les colères du fleuve et crée des tâches de bleu dans un monde de rouge.



Je monte jusqu’au Wahweap Overlook, qui surplombe le lac. Le lac Powell a noyé mesas, roches et flèches minérales, qui émergent hagardes des eaux à perte de vue, comme les mâts de bateaux naufragés. La baisse du niveau du lac a laissé une marque blanche sur la roche, une étrange bande claire qui leur donne un air presque animal, comme une horde de fouines ou de marcassins qui s’égaillent. C’est un paysage fantasmagorique, que je voudrais prendre le temps de découvrir en bateau, au fil des arches de pierre et des canyons engloutis. Un monde perdu dort sous la surface. Je me demande combien de pétroglyphes, gravés dans la roche par les peuples d’autrefois, de villages indiens et de tombes ont été submergées par les eaux, quels secrets s’abîment dans les fonds limoneux.


Les falaises qui surgissent ici à perte de vue, ces formations abruptes au milieu des plaines, se nomment les Vermilion Cliffs – les falaises vermillon. Ce que j’ai vu sur la route du Grand Canyon à Page, ces « Sainte-Victoire » couleur hémoglobine, appartiennent à la chaîne des falaises vermillon. Sur ce qu’on appelle le grand escalier du Colorado, les cinq « étages » dont on voit les strates au Grand Canyon et à Grand Staircase National Monument, les Vermilion Cliffs sont la deuxième marche – les vestiges d’immenses continents de pierre érodée. Je lis qu’il s’agit de dunes de sable et de limon, fossilisées et pétrifiées au fil des millénaires.


Voici la clef des fabuleux trésors géologiques du nord de l’Arizona. Ce furent des paysages mouvants, ondulant au gré des vents sur la terre sans limites, et que le temps est venu figer en plein vol. Imaginez des dunes qui auraient joué à 1,2,3 Soleil, suspendues au creux d’une vague, arrêtées en pleine danse, et dont les ondulations fantastiques auraient été coulées dans la pierre multicolore. Au nord de Page s’étend le parc de Vermilion Cliffs National Monument, qui recèle un des endroits qui me font le plus rêver au monde : The Wave. Une vague de pierre, striée de marbrures déclinant tout le camaïeu des rouges, à des centaines de kilomètres de la mer. Seules vingt personnes obtiennent la permission de la découvrir chaque jour, afin de préserver ce site exceptionnel. Et je n’ai pas été tirée au sort. Je me console en rêvant au jour où je reviendrai, en admirant les fabuleuses photos de Betty et Guillaume qui ont eu cette chance. Et sur les bords du Lac Powell, j’ai découvert le même type de formations – moins spectaculaires, évidemment, que celles de The Wave, mais taillées dans le même tissu géologique, révélant la même propension à la volute, à la couleur, à la courbure polie par le vent et l’eau qui brûle. Cet endroit ravissant se nomme Desert Gardens, en VF les jardins du désert, sur la rive opposée au Glen Canyon Dam. C’était ma petite vague à moi – assez pour alimenter le désir, et me faire jurer de revenir en Arizona.




Et il me reste encore une merveille à explorer à Page…
A suivre sur Itinera Magica : Antelope Canyon, le « slot canyon » le plus photogénique du monde. Je vous parlerai aussi des Navajo, à qui il appartient.

Visiter Horseshoe Bend et le lac Powell : en pratique
Comment aller à Page ?
Page est située tout au nord de l’Arizona, à 4h de route au nord de Phoenix, ou 4h à l’est de Las Vegas. La plupart des gens suivent l’itinéraire qui a été le mien : ils vont d’abord à Grand Canyon Village, puis poursuivent vers Page (2h30 de route).

Où dormir à Page ?
Dormir à Page est facile – c’est une ville touristique –, mais méfiez-vous : dès le printemps, tout se remplit très vite ! Les rives du lac Powell comptent plusieurs campings très bien aménagés, et la ville regorge de motels. J’ai dormi au Rodway Inn qui a été mon meilleur rapport qualité/prix durant ce road trip en Arizona : 60 dollars pour une chambre propre et spacieuse avec baignoire, parking, wifi et petit-déjeuner étonnamment correct (c’est très rare dans ce type de motels, j’étais très surprise d’y trouver des choses comestibles !). Si vous cherchez un hôtel romantique et de charme… préparez-vous à être déçu, ce n’est pas le genre de Page !
Comment trouver Horseshoe Bend ? Horseshoe Bend : comment y aller ?
Horseshoe Bend est à 4 miles au sud de Page, sur la route US Highway 89. Ouvrez bien les yeux, un petit panneau brun (sur la droite en venant de Page) vous indiquera « Horseshoe Bend Parking ». Il vous faudra ensuite marcher environ vingt-cinq minutes pour franchir la colline et accéder au canyon. La marche n’est pas difficile, mais attention avec des enfants, l’endroit n’est pas sécurisé, aucune barrière ne protège de l’à pic.
Horseshoe Bend au lever ou au coucher du soleil ?
Le truc le plus populaire, c’est le coucher du soleil. C’est considéré comme un must du road trip dans l’Arizona. Mais vous aurez un monde fou, et un gros contrejour sur le Bend… J’ai préféré le lever du soleil, très tôt le matin, où j’étais presque seule et où la lumière était beaucoup plus belle et photogénique.
Photographier Horseshoe Bend : conseils photo
Une seule règle : le GRAND ANGLE ! Sinon, vous ne pourrez pas tout faire rentrer dans l’image, et ça serait dommage de couper le Bend ! J’ai utilisé mon objectif Canon 10-22.
Que faire sur le lac Powell ?
– Marcher sur le Glen Canyon Dam, grand barrage sur le Colorado, et aller au Visitor Center du Glen Canyon Dam pour obtenir la carte des randonnées
– Aller au Wahweap Overlook pour une belle vue sur une partie du lac (pourquoi une partie ? parce qu’il s’étend sur 300 kilomètres !)
– Marcher sur les rives du lac pour voir les formations géologiques qui rappellent The Wave
– Si vous avez le temps : depuis Wahweap Marina ou Antelope Point Marina, vous pouvez prendre un bateau qui vous permettra de découvrir le lac lac et ses nombreuses curiosités géologiques. Pour voir le célèbre Rainbow Bridge, le plus grand pont naturel du monde, il vous faudra prendre une journée entière : 6h de bateau, un arrêt à Rainbow Bridge Point, 3km de marche, retour au bateau. J’y ai renoncé et j’ai regretté : il est difficile d’imaginer à quel point le lac Powell est beau et hypnotique avant de l’avoir vu de ses yeux. Si c’était à refaire, je le ferais, d’autant que Rainbow Bridge n’est accessible que par bateau. C’est un lieu qui n’est pas assez valorisé par nous autres blogueurs, je trouve, qui reste trop souvent en dehors de nos itinéraires – ne faites pas la même bêtise que moi, prenez une journée et découvrez le Lac Powell en bateau ! (C’est sur ma « bucket list » pour mon prochain voyage dans le Sud-Ouest des USA ;-))
– En été : le lac Powell et le fleuve Colorado sont un paradis des activités nautiques.
Plus d’infos ici sur le site du parc.

Que faire d’autre à Page ?
Découvrir Antelope Canyon !
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