Que faire à Sedona ? Que voir à Sedona ?
Sedona : l’étape incontournable d’un road trip en Arizona
Peut-être n’avez vous jamais vu entendu parler de Sedona. Mais la ville rouge, capitale du yoga, des ovnis et des vortex cosmiques, est légendaire pour les américains. Et c’est une étape fabuleuse dans tout road trip en Arizona. Laissez-moi vous convaincre de l’ajouter à votre itinéraire…
Surplombée par d’immenses monolithes aux allures de cathédrale, bâtie sur la pierre rouge et envahie de cactus, Sedona frappe aussitôt l’imaginaire du visiteur. Plus de soixante westerns hollywoodiens ont été tournés dans ces paysages en Technicolor, et nombre de stars ont jeté leur ombre sur les mesas. Mais l’attraction exercée par Sedona ne se limite pas à sa géologie et à la beauté des panoramas. Les hippies du monde entier accourent ici, car des vortex d’énergie cosmique métamorphosent les hommes, et des ovnis signalent la présence toute proche des extraterrestres… Venez découvrir la capitale américaine du « new age ».

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Sedona : cinéma et ovnis
Connaissez-vous Sedona ? De notre côté de l’Atlantique, peu de voyageurs ont déjà entendu parler de la petite ville qui colore le cœur dru de l’Arizona, si ce n’est peut-être les cinéphiles, qui viennent ici rejouer les scènes cultes de Johnny Guitar, Midnight run ou, plus récemment, 3h 10 pour Yuma, tourné en 2007 dans ce décor de western parfait. Mais aux Etats-Unis, Sedona est aussi et surtout devenue une destination incontournable pour des touristes d’un genre bien particulier : hippies et mystiques en quête de révélation, chasseurs d’extraterrestres, Californiennes adeptes de yoga et de cristaux, de médecines alternatives et holistiques, rêveurs aspirant à la communion avec l’énergie de la Mère Nature.


Si les premiers habitants de ces contrées ont laissé des traces de leur passage il y a presque douze mille ans, la Sedona moderne est une ville neuve, fondée en 1902, et dont l’essor véritable ne commence que dans les années 70. Plusieurs dizaines de films seront tournés ici, car Hollywood raffole des énormes rochers au pied desquels s’arriment les maisons, et dont les formes découpées évoquent des navires géants, des monstres assoupis et des nuages capricieux.
Les vortex cosmiques de Sedona, capitale du New age
De telles visions sont dignes d’inspirer les fantasmagories les plus échevelées. C’est ainsi qu’en 1978, la vague new age déferle sur Sedona avec la parution du livre Vies antérieures, futures amours. Dick Sutphen y raconte une expérience ésotérique extraordinaire vécue près de l’aéroport de Sedona, où un vortex d’énergie pure s’est emparé de lui et l’a transfiguré. A partir de ce moment-là, ses lecteurs commencent à entendre l’appel. Des anges, des extraterrestres, des créatures de lumière leur apparaissent en rêve, et leur soufflent une injonction prophétique : abandonne tout ce que tu as et rends-toi à Sedona. Par dizaines, par centaines, ils accourent à Sedona, des filles et des garçons dans des minivans, le rétroviseur accablé par le poids des colifichets, des artistes, des voyants, des chiromanciens, de doux illuminés qui parlent la langue des cristaux et du marc de café.
Ils appellent à leur rescousse la science et des légendes rescapées de la nuit des temps. Un biologiste fasciné par le surnaturel affirme que le champ magnétique terrestre connaît des perturbations significatives à trois endroits sur Terre, le triangle des Bermudes, une obscure localité campagnarde dans le Sussex, en Angleterre, et Sedona. Des anthropologues du dimanche viennent à Sedona après s’être enivrés de Mai-Tai sur la plage d’Honolulu, Hawaii. Soucieux de combiner leurs deux grandes passions dans une même « convergence harmonique », ils affirment que les Indiens reconnaissent deux puits d’énergie fondamentale dans l’univers : Kauai (Hawaii) et Sedona. (Note : les Amérindiens de Sedona et les Polynésiens d’Hawaii n’appartiennent absolument pas au même groupe culturel et linguistique et n’ont jamais été en contact avant l’ère des avions. Il est totalement invraisemblable qu’un Hawaïen soit venu sur sa pirogue à balancier au coeur des Etats-Unis, dans le désert rouge, et se soit dit « oh tiens alors, il y a les mêmes vortex que chez ma mamie à Kauai, je vais l’écrire dans mon livre de légendes, pardi ».) D’autres affirment qu’aux premiers temps du monde, Sedona était une île de cristal lumineux.



Pour en savoir plus sur les croyances new age à Sedona et l’histoire du mouvement, suivez ce lien et recevez la lumière.
Yoga, kombucha et caniches
Les ésotéristes continuent de prospérer à Sedona, qui est devenue une petite ville huppée, pleine de galeries d’art et de Californiens en quête d’air pur et de révélation. La carte des restaurants reflète leurs obsessions : ici on ne jure que par le kale, un chou paré de mille vertus, et par le thé au kombucha, un champignon blanc qu’on fait macérer dans l’eau afin qu’il libère ses propriétés miraculeuses. (Et qu’on sucre très fort, de préférence avec de la stevia ou un autre ersatz naturel, parce que c’est tout bonnement infect).
Tôt le matin, on voit des femmes sportives et joviales se lancer à l’assaut des rochers, tapis de yoga sous le bras, et dérouler leurs asanas acrobatiques au sommet des montagnes.

Je prends au vol la photo d’une décapotable immatriculée en Californie, d’où dépassent la chevelure blonde d’une quinquagénaire et la fourrure duveteuse de deux gros golden retrievers. Quelques heures plus tard, je la retrouve dans un très bon snack bio et sans gluten, et j’admire ses deux nounours. « Ils sont fidèles, eux ! » Je sens qu’elle meurt d’envie de rajouter « plus fidèles que mon connard d’ex-mari », mais qu’elle a peur de se boucher les chakras avec tant de négativité.


Si payer (très cher) un massage qui libère les énergies psychiques ou une séance de cartomancie ne comble pas votre soif d’absolu, rendez-vous donc au Centre New Age, tout de violet revêtu et orné de statues d’aliens aux yeux hypertrophiés. Ici, on vous proposera des tours d’observation nocturne des ovnis, « avec un taux de réussite de 100% », sans doute guidés par des mediums, que leur prescience ultra-lucide conduit naturellement vers nos amis d’ailleurs. Si vous vous rendez en Finlande pour voir les aurores boréales, ou au Canada pour approcher les baleines, on ne vous promettra jamais un taux de 100% d’observation – misez sur les ovnis, c’est une valeur sûre.

Le restaurant le plus romantique d’Arizona : Cucina Rustica
J’aurais aimé voir le miracle, mais malheureusement, recevoir les clins d’œil de l’univers et passer à une sphère de connaissance supérieure avait son prix. La mécréante que je suis a fermé son troisième œil et préféré investir dans de délicieuses lasagnes végétaliennes à Cucina Rustica, le restaurant le plus romantique et charmant de Sedona. Ca restera le souvenir le plus romantique de ce voyage.


Chapel of the Holy Cross, le Dieu des rochers
Les religions établies ne sont pas en reste : flâner dans Sedona, c’est traverser un supermarché des croyances. Nombre de groupes confessionnels – catholiques, Juifs, protestants de diverses obédiences – ont établi ici des communautés, dont la succession le long des routes remplace les drive-in des fast-foods dans d’autres villes américaines, que l’amour de la vie saine bannit ici. Seuls les Amérindiens manquent à l’appel. (Ils ont dû aller se réfugier sur Kauai.) Le lieu de culte le plus célèbre de Sedona, c’est la majestueuse Chapelle de la Sainte Croix (Chapel of the Holy Cross), dont la pyramide blanche se glisse entre deux blocs rocheux, comme une icône que surélèverait un autel de pierre rousse. A défaut de croire aux vortex, tous les religieux semblent avoir pourtant ressenti eux aussi l’attrait presque magnétique du lieu. Inutile d’imaginer d’autres dimensions pour être happé par le caractère inouï de Sedona.

Malgré l’afflux touristique, et la richesse des visiteurs, la petite ville a gardé une forme d’authenticité rugueuse qui sied à la majesté du cadre naturel. Ce n’est pas une ville au sens conventionnel du terme, c’est un chapelet de hameaux disséminés au milieu des monolithes, entrecoupés d’espace de nature sauvage et préservée. La géographie déconcerte, et il faut escalader l’une des buttes rouges pour s’offrir un panorama et mieux comprendre la nature pointilliste de l’organisation urbaine. Au sud, le village d’Oak Creek est la porte d’entrée pour les voyageurs arrivant par l’autoroute depuis Phoenix, et que saisissent aussitôt la splendeur des rochers Bell Rock et Cathedral Rock. Puis c’est le désert, plusieurs miles de solitude géologique et épineuse, avant d’arriver au cœur de Sedona. Qui continue vers le nord, vers le Grand canyon, traverse à nouveau des étendues inhabitées et a la surprise de quitter les paysages arides pour tomber sur des forêts de pin dans la gorge d’Oak Creek Canyon, au nord de Sedona.


Sedona, aux marges de la wilderness
Dans cet aménagement approximatif et décousu, les maisons des hommes semblent être venues s’installer sur la pointe des pieds, par crainte de déranger la vie sauvage. Toute une partie de Sedona est consacrée zone de wilderness, ce mot américain par excellence qui dit la fascination des grands espaces intacts. Tel est le paradoxe des Etats-Unis : certaines zones sont sacrifiées à la laideur fonctionnelle, immenses enfilades de parkings et de pavillons sans âmes, et d’autres sont sanctifiées, soustraites à toute construction humaine. L’écologie américaine est ségrégative. Contrairement à la Scandinavie, où on considère que les hommes doivent vivre au cœur de la nature, les Américains pratiquent une forme d’apartheid entre le territoire des hommes, où il est permis de tout saccager, et celui de la wilderness, où il est interdit de déplacer le moindre caillou. Etrange dualisme qui a le mérite d’offrir, en marge des tentacules des mégalopoles, des espaces de beauté drue. « Tout le monde a autant besoin de beauté que de pain. Il nous faut des endroits où nous pouvons jouer et prier, où la nature peut guérir et conférer sa force au corps et à l’âme », théorisait John Muir.


Randonner à Sedona
Sedona propose des dizaines de chemins de randonnée dans l’Ouest, mal balisés, où on se perd aisément et se retrouve malgré soi sur le parapet d’une falaise inattendue, et où on croise des serpents à sonnette sous les rochers. A tous les marcheurs, on remet un livret d’information sur la wilderness, qui enjoint au respect, met en garde contre les dangers de la déshydratation, et demande de « ne pas former des groupes de plus de douze cœurs qui battent ». Que signifie l’étrange formule ? Pas plus de douze créatures ensemble, humains, chevaux, bétail et chiens confondus. Le funeste chiffre 13 porte atteinte au fragile équilibre de la wilderness. Si la ville a un charme fou, avec ses cabinets de voyance, ses ateliers d’artistes, ses façades acidulées qui contrastent avec les couleurs rugueuses du désert, je lui préfère les ocres des rochers, le ciel aveuglant, les sentiers broussailleux.


Toutes les décoctions de kombucha du monde n’ont pas su émousser un certain caractère brut de décoffrage. Hollywood ne s’y est pas trompé, Sedona reste aussi une ville de cow-boys. Et parfois, le télescopage entre les yogis de la côte Ouest en pantalon Lululemon et les nostalgiques du bon vieux temps est surprenant. Un dimanche matin à Crescent Moon Ranch. Sous les bouleaux qui bordent la rivière Oak Creek, où se reflètent les flèches rouges de Cathedral Rock, je vois une famille chrétienne traditionnaliste. Sont-ils des mormons, des baptistes littéralistes, ou des fidèles d’un autre mouvement ultraconservateur ? Le jour et l’heure me font décider qu’il s’agit d’adventistes du septième jour : ce sont les seuls à célébrer la messe le samedi, selon la prescription biblique, et non le dimanche – voilà pourquoi ils sont au bord de l’eau, et non à l’église. On jurerait une scène tirée d’un film des années 50. Les femmes soucieuses de « modesty » portent des petits fichus et de grandes robes en popeline. Un groupe de jeunes garçons jouent dans la rivière, vêtus de leur jean, car il serait indécent de s’exposer en maillot de bain. Je sais pour y avoir héroïquement perdu deux orteils transis, le temps d’une photo, que l’eau est absolument glacée. Jamais des enfants normaux d’aujourd’hui n’iraient s’aventurer là-dedans, jamais les parents ne leur permettraient. Eux jouent dans cette source qui descend des montagnes gelées comme si c’était le plein d’été. Comme des enfants de l’après-guerre, échappés d’un vieux film. Et j’ai soudain l’impression que Sedona, avec toutes ses contradictions, est un fidèle condensé d’Amérique.



Découvrir Sedona : carnet pratique
Comment aller à Sedona ?
Le plus simple est d’atterrir à Phoenix et de rejoindre Sedona en voiture. La ville est à deux-cent kilomètres au nord de Phoenix (un peu moins de deux heures d’autoroute). Elle est une étape pratique pour les voyageurs en route vers le Grand Canyon, à peu près à équidistance entre Phoenix et Grand Canyon Village.
Que faire à Sedona ? Randonnées et points de vue
En arrivant depuis Phoenix, passez au centre d’information Red Rock Country Visitor Center, où les rangers vous remettront la carte des belles routes (« scenic roads »), des randonnées à faire, et vous indiqueront comment accéder aux points de vue les plus célèbres. (Carte générale en ligne ici.) Vous pourrez également y acheter le macaron obligatoire pour accéder à un certain nombre de parkings et de points d’accès.
Pour de superbes points de vues sur Sedona et ses rochers, vous pouvez :
– Prendre la route de l’aéroport (Airport Road), d’où vous aurez un panorama surplombant sur la ville
– Faire une des boucles de randonnées les plus célèbres, par exemple Airport Loop ou Bell Rock Trail
– Aller au bord de la rivière à Crescent Moon Ranch, pour voir Cathedral Rock se refléter dans l’eau
– Vous rendre à la chapelle (Chapel of the Holy Cross), d’où la vue est imprenable
– Depuis la terrasse d’observation du Red Rock Country Visitor Center, voir le soleil se coucher sur Bell Rock
Si vous rêvez de rencontrer les extraterrestres ou d’obtenir la carte des vortex d’énergie, allez plutôt au Center for the New Age. Des excursions centrées sur les vortex (ou les ovnis) sont organisées.
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Un souvenir de Sedona
Un bijou plein d’énergies. Un cristal ou une pierre fine. Une oeuvre d’art d’inspiration indienne et hippie. Un panneau de signalisation à Guillermo Gardens. Du thé au kombucha.
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Un restaurant romantique à Sedona
Une famille italienne possède deux restaurants qui sont souvent décrits comme étant les plus romantiques de Sedona. Je dirais : les plus romantiques d’Arizona. Ils m’ont complètement fascinée. Dahl DeLuca est la version la plus huppée, trop chère pour mon budget de road trip, mais essayez d’y jeter un coup d’oeil (c’est beau !), Cucina Rustica est plus abordable, mais pas moins magique : j’y ai adoré les treilles couvertes de glycine, les braseros, l’ambiance rouge et or, le jardin enchanteur, la musique…




A suivre sur Itinera Magica : le Grand Canyon, Antelope Canyon, Horseshoe Bend, les déserts d’Arizona, le lac Powell, Tucson, Phoenix…


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